Révélation
288 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Révélation , livre ebook

-
traduit par

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
288 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description


J’ai fait confiance une fois. Je ne referai pas cette erreur...


Une enfance terrible et une trahison dévastatrice ont laissé Cain Jensen, 25 ans, marqué physiquement et psychologiquement. Afin de se protéger, il garde tout le monde à distance et pour protéger les autres il fait en sorte de ne jamais s’impliquer émotionnellement. Depuis qu’il a rejoint un groupe clandestin de justiciers il y a trois ans, chaque vie qu’il sauve l’aide à soulager la culpabilité de celles qu’il a perdues il y a si longtemps. Alors lorsqu’il est envoyé dans une cabane isolée dans les montagnes, au nord de Seattle, pour enquêter sur la disparition d’un collègue de son patron, il n’a qu’une idée en tête : faire en sorte que justice soit rendue, quelles que soient les circonstances.


Mais rien n’aurait pu préparer Caïn à ce qu’il trouve sur cette montagne... ou à l’intense besoin d’offrir soudain plus qu’une simple protection.



J’ai enfin réussi à me libérer, mais je ne me suis jamais senti aussi piégé de toute ma vie...


Ethan Rhodes est en fuite depuis six mois, mais il ne va jamais assez vite, jamais assez loin. À 30 ans, le talentueux urgentiste devrait passer ses journées à sauver la vie des autres, pas à se soucier de la sienne. Pourtant, il sait que les quatre années de violence physique et émotionnelle qu’il a subies aux mains de son ex instable ne sont rien comparées à ce qui se passera quand Ethan n’aura plus aucun endroit où se cacher. Un épisode violent permet à Ethan d’échapper de justesse à la mort et le conduit dans une cabane dans les montages où son corps meurtri aura le temps de guérir avant qu’il n’ait à fuir à nouveau.


Cependant, tout change avec l’arrivée d’un mystérieux étranger qui bien malgré lui va offrir à Ethan quelque chose qu’il avait finalement accepté de ne plus jamais avoir... l’espoir.


Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 22
EAN13 9782382281512
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0041€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Publié par
JUNO PUBLISHING
2, rue Blanche alouette, 95550 Bessancourt
Tel : 01 39 60 70 94
Siret : 819 154 378 00015
Catégorie juridique 9220 Association déclarée
http://juno-publishing.com/
 
 
 
Révélation
Copyright de l’édition française © 2021 Juno Publishing
Copyright de l’édition anglaise © 2017 Sloane Kennedy
Titre original : Revelation
© 2017 Sloane Kennedy
Traduit de l’anglais par Lorraine Cocquelin
Relecture et correction par Miss V, Agathe P., Miss Relect Addict
 
Conception graphique : © Cate Ashwood
Tout droit réservé. Aucune partie de ce livre, que ce soit sur l’ebook ou le papier, ne peut être reproduite ou transférée d’aucune façon que ce soit ni par aucun moyen, électronique ou physique sans la permission écrite de l’éditeur, sauf dans les endroits où la loi le permet. Cela inclut les photocopies, les enregistrements et tout système de stockage et de retrait d’information. Pour demander une autorisation, et pour toute autre demande d’information, merci de contacter Juno Publishing :
http://juno-publishing.com/
ISBN : 978-2-38228-151-2
Première édition française : septembre 2021
Première édition : avril 2017
 
Édité en France métropolitaine
 
 
Table des matières
Avertissements
Remerciements
Prologue
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Épilogue
À propos de l’Auteur
Résumé

 
 
 
 
Avertissements
 
 
 
 
 
Ceci est une œuvre de fiction. Les noms, les personnages, les lieux et les faits décrits ne sont que le produit de l’imagination de l’auteur, ou utilisés de façon fictive. Toute ressemblance avec des personnes ayant réellement existées, vivantes ou décédées, des établissements commerciaux ou des événements ou des lieux ne serait que le fruit d’une coïncidence.
 
Ce livre contient des scènes sexuellement explicites et homoérotiques, une relation MM et un langage adulte, ce qui peut être considéré comme offensant pour certains lecteurs. Il est destiné à la vente et au divertissement pour des adultes seulement, tels que définis par la loi du pays dans lequel vous avez effectué votre achat. Merci de stocker vos fichiers dans un endroit où ils ne seront pas accessibles à des mineurs.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Remerciements
 
 
Un grand merci à mes âmes sœurs Mari, Claudia et Kylee d’avoir été une oreille critique pour moi !
Comme toujours, merci à mes bêtas, Claudia, Kylee et Rita.
 
 
Révélation
Les protecteurs # 7
 

 
Sloane Kennedy
 

 
Prologue
 
CAIN
 
 
— Merci d’être venu, dit Ronan en me faisant un signe de tête.
J’étais content qu’il ne m’ait pas tendu la main. Non pas parce que je ne le respectais pas – au contraire. Mais les contacts n’étaient pas et n’avaient jamais été mon truc. Heureusement, Ronan Grisham et son bras droit, Memphis Wheland, les deux hommes que je côtoyais pour mon travail avaient très vite compris que j’aimais volontiers me passer des contacts physiques et ils acceptaient mes limites.
Je fis à mon tour un signe de tête à Ronan et le suivis vers de la petite maison isolée située sur un terrain de plusieurs hectares, à une quarantaine de kilomètres à l’est de Seattle. La bâtisse en elle-même était totalement délabrée, mais la propriété avait du charme, dans le sens où elle permettait de voir de loin chaque personne qui arrivait, et parce qu’il n’y avait pas de voisins proches.
En ce début du mois de février, l’air était glacial et humide, tandis que nous vérifiions le périmètre. Il n’y avait pas d’autres véhicules que les nôtres, et tous les rideaux de la maison étaient tirés. Je ne questionnais pas Ronan sur la raison de notre présence ici, car je savais qu’il me le dirait le moment venu.
Son coup sur la porte d’entrée ne reçut aucune réponse. Comme je doutais qu’il m’avait demandé de l’accompagner pour une visite de courtoisie au propriétaire de ce taudis, je m’apprêtais à retourner à mon pick-up récupérer les outils nécessaires pour forcer la serrure, quand Ronan fit tourner la poignée. Je me raidis en la voyant bouger et attrapai machinalement mon arme en même temps que Ronan prenait la sienne. Il me fit un petit signe de tête, puis poussa le battant.
Dire que l’endroit était en bazar serait un euphémisme. Tandis que mes yeux s’ajustaient à l’obscurité, j’enjambai prudemment une petite table retournée près de la porte. Ronan me fit signe, et en silence, j’exécutai son ordre : je partis m’assurer que la maison était vide. Des débris jonchaient le sol de chaque pièce, si bien qu’il me fallut un peu trop de temps à mon goût pour vérifier les deux chambres du fond. Ronan se chargeait des pièces à vivre. Lorsque je revins dans le salon, il était en train d’écarter un rideau afin de faire entrer un peu de lumière, puisque l’électricité ne fonctionnait manifestement pas.
Même si l’endroit n’avait pas été mis à sac, le qualifier de dépotoir ne serait pas exagéré. Les meubles avaient plusieurs années, le tapis épais sous mes pieds possédait de dégoûtantes nuances jaunâtres, et les lambris sur les murs rendaient la pièce déjà morne encore plus sombre et peu attrayante, même si je n’aurais jamais cru cela possible. Le bazar au sol ne ressemblait pas à de vraies ordures, plus à un mélange de vêtements, de papiers et des restes de ce qui avait dû être autrefois une table basse ou des tables gigognes bon marché. Le canapé était en lambeaux, tout comme le seul fauteuil du salon. La table de la petite salle à manger devant la cuisine était retournée et les trois chaises étaient en morceaux un peu partout sur le sol, comme si quelqu’un les avait cassées sur la table. Des trous dans les cloisons me firent supposer que la personne qui s’en était prise au mobilier avait aussi passé sa colère sur les murs. Accrochés à ces derniers se trouvaient des tableaux dans un style qui plairait beaucoup aux motels bon marché ; sauf peut-être leur vitre brisée.
Ronan et moi nous rendîmes à la cuisine pour y examiner les dégâts. Ici, le lino était recouvert de déchets et d’aliments jetés hors du frigo ouvert. Le congélateur l’était également. Bien qu’il soit vide lui aussi, il avait encore une couche de glace.
L’endroit avait donc été mis à sac récemment, moins de vingt-quatre heures plus tôt au maximum, douze plus vraisemblablement.
— Ronan, dis-je en indiquant le bord d’un plan de travail.
Du sang.
L’éclairage étant faible à la cuisine, nous sortîmes tous les deux notre portable pour allumer les lampes de poche afin d’y regarder de plus près. Il y avait des traces rouges également sur la crédence au-dessus de l’évier, et plusieurs gouttes dans ce dernier.
Je suivis Ronan jusqu’aux deux chambres. L’une d’elles avait l’air intacte, quoiqu’inintéressante. Juste un lit double, avec un seul oreiller et une simple couverture, ainsi qu’une commode à trois tiroirs semblant avoir plus de trente ans. Rien de plus. Aucun tableau au mur ni vêtement dans le placard. La seconde chambre était à l’exact opposé. La personne l’ayant détruite avait vraiment été enragée. Le matelas avait été retourné et lacéré des deux côtés. Une impressionnante quantité d’habits jonchait le sol, de même que ce qui ressemblait à un sac de sport déchiré.
Des vêtements d’homme.
Ronan se pencha pour ramasser un morceau de tissu bleu. Un tee-shirt ? Non, je compris de quoi il s’agissait. Une blouse médicale.
Ronan soupira lourdement.
Nous continuâmes notre exploration et découvrîmes d’autres taches de sang près de la porte, ainsi qu’une flaque plus importante près du placard. Il y en avait également sur le côté de la commode.
Ces preuves d’une violente dispute me nouèrent le ventre. Combien de fois déjà avais-je assisté à cette scène ? Combien de fois m’étais-je retrouvé dans le même cas, inutile et incapable d’y faire quoi que ce soit ?
— Ronan, murmurai-je en apercevant quelque chose non loin du lit.
Sans tenir compte des traces ensanglantées sur le matelas, j’enjambai les débris et, à l’aide d’un morceau de tissu, saisis la poêle que j’avais repérée. Ce n’était pas un objet ordinaire… elle était lourde, en fonte, et avait du sang sur les bords.
Ronan l’observa quelques instants, les sourcils froncés.
— Allons dehors pour discuter, lança-t-il.
Je remis la poêle où je l’avais trouvée, puis suivis Ronan hors de la pièce. Il prit le temps de refermer le rideau du salon, puisque nous devions remettre la maison dans le même état qu’à notre arrivée. Juste avant de sortir, il essuya la poignée à l’aide de sa veste afin d’effacer ses empreintes.
Son portable sonna alors que nous nous dirigions vers les voitures. Il écouta quelques instants en silence puis lança :
— Envoie les coordonnées GPS à Cain.
Une vague d’excitation m’envahit. Cela faisait longtemps que je n’avais pas eu un peu de véritable action dans mon travail. La dernière fois datait du jour où j’avais accompagné Memphis pour brutaliser un type qui s’en était pris à l’un de ses compagnons. Toutefois, c’était Memphis qui avait fait le plus gros du travail, et moi, j’avais surtout observé.
Après avoir raccroché, Ronan remit son portable dans sa poche, puis me regarda.
— Tu sais que j’ai recommencé à travailler à l’hôpital depuis peu ?
Je hochai la tête. J’avais rencontré Ronan quelques années plus tôt, quand il m’avait proposé un travail dans son groupe de sécurité clandestin. À l’époque, c’était lui qui le dirigeait, mais son récent mariage avec un jeune homme qu’il connaissait depuis des années lui avait fait revoir sa position de leader, et il avait finalement décidé de revenir à ses racines, à savoir la chirurgie traumatique. Récemment, cet homme fortuné et marié qui avait, avec son mari, accueilli trois enfants abandonnés était repassé du bon côté de la loi, bien qu’il continue à financer le groupe. Il avait confié les rênes de l’organisation à Memphis.
— Hier soir, j’étais de garde aux urgences. Il y a eu un carambolage impliquant quinze voitures, donc nous étions débordés. On avait besoin de toutes les personnes disponibles. L’un des internes a envoyé un patient en radiologie sans faire un examen approfondi. Le patient a fait une insuffisance respiratoire avant même qu’ils n’arrivent à l’ascenseur.
— D’accord, dis-je, même si je n’avais aucune idée de la raison pour laquelle il me racontait tout ça.
— Le brancardier a lancé le code d’urgence et a ramené l’homme aux urgences. L’interne qui avait examiné le patient a paniqué en se rendant compte qu’il était incapable de l’intuber.
Ma confusion dut se voir sur mon visage, puisque Ronan précisa :
— Il n’arrivait pas à enfoncer un tube dans la gorge de l’homme pour l’aider à respirer.
Je hochai la tête.
