Pense à moi - Saison 2
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Pense à moi - Saison 2

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Description

Découvrez la suite inédite de Pense à moi d'Emmanuelle Aublanc.
CE TITRE EST AUSSI DISPONIBLE EN VERSION SWEETNESS (SOFT ;))

Sara n'est plus la même depuis la disparition tragique de Simon. Cinq années douloureuses se
sont écoulées, mais la jeune femme est encore hantée par son souvenir. Malgré le réconfort
apporté par sa soeur, difficile pour Sara de se reconstruire sans celui qu'elle a tant aimé et
qui l'a brusquement abandonnée. Chaque jour, sa fille Gabrielle lui rappelle un peu plus son
premier amour.
Une soirée exceptionnelle. Une exposition. Nate, un photographe séduisant, bourré de talent... et
persévérant.
Cette fois, il n'est plus question de fuir. Il est temps d'affronter les tourments. Le jeune
homme est bien décidé à faire battre à nouveau le coeur de Sara...
Saura-t-elle oublier le passé pour ouvrir les bras à un avenir radieux ?

À propos de l'auteur :
Emmanuelle Aublanc se décrit avant tout comme étant tête en l'air. Mais c'est aussi : une rêveuse inconditionnelle, curieuse, amoureuse des livres et surtout des belles histoires d'amour. Inspirée par de nombreux auteurs, elle s'est lancée dans la grande aventure de l'écriture il y a cinq ans. Son genre de prédilection reste la romance qu'elle soit fantastique, contemporaine ou érotique. Emmanuelle comptabilise à ce jour neuf romans.

À propos de l'éditeur :
Nisha Editions est une maison d'édition spécialisée dans la romance française. Découvrez les autres titres de notre collection Diamant noir sur notre site internet.
Venez découvrir notre page Facebook https://www.facebook.com/nishaeditions/ pour suivre et bénéficier d'offres et promotions exceptionnelles sur les titres Nisha Editions.


Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 30 novembre 2017
Nombre de lectures 25
EAN13 9782374136226
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0250€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Emmanuelle Aublanc
 
 
 
Pense à moi
Saison 2
 
 
 

 
Nisha Editions
Copyright couverture : Konrad Bak
ISBN 978-2-37413-622-6

Have fun !
 

@NishaÉditions

Nisha Éditions

Nisha Éditions & Emmanuelle Aublanc

Nisha Éditions

www.nishaeditions.com
SOMMAIRE
 
 
 
Présentation

 
1 – Dans mon cœur à jamais

 
2 – Un seul être vous manque et tout est dépeuplé

 
3 – L’union fait la force

 
4 – Le cœur a ses raisons que la raison ignore

 
5 – Seconde chance

 
6 – Prise de conscience

 
7 – Pas à pas

 
8 – Promesses

 
9 – Reste avec moi

 
10 – Confusion

 
11 – Aller de l’avant

 
12 – Monterey

 
13 – Les retrouvailles

 
14 – Surprends-moi

 
15 – Abandonne-toi à moi

 
16 – Tourner la page

 
17 – Un nouveau départ

 
Épilogue

 
Extraits


 

Dans mon cœur à jamais
 
 
 
Sara
 
La vie continue, c’est ce que tout le monde ne cesse de me répéter depuis cinq ans. Seulement, je n’ai rien oublié de ces années vécues sans lui. Simon me manque toujours autant. Je donnerais tout pour pouvoir à nouveau le serrer dans mes bras. Il m’a laissé une blessure qui ne cicatrisera jamais. Chaque jour, je cherche son visage dans la foule. Mais jamais je ne le trouve. Je n’ai pas de regret, presque plus de haine. Il ne me reste que la nostalgie de ce que nous avons eu, des moments que nous avons partagés, de notre amour qui m’a rendue plus forte. Un nombre de fois incalculable, j’ai souhaité perdre la mémoire. Quand les souvenirs étaient trop pénibles. Quand la douleur était si ingérable qu’il m’était impossible de sortir de chez moi, de m’alimenter. Je ne pourrai jamais faire comme si de rien n’était, comme s’il n’avait pas existé, ne m’avait pas fait vibrer de tout mon être. Simon était devenu ma raison de vivre. La maladie me l’a arraché. Mais moi, je sais quel homme exceptionnel il était. Je l’ai aimé. C’était plus que ce que j’aurais pu imaginer. Je sais que j’étais tout pour lui comme il était tout pour moi.
 
J’ai toujours la sensation que le temps est suspendu depuis qu’il nous a quittés. Chaque fois que je me remémore son visage, l’éclat si particulier de ses yeux, la beauté de son sourire et le son mélodieux de ses rires, mon cœur se serre. Des frissons s’emparent de mes membres. Les larmes menacent de couler. Même si je m’attache à les refouler, ça n’enlève rien à cette peine qui ne me quittera jamais quand je pense à lui. Continuellement, j’ai ce poids sur la poitrine qui m’empêche de respirer, et à certains instants, d’avancer. La peur. Ce sentiment ne m’abandonne pas. J’ai perdu l’être qui comptait le plus dans ma vie, je ne tolèrerai pas que cela se reproduise. Le temps ne panse pas les plaies. Il rend seulement les souvenirs supportables. Et pourtant cinq années sont passées.
 
Je m’efforce de vivre ma vie : pour ma fille, pour ma famille, parce que de toute façon je n’ai pas d’autre choix que de respirer. Je me dois de lutter. Gabrielle, ma fille, est maintenant l’être qui compte le plus au monde. C’est une enfant pleine de vie. Elle ressemble tellement à son père… C’est stupéfiant. Je remercie Simon tous les jours de m’avoir fait ce cadeau. C’est elle qui m’a insufflé l’envie de vivre à nouveau, de me battre pour qu’elle ait un bel avenir. Nous avons fêté ses quatre ans il y a tout juste un mois. Ma sœur Anna, sa marraine, n’a pu se retenir de la gâter.
 
Voilà cinq ans que j’ai quitté Monterey. Quelques mois seulement après avoir eu connaissance de ma grossesse j’ai pris la décision de partir. Je ne supportais plus de voir chaque jour les endroits que nous avions fréquentés. Même la famille de Simon me sortait par les yeux. J’avais besoin d’air. Et puis j’avais toujours ce billet pour New York. Après des adieux déchirants à ma mère et Phil je suis allée vivre chez mon père. Maman n’a opposé aucune résistance à mon départ. Je crois qu’elle a compris. Mon père, lui, était trop heureux de mon retour.
 
J’ai promis d’accomplir mes rêves, mais sans Simon ça n’en vaut plus la peine… J’ai fait des études de droit. Du moins, je les ai commencées, mais avec la naissance de Gaby, tout est devenu plus compliqué. Malgré toute la bonne volonté de mon père et de Lacey, j’ai dû mettre tout ça en stand-by. J’ai pris des cours par correspondance. Mais ça n’a pas vraiment porté ses fruits. Papa s’est résigné à ce que je ne sois jamais avocate. Il a quand même insisté pour que j’intègre son cabinet en tant qu’assistante. Poste que j’occupe depuis maintenant un an et demi. Honnêtement, je ne peux pas dire que je m’éclate, mais ça m’a permis de prendre mon indépendance, de nous offrir à moi et ma fille un endroit à nous, et ça paye aussi les factures.
 
