Prospect
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Description

Le quotidien d’Arone est bouleversé lorsqu’il recueille un homme blessé dans la forêt qui borde son village, un biker du nom de Kurt.

Pour un jeune amish qui ne connaît rien du monde extérieur, il se retrouve irrémédiablement attiré par celui-ci et décide de le suivre en quittant sa vie monotone, laissant derrière lui sa famille. Il découvre l’univers des bikers à ses côtés et expérimente quelque chose qu’il n’a jamais connu jusqu’ici, l’amour. Seulement, le jeune homme ne connaît pas encore ses penchants et ne gère pas ses émotions comme une personne normale. Il provoque involontairement la jalousie de Kurt, qui, lui, n’arrive pas à avouer ses sentiments, refoulés depuis bien trop longtemps.


C’est lorsqu’Arone se fait enlever par un gang rival et se retrouve seul avec ses émotions qu’il se rend finalement compte de ce qu’il ressent, et que son cœur ne bat que pour une seule personne, Kurt. Entre les démons du passé, des sentiments et des émotions mal contrôlées, Arone et Kurt vont apprendre à se connaître et à s’aimer pour ainsi affronter la dure loi des bikers.

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Informations

Publié par
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EAN13 9791034817344
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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Exrait

Prospect

 
 
 
 
 
Lydasa
 
 
Prospect
 
 
Couverture : Chloé S.
 
 
Publié dans la Collection Enaé
 
 

 
 
© Evidence Editions  2021

 
Mot de l’éditeur
 
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1

 
Doux rêveur
 
 
 
Arone
Le soleil caresse doucement mon visage. Allongé sur l’étendue d’herbe, je regarde les nuages en jouant avec une brindille dans la bouche. La chaleur de l’été glisse sur ma peau, la rendant plus foncée et chaude. J’écoute le bruit des insectes qui volent autour de moi, le chant des oiseaux qui ne laisse plus la place au silence. Je suis bien là, comme ça, somnolant presque à ne rien faire, juste profiter en attendant que le temps passe. Mais je ne peux malheureusement pas profiter plus longtemps de ce moment hors du temps, car la voix grave de mon frère me sort de ma rêverie.
— Hé, feignasse, tu vas glander toute la journée ?
— On est dimanche, lui rétorqué-je, agacé.
— Oui, mais les moutons ont faim, même le dimanche.
Je soupire de lassitude, je n’ai pas eu de jour de repos depuis… eh bien, depuis toujours. J’habite dans un petit village autonome, ma famille possède un troupeau de moutons pour faire la laine nécessaire à la fabrication de nos vêtements, parfois pour la viande, mais seulement lors de fêtes pour tout le village. Nous sommes une communauté amish, vivant un peu en décalage du temps dans une campagne bien loin des grandes villes. Peu d’étrangers passent sur nos terres et, pour moi, les jours s’enchaînent en se ressemblant.
Au moment du rite de passage à l’âge adulte, les enfants de ma communauté ne peuvent pas aller bien loin. Nous restons même dans le village et, finalement, nous n’avons pas d’autre choix que de demeurer dans la communauté, car nous ne connaissons que ça… Pourtant, je suis d’un naturel très rêveur, j’aimerais pouvoir m’échapper loin d’ici, découvrir autre chose que ce trou paumé. Malheureusement, la première ville est à plus d’un jour de calèche. Je suis donc bloqué ici, à devoir m’occuper des moutons avec mon frère et mes parents. Vingt ans et je ne connais que cette vie.
Je finis par me lever alors qu’il m’appelle une énième fois. Agacé, je lui réponds que j’arrive. Je n’y mets absolument aucune bonne volonté, après la prière du matin, je pense glander et ne rien faire de ma journée. Bien évidemment, il me retrouve toujours, comme s’il avait un radar au fond de son crâne qui lui indique ma position exacte. Je le rejoins dans la ferme où mon père est occupé à remuer le foin, alors que les bêtes, tondues de la veille, bêlent contre lui. En me voyant, il me fait un beau sourire et se met à glousser.
— Tu as voulu filer en douce encore une fois ?
— J’ai le droit à un jour de repos quand ?
— Quand tu seras mort, fils, me répond mon père fermement.
Voici sa réponse, donc jamais de repos, je dois m’y faire et j’en ai marre. Je m’active donc à aller faire les mélanges d’avoine et de graines, que je mets dans un seau et commence à les balancer aux bêtes qui se ruent dessus. Je les regarde se jeter sur la nourriture, comme si elles n’avaient pas mangé depuis des semaines. C’est bien l’effet mouton, il y en a un qui agit et les autres suivent. On passe l’après-midi à s’occuper des bêtes avant de finalement rentrer le soir au coucher du soleil. Comme à chaque fois, ma mère prépare un ragoût. Elle est la femme de la maison, quand la laine est tondue, elle s’active à en faire des fils avec d’autres femmes du village, puis elle prépare à manger pour les hommes qui rentrent de leur dur labeur. Elle a toujours ce geste tendre quand mon père s’assoit à sa place, elle lui embrasse la tempe et lui ne peut réprimer un sourire fou amoureux.
J’ai peu d’appétit ce soir, fatigué de la redondance de mes journées, de cette routine bien trop ancrée. Je ne fais que jouer avec un morceau de légume qui flotte dans mon assiette, sans forcément y toucher. Mon attitude a le mérite d’attirer l’attention de ma mère.
— Que t’arrive-t-il, fils ?
— Je trouve que les journées se ressemblent…
— Tu t’ennuies même en t’occupant du troupeau ?
— Oui… j’aimerais du changement, marmonné-je.
Elle écarquille les yeux et regarde mon père qui pince les lèvres, mais ne dit rien. Mon frère à côté de moi est figé, comme choqué par mes propos.
— Tu veux dire quoi par changement ?
Je relève alors les yeux vers ma mère, son regard vert me fixe intensément, elle a une mèche grisonnante qui jure avec sa chevelure sombre. J’ai hérité de ses yeux émeraude si magnifiques, alors que mon père, lui, a les yeux noirs, comme mon frère.
— Je ne sais pas… de l’action, je n’en sais rien. J’aimerais bien faire autre chose, essayer peut-être un autre métier ?
