Plus Jamais
219 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Plus Jamais , livre ebook

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
219 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Après un évènement qui a bouleversé son existence, Mélissa avance un pas après l'autre dans la vie. Et lorsqu'une opportunité professionnelle la propulse à des centaines de kilomètres de sa ville, elle n'hésite pas et se lance.

Nouvelle ville, nouveau poste et nouvelle...colocation ! Dans cette cohabitation, deux règles s'imposent. La première : respecter le planning des tâches. La seconde : ne jamais sortir avec l'un des habitants de la maison.

En apparence, rien de plus simple, d'autant plus que la jeune femme s'est juré une chose : les histoires d'amour, plus jamais ! Pourtant, même si le courant ne passe pas avec son colocataire, Thibaut, elle doit se convaincre, jour après jour, qu'elle ne lui voue qu'une antipathie tout à fait réciproque...
Mais jusqu'à quand pourra-t-elle ignorer son attirance pour lui ?

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 12
EAN13 9782492518133
Langue Français
Poids de l'ouvrage 9 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0052€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Ce livre numérique ne comporte pas de dispositif de cryptage limitant son utilisation, mais il est identifié par un tatouage permettant d’assurer sa traçabilité.


Pour suivre toute l’actualité de WōW Éditions  :
www. wow-editions.com




Pour suivre Elixa Vidu:




En hommage à mon papa, parti trop tôt…
À la mémoire de Célestin, qui lui n’a pas eu la chance d’être trouvé à temps…




Comme tous les jours, j’arrive tranquillement à l’institut avec quinze minutes d’avance. Ça me permet de prendre le temps de me préparer sans me presser, de ranger mes affaires dans mon casier et surtout, de ne pas sentir le phoque après avoir couru pour être à l’heure… Mais à peine la porte passée, une tornade me fonce dessus.
—   Mél ! La directrice régionale est ici ! me dit Léna avec des yeux exorbités et la voix remplie d’inquiétude.
—   D’accord… mais pourquoi t’es dans cet état ? Je suis certaine qu’elle a mangé avant de venir et qu’elle ne te grignotera pas un orteil au détour d’un couloir, répliqué-je avec un sourire.
—   Parce qu’Estelle a dit qu’elle était là pour toi…
Sa réponse a le mérite de me refroidir sur-le-champ. Fini l’humour, je suis dans la mouise jusqu’au cou ! Bon, voyons, qu’est-ce que j’ai bien pu faire dernièrement qui justifierait la visite du Grand Manitou ? Je ne vois qu’une raison plausible   : Mlle Bourgeoise-p è te-sec a dû mettre sa menace à exécution, c’est-à-dire se plaindre au service client de mon « travail médiocre  » et de mon «  don pour la douleur  ». Bah , oui, il est incompréhensible qu’une esthéticienne digne de ce nom fasse souffrir ses clientes durant une épilation du maillot ! Sale garce-fille-de-riche-trop-gâtée qui estime que « quand on a de l’argent, on peut se payer le luxe de ne pas avoir mal pour être belle  ». Je vais me la faire à son prochain rendez-vous … Enfin, si je suis toujours là.
Avec l’enthousiasme d’une condamnée, j’avance vers la salle de repos et y pénètre en faisant le moins de bruit possible. Puis, j’ouvre mon casier… qui grince. Et je n’y coupe pas   :
—   Mélissa Matthieu, dès que vous aurez déposé vos affaires, venez me voir, s’il vous plaît, lance Hélène, la directrice régionale.
Peu sûre de moi, je pose mon sac à main sur l’ étagère et accroche mon perfecto. Je souffle un bon coup en vérifiant une dernière fois l’écran de mon téléphone et referme la porte de mon casier.
Allez, Mél ! Tu peux le faire !
Un pied devant l’autre, j’avance avec l’ardeur d’un escargot épuisé et m’annonce en frappant deux petits coups sur la porte du bureau.
—   Vous vouliez me voir ? tenté-je, en scrutant Hélène, pas très sûre de moi.
—   Entre Mélissa, prends une chaise. Je suis venue pour toi aujourd’hui.
—   Oh ! lancé-je, pour faire semblant d’être étonnée. Pourquoi donc  ?
—   Eh bien, vois-tu, ces derniers temps, j’entends beaucoup parler de toi, me répond-elle d’une voix horriblement neutre, et toutes ces remontées m’ont fait prendre une décision importante.
—   Euh… fais-je, vraiment mal à l’aise, et… de quelle décision… s’agit-il ?
