Restless Ride
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Description

Afin de fuir un petit ami abusif, c’est à contrecœur qu’Aléna fait appel à son oncle qu’elle n’a pas vu depuis dix ans. Président des Dogs of Hell, un club de motards, ce dernier est prêt à tout pour rattraper le temps perdu et mettre sa nièce en sécurité. Quitte à lui imposer un de ses membres afin de veiller sur elle.



Bien décidée à ne plus se laisser dicter sa conduite par un homme, vivre avec un garde du corps aussi sexy qu’autoritaire, flanqué de toute une flopée de mecs en cuir, va pourtant s’avérer plus difficile que prévu pour Aléna.



Pour Bigger, le vice-président du club, cette mission de surveillance est un calvaire. Adieu la vie sans prise de tête et les filles faciles en libre-service. Bonjour le baby-sitting... et les emmerdes. Surtout quand l’objet de la mission se révèle être aussi canon que têtu. Habitué à prendre ce qu’il veut, quand il le veut, le statut intouchable d’Aléna va rendre leur cohabitation explosive.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 7
EAN13 9782492518072
Langue Français
Poids de l'ouvrage 7 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0052€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Ce livre numérique ne comporte pas de dispositif de cryptage limitant son utilisation, mais il est identifié par un tatouage permettant d’assurer sa traçabilité.


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Pour suivre Laïana Si :




Avertissement :
Certaines scènes ou des propos peuvent heurter la sensibilité des lecteurs, ce roman est destiné à un public adulte et averti.


Tout ça pour une putain d’enveloppe…


P ROLOGUE
Alena
Je sors de la chambre sur la pointe des pieds, en priant intérieurement pour que la dose de somnifères que j’ai écrasée dans son verre me laisse assez de temps pour m’enfuir. Pour enfin me tirer de cette merde.
Cette pièce a marqué le début de ma chute et la fin de mes illusions concernant l’amour. J’ai tout perdu cette fameuse nuit : ma dignité, mon amour propre, ma confiance envers le sexe masculin et ma liberté. Cette dernière, je compte bien la récupérer dès ce soir.
Je fais un détour par la salle de bain pour m’habiller. J’enfile mes vêtements, attache mes cheveux et les planque sous un bonnet. Il ne faut pas que l’on me reconnaisse. C’est ma seule chance pour me barrer, je ne dois pas la gâcher en me faisant bêtement repérer. Je m’agenouille sous le meuble du lavabo, pousse tous les produits ménagers qui s’y trouvent, et attrape le sac qui y est caché. Il contient de quoi tenir les quelques jours de trajet en bus jusqu’ à ma destination : de la nourriture, deux tenues de rechange, un nécessaire de toilette, du fric et un couteau que j ’ai piqué dans ses affaires. On n’est jamais trop prudent.
Je suis obligée de repasser par la chambre pour sortir de cet appartement de malheur. Je longe le mur en tremblant, de peur qu’il se réveille. Un coup d’œil vers le lit m’indique que les cachets font effet. Son corps nu est étalé sur les draps. Sa tête retombe sur le côté, ses yeux sont clos, sa respiration lente et je crois même voir un léger filet de bave couler le long de ses lèvres. J’entrouvre la porte en silence et me faufile dans l’embrasure. Je traverse le salon, enfile mes baskets et, avant de sortir, je jette un œil sur le lieu qui a été témoin de ma déchéance pendant deux ans. Des images m’assaillent. Je les repousse au fin fond de mon esprit, bien décidée à tirer un trait sur ces événements . À oublier, pour me reconstruire. Il m’a manipulée, m’a utilisée, mais dès à présent je ne lui laisse plus ce pouvoir. Je reprends ma vie en main, peu importe le prix à payer, je suis prête. Je pars sans me retourner et dévale les marches de l’escalier qui me mènent, je l’espère, vers ma liberté.
Une heure plus tard, dans le bus, je sors mon téléphone et compose un numéro, le dernier, avant de me débarrasser de mon portable. Je ne veux en aucun cas lui laisser la possibilité de me retrouver. De toute façon, à part lui, qui pourrait bien chercher à me contacter ? Je ne manquerai à personne. Il s’en est assuré.
La tonalité qui résonne à mon oreille m’apprend que le numéro est toujours actif, je soupire de soulagement ou de désolation, je ne sais plus très bien. Mon père se retournerait dans sa tombe s’il savait ce que je m’apprête à faire. Mais quand on essaie d’ échapper à un monstre, autant faire appel à quelqu ’un capable de rivaliser en cruauté.