Nous habitons dans un appartement dans Greenwich village. Pas très loin de mon père et de ma sœur Anna. La vie a repris son cours même si rien ne sera jamais plus pareil sans Simon.
 
Des larmes s’échappent. Je perds le contrôle et j’enrage intérieurement. Je déteste me laisser aller. Je suis plantée devant le miroir de la salle de bains. J’essaye tant bien que mal d’achever de me coiffer, car ce soir Anna a insisté pour qu’on sorte. Enfin, elle a surtout trouvé un énième prétendant à me présenter. Un nouveau collègue de boulot…
 
Anna travaille pour un magazine de mode qui a pignon sur rue. Pour l’instant, elle n’est qu’une simple assistante éditoriale, mais elle ne perd pas de vue son objectif d’évincer la rédactrice en chef. Ma petite sœur n’a rien perdu de sa pugnacité. Elle est mon soutien le plus précieux et une marraine formidable pour Gaby. Sans elle, je ne sais pas comment je parviendrais à tout concilier. Anna est toujours prête à venir à mon secours. Nous sommes plus proches que jamais.
 
De mon index, j’essuie les larmes sous mes yeux. Mon mascara a coulé. Je tente de reprendre mes esprits, inspire fortement et expire lentement. Je chasse Simon de mes pensées à contrecœur. Je tends la main et récupère un coton dans ma trousse de maquillage dont je me sers pour effacer les traînées sur mes joues. Mes yeux sont encore rouges. La porte de la salle de bains s’ouvre brusquement. Je sursaute.
 
– Maman ! Regarde ce qu’Anna m’a acheté.
 
Ma fille tend devant elle le tout dernier DVD Disney. Elle est magnifique avec ses longs cheveux bruns et ses yeux bleus. Le portrait craché de son père. Gaby a l’air d’un ange, mais son sourire s’évanouit dès que son regard croise le mien. Ce n’est malheureusement pas la première fois qu’elle me voit dans cet état. Même si je fais tout pour que ces instants soient rares, il y a toujours des moments où les choses m’échappent. Ce soir en fait partie.
 
– Maman pourquoi tu pleures ? demande-t-elle d’une petite voix.
 
Sa petite bouille réjouie à laisser place à de l’inquiétude. Elle s’avance timidement vers moi et encercle mes cuisses. Je m’abaisse et la prends dans mes bras. Elle noue ses jambes derrière mon dos. Je me force à sourire pour la rassurer.
 
– Ce n’est rien qu’une vilaine poussière dans l’œil ma chérie. Tu sais quoi ? Tu devrais demander à Anna de te mettre les dessins animés en attendant que je termine.
 
Je la serre plus fort contre moi, respire son odeur qui m’apaise instantanément.
 
– Aïe ! Tu me sers trop fort maman, gémit-elle.
– C’est parce que je t’aime très fort. Ne l’oublie jamais. Tu seras toujours mon bébé.
 
Gaby sourit et passe ses petits bras derrière mon cou pour un câlin mère-fille.
 
– Moi aussi je t’aime fort, dit-elle.
 
Puis elle recule. Comme nos visages sont maintenant face à face, elle vient frotter son nez contre le mien. Une habitude que nous avons chaque soir au moment du coucher. Une autre manière à nous de nous dire « je t’aime ».
 
– Allez, j’ai bientôt fini. Va rejoindre Anna.
 
Je la repose à terre. Elle obéit et quitte la salle de bains. Je m’empresse de terminer mon chignon, et là je le vois : notre tatouage. J’abaisse mon bras et le contemple quelques secondes. En dessous, j’ai ajouté le prénom de Gabrielle. De mon index je dessine sur ma peau les courbes de nos deux « S » entrelacés. Puis je ferme les yeux et je l’entends chuchoter comme s’il était avec moi dans la pièce ces mots que je n’oublierai jamais :
 
« Pour moi, Sara, tu es la Huitième Merveille du monde. Je t’aime. »
 
En proie avec mes émotions, je déglutis péniblement. L’heure tourne et nous allons finir par être en retard si je ne m’active pas. Nous devons encore déposer Gaby chez mon père et Lacey. Gaby adore passer du temps avec eux. Ils sont géniaux avec elle.
 
Je prends mon courage à deux mains et sors enfin de la salle de bains. Je m’étonne de ne pas entendre la télévision. Généralement, Gaby ne se fait pas prier pour la regarder, d’autant plus que je suis assez strict sur son usage. La lumière de sa chambre filtre sous la porte. Sans doute a-t-elle préféré imposer un quart d’heure de jeu à sa tante. Elle sait comment faire tourner ma sœur en bourrique.
 
Je traverse le couloir pour les rejoindre. La porte est entrouverte. Je m’apprête à la pousser et m’arrête immédiatement. Gaby est dans les bras d’Anna.
 
– Pourquoi maman elle est tout le temps triste ? demande-t-elle.
– Ta maman n’est pas tout le temps triste, et tu sais pourquoi ? Parce que dès qu’elle te voit elle retrouve instantanément le sourire, répond Anna.
– Est-ce que c’est à cause de mon papa ?
– En partie oui, parce qu’il lui manque terriblement.
– Moi aussi il me manque.
 
Anna caresse les cheveux de sa nièce avec douceur et lui baise le front.
 
– C’est normal. Il nous manque à tous. Mais même si tu ne le vois pas sache qu’il est toujours là avec nous.
– Où ?
– Ici, dans ton cœur.
 
Anna pose sa main sur la poitrine de sa nièce pour lui montrer et cette dernière rit. Je souris. Ma sœur sait trouver les bons mots, ceux qui apaisent, qui soulagent.
 
– Est-ce qu’un jour maman elle sera plus triste ?
– Avec le temps oui. Tu sais ta maman aimait beaucoup ton papa, et plus on aime une personne plus on est triste quand elle nous quitte.
– Moi quand je regarde les photos de mon papa je me sens beaucoup mieux. J’ai voulu donner mon cadre à maman pour l’aider, mais elle n’a pas voulu le prendre.
 
Gaby montre le cadre photo posé sur sa table de chevet. C’est celui que Simon m’avait offert. Quand Gaby a commencé à poser des questions sur son père, je l’ai ressorti des cartons. Je me suis dit que ça l’aiderait. Il y a des photos de Simon. Celle que j’ai prise sur la plage quand il courait. Une quand nous étions dans la voiture en route pour la 17 miles drive et qu’il m’a enfin souri sincèrement pour la première fois. Une autre de nous deux en tenue de ski, et une dernière prise le jour de noël. Toutes les autres sont dans une malle. Il m’est impossible de les ressortir. Je n’ai jamais pu mettre de photo de lui dans l’appartement. Chaque fois que je les revois, mon estomac se tord et une boule me prend à la gorge.
 
– C’est très dur pour elle de les regarder, car ça lui rappelle des souvenirs avec ton papa, tu comprends ? Mais ce sont de très belles photos que tu as là. Ta maman a toujours été douée pour la photographie. C’est elle qui a d’ailleurs pris toutes celles de ta naissance.
 