—   Connais-tu la Côte d’Azur ?
Quoi ?! Mais de quoi elle me parle, là  ?
—   J’y ai passé quelques semaines de vacances plus jeune, rétorqué-je, intriguée malgré moi.
—   Un salon ouvre dans le Var, nous embauchons des nouvelles esthéticiennes et nous désirons faire évoluer nos équipes pour les postes d’encadrement. J’ai donc tout de suite pensé à toi !
Re-quoi ?! Alors là, je suis perdue, mon cerveau fait des bulles, je ne comprends plus rien !
—  À … moi ?
—   Oui ! Estelle ne tarit pas d’ éloges à ton sujet . Le service client reçoit un tel nombre de recommandations avec ton nom qu’ils ont jugé nécessaire de me le faire savoir. Tu supervises Estelle depuis deux ans déjà, tu peux donc assurer le poste d’adjointe sans crainte ! Si la proposition t’intéresse, bien entendu.
Mon système cérébral est en mode reboot, redémarrage total suite à un bug intégral ! Après avoir fait le poisson rouge, la bouche et les yeux ouverts dans une immobilité parfaite, un large sourire se dessine sur mon visage et je m’empresse d’accepter l’offre sans même réfléchir aux enjeux que ça entraîne.
***
Mon téléphone sonne. C’est Alice ! Elle doit sûrement être arrivée et se demander ce que je fabrique, alors je réponds   :
—   Oui, ma Morue, je suis dans les bouchons, je fais de mon mieux pour arriver au plus vite !
—   T’as intérêt, sinon c’est toi qui paies mes consos de ce soir !
—   Hors de question ! Je suis là dans dix minutes, trouve-nous une table.
J’appuie sur le bouton de mon volant pour mettre fin à la communication avant qu’elle ne m’embobine et ne me contraigne à vider mon compte bancaire ce soir.
Comme d’habitude, j’ai la chance de trouver une place de parking assez rapidement et entre dans le bar exactement neuf minutes après avoir raccroché. J’avance à la recherche de ma minuscule meilleure amie, et la trouve attablée avec deux verres devant elle   : un Moscato pour elle et un mojito pour moi.
—   J’ai payé la première tournée, la prochaine est pour toi ! me dit-elle en guise de salut.
—   Pas de problème !
—   Alors, raconte ! Qu’est-ce que tu devais me dire d’aussi urgent ? Tu me harcèles depuis trois jours pour me voir au plus vite.
Je m’installe face à elle, amusée.
—   Je ne te harcèle pas, je suis insistante, nuance ! balancé-je avec un petit air narquois. Tu riras beaucoup moins quand tu m’auras entendue…
Je me lance donc dans mon récit. Je lui annonce mon départ, le 13   juillet, soit dans environ trois mois. Ma décision précipitée, ma fierté face à cette proposition et la trouille qui m ’a prise, une fois le contrat signé. La marche arrière est impossible. Je lui explique que je dois trouver un logement au plus vite, mais surtout que je vais devoir partir loin d’elle…
Les larmes arrivent au bord de ses beaux yeux bleu gris bien trop rapidement, et la panique envahit son regard. Voilà, je viens de lui briser le cœur…
—   Tu… tu t’en vas ? À l’autre bout de la France ? Tu t’en vas… bégaie-t-elle, tu me laisses là, toute seule …
La lame qu’elle vient de me planter en plein cœur fait horriblement mal. Je m’en veux tellement d’avoir pris cette décision sans y réfléchir, en ne pensant qu’ à moi … Je sais que c’est la meilleure décision que je pouvais prendre quant à mon évolution professionnelle, mais ça me peine tant de la voir dans cet état, d’en être la cause… J’ai l’impression qu’on vient de me planter un poignard chauffé à blanc dans la poitrine. La douleur que je vois dans ses yeux m’arrache les tripes !
—   Je suis tellement désolée…, formulé-je tant bien que mal avec ma gorge serrée par l’ émotion.
—   OK, alors on va profiter de ces trois mois qu’il nous reste ! se reprend-elle. À partir de maintenant, on va se voir tous les jours !
—   Marché conclu ! lâché-je en riant, et quelques larmes me coulent sur les joues.