— Il devait faire une trachéotomie, c’est-à-dire une incision dans la trachée pour y insérer le tube.
— D’accord.
— L’interne s’est figé d’angoisse. L’infirmière est partie chercher un autre médecin, mais nous avions trois codes rouges en même temps, donc personne n’était disponible.
Ronan fit une pause.
— Lorsque j’ai enfin pu stabiliser mon patient, je suis allé voir celui-là et j’ai découvert que la trachéotomie avait été faite et que les signes vitaux de l’homme étaient de nouveau stables. Le problème, c’est que ce n’était pas l’interne qui avait réalisé l’intervention, déclara Ronan, les yeux rivés dans les miens. C’était le brancardier, d’après l’infirmière.
Je mis quelques instants à saisir. Le rôle d’un brancardier était de déplacer les patients d’un service à un autre ; il n’était aucunement qualifié pour accomplir ce genre d’opération médicale.
— Le brancardier, Allen, a mis les voiles dès que le patient a été stable. Je l’ai surpris affairé devant son casier, au vestiaire. Il a essayé de nier ce qu’il avait fait… puis il s’est excusé. Il a très vite mis ses affaires dans un sac, puis il est parti. Je n’ai pas pu quitter les urgences pour le suivre…
Je hochai la tête.
— C’est ici qu’il habite, commentai-je en indiquant la maison.
Ronan confirma.
— J’ai trouvé son adresse dans les dossiers du personnel.
Je savais qu’il n’avait pas tout simplement demandé l’information au service concerné, puisque ce n’était pas légal.
— Je voulais lui parler hier, lors de son service suivant, mais il ne s’est pas présenté ni à celui de ce matin. Alors, j’ai décidé de venir jeter un coup d’œil ici. Seule une personne qualifiée peut réussir ce genre d’intervention, et vu comme il l’a faite, ce n’était pas sa première.
— Dans ce cas, pourquoi se faire passer pour un brancardier ?
— J’ai cru que sa licence avait pu lui être retirée, mais je n’ai même pas trouvé trace de cette fameuse licence nulle part à ce nom-là.
— Donc tu penses que c’est un faux.
— Oui. J’ai demandé à Daisy de vérifier son CV. Aucune information n’est vraie… Le nom et le numéro de sécurité sociale qu’il utilise appartiennent à une personne décédée il y a dix ans.
— Il est en cavale, murmurai-je. Pourquoi n’as-tu pas contacté la police ?
Ronan ne répondit pas tout de suite.
— Je suis d’accord, il est en cavale. Mais ce n’est pas forcément la justice qu’il fuit, d’après mon intuition. Avant ce soir-là, je l’avais déjà croisé quelques fois… Il était avenant et s’y connaissait en urgence bondé. Il dégageait autre chose, cela dit. Mais rien qui me fasse penser qu’il pourrait être une menace.
J’approuvai, car je n’avais pas besoin de plus d’informations. Ronan connaissait son affaire. S’il avait senti que quelque chose clochait, il avait sans doute raison. Et à en juger par ce dont nous avions été témoins dans la maison, il avait vu juste.
Mon portable émit un bip, annonçant un texto de Daisy, notre informaticienne. Je montrai l’écran à Ronan, qui hocha la tête.
— J’ai réussi à dénicher le formulaire qu’il a rempli pour le pass du parking. Il a noté un numéro d’immatriculation valide. Daisy a pisté son véhicule. Il est enregistré sous le pseudo d’Allen, donc il a dû le payer en espèces. C’est une vieille voiture, dotée cependant d’un système d’assistance. Il n’est pas actif, mais…
— Mais Daisy a pu le pirater pour obtenir sa position GPS.
Ronan opina.
— J’aimerais que tu ailles voir. Pour te faire une idée sur ce type. Si nous devons faire intervenir les flics, nous le ferons, mais d’après ce que je vois là, ajouta-t-il en observant la maison, je préfère les laisser à l’écart pour l’instant. C’est une location, alors il faudra un petit moment au propriétaire pour se rendre compte qu’il s’est passé quelque chose.
Je hochai la tête pour indiquer que je comprenais, puis regardai les coordonnées envoyées par Daisy.
— Il est dans les Cascades. Près du mont Baker.
— Tiens-moi au courant et sois prudent, répliqua-t-il simplement avant de rejoindre sa voiture.
Cette situation m’intriguait et me rendait méfiant tout à la fois. Ronan considérait peut-être que ce gars était inoffensif ou avait des problèmes, mais j’en avais assez vu dans ma vie pour savoir que même le type le plus lambda pouvait cacher une tonne de choses moches, sans que personne ne le soupçonne.
J’avais bien des cicatrices pour le prouver.
En soupirant, je remis mon portable dans ma poche. J’avais une longue route devant moi et aucune idée de ce qui m’attendrait au bout du voyage.
 
 
Je savais que, plus je monterais en altitude, plus le temps serait un problème, mais lorsque mon pick-up fit des embardées sur la petite route sinueuse couverte de neige qui menait aux coordonnées GPS en ma possession, je regrettai de ne pas avoir mis des chaînes à ma voiture. Cela dit, elles n’auraient pas changé grand-chose, puisque l’arrière du pick-up était vide.
Je pris le risque de jeter un coup d’œil à l’écran et constatai que j’étais à moins de deux kilomètres de ma destination ; vu la neige qui tombait et le vent qui soufflait, ça aurait pu tout aussi bien en être vingt. Quand une rafale particulièrement violente fit déraper les roues dangereusement de l’autre côté de la route, je m’obligeai à me détendre, car il n’y avait aucune glissière de sécurité et que la pente était raide. Si ma voiture plongeait par-dessus bord, il n’y aurait qu’une seule issue pour moi, et même si je n’avais pas spécialement peur de la mort, je ne la cherchais pas activement non plus.
Je ralentis l’allure au moment où la route s’éloigna du bord de la falaise pour se diriger vers l’intérieur. Une concentration d’un tout autre genre me fit vibrer lorsque je fus entouré par la forêt dense de chaque côté. Le vent hurlait toujours et la neige se fit aveuglante, m’obligeant à conduire à très basse vitesse, puisque la visibilité était quasiment nulle. Quand je pénétrai enfin dans une clairière correspondant aux coordonnées que Daisy m’avait envoyées, je me sentais lessivé. La neige tombait encore dru pendant que je contemplais le petit chalet sous mes yeux. Il s’agissait du seul bâtiment dans cette clairière dégagée. Ce devait donc être un logement privé, et non une location de vacances, comme il y en avait tellement dans le coin. Une fine volute de fumée voletait de la cheminée. Un vieux SUV défoncé était garé devant le chalet. Ses plaques correspondaient à celles du pass pour le parking que Daisy m’avait envoyées par SMS. Conscient que les occupants des lieux pouvaient aisément me voir arriver, que ce soit à pied ou en voiture, je m’approchai le plus possible du bâtiment et garai mon pick-up à côté du SUV. Puis je récupérai mon portable dans le porte-gobelet, le fourrai dans ma poche et enfilai ma veste, pas assez épaisse pour me protéger du froid. C’était toujours mieux que rien, cela dit. La dernière chose que j’attrapai, ce fut mon arme, que je gardai à la main en quittant mon véhicule.
J’avais à peine fait quelques pas quand quelqu’un me cria de ne pas bouger.
Je me figeai en cherchant le propriétaire de la voix haut perchée. Je repérai ma cible sur le côté du chalet. Voir un revolver pointé dans ma direction aurait dû me mettre sur les nerfs, mais au contraire, je fus envahi par un grand calme.
C’était ce pour quoi j’étais doué.
Coincez-moi dans une pièce au milieu de gens avec lesquels j’étais censé discuter, j’étoufferais. Mais visez-moi avec un flingue ou un couteau, et là, je revivais. Je ne cherchais pas la mort, malgré cela, je ressentais toujours de l’excitation quand elle s’approchait de moi.
En temps normal, j’aurais simplement levé mon arme et appuyé sur la détente avant même que mon assaillant n’ait eu le temps de formuler une nouvelle menace inutile, mais j’arrêtai mon geste quand je compris qui se trouvait sous le sweat-shirt gris peu efficace contre le froid glacial.
La personne qui me pointait de son arme n’était pas l’homme que je pistais. Bon sang, ce n’était même pas un homme .
Non, j’avais sous les yeux un enfant aux yeux écarquillés. Et une fille, en plus de ça.
Je lui donnais quinze ou seize ans. Ses longs cheveux noirs étaient attachés en une tresse qui tombait sur l’une de ses épaules et elle portait un jean usé. J’étais incapable de distinguer ses chaussures, puisqu’elles étaient enfoncées dans une neige qui lui arrivait aux chevilles. Aux morceaux de bois éparpillés autour d’elle, j’en déduisis qu’elle devait être allée chercher des bûches sur le côté de la maison quand elle l’avait contourné et m’avait aperçu.
J’étudiai les alentours pour repérer d’autres personnes, mais aucune ne sortit du chalet, et je ne vis aucune empreinte derrière la jeune fille.
J’écartai mon doigt de la gâchette, sans baisser mon arme pour autant. Cette fille n’était pas le genre de menace auquel j’étais habitué, néanmoins, elle en constituait toujours une pour moi. Il n’y avait qu’à voir combien ses mains tremblaient. J’estimai que nous étions à un peu moins de cinq mètres ; ses chances de m’atteindre étaient donc minces, mais pas inexistantes. Et je n’avais pas beaucoup d’endroits où me cacher.
— Je cherche Allen, m’écriai-je en levant les mains en l’air et m’avançant lentement vers elle.
— Ne bougez pas ! hurla-t-elle.
Ignorant son ordre, je continuai à progresser peu à peu vers elle.
— Je veux juste lui parler. Vous le connaissez ?
— Ne vous approchez pas de lui ! Vous m’entendez ?!
Elle avait les joues rouges, sans doute davantage à cause de l’émotion que du froid.
— J’ai entendu, confirmai-je sur un ton décontracté. Je veux juste m’assurer qu’il va bien.
— Vous n’êtes qu’un putain de menteur ! cria-t-elle. Je sais que c’est lui qui vous envoie !
J’ignorais totalement qui était ce « lui », mais avant que je ne puisse lui poser la question, elle ajouta, en s’essuyant le visage d’une main furieuse sans lâcher l’arme de l’autre :
— Laissez-nous tranquilles !
Sa voix était chargée d’émotions, et même sans voir ses larmes je savais qu’elle pleurait. Mon ventre se noua à cause de la peur que je lui faisais, mais je n’avais pas beaucoup de solutions. J’avais déjà réduit de moitié la distance nous séparant.
— Je suis navré, je ne peux pas, répondis-je doucement, pas certain qu’elle m’ait entendu avec le vent qui soufflait.
— Je vous en prie, sanglota-t-elle, fermant les yeux un bref instant.
Je profitai de ces quelques secondes pour faire quelques pas de plus dans sa direction. Lorsqu’elle rouvrit les paupières et réalisa que j’étais bien plus près d’elle, sa panique atteignit des sommets.
— Je vais vous tirer dessus ! cria-t-elle, agitant son arme tout en reculant.
— Lucy ?
Je me figeai en entendant cette voix inconnue et jetai un coup d’œil par-dessus mon épaule. Je remarquai un homme penché vers l’avant près de l’entrée du chalet. Je le pointai machinalement de mon arme le temps de jauger la nouvelle situation. Mon geste fit cependant dérailler la jeune fille.
— Non ! hurla-t-elle, faisant feu.
La balle m’évita et alla se ficher dans le flanc de mon pick-up. Pendant les quelques secondes qui s’étaient écoulées, j’avais fait deux choses : j’avais déterminé que l’homme était désarmé et ne constituait pas une menace immédiate, et aussi que la jeune fille était sous le choc après ce qu’elle venait de faire. Je m’en servis à mon avantage pour me ruer vers elle. Elle cria en me voyant arriver et me pointa de son arme, toutefois, sa légère hésitation pour trouver la gâchette m’offrit le temps dont j’avais besoin. Lorsque nos corps se percutèrent, j’essayai d’amortir sa chute tout en frappant sa main pour lui faire lâcher son fusil. Malgré tout, je ne pus empêcher une partie de mon poids de lui tomber dessus quand nous heurtâmes le sol. Elle en eut le souffle coupé.
— Lucy ! s’écria l’homme.
J’eus à peine le temps de me préparer avant qu’il ne se jette sur moi. Je roulai sur moi-même d’instinct, l’emportant avec moi. Bien que j’aie toujours mon arme à la main, il me roua de coups. Il n’y connaissait cependant rien en bagarres ; aucune de ses attaques n’atteignait les zones qui m’auraient suffisamment blessé pour me faire lâcher ma prise sur lui ou sur mon arme. Ses gestes finirent très vite par m’agacer, et je fis la seule chose qui mettrait rapidement un terme à tout ça : je posai mon pistolet contre sa tête. Comme prévu, il se figea instantanément, et ses yeux s’écarquillèrent sous l’effet de la peur. Profitant de son immobilité, je l’étudiai de mon mieux, malgré la neige épaisse qui nous tombait dessus. Il semblait faire ma taille et avoir au moins dix ans de plus que moi, mais il était plus mince. Pas maigre non plus, juste de corpulence normale. Il avait les cheveux châtain foncé et portait un jean et un sweat-shirt… Comme la fille, il n’était pas assez habillé pour ce temps-là. La seule chose que je distinguai de son visage, ce furent ses étonnants yeux verts, même si l’un d’eux était tuméfié. Il avait des bleus partout et sa lèvre était enflée et coupée. Du sang avait séché sur une entaille au niveau de sa tempe. Quand je vis ensuite les hématomes sur sa gorge, j’inspirai vivement.
Ces marques, je les avais vues d’innombrables fois quand j’étais enfant.
La personne qui les lui avait faites n’essayait pas de le blesser… Elle voulait l’étouffer. Soit pour le soumettre… soit pour bien pire.
Je compris tout à coup qu’une partie du sang que nous avions trouvé avec Ronan dans la maison provenait de cet homme. Et aussi que Ronan avait raison… Ce type ne fuyait pas la justice. Il fuyait bien, bien pire.
— Faites-le, murmura l’homme d’une voix rauque, éraillée…
Un effet de l’étranglement, certainement.
Je rivai mes yeux aux siens. Il serrait les poings et haletait.
— Faites-le, répéta-t-il.
Je me raidis en le voyant s’approcher de mon arme, mais ce ne fut pas pour me désarmer. Il referma ses doigts froids autour des miens et l’un d’eux appuya contre le mien, sur la gâchette. Après tout ce que j’avais vu au cours de ma vie, j’aurais juré que rien ne pourrait plus me surprendre, mais entre l’adolescente armée et le geste actuel de l’homme, je me retrouvai sans voix.
— Parce qu’il n’y a qu’ainsi que j’accepte de revenir vers lui cette fois-ci, déclara-t-il.
Sa voix contenait un étrange cocktail de détermination, peur et résignation.
Avant que je ne puisse réagir, la jeune fille cria « Ethan ! » et se rua vers moi, ralentie par son manque de souffle. Je pus saisir sans peine son bras lorsqu’elle chercha à me donner un coup, et en un seul mouvement fluide, je délogeai l’homme et attrapai l’adolescente contre moi, coinçant ses bras avec l’un des miens.
— Non ! hurla l’homme en essayant de se relever, bien qu’il tangue violemment quand il fut debout. S’il vous plaît.
La jeune fille se débattit.
— Du calme, aboyai-je, ayant atteint les limites de ma patience.
Je n’avais aucune idée de ce qu’il se passait et je me gelais les miches.
— S’il vous plaît, m’implora l’individu. Ne lui faites pas de mal… Laissez… Laissez-la ici et je vous accompagne. Dites… Dites à Eric que je ne fuirai plus. Je vous le jure.
— Ethan, non, s’exclama la jeune fille.
— Ma puce, reste tranquille, d’accord ? C’est bientôt terminé.
L’adolescente secoua violemment la tête, en larmes. La frustration m’envahit, et je tentai d’ignorer l’angoisse de la gamine et la terreur dans le regard de l’homme, qui me suppliait en silence.
Je m’apprêtais à leur expliquer que je n’étais pas celui qu’ils pensaient, quand l’homme – Ethan – perdit tout à coup l’équilibre et tomba à genoux. Ses yeux se révulsèrent, et lorsque l’adolescente cria son nom, je la lâchai sans tarder pour pouvoir le rattraper avant qu’il ne heurte le sol. La jeune fille me rejoignit en un instant, les larmes aux joues.
— Ethan, s’écria-t-elle.
Elle voulut lui caresser le visage, mais ne sut pas bien où poser ses mains.
— Lucy, dis-je en coinçant mon arme dans ma ceinture.
Puis je soulevai Ethan pour que sa tête puisse reposer contre mon torse.
— Lucy, regarde-moi, insistai-je, comme elle ne répondait pas.
Elle leva vers moi ses yeux humides, emplis d’une supplique qui me tordit le ventre. Qui que soit cet homme pour elle, elle tenait beaucoup à lui, c’était évident.
— Je ne suis pas venu vous faire du mal, expliquai-je en passant mon bras libre sous les jambes d’Ethan.
Bien qu’il aurait été plus facile de le balancer sur mon épaule à la façon d’un pompier, je ne voulais pas prendre le risque d’aggraver ses blessures.
— Il faut que tu m’ouvres la porte, ajoutai-je en montrant le chalet du doigt. Nous devons le mettre au chaud et au sec.
Sans attendre sa réponse, je me levai. Ethan n’était pas petit, et avec mes mains engourdies et la neige de plus en plus épaisse, cela n’allait pas être une partie de plaisir de rejoindre la maison, malgré la faible distance.
Lucy hésita un instant, puis courut vers le chalet, en me lançant sans cesse des coups d’œil par-dessus son épaule. Je la suivis bien plus lentement, les yeux rivés sur le visage abîmé d’Ethan, espérant qu’il se réveillerait.
Il ne le fit pas.
Et je me retrouvai désemparé.
 



Chapitre 1
 
CAIN
 
 
Quand je parvins enfin à franchir le seuil du chalet, j’eus l’impression que cela faisait des heures que je portais Ethan. Lucy nous attendait à l’entrée, son jean et ses chaussures couverts de neige. J’étudiai le salon, la pièce dans laquelle menait directement la porte d’entrée, et découvris un canapé et un fauteuil devant la cheminée. Un petit feu brûlait dans le foyer, prêt à s’éteindre d’une minute à l’autre.
— Où est sa chambre ? demandai-je en refermant la porte avec ma hanche, puisque Lucy semblait figée.
— Les chambres sont au fond, répondit-elle au bout d’un moment en montrant un couloir partant au-delà de la petite cuisine. Mais il dort sur le canapé, parce que le chauffage ne fonctionne pas.
J’hésitai un instant en observant le canapé trop petit, puis me dirigeai à grands pas vers le fond. J’entrai dans la première chambre que je trouvai et, ignorant l’air glacial, indiquai :
— Écarte les couvertures.
Elle s’exécuta. Je m’apprêtais à allonger Ethan quand je me rendis compte que ses habits étaient couverts de neige. Après un petit débat intérieur, je l’allongeai au pied du lit afin qu’il se retrouve sur les couvertures.
— Ethan, dis-je en le secouant un peu.
Sans succès. Les doigts tremblants, je cherchai son pouls, et soupirai intérieurement en le sentant battre fort sous mes doigts.
— Est-ce qu’il est…
J’avais oublié la présence de Lucy. Entendant sa voix chevrotante, je levai la tête.
— Il est vivant.
Elle hocha la tête, sans paraître vraiment soulagée. Je ne pouvais pas vraiment le lui reprocher, étant donné qu’Ethan n’avait toujours pas repris connaissance. Sa peau glaciale me rappela que je devais me concentrer, et j’entrepris de le déshabiller en vitesse. Faire passer son tee-shirt au-dessus de sa tête demanda quelques efforts, et Lucy poussa une exclamation de surprise en découvrant son torse. Il avait de sévères ecchymoses sur les flancs, prouvant qu’il avait reçu de multiples coups dans les côtes. Son ventre était aussi marqué.
...

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents