Qui es-tu Jason Lane ? Partie 2
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Description

Après avoir découvert son adoption, Jason est au plus mal. Il refuse de pardonner à sa mère biologique, rejetant inlassablement la faute sur elle. Alice, de son côté, l'aide à surmonter cette rude épreuve. Car même s'il est difficile pour lui d’avancer, Jason est en quête de réponses et veut réellement savoir pourquoi sa mère a été forcée de faire ce choix qui a bouleversé sa vie. De terribles secrets vont alors être révélés, ce qui fera douter Jason de la sincérité des personnes qui l’entourent. Alice, quant à elle, va tenter de trouver des solutions pour réparer ce qui est en train de se briser. Alice et Jason vont-ils réussir à surmonter les démons qui les hantent depuis si longtemps ? Pourront-ils vivre leur amour sans que quiconque ne vienne tout chambouler ?

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 13
EAN13 9782902427611
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Qui es-tu Jason Lane ?
Partie 2
 
 
Didem Kartal
 
 
 
Qui es-tu Jason Lane ?
 
Partie 2
 

 
 
 
«Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. L’auteur ou l’éditeur est seul propriétaire des droits et responsable du contenu de ce livre. Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon, aux termes des articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.»
 
ISBN papier : 978-2-902427-62-8
ISBN numérique : 978-2-902427-61-1
 
©2020, Didem Kartal
 
Édition : Plumes de Mimi éditions, 122 rue de l’Argonne, 62117 Brebières.
 
Dépôt légal : 11/2020
 
Didem Kartal
 
Didem Kartal, est une grande lectrice. Elle est passionnée de littérature depuis toute petite. Amoureuse des mots, elle aime écrire des histoires et le partager avec les autres.
Elle est anciennement coiffeuse, elle a quitté son poste pour se consacrer pleinement à sa passion. Elle travaille actuellement dans une bibliothèque.
 
 
 
 
À ma petite sœur,
 
Table des matières
Chapitre 1 : Alice
Chapitre 2 : Jason
Chapitre 3 : Jason
Chapitre 4 : Alice
Chapitre 5 : Jason
Chapitre 6 : Alice
Chapitre 7 : Jason
Chapitre 8 : Alice
Chapitre 9 : Jason
Chapitre 10 : Alice
Chapitre 11 : Jason
Chapitre 12 : Alice
Chapitre 13 : Jason
Chapitre 14 : Alice
Chapitre 15 : Jason
Chapitre 16 : Alice
Chapitre 17 : Jason
Chapitre 18 : Jason
Chapitre 19 : Alice
Chapitre 20 : Alice
Chapitre 21 : Jason
Chapitre 22 : Jason
Chapitre 23 : Alice
Chapitre 24 : Jason
 
 
Précédemment...
Je m'empare du dossier et descends précipitamment les escaliers pour confronter mes " parents ". Même si je suis incapable de dire quoi ce soit, toujours sous le choc de cette horrible découverte. Une fois devant eux, je serre les dents, et mes yeux deviennent humides.
 
— Alors, tu as trouvé le dossier ? demande mon père.
 
Je balance violemment le dossier devant eux. Alice sursaute sur le canapé, ne comprenant pas ma réaction. 
 
— Je veux des explications ! je hurle.
— Mon Dieu ! s'exclame ma mère en posant les yeux sur la pochette.
 
Alice fronce les sourcils, ne comprenant pas la situation qui se présente sous ses yeux.
 
— Jason, que se passe-t-il ? demande-t-elle en se levant du canapé pour ramasser le dossier qui a glissé au sol.
 
Quand elle l'ouvre, ses yeux s'écarquillent et une main se pose sur sa bouche. Elle se tourne brusquement vers mes parents.
 
— Je n'ai pas eu le courage de t'avouer la vérité pendant toutes ces années, je suis désolé, Jason. Avec ta mère, nous avons essayé plusieurs fois de te le dire.
 
Je suis fou de rage, mon monde vient de s'écrouler en une fraction de seconde.
 
— Vous n'êtes pas mes vrais parents !
 
Je cherche de quoi m'agripper pour ne pas flancher. J'ai l'impression d'être dans un cauchemar et que quelqu'un va venir me réveiller. Alice se précipite pour m'aider à rester debout. Elle pose une main sur mon bras, puis avec l'autre essuie mes larmes avec son pouce. Son regard traduit de la douleur en me voyant dans cet état, elle essaie de me calmer.
 
— Jason, nous allons discuter. Reste calme, se précipite de dire ma mère en se levant difficilement.
 — Je ne veux rien entendre ! je hurle furieux.
 
Je suis crispé par la douleur. Je repousse doucement Alice et me précipite vers la porte pour sortir de cette maison qui n'est pas la mienne. J'entends la voix de ma belle derrière moi, qui me supplie de m'arrêter et de revenir, mais c'est impossible. Je cours dans cette rue obscure sans savoir où je vais.
Quelques minutes plus tard, j'entre dans un parc et m'assois sur un banc. Essoufflé, les jambes en cotons, de la sueur perle sur mon front ainsi que sur mon cou. Qui sont mes vrais parents ? Pourquoi m'ont-ils abandonné ? Beaucoup de questions se bousculent dans ma tête et s'entrechoquent brutalement. Je vais devenir fou !
Alors c'est pour ça que lorsque j'étais petit, je demandais toujours à mes parents pourquoi je ne leur ressemblais pas. À l'école, mes camarades de classe l'avaient également remarqué. Je tombe à genoux sur le sol, les mains à plat sur le bitume. Des larmes glissent le long de mon visage.
 
Qui suis-je réellement ?
 
Chapitre 1
Alice
 
— J'ai essayé de le joindre une dizaine de fois. Il ne répond pas, je tombe sur sa messagerie, j'annonce complètement désorientée.
 
Sous le choc, Elizabeth passe une main sur son visage. Elle éclate en sanglots en s'installant difficilement sur le canapé avant de se tourner vers Patrick, d'un air furieux.
 
— Il a fini par apprendre la vérité, tout ça est ta faute, Patrick ! s'écrie-t-elle.
 
Il reste un moment sans réagir, son visage est impavide. Il gratte sa barbe nerveusement et dit :
 
— Je me suis trompé. Le dossier de l'entreprise était dans mon attaché-case... De toute façon, il était temps pour lui d'apprendre la vérité. Tôt ou tard, il l'aurait découverte !
 
Elle le regarde avec étonnement, rouge de colère.
 
— Comment as-tu pu faire une erreur pareille ? Jason est notre fils !
 
Je sursaute quand sa voix s'élève. Je range mon téléphone dans mon sac à main et me tourne aussitôt vers Patrick. Son visage n’est que douleur, il est anéanti par ce qui vient de se produire.
 
— Patrick, pouvons-nous discuter en privé ?
 
Dépité, il se lève du canapé et me guide vers l'extérieur. Les luminaires éclairent la terrasse ainsi que la piscine, ce qui forme un joli dégradé de couleurs. Nous nous installons sur un petit canapé. À travers la baie vitrée, j'aperçois Marie qui discute avec Andrew. Sans perdre une minute, je commence.
 
— Pourquoi ne lui avez-vous jamais rien dit concernant son adoption ? Jason méritait de savoir la vérité. 
— Elizabeth voulait garder le secret, dit-il en lâchant un petit soupir.
— Mais pourquoi ?
 
Il retire ses lunettes posées sur son nez et se frotte les yeux, son corps tremble légèrement, il poursuit :
 
— Après Eric, Elizabeth ne pouvait plus avoir d'enfants, alors nous avons décidé d'adopter, parce que...
— Parce que ? je demande sans le quitter des yeux.
— Quelqu'un devait reprendre l'entreprise familiale. Alors on s'est dit qu'adopter un enfant serait la seule solution.
 
Je reste sans voix. Je déglutis difficilement en fermant les yeux quelques instants.
 
— Vous l'avez adopté pour l'argent ? Comment avez-vous pu faire une chose pareille ? je demande surprise en redressant mes épaules.
— Oui. Malheureusement, Elizabeth voulait aussi un fils pour que plus tard, il épouse la fille unique de Robert Owen.
 
Je me tourne vers lui, complètement abasourdie par les propos que je viens d'entendre. J'ai l'impression d'avoir mal entendu, mais non. Ils ont adopté Jason pour leur propre intérêt. Donc le mariage est arrangé depuis bien longtemps. Comment des personnes peuvent-elles décider de l'avenir de quelqu'un d'autre ?
 
— Qui sont les parents biologiques de Jason ? Vous les connaissez ?
— Nous ne connaissons pas l'identité du père. La mère s'appelle Karen Clark. Quand je l'ai rencontrée pour la première fois, elle était très jeune et paraissait complètement perdue. Elle a pleuré lorsque nous avons pris Jason dans nos bras, je pense qu'elle était très attristée de la situation. Je m'en souviens comme si c'était hier. J'ai eu beaucoup de peine pour cette jeune fille !
— Où je peux trouver cette femme ? je demande en repoussant une mèche qui tombe sur mon front.
— Elle tient une agence d'événementiel dans le centre de Manhattan. Dans un coin discret.
 
Je sors un carnet de notes de mon sac à main, arrache une page avant de lui tendre un stylo. Il m'observe silencieusement.
 
— Notez-moi l'adresse de l'agence sur ce papier.
— Pourquoi ? demande-t-il en fronçant les sourcils qui accentuent ses rides.
— Je dois discuter avec cette femme.
 
Il se saisit du papier, le pose sur sa jambe et y note l'adresse de l'agence.
 
— Je vais demander à Andrew de te raccompagner chez toi.
— D'accord.
 
Je plie le papier en quatre avant de le ranger à l'intérieur de mon sac. Lorsque je me lève, Patrick ne bouge pas. Il baisse la tête et joue avec ses doigts. Il a l'air dévasté par cette situation.
 
— Vous ne rentrez pas ?
— J'ai besoin de rester seul. Passe une bonne soirée, Alice.
 
Avec ce qui vient de se produire, ça va être difficile de passer une bonne soirée. Je lui en veux tellement d'avoir caché la vérité. Il a sûrement été manipulé par sa femme, j'en suis convaincue. Quand je rejoins le salon pour récupérer ma veste dans le portemanteau, quelque chose m'interpelle. J'aperçois Elizabeth pleurer silencieusement dans son coin, assise sur une chaise en bois.
Non, tu ne dois pas avoir de peine pour cette femme. Souviens-toi de toutes ces choses horribles qu'elle a dites à ton sujet, souffle ma conscience.
J'enfile ma veste avant de sortir de cette maison où la tension est désormais palpable. Andrew m'ouvre la portière, je le remercie, puis m'installe sur la banquette arrière. Je défais immédiatement mon chignon et mes cheveux viennent se poser sur ma poitrine. Je me masse le crâne en faisant attention à ma cicatrice qui est encore sensible.
En voyant le papier où est inscrite l'adresse que je viens d'obtenir, je me dis que demain, j'irai voir cette femme. J'ai besoin de savoir pourquoi elle a abandonné Jason à sa naissance. Le pauvre, je n'ose même pas imaginer dans quel état il doit être.
Où es-tu Jason ? Envoie-moi un message ou simplement un coup de fil, j'ai besoin d'entendre le son de ta voix. Tu me manques déjà...
 
— Jason a découvert la vérité ! Je suis tellement soulagé, lance Andrew.
 
Mon regard croise immédiatement le sien dans le rétroviseur. Malgré la pénombre dans l'habitacle, je remarque les petites rides qui tirent les traits de son visage.
 
— Vous étiez au courant ? je demande curieuse.
— Oui, ma femme et moi étions au courant de son adoption depuis des années.
— Pourquoi ne lui avez-vous pas dit la vérité ?
— J'ai été tenu de garder le secret. Elizabeth m'a menacé de me licencier si je venais à dire quoi que ce soit à ce sujet.
 
Cette femme est vraiment capable de tout, je trouve ça déplorable. Comment peut-elle manipuler toutes ces personnes de cette façon ?
 
— Vous connaissez Karen ?
— Non, je l'ai simplement aperçue à la sortie de l'hôpital. Elle pleurait dans les bras d'une femme d'une cinquantaine d'années, puis la famille Lane est venue rejoindre la voiture, avec le bébé qu'ils venaient d'adopter. J'avais vraiment de la peine pour cette jeune fille, cela a dû être douloureux d'abandonner son fils et de s'en séparer.
 
La voiture s'arrête devant mon appartement. Je détache ma ceinture de sécurité.
 
— Merci pour toutes ces informations, et merci aussi de m'avoir déposé, passez une bonne soirée.
— Je vous en prie, bonne soirée également.
 
Dehors, il fait nuit noire et le silence règne dans le voisinage. Les jeunes de l'immeuble ont décidé de ne pas arpenter les rues ce soir. Quand je m'apprête à sortir les clés qui se trouvent au fond de mon sac, j'aperçois la petite voiture rouge de Brooke garée sur le trottoir d'à côté. Elle a dormi ici ? Mais pendant combien de temps ?
En pénétrant dans l'appartement, je me dirige directement dans le salon et allume l'interrupteur avant de m'affaler sur le canapé en lâchant un soupir. Cette soirée m'a épuisée. Je n'arrive toujours pas à croire que Jason a été adopté.
Soudain, Brooke se plante devant moi, je sursaute.
 
— Merde ! Brooke, tu m'as fait peur !
— Désolée, ce n'était pas mon intention. Alors ce dîner, raconte ?
 
Je me pousse et lui fais de la place pour qu'elle puisse s'installer à mes côtés.
 
— Le pire dîner de toute ma vie, je réponds en passant les deux mains sur mon visage.
— Elizabeth t’a encore fait une remarque ? Si c'est le cas, je débarque chez elle demain à la première heure et...
 
Je la coupe aussitôt avant qu'elle finisse sa phrase.
 
— Non, c'est bien pire que ça, je déclare tristement.
— Tu m'inquiètes, dit-elle en fronçant les sourcils.
— C'est à propos de Jason. Il a appris qu'il avait été adopté. Depuis, il est introuvable.
 
Les yeux de Brooke s'écarquillent. Elle semble abasourdie par ce que je viens de lui révéler.
 
— Attends, comment ça ? Jason n'est pas leur véritable fils ?
— Non. Sa mère biologique s'appelle Karen Clark. Et d'après ce que m'a dit Patrick, elle tient une agence d'événementiel dans le centre de Manhattan. Ça m'a profondément touché, comment peux-tu cacher un secret pareil pendant autant années ?
— Ça a dû être terrible pour lui de l'apprendre dans de telles circonstances.
— Tu aurais dû voir l'état dans lequel il était, complètement anéanti. J'ai essayé de le retenir...
— Je suis sûre qu'il va revenir. Tu es tout pour lui, Jason ne t'abandonnera jamais, Alice, il t'aime !
 
Elle pose sa main sur mon dos, en signe de soutien. Je me tourne vers elle et l'enveloppe de mes deux bras. Je me sens tellement bien en sa présence. C'est aussi à ça que servent les meilleures amies, être là dans les moments difficiles.
 
— Merci d'être à mes côtés, tu es une amie formidable.
— Je serai toujours là, promis !
 
Je me détache de son étreinte pour répondre, quand je remarque qu'elle porte l'un de mes pyjamas Mickey.
 
— Hé, mais c'est mon pyjama !
 
Elle baisse la tête et touche le tissu.
 
— Ah oui, j'ai oublié le mien, ça ne te dérange pas, j'espère ?
— Tu n'as même pas besoin de me poser la question, bien sûr que ça ne me dérange pas. Je pensais que tu n'allais pas rester longtemps, comme je suis chez Jason en ce moment.
— Raphaël a insisté pour que je reste dormir.
— Il y a quelque chose entre vous deux ? je demande curieuse avec un petit sourire.
— Non, absolument pas, on est simplement très bons amis. Je ne sais pas pourquoi les personnes veulent qu'on soit ensemble, notre amitié pourrait se briser.
— Peut-être, mais une belle histoire d'amour peut commencer.
 
Elle me sourit simplement en guise de réponse.
 
*
 
Le lendemain après-midi, j'arrive devant la boutique d'événementiel, pousse les portes du bâtiment et entre dans une grande pièce. Les murs sont peints d'une couleur beige et des mannequins vêtus de très belles robes de mariées sont disposés çà et là. À ma droite se trouve une table avec quelques petites bougies ainsi que plusieurs magazines. Une jolie jeune fille aux cheveux blonds et aux yeux d'un bleu vif se matérialise devant moi. Surprise, je cligne plusieurs fois des paupières.
 
— Bonjour ! s’exclame-t-elle avec un sourire. Comment puis-je vous aider ?
— Bonjour, je suis venue voir Karen Clark. Elle est ici ?
 
Elle se met derrière le comptoir avant de prendre la parole :
 
— Oui, vous avez un rendez-vous ? demande-t-elle en regardant le nom des personnes sur l’ordinateur.
— Euh... Non.
 
Au même moment, une femme d'une quarantaine d'années fait irruption dans la pièce. Elle a de jolies boucles brunes au reflet cuivré qui tombent sur ses épaules carrées. Ses yeux vert émeraude et les traits fins de son visage me rappellent ceux de Jason.
 
— Bonjour, dit-elle avec un grand sourire. Que puis-je faire pour vous ?
 
Devant la mère de Jason, je reste immobile et avale difficilement ma salive avant de me ressaisir.
— Euh... je dois discuter avec vous de quelque chose de très important, je lui explique calmement.
— Bien sûr, suivez-moi dans mon bureau !
 
Je m'empresse derrière elle un peu angoissée. Confronter la vraie mère de Jason ne va pas être aussi simple que ça, surtout pour lui poser des questions sur l'adoption.
Lorsque nous entrons dans la pièce, mes yeux s'agitent dans tous les sens. Sur ma droite se trouve un bureau, des tableaux d'art contemporain recouvrent les murs blancs. Elle doit avoir une passion pour le dessin... En avançant de quelques pas, mon attention se pose sur un cadre photo posé sur la table. En le détaillant du regard, je vois un homme d'une quarantaine d'années avec une jeune fille aux longs cheveux bruns dans les bras, un grand sourire sur le visage. Ça doit sûrement être sa famille, ils semblent tellement joyeux.
Elle prend place sur son fauteuil noir derrière le bureau. Je tire la chaise vide en face d'elle et m'installe en croisant les bras sur la table en bois.
 
— Voulez-vous boire un café ?
— Non merci, ça va aller, je réponds avec un sourire.
— Alors, c'est pour un mariage ? me demande-t-elle en ouvrant son tiroir pour récupérer son carnet.
— Non, pas vraiment.
 
Je prends une grande inspiration. Mes mains deviennent moites et mon pied droit tape le carrelage à un rythme régulier. La pièce commence à devenir oppressante.
 
— Je sais, vous voulez faire une surprise à votre meilleure amie. J'ai plusieurs dates pour le mois prochain.
 
Les mots restent coincés au fond de ma gorge, je ferme les yeux et rassemble mon courage pour retrouver l'usage de la parole.
 
— La raison de ma venue ici concerne Jason, dis-je sans plus attendre.
 
Son sourire s'efface, ses yeux vert émeraude deviennent humides et la douleur envahit son visage. Elle me scrute attentivement, puis son stylo tombe de ses longs doigts fins. Elle tremble légèrement en passant une main sur son visage qui a perdu de couleur.
 
— Jason... souffle-t-elle surprise.
— Oui, votre fils.
 
Elle baisse la tête, le regard dans le vide, avant de planter ses yeux humides dans les miens.
 
— Comment le savez-vous ? demande-t-elle en se levant rapidement de son fauteuil pour fermer la porte ouverte.
— Jason l'a découvert hier soir. C'est Patrick qui m'a donné votre adresse.
— Jason a découvert la vérité, répond-elle en reprenant sa place complètement surprise.
 
Elle me regarde comme si elle ne croyait pas un seul mot de ce que je viens de lui dire.
 
— J'ai besoin de savoir ce qui vous a poussé à l'abandonner ?
— Dites-moi d'abord qui vous êtes.
— Je suis la petite amie de Jason, je m'appelle Alice. Si vous me racontez votre histoire, je peux le convaincre de venir vous rencontrer.
 
Elle hésite quelques instants puis se ravise.
 
— Je ne sais pas par où commencer.
— Par le début, dis-je avec un sourire pour l'encourager.
— J'avais dix-huit ans lorsque je suis tombée enceinte. J'étais follement amoureuse de David, que j'avais rencontré à la fin de mon année de lycée. Quand mes parents ont appris la nouvelle, ils m'ont directement mise à la porte sans explications. Sous la pluie et le froid, je n'avais nulle part où aller. Alors je me suis souvenue que j'avais une tante adorable qui vivait à New York. Mais elle n'avait pas beaucoup de moyens financiers et son salaire ne suffisait pas pour me garder avec mon bébé. Elle voulait que je garde mon enfant, mais j'étais dans une impasse.
 
Sa voix est sans appel, elle est envahie par la douleur. Ses doigts se crispent sur le stylo qu'elle tient entre ses mains.
 
— Je suis vraiment une mauvaise personne. J'ai abandonné mon fils, dit-elle complètement effondrée.
— Non, ne dites pas ça. 
 
Je pose délicatement ma main sur la sienne, puis lui adresse un sourire de soutien. Ça me fait de la peine de la voir ainsi. 
 
— Je suis sincèrement désolée, ça a dû être terrible pour vous.
— Je ne voulais pas l'abandonner, mais je n'avais pas vraiment le choix. Je devais reprendre mes études, aller à la fac. Ma tante est tombée malade les mois qui ont suivi, c'était très compliqué pour moi de tout gérer.
— Je vous comprends. Voulez-vous revoir Jason ? Je suis sûre qu'en lui parlant de notre entrevue, il serait d'accord pour faire votre connaissance.
 
Son regard brille et un sourire naît sur ses lèvres teintées.
 
— Vous feriez ça ?
— Bien sûr. J'ai vraiment envie que vous nouiez des liens et que vous rattrapiez le temps perdu.
— Je ne sais pas comment vous remercier.
 
Quand je me lève, elle me prend dans ses bras. Je me raidis un moment, surprise par son geste.
 
— On peut se tutoyer maintenant, je suis contente d'avoir rencontré la petite amie de mon fils. Alice, c'est ça ?
 
J'acquiesce avec un sourire joyeux.
La nuit commence à tomber. Je suis sur les marches de son appartement, espérant le voir arriver. Un vent frais souffle sur mon visage et mes cheveux virevoltent. Je claque des dents et croise fermement les bras pour essayer de me réchauffer. Mon simple gilet en laine ne suffit pas, j'aurais peut-être dû mettre ma veste en cuir.
En regardant mon téléphone, il m'indique qu'il est vingt heures. Désespérée, je lâche un soupir et m'apprête à rebrousser chemin, mais alors que je me lève pour partir, j'aperçois les phares d'une voiture. Le véhicule s'arrête devant moi, le chauffeur sort rapidement et ouvre la portière arrière. C'est là que je vois Jason, complètement ivre. Combien de verres a-t-il bus pour être dans cet état ? L'homme l'aide, et j'avance vers eux pour prendre le bras de Jason que je pose le long de mon épaule.
 
— Merci beaucoup, monsieur !
— De rien. Par contre, il n'a pas réglé la somme, dit l'homme avec un accent italien.
 
Je sors de ma poche quelques billets que je tends vers lui.
 
— Grazie.
— Gardez la monnaie.
 
Il s'éloigne puis remonte dans son véhicule avant de démarrer.
J'aide Jason à marcher pour rejoindre l'intérieur du bâtiment. Il a beaucoup de mal, alors je vais doucement et pose ma main au niveau de sa taille. Je sors les clés de sa poche, puis nous entrons dans l'appartement, plongé dans l'obscurité. J'appuie sur l'interrupteur à ma droite pour éclairer la pièce et vais jusqu'au salon, où j’installe doucement Jason sur le canapé. Il ferme les paupières.
En me retournant, j'aperçois Neige, avec un air malheureux. Je me précipite vers lui et m'accroupis pour le caresser afin de le rassurer. Pauvre chien, il doit sûrement mourir de faim. Sans perdre une seconde, je me relève et vais à la cuisine afin de remplir sa gamelle de croquettes.
Lorsque je rejoins le salon, je remarque que les fenêtres sont grandes ouvertes. Jason a un verre d'alcool entre les mains. Il a posé deux bouteilles de whisky sur la table. Les premiers boutons de sa chemise sont défaits, laissant apparaître le haut de son torse, et de la sueur perle sur son front.
 
— Jason, repose ce verre, tu as assez bu comme ça !
— Ne t'approche pas, je risque de te faire du mal, dit-il complètement ivre en portant son verre à ses lèvres.
 
Le voir dans cet état me fait beaucoup de mal, il noie sa colère et son chagrin dans l'alcool.
 
— Tu empestes l'alcool !
— Tu vois... mes parents adoptifs.... ils m'ont caché la vérité pendant toutes ces années...
 
Les émotions qui traversent son visage me brisent le cœur. Des larmes de tristesse glissent le long de ses joues. Abattu d'avoir appris une nouvelle aussi douloureuse, il serre le verre tellement fort que ses jointures deviennent blanches.
 
— Et... le plus terrible là-dedans, c'est de savoir que pendant toutes ces années, ta vie n'était qu'un mensonge. Est-ce que je peux changer mon avenir ?
 
Sous l'effet de l'alcool, il a beaucoup de mal à aligner deux mots. Hésitante, je m'avance vers lui. Arrivée à sa hauteur, je prends la parole :
 
— Bien sûr. N'oublie pas que je suis là pour t'aider, je réponds en posant mes mains à plat sur son torse.
 
Il baisse la tête vers moi et son haleine sent fortement l'alcool, tout comme sa chemise. Son parfum habituel a disparu, laissant une odeur qui me rappelle de nombreux souvenirs douloureux.
 
— Une guitariste aux cheveux rouges a essayé de m'embrasser au bar ! annonce-t-il.
 
Mes yeux s'écarquillent lorsque j'entends cette phrase qui me fait terriblement mal. Je le repousse et son dos heurte le mur. Je fais quelques pas en arrière afin de laisser une distance entre nous. Une douleur atroce se répand dans ma poitrine, je me retiens de fondre en larmes. J’ai du mal à reprendre mon souffle après ce que je viens d'entendre. Impossible que Jason l'ait embrassée, jamais il ne me ferait une chose pareille. Mais j'ai envie d'en avoir le cœur net. Lorsqu'on n'est plus nous-mêmes, on peut faire n'importe quoi.
 
— Dis-moi que tu ne l'as pas embrassée. Je t'en supplie !
 
Il me détaille avec insistance et boit une autre gorgée avant de répondre :
 
— Je ne l'ai pas embrassée... parce que je n'ai pas arrêté de penser à toi toute la soirée. Tu m'as tellement manqué...
 
Soulagée, ma respiration reprend un rythme normal. Aussitôt, je m'empare de son verre et me penche pour le déposer sur la table basse à ma droite.
 
— Je sais que tes parents adoptifs t'ont fait beaucoup de mal, mais...
 
Il me coupe la parole sans me laisser le temps de finir ma phrase.
 
— Ils sont inexistants à présent, je ne veux plus jamais les revoir, crache-t-il.
 
Sa voix me fait sursauter. Néanmoins, je prends une grande inspiration et mon courage à deux mains pour continuer la discussion qui ne va pas être simple.
 
— J'ai parlé avec ta mère biologique, cet après-midi !
— Elle non plus... je n'ai pas envie de la voir... elle m'a abandonné sans essayer de reprendre contact avec moi ou prendre de mes nouvelles. C'est une femme horrible.
— Ne dis pas ça, c'est ta mère.
 
Il passe devant moi en titubant et s'écroule sur le canapé, je me mets à genoux pour être à la hauteur de son visage. Quand il ferme les yeux, des larmes glissent le long de ses joues.
 
— Jason, relève-toi. Tu as besoin de t'allonger dans ton lit !
— Ne m'abandonne pas comme elle, souffle-t-il.
 
Je prends délicatement sa main et la serre contre la mienne. Il me fait beaucoup de peine. Une vie peut basculer avec un simple bout de papier, ce qu'il vit en ce moment doit être terrible.
Lorsque nous entrons dans sa chambre, Jason s'assoit sur le lit. J'allume la lampe de chevet et m'installe devant lui, puis je commence à déboutonner sa chemise. Il m'observe longuement en silence.
 
— Merci, d'être à mes côtés, dit-il en posant sa main sur la mienne.
 
Je relève la tête pour croiser son regard rempli de douleur. Il ne mérite pas ce qui lui arrive.
 
— Je t'ai fait une promesse, je serai toujours à tes côtés, quoiqu'il arrive, je réponds avec un petit sourire.
— Peut-être que mes larmes sècheront, mais je ressens toujours cette douleur au fond de moi.
 
Ses yeux sont à moitié endormis quand il ouvre la bouche pour essayer de faire une phrase. Il s'allonge en me tournant le dos. Je me place derrière lui et j'enfouis mon visage au creux de son épaule, faisant glisser ma main sous son bras, puis je le serre tendrement contre moi. Quand il se retourne quelques minutes plus tard, son haleine empeste l'alcool. Je ne peux m'empêcher de penser à mon ancien petit-ami, Kevin.
 
— Ne pleure pas, dit-il en posant sa main sur ma joue.
 
Je fronce les sourcils et pose ma main libre sur une de mes joues. En effet, elles sont humides...
 
 
Chapitre 2
Jason
Je souffre. Une douleur se répand dans ma poitrine. C'est comme si on venait de m'arracher le cœur une seconde fois. Comme le jour où j'ai perdu Amanda... J'avais ressenti cette même amertume, une souffrance indicible que personne ne peut comprendre.
Quand j'ai appris mon adoption, j'ai cru que tout s'écroulait autour de moi, toute ma vie n'était qu'un horrible mensonge. Ces gens m'ont caché la vérité depuis des années dans le but de m'avoir près d'eux. J'aurais dû le savoir depuis bien longtemps déjà.
Hier, au bar, je n'ai pas arrêté de boire pour oublier toute cette histoire qui me hante désormais. Elle a pris une grande place au fond de moi. Quand une guitariste a pris place à mes côtés pour discuter et faire connaissance, je l'ai tout de suite envoyé balader.
Allongé dans mon lit en position fœtale, je sens encore le mal de crâne malgré le fait d'avoir pris un cachet la veille. En me tournant sur le côté, je vois Alice. Ses yeux sont toujours fermés, elle dort paisiblement. Ses bras sont enroulés autour de ma taille, comme si elle ne voulait plus jamais s'en détacher. Je me redresse doucement et place ses cheveux derrière son visage. Elle frémit en appuyant un peu plus sa poitrine contre mon torse. Je me demande un court instant comment je me suis comporté avec elle hier soir. Je me souviens de quelques images, mais tout reste encore flou.
Quand elle se réveille, elle se redresse difficilement en prenant appui sur ses coudes. Puis elle cligne plusieurs fois des yeux et me regarde silencieusement.
 
— Jason ? Quelle heure est-il ? demande-t-elle en bâillant.
 
Je prends mon téléphone posé sur la table de chevet, passe mon pouce sur l'écran tactile et réponds :
 
— Dix heures.
— Comment tu te sens aujourd'hui ?
 
Sa main douce se pose sur mon épaule.
 
— Abattu. Je ne remettrai plus jamais les pieds dans cette entreprise ni dans cette maison. Dire que j'ai vécu auprès de ces personnes que je croyais connaître, ils m'ont noyé dans le mensonge, jour après jour.
— Je comprends ta réaction. Je pense que tu devrais tout de même rencontrer ta mère biologique. Je suis allée la voir hier après-midi !
 
Mon visage se décompose lorsque j'entends cette phrase. Alice est partie rencontrer cette femme sans même m'en parler avant. Sous la colère, je serre les dents et les poings sur mes genoux.
 
— Pourquoi es-tu partie la voir sans m'en parler ? Elle m'a abandonné à la naissance, rappelle-toi !
— Je te l'ai dit hier soir, je suis allée la voir pour en apprendre plus sur ton adoption. J'ai essayé de t'appeler, mais tu ne répondais pas !
— Je n'ai pas eu le temps de répondre à tes appels.
 
Elle me lance un regard sombre. Ma réponse n'a pas l'air de lui plaire. Ce que je peux comprendre, je n'ai même pas pris la peine de la rappeler.
 
— Tu n'as pas eu le temps de répondre à mes appels ? Donc tu as décidé de m'ignorer, mais tu avais le temps de boire et de draguer cette guitariste ! s’énerve-t-elle.
 
Agacé par cette conversation qui tourne mal, je pousse les draps et me lève du lit. Les mains à plat sur la commode, je prends une grande inspiration en relevant la tête. À travers le miroir, je croise le visage d'Alice, rempli d'incompréhension et d'inquiétude. Je me retourne et me dresse devant elle. Ses yeux devenus humides se lèvent pour rencontrer les miens. Ça me fait de la peine de la voir dans cet état, alors je pose ma main sur sa joue pour la rassurer comme je peux.
...

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