***
Je commence mon nouveau boulot dans deux semaines ! Deux petites, minuscules, microscopiques semaines ! Je suis foutue ! J’ai eu beau chercher, je n’ai rien trouvé qui me convienne. Rien à part cette annonce de colocation, sur laquelle je suis tombée il y a une semaine, qui a retenu mon attention. Ce n’est pas ce que j’avais prévu, une coloc… Malgré tout, j’envoie un mail. Il vaut mieux assurer mes arrières, si je ne trouve rien, je serai bien contente d’avoir cette option de secours. J’explique ma situation et clique sur « Envoyer  ». C ’est parti, on verra bien ce qu’ils me répondront ! Je laisse mon ordi de côté et lance Netflix, Alice ne va pas tarder à arriver, comme tous les soirs depuis que je lui ai annoncé mon départ. Je mets le nouvel épisode de notre série et le mets en pause. Aujourd’hui, ce sera le plat préféré de ma meilleure amie : des tagliatelles à la carbonara. Elle entre chez moi quinze minutes après, on s’installe sur le canapé pour manger tout en regardant la télé.
Pendant un gros moment de suspense, mon ordinateur m’annonce l’arrivée d’un message. Je jette un œil vers l’ écran resté ouvert. C ’est la colocation, ils m’ont répondu. Alice me regarde, intriguée. Curieuse comme elle est, l’ écran de télévision se fige et elle attend que je m ’empare de mon PC. J’obtempère et lis le mail   :
«  Bonsoir, Mélissa, nous sommes toujours à la recherche d ’une cinquième personne pour occuper la chambre libre. Pouvez-vous nous faire parvenir votre contrat de travail afin de nous confirmer que le salaire assurera le loyer ? S’il est bien trois fois supérieur au montant mensuel pour la chambre, vous pourrez emménager le 13   juillet.  »
—   G énial  ! C’est la maison immense que tu m’as montrée ? Celle avec la piscine et le balcon ? Oh putain, le rêve ! C’est top ! s’émerveille-t-elle.
—   Oui, c’est bien celle-là. Passe-moi la pochette rouge à côté de toi, s’te plaît, je vais prendre mon contrat en photo et leur envoyer tout de suite.
Je photographie la feuille et l’envoie en quelques secondes. Allez, c’est parti… Je vais officiellement vivre en colocation.





«  Dans cent cinquante mètres, tournez à droite  », annonce la voix robotique de mon téléphone.
Rien que pour la contredire, j’ai envie de tourner à gauche, ça lui apprendra à me donner des ordres. Mais après huit heures de trajet, je n’ai aucune envie de jouer à la plus forte avec Madame Je-sais-tout, alors j’obéis comme un bon petit soldat et je tourne à droite.
«  Votre destination se trouve sur votre gauche  ».
Je regarde les maisons et les numéros défiler : 12, 14, 16, 18. Voilà, je suis arrivée. Après un créneau exécuté à la perfection, je coupe le moteur et prends cinq minutes pour souffler, en regardant ce qui va devenir mon nouveau chez moi. Mon nouveau Home Sweet Home .
J’ouvre ma portière et descends, aussitôt accueillie par une chaleur étouffante. C’est une vraie fournaise ! Va falloir que je me change de toute urgence ! Je suis partie avec un pantacourt en jean et une blouse à manches trois-quarts. Autant dire que je cuis sur place !
Je détaille mon nouveau chez-moi   : devant moi se trouve un portail assez haut, je ne vois pas bien ce qui se trouve juste derrière puisque son mur et lui m’arrivent sous le nez. La maison se présente en L, je vois le haut de la porte d’entrée sur la façade en face de moi et, au-dessus, se trouve un étage avec un balcon qui suit la façade sur la seconde aile. L’étage encore au-dessus est identique. Cette maison est énorme ! Je fais un pas en arrière et appuie sur la sonnette à droite du portail et attends patiemment… non, en fait, pas du tout, je trépigne d’impatience pour deux raisons   : j’ai hâte de visiter cette villa, mais j’ai aussi un besoin viscéral d’aller aux toilettes !
Au bout d’une bonne minute, le morceau de porte que je vois s’ouvre et le portail coulisse. Je me trouve au-devant d’une grande et jolie cour de graviers blancs occupant presque tout l’espace. Seul le bord de la maison est entouré d’une herbe fraîchement coupée. Quatre voitures sont garées à l’intérieur de la cour   : trois sur la gauche, stationnées en bataille, et une sur la droite le long de l’herbe au pied du mur. Je remarque aussi qu’un passage permet de faire le tour de la bâtisse avec, également, de la pelouse au sol.
Une belle brune est dans l’encadrement de la porte et me fait un signe de la main.
—   Salut ! Tu dois être Mélissa ? On t’attendait ! annonce-t-elle avec un sourire communicatif. Viens, entre, on s’occupera de tes affaires après. T’as bien mérité une pause après une telle route !
—   C’est pas de refus ! dis-je en souriant à mon tour.
—   Moi, c’est Olivia, dit la jolie brune.
Si elle est aussi gentille qu’elle semble l’être, on va bien s’entendre toutes les deux.
—   Enchantée !
Je la suis à l’intérieur. À gauche, un escalier et, à ma droite , un mur avec une grande ouverture.
—   Bienvenue chez les fous ! Tu as un escalier ici et un autre à côté de la chambre de Maxime. La porte en face, c’est la buanderie, et là, me dit-elle tout en avançant dans l’embrasure de droite, la pièce de vie !
J’atterris dans une grande pièce avec des meubles de cuisine qui occupent l’angle de la pièce. Un îlot central vient clore ce carré, puis une grande table à manger entourée de six chaises. Je vois un canapé placé dans l’alignement de l’allée. J’avance de quelques pas et vois la table lui faisant face, les deux fauteuils qui l’encadrent et l’immense écran plat accroché au mur face au canapé occupent tout l’espace. Toute cette pièce est très moderne, avec des meubles noirs, un sol et des murs blancs, et des photos de paysage en noir et blanc y sont accrochées. La déco est magnifique  ! J’aime déjà cet endroit !
—   Les mecs sont dehors, on fait les présentations et on finit la visite, me lance-t-elle avec un clin d’ œil.
—   Je te suis, laiss é-je échapper, d’un coup intimidée de rencontrer tous ces gens avec qui je vais vivre.
Nous passons l’une des deux grandes portes-fenêtres du séjour, celle qui se trouve derrière la table à manger, et nous arrivons sur une grande terrasse en bois, baignée de soleil, d’où l’on entend une musique. Je m’aperçois d’un seul coup que le bruit nous entoure. Des rires et des bruits d’eau m’arrivent aux oreilles. À droite, je vois une étendue d’herbe et la piscine, qui prend quasiment toute la largeur du jardin. On peut tourner autour… je dirais même courir autour, à voir ce que les mecs sont en train de faire. Ils sont trois, torses nus, à se poursuivre, hurler, rire et sauter (ou bien se pousser) dans l’eau.
—   Hé, les mecs ! Mélissa est arrivée ! crie ma coloc.
D’un coup, c’est le silence. On n’entend plus que la voix d’Orelsan qui entonne «  Rêve Bizarre  » en bruit de fond. Toutes les têtes se tournent vers moi. Je vois un blond et deux bruns, mais, à cause du soleil qui m’arrive dans les yeux, je n’en vois pas plus. Les uns après les autres, ils nagent vers l’ échelle et sortent pour attraper une des serviettes qui traînent par terre.
—   Lui, dit-elle en désignant le blond, c’est Maxime.
—   Appelle-moi Max, me salue-t-il en s’avançant pour me faire une bise humide.
Maintenant qu’il est hors de l’eau, je peux le distinguer. Il est de taille moyenne, un peu plus grand que moi, sans être immense. Son regard est brun et chaleureux, il a un sourire avec de belles dents blanches et parfaitement alignées. Un visage rasé de près et un petit anneau à l’oreille gauche. Il a les épaules carrées, mais il n’est pas trop musclé et sa taille est fine. C’est un mec qui prend soin de lui, ça se voit.
—   Euh… Salut ! répondis-je d’une petite voix.
—   Celui-là, m’indique Olivia, c’est Alexis.
Elle lui donne une petite tape sur l’épaule et je note que son regard est plein d’admiration pour lui. Alexis fait à peu près la même taille que Max. Brun avec des yeux verts, rasé de près également, il a une carrure un peu plus imposante que son ami et un léger surpoids qui lui va à merveille. Un sourire discret au coin des lèvres, il me salue d’un signe de tête auquel je réponds avec un sourire timide.
—   Et enfin, Thibault, termine-t-elle.
Thibault, quant à lui, a un regard gris et froid. Des cheveux bruns et une barbe de trois jours lui mange les joues. Il est très grand, je dirais au moins un mètre quatre-vingt-dix. Je me sens minuscule à côté, avec mon petit mètre soixante. Il a les épaules très larges, le bras gauche entièrement recouvert de tatouages, du poignet à l’ épaule jusque sur son pectoral. Il a les bras croisés sur son torse imposant. Ce mec est le moins avenant… Il me fait même flipper ! Ma réticence à son égard augmente quand il fronce les sourcils et part sans un mot. Visiblement, il ne veut pas de moi ici… Comme ça, on est deux, je ne voulais pas de colocataires non plus !
Tout le monde le regarde passer les portes vitrées et disparaître à l’intérieur. Olivia demande aux garçons restants de vider ma voiture et de monter mes affaires dans ma chambre pendant qu’elle me fait la suite de la visite. Il n’y a personne dans le séjour, Monsieur Bonne-humeur n’est plus là. Tant mieux ! Je sens que, lui et moi, moins on se verra, mieux on se portera. Alexis et Max se dirigent vers l’entrée de la maison tandis qu’Olivia et moi empruntons l’escalier qui se situe à côté de la chambre du blond.
—  Ça, c ’est l’ étage des mecs, annonce ma guide en s’engageant dans un couloir au sol noir et aux murs blancs sans aucune décoration. Ici, c’est la chambre de Thibault. Là, c’est leur salle de bain. Heureusement, on en a une juste pour nous !
Olivia et moi éclatons de rire en passant devant la porte de ladite pièce.
—   Et là, celle d’Alexis. Tu ne viendras sûrement pas à cet étage , mais, au moins, tu le connaîtras. Maintenant, passons aux choses sérieuses   : l’ étage des filles  !
Nous prenons l’escalier au bout du couloir que nous venons de longer et arrivons au deuxième étage. Au sol se trouve une jolie moquette grise, les murs sont blancs et agrémentés de tableaux à ambiance zen avec des galets et des orchidées roses, j’adore ! Nous contournons l’escalier, longeons sa rambarde pour faire face à la première porte.
—   Bienvenue dans ta chambre !
La pièce est dans les mêmes tons que le couloir avec un sol gris et des murs blancs. Elle est rectangulaire et possède de très grands placards sur la gauche de l’entrée. Je les fais coulisser et trouve une immense penderie, plein d’ étagères et de tiroirs. Un magnifique dressing, ça , c’est une belle surprise ! J’observe le reste de la chambre   : un lit se trouve à côté de la penderie. En face de la porte s’offre à moi une grande baie vitrée qui mène à un balcon. À côté de la fenêtre est installé un bureau. Les meubles sont blancs . Mon mini chez-moi a l’air d’avoir été entièrement refait à neuf. Je me dirige vers le balcon et constate qu’il va jusqu’ à ce qui doit être la chambre d ’Olivia. De là où je suis, j’ai également une pleine vue sur la chambre de Thibault. Sa fenêtre est ouverte, des rideaux blancs jouent avec le vent devant l’ouverture. Je regarde vers la rue et vois les trois garçons qui s’affairent autour de ma voiture pour en sortir tout mon bazar. Donc, Monsieur Sourire est allé aider ses copains, apparemment.
Olivia m’explique le fonctionnement de la maison. Tous les premiers du mois, nous devons mettre la cotisation mensuelle dans une boîte qui se trouve sur la console dans l’entrée et que je n’ai pas vue. C’est ce qui sert à payer le loyer et les charges. Chaque semaine, on donne 50   € à ceux dont c’est le tour de faire les courses sur le planning, affiché sur le frigo. Sur ce même planning est écrit qui est de corvée et pour quoi. Tout le monde a une tâche à accomplir par semaine   : ménage ; vaisselle, repas ; lessive ; courses à deux. Ce planning est la règle numéro   1. La règle numéro   2 est simple   : pas de relation entre les habitants de la maison. Pas de problème. Depuis ma dernière histoire, je me suis juré une chose : les histoires d’amour, plus jamais !
Max arrive avec ma valise de trois tonnes, la dépose sur mon lit, et affirme en riant   :
—   Vu le poids, je dirais que tu trimballes le cadavre de ton ex pour faire peur aux audacieux qui auraient dans l’idée de t’approcher !
Nous éclatons tous les trois de rire. C’est alors que Thibault arrive avec un carton. Il nous regarde de travers, pose le carton et ressort, remplacé par Alexis, qui nous observe avec un sourire aux lèvres.
—  Ça s ’amuse bien ici, dites donc ! Max, si tu bougeais ton cul pour nous aider plutôt que de faire le malin ? raille-t-il.




Ma voiture est à présent garée dans la cour avec les autres. Mes affaires déballées et rangées, j’en profite pour me changer. Je sors un débardeur blanc à fines bretelles avec un short en jean. J’ai nettement moins chaud comme ça !
Je descends ensuite rejoindre tout le monde au rez-de-chaussée. En arrivant dans le séjour, je m’installe sur un bout du canapé, seul endroit où il reste de la place en dehors de la table basse. Il serait mal vu que je m’y asseye dès le premier soir.