Elle soupire de soulagement et pose sa main sur son cœur. Sa plus grande peur, c’est que je lui dise que je veux quitter la communauté. Si je fais ça, je serai banni et je ne pourrai plus jamais revenir les voir, sans parler du déshonneur de la famille. J’en suis bien conscient et c’est sûrement pour ne pas faire pleurer ma mère que je ne suis pas monté sur le dos d’un cheval en quête d’une aventure douteuse. J’ai horriblement peur d’être seul, je sais ce que je quitte, mais je ne sais pas ce que je vais gagner au-delà de ce village.
Le soir, chacun dans notre lit, mais dans la même chambre, mon frère et moi fixons le plafond, perdus chacun dans nos pensées. Je m’imagine ailleurs, dans une grande ville, là où règnent les nouvelles technologies, où notre travail ne consiste pas seulement à labourer les champs. J’aurais pu m’y perdre longtemps si mon grand frère n’avait pas rompu le silence.
— Arone ? Tu ne te plais vraiment pas ici ?
— Ce n’est pas que je ne me plais pas… je rêve juste de quelque chose d’autre… je me fais chier ici.
— Si tu avais la possibilité de partir ? De prendre un cheval et d’y aller ? me demande mon frère en fronçant des sourcils.
— Je ne voudrais pas y aller seul…
Il reste silencieux et songeur sur la dernière phrase, ne répondant pas. Je sais que lui ne partira jamais d’ici, il tient trop à la famille et abandonner nos parents les mettrait en disgrâce, cela le ferait souffrir. Je finis par me mettre sur le flanc, lui tournant le dos pour pouvoir dormir. Demain, nous devrons encore aller aux champs pour préparer les pâtures de nos moutons.
Le lendemain, tout se passe de la même manière, lever aux aurores, donner à manger aux bêtes et direction les champs pour vérifier chaque clôture. C’est toujours vers la fin de matinée que je fausse compagnie à mon frère et mon père, je n’arrive pas à tenir la journée de travail. Je m’enfonce donc dans la petite forêt attenante, marchant sans réel but, juste pour m’enfoncer le plus loin possible jusqu’au petit ruisseau.
Le voyant enfin, je retire mes chaussures et y plonge mes pieds, l’eau est froide et soulage ma matinée de travail. Je soupire de plaisir, fermant les yeux pour simplement écouter le chant de la forêt. Tout est calme, jusqu’à ce que j’entende un grognement, des gémissements et des bruits comme si quelque chose se traînait sur le sol. J’ouvre les yeux et essaie de déterminer d’où cela peut venir. Je me relève et remets mes chaussures, cherchant l’origine du bruit, avant de tomber sur un homme.
Cet homme a un blouson en cuir sans manches, d’étranges blasons dessus, une barbe fournie et une crinière mi-longue de couleur blonde. Il est recouvert de tatouages, du moins, je le devine à ses bras découverts où l’encre se perd sous son haut. Il se tient le flanc et je peux voir un liquide rougeâtre s’en échapper. Je me rue alors sur lui, un peu en panique.
— Monsieur, laissez-moi vous aider, vous êtes blessé.
Il relève vers moi des yeux bleutés, qui semblent me transpercer jusqu’à l’âme, avant de tourner de l’œil devant moi. Il me faut beaucoup d’efforts pour le traîner dans la forêt jusqu’aux champs, où mon frère se rue vers moi, les yeux plissés pour m’engueuler d’avoir disparu. Mais il ne le fait pas en voyant que je tiens un homme inconscient et blessé. C’est donc à deux que nous le soulevons pour l’entraîner jusqu’à la calèche où notre père nous attend. Voyant lui aussi l’homme blessé, il ne met pas longtemps à nous ramener au village.
Dans notre maison, nous le posons sur la table à manger pour qu’il soit le dos bien à plat. Le médecin arrive en urgence pour lui prodiguer les premiers soins. Lorsqu’il extrait de son flanc une balle, j’ai le sang qui quitte mon visage. Une fois qu’il est soigné, nous l’installons dans mon lit et je m’assois sur celui de mon frère, attendant alors que l’inconnu se réveille. Mon frère est à mes côtés, observant l’homme de façon curieuse. Mon père finit par réapparaître.
— C’est un biker, il a dû se faire tirer dessus dans le coin. J’espère qu’il ne va pas nous attirer d’ennuis.
Il a le visage fermé, il n’a jamais aimé les étrangers qui arrivent dans le village. Mais nous ne pouvions décidément pas le laisser mourir dans la forêt. Il faut attendre qu’il se réveille pour avoir de plus amples informations sur qui est ce biker.
 
 
 
 
2

 
Comme un papillon de nuit
 
 
 
Arone
Ce n’est que le lendemain que l’inconnu commence à émerger de son douloureux sommeil. Il commence par gémir en se cambrant, plissant des yeux avant de les ouvrir. Haletant, il se redresse d’un coup avant de couiner de douleur en se tenant le flanc.
— Restez allongé, on vient de vous retirer une balle. Le médecin a recousu votre plaie et nous avons bien nettoyé, mais nous n’avons pas d’antidouleur, alors reposez-vous.
Ma voix est douce et l’inconnu se cale sur le matelas, posant ses yeux bleus sur moi. Son regard semble me transpercer de nouveau, me fixant avant de me détailler sans aucune gêne. Il grimace, ignorant alors mes conseils, essayant de se relever. Je m’approche de lui et l’aide du mieux que je peux, il essaie de me repousser, mais se rend compte qu’il n’en a pas la force. Ma mère arrive à ce moment-là avec un morceau de viande et des pommes de terre vapeur.
— Oh, vous êtes réveillé ? Vous ne devriez pas trop bouger, mon fils vous a trouvé en très mauvais point hier. Vous devez avoir faim, il faut que vous mangiez pour guérir le plus vite possible.
— Ma moto…
— Pardon ?
L’inconnu a une voix grave et profonde qui me fait frissonner. Il y a quelque chose dans sa voix, envoûtante, séduisante. Tout en lui semble m’attirer comme un papillon devant la lumière. Je sais pourquoi, cet homme est le petit truc qui change mon quotidien, il connaît l’extérieur, il connaît le monde.
— Ma moto, elle était près de la forêt, je… je l’ai laissée sur le bord de la route.
— Je vais le dire à mon mari et nous allons envoyer une calèche pour aller la chercher, ne vous inquiétez pas. Mangez.
Elle pose alors l’assiette sur une petite table basse, avant de nous laisser à nouveau seuls. Je reste planté à côté de lui sur le lit, comme hypnotisé par cet homme si étranger à ma routine. Il attrape le plateau et commence à dévorer son repas avant de stopper et de me fixer lui aussi.
— Tu vas me regarder bouffer comme un demeuré ?
— Euh… pardon… je suis désolé, c’est qu’on voit tellement peu d’étrangers ici…, marmonné-je en baissant les yeux.
— Vous êtes quoi ? Mormon ? Amish ?
— Nous sommes amish, en effet.
— Putain, que ça doit être chiant ! Je ne pourrais pas, ne pas picoler, ne pas fumer, ne pas baiser avant le mariage, sérieux. Tu t’appelles comment, petit ? me demande-t-il, curieux, tout en avalant son repas.
— Euh… Arone… et j’ai vingt ans. Je suis un homme, lui dis-je fièrement en bombant le torse.
— Pour moi, tu es un gamin, j’en ai vingt-huit. Je m’appelle Kurt, c’est toi qui m’as trouvé ?
— Oui… dans le bois… Tu t’es fait tirer dessus ?
Le tutoiement m’est venu naturellement, comme il le fait avec moi. Je suis à l’aise, sa façon détendue de me parler, cette façon de dénigrer à moitié les amish. J’ai envie de tout savoir de lui tellement il m’intrigue.
— Ouais… à trois cents bornes d’ici. Je pensais pouvoir rejoindre le QG, mais je crois que je me suis senti faiblir avant, j’ai cru que j’allais crever dans ces putains de bois.
— Tu es un biker ? C’est quoi ? Mon père dit que tu en es un.
Il explose de rire, manquant de s’étouffer avec le morceau de pain qu’il a dans la bouche. Ses yeux bleus se reposent sur moi et ce frisson si particulier me revient aussitôt.
— Oui, je suis un biker du MC Death Angels. Je suis un nomade, je me balade de ville en ville, tu vois.
— Oh ! Tu voyages beaucoup ? Tu as dû voir énormément de choses.
Je peux voir ses traits s’adoucir face à mon enthousiasme que j’ai beaucoup de mal à contenir. Je ne cache pas ma curiosité, au contraire, et cela semble l’amuser. Il continue de manger quelques morceaux de viande avant d’inverser les rôles.
— Tu n’es jamais sorti de ton village ? Même au rite de passage à seize ans ?
— Eh bien, la ville la plus proche est à un jour de cheval, alors, non…
— Ah oui… à moto peut-être quelques heures, tout au plus. Donc, tu ne sais pas ce qu’il y a, à part ton village. C’est pour ça que tu me regardes comme un alien. Tu sais que c’est gênant ? Je vais presque croire que tu as le béguin pour moi, me dit-il avec les yeux pétillant d’une étrange expression.
— Quoi ? Non absolument pas, l’homosexualité est interdite dans notre communauté, c’est un péché extrêmement grave.
Je me redresse, piqué au vif, détournant le regard, vexé. Je me lève du lit et retourne m’asseoir sur celui en face, croisant les bras avec une mine sombre. Quant à Kurt, il explose de rire, au point où celui-ci se transforme en fou rire incontrôlable qui finit par le faire couiner de douleur. Il se tient le flanc et grimace atrocement. Je m’inquiète immédiatement et m’approche pour regarder son pansement qui commence à devenir rougeâtre.
— Il faut te tenir un peu, au lieu de te moquer de moi. Je vais devoir refaire ton pansement.
Il ne dit rien, pinçant des lèvres. Il se redresse et me laisse alors préparer le bandage propre et des linges pour nettoyer. Je lui retire délicatement et dévoile la plaie qui s’est légèrement rouverte. Je m’applique à la nettoyer et je le vois se crisper, je m’excuse par automatisme, mais continue mon travail. Lorsque j’ai terminé enfin et que je redresse les yeux vers lui, je peux alors voir une étrange lueur dans son regard. Il me fixe intensément et j’ai encore une nouvelle fois cette sensation qu’il regarde mon âme.
— Tu n’as jamais voulu partir d’ici ? Même à un jour de voyage ?
Je baisse alors la tête, rougissant légèrement. Bien sûr que j’en ai envie, mais j’ai tellement peur de ce que j’y trouverai. Je crois bien qu’il comprend, car il n’insiste pas. Je me relève et vais me laver les mains dans une bassine d’eau qui se trouve sur une table. Il se remet alors à manger, instaurant un silence pesant.
— Pourquoi tu t’es fait tirer dessus ? Tu vis dangereusement ?
— Oui, très dangereusement. Mon club ne fait pas des choses très légales, comme de la vente d’armes, de drogue et de la prostitution.
J’écarquille les yeux alors que lui ancre bien les siens dans les miens, jugeant mes réactions. Je ne suis pas effrayé, mais fasciné. Étrangement qu’on me parle de tout, ça me fait plutôt rêver qu’autre chose, j’ai une vision très naïve des choses. À force de vivre à l’écart des autres, mon image du reste du monde en est totalement déformée.
— Ça a l’air cool.
Et là, il explose de rire, avant de se crisper violemment en se tenant les côtes. Je fronce des sourcils encore une fois, piqué au vif.
— Quoi, encore ?
— Tu es naïf. Tu as tellement soif d’aventure que ce que je raconte te paraît comme Disneyland.
— Disney land ?
Il écarquille les yeux à son tour avant de soupirer en se frottant le visage. Je me rends compte alors du ridicule de tout ça, pour moi qui rêve d’aventure les choses les plus dangereuses m’attirent irrémédiablement. Tout comme lui, il m’attire étrangement, pas physiquement, mais ce qu’il dégage, son odeur musquée et virile, entre l’odeur d’essence, de cuir et de tabac. À ce moment-là, un bruit de calèche retentit à l’extérieur, il ne peut s’empêcher de se lever pour aller voir. Sa moto est bien là, à l’arrière de la calèche tirée par deux énormes chevaux de trait. Il enfile son blouson de cuir en grimaçant, se dirigeant vers la sortie.
— Hé, non, repose-toi ! Ta moto est là, tu es blessé, alors c’est bon, prends le temps de te reposer un peu.
— Je veux voir comment elle va, me dit-il en s’énervant, me bousculant sur son passage.
— Rah, ce n’est pas ta femme non plus.
— Oh que si, c’est ma femme !
Il sort en forçant le passage et, une fois dehors, la moto redescendue, il en fait le tour, remerciant ceux qui la lui ont rapportée. Mon père le dévisage.
— Vous devriez retourner vous reposer, on va la mettre à l’abri le temps que vous vous rétablissiez.
— Merci… pourquoi vous m’aidez ? Les amish n’aident pas les étrangers habituellement.
— On ne laisse personne mourir, quand vous irez mieux, vous repartirez.
Mon père a parlé froidement, Kurt soupire, il laisse les hommes aller mettre sa « femme » à l’abri, il n’a pas la force avec sa blessure. Finalement, il rentre de nouveau dans la maison, s’assoyant sur la première chaise venue.
— Tu veux prendre un bain ?
— Si tu me frottes le dos.
— Si tu ne t’en sens pas capable avec ta blessure, lui dis-je innocemment, sans comprendre son double sens.
— Tu es vraiment trop naïf, mais, oui, viens m’aider.
— Je vais le préparer, il faut que je chauffe l’eau.
Je vais de ce pas préparer son bain, mettant l’eau dans une grande bassine, allumant le gaz pour la faire chauffer, puis je l’appelle pour qu’il vienne. Au moment où je me retourne avec des linges propres, il se tient devant moi, entièrement nu, et là je peux affirmer qu’il est entièrement recouvert de tatouages. Mais mes yeux se posent sur sa masculinité, en repos certes, mais… impressionnante.
— Le spectacle te plaît ? Et ça se dit pas gay.
— Quoi ? Mais, zut, je ne suis pas sodomite, tu te fous à poil devant moi comme ça, tu veux que je fasse quoi ?
— Il faut que je me déshabille pour prendre mon bain. Allez, frotte-moi le dos.
Il m’énerve, en fait, ce type est un sombre con, il me prend pour son larbin. Il s’installe dans l’eau chaude dans un gémissement de plaisir, immergeant sa blessure qui fait rougir légèrement l’eau. J’ai bien envie de lui frotter le dos avec des orties.
 
 
 
 
3

 
Émeraude
 
 
 
Kurt
Des amish… Je pense que je n’aurais pas pu plus mal tomber. Ils n’ont pas tout le confort des grandes villes, peu d’alcool, et pas de prostituées. Je ne sais pas trop comment je vais tenir, mais il va bien falloir que je m’y fasse le temps de ma guérison. Le gamin qui me suit partout depuis mon réveil semble vivre sur une autre planète. Mais je ne sais pas pourquoi, je le trouve étrangement attirant, il a un visage encore très enfantin. Encore innocent, tout le contraire de moi, sa peau est légèrement dorée par le soleil, il a des cheveux d’un noir profond et des yeux… mon Dieu, ses yeux sont hypnotisants. Si je n’avais pas été dans un village amish, je lui aurais sauté dessus.
Je suis peut-être un biker hors la loi, un macho, une brute, mais je sais parfaitement respecter les limites de ceux qui ne me veulent aucun mal. Je leur dois beaucoup, sans eux, je serais sûrement raide à me transformer en compost et nourriture pour les vers de la forêt. Déjà que, dans mon monde, aimer les hommes autant que les femmes est mal vu, chez eux, je n’imagine pas. Un monde bien plus homophobe que les bikers et tout ça à cause de leur foutu dieu, qui ne fait jamais rien.
Alors que je m’enfonce doucement dans l’eau chaude, je me sens étourdi. Cela fait bien longtemps que je ne me suis pas posé comme ça. Je sens alors ses mains se poser sur mon dos, ce qui me fait sursauter. Je me tourne vers lui et le regarde intensément.
— Quoi ? Tu ne veux plus que je te frotte le dos ?
Je me mets à ricaner, amusé par ses réactions.
— Je ne pensais pas que tu le ferais vraiment.
— Tu es blessé, alors profite que quelqu’un t’aide. Tu n’as pas l’habitude qu’on prenne soin de toi ?
— Si, mais pas dans le dos.
— Où ça ?
J’explose de rire, son innocence est tellement mignonne. Je lui fais pourtant des sous-entendus, il ne capte absolument rien et, quand j’ai surpris son regard sur mon anatomie, il s’est vexé. Il est forcément vierge, je me demande même s’il s’est déjà touché, s’il connaît le plaisir solitaire. Je secoue la tête, il ne vaudrait mieux pas que je réveille la bête. Si son daron me surprend au garde-à-vous devant son fils, il risque de me reloger la balle qu’ils m’ont retirée entre les deux yeux.
— Tu es promis à un mariage ?
— Non… Mon grand frère si, mais Arianne n’a que quatorze ans.
— Attends… il a quel âge, ton frère ?
— Vingt-six ans, me dit-il, sans comprendre mon étonnement.
— Ça ne vous dérange pas cette différence d’âge ? Enfin, la gamine, elle n’est même pas majeure…
— Quand elle aura passé son rite de l’âge adulte, ils se marieront, me répond-il avec un sourire naïf, comme si cela était tout à fait normal.
— Et toi, tu n’es pas promis à une jeune fille ?
— Non, pour le moment, aucune fille ne m’a été présentée, mais ça ne saurait tarder.
— C’est des mariages arrangés, dis-je en plissant les yeux et en soupirant.
— Oui et non, le village est petit, il n’y a pas beaucoup de femmes et d’hommes célibataires, on se connaît tous. Il y a plus d’hommes que de femmes aussi, normal que ce soit l’aîné qui est privilégié.
Je trouve ça vraiment étrange, les mariages arrangés, sans amour, juste pour assurer la survie de la lignée. Je sursaute quand sa main, qui tient le linge, passe sur mon flanc. Il y va délicatement, mais nettoie bien dans l’eau. Il est très doux et fait attention à mes réactions, autant de délicatesse me fait du bien. Ça change des bourrins de bikers qui soignent les leurs avec une bouteille de whisky et un couteau chauffé à blanc.
— Tu as plein de cicatrices… tes tatouages, ils ont une signification ?
— Oui… celui dans mon dos, c’est le logo de mon MC, dis-je fièrement en me cambrant un peu.
— Oui c’est le même que sur ton blouson. Mais si tu quittes le MC, tu as toujours ça sur la peau ?
— Si je quitte le MC, c’est entre quatre planches.
Il relève les yeux vers moi, alors qu’il regardait de façon hypnotique mon épaule. Ses yeux, mon Dieu, je suis tellement content qu’il me regarde, là, tout de suite. J’ai envie qu’il me regarde plus souvent.
— Et celui-ci, il veut dire quoi ?
Il me montre alors l’énorme carpe koï que j’ai sur le flanc, là où la balle est venue se loger.
— Ma mère avait une collection de carpes koï, je l’ai fait en pensant à elle. Aujourd’hui, elle est décédée.
— Oh… je suis désolé.
— Ne t’excuse pas, tu n’y es pour rien même si je sais que c’est par politesse. Ça fait des années, j’avais seize ans.
— Ça fait mal, les tatouages ? demande-t-il tout en observant ma peau, fasciné.
— Oui et non, tu en voudrais un ?
— C’est interdit dans notre communauté…
— Ouais, j’aurais dû m’en douter.
Il se relève et le simple contact qu’il avait avec moi se rompt, étrangement, ça me trouble. Pourquoi ce gamin m’attire-t-il autant ? Je ne suis pas du genre à être fleur bleue, je suis le genre à prendre et à jeter. Mais lui… mais lui j’aimerais bien l’avoir pour moi. Je pourrais tellement utiliser son innocence, je pourrais le manipuler et l’enlever. Je suis sûr qu’il n’attend que ça justement, qu’on le tire de ce coin paumé.
— Tu vas où ?
— Je te laisse prendre ton bain tranquille, je t’ai juste frotté le dos, tu n’as pas besoin de moi pour le reste.
— Tu ne voudrais pas me masser les pieds ? J’ai horriblement mal, tu sais…
— Les bikers sont des acteurs aussi ? Allez, sors avant que ta plaie ne soit trop imbibée d’eau.
Il me laisse alors seul avec cet étrange sentiment, je ne comprends pas pourquoi il me trouble. Sûrement un effet de je ne sais quoi, un syndrome dû au fait qu’il m’a sauvé, ou bien simplement ce regard si innocent qui me regarde avec admiration. J’ai l’impression d’intéresser quelqu’un enfin, pas seulement pour mes capacités, mais pour ce que je suis. Je finis par sortir, prenant le linge propre qu’il a posé sur une petite table. Les vêtements sont à ma taille, un poil serrés au niveau du pantalon, mais c’est temporaire.
Lorsque je sors, je vois Arone devant une femme au même regard envoûtant que lui, sa mère que j’ai croisée brièvement tout à l’heure. Et dans un coin, un garçon au regard sombre, la seule chose qui me fait dire que c’est son grand frère, c’est cette façon de me regarder.
— Ah ! Monsieur Kurt, les vêtements sont à votre taille ? Je n’étais pas bien sûre, je laverai et rapiécerai les vôtres dès demain, la balle a déchiré votre haut.
Le regard du jeune amish de haut en bas, avec ce petit sourire en coin, prouve que je suis ridicule dans ce genre de vêtements. Un amish tatoué et barbu comme moi, on aura tout vu, heureusement que je ne me convertis pas. À ce moment-là, le père rentre et le regard qu’il me lance montre qu’il n’est pas vraiment content de ma présence.
— Dès que vous serez guéri, vous partirez, me lâche le daron froidement.
— Vous me l’avez déjà dit. Vous savez, je vous suis sincèrement reconnaissant pour ce que vous faites pour moi. J’aimerais vraiment vous le rendre.
— Alors, si vous voulez nous le rendre, partez dès que vous le pourrez.
— Vous n’êtes pas très accueillant pour des enfants de Dieu, dis-je avec un sourire des plus amer.
— Ne me la faites pas à l’envers, vous faites clairement partie d’un gang et vous êtes toute la représentation de ce que notre communauté rejette. Nous vous offrons le minimum d’hospitalité, car nous ne pouvons pas vous laisser mourir.
Celui-ci se tourne vers Arone, le fixant en fronçant des sourcils.
— Ne lui parle pas plus qu’il ne faut. Si je te laisse rester ici avec lui, c’est juste parce que je ne veux pas qu’il soit seul avec ta mère. Ne faites pas confiance à cet homme, les bikers sont de la pire espèce.
Je ne sais pas ce que les bikers ont pu lui faire, mais je crois bien qu’il a une sacrée rancœur contre nous. Je peux aussi le comprendre, nous ne sommes pas vraiment des gens fréquentables. La seule chose qui m’atteint, c’est que je vois le jeune homme baisser la tête et acquiescer de façon soumise. Il a du caractère, mais pas devant le paternel, qui me lance un ultime regard de haine avant de sortir. La mère quant à elle se tourne vers moi avec un sourire rempli d’excuses.
— Son frère a quitté la communauté pour rejoindre un groupe de motards qui était passé près du village il y a de ça des années. Nous n’avons aucune nouvelle et nous n’en avons pas cherché non plus, mais nous soupçonnons… qu’il soit mort dans un règlement de comptes entre MC.
Ah ! Cela explique tout. Je peux voir les deux garçons regarder leur mère avec malaise, ils ne devaient sûrement pas être au courant de l’histoire eux non plus. J’ai soudainement la tête qui tourne et ma soudaine pâleur ne leur échappe pas, ils me font asseoir sur une chaise pour que je ne m’évanouisse pas sur place.
— Voulez-vous un thé ? Un café ?
— Vous n’avez pas du whisky ?
— Nous n’avons aucun alcool dans la maison, désolée de ne pas pouvoir vous donner ça. Avec votre blessure, c’est mieux ainsi.
Ah, bordel, ça va prendre combien de temps cette histoire, j’ai déjà envie de me barrer.
 
 
 
 
4

 
Viens avec moi
 
 
 
Kurt
Ennui total, c’est ce qui définit le plus ce qui m’arrive. Je suis sobre depuis deux jours, j’ai fini mes clopes et surtout je n’ai pas pu me soulager sexuellement. Pour un biker, tout ça est vraiment irréel. Je fantasme de plus en plus sur Arone et c’est compliqué pour moi de ne pas lui sauter dessus. Si je fais ça, le daron me trucide comme un porcelet. Parfois, c’est son frère qui s’occupe de moi, il est beaucoup moins intéressant. Son regard reflète moins d’admiration, je me demande même s’il ne me déteste pas autant que le père.
— Pourquoi vous me détestez à ce point ? Je n’y peux rien, moi, si je suis blessé et que votre bon cœur vous dit de ne pas me laisser crever.
— Mon père te déteste, car tu es un biker… Moi, j’ai juste peur que tu mettes de mauvaises idées dans la tête de mon petit frère.
— Quel genre ? dis-je en ricanant, avec un sourire qui en dit long.
— Que tu lui dises de partir avec toi.
— Tu crois qu’il partirait avec moi ?
Son silence veut tout dire, quand le soir ils se retrouvent tous les deux dans leur coin à discuter, Arone a dû lui dire des choses sur moi. Ce petit m’a tellement posé de questions, sur ma moto, mon club, les villes que j’ai traversées, mon travail. Il me regarde toujours avec cette admiration inépuisable malgré le fait que je lui raconte les moindres détails, même ceux où j’ai dû tuer des gens de sang-froid. Tout ça le fascine, je crois que l’interdit même le fascine, comme s’il cherchait à faire absolument tout ce que sa communauté lui refuse depuis vingt ans.
Je commence à pouvoir marcher un peu plus dernièrement, alors que le grand frère m’accompagne, je vois la petite tête brune surgir de nulle part. Mon Dieu, je ne me lasserai pas de voir ces yeux verts si envoûtants.
— Adam, Papa voudrait que tu le rejoignes, changement de garde.
— Changement de garde ? Mouais ! Même s’il n’est pas notre prisonnier, ça le fait.
...

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