Anna a raison. C’est moi qui prends toutes les photos de ma fille. Ce sont les seules d’ailleurs que j’arrive à prendre. Pour le reste, j’ai tout arrêté. Je ne m’en sens plus capable.
 
L’espionnage a assez duré. Je frappe à la porte pour avertir de ma présence et pénètre dans les lieux.
 
– Tu es prête ma chérie ? Va mettre tes chaussures et ton manteau. On y va.
– Chouette, j’ai hâte de voir papou, crie-t-elle.
 
Notre père déteste ce petit nom, mais il se retient de le faire remarquer à sa petite fille. Je ne suis pas dupe, je vois bien que, chaque fois que ma fille utilise ce diminutif, il fronce les sourcils.
 
Gaby saute de son lit et court enfiler ses chaussures. Je suis sur le point de la suivre lorsqu’Anna saisit mon bras. Je me retourne. Je sais déjà ce dont elle veut parler. Rien qu’à son regard, je devine ce qui la tracasse.
 
– Il faut que tu lâches prise, Sara. Vraiment. Pas seulement pour toi, mais pour ta fille. Elle a besoin de toi. Plus elle grandit et plus elle a besoin de ta présence.
– Je sais, seulement…
– Ne te trouve pas d’excuse. Il est mort. Mort ! Et toi tu as toute la vie devant toi. Quand est-ce que tu vas enfin te décider à ouvrir les yeux ?
 
Sa question me heurte. Je n’ai pas la réponse.
 
– On devrait y aller, je la coupe.
 
Cette discussion nous l’avons déjà eue maintes et maintes fois. Rien n’a changé depuis. Je suis incapable de tourner la page. C’est beaucoup trop dur. Je ne peux pas.
 
Anna me relâche, déçue. Je sais ce qu’elle pense : que je suis lâche. Peut-être même égoïste. Seulement, même si j’ai conscience de tout ça, je ne parviens pas à passer outre. J’ai déjà suivi bon nombre de thérapies. Consulté des tas de psychologues. Ça ne m’a pas aidée parce que tous m’ont dit que je devais passer à autre chose, ce qui revient à oublier mon premier amour. Et Simon, je ne peux pas l’oublier. Il fait partie de moi.
 
Je m’avance pour quitter la chambre de Gaby.
 
– Sara ! me supplie Anna.
 
Mais cette fois, je résiste et continue de marcher. Je n’ai plus envie d’en parler. Pour quoi faire ? Ça ne changera rien au final. Je suis lasse d’entendre les mêmes discours à longueur de temps. Je sais déjà tout ce qu’il y a à savoir. Je sais ce qu’ils pensent.
 
Je rejoins ma fille dans l’entrée de l’appartement. Elle remonte comme une grande la fermeture éclair de son manteau. Gaby est débrouillarde. Elle me surprend tout le temps.
 
– Tu as mis ton doudou dans le sac ?
 
Le sac est posé devant la porte d’entrée. Ma fille hoche la tête.
 
– Parfait, on peut y aller alors. Tu me promets d’être bien sage ?
– Promis, jure-t-elle.
 
Je n’en doute pas une seule seconde. Je récupère moi aussi ma veste sur le portemanteau. Anna quitte la chambre de Gaby au même moment et nous sourit. La crise est passée. Mais jusqu’à quand ?
 



Un seul être vous manque et tout est dépeuplé
 
 
 
Sara
 
Nous venons de déposer Gaby chez mes parents. Au programme : dessin animé et pizza. Pas de doute : les grands-parents sont toujours plus laxistes avec leurs petits-enfants. Le restaurant où ma sœur a réservé n’est pas très loin. Nous marchons en silence. Anna pousse la porte du restaurant. Elle remarque instantanément Julian, son fiancé, assis au fond de la salle en compagnie d’un autre homme et elle leur sourit. Moi, je me contente de suivre ses traces. Je ne sais pas vraiment ce que je fais là. Je suis ici pour les apparences. Pour faire plaisir à ma sœur, pour qu’elle et tous les gens qui nous entourent continuent à se fourvoyer, à penser que je suis capable d’avoir une vie normale. Pourtant, j’ai toujours aussi mal.
 
Julian est un brillant neurochirurgien de 32 ans. Grand, brun, athlétique (il participe chaque année au marathon), il travaille à l’hôpital de New York et est rarement disponible pour les réunions de famille. Mais notre père l’adore. Il faut dire qu’avec toutes les aventures amoureuses qu’a connues ma sœur, on ne s’attendait pas à ce qu’elle puisse s’attacher à un homme qui n’aime pas le rap, ne se drogue pas et a pour seul art de vivre le bien-être. Dès qu’Anna arrive à sa hauteur, elle se jette dans ses bras pour l’embrasser. Ces deux-là sont fous amoureux l’un de l’autre, ça crève les yeux.
 
Anna se détache des bras de son cher et tendre pour saluer l’homme qui se tient à ses côtés. Grand, roux, les yeux verts. Julian m’embrasse pour me saluer puis se tourne lui aussi vers son ami pour faire les présentations :
 
– Sara, je te présente Mike, un collègue.
 
Tiens donc, moi qui pensais que ma sœur avait encore fait le tour de son magazine de mode pour m’arranger une rencontre, je suis étonnée qu’elle soit finalement parvenue à convaincre Julian d’inviter un de ses confrères. D’autant plus que ce dernier déteste mélanger travail et vie privée. Il sait surtout à quel point ma sœur est jalouse.
 
– Enchanté de faire votre connaissance, répond Mike.
 
Il se penche pour m’embrasser. Je réagis un peu tardivement.
 
– Mike est cardiologue, s’empresse de préciser Anna.
– Si vous avez des problèmes de cœur, vous savez que vous pouvez m’appeler, ajoute le concerné avec un sourire tout en dents.
 
Je sens que la soirée va être longue. Mike me dévore du regard. J’ai envie de fuir. Mon petit doigt me dit que je ne vais pas l’apprécier. De prime abord, il m’apparaît comme quelqu’un de fier et d’arrogant. Il ne cesse de me sourire. Ses dents blanches sont loin de me séduire.
 
Nous prenons place autour de la table et passons commande. Je ne décroche pas un mot. De toute façon, je ne suis pas douée pour les échanges sur la pluie et le beau temps. Mike a bien tenté d’en savoir plus sur moi, mais mes réponses laconiques et mon manque d’entrain ont très certainement fini par le décourager. Ma sœur alimente la discussion à elle toute seule. Et l’unique sujet de conversation qui anime les débats depuis une demi-heure, c’est leur mariage qui aura lieu à la fin du mois d’août. D’ailleurs, Anna ne se prive pas pour coller sous le nez de Mike le gros caillou qu’elle porte fièrement à son annulaire. Ma sœur est aux anges. Au moins, une de nous est heureuse et je loue le seigneur qu’après toutes les épreuves qu’on a traversées, un heureux évènement mette en effervescence notre famille. Les préparatifs pour le mariage ont occupé toutes ces dernières semaines. Quelques détails restent à peaufiner, mais tout semble prêt. Le mariage est dans cinq mois. Anna trépigne d’impatience à l’idée de devenir la future Madame Preston. Moi, j’ai un pincement au cœur parce que ma petite sœur a bien grandi. C'est une magnifique jeune femme.
 
Les choses ont tellement changé en cinq ans.
 
– Et comment vous êtes-vous rencontrés ? demande Mike à ma sœur.
 
À cette question, Anna se tourne vers son fiancé et le dévisage. Il y a des étoiles dans ses yeux. Tant d’amour les unit. Ils sont jeunes, beaux. Ils ont encore la vie devant eux et malgré moi je jalouse cet amour qu’ils partagent, la passion qui anime chacun de leurs regards. Car je sais ce qu’on ressent en présence de son âme sœur. Je me demande s’ils ont conscience de la chance qu’ils ont.
 
Anna pose sa main sur celle de sa moitié. Elle préfère lui laisser le privilège de raconter cette histoire que je connais déjà par cœur. Parce que ce jour-là, j’étais aux premières loges pour assister à la naissance de leur relation.
 
– Aux urgences, répond Julian.
– Gaby avait deux ans et elle avait avalé une petite bille en plastique. Sara et moi on patientait dans la salle d’attente pour le scanner quand Gaby a quitté la salle et s’est mise à courir dans les couloirs, reprend Anna.
– Et elle est venue me percuter, coupe Julian.
– Tu t’es baissé et tu lui as demandé où était sa maman, poursuit Anna.
– Et Gaby a tendu le doigt vers deux magnifiques créatures qui se précipitaient vers elle, complètement paniquées. C’est ainsi que dès le premier regard, je suis tombé sous le charme d’Anna.
– Je lui ai présenté mes excuses et Julian a répondu qu’il ne les accepterait qu’à la condition que je veuille bien boire un verre en sa compagnie. C’est ainsi que notre relation a débuté, précise ma sœur.
– Une belle histoire en effet, dit Mike. Mais qui est Gaby ? questionne-t-il.
 
Ni Anna ni Julian n’osent répondre. Je me doute bien à l’air perdu de Mike que ce point de notre petite sortie à quatre n’a pas été évoqué. Il est connu qu’une mère célibataire fait fuir les hommes. Du moins, c’est ce que ma sœur pense. Ainsi, elle néglige toujours d’aborder l’existence de sa nièce.
 
– C’est ma fille, précisé-je.
 
Mike me dévisage, choqué. Je sais déjà ce qu’il pense. Il connaît mon âge alors il fait le calcul. Et maintenant, il a compris que je fais partie de ces adolescentes irresponsables qui couchent et ne se protègent pas. C’est bien loin de la vérité, mais c’est pourtant la conclusion à laquelle parvient la majorité des gens. Parce que tout le monde ne juge que sur les apparences et les non-dits. Et quand on est une jeune mère célibataire, on n’a aucune chance d’être cataloguée autrement. J’en ai fait l’amère expérience.
 
Mike est mal à l’aise. Mais c’est bien le dernier de mes soucis. Je soutiens son regard. Je le défie même d’exprimer le fond de sa pensée. Il saisit son verre et boit le reste de vin blanc cul sec.
 
– Ma nièce est formidable. C’est une petite fille étonnante…
 
Voilà que ma sœur essaye de briser la glace et de prouver que j’en vaux la peine. Elle ne tarit pas d’éloges sur Gabrielle. Je ne l’écoute pas vraiment. Je sais déjà que ma fille est exceptionnelle. Quiconque la rencontre le sait. Peu importe si « Môssieur » le cardiologue n’est pas de cet avis. De toute manière, il ne m’intéresse pas. Plus je le vois remuer sur sa chaise et plus je ris intérieurement. J’espère pour les patients qu’il opère qu’il est plus à l’aise avec un scalpel à la main. Tiens, j’ai comme une envie de le pousser dans ses derniers retranchements.
 
– Et vous, vous avez des enfants Mike ? Je veux dire, vous avez dépassé la trentaine ?
Et toc !
– Non, les gosses ne font pas vraiment partie de mes priorités, lâche-t-il.
 
Autrement dit, il est trop égoïste pour se consacrer à quelqu’un d’autre qu’à lui-même ! Le contraire m’aurait étonnée. Julian ne cesse de dire que la plupart des chirurgiens qu’il connaît se prennent pour des dieux et adorent être vénérés.
 
– Alors j’en conclus que vous n’aimez pas les enfants ?
 
Mike s’éclaircit la gorge. Il semble réfléchir à sa réponse.
 
– Disons que je n’ai pas la fibre paternelle.
 
Je ris. C’est plus fort que moi. Ce type est pathétique. Anna me lance un regard noir. Julian lui broie la main pour l’empêcher de réagir. Je n’y peux rien si son petit arrangement ne tourne pas comme elle l'espérait. Aucune chance que je reparte au bras de cet imbécile de cardiologue ! Il pourrait être le dernier homme sur Terre, jamais je ne me jetterai dans ses bras de petit prétentieux.
 
– Si nous passions au dessert ? La soirée n’est pas encore terminée et Nate doit nous attendre, souligne Julian.
 
Il est en effet prévu que nous allions à la Galerie de son meilleur ami pour jeter un coup d’œil aux œuvres qu’il expose. Ce fameux Nate vient tout juste de s’installer à New York. Julian ne tarit pas d’éloges sur lui. Il est impatient de revoir son ami d’enfance.
 
– Bonne idée, acquiescé-je pour tenter d’apaiser l’atmosphère.
 
Mike hoche la tête et ma sœur semble enfin relâcher la pression.
 
 
Nate
 
La soirée bat son plein. Je n’ai pas à me plaindre : pour un premier soir, je crois que je m’en tire bien. La bonne société new-yorkaise a fait le déplacement. Certes, j'ai conscience que la plupart des gens qui se trouvent ici ne sont pas de vrais amateurs d’art. Ils s’en donnent l’air, histoire de montrer à leurs congénères l’étendue de leur portefeuille. Peu importe qu’ils s’y connaissent ou non. Je fais mon possible pour répondre aux questions des uns et des autres, mais je ne perds pas de vue que l’objectif premier, c’est que les gens achètent. Si je veux que ma Galerie perdure, j’y ai tout intérêt. Ça ne fait qu’un mois que j’ai posé mes valises à New York sur un coup de tête. J’avais besoin de prendre un nouveau départ et j’espère que cette fois ce sera la bonne.
 
Je me demande ce que fait Julian. J’ai hâte de le revoir. Six ans que nous ne nous sommes pas vus. Trop accaparés l’un et l’autre par nos activités respectives, nous avons fini par perdre contact. Je dois dire que ma volonté de m’installer ici a été renforcée par la présence de mon meilleur ami. Un petit retour aux sources ne fait jamais de mal. Tiens, quand on parle du loup, il finit toujours par pointer le bout de son nez ! Le voilà qui entre dans la Galerie au bras d’une jolie brune que je devine être Anna, sa fiancée. Et derrière eux, il y a une jeune femme d’autant plus magnifique, la silhouette élancée, brune, les cheveux attachés en chignon. La blancheur de sa peau contraste avec celle d’Anna. Les deux se ressemblent un peu. Un homme grand et roux clôture la marche. Ce dernier passe son bras dans le dos de la belle inconnue. Étant donné la façon dont elle fronce les sourcils et le regard noir qu’elle lui jette, elle n’a pas l’air d’apprécier son geste. Sa réaction en dit long, tellement long que l’homme retire sa main.
 
Je vais à leur rencontre. Julian s’empresse de me saluer avec une bonne accolade masculine. Il tape tellement fort sur mon omoplate qu’il manque me décoller les poumons. Mais ça me fait tellement plaisir de le revoir après tout ce temps !
 
– Je te présente Anna, ma future femme, dit-il.
 
La concernée me salue.
 
– Très heureuse de vous rencontrer. Julian m’a tellement parlé de vous.
– Tu peux me tutoyer. Je me demande bien ce qu’il a pu te raconter.
 
Je n’étais pas un enfant de chœur dans ma jeunesse. On habitait tous les deux dans la banlieue et du duo qu’on formait, j’étais celui à l’initiative des plus grosses bêtises. Des petits vols à l’étalage, à la consommation de drogue, je crois qu’il a tout fait avec moi. Ensemble, nous avons fait les quatre cents coups. Les gens de notre quartier ne donnaient pas cher de notre peau. Finalement, je suis d’autant plus fier de voir ce que nous sommes devenus à force de persévérance et de travail.
 
– Oh, peut-être vaut-il mieux en parler une autre fois, rougit-elle.
– Tu as parfaitement raison sinon nous y passerions la journée. Qui est celle jolie femme derrière vous ? demandé-je, impatient de faire sa connaissance.
 
Anna recule pour me laisser tout le loisir d’admirer celle à qui je viens de faire référence. Cette dernière m’observe d’un regard impénétrable. Difficile de savoir ce qu’elle pense. C’est très perturbant.
 
– Voici Sara, la sœur d’Anna, et je te présente Mike, un ami et collègue cardiologue, répond Julian.
– Ravi de faire votre connaissance, s’empresse de me saluer le fameux Mike.
 
Je le salue tout aussi rapidement parce que la seule qui m’intéresse, c’est Sara. Elle est toujours aussi stoïque. Décidé à obtenir une réaction de sa part, je m’avance vers elle puis lui tends la main.
 
– Bonsoir Sara. Moi, c’est Nate.
 
Un sourire forcé s’étire sur ses lèvres. Elle me serre la main avec force et murmure un bonsoir expéditif. Nos regards en revanche s’affrontent. Je suis amateur de belles femmes, mais je n’en ai jamais vu d’aussi envoûtante. Il y a quelque chose de particulier chez elle. Je lâche sa main contre mon gré et m’adresse au groupe :
 
– Je peux vous offrir quelque chose à boire ? Il y a également des petits fours au fond de la salle.
– Avec plaisir ! s’exclame le cardiologue.
 
Je ne le connais que depuis une minute et je suis sûr d’une chose : je ne l’apprécie pas.
 
– Tu es toujours amateur de bon vin ? demande Julian.
– Tu me connais. J’aime les bonnes choses et la bonne chère. J’ai une bouteille de Saint Emilion dans la réserve, ton préféré si je ne me trompe.
– Ta mémoire ne te fait pas défaut, répond mon meilleur ami.
– Bien, je vais nous servir. Je reviens tout de suite.
 
Je fais demi-tour au moment où Sara se penche vers sa sœur pour chuchoter à son oreille. Je me force à avancer afin de rejoindre la partie privée de la Galerie, j’ouvre la bouteille et remplis cinq verres de cet excellent breuvage. Le temps que je revienne muni d’un plateau vers mon meilleur ami, la belle Sara s’est volatilisée. Cachant ma déception, je laisse chacun se servir.
 
– Votre sœur est déjà partie ? interrogé-je la fiancée de Julian.
– Non, elle avait simplement besoin de se rafraîchir. Je vais prendre son verre. Merci, sourit-elle poliment.
 
Julian passe son bras derrière mon cou et m’entraîne plus loin.
 
– Alors ma fiancée n’est-elle pas délicieuse ? demande-t-il.
– Elle l’est, affirmé-je. Autant que sa sœur.
 
Julian tourne la tête de droite à gauche en signe de désapprobation parce qu’il sait très bien où je veux en venir.
 
– N’y pense même pas, c’est ma belle-sœur.
 
Nous sommes maintenant au fond de la salle. Je pose le plateau que je tiens toujours dans la main sur une table.
 
– Ne fais pas ton rabat-joie. Tu te souviens, on partageait tout à l’époque.
– Cette époque est révolue. Je ne partage plus. Pas quand il est question de la femme de ma vie, et encore moins de sa sœur. De toute façon, elle n’est pas pour toi. Elle a une vie assez compliquée et j’ai cru comprendre que depuis ta rupture avec Claire tu n’aspires qu’aux aventures d’un soir.
 
Je n’ai pas envie de parler de mon ex-femme ce soir. Je sais que Julian se pose des questions à propos de notre séparation. Qu’il se demande comment ça a pu nous arriver, mais ça arrive malheureusement. Quand les liens ne sont plus assez forts pour que les sentiments perdurent, quand au fil des mois on se rend compte qu’on devient des inconnus. Mais on ne s’en aperçoit pas tout de suite. C’est bien plus vicieux. On ouvre simplement les yeux un beau jour. Ça peut arriver n’importe quand.
 
– Ta sœur n’a pas arrêté de m’appeler. Durant un mois, tu nous as laissés sans nouvelles. Ne refais plus jamais ça ou je t’étripe, compris ?
 
Je préfère avaler cul sec le contenu de mon verre. Julian a perçu mon trouble. Il n’insiste pas.
 
– Sinon, je suis content de voir que ça marche pour toi. J’avais déjà eu vent que ta galerie à San Francisco cartonnait et celle-là a l’air de prendre le même chemin. Tu es un artiste. Félicitations !
 
Je souris. Il a raison. Moi aussi je suis fier de cette galerie. À défaut d’avoir réussi ma vie sentimentale, je peux au moins me réconforter d’avoir toujours réussi professionnellement. C’est déjà ça. Julian est sur le point de parler quand son bipeur vibre. Il le sort de sa poche et l’éteint.
 
– Une urgence à l’hôpital. Il fallait que ça tombe ce soir. Désolé, je vais devoir t’abandonner. Il faudrait que tu me montres ton travail la prochaine fois !
– J’y compte bien. Allez, dépêche-toi de sauver des vies monsieur le neurochirurgien !
 
Il s’éloigne et s’empresse d’embrasser sa fiancée au passage. Anna a l’air contrarié par ce départ précipité. Mais il la serre dans ses bras. Puis s’en va. Je suis sur le point de la rejoindre pour lui tenir compagnie, mais une vieille dame m’alpague pour que je lui parle de mon travail. Vu son tour de cou en diamant, je suppose qu’elle est une acheteuse potentielle. Me voilà coincé pour un petit moment.
 
 
Sara
 
Je sais que je devrais sortir des toilettes, que ça fait trop longtemps que j’y suis retranchée pour ne pas éveiller les soupçons. Je n’y parviens pas. Je me suis aspergée d’eau le visage, mais ce n’est pas pour autant que mes idées sont plus claires.
 
Je prends ma tête entre mes mains. Qu’est-ce qui ne tourne pas rond chez moi ? J’ai envie de prendre mes jambes à mon cou, mais je ne peux pas faire ça à Anna. Je dois faire un effort. Je le fais très bien depuis cinq ans. Je sais que j’en suis capable. Mais ce type, Nate… je ne sais pas… son regard. Il m’a regardé de la même manière que LUI m’a regardée la première fois. Depuis j’ai l’impression de me consumer de l’intérieur. J’ai tellement chaud tout à coup. Je ne me sens pas bien. Je refoule mes larmes. Hors de question que je craque encore. Je me regarde dans la glace, et tout ce que je vois une fois de plus : c’est son visage. Celui de Simon. Il me hante jour et nuit.
 
Je ferme les yeux pour effacer ses traits et les rouvre. Et ce que je vois cette fois me terrifie davantage. J’ai en face de moi une inconnue, une femme paumée, effondrée qui appelle au secours. Mais je ne sais toujours pas de quoi j’ai besoin d’être sauvée. J’ai une fille magnifique, une famille formidable, soudée. Je ne suis pas à plaindre. Quand je regarde autour de moi, il y a toujours de la joie. J’aimerais seulement que toute cette joie parvienne à m’atteindre.
 
La porte s’ouvre. Je me redresse. Ce n’est que ma sœur. Anna a l’air dans tous ses états.
 
– Qu’est-ce que tu fabriques ? Ça fait vingt minutes que tu te caches ici ! Sans oublier que mon fiancé nous a encore abandonnées pour une urgence. Tu y crois toi ? Dès qu’on fait une sortie, il faut qu’ils le bipent. Merde !
 
Anna est énervée. C’est la même histoire chaque fois que l’hôpital rappelle son cher et tendre. Elle n’a pas fini de se ronger les ongles. Qu’est-ce que ce sera quand ils seront mariés ?
 
Ma sœur se hisse sur le lavabo voisin du mien. Je pose ma main sur son genou pour l’apaiser.
 
– C’est son métier Anna. Il sauve des vies. Tu le savais déjà avant d’accepter de l’épouser et il en sera ainsi toute votre vie. Tu n’as pas le choix, tu dois l’accepter si tu veux que ton mariage ait une chance de fonctionner.
 
Elle soupire. Ma sœur sait que j’ai raison. Je suis plus douée pour conseiller les autres que pour mener à bien ma propre existence.
 
– Je sais. Puisque mon fiancé m’a abandonnée, je compte sur toi pour me tenir compagnie. Au fait, Mike, comment tu le trouves ?
– C’est un connard, tranché-je, catégorique.
– Sara ! Tu ne le connais même pas ! gronde-t-elle.
– Je n’ai pas besoin de le connaître. Ça se voit que c’est un connard ! C’est un petit prétentieux qui pète plus haut que son cul parce qu’il est cardiologue. Non seulement il est imbu de sa personne, arrogant, mais en plus il n’aime pas les enfants. La parfaite définition du gros connard !
 
Anna éclate de rire.
 
– C’est vrai qu’il est prétentieux. Je suis désolée. Je me suis encore trompée de casting.
 
Elle me serre dans ses bras et je me laisse aller quelques secondes à cette étreinte.
 
– Fais-moi plaisir et arrête de me chercher quelqu’un.
– Je le fais parce que je veux que toi aussi tu trouves le bonheur.
– Arrête, vraiment. Edouardo maintenant Mike. Si je fais la liste de tous les gars avec lesquels tu m'as arrangé des rencontres, ça n’a été qu’un défilé de connards égocentriques.
– Pas Edouardo ! Lui il était gentil et drôle, me coupe-t-elle.
– Mais il était gay ! m’offusqué-je.
– Il était fan de Pamela Anderson !
– Et de Ricki Martin aussi !
– OK, un point pour toi. Je vais essayer de freiner mes aspirations d’entremetteuse, dit-elle.
– Tu le promets ?
 
Anna mord sa lèvre inférieure.
 
– Oui.
 
Je sais qu’elle n’en croit pas un mot, mais la prochaine fois qu’elle tentera d’organiser une autre soirée je pourrai au moins lui rappeler sa promesse.
 
– On rejoint les autres ? propose-t-elle.
 
Ça ne m’emballe pas vraiment, mais je la suis.
 
Le bruit de la salle nous happe. Mike est en bonne compagnie en train de s’extasier devant une œuvre. Un souci de moins à gérer. Mais celui qui retient toute mon attention, c’est Nate. Il est de dos en compagnie d’une vieille dame, mais je ne peux détacher mon regard. Il y a quelque chose, un lien, une alchimie entre nous que je ne peux pas expliquer. Dès que je l’ai vu, je l’ai vu LUI. C’est malsain. Il n’est pas Simon. Il ne lui ressemble pas. Il n’y a que l’intensité de son regard qui suffit à me troubler. Anna se retourne et suit mon regard.
 
– Hum, hum et Nate tu le trouves comment ? Il est à croquer, pas vrai ?
 
Ma sœur n’est pas dupe quant à l’origine de mon trouble. J’essaye de reprendre mes esprits et tant bien que mal je parviens à détourner le regard. Anna me dévisage les yeux brillants d’excitation.
 
– On dirait qu’il t’a tapé dans l’œil ! ajoute-t-elle.
– Pas du tout. Je te rappelle que c’est le meilleur ami de ton fiancé.
– Et alors ! Qu’est-ce que ça peut faire ? Pourquoi s’embêter avec ce genre de détail. Moi ça ne me pose aucun problème. Avoue que Nate est très séduisant !
– Il est trop vieux pour moi.
– Tu plaisantes ? Il a le même âge que Julian et ils font bien plus jeune. Trente-deux ans, c’est un bel âge. Au moins, c’est un homme d’expérience. Tu es trop rationnelle. Ça te perdra.
– Je ne l’ai pas toujours été et ça m’a perdue quand même, soufflé-je.
 
Anna baisse les yeux. Elle sait à quoi je fais allusion. Je n’ai pas besoin qu’elle joue les moralisatrices. Certes quelques années d’écart dans un couple ce n’est pas insurmontable. Seulement, mon petit doigt me dit que Nate n’est pas celui qu’il me faut.
 
 
Nate
 
Sara est revenue. J’ai senti sa présence dès qu’elle a mis un pied dans la salle. Malheureusement, j’ai du mal à me défaire de Madame Pierce. Cette vieille dame est coriace. Et je la soupçonne même d’essayer de flirter avec moi. Madame Pierce hésite encore et ne sait pas quelle œuvre acheter. Je crois plutôt qu’elle fait durer le plaisir et prend son pied à me mener par le bout du nez. De temps à autre, je jette un coup d’œil vers Sara et sa sœur. Je guette la moindre de leurs réactions. En tout cas, je vois qu’il y a des étincelles dans les yeux de Sara. Les photos semblent lui parler. Depuis une heure, je ne fais que ça : l’observer.
 
Anna reçoit un appel et s’excuse auprès de sa sœur. Après quoi elle sort pour décrocher. L’autre imbécile de Mike flirte avec une autre femme. Il doit être bien idiot ou aveugle pour ignorer Sara. Peu importe, ce qui compte, c’est qu’elle est enfin seule.
 
– Excusez-moi Madame Pierce, je m’absente quelques minutes. Une personne à saluer.
 
La vieille dame tente de me retenir, mais je m’empresse de lui fausser compagnie. Je m’arrête aux côtés de Sara. Pensive, elle se tourne vers moi et ne me lâche pas du regard. Ses sourcils se froncent de sorte que des petites rides se forment sur son front. Pour le coup, je suis déstabilisé. Je ne suis pas habitué à ce genre de réaction de la part des femmes. Sara semble hostile à ma présence et j’ignore ce que j’ai pu faire pour mériter une telle attitude. Nous n’avons échangé que des salutations. A-t-elle partagé le même trouble que le mien ? Je commence à le croire.
 
– Tu aimes ? demandé-je pour briser la glace.
 
Sara reporte son attention sur le portrait d’une femme assise seule sur un banc dans Central Park. C’était une belle journée d’été. Ce qui frappe le plus sur cette prise, c’est le regard désespéré de cette femme et le contraste avec toutes les couleurs. C’est l’image la plus forte que j’ai saisie. Je dissémine mes œuvres parmi les autres artistes. J’aime bien le mélange des genres. Ce soir, je n’expose que des portraits.
 
Sara semble réfléchir. Je commence à douter qu’elle me réponde. Elle relève enfin son visage vers le mien.
 
– Tu es très doué. Ton travail me fait penser à celui de Steve McCurry, dit-elle.
 
Je suis scotché. Je constate que Sara n’est pas une néophyte. Nul doute, elle s’y connaît en art et je me demande bien comment. J’ai envie de lui poser la question. Mais une main sur mon épaule m’en empêche et une voix de femme nous interrompt.
 
– Alors le bourreau des cœurs, on vient s’installer à New York ?
 
Je me retourne parce que je connais très bien ce timbre de voix. Sara m’imite. Et là se produit la scène la plus étrange à laquelle il m’ait été donné d’assister. Les deux femmes se figent comme si elles venaient de voir un fantôme.
 
Décidément, les coïncidences se poursuivent ce soir. Sara et Hannah se connaissent.
 
 
Sara
 
Je suis sous le choc. La revoir me ramène immédiatement cinq ans en arrière. Mon passé me rattrape. Le sol flanche sous mes pieds. J’ai l’impression que je vais m’effondrer, terrassée par le chagrin et le poids des souvenirs qui refont surface. Je n’y suis pas préparée… et c’est violent. Une tornade d’émotions m’assaille. Un tsunami de douleur me submerge. Je suis tellement sonnée que j’ai la sensation d’avoir reçu un uppercut en pleine tête.
 
Hannah a les larmes aux yeux. Elle paraît tout aussi bouleversée que moi. Impossible qu’elle ait oublié. Elle s’empresse de me prendre dans ses bras et je m’accroche à elle.
 
– Tu vas bien ? demande-t-elle.
 
Les larmes aux yeux, la gorge nouée, je ne peux pas répondre. Ma réaction parle pour moi. J’ai un cri à l’intérieur de moi qui n’arrive pas à sortir. Ce même cri que j’ai poussé quand le son de l’électrocardiogramme a sifflé de manière constante. Je revois la scène. Et je les vois, EUX : Simon avec Hannah faire ses séances de kiné, Simon de bon matin le sourire aux lèvres prendre son traitement, certain qu’il pourrait continuer à vivre normalement. J’ai une nouvelle fois le cœur brisé. Je suis perdue. La douleur me dévore. Je me débats avec mes souvenirs. Je m’accroche à Hannah comme si ma vie en dépendait. Sinon je me laisserais glisser au sol.
 
Les minutes passent. Hannah ne relâche pas son étreinte.
 
– Il me manque aussi tu sais, chuchote-t-elle.
 
Nate nous observe. Il semble ne rien comprendre à la situation. Soudain, j’ai honte. Honte de craquer en public, de ne pas être assez forte. Ma sœur revient vers nous au même moment. Je croise son regard. Elle est aussi émue que moi.
 
Sans le vouloir, je fais souffrir tout le monde autour de moi. Ça ne peut plus durer. Je m’écarte d’Hannah, lui sourit et tout ce que je trouve à dire c’est : « je ne peux pas » puis je cours pour gagner la sortie sans faire attention à ma sœur qui m’appelle et tente de me retenir. La soirée est finie. Je ne suis plus capable de prendre sur moi.
 
 
Nate
 
Les choses se sont déroulées si vite que je n’ai pas eu le temps de comprendre vraiment ce qui se passait. Sara est partie comme une fusée. J’interroge Hannah du regard.
 
– Tu la connais ?
– C’est une longue histoire, répond-elle. Je n’ai pas envie d’en parler ce soir. Je suis venue pour contempler les œuvres du grand Nate Evans. Tu me montres ?
 
Je ne réponds rien. Je réfléchis toujours à ce qui vient de se produire. Sara avait l’air tellement bouleversée. Sa sœur passe un appel pour prévenir, je suppose, quelqu’un de leur famille. Sara est partie toute seule. Je suis tiraillé entre rester ici et montrer mes œuvres à mon amie ou bien courir après Sara. Et ma raison me dit de la retrouver parce qu’elle ne va pas bien et qu’elle ne devrait pas rentrer toute seule en pleine nuit. Ce n’est pas prudent.
 
– Excuse-moi. Il faut que je la retrouve.
 
Je n’attends pas la réponse d’Hannah. Je pars à sa recherche. Je l’ai vu partir à droite alors je fonce et dévisage tous les passants autour du moi. Puis je l’aperçois qui marche calmement quelques mètres devant moi. Je m’empresse de la rejoindre. Elle sursaute quand je pose ma main sur son épaule.
 
– Qu’est-ce que tu fais là ? Tu me suis ? demande-t-elle.
 
Elle est en colère.
 
– Tu ne devrais pas rentrer à pied toute seule en pleine nuit. C’est dangereux.
– Je n’ai pas besoin d’un ange gardien. Je suis presque arrivée. Tu peux faire demi-tour, m’ordonne-t-elle.
– Pas question. Je t’accompagne.
 
Elle capitule et reprend sa marche, le visage fermé. Elle se pince les lèvres. Je vois bien qu’elle fulmine. Ce que je me demande en revanche, c’est ce qui a pu attiser une telle rage. Dommage que je n’aie pas mon appareil avec moi, car Sara serait un sujet de choix ce soir. La voir marcher aussi vite avec autant de détermination et de colère aurait fait une image saisissante.
 
– Tu peux me dire ce qui s’est passé avec Hannah ?
 
Elle se retourne si brusquement qu’elle manque me heurter. De son index pointé sur mon torse elle me met en garde :
 
– J’accepte que tu joues les bodyguard si ça peut te faire plaisir, mais cela ne te donne pas le droit de poser des questions. Ni même d’essayer de retourner la situation à ton avantage.
– Je veux seulement apprendre à te connaître.
– Pourquoi ? Quelle importance ?
– Tu m’intrigues. Je ne sais pas comment l’expliquer. Et puis, je sais que tu t’y connais en art. Je veux simplement faire ta connaissance. Rien de plus. Je n’ai pas d’arrière-pensée.
– Pour ta gouverne, je ne suis pas un sujet d’étude, et moi, je n’ai pas envie d’apprendre à te connaître.
– Aïe, je suppose que j’ai dû faire quelque chose qui t’a déplu ?
– Pas du tout. Simplement, je ne suis pas le genre de fille à qui tu peux faire ton petit numéro de charme. Je ne suis pas née de la dernière pluie.
– Ça je l’avais remarqué. Écoute, plutôt que d’en discuter au beau milieu de la rue, tu ne voudrais pas qu’on aille boire un verre ? Il y a un bar juste en face, proposé-je.
 
Sara lève les yeux au ciel. Elle me prend pour un coureur de jupons. C’est bien mal me connaître. En même temps, je ne peux pas lui en tenir rigueur. Dans les faits, je lui cours après.
 
– Je n’ai pas soif, rétorque-t-elle.
 
Décidément, cette femme a réponse à tout. Je me demande si elle a toujours été aussi dure.
 
– Tu fais toujours les choses pour une bonne raison ?
 
Elle me lance un regard noir, ne prend pas la peine de répondre et continue son chemin. Je pourrais laisser tomber. Mais je n’en ai pas envie. C’est presque amusant. Nous arrivons devant un immeuble. Elle m’avait bien dit qu’elle n’habitait pas très loin. Il y a un digicode pour rentrer. Sara compose le code (que je m’empresse de mémoriser : ça pourrait toujours servir !) et la porte s’ouvre. Elle m’ignore, fait un pas en avant puis s’arrête. Je devine qu’elle meurt d’envie de m’abandonner ici sans un mot. Sa bonne éducation doit la retenir. Elle pivote, mais fuit encore mon regard.
 
– Merci de m’avoir raccompagnée, dit-elle.
 
Je m’avance. Elle admire le sol. C’est plus fort que moi : je lui relève le menton pour accrocher son regard. Sara frissonne mais ne me repousse pas. Il y a tant de chagrin en elle.
 
– Sara, j’aimerais beaucoup te revoir.
– Ce n’est pas une bonne idée, souffle-t-elle.
– Pourquoi ? De quoi as-tu si peur ?
 
Une larme coule sur sa joue.
 
– Bonne nuit, dit-elle.
 
Elle s’en va, claque la porte derrière elle. Je suis seul dans la rue comme un idiot à ruminer cette soirée. Maintenant, il me faut rebrousser chemin. Mais je n’ai pas dit mon dernier mot. Je compte bien tout faire pour la revoir.
 



L’union fait la force
 
 
 
Nate
 
J’ai pensé à Sara tout le week-end. Impossible de passer à autre chose. Ce n’est pas le genre de fille qu’on oublie. Pourtant cela ne m’empêche pas de me sentir coupable vis-à-vis de Claire. Deux mois que nous nous sommes séparés pour cause de sentiments inexistants. Je ne pensais pas m’intéresser aux femmes de sitôt. Seulement, Sara n’est pas comme les autres. Elle a quelque chose en plus. J’aimerais vraiment la revoir. À tel point que je ne cesse de harceler Julian de textos pour obtenir le numéro de sa belle-sœur. Il refuse et résiste malgré mes suppliques. J’ai l’avantage de bien le connaître. Je sais qu’il va finir par craquer. À contrecœur, il me file enfin le numéro de Sara après m’avoir fait jurer de ne jamais avouer qu’il me l’a donné. Qui d’autre aurait pu me le donner ? Je n’essaie même pas de lui faire observer que sa requête n’a aucun sens. Je n’ai pas de temps à perdre avec des futilités.
 
Le numéro en poche, je tape enfin mon message et je croise les doigts pour qu’elle me réponde.
 
 
Sara
 
Je suis en train de faire des crêpes pour le goûter de Gaby. Ma sœur est là. Julian est de garde ce week-end. La dernière crêpe est cuite. Mais la moitié a déjà été engloutie par deux voraces. Je ris quand je vois ma fille la bouche pleine de chocolat. Je lui tends une serviette.
 
– Tiens, essuie ta bouche ma chérie.
 
Gaby s’exécute, mais étale le chocolat plus qu’elle ne l’enlève alors Anna vient à son secours et ne peut s’empêcher de chatouiller sa nièce. Les deux éclatent de rire. Que ça fait du bien de les entendre rire ! Je pourrais les écouter pendant des heures. Anna me surprend en flagrant délit d’observation.
 
– Ça fait du bien de te voir sourire, dit-elle.
– C’est parce que je suis en présence des personnes qui comptent le plus au monde.
– Maman, je peux en avoir une autre ? demande Gaby.
– Bien sûr.
 
Je saisis une crêpe et m’apprête à prendre la pâte à tartiner quand mon téléphone vibre. J’ai un message. Un numéro inconnu. Je le lis :
 
 
« Salut Sara, c’est Nate. J’aimerais vraiment qu’on se revoie pour boire un café et discuter un peu. Es-tu disponible demain soir ? »
 
 
Je relis deux fois son sms. Il n’est pas du genre à y aller par quatre chemins. Je ne sais pas quoi dire. Je ne suis pas prête à sortir avec un homme et j’ai l’impression que je ne le serai jamais vraiment. Je verrouille mon téléphone et le pose sur le plan de travail.
 
– Maman, ma crêpe ! me sort Gaby de ma torpeur.
– Oh, oui, tout de suite ma puce.
 
J’étale la pâte à tartiner sur la crêpe, la plie soigneusement en quatre et la tends à la petite affamée qui ne me quitte pas des yeux. Anna aussi me regarde bizarrement.
 
– C’était qui ? demande ma sœur.
– Personne.
– Tu as reçu un message parce que ton téléphone a vibré, fait observer ma fille.
– Tu vois quelqu’un en ce moment ? insiste Anna.
 
Je fais les gros yeux, car je déteste quand ma sœur aborde ce sujet devant Gaby. Mais celle-ci engloutit le dernier morceau de crêpe et ne semble pas du tout prêter attention à la conversation. Elle saute du tabouret pour aller jouer dans sa chambre.
 
– Hep hep ! La bouche et les mains ! la mets-je en garde.
 
Elle revient immédiatement sur ses pas et s’empresse de récupérer une serviette, puis la tâche exécutée file comme un boulet de canon.
 
– Maintenant que ta fille n’est plus là, tu veux bien me dire qui t’a écrit ?
– Nate.
 
Ma sœur écarquille les yeux.
 
– Il s’est passé quelque chose que tu ne m’as pas dit pendant la soirée ? Comment a-t-il eu ton numéro ?
 
L’interrogatoire commence déjà. Ma sœur est toujours aussi vive d’esprit. Je coupe court à toutes les hypothèses qu’elles élaborent déjà.
 
– Rien de spécial. On a juste discuté. Je ne sais pas comment il a eu mon numéro, mais ce n’est pas par moi. Mon petit doigt me dit que ton fiancé y est pour quelque chose.
– Qu’est-ce qu’il t’a écrit ?
– Il veut qu’on aille boire un café.
 
Le sourire de ma sœur s’élargit. Je la vois déjà monter sur ses grands chevaux.
 
– Il est canon en plus ! C’est une super idée ça !
– Non, c’est loin d’être « une super idée » ! rétorqué-je.
– Tu sais, prendre un verre, ça n’engage à rien. Laisse-lui au moins une chance à ce garçon, tente-t-elle de me forcer la main.

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