Proscribed Love
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Français

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Description

Interné de force, six ans auparavant, Hunter est persuadé d’être un homme horrible. Comment pourrait-il en être autrement alors que ses parents et son médecin ne cessent de le lui répéter ? Il ne connaît que la violence et ne s’imagine pas une seconde qu’il est possible de faire différemment, mais, ça, c’est sans compter Selena.


Jeune psychiatre, elle prend la suite de son confrère parti à la retraite. De nature optimiste, sa principale préoccupation est le bien-être des personnes dont elle est responsable. Pour cela, elle ne compte pas ses heures, allant jusqu’à se noyer dans le travail, mais cet acharnement ne cache-t-il pas autre chose ?



Elle ne croit pas à l’amour, il ne pense pas y avoir droit.


Auront-ils une chance d’aimer ?

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 5
EAN13 9791034817320
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0060€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Proscribed Love

 
 
 
 
 
Céline B. & Meo Lyss
 
 
Proscribed Love
 
 
Couverture : Chloé S.
 
 
Publié dans la Collection Enaé
 
 

 
 
© Evidence Editions  2021

 
Mot de l’éditeur
 
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Prologue

Hunter
 
 
 
Ma relation de couple est mouvementée depuis toujours. James, mon meilleur ami, pense que Katie, ma petite amie, est toxique pour moi. Ce qui fait qu’ils ne s’apprécient pas tous les deux et ça complique ma relation avec lui. Cela m’attriste et me met en colère, parce qu’il est le seul à m’avoir toujours soutenu. Alors, un matin, je décide de rentrer plus tôt pour avoir une discussion avec ma compagne. J’ai besoin de comprendre ce qu’elle reproche à mon ami, à nous.
Cela fait quatre ans que je travaille comme videur dans une discothèque. Ce n’est pas très passionnant, mais cela me permet de subvenir à nos besoins. Seulement, à cause de mes horaires, on ne se voit presque plus, avec Katie. Et pour ne rien arranger, elle a un nouveau travail qui lui prend tout son temps, c’est à peine si on se croise maintenant. Je sens que son absence commence à jouer sur mes émotions.
Quand enfin arrive l’heure de partir, je refuse de suivre les collègues pour boire un verre, et rentre chez moi. À peine ai-je franchi le pas de la porte que mon instinct prend le dessus sur ma raison. J’entends des cris, je reconnais la voix de Katie. Je cours dans la maison pour lui porter secours, la pensant en danger, mais la réalité est tout autre.
La femme avec qui je partage ma vie depuis plus de cinq ans est en train de baiser avec un autre homme. Ma colère prend le dessus, j’attrape le gars, le frappe, le laisse presque pour mort avant de défoncer tout le mobilier sous les cris de ma compagne.
Refusant d’appeler mon ami James de peur de l’entendre me dire qu’il avait raison, je me dirige chez ma mère dans l’espoir de trouver le réconfort maternel qu’elle ne m’a jamais offert, mais dont j’ai besoin. Son rejet ravive la flamme de ma colère et je casse tout dans sa baraque, détruis sa maison comme elles ont détruit mon âme et mon cœur. Je ne sais pas combien de temps s’écoule, entre mon pétage de câble et le moment où des flics accompagnés d’hommes en blanc m’embarquent.
Quand je me réveille, on m’annonce que je suis dans un hôpital psychiatrique. Ma vie est finie.
 
 
 
 
Chapitre 1

Hunter
 
 
 
Je ne me souviens pas de la dernière fois où j’ai vu un toubib. En général, ils viennent me droguer une fois par jour ; il ne faudrait pas que je fasse une crise, comme ils disent. Le temps me semble interminable, d’ordinaire, je suis tellement défoncé que je ne me rends pas compte des heures qui passent. Mais aujourd’hui, je n’ai rien pour m’apaiser, alors, je tourne en rond comme un lion en cage, m’énerve, sens l’adrénaline monter en moi, et les souvenirs affluer.
 
Depuis toujours, les gens disent de moi que je suis une personne colérique, inadaptée à cette société où chacun doit rester bien sage dans sa case. Enfant, je n’ai jamais eu droit aux câlins de ma mère, à son amour ni même à de simples cadeaux. Je n’étais digne ni de son affection ni de ses présents, parce qu’un homme comme moi ne mérite que les coups, ne comprend que la violence.
Lorsqu’à dix-sept ans, j’ai rencontré Katie, elle était pleine de vie. Elle a pansé mes blessures après mes combats ou plutôt mes crises. On s’est aimés jusqu’au jour où elle m’a trahi.
Depuis ce jour maudit, je vis ici, dans cette prison aseptisée. Mes voisins sont un schizophrène et un homme de quarante-cinq ans souffrant de retard mental ; il se prend pour un enfant de douze ans, c’est flippant.
Je vis au rythme des piqûres de sédatifs qu’ils me font et je ne saurais dire depuis combien de temps je suis dans cet hôpital.
À ces pensées, je laisse la rage me consumer et commence à frapper dans le mur ; j’ai besoin d’oublier ce passé merdique, ma vie, cet avenir que je n’aurai jamais.
Je frappe fort, mes jointures saignent, mon corps est en sueur, mais personne ne vient. Je m’apprête à cogner plus fort, plus vite, quand j’entends toquer contre ma porte. Au départ, je crois que c’est une hallucination, mais le bruit revient, puis la porte s’ouvre. Jamais les médecins n’ont frappé avant de rentrer dans ma chambre. Ils sont chez eux ici, moi, je ne suis rien.
Je suis étonné, je ne vois qu’une blouse blanche, alors qu’en temps normal, ils sont au moins trois pour me calmer lorsque je pique des crises. Une femme s’avance vers moi, rousse, des yeux clairs, un léger sourire aux lèvres.
— Bonsoir, monsieur Savage, je suis le docteur Lyvia.
Elle joue à quoi, là ?
Je ne sais pas comment réagir, c’est la première fois que l’un des médecins de cet institut se présente à moi. En général, ce sont les infirmières qui viennent m’injecter les produits et repartent rapidement, ça ne me dérange pas, car je n’ai jamais été doué avec les autres humains. Faisant fi de ma réaction, elle poursuit :
— J’ai entendu vos coups contre le mur, me permettez-vous d’examiner vos mains ?
Elle ne tente pas de me toucher, va même jusqu’à me demander l’autorisation de m’approcher. C’est qui, cette femme ?
Je ne me démonte pas et lui lance :
— Où est ma piqûre ?
— Votre traitement a été modifié. Dès demain, vous serez conduit dans une autre aile de l’institut. Votre place n’est pas ici, monsieur Savage. Je vous propose d’aller vous doucher, ensuite, je soignerai vos doigts et vous donnerai un calmant.
Je m’exécute sans réfléchir. Elle a parlé d’une voix douce et calme, et elle ne montre pas sa peur d’être face à moi. Je laisse l’eau me laver et apaiser mon corps. Une fois prêt, je me sèche et m’enroule dans une serviette, qui ne cache que mon anatomie. Je veux voir si la blouse blanche reste aussi stoïque devant mon corps. Lorsqu’elle me voit, elle ne réagit pas, comme si elle était blasée. Sa réaction me laisse con.
— Installez-vous, je vais désinfecter vos blessures.
Elle sort tout son matériel, met des gants et commence son travail. Elle est douce et précise, ses gestes sont réfléchis. Quand elle a fini de bander mes mains, elle me donne un comprimé.
— C’est un anxiolytique, vous pouvez le prendre ou pas, je vous laisse le choix. Je reviendrai vous chercher demain matin afin de vous conduire dans votre nouvelle chambre. Si vous avez besoin de quoi que ce soit cette nuit, appuyez sur ce bouton au lieu de casser les murs.
Elle me montre, sur un petit boîtier, le bouton en question, avant de me le glisser entre les mains.
— C’est quoi ?
— C’est un biper, il est relié au poste des infirmiers, qui me contacteront si nécessaire. Toutes les personnes sous ma responsabilité en ont un. Cela me permet d’établir un premier contact, et de modifier mon action selon les besoins des patients. Pour le moment, le vôtre sert juste à me biper en cas de besoin. À demain, monsieur Savage.
Elle se lève pour partir, mais je ne suis pas prêt à rester seul. Je lui agrippe le poignet, pas fortement, mais assez pour qu’elle s’arrête et que mon cœur rate un battement.
Ce geste anodin aux yeux des autres me rappelle la rage qui brûle en moi et ma peur de blesser quelqu’un.
Je relâche vite son bras avant de lui dire :
— Excusez-moi…
— De quoi ? D’avoir posé votre main sur ma peau ? Il n’y a rien de mal à cela, c’est ce que l’on appelle un contact humain. Reposez-vous, d’un vrai sommeil, vous en avez besoin.
Elle quitte ma chambre et me laisse seul avec mes pensées. Je décide de ne pas prendre son poison et m’endors en tenant le petit boîtier dans mes mains. Pour la première fois depuis longtemps, on m’a traité comme un être humain, et non comme un fou.
 
 
 
 
Chapitre 2

Selena
 
 
 
Alors que je referme la porte derrière moi, je suis intriguée par ce que je viens de voir. Cet homme qui est décrit comme violent dans son dossier est loin de l’être. Perdu, angoissé, meurtri, ça, c’est certain, mais violent, je suis sceptique, encore plus quand j’ai lu la peur et le dégoût dans ses yeux lorsqu’il m’a rudement attrapé le bras.
Ça ne fait qu’une journée que je travaille seule dans cet hôpital, sans personne pour me chaperonner, à la suite du départ en retraite de mon prédécesseur, et je m’arrache déjà les cheveux. J’ai passé la matinée à lire les dossiers des patients que l’on m’a confiés, ceux à la charge de l’ancien médecin, et j’ai la sensation que personne n’a été suivi correctement. Pour chaque cas, c’est bâclé, peu voire pas du tout d’antécédents médicaux renseignés ni de véritables diagnostics posés, ni même le nombre de séances faites. À croire qu’il se contentait de refiler des médocs comme on donne des bonbons.
De retour dans mon bureau, je vérifie que tout est prêt pour demain, pour le transfert de mes patients dans cette aile dans laquelle on ne limitera pas le nombre de sorties en dehors de leurs chambres, où ils ne seront pas enfermés en permanence, dans laquelle ils pourront apprendre à revivre en tant que personnes, et en société. J’ai mis tous mes espoirs dans ce projet, j’espère que ça fonctionnera comme je le souhaite.
Perdue dans mes pensées, je sursaute lorsque mon téléphone portable sonne, puis soupire en voyant l’heure qu’il est. Je ne prends pas la peine de répondre, termine ce que j’étais en train de faire, fais un dernier tour pour vérifier que tout va bien, salue mes nouveaux collègues, et rejoins ma voiture. Une fois à l’intérieur, je connecte mon téléphone au Bluetooth de la voiture pour rappeler la personne qui a tenté de me joindre. J’ai à peine le temps de sortir de ma place de parking que la voix de Lilia, ma meilleure amie, résonne dans l’habitacle.
— Bonsoir, puis-je parler au docteur Lyvia ?
— Arrête de faire l’idiote, dis-je en riant. Comment s’est passée ta journée ?
— Comme d’habitude, rien de palpitant, soupire-t-elle théâtralement. Et toi, ce premier jour ? Des beaux gosses en vue ?
Même si elle ne peut pas le voir, je lève les yeux au ciel.
— Tu m’épuises ! dis-je en essayant d’être convaincante. Je ne vais pas au travail pour draguer.
— Sérieux, Selena, ça fait combien de temps que tu n’as pas vu le loup ? Même si tu ne trouves pas l’amour, une aventure te ferait le plus grand bien.
— Une aventure ? m’offusqué-je. Et puis quoi encore ? Je ne vais certainement pas avoir un plan d’un soir là où je bosse !
— Alléluia ! s’écrie-t-elle. Au moins, tu n’es pas contre une histoire sans lendemain.
Face à son enthousiasme, je ferme les yeux une seconde.
— Ce n’est pas ce que j’ai dit, protesté-je.
— Trop tard ! se marre-t-elle. Au fait, tant que j’y suis… Quoi que tu aies prévu, libère ton vendredi soir !
Je souffle pour la forme. De toute façon, avec elle, je n’ai jamais gain de cause.
— Il est hors de question que tu me traînes dans le même genre de bar que celui de la dernière fois.
— Mais quel rabat-joie !
Son rire remplit l’habitacle.
— Promets-le, insisté-je.
— Je jure que mes intentions sont mauvaises !
Un gloussement se fait entendre dans les haut-parleurs de ma voiture. C’est qu’elle est fière, la peste.
— Arrête de citer Harry Potter, rouspété-je. Je te préviens que si tu me refais un coup tordu, je ne te parle plus jamais.
— Oh, Selena, nous savons parfaitement toutes les deux que tu ne pourras jamais te passer de moi. Tu m’aimes trop pour ça.
Je grimace, elle a parfaitement raison.
— Ne me pousse pas trop à bout, répliqué-je, parce qu’un jour, je me vengerai.
— Paroles, paroles, chantonne-t-elle sur l’air de la musique de Dalida.
Amusée plus qu’agacée, je lui raccroche au nez, tandis que je me gare devant chez moi.
Épuisée par cette première journée, je ne rêve que d’un bon bain, accompagné d’un livre, puis d’un rapide repas, avant de m’affaler dans mon lit. J’hésite même à zapper toutes les autres étapes pour juste aller dormir, tant je suis fatiguée.
Finalement, j’ai opté pour une douche, un sandwich, et me voilà, à presque vingt-deux heures, sur le point de fermer les yeux. Avant cela, j’enclenche mon réveil et ferme les yeux, dès que ma tête touche mon oreiller.
Une serviette de bain autour de ses hanches pour seule tenue, il se tient devant moi, conquérant, provocateur, et je peine à déglutir. Je devrais détourner les yeux, rester de marbre, être professionnelle, mais le feu dans mes reins m’en empêche. Au lieu d’écouter mes principes, je laisse mon regard s’abandonner à la vue de ce corps ferme, encore humide de la douche qu’il vient de prendre. Une goutte glisse le long de sa joue, parcourt sa mâchoire carrée, descend le long de sa gorge, pour s’échouer sur son torse épais et imberbe. Un gémissement s’échappe de ma gorge, ma langue humidifie mes lèvres, je suis presque à baver devant lui. Mes cuisses se pressent l’une contre l’autre pour tenter d’apaiser le désir qui grandit en moi, mais ça ne marche pas. Mon excitation est trop grande pour que je puisse la calmer par ce simple geste. Effronté, il plonge son regard dans le mien, fait un pas vers moi, lève doucement son bras et, d’un geste tendre, effleure ma bouche du bout de ses doigts. Je fonds lorsque sa caresse s’accentue, et qu’il s’approche un peu plus de moi.
C’en est trop.
N’écoutant plus que la faim qui me dévore, je me colle à lui et scelle nos lèvres dans un baiser ardent. Aussi affamé que moi, il s’agrippe aux pans de ma blouse pour faire sauter les pressions d’un seul mouvement. Sans perdre plus de temps, il me la retire et fait disparaître mon haut avec la même hâte. Impatiente, j’entrelace nos doigts, recule jusqu’à son lit, sur lequel je m’allonge et, sous ses yeux, je termine de me déshabiller. Son regard appréciateur m’encourage, mais, au lieu de me précipiter, je décide de jouer, fais glisser lentement ma culotte le long de mes jambes. Le grognement qui s’échappe de sa gorge m’arrache un sourire taquin et, avant que mon sous-vêtement n’ait terminé sa course, il se retrouve réduit en lambeau. Mon sourire s’accentue, avant de s’évanouir complètement lorsque mon amant s’allonge sur moi et que je sens contre mon entrejambe son désir enfler contre mes chairs. Alors qu’il est sur le point de s’enfoncer en moi, un bruit strident se fait entendre, me force à ouvrir les yeux. Je grogne lorsque je comprends que le bip incessant vient de mon réveil.
Foutu rêve !
Pantelante et de mauvaise humeur, je balance l’objet de ma colère à travers la pièce, et me lève avec difficulté.
 
Cette journée s’annonce très longue…
 
 
 
 
Chapitre 3

Hunter
 
 
 
Ce matin, je n’ai pas la tête en vrac comme d’habitude. Je me souviens de la soirée, de la venue de la toubib. Elle veut me changer de chambre. Mes muscles sont courbaturés d’avoir fourni un effort. Mon regard se tourne vers ma table de nuit, là où repose le poison qu’elle m’a laissé. Je ne sais pas quoi faire. Dois-je le prendre ou non ? Après cinq longues minutes de réflexions, je décide de le laisser.
Alors que je passe mon t-shirt, des coups retentissent, comme hier soir.
— Entrez !
Je ne sais pas si la personne m’a entendu ni si c’est ce qu’il fallait faire, mais cela m’apaise. Une jeune femme que je ne connais pas s’approche doucement. Elle pousse un chariot d’où se dégage une odeur de café.
— Bonjour, monsieur Savage, je suis Debbie, je m’occupe des repas dans le service du docteur Lyvia. Elle m’a demandé de venir vous servir ce matin et de voir avec vous vos préférences alimentaires.
Ce médecin me surprend encore une fois.
— Bonjour, je veux bien un café. Je ne suis pas difficile, je mange la bouffe infâme qui m’est donnée.
Je ne suis pas agressif, mais pas non plus très accueillant alors qu’elle essaie d’être gentille avec moi.
— Vos repas seront différents dans l’autre service. Vous pourrez aussi, si vous le souhaitez, participer à leur préparation. Tout vous sera expliqué un peu plus tard.
Dans quoi je suis embarqué ? Une secte ?
Elle me sert une tasse de café, me propose ce qui ressemble à une mini crêpe, puis repart sans un mot. Je prends le temps de savourer ce nectar, si longtemps tenu à l’écart de mes papilles, et ce pancake délicieux. J’ai l’impression de redécouvrir les saveurs. Étrangement, je me sens calme, serein, comme si je reprenais le contrôle de ma vie et de mon corps. Après avoir mangé, je me rends dans la salle de bains afin de me raser et me brosser les dents ; l’hygiène est très importante. Une fois prêt, je rassemble le peu d’affaires que j’ai.
À peine ai-je fini de plier mon dernier t-shirt que quelqu’un frappe de nouveau. Cette fois, c’est la docteure. Elle semble fatiguée, comme si sa nuit avait été agitée.
— Bonjour, monsieur Savage. Comment allez-vous ce matin ?
— Bonjour, bien. Je n’ai pas pris votre poison.
Elle sourit à ma remarque. Je m’attendais à un sermon, pas à ça.
— Si vous ne l’avez pas pris, c’est que vous n’en aviez pas besoin. Êtes-vous prêt ?
Je hoche la tête pour confirmer et la suis vers la sortie. Nous quittons l’aile qui m’accueille depuis mon arrivée pour nous diriger vers ce qui ressemble à un foyer de jeunes travailleurs. Elle salue les gens à l’accueil, parle avec des inconnus, les appelle par leur prénom. Ce n’est qu’à ce moment-là que je remarque qu’elle ne porte pas sa blouse blanche. Nous arrivons devant une grande porte, la numéro vingt. Je la vois sortir un trousseau de sa poche et introduire une des clés dans la serrure. Nous pénétrons dans la pièce ou plutôt devrais-je dire les pièces. C’est plus grand que mon ancienne chambre.
— Tenez, ce sont vos clés. Vous avez le droit de verrouiller à condition que vous ne les laissiez pas dans la serrure. Cet appartement sera votre logement le temps de votre guérison.
Elle pense pouvoir me guérir ? N’importe quoi.
— Comment pouvez-vous être sûre que je ne vais pas tenter de m’échapper ?
— C’est simple, les fenêtres sont verrouillées, elles ne s’ouvrent qu’avec une clé. De plus, la porte d’entrée est sécurisée par un code. Vous êtes libre de vos mouvements dans l’enceinte de cette aile uniquement, pour le moment. Je vous laisse poser vos affaires et ensuite, je vous ferai visiter.
Je m’exécute, un peu perdu par ces révélations. Comme convenu, nous faisons le tour des locaux. Je découvre une salle de sport, une cuisine, une salle à manger, un salon. Toutes ces pièces sont en libre-service. Les résidents, comme elle nous appelle, ont le droit de s’y rendre comme bon leur semble. Au bout d’une heure, nous revenons dans ma chambre.
— Une dernière chose, comme vous l’avez remarqué, ici, le corps médical ne porte pas de blouse. Nous avons des badges avec nos noms, cela favorise les échanges. Appelez-moi Selena, et vous, c’est Hunter, je crois ? Êtes-vous d’accord pour que j’emploie votre prénom ?
Je suis comme un con à essayer d’assimiler tout ce qu’elle me dit. Alors, elle s’appelle Selena, c’est original, j’aime bien. Voyant que je ne réagis pas, elle enchaîne.
— Prenez le temps de réfléchir à tous les changements qui vous arrivent. Je serai dans mon bureau toute la journée. Je fais des visites deux fois par jour et je suis joignable avec votre biper, sinon vous pouvez venir me voir directement.
Le fantasme de la prendre sur son bureau me traverse l’esprit, mais je me reprends vite. Cette femme m’offre la possibilité de faire les choses autrement. Il faut que j’essaie, que je découvre ce qu’elle voit en moi : un fou ou un véritable être humain ? Elle tourne les talons et se dirige vers la porte.
— Merci, Selena.
— Bonne journée, Hunter.
L’entendre prononcer mon nom me bouleverse. Je ne croyais pas l’entendre de nouveau. Je l’avais presque oublié. J’ai l’impression que je vais être bien ici.
Je prends le temps de ranger mes affaires dans l’armoire et en découvre d’autres, des neuves. Dans la salle de bains, c’est la même chose, il y a tout le nécessaire de toilette, j’ai même un rasoir. Je décide d’aller faire un tour et me pose dans ce qui ressemble à une salle de jeu. En tout cas, il y a une télé, une console, et un canapé, de quoi se mettre à l’aise. Alors que je suis en train de faire l’inventaire des jeux, un homme s’approche de moi. Je le laisse faire, l’observe, il n’a pas de badge, donc c’est un patient.
— Bonjour, moi, c’est Cortland. Tu es nouveau ?
— Salut, moi, c’est Hunter. Je suis arrivé ce matin.
— Tu veux jouer ? Je suis un pro à Need for speed  ! C’est moi qui ai tout appris à Vin Diesel.
Je ne comprends pas tout ce qu’il me raconte, mais le feeling passe entre nous. Nous jouons ensemble le reste de la matinée. Tandis que nous déjeunons tous les deux, une jeune femme passe près de nous, sans nous adresser la parole. Elle me paraît perdue au milieu de tous ces inconnus. Mon nouvel ami m’explique qu’elle s’appelle Scarlett, et qu’elle n’aime pas les contacts physiques. J’ai l’impression qu’il en pince pour elle. Ses yeux brillent quand il parle de la jeune femme, et il ne la lâche pas du regard, prêt à foncer sur la première personne qui l’approche. Je pourrais peut-être lui donner des conseils en matière de drague, après tout, je me suis tapé quelques infirmières de mon ancien service. L’après-midi, nous allons à la salle de sport, où il m’explique un peu le fonctionnement, puis nous y passons le reste de la journée.
Quand Selena revient me voir, je sors tout juste de la douche, uniquement vêtu d’un boxer, et sa réaction est la même qu’hier. Cette femme m’intrigue. Je lui raconte ma journée, comme si je la connaissais depuis toujours. Elle me propose sa pilule magique que je refuse, mais je garde le biper. Ma réaction semble lui convenir. Elle m’informe aussi que, demain, nous aurons un entretien dans son bureau afin de mettre mon nouveau traitement en place. Je ne réponds rien, me contentant de l’écouter attentivement. Quand elle repart, je me sens seul. Vais-je me servir de ce truc pour la revoir ? Peu de temps après son départ, je décide de dîner dans ma chambre. Après une journée pareille, j’ai besoin d’un peu de calme.
Peut-être aurais-je dû prendre son cachet.
 
 
 
 
Chapitre 4

Selena
 
 
 
Alors que je retourne à mon bureau, je me dis que je suis plutôt ravie de cette nouvelle journée. Là où j’appréhendais la réaction de certains de mes patients, ils m’ont agréablement surprise en étant plutôt compréhensifs lorsque j’ai parlé de changements de traitements. Je ne pouvais pas leur annoncer de but en blanc que j’allais les réévaluer ni dénigrer mon prédécesseur. On m’avait pourtant dit qu’il fallait que je me méfie, que beaucoup tenteraient de me donner du fil à retordre, je ne trouve pas, bien au contraire. Ils sont même très coopératifs. Mais ce n’est pas ce qui me trouble le plus. Non, ce qui me trouble le plus, ce sont les notes du docteur Lunch, celles que j’ai découvertes en fouillant son bureau. Enfin, notes… Je devrais plutôt appeler ça les délires d’un fou.
Dans un cahier bien caché, il a fait une liste avec les noms de chaque patient, y a déversé sa haine contre eux, a écrit des choses si abominables que j’ai eu envie de vomir à plusieurs reprises. Comment peut-on considérer des êtres humains de cette façon ?
Le seul avantage à cette découverte, c’est que ça m’a permis de comprendre pourquoi les dossiers et les patients ont été si mal gérés. Il s’en fichait complètement, ne voyait que sa foutue retraite qui tardait à venir. Dommage pour lui qu’il soit mort le lendemain de son départ.
Avant de rentrer, je décide de sortir de nouvelles fiches de renseignements vides afin de pouvoir les remplir dès demain. À côté d’elles, je dispose mon enregistreur pour garder une trace sonore de ce qui se dira entre ces murs. Fatiguée, je referme la porte de mon bureau lorsque mon téléphone professionnel sonne. Un sourire ravi se dessine sur mes lèvres alors que je regarde lequel de mes résidents tente de me joindre. Je suis heureuse que l’un d’entre eux ose s’en servir, ça me prouve qu’ils me font confiance. Ici, je n’ai pas de cas grave, personne avec une maladie importante, mais plutôt des gens qu’on n’arrivait pas à canaliser et qu’il était plus simple de faire enfermer, ceux pour qui la prison n’était pas une option, mais dont personne ne voulait se charger, parce qu’inadaptés au monde. De ce que j’ai pu apercevoir de leurs pathologies, je dirais qu’il y a beaucoup de dépressifs, accompagnés de certains légers troubles du comportement, et c’est pour cette raison que j’ai décidé de les transférer dans le foyer. Là-bas, ils pourront recommencer à avoir une vie sociale, à réapprendre à vivre au milieu d’un groupe, à se reconstruire.
D’un pas rapide, je traverse chaque pièce pour me rendre dans le couloir des chambres et ne m’arrête que lorsque j’atteins la porte quinze. Sans hésitation, je frappe contre le bois et attends. Quelques secondes plus tard, j’entends parfaitement la voix de la résidente m’autoriser à entrer.
— Bonsoir, Scarlett.
— Bonsoir, Doc… Selena.
Lorsqu’elle prononce mon prénom, sa voix baisse, ainsi que sa tête légèrement, comme si elle avait honte de ne pas s’être souvenue aussitôt qu’elle pouvait le faire. Cependant, elle poursuit.
— Je suis désolée de vous avoir dérangée, mais ça me fait bizarre d’être là.
— Je peux ? demandé-je en désignant une chaise.
Elle hoche timidement la tête et je prends place sans cesser de parler.
— Vous désirez en discuter ?
À nouveau, elle hoche la tête, sans ouvrir la bouche.
— Je vous écoute, l’encouragé-je d’une voix douce.
— Ça m’angoisse…
— Quoi donc ?
— De… d’être ici… Je… j’ai… C’est pas ma chambre, dit-elle dans un souffle.
— D’accord. Et qu’est-ce qui vous angoisse ? La chambre en elle-même ? Le fait que ce ne soit pas la vôtre ? Ou le changement ?
Elle ne me regarde toujours pas, mais je vois qu’elle prend le temps de réfléchir avant de me donner une réponse.
— Le docteur Lunch m’a dit qu’il ne fallait pas que je quitte ma chambre.
Bordel ! Cet homme aura fait plus de ravages que je ne l’aurai cru. Avec difficulté, je garde un visage doux, ravale ma colère, et réplique :
— Scarlett, est-ce que cet endroit vous plaît ?
Une nouvelle fois, elle hoche la tête.
— Est-ce que vous aimeriez pouvoir y rester ?
Toujours en silence, elle acquiesce.
— Bien, parce que vous avez le droit de rester ici, si ça vous convient.
— Mais le docteur…, proteste-t-elle.
Entendre encore le nom de cet être me fait perdre patience, et je la coupe un peu trop durement à mon goût.
— N’’est plus votre médecin !
J’inspire discrètement pour me reprendre, me racle la gorge pour retrouver mon calme, puis poursuis :
— Il ne travaille plus à l’hôpital, je le remplace. Donc, si vous aimez être là, je ne vois aucun inconvénient pour que vous restiez. Mais si vous préférez, je peux vous rendre votre ancienne chambre. C’est comme vous le désirez.
Comme depuis le début de notre rencontre, elle se triture les doigts, puis cesse d’un coup et ose relever son visage pour ancrer son regard au mien.
— Vraiment ?
— Vraiment ! confirmé-je. C’est à vous de choisir.
Sa timidité du début laisse place à une jeune femme plus déterminée, lorsqu’elle dit :
— Alors, je veux rester.
La voir ainsi me met du baume au cœur. Ce n’est pas grand-chose, d’ici quelques minutes, peut-être seulement demain, elle redeviendra cette jeune femme qui se protège derrière sa timidité, qui n’ose pas, même si elle le veut, mais son affirmation est déjà une victoire.
— Très bien, dis-je en souriant. Vous avez besoin d’autre chose ?
— N… non. Merci beaucoup, Selena.
— De rien. Désirez-vous que je reste encore un peu avec vous ?
— N… non, ça ira. Merci, encore.
— Avec plaisir. Surtout, si vous avez besoin de quoi que ce soit, n’hésitez pas à me biper, lui rappelé-je en me levant. Bonne nuit, Scarlett.
À son tour, elle me salue, et je quitte la pièce. Je reprends le chemin inverse, les mains dans les poches, lorsque mon portable vibre contre ma paume. Sans attendre, je le sors de ma poche et découvre qu’un autre résident a besoin de moi. Je sens que cette nuit ne sera pas de tout repos, mais je suis contente qu’ils n’hésitent pas à me joindre. Je reviens sur mes pas, dépasse la chambre de Scarlett, pour finir par m’arrêter, quelques portes plus loin, devant la vingt. Je lève le poing avant de le laisser retomber. Avec lui, je ne sais pas vraiment à quoi m’attendre. Je n’ai pas été surprise qu’il m’apprenne qu’il n’a pas pris son traitement, en revanche, le voir se mêler si vite aux autres résidents, ça, c’était surprenant. J’étais persuadée qu’il mettrait plus de temps à se sociabiliser.
Après une nouvelle inspiration, je cogne contre la porte. Quand enfin il m’ouvre, je ne suis pas étonnée de le découvrir une nouvelle fois torse nu, malgré tout, je ne peux m’empêcher de le détailler. Au moins, cette fois, il a eu la décence d’enfiler un sous-vêtement.
Un sourire fugace apparaît sur ses traits tandis qu’il m’invite à entrer.
 
 
 
 
Chapitre 5

Hunter
 
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