C HAPITRE 1
Bigger
Je claque la porte et sors du QG 1 , à cran. J’ai besoin de m’en griller une pour me détendre et éviter de faire une connerie. Il faut dire que le sujet de la messe 2 de ce matin a de quoi me faire péter une durite. Ces connards de flics ont fait une descente dans notre club de striptease. Ces débiles pensaient nous coincer pour proxénétisme, sauf qu’il n’y a rien de plus légal que le « Sweet » !
Enfin, en apparence. Mais ça, les poulets ne sont pas près de le découvrir. La plupart du temps, ils nous foutent la paix, grâce aux pots de vins généreux qu’on file au Shérif et au maire. Mais parfois, un agent un peu trop zélé tente de nous gauler en flagrant délit pour pouvoir nous coffrer.
C’est ce qu’il s’est passé hier soir. Un nouvel agent, flanqué de deux autres, a fait une entrée fracassante dans notre boîte. Voyant qu’il n’y avait rien de suspect à part des nanas se trémoussant à poil sur scène, ils ont essayé de fouiller les lieux. Mac, le gérant, les a gentiment coupés dans leur élan, en leur spécifiant que sans mandat ils pouvaient soit repartir, soit profiter du spectacle. Le nouveau n’a pas apprécié de se faire remettre à sa place par un biker. Et pour se venger, ces abrutis de flicailles ont joué les gros bras en faisant flipper les filles et fuir la moitié des clients. Résultat : un paquet de fric en moins pour le club ! Et une envie de casser des dents qu’il faut refréner.
Je m’appuie contre le mur du bâtiment, coince une clope au bord de mes lèvres, embrase le bout et inspire une longue bouffée. L’effet est immédiat. La nicotine et le coup d’ œil que je jette à ma bécane, garée dans la cour, ont le don de m ’apaiser. Mon bijou détonne au milieu des motos de mes frangins. Ma Harley Roadster, avec son allure sportive et sa couleur rouge sombre, se remarque tout de suite. C’est ce que j’aime avec ce modèle, la sobriété de son design et les matériaux bruts qui le composent. En laissant traîner mon regard sur la rue, je bloque sur un putain d’avion de chasse ! Une petite brune me tourne le dos et observe l’immeuble d’en face. D’ épaisses boucles noires retombent en cascades sur ses épaules. Mes yeux descendent le long de son corps et je remarque tout de suite ses courbes de malade. Je sens ma queue gonfler dans mon jean quand j ’avise ses fringues. Un pantalon de cuir qui la moule à la perfection et un putain de dos nu qui laisse apparaître une fée clochette version trash, tatouée entres ses omoplates. Je n’ai pas le temps de voir ce que promet l’avant de la carlingue qu’elle s’engouffre dans l’immeuble en face du QG.
Je balance ma clope et commence à me diriger vers le nouvel objet de mes fantasmes, lorsque j’entends Lighter gueuler.
— Biggy, ramène-toi ! Le prés’ veut t’parler !
Je souffle, fais demi-tour et rentre dans le club en bousculant le prospect 3 d’un coup d’ épaule.
— Mauvais timing, mon pote, le menacé-je, un sourire au bord des lèvres.
Mon meilleur ami me regarde, pas du tout impressionné par mon ton bourru.
— J’y peux rien, Big’, j’fais ce qu’on m’demande. Le prés’ ordonne, j’exécute.
— Je sais, mon frère, je sais ! Tiens, rends-moi service, tu vois la porte de l’immeuble d’en face ?
Il hoche la tête en signe d’approbation.
— Eh ben, tu te cales à côté, tu bouges pas et tu surveilles ! Si tu vois une brunette gaulée comme la mort avec un tatouage de fée dans le dos en sortir, tu te démerdes pour choper son prénom et son numéro !
Je ne lui laisse pas le temps de répondre et m’engouffre dans le club en direction du bar. Je me penche par-dessus le comptoir et me sers un verre de scotch, avant de me diriger vers l’Église 4 pour voir ce que me veut le président.
Je pousse la lourde porte gravée des initiales du MC : DoH, pour Dogs of Hell 5 . Je souris à ce que ce nom et le cerbère enflammé, imprimés à l’arrière de nos blousons, provoquent dans le coin : trouille bleue, envie ou respect, au choix. J’avise la pièce avant d’y entrer et remarque que mon président est toujours assis à sa place, autour de la grande table. Il pianote sur son téléphone. Je rentre dans la salle, ferme la porte et je m’installe en face de Fire. Il doit ce surnom aux marques de brûlures qui lui bouffent la moitié du visage ; souvenirs d’un incendie où il a perdu toute sa famille. Si on y ajoute sa carrure de videur, ses yeux bleus aussi translucides que de la glace, et son perpétuel air renfrogné, il en fait flipper plus d’un. Ce qui a le mérite de faire de lui un président craint et respecté.
— Assieds-toi, fils, m’interpelle-t-il, en posant son téléphone. Faut qu’on cause.
Je m’exécute en sachant déjà que ça va être sérieux. Quand il m’appelle fils, ce n’est généralement pas bon signe. D’autant plus qu’il a l’air soucieux. Ses yeux ne cessent de revenir vers l’ écran de son portable.
— J’ai une mission pour toi, dit-il en s’allumant une clope. Ma nièce débarque dans le coin et elle a besoin de notre protection.
Je tique, je ne savais pas qu’il avait une nièce. Je n’ai pas le souvenir qu’il ait ne serait-ce que mentionné un quelconque membre de sa famille encore en vie. Il ne semble pas remarquer mon air interrogateur puisqu’il continue sans me prêter attention, toujours occupé à zieuter son téléphone.
— Ouais, elle a besoin d’un endroit où se planquer, mais cette petite est aussi têtue que l’ était mon frangin. Elle n ’accepte pas de crécher au club et que je lui file du blé. Elle veut se trouver un boulot et un appartement.
— Et depuis quand tu te laisses emmerder par une gamine ? je lui demande en souriant. Ça ne te ressemble pas !
Il lève enfin ses yeux vers moi et me balance, énervé :
— Depuis que c’est la seule famille qu’il me reste et qu’elle a toujours refusé de me parler. Jusqu’aujourd’hui. Alors au lieu de faire le malin, tu vas plutôt lui serrer au cul pour qu’il ne lui arrive rien !
Quoi ? Il se fout de moi, là. Je me lève, agacé.
— Fire ! Tu déconnes, j’espère ? J ’ai la gueule d’un mec qui fait du baby-sitting ? Y’a des affaires plus urgentes à régler, putain !
Son regard se verrouille au mien, glaçant.
— C’est un ordre, Bigger ! braille-t-il.
Je souffle, exaspéré, et m’allume une sèche à mon tour. J’inhale profondément et recrache la fumée en de longues volutes pour tenter de retrouver mon calme. Je me rassieds, et il reprend sur un ton plus doux.
— Écoute, je sais que c’est pas idéal, mais t’es le seul à qui je peux demander ça et en qui j’ai une totale confiance.
Il me regarde intensément et ajoute :
— Noah, t’es comme mon fils et cette petite, c’est ma famille, elle est dans la merde et on ne laisse pas sa famille dans la merde.
Comment suis-je censé refuser quand il appuie sur la corde sensible ? Fire, ça fait dix piges qu’on roule ensemble, j’ étais encore qu ’un gamin quand il m’a rencontré et, depuis, je lui suis loyal. Il m’a sorti de la rue et des emmerdes pour m’offrir un foyer et une vraie vie. J’opine de la tête et réponds d’un air blasé :
— Ouais, OK, je marche. Dis-moi en quoi consiste le boulot ?

QG : nom qui peut à la fois faire référence au Motorcycle Club (MC) ou au lieu de réunion et de vie du groupe de bikers.
Messe : nom qui désigne les réunions que tiennent les bikers afin de discuter de différents sujets concernant le MC.
Prospect : un apprenti qui n’est pas encore un membre à part entière du MC. Il s’occupe généralement des tâches ingrates et doit obéir aux autres.
Église : pièce dans laquelle les messes ont lieu.
Dogs of Hell : « Les Chiens de l’Enfer », en langue anglaise.


C HAPITRE 2
Bigger
Je rentre chez moi, après mon entrevue avec Fire. De ce qu’il m’a dit, sa nièce se retrouve chez nous pour fuir un ex qui lui rendait la vie dure. Il n’est pas allé dans les détails, mais il a bien insisté sur le fait que si ce type la récupère et lui fait du mal, je serai tenu pour responsable. Le pied ! Je me retrouve à devoir gérer une meuf, dont je ne sais quasi rien, et qui en plus va à coup sûr être source d’emmerdes. Surtout qu’elle refuse d’en dire plus à mon président à propos de ce fameux mec.
Jouer les gardes du corps ne me pose pas de problème en soi. Je l’ai déjà fait quelques fois pour des grands pontes de la ville, quand ils ont eu besoin de régler des affaires plus ou moins claires. Cela nous assure le soutien de personnes influentes et la garantie que les business du club fonctionnent sans soucis. Mais le faire pour une nénette ingrate, qui se souvient de son oncle uniquement parce qu’elle a besoin de lui pour se sauver les miches, ouais, ça me casse les couilles !
Mon job est simple, pourtant.
Petit un : l’escorter de chez elle au Sweet, où le prés’ lui a filé un poste de serveuse.
Petit deux : rester le temps de son service.
Petit trois : mettre en place un système de surveillance à sa porte d’entrée, qu’on puisse voir s’il se trame un truc louche.
Ah oui, option bonus, et le meilleur pour la fin : me tenir à disposition de la mioche pour tout et n’importe quoi, sous peine de « me prendre une balle dans le cul si elle fout un pied dehors sans surveillance », dixit Fire. De son côté, mon président va faire les recherches nécessaires pour mettre la main sur le connard qui menace sa princesse retrouvée.
Comme elle ne commence son service que la nuit du lendemain, ça me laisse ma soirée et la journée suivante pour décompresser et m’organiser avec les gars.
Deux heures plus tard, après une douche et une petite sieste bien méritée, je me gare sur le parking du Sweet. C’est un hangar qui ne paye pas de mine, vu de l’extérieur. Seuls le nom du club, écrit en néon rose, et la silhouette d’une meuf tournant autour d’une barre peinte sur le mur donnent une indication de ce qu’on trouve à l’intérieur.
Officiellement, c’est une boîte de striptease super select où il faut casquer pour mater. Le fait de payer un droit d’entrée, qui n’est déjà pas donné, nous assure une clientèle sérieuse et fiable. Nos shows sont de qualité, ce qui justifie cette sélection. D’ailleurs, il n’y a rien de plus légal que le Sweet, mais ça, ce n’est que la partie visible de l’iceberg.
Pour certains de nos clients les plus riches, les salons de danses privées donnent sur une chambre, où tous les plaisirs de la chair sont possibles, moyennant finance. Ces gros dégueulasses sont prêts à lâcher une bonne liasse de biffetons pour assouvir les fantasmes que leurs épouses leur refusent. Mais attention, nos filles sont toutes consentantes ; pas question de forcer qui que ce soit. Elles sont même contentes de bosser pour nous, plutôt que de se trouver dans la rue à la merci d’un mac sans scrupule. On a beau être des connards sans cœur, on a nos codes. Et maltraiter les meufs n’en fait pas partie. On leur propose un pourcentage plus que correct sur les extras et elles peuvent garder les pourboires que génèrent leurs danses. Toutes les chambres sont ultra surveillées et elles sont conscientes que leur sécurité physique est garantie entre nos murs. D’ailleurs, aucun client ne cherche la merde. Savoir à qui appartient le Sweet suffit à les mettre en garde.
Je pousse les lourdes portes en acier et les basses assourdissantes de la musique résonnent instantanément à mes oreilles. Je salue la nana qui gère l’entrée puis me dirige au cœur de la débauche.
J’arrive en bas des escaliers et parcours la salle d’un regard. Sur ma droite, un bar s’ étend sur toute la longueur du mur. Au milieu de la pièce, trois scènes surélevées, reliées par une plate-forme qui rejoint les coulisses, se démarquent. Tout autour sont disposés tables basses en bois sombre et fauteuils cosy en cuir rouge, qui permettent aux clients d ’admirer le show. Les murs sont recouverts de velours écarlate et d’appliques qui diffusent une lumière tamisée. L’ensemble crée une atmosphère intime et luxueuse.
Sur la scène centrale, une nana ondule lascivement au rythme de Pony, de Ginuwine, jouant de son corps à peine couvert contre la barre.
En tout, on embauche six filles : une qui fait office de tenancière, une serveuse, et quatre danseuses qui, en plus d’ être hyper sexy, sont de vraies pros de la pole dance. Je reconnais celle qui fait le show et lui fais un clin d’œil quand son regard croise le mien.
J’avance jusqu’au bar pour me poser et profiter de la danse quelques minutes. Derrière celui-ci, une jolie brune, très peu vêtue, ondule des hanches vers moi.
— Salut, Big’, m’accueille la serveuse. Qu’est-ce qui te ferait plaisir ?
Son ton est chaud et suave, je capte très bien son sous-entendu, mais décide de ne pas y prêter attention. Enfin, pas tout de suite.
— Comme d’habitude, Sanaa, merci. C’est toi qui es de corvée de bar, ce soir ?
— Ouais…, soupire-t-elle. Mac nous y a collées un soir chacune depuis le départ d’Aurore. Mais il nous a dit qu’une nouvelle fille commençait demain. On va pouvoir enfin se consacrer aux choses sérieuses.
Elle ponctue sa phrase d’un regard plus qu’ équivoque et se penche par-dessus le comptoir pour me filer mon verre, m ’offrant au passage une vision plus qu’agréable sur ses seins, très à l’ étroit dans son top. Cette fois, la perche est trop grande pour que je ne la saisisse pas.
— Tu finis à quelle heure, ma belle ? lui demandé-je en approchant mon visage de son cou.
— Dans trois heures, souffle-t-elle.
— OK, poupée, je serai dans le bureau de Mac, viens me chercher avant de partir, je m’occuperai de ton p’tit cul.
Je termine en claquant un baiser juste sous son oreille, ce qui la fait frissonner. J’avale mon verre cul sec et m’ éloigne pour rejoindre mon pote.
Sanaa et moi, on se voit quelques fois pour prendre du bon temps ensemble. J’aime me taper une pute à l’occasion, et alors ? On s’entend bien au pieu et en dehors, et c’est un bon coup. De son côté, elle m’a confié que baiser sans échange de fric et avec un mec pour qui elle n’a pas besoin de simuler, ça la change de ses passes habituelles. Et moi ? Me taper une pro du cul, sans débourser un centime, ni perdre du temps en drague, j’y trouve mon compte aussi. En plus de ça, elle est canon : d’origine maghrébine, c’est une beauté brune aux yeux noisette, un visage de poupée, mince avec des formes là où il faut… Retouchées, les formes, mais on s’en fout, elle me plaît et pas besoin de fausses promesses ou de romantisme pour me vider les couilles.
Rien que le fait de penser à la nuit débridée qui m’attend, j’ai la queue qui s’agite. Allez, Bigger, dans trois heures, tu pourras t’ éclater, pour le moment : au boulot !
Je passe la porte juste à côté du bar et m’engouffre dans un couloir sombre, au fond duquel se trouve le bureau de Mac. C’est le geek du club, un vrai génie des technologies et de l’informatique. Il a de l’or au bout des doigts. Dès qu’il s’agit de hacker, retrouver des gens ou mettre en place des filatures, c’est lui qui s’en occupe et il adore ça. Il doit d’ailleurs son surnom à la célèbre marque à la pomme, et on a trouvé ça drôle de le charger de la gestion du Sweet. Cela colle parfaitement à son rôle ici.
Je frappe deux coups et ouvre la porte en râlant.
— Mac, t’as trois heures pour me rencarder sur la nièce de Fire. Dès que Sanaa se pointe, mec, je me tire !
Il fait tourner le fauteuil sur lequel il est assis pour me faire face. Grand blond aux cheveux bouclés, il a tout du gendre idéal. Sauf niveau look. Comme nous tous, c’est jean, t-shirt et blouson de cuir aux couleurs du club. Il me regarde de bas en haut, puis hausse un sourcil en souriant :
— Pour moi, c’est OK. Par contre, dis à ta bite de se calmer. J’suis pas sûr que tu piges tout, si ce qui te sert à irriguer le cerveau reste coincé en bas ! se moque-t-il.
— Va chier ! l’insulté-je en me rajustant. Rien qu’en voyant ta tronche de si près, j’ai déjà plus qu’une semi-molle.
Il pivote encore et pianote sur le clavier devant lui. Le bureau de Mac ressemble à une salle de contrôle. Écrans, ordinateurs et tout un tas de trucs électroniques qui me dépassent.
— C’est pas l’avis de tout le monde, ici, demande à ta Sanaa comment elle la trouve ma gueule, ricane-t-il.
— Ouais, ouais, t’es canon, mon chou, mais c’est pas ce qui nous préoccupe aujourd’hui. Et c’est pas ma Sanaa, ajouté-je en le bousculant.
Je m’installe sur le fauteuil à côté du sien et jette un œil aux différents écrans qui nous renvoient les images de tout le club : l’entrée, le bar, la salle, les trois salons privés et leurs chambres attenantes. On a une vue sur tout ce qu’il se passe. Comme ça, en cas de pépin, Mac ou Whitey, notre frère qui fait la sécu, peuvent intervenir rapidement.
— C’est plutôt calme ce soir, constaté-je en faisant un bref tour des vidéos de surveillance.
L’entrée est vide, deux mecs sont au bar à siroter leurs verres, les yeux rivés sur la scène. Les fauteuils de la salle sont pour la plupart inoccupés et trois hommes agitent des billets sous le nez de la danseuse pour la faire approcher.
— Ouais, quelques danses privées de réservées, mais rien de bien folichon.
J’acquiesce de la tête. La vidéo du second salon nous montre une lap dance des plus sexy, mais les chambres resteront vides ce soir.
C’est vrai que les débuts de semaine sont plutôt calmes. C’est du vendredi au dimanche, jours où les clients peuvent faire un peu plus que mater, que la surveillance est décuplée. Surtout dans les chambres où les filles font leurs passes, les caméras y restent allumées en permanence.
— Alors, on s’y met, mon grand ? me demande-t-il.
— Allez, déballe-moi tout !
Deux heures trente plus tard, on a fait le tour du nouvel objet de mes tourments : Alena Dane, vingt-quatre ans, nièce en fuite de mon président et ami.
Mes journées seront rythmées selon l’emploi du temps de mademoiselle. Si elle ne me fait pas chier toutes les cinq minutes avec des conneries, je serai plutôt libre de vaquer à mes occupations habituelles. Mac a installé tout un système de caméras et de micros à l’entrée de l’immeuble et devant sa porte. Nous garderons les enregistrements pour être sûrs que tout roule. En fin de journée, j’irai chercher la princesse pour la conduire au Sweet. Je devrai y rester jusqu’ à la fin de son service et la ramener chez elle. Fire en a discuté avec elle ; « l’ état d ’urgence » – comme elle l’appelle – prendra fin dans dix semaines, si on n’a aucun signe de son ex d’ici là. Ou plus tôt, si on lui met la main dessus.
Nous avons terminé depuis dix minutes, et mon frangin m’explique le type de matériel qu’il a utilisé pour sécuriser l’appartement de la gamine. Je ne l’ écoute qu ’ à moitié, attendant le moment où il va me parler d ’elle. Pour être honnête, j’aimerais bien savoir à quelle sorte de nana je vais avoir affaire avant de m’embarquer là-dedans. Je m’apprête à l’interroger sur ce point, mais je n’ai pas le temps de commencer ma phrase, qu’on frappe doucement à la porte. C’est certainement Sanaa. Je me lève pendant que Mac se fout de ma gueule.
— Amusez-vous bien, p’tit Biggy et toi !
— Ouais, t’inquiètes pas pour nous ! Continue de te rincer l’œil, mais évite les chambres, si tu veux pas voir les deux Big’ à l’œuvre.
Je sors du bureau et referme la porte sur les éclats de rire de mon frangin. La belle métisse me regarde et attend que je fasse un pas vers elle. Son corps de déesse est moulé dans un pantalon de cuir et un top beaucoup trop petit pour sa poitrine généreuse. Ses cheveux sont retenus par une queue de cheval haute. Je me lèche les lèvres d’envie et ne laisse pas le temps à Sanaa de parler. Je la plaque contre le mur d’ à côté et l ’embrasse. Collant mon bassin contre le sien, j’approfondis mon baiser et tire sur sa crinière pour qu’elle penche la tête en arrière. Elle gémit et s’agrippe à ma nuque. Je plonge dans son cou et prends la direction de ses seins.
— Bigger, pas ici…
Sa voix est faible et haletante, elle est excitée, je le sens.
— Quoi, ma belle ? Me dis pas que ça te dérange de démarrer les festivités dans le couloir avant de rejoindre une chambre ? C’est pas comme si t’ étais du genre timide.
J’accentue mes dires en passant la langue sur la vallée entre ses seins, largement dévoilée par son décolleté. Je souris en la sentant se détendre et ma main prend la direction de son pantalon de cuir. Je détache le bouton et baisse la fermeture avant de glisser ma paume contre sa peau et le long de sa chatte humide.
— Putain, je jure ! On dirait que t’es déjà prête, poupée.
Je commence à la toucher lentement, en pressant adroitement mon pouce sur son clitoris, et elle gémit plus fort, en réponse à mes caresses. J’ écarte un peu plus son cuir pour que mes doigts puissent se joindre à la partie avant de la pénétrer de deux d ’entre eux. Sanaa se cambre en me tirant les cheveux. J’accélère la cadence quand sa main se glisse dans mon fut et saisit ma queue. Elle la serre, passe son pouce sur mon gland, et entame un va-et-vient calé sur le rythme de mes doigts en elle. Putain, elle est douée. Je sens ma bite prendre du volume contre sa paume.
Haletant tous les deux, je l’embrasse plus durement en intensifiant les mouvements de ma main. Elle fait de même et je grogne. J’entends alors Mac beugler :
— Putain, Bigger, vous me déconcentrez avec vos cris d’animaux ! J’ai désactivé la cam’ de la une, barrez-vous d’ici, y’en a qui bossent, merde !
Sanaa et moi échangeons un regard puis j’explose de rire.
— Allez, ma belle, on va aller s’ éclater dans un plumard, vu que monsieur rabat-joie a décidé de nous gâcher le plaisir.
Nous remettons de l’ordre dans nos tenues et je la tire derrière moi, en direction de la chambre. Vu le pied que j’ai pris en à peine cinq minutes et une petite branlette, la nuit promet d’ être torride.
Je viens de découvrir un point positif à ma garde forcée : je vais passer un bon nombre de soirées ici. Sûr que je trouverai de quoi tuer le temps.


C HAPITRE 3
Alena
Quatre jours, quatre putains de longs jours, depuis que j’ai passé cet appel à mon oncle. Je pensais que m’enfuir m’offrirait un sentiment de liberté salvateur.
Essaie encore, Alena !
Libre, je le suis plus qu’avant, c’est clair. Sauf que, pour ma protection, je suis soumise à une surveillance accrue de la part de mon oncle et de sa bande de dégénérés en cuir. Lui qui, des années en arrière, n’en avait rien à foutre de moi, a visiblement décidé de rattraper le temps perdu.
Bon, OK, c’est moi qui lui ai demandé de l’aide, mais, lors de mon appel, je voulais juste savoir si je pouvais rester dans le coin, le temps que ça se tasse avec Eric. Si j’avais su qu’il déclencherait l’ état d ’urgence, je me serais débrouillée toute seule.
Cela fait douze ans que nous n’avons eu aucun contact. Depuis les semaines qui ont suivi l’accident responsable de la mort de tout le monde, on ne s’est ni vus ni adressé la parole. La façon dont on s’est quittés n’ était pas des plus glorieuses, et j ’ai encore un mal de chien quand je repense au fait qu’il a préféré son foutu club de motards à sa famille. Enfin, à ce qu’il en restait, c’est-à-dire : moi.
Au moment de l’accident, il faisait partie du chapitre mère d’un club de motards, non loin de la maison. Les Dogs of Hell. Je n’ai su qu’il quittait l’État, pour diriger son propre chapitre, que deux ans plus tard, grâce à une lettre. Il y avait ajouté un bon paquet de fric et son numéro de téléphone. Je m’ étais pourtant juré de ne jamais l ’utiliser. Et me voilà aujourd’hui, le cul posé sur le canapé d’un appartement qui lui appartient. Attendant patiemment que les heures tournent, pour aller bosser dans sa boîte et reprendre un semblant de vie normale. Ah oui, et tout ça sous l’escorte de son bras droit. Le vice-président, dont je ne sais rien, à part qu’il est responsable de ma sécurité, le temps de voir si Eric se pointera ici ou non.
Je n’ai raconté les faits à mon oncle que dans les grandes lignes, à savoir que j’ étais engluée dans une relation toxique avec un homme plutôt compliqué. Il n ’a pas besoin de connaître la vérité sordide sur mon histoire. Quoique, ça lui ferait du bien de se rendre compte des conséquences de sa fuite. Oui, mais voilà, j’ai ma fierté et avoir fait appel à lui pour me protéger est déjà beaucoup.
Lawrence, ou plutôt Fire, comme il se fait surnommer, passe me voir tous les jours depuis que j’ai quitté l’hôtel dans lequel je me suis réfugiée, la nuit de mon arrivée. Il m’a d’abord proposé de me filer une chambre, au QG des Dogs of Hell, ainsi que le fric dont je pourrais avoir besoin, le temps de me trouver un petit boulot. Mais il était hors de question pour moi de vivre à ses crochets et être totalement dépendante. Du coup, je me retrouve dans un meublé, en face dudit QG. Ce qui lui permet de se pointer à tout moment, afin de vérifier si tout va bien, si je ne manque de rien…
Comme si je pouvais être mal dans cet appartement. C’est un deux-pièces hyper moderne, avec un grand salon, au centre duquel trône un confortable canapé en cuir noir, une table basse et une installation home cinéma, tellement énorme et performante que j’ai fait un bond de quinze mètres en regardant Conjuring , la nuit dernière. La cuisine américaine n’est pas en reste avec tous ses équipements. Je me croirais dans Top Chef chaque fois que je l’utilise. J’ai aussi le luxe d’avoir une chambre, qui donne sur un dressing et une salle de bain avec douche à l’italienne. Je n’ai clairement pas à me plaindre, j’ai tout le confort nécessaire. Et je ne crains absolument rien, car, en plus du digicode qui restreint l’accès à l’immeuble, je bénéficie d’une caméra et d’un micro sur le palier de ma porte. Oncle Law’ ne lésine pas sur les moyens ! Vu l’ état actuel de nos relations, je ne sais pas quoi penser de tout cela. Enfin, si, je suis surtout agacée par toutes ces sollicitudes, mais je ronge mon frein, c ’est tout de même mieux que d’ être à la rue.
Après avoir passé la journée en pyjama, à regarder des programmes plus débiles les uns que les autres sur le câble, il est temps que je me prépare pour ce soir. L’heure d’arrivée de ma garde privée approchant, il faut que je me speed.
Je file dans la salle de bain pour profiter de la douche et de ses multiples jets de massage. Je m’enroule ensuite dans une serviette moelleuse et commence à me maquiller. Je parfais mon teint et cache les énormes valises sous mes yeux à grands coups d’anticernes. Puis je mets en valeur mes yeux bleus avec un trait d’eyeliner et une bonne dose de mascara. Je souris en voyant la tronche que je fais pour l’appliquer : bouche et yeux grands ouverts, j’ai l’air débile.
Je noue ensuite mes boucles brunes en un chignon flou et termine le tout par un rouge à lèvres pourpre. L’ensemble me donne un look pin-up qui me va plutôt bien.
Direction le dressing. M’ étant enfuie avec peu de fringues, j ’ai dû faire du shopping pour garnir ma garde-robe. Et il m’a fallu négocier sévère avec mon oncle pour pouvoir y aller seule. Il m’a offert un nouveau portable, vu que le mien a fini écrasé par une bagnole, et j’ai dû répondre à au moins cinq appels pour lui assurer que je n’avais pas péri entre deux essayages.
J’opte pour une tenue assez pratique pour bosser derrière un bar, mais qui reste sexy, étant donné que ledit bar se trouve être celui d’un club de striptease. J’enfile donc un short en jean usé et très court, ainsi qu’une chemise noire, nouée à la taille et dont les premiers boutons ouverts laissent apparaître la dentelle de mon soutien-gorge. C’est limite vulgaire, mais je serai toujours plus habillée que mes futures collègues.
Je suis en pleine interrogation sur quelle paire de pompes choisir quand j’entends sonner à la porte. Je gueule un « j’arrive ! » et opte pour des boots à talons que je chausse sur mon chemin vers l ’entrée. À peine arrivée au salon, je me cogne contre un torse dur et affublé d’un cuir.
— Putain ! pesté-je en me frictionnant la tête.
— Doucement, chérie, me répond une voix grave dans laquelle je décèle une pointe d’amusement.
Je relève la tête en me frottant le front et là, court-circuit !
D’abord, il est grand, très grand, il ne doit pas être loin des deux mètres. Il est aussi assez baraqué, large d’ épaules, et sa carrure ressemble plus à celle d ’un sportif que d’un caïd.
Ensuite, il est beau, très beau : brun, avec une mèche plus longue sur le dessus du crâne et qui a sûrement été décoiffée par un casque de moto ; une barbe courte qui lui donne un air viril et qui cache un sourire en coin. Et un regard bleu gris qui m’examine.
— Pourquoi ta porte n’ était pas verrouillée, gamine ?
Mais pour qui se prend-il, le beau gosse, mon père ? Et puis, « gamine » ?
Sérieusement ? Je le toise, agacée.
— Parce que j’allais descendre. Et tu n’es pas au courant que lorsqu’on frappe à une porte, la politesse, c’est d’attendre qu’on vienne nous ouvrir ? Pas de rentrer chez les gens pour les assommer !
— Si t’avais fermé ta porte à cl é , je serais resté dehors jusqu’à ce que tu m’ouvres. Et, dans ta situation, ce serait mieux de ne pas laisser ce genre de choses se reproduire, me répond-il d’un air hautain.
— Ma situation ? Ça veut dire quoi, ça ?
— Ça veut dire, gamine, que quand on vient se planquer dans les pattes de son tonton, on fait en sorte de ne pas faciliter la tâche aux vilaines personnes qu ’on fuit. Ni de faire perdre leur temps à ceux qui nous aident. T’es prête, on bouge ?
Je n’ai même pas l’occasion de lui répondre d’aller se faire foutre, qu’il se barre sur le palier. OK, ce mec pue le cul, mais c’est un gros con ! Ça promet !
Je le suis sans rien dire. Il est plus intelligent que je me taise et prenne sur moi, plutôt que de lui foncer dedans. Même si j’ai décidé de ne plus me laisser marcher sur les pieds, rentrer en conflit direct avec ce mec n’est pas une bonne idée. On va passer pas mal de temps ensemble, alors autant que tout se déroule dans le calme. En arrivant dehors, je suis surprise de le voir s’engouffrer dans un pick-up. Une fois de plus, je ne dis rien, m’estimant heureuse de ne pas avoir à me coller contre son corps sur une moto. Je monte à mon tour et la musique rock qui joue à plein volume me fait sourire. Il ne veut pas parler, le message est passé et cela me convient également.
Après un court trajet en voiture, il se gare sur le parking du club. Sur la devanture, l’enseigne du « Sweet » est illuminée en rose. L ’extérieur est sobre, mais annonce clairement la couleur : ici, la femme est source de tous les fantasmes.
Le géant qui m’escorte s’arrête devant l’entrée et sort une clope.
— Je peux en avoir une ? demandé-je.
— Ton oncle sait que tu fumes, gamine ?
Je sais qu’il vaudrait mieux que je la ferme, mais ça me démange de le remettre à sa place. Je lui pique son paquet, en tire une cigarette, et le regarde dans les yeux :
— Mon oncle, depuis douze ans, ne sait plus grand-chose de ma vie, alors que je fume, je pense qu’il s’en tape. Et pour info, je m’appelle Alena, pas gamine ! Je ne t’appelle pas Hagrid 6 , moi !
Il n’a pas du tout l’air impressionné par ma tirade. En même temps, il est tellement grand que je dois avoir l’air ridicule à me dévisser la tête pour le regarder en face.
— Je connais ton prénom, gamine, mais je m’en tape. Et j’ai pas la moindre idée de qui c’est, ton Hagrid. Par contre, si tu ne veux pas de problème, appelle-moi Bigger ou Big’.
Je pouffe en l’entendant me donner son nom de route.
— T’es sérieux ? Bigger ? Hagrid, ce n ’est pas si mal ! Pour info, c’est le nom d’un géant dans une série de bouquins, ça te va bien. Rapport à ta taille, quoi !
— Eh ben, tu vois, c’est justement pour ça qu’on m’appelle Bigger, car tout est géant chez moi.
Il me balance sa réplique clichée en se marrant, puis continue :
— Allez, finis ta clope qu’on rentre. Tu dois te les cailler, fringuée comme ça, gamine.
Putain, ces « gamine » à tout va commencent à m ’agacer. Je tente le tout pour le tout et joue cartes sur table.
— Ça va être comme ça, nous deux ?
Il hausse un sourcil et je poursuis :
— Tu vas me donner des ordres à chaque phrase et m’appeler gamine ? Non, parce que, clairement, on obéît tous les deux à Fire, alors autant que ces dix semaines se passent dans le calme, pas vrai ?
Il hoche la tête, se rapproche de moi lentement. Sa voix est douce, mais légèrement menaçante, lorsqu’il me répond :
— T’as raison, gamine, on n’a pas choisi d’ être collés ensemble. Mais, que ça soit clair, c’est pas parce que t’es la nièce du prés’ que je vais activer le mode bisounours et te traiter en princesse. C’est toi qui as besoin d’aide et, malheureusement, ton oncle m’a désigné comme garde du corps, mais mon job s’arrête là. Je n’ai pas l’intention de devenir ta meilleure amie pour la vie, ou je ne sais quelle connerie. Alors, me fais pas chier et tout ira pour le mieux.
J’écoute sa réponse, médusée. La colère monte lentement en moi, pas question que ce gros débile pense avoir le dessus. Je me rapproche du géant et lui expose ma façon de penser, au diable mes résolutions de paix prises un peu plus tôt !
— J’ai compris, ça te fait chier d’ être coincé avec moi, mais crois-moi, c ’est réciproque ! Pour info, j’ai vécu pendant deux ans avec un vrai enfoiré, donc ton petit numéro de terreur, ça ne prend pas avec moi. En arrivant ici, je me suis juré que je ne me laisserai plus malmener par un homme, et ce n’est pas un gros macho dans ton genre qui me fera briser ma promesse. Maintenant, si tu veux la jouer connard, pas de problème, je sais être une garce moi aussi !
J’ écrase ma clope et rentre dans le club, en soufflant un bon coup.
Bigger 0 – 1 Alena, les comptes sont ouverts mon grand.

Hagrid : Rubeus Hagrid, semi-géant dans la saga Harry Potter, écrite par la grande J. K. Rowling.


C HAPITRE 4
Bigger
Merde, je viens vraiment de me faire mettre au tapis par une meuf ? Je sens qu’on va s’ éclater pendant cette mission. Cette petite nana a du répondant et de sacrées couilles pour oser m ’envoyer chier comme elle vient de le faire. Je voulais qu’elle comprenne qu’on allait la jouer à ma façon et elle a retourné le truc à son avantage. Je ne sais pas trop si ça m’ énerve, ou si j ’aime ça. J’ai plutôt l’habitude de voir les filles me tomber dans les bras, pas qu’elles me rembarrent et n’en fassent qu’ à leurs têtes. Pas comme le fait Alena depuis qu ’on s’est rencontrés.
Quand je me suis pointé chez elle, plus tôt, j’ai d’abord été en pétard de voir sa porte ouverte. Bordel, elle fuit un taré, on met en place tout un pataquès pour lui sauver les miches et elle ne verrouille même pas sa putain de porte.
Ma rage s’est calmée quand j’ai vu à quoi elle ressemblait. Cette « gamine » n ’en est clairement pas une ! On dirait une poupée avec sa petite taille, son visage rond et ses traits parfaits, ses joues roses et sa bouche rouge. Une poupée brune, avec un corps de malade. Tout en courbes, une poitrine généreuse, mais pas siliconée, la taille marquée et un cul qui appelle à la luxure. Sans parler de ses yeux, d’un bleu glacial, et de sa bouche qui donne envie de mordre à pleines dents dans ses lèvres charnues. Elle est parfaitement le genre de nana qui m’attire. Enfin, physiquement parlant. Généralement, je les aime moins bavardes et plus conciliantes. Alena, elle, débite plus de mots et de conneries que Lighter. Elle a le don de me mettre en rogne avec son comportement, sauf que ça ne fait pas que m’ énerver. Son petit speech à l ’instant, combiné à la vue plongeante que j’avais sur ses seins, m’a filé la trique !
Couché, Biggy, tu peux mater, mais ça s’arrête là. Le prés’ te la couperait s’il savait ce que tu penses de sa nièce chérie.
Enfin, la joie des retrouvailles, c’est surtout de son côté à lui que ça se ressent. La gamine n’a pas l’air ravie de revoir Fire ni de lui être reconnaissante pour ce qu’il fait pour elle. En plus de l’aider, il lui passe tous ses caprices. Ça aurait été moi, je l’aurais enfermée dans une chambre au club, en attendant d’ être sûr que son ex lui foute la paix. Mais non, il a fallu répondre aux exigences de madame. Enfin, Fire gère ça comme il veut, mais , pendant mes surveillances, elle devra bien faire à ma sauce. Mais vu le discours qu’elle vient de me servir, quelque chose me dit que ça ne va pas se passer exactement comme ça.
Je termine ma cigarette et la rejoins à l’intérieur. Je la trouve en pleine discussion avec la femme postée à l’accueil.
— Tu vas voir, mon chou, ici, on est une grande famille, tu te sentiras vite à l’aise avec nous. Si tu as besoin de quoi que ce soit, n’hésite pas à demander Mary.
Elle se pointe d’un doigt en posant sur Alena un regard empreint de douceur. Je souris en la voyant faire et en entendant le ton maternel qu’elle emploie. C’est vrai que, pour les filles, la quadragénaire fait office de mère de substitution. C’est une jolie rousse, un peu ronde et qui, en un seul coup d’œil, vous fait comprendre que vous pouvez lui faire confiance. Elle en a bavé dans sa vie et est avec nous depuis cinq ans. Depuis l’ouverture du club, en fait. Elle s’occupe de l’entrée, tient le registre client et prend les filles en charge. Alors, elle en a vu passer des gonzesses, et elle les traite toutes comme ses propres enfants. C’est une réelle bénédiction pour les stripteaseuses. Mary a même aidé certaines d’entre elles à se trouver un autre boulot, plus honnête, quand ces dernières en avaient marre de danser à poil et baiser contre du fric.
Je passe un bras sur les épaules d’Alena, tout en m’adressant aux deux femmes :
— Alors, Mary, j’imagine que tu as déjà fait un topo du fonctionnement à notre nouvelle recrue ?
Alena tente de se dégager, mais je resserre mon étreinte en la collant encore plus contre moi. Je l’entends souffler un « connard » et je me marre intérieurement de pouvoir l ’ énerver si facilement. Je remarque aussi que le contact de mon bras contre elle ne la laisse pas indifférente. Un frisson court le long de sa nuque. Je mentirais en disant que ça ne me fait rien. Je reporte mon attention sur mon employée, qui m ’observe avec curiosité et me répond, enjouée :
— Bien vu, mon Biggy, j’ étais justement en train de lui dire que les filles attendaient son arrivée avec impatience.
— Ouais, Sanaa m’a fait savoir que le bar n’ était pas ce qu ’elles préféraient. Allez, gamine, on y va ! Mac doit nous attendre. À plus, ma belle.
Je lance un clin d’œil à Mary qui me répond d’un sourire et entraîne la brunette avec moi. Arrivés devant l’escalier, je la relâche et lui fais signe de me suivre. Nous descendons les marches en silence et, lorsque je pénètre dans la salle, une brindille blonde me saute au cou :
— Biiig, mon cœur !
Le son strident qui accompagne mon prénom me fait hérisser les poils. Même un clébard hurlerait à la mort en entendant ce bruit. Je me crispe en tentant de me dégager des bras de Tania, mais elle s’y accroche comme une sangsue. Après une bonne minute, j’arrive enfin à me dépêtrer de la danseuse qui se plante devant nous, poings sur les hanches. Je sens Alena rire discrètement derrière moi. Mon agacement remonte en flèche et ce que j’entends n’aide pas non plus.
— Bigger ? J ’ai entendu Sanaa dire que tu étais ici, hier. Tu n’es même pas venu me dire bonjour.
Une moue ridicule accompagne son ton accusateur. Sa voix de crécelle me rend dingue. Cette nana est malgré tout d’une beauté rare : blonde à la coupe courte, elle est l’archétype de la fille slave. Mais putain, qu’elle est conne ! J’ai fait la bêtise de la sauter, il y a quelques mois et, depuis, elle s’est mise en tête de devenir ma régulière 7 . Pourtant, j’ai été clair avec elle ; je ne me caserai jamais. Je ne suis pas du genre à m’emmerder avec une seule chatte quand je peux en avoir à la pelle. Et sans même fournir le moindre effort. D’ailleurs, tout le monde le sait, je suis allergique à l’engagement. Je ne le cache pas et toutes mes conquêtes savent à quoi s’attendre. Mais j’ai beau lui expliquer, ça rentre d’un côté pour ressortir de l’autre.
Elle se rapproche de nouveau, me faisant reculer d’un pas. J’anticipe une nouvelle crise et décide de mettre les points sur les i.
— Tania, chérie, on a déjà eu cette conversation ! Si j’ai envie de te voir, je viens. Si tu m’aperçois pas, c’est que je suis occupé ailleurs. Alors, t’es mignonne, mais va te changer et laisse-moi bosser, tu veux.
Je n’attends pas qu’elle me réponde, prends Alena par la main et l’entraîne avec moi jusqu’au bar, où Mac nous attend.

Régulière : dans la culture biker, une régulière est l’équivalent d’une épouse. Intouchable aux yeux des autres membres du MC, elle est respectée par ces derniers, mais aussi farouchement protégée et défendue des menaces extérieures.


C HAPITRE 5
Alena
La vache, la pauvre ! Il l’a dégagée comme il le ferait avec une merde collée à sa semelle. En même temps, zéro amour-propre, la nana ! Vu ce qu’il vient de lui dire, ce n’est sûrement pas la première fois qu’il lui tient ce genre de discours, et elle n’a pas l’air de comprendre. Par contre, moi, j’ai bien saisi que l’engagement et Bigger sont deux mots à ne pas mettre dans la même phrase.
Je jette un œil sur la Barbie dont le regard est fixé sur nos mains. Mains qui sont accrochées l’une à l’autre. Je me dégage rapidement, en prenant conscience du message que ce geste peut renvoyer aux personnes qui ne sont pas au courant de mon identité. Elle relève la tête et me toise comme si j’ étais un insecte qu ’elle rêverait d’ écraser. Je n ’ai même pas encore commencé à bosser ici, que je me fais déjà remarquer, et pas dans le bon sens. Génial ! Pas que je souhaite me faire des copines, mais si je pouvais éviter d’allonger la liste de mes ennemis, ce serait un bon début.
Je fais abstraction de mes pensées et observe autour de moi. Je suis impressionnée. Je m’imaginais atterrir dans un endroit glauque et chargé de sexe bas de gamme, mais la pièce dans laquelle je me trouve est à l’opposé de mes attentes. Tout est clean. Il n’y a même pas une tache sur le plancher. Juste un parquet clair et verni. Le côté lisse et brillant du sol contraste avec l’aspect mat et velouté des murs. Leur couleur rouge sombre est assortie à celle des fauteuils en cuir. Même le comptoir, grand et en bois noble, respire le luxe. Seules les trois scènes et les barres d’acier, descendant du plafond, me rappellent que je ne suis pas dans un bar ordinaire, mais bien dans un club de striptease.
Je suis tirée de ma contemplation par Bigger qui gueule à côté de moi :
— Hey, Mac ! J’te ramène ta nouvelle recrue !
— Ouais, merci, Einstein, j’avais compris, lui répond l’intéressé. Salut, la puce, continue-t-il à mon intention. Prête pour ton premier service ?
J’aime bien Mac. On s’est vus quelques fois depuis mon arrivée. C’est lui qui a installé les gadgets dédiés à ma surveillance sur mon lieu d’habitation. Et en remarquant mon air dépressif, ce matin-là, il s’est mis en tête de me remonter le moral. Il m’a alors sorti un florilège de blagues, toutes plus pourries les unes que les autres, qui ont fini par me faire rire aux larmes. Une fois sa mission remplie, nous avons discuté un peu et il m’a expliqué qu’en tant que gérant du Sweet, il allait être mon boss direct. Il est ensuite revenu le lendemain, vérifier que tout était bien opérationnel. Il a apporté le repas et nous avons passé un moment sympa, qui m’a changée de mon quotidien morose.
En plus de savoir mettre les gens à l’aise, je dois avouer que le biker est carrément beau gosse. Grand, la peau mate, les cheveux blonds et bouclés, le regard rieur et azur ; c’est un régal pour les yeux. Pas aussi canon que mon garde du corps, mais beaucoup moins con.
Je lui rends son sourire et lui fais un petit salut militaire en riant.
— Ouais Boss, plus que prête ! Ça va me faire du bien de bosser, je finissais par tourner en rond à force de rester enfermée.
— Attends, attends ! nous interrompt Big’. Il te sert un surnom débile et tu dis rien ? Alors que moi, j ’ai eu le droit à un exposé en trois parties, sur comment tu t’appelles ?
Je me tourne vers le géant. Il a l’air sincèrement étonné, et peut-être un peu déçu. Plantant mes yeux dans les siens, je lui réponds sans ciller :
— Eh, oui, mon grand, ton pote a ce privilège, car d’une, son surnom est mignon et de deux, ce n’est pas un gros connard prétentieux doublé d’un macho !
Une fois ma diatribe terminée, je sens Mac se tendre à mes côtés, à mesure que Bigger se rapproche de moi. OK, j’y suis peut-être allée un peu fort sur les insultes, mais, merde, il me gonfle à se la jouer Big’ boss.
Il se plante devant moi et colle quasiment son front au mien. Je déglutis difficilement face à cette tentative d’intimidation.
Ne surtout pas montrer que tu pètes de trouille, respire, Alena !
Il penche sa tête sur le côté et je sens son souffle chaud à mon oreille. Il murmure d’une voix douce, mais néanmoins menaçante :
— Écoute, Alena, et surtout, enregistre, je ne me répéterai pas. Que tu me tailles quand on est tous les deux, pas de problème, ça me gonfle, mais ça m ’excite à mort. Par contre, c’est la première et dernière fois que tu me parles comme ça devant un de mes gars. Compris, gamine ?
Je hoche la tête de façon imperceptible, mais il semble le voir, étant donné qu’il s’ écarte. En revanche, j ’espère qu’il n’a pas remarqué le frisson qui court le long de mon cou. Un frisson de peur, mais pas uniquement. La proximité de nos corps, la manière dont il prononce mon prénom et la facilité avec laquelle il avoue être excité par mes piques me provoquent un je ne sais quoi en plus.
Il regarde en direction des coulisses et nous dit :
— Allez, je me tire, je vais profiter du spectacle. Mac, j’te laisse gérer, appelle-moi avant la fin de son service.
Je l’observe partir, et je ne sais plus ce que je ressens. De la peur ? Oui, il m’a clairement menacée et je dois faire attention à ce qui sort de ma bouche. Quand on est en public, tout du moins. Du désir ? On dirait bien, si on en croit les sensations qui me parcourent le corps, après ce rapprochement. De la rage ? Ouais, contre lui, de me traiter comme une de ses poules et contre moi-même, de ressentir ça, surtout pour lui. Les mecs pareils, c’est fini, au panier les hormones ! De la confusion ? C’est certain, je suis sur le cul de pouvoir éprouver un semblant d’excitation face à ces propos menaçants. À croire que j’ai laissé mon bon sens chez mon ex, sur le canapé, à côté de ma dignité.
— Ça va, la puce ? demande Mac, interrompant mon introspection.
Son air inquiet me fait sourire, il m’en faut plus pour perdre la face.
— Oui, ne t’en fais pas, je l’ai bien cherché. Allez, on s’y met !
Mac passe la demi-heure suivante à m’expliquer le fonctionnement du Sweet et en quoi va consister mon job. J’ai été surprise d’apprendre que les stripteaseuses sont aussi des prostituées. Sous contrat de travail en plus. Pas hyper recevable devant un juge, mais ces filles sont consentantes et ont l’air d’aimer leur boulot. Quant à moi, mon rôle sera de préparer les boissons et servir les clients, derrière le bar et parfois aux tables, lorsqu’aucune des danseuses n’est disponible. En revanche, il a été clair sur un point et ça me rassure : je suis intouchable et les clients sont au courant. Il m’a bien prévenue que j’allais devoir essuyer de la drague lourde, mais les hommes qui fréquentent le Sweet sont conscients de ce qu’ils risquent si on les chope en flagrant délit de pelotage, en dehors des salons privés. Être virés manu militari par un bon gros vilain biker. Et étant donné la réputation des Dogs of Hell dans le coin, aucun être humain sensé n’irait à l’encontre de leurs règles.
Ce qu’il ignore, ce qu’ils ignorent tous, c’est que j’ai bien plus de points communs avec leurs employées qu’il n’y paraît. Disons que servir des cocktails et danser avec une barre sont deux choses que je maîtrise assez bien, entre autres. Cette partie de ma vie, tout comme mon histoire avec Eric et ses conséquences appartiennent désormais à mon ancienne vie. Et si je suis venue jusqu’ici, c’est pour faire table rase du passé. Mon boulot au Sweet, c’est de servir à boire, uniquement à boire.

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