—   Pizza, ça vous tente ? lance Alexis.
—   Ouais ! crie Olivia.
—   C’est bon pour moi aussi, enchaîne Max.
—   Si vous voulez, oui, dis-je avec moins d’assurance que je l’aurais voulu.
Tout le monde attend la réponse de Monsieur Râleur qui m’observe avec un regard perçant. Il paraît lire en moi comme dans un livre ouvert, comme s’il pouvait trouver chacune de mes blessures dans le bleu de mes yeux. Je détourne le regard, gênée par son intrusion imaginaire.
—   Oh, mec, réponds, ça te va des pizzas ? ronchonne Alexis.
—   Hum.
Premier son que je l’entends prononcer. Sa voix semble rauque, mais je ne peux pas en être vraiment sûre. Je tente un nouveau regard dans sa direction, mais il a les yeux fixés sur l’ écran de télévision où se joue une scène de la série «  Vikings  » . Ragnar se moque de moi !
Max me tend la carte de leur pizzeria, je la parcours rapidement en sachant déjà ce que je vais choisir   : une royale, un classique qui passe à tous les coups. Olivia note mon choix sur une feuille. Alexis sort son portable de sa poche et passe commande. On divise la note en cinq puis nous nous passionnons pour les païens qui se battent.
La sonnette retentit et Thibault bondit comme un diable, ravi de s’ éloigner pour quelques minutes. Il attrape l ’argent et fonce dehors. Quelques minutes plus tard, il revient avec cinq cartons à pizzas qu’il distribue. Je crains une seconde qu’il ne me le jette à la figure, mais non, il me tend le carton sans un mot et attend que je m’en empare. Je le remercie, et récolte son indifférence pour seule réponse.
Nous mangeons en discutant, trois de mes colocs me posent des questions à propos de là d’où je viens, les raisons de mon départ, la difficulté que ça a été de quitter Alice. C’est Max qui lâche la question   :
—   Et tes parents, comment ils ont réagi ?
Je me fige, incapable de répondre, heureusement que je ne mangeais plus, sinon je me serais étouffée. Je détourne mon regard vers l’ écran plat et essaie de rassembler le courage pour ouvrir la bouche, en espérant avoir une diversion qui me vienne à ce moment-là   :
—   Pas de désaccord face à mon départ.
J’ai trouvé la parade pour ne pas avoir à leur dire ce que je ne veux pas leur révéler.
—   La chance ! Les miens m’auraient enchaîné au radiateur si je leur avais balancé un truc pareil ! blague Alexis.
Olivia me regarde avec sérieux. Je lui souris pour la rassurer, car je ne veux pas qu’elle se lance dans un interrogatoire digne d’un agent du FBI. Elle gobe mon subterfuge. Je sens un regard sur moi. Thibault sur son fauteuil me détaille avec sévérité. Lui n’est pas dupe, visiblement. Peu importe, il ne m’a toujours pas adressé la parole. À quoi bon se préoccuper d’un type qui m’ignore ?
À la fin du repas , nous rangeons tout, je salue mes colocataires et monte dans ma chambre.
***
—   Mélissa ! Mélissa ! Mélissaaa ! crie mon père. Mélissa, t’es où ?
À genoux sur le sol de ma chambre, je tousse, ma gorge et mes yeux me brûlent. Mais qu ’est-ce qui se passe ?
—   Papa… dis-je d’une faible voix.
Comment fait-il pour crier ?
—   Oh, ma chérie ! Vite, il faut que tu sortes de la maison !
—   Où est maman ?
—   Dans la salle de bain, il y a trop de fumée. Elle a énormément de mal à tenir debout, je dois l’aider, mais elle refuse de sortir tant que tu ne seras pas dehors !
—   Alors on sort !
Nous avançons tant bien que mal à travers ce rideau opaque et arrivons enfin sur la pelouse qui entoure la maison.
—  Ça va aller , ma puce  ?
—   Oui, papa, occupe-toi d’elle !
Papa fonce dans la maison. Plusieurs minutes s’ écoulent . Personne ne sort. Les pompiers sont arrivés, du monde regarde le brasier qu’est devenue la maison de mes parents. Et moi, je fixe la porte d’entrée…
—   Papa ! Papa ! Papa ! Papaaa !
Je me réveille en sursaut, des mains agrippent mes épaules et me secouent en répétant mon prénom. J’ouvre les yeux et croise un regard acier inquiet. Je sens que mes joues sont baignées de larmes, je tremble comme une feuille. Thibault me lâche et s’assied sur le bord de mon lit. Il m’observe avec attention pendant plusieurs minutes avant d’ouvrir la bouche   :
—  Ça va mieux  ?
Je hoche la tête en ravalant un nouveau sanglot. Je ne peux empêcher une larme de couler sur ma joue. Il se lève, se dirige vers la porte, se retourne pour me regarder une dernière fois, puis sort en fermant derrière lui.
Qu’est-ce qu’il faisait dans ma chambre ? Quelques minutes plus tard, j’entends un bruit de fracas accompagné d’un « Putain !  » venir de ma fenêtre. Je me dirige vers celle-ci et vois que celle de Thibault est également ouverte. Voilà pourquoi il était là, j ’ai dû le réveiller. Il vient visiblement de balancer quelque chose contre le mur. Être réveillé en pleine nuit par une folle qui hurle en pleurant l’a mis sur les nerfs. La cohabitation ne semblait pas bien partie. Maintenant, c’est pire. Je retourne me coucher en espérant ne pas refaire une crise.





J’ouvre un œil avec difficulté. Ma chambre est baignée de soleil. Voulant profiter de l’air frais, je n’ai pas fermé le volet hier soir. Je prends cinq minutes pour émerger et m’ étirer, puis sors du lit. J ’attrape ma brosse, démêle ma longue tignasse blond platine, me fais une queue de cheval haute et descends les deux étages qui me séparent du café. Arrivée en bas, je vois trois paires d’yeux se tourner vers moi. Je les salue d’un sourire forcé et fonce à la cafetière. Vite, mon nectar noir !
—   T’as bien dormi, Mélissa  ? demande Max avec hésitation.
—   Par pitié, appelle-moi Mél ! dis-je en m’adossant au comptoir avec ma tasse à la main. Oui, j’ai très bien dormi, merci, et vous ?
—   Oh, oui, moi, nickel. D’où je suis, rien ne me perturbe, rit-il.
—   Moi aussi ! coupe Olivia d’une voix enjouée.
—   J’ai le sommeil lourd, pas grand-chose ne me dérange, rajoute Alexis avec un petit sourire en coin.
Euh… Si tout le monde a bien dormi et que je n’ai réveillé personne, pourquoi ai-je cette étrange impression qu’ils me cachent quelque chose ?
—   J’ai raté un truc ? tenté-je de savoir.
—   On a croisé Thibault avant qu’il aille courir, visiblement lui a passé une sale nuit, me lâche Alexis.
Je suis abasourdie. J’aurais dû me douter que ce crétin allait raconter cet incident à tout le monde !
—   Pourquoi ?
J’hésite à trop les questionner, je ne saurais pas quoi leur répondre s’ils me demandaient des explications.
—   Apparemment, il aurait cassé sa lampe de chevet dans un excès de colère cette nuit.
—   Ah bon ?
—   Ouais, ça lui arrive, t’en fais pas, il pique des crises, pète un truc, et ça lui passe, me rassure-t-il.
Il ne leur a rien dit ? Il ne leur a pas expliqué pourquoi il avait cassé cette lampe ? Ils doivent être habitués à ce genre de comportement de sa part.
—   Du moment qu’il ne casse rien sur ma tête, ça me va ! plaisanté-je.
Tout le monde rit à ma blague pourrie, et le pire est ainsi évité. Pourquoi m’a-t-il couverte ? Et puis, pourquoi est-il venu me sortir de cet horrible souvenir qui me hante encore trop souvent pendant mon sommeil ? Trop de questions de si bonne heure ! Je m’en préoccuperai plus tard.
Les autres me font savoir que, la semaine prochaine, je suis de corvée de ménage. Les plannings sont du lundi au dimanche, je commence donc mes fonctions demain, en même temps que mon nouveau travail. Je stresse un peu, mais décide de ne pas me rendre malade aujourd’hui, et profite de cette journée pour me détendre. Je dépose ce que j’avais prévu pour payer le prorata de ma cotisation et descends par l’escalier de l’entrée. En empruntant le second pour arriver en bas, je rentre en plein dans un torse ferme sentant un mélange de sueur et de déodorant pour homme. Deux mains m’agrippent les bras pour éviter que mes fesses ne se retrouvent sur la marche derrière moi. Je suis un peu sonnée et mets quelques secondes à comprendre que je viens de rentrer dans Thibault, qui m’a rattrapée avant que je ne m’ étale comme une grosse crêpe.
—  Ça va  ? Tu t’es pas fait trop mal ?
—   Euh… Non, ça va, merci, c’est plutôt à moi de te poser cette question.
—   Il me faudrait plus qu’un poids plume pour me faire du mal, t’en fais pas !
—   Dé… désolée… je… je descendais… pour… la cotisation…
Je bégaie comme une idiote, car je suis stupéfaite par ce qu’il vient de me balancer, comme si j’ étais incapable de le blesser.
—   Regarde où tu vas, à l’avenir.
Et il part, comme ça, en me laissant comme une enfant qu’il viendrait de gronder pour sa maladresse. Dire que je suis furieuse contre lui est un euphémisme !
Je dépose mon enveloppe et remonte me changer. J’enfile un maillot de bain deux-pièces rouge, passe par-dessus un short en jean et un débardeur ample blanc à fleurs rouges et reste pieds nus. Une serviette sous le bras, je prends l’escalier de derrière pour aller à la piscine. Je vois Olivia affalée sur le canapé et l’invite à me rejoindre. Elle accepte avec joie et bondit telle une sauterelle vers l’ étage pour enfiler de quoi se baigner. Elle refait surface deux minutes plus tard dans une petite robe jaune qui va magnifiquement bien avec ses longs cheveux noirs qu ’elle a, elle aussi, remontés en queue de cheval haute. Je retire mes vêtements et m’apprête à entrer dans l’eau quand la jolie brune m’arrête.
—   Waouh ! Il est énorme ton tatouage, j’adore ! s’exclame-t-elle en voyant le dessin qui s’ étend de ma hanche gauche à mon omoplate.
—   Merci ! C’est surtout très douloureux ! plaisanté-je, en espérant qu’elle ne m’en demande pas trop.
—   J’imagine. Fais voir !
Elle passe son doigt le long des traits qui représentent une grosse plume qui laisse s’envoler des oiseaux qui s’effacent peu à peu vers le haut de mon dos. Je l’ai fait trois mois après le décès de mes parents. C’est un tatouage assez populaire, mais il a une signification très profonde pour moi. Après la tragédie, je n’avais aucune trace physique de ce drame, alors j’ai fait faire ce dessin pour marquer mon corps de la même manière qu’est marquée mon âme.
Nous passons le reste de la journée à bronzer. Malheureusement pour moi, en tant qu’ex-Parisienne super blonde, en fin d’après-midi, je suis de la même couleur que mon maillot de bain…
Je me redresse et suis prise de vertiges.
—   Je me sens pas très bien… dis-je d’une voix pâteuse.
—   Oh, mince ! C’est vrai que tu n’es pas habituée à autant de soleil.
—   Non, en effet…
Je sens la nausée me prendre la gorge. Au secours !
Olivia se place devant moi (à ses risques et périls) et me tend ses deux mains pour m’aider à me relever. Je me redresse doucement, attends d’avoir plus de stabilité, puis me mets debout.
Avec beaucoup de difficulté, j’arrive dans notre salle de bain. Une douche froide, ça devrait me faire du bien. Ma colocataire m’aide à retirer les bouts de tissus qui me recouvrent. Je croise mon regard dans le miroir. Oh, l’horreur, je suis super rouge !
Elle m’aide à entrer dans la baignoire dans laquelle je m’accroupis. Olivia prend le pommeau de douche et me fait couler de l’eau fraîche sur le dos. Ça fait un bien fou !
Je rejoins directement mon lit après ma douche froide, en sautant la case dîner. Pour mon premier jour, il faut que je sois en forme, alors je mets toutes mes chances dans une bonne nuit de sommeil, surtout après le coup de soleil que je viens de me prendre.




Bip bip bip
Mon réveil m’arrache à mon sommeil. Mon premier jour en tant qu’adjointe. Ça y est, je stresse ! Je sors de mon lit, ouvre mon dressing. J’ai l’impression de revenir des années en arrière et de débuter ma rentrée scolaire, hésitant sur la tenue à mettre pour ce premier jour important… C’est ridicule ! Bouge-toi, Mél ! J’attrape un short en jean blanc avec une blouse sans manches vert canard, et fonce à la salle de bain. Je prends une douche en vitesse, me lave le visage et l’hydrate, je lisse mes cheveux, et m’attaque au maquillage en insistant sur mes yeux. J’enfile ma tenue et dévale l’escalier, en regardant où je vais, cette fois… Je me dirige vers le meuble de la cuisine, prends un bol avec des céréales, fais couler un café, attrape les Post-its et note  : «  Je fais une machine ce soir, apportez tous votre bac à linge dans la buanderie. Bonne journée.  ...

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents