Renoncer à l amour
428 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Renoncer à l'amour

-
traduit par

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
428 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Description


Un homme qui avait tout sauf ce que son coeur désirait.


Frederick Thorne, Duc d’Ashland, est amoureux de Brett Haversham depuis des années. Si le seul moyen de l’avoir est de lui donner ce qu’il veut, Freddy le partagera, dans son lit et en dehors, avec la femme que Brett aime. Celle qui fut le premier amour de Freddy.


Un homme sacrifiant tout pour le passé.


Brett Haversham aime deux personnes qu’il a juré de ne jamais toucher. Mais son désir vainc sa détermination quand ils s’allient pour le séduire. Le sexe incroyable qu’ils partagent ensemble le submerge.


Une femme qui n’a plus rien à perdre.


Anne Goode a perdu son fiancé Bertie durant la guerre. Son frère cadet Freddy est de retour, devenu le charmant et puissant Duke. Et il a ramené avec lui le meilleur ami de Bertie, Brett. Seule et déjà ruinée, Anne ne peut résister à les prendre tous les deux comme amants.


Le désir incontrôlable liant les trois est-il suffisant pour panser les plaies du passé et surmonter les problèmes du présent ? Il leur faudra accepter l’amour plutôt que de le rejeter.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 50
EAN13 9782376768586
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Publié par
JUNO PUBLISHING
2, rue Blanche alouette, 95550 Bessancourt
Tel : 01 39 60 70 94
Siret : 819 154 378 00015
Catégorie juridique 9220 Association déclarée
http://juno-publishing.com/
 
 
 
Renoncer à l’amour
Copyright de l’édition française © 2020 Juno Publishing
Copyright de l’édition anglaise © 2008 Samantha Kane
Titre original : Retreat from love
© 2008 Samantha Kane
Traduit de l’anglais par Christelle S.
Relecture et correction par Agathe P.
 
Conception graphique : © Francessca Webster pour Francessca’s PR & Design
Tout droit réservé. Aucune partie de ce livre, que ce soit sur l’ebook ou le papier, ne peut être reproduite ou transférée d’aucune façon que ce soit ni par aucun moyen, électronique ou physique sans la permission écrite de l’éditeur, sauf dans les endroits où la loi le permet. Cela inclut les photocopies, les enregistrements et tout système de stockage et de retrait d’information. Pour demander une autorisation, et pour toute autre demande d’information, merci de contacter Juno Publishing :
http://juno-publishing.com/
ISBN : 978-2-37676-858-6
Première édition française : septembre 2020
Première édition : décembre 2008
 
Édité en France métropolitaine
 
 
Table des matières
Avertissements
Dédicace
Remerciements
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 16
Épilogue
À propos de l’Auteur
Résumé

 
 
 
 
Avertissements
 
 
 
 
 
Ceci est une œuvre de fiction. Les noms, les personnages, les lieux et les faits décrits ne sont que le produit de l’imagination de l’auteur, ou utilisés de façon fictive. Toute ressemblance avec des personnes ayant réellement existées, vivantes ou décédées, des établissements commerciaux ou des événements ou des lieux ne serait que le fruit d’une coïncidence.
 
Ce livre contient des scènes sexuellement explicites et homoérotiques, une relation MM et un langage adulte, ce qui peut être considéré comme offensant pour certains lecteurs. Il est destiné à la vente et au divertissement pour des adultes seulement, tels que définis par la loi du pays dans lequel vous avez effectué votre achat. Merci de stocker vos fichiers dans un endroit où ils ne seront pas accessibles à des mineurs.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Dédicace
 
 
Ce livre est d’abord et avant tout dédié à mon adorable mari, qui s’est couché seul de nombreuses nuits au cours des derniers mois pour que je puisse terminer ce livre. Merci mon cœur. Il a, comme d’habitude, lu au moins quinze versions de ce livre du début à la fin, et ses commentaires et suggestions ont été grandement appréciés.
Dans le même ordre d’idées, ce livre est dédié à mes pauvres enfants, qui ont presque oublié qu’ils avaient une mère pendant que je l’écrivais. Et pour le reste de ma famille qui supporte les appels téléphoniques manqués ou distraits et les vacances en famille passées à écrire.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Remerciements
 
 
J’ai découvert plusieurs sources merveilleuses en recherchant ce livre. Great Houses of England & Wales de Hugh Montgomery-Massingberd et Christopher Simon Sykes (Universe Publishing, 2000) et The Regency Country House de John Martin Robinson (Aurum Press, 2005) ont été d’une valeur inestimable pour m’aider à créer Ashton Park. Les images de ces deux livres sont stupéfiantes. What Jane Austen Ate and Charles Dickens Knew de Daniel Pool (Touchstone, 1993) est un petit livre très instructif qui est un merveilleux point de départ pour la recherche sur la Régence . Jane Austen and the Clergy d’Irene Collins (Hambledon et Londres, 2002) est également devenue une ressource favorite. Collins utilise la vie d’Austen et ses livres comme point focal pour décrire en détail la vie à la campagne. Toute erreur ou erreur factuelle dans Renoncer à l’amour doit m’être imputée à moi seule, et ne peut être attribuée à ces belles sources.
Je dois lever mon chapeau à deux grandes sources d’inspiration pour ce livre. J’étais impatiente d’écrire l’histoire de Freddy et Brett. Je savais quelle était leur histoire, mais je ne savais pas comment l’écrire et lui rendre justice. Il y a plusieurs mois, j’écoutais la chanson Home de Michael Bublé, et en l’espace d’un verset, ce livre a pris forme. Le prochain sur ma liste est Marlon Brando et une scène particulière dans On the Waterfront . Pour ceux d’entre vous qui l’ont vu, vous reconnaîtrez la scène. Pour ceux d’entre vous qui ne l’ont pas vu, regardez-le. Vous me remercierez.
 
 
Renoncer à l’amour
Frères d’armes Tome 5

Samantha Kane
 

 
Chapitre 1
 
 
 
 
12 Avril 1810
Ma très chère Anne,
J’ai rencontré le meilleur des camarades ! Il s’agit du Lieutenant Brett Haversham. Je pense qu’il vous plairait, Anne. Il est brillant, c’est un excellent soldat, et il est courageux. Il est calme, mais il rit à toutes mes blagues et me couvre quand j’en ai le plus besoin. Pas dans la bataille, mais dans l’ennui. Je suis trop souvent contraint à l’inaction. Vous me connaissez, Anne, cela me conduit à la malice. Le Major Richards dit que c’est une bonne chose que le Lieutenant Haversham m’ait pris sous son aile, sinon je serais traduit en cour martiale avant que le vieux Boney 1 2 n’agite un drapeau blanc.
Cependant, la présence de Brett ne suffit pas, Anne. Vous me manquez. Chaque nuit, je rêve de votre peau douce et de vos lèvres roses. De la façon dont vos yeux bleus brillent quand vous me regardez au clair de lune. Comme j’ai envie de sentir ces doux bras autour de mon cou, et ces lèvres contre les miennes à nouveau. Y a-t-il jamais eu un homme aussi stupide que moi pour les abandonner pour l’enfer de la guerre ?
Votre Serviteur le Plus Dévoué,
Bertie
 
 
Juin 1817
Ashton Park, Derbyshire
— Bonjour.
Anne pivota dans l’eau tiède de l’étang, ses bras s’envolant instantanément pour couvrir ses seins nus. Son hoquet fut sincère. Elle ne s’était pas attendue à être interrompue cet après-midi. Plus personne ne venait à l’étang désormais. Uniquement elle et ses souvenirs.
L’étranger sourit lentement depuis le milieu du petit pont en bois où il était posé sur son cheval. Il se pencha en avant sur sa selle.
— Je vois que je vous interromps. Dois-je partir ?
Anne se remit rapidement de sa surprise initiale. Ce n’était pas comme si un homme n’avait jamais vu ses seins nus. Et celui-ci était beau. Il avait sans doute vu beaucoup de femmes nues en son temps. Des cheveux d’un brun foncé avec un reflet de feu au soleil, de larges épaules et un sourire dévastateur – oh oui, il était irrésistible et il le savait. Des avertissements retentirent dans sa tête, mais, comme d’habitude, elle les ignora et lui rendit son sourire.
— Je ne sais pas, monsieur, répondit-elle d’un ton grivois, avez-vous un endroit où aller ?
Elle savoura son expression surprise. Il s’était sans doute attendu à ce qu’elle fasse des mimiques et rougisse. Honnêtement, les hommes pensaient-ils qu’ils étaient les seuls à se sentir seuls ? Ils s’approchaient toujours avec prudence, comme un chasseur avec une proie. Anne n’était pas intéressée par le fait d’être poursuivie. Elle voulait être attrapée. Il y avait si longtemps qu’elle ne s’était pas laissée attraper.
L’étranger se racla la gorge, et Anne entendit l’amusement qu’il essayait de dissimuler.
— Ma foi, non, en vérité. Je n’ai rien à faire aujourd’hui. Sauf, bien sûr, vous aider à trouver comment vous allez sortir de cet étang sans vêtements.
Anne se demanda distraitement s’il était un ami de Freddy. Elle secoua mentalement la tête. Non, ce n’était plus Freddy tout court. Désormais, il était le Duc d’Ashland. Elle avait entendu dire qu’il était revenu à Ashton Park. L’étang se trouvait sur le terrain de Park, bien que loin de la maison elle-même. Il était logique de supposer que l’étranger y était un invité.
— Mademoiselle ?
La voix inquiète de l’étranger pénétra les rêveries d’Anne. Elle rit pour couvrir sa distraction.
— Il est évident que je ne puis penser à une seule chose. Je suis à votre merci, monsieur. Avez-vous la clé de ma prison chaude et humide ?
Elle entendit sa brusque inspiration. Il était visiblement surpris de ne pas avoir à la séduire. Elle n’aurait pas pu être plus limpide sur le fait qu’elle était à lui. Et cela faisait du bien, vraiment du bien, de se livrer à nouveau au badinage suggestif de délicates négociations sexuelles.
Il se redressa bien droit sur sa selle, et Anne fut à nouveau frappée par la largeur de ses épaules. Il avait l’air incroyablement fort et viril. S’il vous plaît, faites que ce ne soit pas du rembourrage , pensa-t-elle cyniquement. Puis il se retourna pour regarder autour de lui et Anne vit le jeu des muscles et des os sous son manteau à la mode et ajusté et elle faillit soupirer d’impatience. Lorsqu’il se retourna, son visage avait pris les traits durs du désir, et son regard était définitivement prédateur.
— Si j’étais un gentleman, je vous offrirais mon manteau.
Anne sentit un petit frisson dévaler sa colonne vertébrale au timbre éraillé de sa voix, à l’insinuation qu’il ne serait pas un gentleman avec elle. Elle hocha sérieusement la tête.
— Oui, si vous étiez un gentleman, vous m’apporteriez votre manteau.
Son sourire, cette fois, fut lacé de la même anticipation qui enflammait le sang d’Anne.
— Pour lors, sans aucun doute, je jouerai le rôle du gentleman.
Il fit traverser le pont à son cheval et le conduisit sur un terrain plat. Elle put mieux l’observer à ce moment-là. Des pommettes fortes, un nez long et large, une bouche généreuse avec des lèvres bien définies, il était vraiment beau. La fossette profonde de son menton était le seul trait frivole qu’il possédait, mais elle le faisait paraître plus viril, pas moins. Anne l’observait si attentivement qu’elle remarqua immédiatement la maladresse avec laquelle il descendait. Il lâcha les rênes et se tourna vers Anne, qui remarqua qu’il favorisait sa jambe gauche. Avait-il été blessé récemment ? Elle allait lui poser la question quand il commença à déboutonner son manteau et sa bouche devint sèche. Allait-elle vraiment le faire ? Elle avait déjà été avec des hommes, mais jamais avec un étranger dont le nom lui était inconnu, jamais dehors en plein jour. Avant d’ôter son manteau, il fit une pause comme s’il sentait son indécision. Il lui donnait la possibilité de mettre fin à leur interlude avant qu’il ne commence, et cela la poussa à aller de l’avant.
— J’ai plutôt froid, lui dit-elle, sa voix rauque et encourageante.
— Nous ne pouvons pas vous laisser ainsi.
Son ton était léger, mais ses mouvements brusques alors qu’il dégageait son manteau de ses bras. Il se dirigea vers l’eau et son boitement était assez prononcé.
Soudain, la vision d’Anne s’assombrit alors qu’elle rassemblait les indices. Elle vit l’étranger qui se dirigeait vers elle, ses fines bottes éclaboussant l’eau, comme s’il traversait un tunnel. Cheveux noirs, sourire malicieux, Ashton Park, la boiterie, Seigneur, la boiterie. C’était lui . Brett Haversham. Et il n’avait aucune idée de qui elle était. Il n’en avait cure. Elle sentit le sang être drainé de son visage et ses mains commencèrent à trembler.
Sa propre promiscuité fut oubliée alors que sa colère montait. Le malotru. Il allait forniquer avec une femme étrangère ici, ici , où elle vivait. Où il savait qu’elle vivait. Et il allait bien, bon sang, bien ! Il n’était pas horriblement défiguré ou invalide. Il boitait , une stupide boiterie. Toutes ces années et elle l’avait imaginé faible et alité. Et il allait bien. Son chagrin, son soulagement, sa colère, tout cela fusionna en une rage brûlante. Elle le vit se figer et la regarder curieusement alors qu’elle baissait les bras et marchait vers lui. Elle ne pouvait pas plus arrêter son avance que Napoléon ne pouvait arrêter Wellington. Il lui tendit son manteau et elle le saisit, mais ne s’arrêta pas. Elle s’approcha de lui et le gifla aussi fort qu’elle le put.
— Espèce de bâtard, siffla-t-elle et Brett recula au venin dans sa voix.
Elle leva à nouveau le bras et Brett l’attrapa, arrêtant sa descente.
— Anne ! entendit-il une voix crier derrière lui, et le sol se déroba sous ses pieds.
Il frappa l’eau avec force, sa jambe se tordant sous lui. Il lui fallut un moment pour réaliser que c’était Anne arrachant son bras de sa prise soudainement faible qui l’avait déséquilibré, et non la révélation dévastatrice de son identité.
— Anne ! appela Freddy et Brett se retourna pour le voir sauter de sa grande monture afin de courir vers l’eau.
Pendant une seconde, Freddy resta sur le rivage, l’indécision clairement visible sur son visage. Devait-il aider Anne ou Brett ? Parce que Brett avait besoin d’aide. Il avait atterri en force sur sa mauvaise jambe. Il n’était pas certain de pouvoir tenir debout tout seul.
Anne se débattait dans son manteau, le devant couvrant à peine son mont et la masse de boucles noires brillantes qu’il avait entrevue là. Ses jambes étaient encadrées par les queues de son manteau, longues et lisses, avec des mollets bien dessinés et des fossettes aux genoux. Sa peau était si blanche qu’elle était presque translucide par rapport aux boucles de sa tête, qui étaient si sombres qu’elles étaient presque noires. Bertie avait raison, elle était sacrément belle. Et il l’avait pratiquement baisée dans l’herbe comme une putain.
Elle essuya ses joues avec ses deux mains et Brett prit conscience qu’elle pleurait. Il l’avait fait pleurer. Il avait passé cinq ans à faire abnégation parce qu’il ne voulait pas la faire pleurer et il l’avait fait quand même.
— Anne, ma chère, dit Freddy, mais elle secoua la tête, lui coupant la parole.
— Freddy, haleta-t-elle. Oh Freddy.
Elle saisit les revers du manteau et les ferma hermétiquement, ne réalisant pas que cela raccourcissait le manteau au point qu’il révèle les boucles épaisses qui dégoulinaient d’eau entre ses jambes. Brett vit le regard de Freddy s’aiguiser alors qu’il la contemplait, et le nœud qui se forma dans les entrailles de Brett en réponse le mit en colère contre lui-même, contre Freddy, contre le monde.
— Je veux dire, Votre Grâce, marmonna Anne en essuyant son nez sur sa manche.
Ce geste lui brisa le cœur, lui causa un tel sentiment d’insécurité que Brett essaya de se lever, ayant besoin d’aller vers elle. Mais sa jambe céda et il s’effondra à nouveau dans l’eau.
— Brett !
Freddy se précipita dans l’eau pour l’aider à se tenir debout. Le temps qu’il se lève et qu’ils se retournent tous les deux vers la rive, elle était partie.
 
 
Freddy ne savait que faire de la situation. Il ne s’était pas attendu à rencontrer Anne ici. Il avait pensé qu’ils l’appelleraient chez sa mère, feraient des présentations officielles, suivraient le protocole. Lorsqu’il avait traversé les bois et l’avait vue marcher nue et mouillée vers Brett, qui se tenait hypnotisé devant l’eau, le cœur de Freddy avait bondi de joie et d’un profond et dévastateur sentiment de perte. Ils n’avaient pas besoin de lui pour être réunis. Et puis elle avait giflé Brett si fort que Freddy en avait senti la piqûre.
Cela faisait près d’un an que Freddy avait trouvé la liasse de lettres cachée dans le bureau de Brett parmi ses papiers. Vingt d’entre elles étaient adressées à Anne, mais n’avaient jamais été envoyées. Freddy avait enfreint tous les codes d’honneur qu’il prétendait suivre en les lisant. Elles étaient datées de façon erratique. Brett lui avait écrit, semblait-il, durant ses périodes mélancoliques. Les lettres lui avaient brisé le cœur de bien des façons. Brett n’avait jamais partagé ces sentiments avec Freddy. C’était ce que les lettres représentaient, toutefois, qui avait mis Freddy sur sa voie actuelle. Brett était amoureux d’Anne. Apparemment depuis la mort du frère de Freddy, Bertie, et la blessure de Brett. Pas étonnant que Brett l’eût repoussé pendant toutes ces années !
Freddy avait donc conspiré pour les rapprocher. Il n’en avait pas dit un mot à Brett. Il avait été consterné, quelques mois auparavant, de découvrir qu’Anne était partie rendre visite à des cousins éloignés alors que Brett et lui étaient venus à Ashton Park pour une très brève visite. Brett n’avait aucune idée que Freddy connaissait son secret. Et maintenant, cet idiot avait réussi à la faire fuir lors de leur première rencontre.
— Que s’est-il passé exactement ici ? demanda finalement Freddy alors qu’il aidait Brett à s’abaisser au sol.
Brett était trempé et il grimaça alors qu’il se frottait doucement la cuisse.
— Ce qu’il s’est passé ?
Brett arrêta de se frotter la jambe et regarda Freddy avec incrédulité. Puis il se laissa retomber dans l’herbe et se mit à rire. Le bruit était loin d’être d’amusement et proche du désespoir. Brett leva les deux mains et se frotta les yeux.
Freddy dut se forcer à rester là et à regarder avec impassibilité. Depuis qu’il avait trouvé les lettres, il essayait de prendre ses distances avec Brett, avec une rechute de temps à autre, il était vrai. Mais c’était tellement difficile, et Freddy n’aimait pas les choses qui se présentaient difficilement. Il était conscient d’avoir été gâté la majeure partie de sa vie et il aimait les choses ainsi. Brett était la seule chose qu’il avait un jour véritablement désirée, et la seule chose qu’il ne pouvait pas avoir.
Il se détourna de lui et s’abaissa également sur l’herbe à côté de Brett.
— Oui, que s’est-il passé ? Tu dois admettre que je suis arrivé sur une scène assez surprenante. Mlle Anne Goode, toute nue, émergeant de l’étang comme Vénus en sa coquille dans tes bras qui l’attendaient. Sauf qu’elle n’est pas tombée dedans, elle a expulsé ton cerveau de ta tête avec une gifle.
— Mon cerveau n’était pas du tout dans ma tête à ce moment-là, Freddy. S’il l’avait été, je ne serais jamais descendu de mon cheval.
Freddy fut amusé à contrecœur. Il se retourna et regarda Brett pendant un moment alors que l’autre homme était allongé au soleil, contre l’herbe verte, et fixait le ciel.
— Oui, bon, c’est la première fois que je vois Anne nue, je peux certainement comprendre ton manque de facultés mentales.
Brett s’étouffa de rire à côté de lui.
— Elle est sacrément belle, Freddy. Pourquoi ne m’as-tu pas dit à quel point elle était belle ?
— Tu n’as jamais demandé.
Freddy se pencha et arracha une longue tige de fétuque puis passa le bout plumeux entre ses doigts.
— En fait, tu n’as jamais rien demandé sur Anne.
— Vraiment ?
Brett se mit en position assise et passa ses mains dans ses cheveux mouillés, aspergeant Freddy de gouttes froides. Ce geste était porteur d’un message subtil, Ne va pas par-là que Freddy ignora.
— Non, tu ne l’as pas fait. Je m’en serais souvenu si tu l’avais fait. Et tu te serais certainement souvenu de ma réponse.
Brett laissa ses mains tomber sur ses genoux. Il écarta les doigts contre ses cuisses, comme s’il examinait ses ongles.
— Je m’en souviendrais ? Pourquoi ? Quelle aurait été ta réponse ?
Freddy se leva, apparemment pour égoutter l’eau de son manteau. Mais la vérité était qu’il devenait trop difficile de ne pas toucher Brett, de ne pas l’entourer de ses bras et de tout lui avouer. De supplier Brett de se confier à lui.
— Je t’aurais dit que j’ai été amoureux d’elle depuis l’âge de cinq ans. Qu’elle était belle avec ses yeux bleus rieurs et ses boucles sombres et brillantes ! Qu’elle était intelligente, fougueuse et compatissante ! Qu’elle n’a jamais mis mal à l’aise un garçon de treize ans dans les affres d’un premier amour.
Freddy regarda Brett et n’essaya pas de cacher la culpabilité et l’angoisse qu’il ressentait.
— Je t’aurais dit que j’étais un bâtard égoïste qui n’a jamais pris la peine de revenir la voir après la mort de Bertie parce que je ne pouvais penser qu’à moi, et que tout ce qui m’importait, c’était toi.
Pour une fois, Brett ne s’empressa pas de l’apaiser avec des platitudes. Au contraire, ses yeux reflétèrent la culpabilité et l’angoisse de Freddy.
— Alors je suppose que nous sommes tous les deux des bâtards égoïstes.
Brett tendit une main et Freddy la saisit, hissant Brett du sol. La jambe de Brett n’était pas encore en mesure de le soutenir, et il tomba en avant contre Freddy qui enveloppa un bras autour de sa taille et le pressa contre sa poitrine. Brett sentait le linge trempé dans l’eau tiède de l’étang, ce qui n’était pas très agréable. Mais il sentait aussi le bois de santal et le soleil, ce qui était agréable. Freddy faillit repousser une mèche de cheveux mouillée du front de Brett, mais il retint le mouvement.
— Est-ce que ça va ? demanda-t-il avant de pouvoir tempérer son inquiétude.
Brett se dégagea doucement, refusant de le regarder.
— Ça va aller. Ce n’est pas moins que ce que je mérite.
Freddy s’approcha et prit les rênes de son cheval.
— Et pourquoi ça ?
Il entendit Brett boiter vers son cheval, et tourna son étalon pour regarder Brett monter.
— As-tu besoin d’aide ?
Brett secoua la tête. Quand il monta, ses mouvements étaient raides de douleur et de fierté. Il lui fallut trois essais avant qu’il ne soit assis, et son expression indiqua à Freddy qu’être assis sur un cheval était atroce pour lui. Une fois Brett assis, Freddy monta son propre cheval.
Ils se frayèrent lentement un chemin à travers les bois vers Ashton Park.
— J’attends, dit finalement Freddy.
Brett répondit sans le regarder.
— Quoi ?
— Une explication. Pourquoi ne pas commencer par le début ?
Brett soupira.
— Je suis allé à l’étang. Elle était là. Elle a manifesté de l’intérêt, que je lui ai plus que retourné. Aucune présentation n’a été faite. Quand je suis descendu pour lui donner mon manteau, son comportement a changé. Puis tu es arrivé et elle m’a giflé, ou l’inverse. Comme tu l’as dit, mon cerveau ne fonctionnait plus. Puis, je l’ai fait pleurer.
Brett s’interrompit et il fallut un moment à Freddy pour réaliser que c’était la fin de l’histoire de Brett. Il avait dû oublier beaucoup de choses dans le récit.
— Je vois. Ou plutôt, je ne vois pas. Tu n’as rien fait pour justifier la gifle ? Ça ne ressemble pas à l’Anne que je connaissais.
La posture de Brett était aussi raide que la douleur et l’autorécrimination pouvaient le faire.
— Je suis certain que j’ai fait beaucoup pour la justifier. Je l’ai blessée, Freddy. Comme je l’ai dit, je ne suis jamais venu la voir après mon retour.
— Oui, eh bien, moi non plus et elle ne m’a pas giflé.
— Je suppose qu’elle ne voulait pas te voir.
Freddy ressentit un pincement de jalousie irrationnelle.
— Oui, eh bien, maintenant, tu m’as blessé.
Brett le regarda alors d’un air sombre.
— Par Dieu, je passe une journée exemplaire. J’ai blessé les deux personnes au monde que j’aimerais le moins blesser, semble-t-il. Peut-être que si j’ai de la chance, je trouverai un ou deux chiots à botter sur le chemin du retour à Park.
Freddy fut à nouveau amusé malgré lui.
— Si j’ai de la chance, nous trouverons un ou deux chiots pour te botter.
 
 
Tard dans la nuit, dans son lit, Anne se retourna sur le côté droit, le mouvement saccadé de frustration. Elle se tournait et se retournait depuis des heures.
Sa mère avait su que quelque chose n’allait pas dès qu’elle avait franchi la porte cet après-midi-là, mais elle n’avait rien dit. Elle pouvait transmettre plus avec le silence que d’autres ne pouvaient le faire avec mille mots. Anne avait sauté le dîner et s’était couchée tôt. Elle ajouta la culpabilité de ne pas s’être confiée à sa mère à la liste des choses qui la tenaient éveillée.
Il était là. À ce moment, il dormait à Ashton Park. Elle pourrait se rendre à Park et se tenir sous sa fenêtre en ce moment même. Si elle savait dans laquelle des nombreuses chambres il avait été logé. Et que ferait-elle ? se demanda-t-elle avec un grognement auto dépréciateur tout en levant la tête et en frappant son oreiller. Elle se tiendrait sous sa fenêtre pour pleurer comme un veau malade d’amour ? Elle se remit sur le dos en donnant un coup de poing contre le matelas. Une vache ignorante, plus probablement . Anne arracha violemment l’oreiller de sous sa tête et s’en couvrit le visage. Elle l’avait frappé . De toutes ses forces, aussi maigres furent-elles. Et puis elle avait fui, comme une petite nigaude puérile.
Il était si incroyablement beau. Encore plus que dans son imagination, et elle l’avait imaginé d’innombrables fois. Mais dans ses rêves, il n’avait jamais été aussi beau qu’aujourd’hui. Des cheveux noirs épais et ondulés, un sourire diabolique accentué par une profonde fossette au menton, et des yeux sombres et séduisants. Et ces épaules ! Même avec sa boiterie, ses jambes étaient longues et bien musclées. Anne sentit plus que son visage s’échauffer. Elle s’était offerte à lui comme la plus basse des prostituées. Que devait-il penser d’elle ? Pas plus qu’elle ne le méritait certainement.
Comment avait-elle pu le frapper ? Il avait le droit de profiter de la compagnie de toute femme qui s’offrait à lui. Elle n’avait aucun droit sur lui. Il l’avait établi clairement cinq ans plus tôt lorsqu’il n’avait pas répondu à sa lettre l’invitant à venir ici. Quelle idiote elle avait été de lui proposer. Comme s’il n’avait nulle part où aller. Il était avec Freddy, après tout.
Penser à Freddy la mettait mal à l’aise. Sa réaction à son égard la rendait mal à l’aise. Il n’était plus ce garçon maladroit qui les suivait, elle et Bertie, comme un chiot errant, lorsqu’il réussissait à échapper à son tuteur et à sa mère. Il était maintenant duc dans toute sa splendeur, un grand et beau duc avec une masse de cheveux roux foncé. Et pourtant, il était toujours Freddy, toujours le gentil petit frère de Bertie, et ce lien l’attirait vers lui.
Elle ne pouvait pas s’empêcher de sourire à l’idée de ce cher Bertie. Comme il lui manquait ! Il avait été son meilleur ami. Tout le monde pensait qu’il était l’amour de sa vie, qu’elle n’avait jamais pris époux parce qu’elle l’aimait encore. La vérité, c’était qu’elle ne l’avait jamais aimé ainsi. Il avait été son meilleur ami. Ils avaient tout partagé, chaque secret. Ils avaient tout osé aussi, y compris le sexe. Quand elle était devenue curieuse, qui mieux que son meilleur ami pour satisfaire cette curiosité ? Mais ensuite, Bertie avait insisté sur le mariage, et elle n’avait pu le repousser que lorsqu’il était devenu évident qu’elle n’était pas enceinte. Elle avait toujours prévu de le lui dire après son retour de la péninsule. Mais elle n’en avait jamais eu l’occasion.
Et maintenant, le jeune Freddy, devenu le puissant duc, était là. Anne avait entendu des récits dans le voisinage, évidemment. Brett et lui étaient arrivés à Ashton on the Green quelques mois plus tôt. Mais elle avait cru que ces histoires étaient le résultat du titre de Freddy et du pouvoir et de l’influence qui l’accompagnaient. Elle voyait maintenant que ce n’était pas le cas. Il était aussi beau et imposant que tout le monde le prétendait. Même son amie Leah Westridge avait été charmée par les deux hommes, et à part le mari de Leah et leur ami M. Schillig, Leah n’aimait pas les hommes en général.
La pensée de Leah, de son mari et de M. Schillig, et de ce que tous trois étaient les uns pour les autres, réchauffa Anne une fois de plus. Elle retira l’oreiller de son visage en haletant, tandis qu’une image d’elle-même, de Brett et de Freddy, verrouillés dans une étreinte, lui traversait l’esprit. Bon Dieu ! À quoi pouvait-elle bien penser ? Brett ne lui adresserait même plus la parole, elle en était certaine. Et Freddy ? Il était duc maintenant. Même s’il s’était entiché d’elle dans sa jeunesse, il ne pouvait pas se permettre une liaison avec une femme comme Anne, une femme dont la réputation n’était pas irréprochable. Et elle avait plusieurs années de plus que lui. Il avait sûrement de belles filles dans la fleur de l’âge qui le poursuivaient, et pas seulement pour son titre.
Anne soupira et se retourna à nouveau. Elle devait accepter la vérité de la situation. Les deux hommes étaient hors de sa portée après les choix qu’elle avait faits après la mort de Bertie, après que Brett n’était jamais venu. Elle s’était sentie si seule. Elle se souvenait à peine de certains des hommes maintenant, des étrangers en visite ici ou de passage. Anne était assez honnête pour admettre qu’elle avait un certain charme et une silhouette plus que passable qui faisaient que les messieurs la remarquaient. Elle avait utilisé cela à son avantage à plusieurs reprises. Et il n’avait suffi que d’une seule rumeur sur une de ces rencontres pour ruiner sa réputation.
Anne bâilla. Oui, elle abandonnerait ses fantasmes de Brett et de Freddy. Elle avait reçu une offre de cour de la part d’un homme nouvellement arrivé dans la région, M. Gideon North. Elle serait bien avisée de se concentrer sur cette offre. Mais d’abord, elle irait à Ashton Park au matin et s’excuserait pour son comportement. Elle se rendrait à Park à une heure matinale indécente et laisserait un mot d’excuse. Elle n’avait même pas besoin de les voir, en vérité. Puis elle resterait ici, au cottage, jusqu’à ce qu’ils quittent Ashton Park. Ils ne resteraient sûrement pas longtemps. Freddy ne restait jamais longtemps.
 

 
Chapitre 2
 
 
 
5 Juin 1810
Ma très chère Anne,
J’ai échangé l’eau du vicaire contre du vin hier. Enfin, du gin en vérité. Le jeune M. Matthews a failli faire une apoplexie après avoir pris une bonne gorgée, et moi aussi, tellement je riais. Il s’est montré beau joueur, mais North m’a de nouveau mis en garde pour cela. Brett a simplement secoué la tête en frappant le pauvre M. Matthews dans le dos. Ensuite, il m’a fait promettre de ne plus faire de farces au vicaire, qui est un homme sérieux et bien intentionné, qui essaie seulement d’aider. M. Matthews me rappelle tellement votre père, jusqu’à sa nature indulgente.
Le vicaire Goode, Anne, me manque toujours, bien que cela fasse presque deux ans que lui et Père sont morts. Ces jours d’été où nous avions l’habitude, vous et moi, de courir toute la journée à travers la campagne comme les enfants indisciplinés que nous étions, pour ensuite retourner au presbytère le soir, chez vos parents et Père, me manquent. Nous prenions l’un des excellents repas de Mme Tilton, puis Père me ramenait à Ashton Park et à Reeves. Puis il retournait au presbytère et jouait aux échecs avec M. Goode jusqu’à l’aube, et je me faufilais à nouveau pour vous voir le lendemain.
Brett est en train de relire votre dernière lettre alors même que j’écris celle-ci. Il ne reçoit pas de courrier. Il était à Talavera, mais il ne veut pas en parler. Nous avons vu de l’action, mais je crains ma première grande bataille. Je ne pourrais le dire à personne d’autre que vous.
Jerome m’a dit dans sa dernière lettre que vous « aviez l’air plutôt bien ces jours-ci ». Vous devez m’attendre, Anne. Ne vous enfuyez pas avec un beau Capitaine de la Garde pendant que votre soldat se languit de vous ici, dans la chaleur d’un été portugais.
Brett vous envoie ses respects. Il dit que je ne vous mérite pas. Je pense qu’il a peut-être raison.
Votre Dévoué Serviteur,
Bertie
 
 
— Anne, ma chère, tu ne devineras jamais qui nous rend visite.
Anne se retourna au son de la voix de sa mère venant de la porte. Anne se tenait devant le buffet où elle s’était servi une tasse de thé faiblement infusé. Elle faillit lâcher la tasse quand elle vit qui se tenait derrière sa mère.
— Comment allez-vous, Mlle Goode ?
Le Duc d’Ashland esquissa une légère courbette, son sourire poli. Seul le scintillement de ses yeux lui rappelait le jeune Freddy qui l’avait regardée avec adoration quand ils étaient tous deux beaucoup plus jeunes. Le scintillement de ses yeux lui rappelait peut-être les jours passés, mais sa tenue à la mode et sa lèvre inférieure...

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents