Rendez-vous avec le diable
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Description



Ma meilleure amie a conclu en pacte avec le diable.


Je dirige maintenant l’Agence de Rencontres Surnaturelles, une section discrète du meilleur service de rencontres de Withernsea. Oui, je vais faire tout le travail pendant que Shelley fait des bébés avec son magnifique mari vampire.


Ce n’est pas comme si j’avais mieux à faire de toute façon. Mon ex est maintenant un nouveau vampire qui a du mal à accepter qu’il ne puisse plus admirer son propre reflet, et je me moque de ce qu’Ebony « voit », Kim ne va pas sortir avec un loup ; il a de plus beaux cheveux que moi.


Et pour couronner le tout, Lucy Fir, fraîchement sortie des portes de l’enfer, décide qu’elle veut que je lui trouve un petit ami. Il devra être un chevalier en armure brillante inflammable avec son caractère. Vais-je réussir à lui trouver un rendez-vous, ou ma nouvelle carrière est-elle condamnée avant même d’avoir commencé ?

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 5
EAN13 9782382280676
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0026€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Publié par
JUNO PUBLISHING
2, rue Blanche alouette, 95550 Bessancourt
Tel : 01 39 60 70 94
Siret : 819 154 378 00015
Catégorie juridique 9220 Association déclarée
http://juno-publishing.com/
 
 
 
Rendez-vous avec le diable
Copyright de l’édition française © 2021 Juno Publishing
Copyright de l’édition anglaise © 2018 Andie M. Long
Titre original : A Devil of a Date
© 2018 Andie M. Long
Traduit de l’anglais par B.A. Pinto
Relecture et correction par Odile D., Agathe P.
 
Conception graphique : © Mary Ruth pour Passion Creation
Tout droit réservé. Aucune partie de ce livre, que ce soit sur l’ebook ou le papier, ne peut être reproduite ou transférée d’aucune façon que ce soit ni par aucun moyen, électronique ou physique sans la permission écrite de l’éditeur, sauf dans les endroits où la loi le permet. Cela inclut les photocopies, les enregistrements et tout système de stockage et de retrait d’information. Pour demander une autorisation, et pour toute autre demande d’information, merci de contacter Juno Publishing :
http://juno-publishing.com/
ISBN : 978-2-38228-067-6
Première édition française : avril 2021
Première édition : javier 2018
 
Édité en France métropolitaine
 
 
Table des matières
Avertissements
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21
À propos de l’Auteur
Résumé

 
 
 
 
Avertissements
 
 
 
 
 
Ceci est une œuvre de fiction. Les noms, les personnages, les lieux et les faits décrits ne sont que le produit de l’imagination de l’auteur, ou utilisés de façon fictive. Toute ressemblance avec des personnes ayant réellement existées, vivantes ou décédées, des établissements commerciaux ou des événements ou des lieux ne serait que le fruit d’une coïncidence.
 
Ce livre contient des scènes sexuellement explicites et un langage adulte, ce qui peut être considéré comme offensant pour certains lecteurs. Il est destiné à la vente et au divertissement pour des adultes seulement, tels que définis par la loi du pays dans lequel vous avez effectué votre achat. Merci de stocker vos fichiers dans un endroit où ils ne seront pas accessibles à des mineurs.
 
 
Rendez-vous
avec le diable
 
Agence matrimoniale surnaturelle #2
 
 
 

 
 
 
Andie M. Long
 

 
Chapitre 1
 
LUCY
 
 
Quitter l’enfer était, eh bien, infernal.
Oh, ne vous méprenez pas, j’étais bien contente d’avoir laissé la fournaise derrière moi et d’être de retour à Withernsea. C’est juste que… tout était différent.
J’avais regardé un épisode d’Eastenders – Phil Mitchell était vieux à présent.
Les nerds étaient devenus cool grâce à The Big Bang Theory et The IT Crowd .
Stars in their Eyes ne passait plus à la télé.
J’allais avoir besoin d’un psy.
Je m’étais un peu tenue informée en enfer. Nous avions des ordinateurs, même si Internet se limitait à ce que Satan considérait comme indispensable pour le boulot, ce qui n’incluait pas les derniers potins sur Kylie et Jason (qui venaient tout juste de sortir Especially for You au moment de mon kidnapping). La mode était facile à suivre, étant donné que les nouveaux résidents arrivaient habillés ; j’avais ainsi réussi à me créer une garde-robe de créateur très enviable grâce aux nombreuses femmes riches, tueuses de maris infidèles. C’est comme ça qu’était né mon amour des Louboutin.
Mais la télévision… Ça, c’était tout nouveau pour moi.
Quand j’avais quitté la terre, Grant et Phil Mitchell venaient tout juste de rejoindre EastEnders , mon feuilleton préféré. J’aurais eu besoin de regarder vingt-sept ans d’épisodes pour me remettre à niveau. Cela m’étant impossible, je m’étais plutôt tournée vers les guides les relatant sur les wikis de fans que j’avais découverts sur le net, mais ça demandait beaucoup de temps.
J’avais passé près de deux mois de mon temps libre, assise devant la télévision ; alors que mon colocataire dormait ou travaillait, j’essayais de comprendre pourquoi la dernière tendance était de regarder des gens vivre leur vie amoureuse devant une caméra.
À mon départ, Doctor Who venait d’être retiré de l’antenne à cause d’un audimat trop faible. Aujourd’hui, la série était de retour depuis des années et j’avais raté cet homme, Tennant. Le docteur le plus sexy de tous les temps. J’avais perdu une semaine de ma nouvelle vie à regarder uniquement ses épisodes.
Le Prince de Bel Air ne semblait pas avoir autant vieilli que Phil Mitchell. Je me demandais si Will Smith nous cachait de super pouvoirs.
Il y avait aussi la nourriture. Elle n’était pas nécessaire en enfer. Nous nous sustentions d’âmes damnées. Maintenant, j’avais besoin de manger. Je m’attaquai aux dernières pizzas, essayant de garder la forme en buvant ces probiotiques qui aidaient apparemment mon transit.
Tout prenait tellement de temps à devenir normal. C’était comme entrer dans une discothèque : les basses qui cognaient, les lumières qui clignotaient – mais en plus vite. Parfois, j’étais heureuse d’aller me coucher, de dormir et de tout bloquer, et waouh, ces matelas à mémoire de forme étaient de la bombe. J’avais oublié à quel point j’aimais dormir, j’en avais donc profité au maximum pendant que ma colocataire s’occupait en bas.
J’entendis quelqu’un descendre l’escalier en tapant des pieds.
Merde. Merde. Merde.
J’essayai désespérément d’éteindre The Only Way is Essex , mais Gemma était tellement bruyante ; elle hurla « Arg », à pleins poumons.
J’essayai d’ouvrir de force un portail devant moi, avant de me rappeler que je n’en étais plus capable.
La porte s’ouvrit ; mon colocataire était là, devant moi, en caleçon. Son ventre poilu et bedonnant débordait de l’élastique ; je levai les yeux vers sa tête chauve de quarantenaire. Étrange que j’aie pensé à Phil Mitchell alors que je partageais un appartement avec un homme qui aurait pu être son frère.
— T’es qui, toi ?
Le type gratta le sommet de son crâne chauve, mais je remarquai le frémissement de ses narines. Il semblait hésiter entre croire à une crise de somnambulisme de sa part et arracher la tête de sa séduisante intruse. Une odeur émanait de son corps – génial, je l’avais rendu nerveux et maintenant, j’en payais le prix. Mais qu’est-ce qu’il avait bien pu manger ?
J’aurais aimé pouvoir me concentrer uniquement sur sa tête et ne pas avoir sa bedaine sous les yeux.
— Vous n’auriez pas un tee-shirt, par hasard ? lui demandai-je. J’ai du mal à vous parler quand vous êtes à moitié nu.
— C’est une blague ? Tu entres par effraction chez moi et tu me demandes de m’habiller ?
— Je ne suis pas entrée par effraction. C’est mon appartement.
Il s’approcha lentement de moi, levant la main, comme devant un chien effrayé acculé de Dog Rescuers , une autre émission dont j’étais un peu devenue accro. S’il se ramenait avec un filet, je lui arracherais le nez à coup de dents.
— D’accord, bon, calme-toi, ma grande. Tu es juste un peu confuse. Tu habites peut-être dans la rue, tu as dû un peu forcer sur la bouteille et j’ai mal verrouillé la porte. Ça se règle facilement. Donne-moi juste ton adresse.
Je soufflai.
— J’habite ici. En fait, j’ai emménagé vers avril 1991. Puis, j’ai pris de longues vacances dans un endroit chaud et maintenant, je suis de retour.
— Le bail de la locataire précédente a été rompu par ses parents parce qu’elle avait disparu.
Il me regarda et son front se plissa.
— Et ça ne peut pas être toi, tu es trop jeune. Quoi qu’il en soit, elle s’est enfuie parce que son fiancé allait voir ailleurs. Ce devait être un thon ; toi, tu as une sacrée ligne même si tu es tarée.
J’arrêtai d’écouter alors qu’il enchaînait avec des suggestions obscènes sur la façon dont nous pourrions partager l’appartement. Il blablatait pendant TOWIE , ce qui était inacceptable.
— Oh ! Maintenant, je comprends pourquoi ma facture d’électricité a augmenté. Je me suis plaint auprès de la compagnie parce qu’elle était trop haute, c’était toi. Depuis combien de temps es-tu ici, à fureter ?
Une nouvelle odeur nauséabonde flotta jusqu’à moi ; je plissai le nez, essayant de ne pas respirer.
— Tu sais quoi ? Je me disais, bon sang, il y a une folle furieuse chez moi ; mais maintenant que je te vois allongée sur mon canapé, toute sexy avec cette nuisette rouge moulante, je crois que je suis, soit en train d’halluciner, soit que tu es un cadeau du Bon Dieu.
Quand ses rideaux s’enflammèrent, il écarquilla les yeux et je crois qu’il changea rapidement d’avis.
 

 
Chapitre 2
 
KIM
 
 
Tasse à café Zoella – OK.
Rangement de bureau Zoella – OK.
Crayons chics Zoella – OK.
Travail le plus génial au monde ? OK. OK. OK.
Je dirigeais la branche Surnaturelle de l’Agence Matrimoniale de Withernsea. J’avais été promue il y a deux mois ; je trouvais enfin mes marques et prenais place au poste après une période de probation auprès de ma meilleure amie et propriétaire de l’agence, Shelley. Ou, devrais-je dire, deux mois de sermons sur ce que je pouvais faire ou pas.
Eh bien, aujourd’hui, elle n’était pas là.
Oh non.
Parce qu’aujourd’hui, c’était le 127e anniversaire de son mari. Oui, vous m’avez bien entendue. Il avait 127 ans et son créneau de fertilité venait de débuter aujourd’hui. Puisqu’il ne durait qu’une semaine, et qu’ils auraient à attendre 101 ans pour qu’il réapparaisse, Shelley s’était pris 7 jours de vacances pour se concentrer sur la mise en route d’un petit bébé surnaturel. Son mari était un véritable étalon en guimauve, sombre et délicieux à souhait, même mort-vivant ; je n’aurais pas été humaine si la jalousie ne m’avait pas rongée à l’idée que Shelley avait devant elle une semaine entière d’aventures obscènes sous les draps. Et j’étais bien humaine, moi, même si ma meilleure amie s’était révélée être un mélange de sorcière et wyverne. Oui, elle avait traversé pas mal de choses ces derniers mois. Enfin… nous l’avions tous fait.
Mais je n’étais pas jalouse qu’elle fasse un bébé. Non, ça, elle pouvait se le garder. La seule chose que je voulais voir baver près de moi, c’était un homme sexy, ou un chiot mignon à la limite. Mais un bébé ? Très peu pour moi. Il y avait bien trop de choses à faire quand on était célibataire. Même si, pour le moment, je tirais un trait sur toutes relations avec les hommes, humains ou non, vu où ma dernière liaison m’avait menée.
Quoi qu’il en soit, il était maintenant temps d’apporter quelques modifications aux contrats de rencontre. Je me passai un peu de crème Soap & Glory pour les mains entre les paumes tout en posant les yeux sur l’accord actuel qu’affichait mon ordinateur portable. Oh, l’odeur était divine, celle de la crème, pas de l’ordinateur. Je me promis de passer chez Boots en rentrant pour acheter un autre tube, avant de me rappeler que faire les magasins n’était plus aussi facile. Secouant la tête, je me retournai vers mon écran.
Termes de l’accord
Je, soussigné, (insérer le nom ici) résidant à (insérer l’adresse ici), déclare par la présente que mon adhésion à l’Agence Matrimoniale de Withernsea sera tenue secrète de tout individu d’origine humaine à moins que des contrôles préalables n’aient été effectués.
Les contrôles consistaient ainsi : Theo faisait son truc de magie mentale vampirique ; il demandait aux humains présents dans le registre de mentionner si un être surnaturel les effraierait, avant de leur faire oublier qu’il avait posé la question. Shelley dirigeait la branche humaine de l’opération et avec la vitesse vampirique de Theo, il lui était facile de simplement « passer au bureau », en cas de nécessité.
En signant ce document, j’accepte de ne causer aucun dommage intentionnel à un autre être, humain ou surnaturel. Je reconnais que les déclarations ici présentes sont véridiques et j’autorise que ce document soit passé au sérum de vérité. Toute fausse déclaration entraînera l’annulation immédiate de mon adhésion.
Nous avions dû ajouter cette clause puisque certains surnaturels, comme les démons, n’arrêtaient jamais de mentir.
Il était maintenant temps d’ajouter mon petit grain de sel.
J’accepte, si l’agence le juge nécessaire, de me présenter à un « rendez-vous factice » avec un membre de l’équipe afin de m’entraîner à l’art du rendez-vous.
Voilà, parfait. Maintenant, je pouvais choisir tous les super types surnaturels et sortir avec eux sous prétexte de vouloir les aider. Garder les choses simples et sympas, ce qui était exactement ce dont j’avais besoin en ce moment. Comme fait exprès, le fléau de mon existence ouvrit la bouche.
— C’est déplorable. Si j’avais encore ma magie, je ferais disparaître cette horreur. Tu prends des libertés.
Je tournai les yeux vers le vampire suspendu à l’envers dans le coin de mon bureau.
— Oui, eh bien, tu ne peux plus. Et j’en ai assez de te répéter que nous ne sommes plus ensemble. Je suis libre de sortir avec qui je veux.
Laissez-moi vous présenter mon problème du moment et la raison pour laquelle je ne voulais pas de vrai rendez-vous. Mon ex-petit ami, Frankie – enfin… mon amant, pour être tout à fait honnête – avait été tué le jour d’Halloween par le Diable, puis transformé par le mari de Shelley, Theo, en vampire. Il avait perdu tous ses anciens pouvoirs magiques, mais quelque chose avait mal tourné. Alors que toutes les horloges biologiques des autres vampires exigeaient qu’ils dorment entre le lever du soleil et midi, Frankie ne dormait pas du tout. Même pas un peu. Il pouvait en revanche rester pendu, la tête en bas, pendant des heures dans une sorte de « mode repos », mais à la seconde où je remuais, marchais ou parlais, il dressait l’oreille, une oreille maintenant ultra puissante. En tant que nouveau vampire, Frankie aurait dû avoir désespérément besoin de sang, mais à la place, il avait développé celui d’être près de moi. Et par là, j’entends qu’il avait peur d’être loin de moi. J’avais été la dernière constante de sa vie et une fois sa soif de sang initiale dissipée, il avait commencé à avoir envie de ma personne. Bon, pour être honnête, je ne pouvais pas vraiment lui en vouloir. J’étais incroyable, au lit, mais héberger un vampire dans un coin de mon bureau ou de ma chambre pendant deux mois était épuisant, même si mon sang restait à sa place, dans mes veines.
Il s’était avéré impossible de le garder dans les « Grottes », cet endroit où les jeunes vampires apprenaient à connaître leurs nouveaux corps et où certains d’entre eux venaient mourir. Shelley m’avait dit que les Grottes étaient un lieu de renaissance et de mort. Si un vampire se lassait de sa nuit éternelle, il pouvait y recevoir des conseils, prononcer une incantation et revenir à l’état de poussière. On y prenait aussi en charge ceux dont les transformations ne s’étaient pas déroulées de la manière habituelle, comme celle de Frankie. La mère et le père de Shelley y travaillaient en tant que bénévoles pour rendre service à la communauté surnaturelle de Withernsea. Frankie avait été tellement tourmenté sans moi que Margret, la mère de Shelley, m’avait demandé de passer lui rendre visite, afin de voir si ma présence le calmerait. J’avais fini par le ramener à la maison puisqu’il avait refusé de lâcher ma jambe si je ne promettais pas de le laisser rester avec moi quelque temps.
Sachant que Shelley assurait du tonnerre quand il était question de sorcellerie, elle avait fait de son mieux pour calmer l’obsession de Frankie, mais celle-ci ne montrait aucun signe d’apaisement. Avec cet invité chez moi, j’avais espéré aussi pouvoir un peu flirter sans faire de tort à personne avec les hommes surnaturels de Withernsea ; eh oui, l’idée m’avait traversé l’esprit d’essayer, au passage, de demander si l’un d’entre eux ne serait pas, à tout hasard, capable de me débarrasser du vampire dépendant dans ma vie.
Je n’aurais pas forcément vu d’inconvénient à sa présence, si Frankie avait continué à me servir d’amant, mais pour le moment, ses doses de sang supplémentaires ne circulaient pas PARTOUT dans son corps, si vous voyez ce que je veux dire.
Je fixai mon crayon à papier Zoella, les sourcils pressés l’un contre l’autre.
— Oh, il n’y a pas de plomb dans ce crayon.
— Tu envenimes la situation, tu sais, en faisant la remarque chaque fois. Je commence à avoir un complexe.
Le regard de Frankie était posé entre ses jambes ; il enroula ses bras devant lui.
— Je parle de mes nouveaux crayons, pas de ta queue.
Je soupirai.
— S’il te plaît. Est-ce que tu pourrais aller ailleurs aujourd’hui ? Ça ou alors être plus gai.
Il plongea en piqué et s’assit sur une chaise en face de moi.
— Je crois que je suis en pleine dépression, Kim. C’est comme si j’avais eu le droit à un relooking de l’extrême ; et maintenant, plus personne ne sait qui je suis parce que, non seulement j’ai changé à l’extérieur, mais intérieurement aussi je suis chamboulé.
— Tu ne t’es pas du tout métamorphosé physiquement, Frankie.
— Si, j’ai changé. Je suis un peu plus pâle et on complimentait toujours mon éclat naturel, avant.
Je commençai à ouvrir la bouche.
— Non, je ne veux pas acheter de palettes cosmétiques Ebony. Ma peau est extrêmement sensible depuis ma transformation.
Eh bien, il avait été carbonisé par Satan avant sa régénération, donc il n’y avait rien de très surprenant là-dedans.
— Écoute, Frankie, soupirai-je. Nous allons devoir trouver une sorte de terrain d’entente pour que j’aie un peu de temps à moi. Ça fait un mois maintenant que tu as quitté les grottes. Je veux sortir, je veux travailler en paix ; bon sang, je veux passer du temps avec mon petit-copain à piles ou même aller aux toilettes sans te savoir collé derrière la porte de la salle de bain.
— Je n’y peux rien. Je ne peux pas être sans toi. La dernière fois que je me suis éloigné, le Diable m’a tué.
— Mais tu n’es pas mort, tu es revenu, et tu peux te construire une vie incroyable. Hé, je pourrais même te trouver un rencard.
Je pointai du doigt l’écran de mon ordinateur.
— Non ! Je ne suis pas prêt à faire de nouvelles rencontres et je ne peux pas être loin de toi. Je panique quand je ne peux pas te voir.
— Je t’emmène voir un médecin. Il y en a un à l’hôpital spécialisé dans les surnaturels qui m’a reçue après que Satan m’a mordue.
— Je suis médecin.
— Tu étais médecin. Maintenant, tu ne l’es plus. Quoi qu’il en soit, en y réfléchissant bien, c’est probablement à un psychiatre que nous devrions nous adresser, pas un médecin. Cette situation ne peut plus durer. J’ai besoin de sexe.
— Rajoutes-en, vas-y. Ce n’est pas de ma faute si je n’y arrive plus.
Frankie se mordit la lèvre, oubliant qu’il avait des crocs, et une goutte de sang glissa de sa lèvre inférieure.
— Ah bon sang, c’est tellement agaçant. Il faudrait un permis de port d’armes pour se promener avec ces machins. Ils sortent toujours quand il ne faut pas.
— Frankie.
Je me grattai le menton.
— Tu crois que tu as une sorte de problème érectile, mais avec tes crocs ?
Frankie se couvrit les oreilles, la bouche béante.
— Je te demande pardon. Tu pourrais être plus insultante ?
Il donna un coup de pied sous sa chaise jusqu’à ce que les roulettes l’entraînent légèrement sur la droite, et qu’il puisse détourner le regard.
— Vas-y, je ne me suis pas encore suicidé. Oh, attends, c’est vrai que je suis déjà mort.
Je levai les yeux au ciel.
— Tu es incroyablement dramatique, aujourd’hui. Je suis sérieuse. Tu ne contrôles pas encore tes crocs et si tu réfléchis bien, c’est comme avoir une érection intempestive. Je ne suis pas un homme, évidemment, mais il y a peut-être une méthode similaire pour contrôler les deux phénomènes.
— On ne maîtrise pas l’excitation sexuelle, même penser à sa grand-mère morte et ses dents pourries ne fonctionnent pas à tous les coups.
Je fis mine de vomir.
— Hé, tu n’avais rien contre l’idée de jouer les mortes quand nous nous amusions ensemble.
— Seulement parce que tu as un pénis de taille décente et que tu savais comment t’en servir. J’ignorais juste ton fétichisme bizarre.
— Eh bien, je vais te faire remarquer quelque chose. Ce n’est pas parce que nous n’avons plus de relations sexuelles que nous ne pouvons pas nous faire des câlins. Rester suspendu au plafond, ça devient vite monotone et solitaire, tu sais. Parfois, j’aimerais me glisser sous une couverture et qu’on me réconforte pour ma nouvelle vie horrible.
Soupirant à nouveau, je me penchai en avant sur le bureau, calai mon coude et posai ma tête au creux de ma main. J’avais plus soupiré ce dernier mois que bu de café – c’était dire.
— Écoute, ce soir – juste pour une nuit – tu peux avoir un câlin. Cinq minutes. C’est tout. Ensuite, tu retourneras au plafond jusqu’à ce que nous arrivions à obtenir ce rendez-vous chez le médecin.
— Cinq minutes ? C’est tout ce à quoi j’ai le droit ?
— Frankie, tu ne dors pas et tu es un vampire. Je dois placer des sorts de protection autour de moi la nuit pour que tu ne t’en prennes pas à mon cou.
— Je ne boirais pas à ton cou.
Il me lança un clin d’œil.
Quand il faisait ça, je retrouvais un petit éclat de l’ancien Frankie. En fait, sa détresse intense ne me surprenait pas, il avait quand même été incinéré par le Patron de l’Enfer. Il allait lui falloir du temps pour accepter sa nouvelle personnalité et son nouveau corps dépourvu de magie. Mais nous avions besoin d’une aide extérieure. J’étais humaine et je ne pouvais pas lui offrir le soutien dont il avait besoin ; si cette situation perdurait, j’allais avoir de sacrées rides sur le front et je ne lui pardonnerais jamais une chose pareille, surtout s’il ne vieillissait plus, lui-même.
— Écoute, tu crois que tu arriverais à aller à la boutique de café et me ramener un latte ?
La boutique n’était qu’à deux pas, il suffisait de redescendre les escaliers du fond et tourner à l’angle vers la rue marchande que l’agence occupait.
Frankie secoua la tête.
— Je ne peux pas te laisser.
— Et si je t’accompagnais en FaceTime tout le trajet aller et retour ?
Frankie releva les yeux.
— Ça pourrait marcher.
— Excellent, tu vois ? Il y a du progrès.
Je lui donnai assez d’argent pour un café et un beignet au chocolat de chez Jax’s.
— Les beignets me manquent, dit-il. Ils devraient faire des donuts au sang. J’aimerais peut-être plus comme ça.
Pour le moment, Frankie survivait grâce à des dons de sang, mais il en détestait le goût. Malheureusement, la nourriture humaine n’avait pas non plus la même saveur qu’auparavant et c’était donc vraiment difficile pour lui.
Il quitta l’agence et je posai mon téléphone sur le bureau pour qu’il puisse toujours voir mon visage pendant qu’il descendait l’escalier et entrait dans la boutique de café.
Enfin, j’allais peut-être disposer d’une minute de paix pour travailler. Je me retournai vers l’accord sur mon écran.
Bang. Bang. Bang. Bang. Bang. Je sursautai quand la porte s’arracha presque de ses gonds.
— Oh, bon sang, j’abandonne, murmurai-je alors qu’Ebony faisait irruption dans le bureau.
— Retire tout de suite ce paragraphe, dit-elle de son accent distingué en pointant du doigt l’écran.
— Mon dieu, vous, les voyants, vous êtes tellement horripilants avec votre stupide omniscience.
— Je te répète encore une fois que je ne suis pas omnisciente. Je ne lis pas dans les pensées, je suis une Voyante. Si je sais que mon cadeau de Noël n’est pas « en rupture de stock » comme tu le dis, et est absent parce que tu n’as pas encore pris la peine d’aller l’acheter, c’est parce que j’attends aussi toujours celui de l’année dernière. Tu ferais mieux d’admettre que tu n’achètes rien parce que tu es trop paresseuse pour te bouger. Ce serait beaucoup plus simple.
— J’ai été assez occupée au cas où tu ne l’aurais pas remarqué, avec ma nouvelle carrière et mon nouvel accessoire permanent. Hé, je pourrais t’offrir un vampire à la transformation bancale pour Noël ?
— Sans façon, mais si je ne reçois pas mon vrai cadeau d’ici la fin du mois, je passerai m’acheter un bijou Pandora et je te retrouverai.
Ebony agita ses ongles manucurés en direction de l’ordinateur.
— Si tu ne lis pas dans les pensées, comment es-tu au courant pour le paragraphe que j’ai ajouté ? me plaignis-je.
— J’ai eu une vision. Tu étais dehors, avec un change-forme qui n’était pas l’homme de ta vie.
Je me pris la tête entre les mains tout en inspirant profondément.
— Combien de fois faut-il que je le répète ? Je ne cherche pas l’homme de ma vie. J’en cherche deux, trois, peut-être même quatre. Les harems inversés sont à la mode en ce moment, tu sais ?
— Tu finiras avec le loup. Repousse l’inévitable aussi longtemps que tu le voudras. Mais si tu sors avec d’autres hommes, tu te mettras en très grand danger.
Je commençai vraiment à en avoir assez des voyants. Ils débarquaient avec tous ces mots dramatiques, comme très grand danger ; mais ils ne vous disaient jamais précisément de quoi il en retournait pour, vous savez, vous aider à éviter ladite menace. Par exemple, s’ils vous disaient simplement de ne pas sortir avec l’homme-fée pompier sexy, vous pourriez juste annuler le rendez-vous et passer à autre chose, mais non ! Il fallait qu’ils défoncent votre porte, lancent une déclaration mystérieuse et, comme aujourd’hui, ressortent tranquillement pour aller piller la réserve de vodka qu’ils cachaient derrière le comptoir de la boutique pour les aider à entretenir leurs visions.
J’entraperçus la porte bouger et me retrouvai brusquement contre le mur dans une étreinte solide.
— Frankie. Pour l’amour de Dieu, tu me fais perdre des années de vie.
— Tu m’as manquééé, pleura-t-il. Je ne pouvais plus te sentir. Le téléphone n’a servi à rien, tu parlais à Ebony et non à moi.
J’essayai de m’extraire d’entre ses bras.
— Bon sang, tu es gelé. Hors de question que je te fasse de câlin ce soir. Pas la moindre chance.
Je le repoussai. Dieu merci, il n’avait pas encore la force d’un vrai vampire. Il m’aurait probablement brisé tous les os du corps.
— Où est mon café, Frankie ? Et mon beignet.
— Ils sont là.
Je me retournai et vis Lucy, l’ex-gérante démoniaque de l’Enfer, entrer. Elle portait ma tasse de café dans une main – une main ambrée rougeoyante.
— Je te l’ai gardée bien au chaud, dit-elle. Je n’ai pas pu faire de même avec lui, malheureusement.
Elle pointa une griffe rouge sur Frankie.
— Il est toujours aussi pathétique à ce que je vois.
— Je vais l’emmener voir quelqu’un. J’espère qu’ils pourront aider à le sevrer.
Elle émit une flamme du bout du pouce.
— Les vampires et le feu ne font pas bon ménage. Tu n’as qu’un mot à dire.
Frankie se précipita dans le coin le plus éloigné du plafond, se replia sur lui-même et arrêta de bouger. C’était comme avoir une Alexa, version vampire.
— Lucy. Pour l’amour de Dieu, tu lui fais encore plus peur.
Elle mit le feu à mon nouveau carnet Zoella. Je jetai mon café dessus, affolée.
— Mon dieu, pourquoi est-ce que tu as fait ça ?
Mes crayons tombèrent bientôt en cendres.
— Arrête de dire ça. Je ne peux pas m’en empêcher, hurla-t-elle.
Je repensai à ce que je venais de dire. Ah oui, le mot en « D » avait été mentionné. Merde.
— Maintenant, je n’ai plus de café, de joli cahier, ni de crayons, lui dis-je. Tu as intérêt à avoir une bonne raison d’être venue.
— J’ai une excellente raison.
Elle me lança un grand sourire et ajusta le bandeau qui cachait ses cornes.
— Ça fait trop longtemps que je n’ai plus de romance dans ma vie. J’ai besoin que tu me trouves un homme.
Malheureusement, ses mots précédèrent la fin de mes nouveaux rangements de bureau. J’allais vraiment devoir travailler mes blasphèmes.

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