Ride or die with me
220 pages
Français

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Ride or die with me

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Description



Le danger et le désir les consument... Peut-on s'abandonner à l'amour lorsque la vie ne tient qu'à un fil ?


Abby fuit son pays afin d'échapper à son demi-frère, Sean, puissant membre de la mafia. Elle veut oublier la douloureuse lutte qu'a été sa propre survie, ainsi que les actes abominables qu'elle a été forcée de commettre et qui l'ont changée à jamais.




Elle trouve refuge à Paris, où elle décroche un poste dans un night club. Mais elle déchante rapidement en réalisant que son patron est le Diable personnifié. Assan Lakehal représente l’accès direct à un labyrinthe de péchés sur lequel il règne en maître absolu.



Trop dangereux pour elle... C’est ce qu’elle se répète en luttant contre le désir qu'elle éprouve à son égard.




Commence alors un jeu létal dans lequel il n'y aura aucun gagnant. Une lutte de pouvoir qui les mènera dans leurs plus sombres retranchements, Abby ne cessant de se demander ce que trafique Assan dans l'aile du club qui lui reste interdite d'accès...




Quand Sean cherche à l'atteindre à nouveau, doit-elle fuir ou espérer trouver en Assan un allié inattendu ?



* * * *



Assan s'apprête à suivre son frère, mais je le retiens en posant ma paume sur son biceps contracté. J’attends que Jared ait quitté la pièce, puis me tourne vers lui :

- Que comptes-tu faire ? je demande, bouffée par un mélange d’adrénaline et de curiosité.


Il retire doucement son bras de mon emprise, un sourire relevé sur le coin de sa bouche.


- Quelque chose que tu détesteras, mais qui va te faire craquer.


Il n’attend aucune réponse de ma part puisqu’il s’éloigne, la démarche assurée. Connard ! Pourtant, malgré son affront, je ne peux m'empêcher de rire. Il ne fera rien qui me mettra en rogne. Je le sais. Et la raison en est simple. Assan me plaît, certes, mais je ne vais pas le laisser chambouler mes émotions avec sa belle gueule. Mon passé et la vie qu'il mène ne sont pas compatibles. Les sentiments, non. Le sexe, oui, mais à mes conditions.


Avec le temps, j’ai appris à ne pas m’attacher aux hommes capables de me faire tourner la tête.


Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 23
EAN13 9782376522386
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0037€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Red romance
Anita Rigins
Ride or die with me



ISBN : 978-2-37652-238-6
Titre de l'édition originale : Ride or die with me
Auteur : Anita Rigins
Copyright © Butterfly Editions 2019

Couverture © Adobe Stock + Krystell Droniou + Butterfly Editions 2019
Tous droit réservés, y compris le droit de reproduction de ce livre ou de quelque citation que ce soit sous n'importe quelle forme.

Cet ouvrage est une fiction. Toute référence à des événements historiques, des personnes réelles ou des lieux réels cités n'ont d'autre existence que fictive. Tous les autres noms, personnages, lieux et événements sont le produit de l'imagination de l'auteur, et toute ressemblance avec des personnes, des événements ou des lieux existants ou ayant existé, ne peut être que fortuite.
ISBN : 978-2-37652-238-6
Dépôt Légal : mai 2019
050620191804
Internet : www.butterfly-editions.com

contact@butterfly-editions.com

- Playlist -






« I fell in love with the Devil » Avril Lavigne
« Gangsta » Kehlani
« Ride or die » Rayla
« Dangerous Night » Thirty Seconds To Mars
« Fire on fire » Sam Smith
« Superstar » Broods
« The preacher » Jamie N Commons
« Même le diable fut un ange au commencement. » Proverbe anglais.
- Prologue -






Abby


Enfant, ma mère me disait toujours qu’il y avait une lumière au bout de chaque tunnel. Que n’importe quel recoin sombre finirait par être éclairé. Qu’aucune épreuve n’était insurmontable.
Aujourd’hui, j’aimerais qu’elle soit encore vivante pour lui montrer à quel point elle s’est trompée.
Ouais, Maman, tout ça, c’était des conneries.
Avec du recul, je pense qu’elle me répétait cela uniquement pour repousser la mort de mon père dans un coin reculé de son âme. Pour me cacher sa tristesse.
Erreur, Maman.
Parfois, l’ombre est telle qu’elle recouvre la moindre petite lueur, laissant les ténèbres régner en maîtres absolus sur notre destinée. J’ai chassé cette idée dans un recoin de mon cerveau quand elle a décidé de se marier à Roman Serov lorsque j’avais dix ans, faisant par la même occasion entrer son fils Sean dans nos deux existences déjà torturées. L’obscurité la plus totale m’a rattrapée, quelques années plus tard, lorsque Roman et elle ont été abattus…
Une seconde, tout va bien ; celle d’après, plus rien. Le néant. La désolation. Une balle en pleine tête, le jour de mes dix-sept ans. Sean m’a parlé d’un règlement de compte. Je ne comprenais pas.
Je ne voyais pas.
Je voulais passer un ultime moment avec toi. Une toute dernière fois. Juste quelques secondes pour te dire que je t’aimais plus que tout. Plus que ma vie.
Je refusais de voir. Qui s’attaque à une mère respectable ? Une artiste mariée à un homme d’affaires ? Qui ?
Et puis, j’ai compris de quelles affaires il s’occupait, en réalité, avant sa mort. Avec du recul, je culpabilise d’avoir été totalement insensible aux signes avant-coureurs. Notre déménagement dans une demeure hautement sécurisée dès le mariage prononcé entre ma mère et lui. Les deux types en costume qui me suivaient constamment. Jeune adolescente, je trouvais cela drôle. Fun. Kiffant. Je ne voyais pas dans quoi on s’était engagés en rejoignant la famille Serov.
Je ne voyais que toi. Mon nouveau père. Cette famille unie dans laquelle je m’imaginais enfin avoir trouvé ma place.
Gamine, je ne comprenais pas dans quel guet-apens nous étions tous tombés.

À votre mort, quand Sean m’a expliqué ce qu’il s’était passé, j’ai saisi deux choses essentielles.
La première, Roman Serov était un important membre de la mafia ukrainienne. J’étais passée du statut privilégié de fille à papa à celle du deuil obligé d’un hors la loi.
La seconde… Ma vie ne serait plus jamais comme avant.
C’est à ce moment-là que l’enfer s’est abattu sur moi, Maman.
Que ma survie a commencé.

Et vous, pensez-vous toujours qu’il y a une lumière au bout de chaque tunnel ? Laissez-moi vous prouver le contraire. Laissez-moi vous raconter de quelle façon j’ai marché à côté des ténèbres avant d’y succomber pour de bon.
- 1 -






Abby


Juin 2019, Ukraine.

Inspire. Expire.
Fais le vide autour de toi.
Le cœur battant, je jette un coup d’œil au caissier, trop lent à mon goût. J’essaye de ralentir ma respiration, en vain. L’homme n’a pas le temps d’ouvrir la bouche que je lui tends un billet, engouffre la barre protéinée dans ma poche et m’éloigne du comptoir.
L’aéroport n’est plus qu’à une heure à pieds, je peux le faire. Sean doit me chercher dans la demeure, il doit avoir lancé ses hommes à mes trousses. J’ai disparu, ou plutôt fui, depuis l’aube. Je suis certaine que ses sbires fouillent en ce moment même les caves, et le bois autour du manoir. Ils doivent penser que j’y suis encore. Ils se trompent.
Mon sac à dos sur l’épaule, je trace à travers la petite station-service, mon billet d’avion froissé à la main. Je vérifie les angles de la pièce, il n’y a aucune caméra. Au loin, j’aperçois les toilettes pour femmes, vers lesquelles je me dirige. J’y entre et m’avance vers le lavabo. Par chance, elles sont désertes. Je me penche, puis ouvre le robinet à moitié rouillé, buvant rapidement un peu d’eau fraîche. Le goût n’est pas fameux, mais ça fera l’affaire. La plupart de mes économies sont passées dans l’achat de mon billet, et je dois conserver précieusement le reste. Je ne peux me permettre de dépenser inutilement. Chaque centime compte. M’humidifiant rapidement le visage, et plus particulièrement mes joues brûlantes, j’analyse mes traits. Mes cernes ne cessent de se creuser. Les taches de rousseur sur mon nez semblent plus présentes que jamais. Ma bouche est entrouverte, mes lèvres boudeuses, laissant entrer avidement l’air dans mes poumons. D’un geste rapide, j’ôte une mèche de mes cheveux blonds, la plaçant derrière mon oreille pour ne pas qu’elle soit trempée.
C’est là que je les vois à travers le miroir.
Deux bottes noires.
Comment ont-ils pu me trouver aussi rapidement ?! L’angoisse me gagne, mais je ne dois pas la laisser s’emparer de moi. Garder la tête haute en toutes circonstances. Leur montrer qu’ils ne m’auront pas. Jamais. Je sais me battre, et j’ai assez de courage pour mettre fin à la vie d’un homme qui me veut du mal.
Le type qui me suivait se tient juste derrière moi. Je le reconnais, il s’agit d’un des sbires de Sean. Il semble furieux. Vu la lueur dans ses yeux, je parie qu’il vient tout juste de retrouver ma trace. Mon demi-frère ne doit donc pas encore être au courant. Je ne préfère même pas imaginer dans quel état est ce connard.
− Regardez-moi qui j’ai trouvé. Ton frère me récompensera pour t’avoir récupérée le premier.
− Ce n’est pas mon frère, craché-je dans sa direction. Et je ne te suivrai pas, plutôt crever.
Hors de question que je retourne entre leurs pattes. Trois pas me séparent de la sortie. Je peux y arriver.
Un.
L’homme se demande si je vais vraiment le faire.
Deux.
Sa mâchoire tressaute. Tout en lui respire la malhonnêteté. Je ne suis pas comme ça, je refuse de le devenir. Quitte à la payer de ma propre vie, je ne me plierai jamais aux exigences de mon pourri de faux frangin. Je ne laisserai pas les enfers s’abattre un peu plus sur moi, s’accrocher à ma peau.
Trois.
Je ferme les yeux, mon poing gauche fermement replié sur lui-même, se préparant à l’inévitable affrontement. Si je les garde ouverts, il y lira ma plus grande angoisse et en profitera.
Ma paume s’apprête à attraper la poignée de la porte quand je bondis vers elle, mais je sens ses mains me saisir avec force l’avant-bras. D’instinct, mon coude rencontre l’arête de son nez. Rapidement, un filament de sang s’écoule de sa narine droite et il grogne fortement. Quant à moi, je me retiens de gémir de douleur. Il faut que je m’enfuie. Tout de suite. Mais, je ne suis pas assez rapide. Il attrape mes cheveux et les tire violemment en arrière. Mon cuir chevelu me fait souffrir et je serre les dents face à la douleur.
− Lâche-moi !
Forcément, il ne m’écoute pas. Il me tire vers le milieu de la pièce et mon genou rencontre son bas-ventre. Je suis petite, mais rapide.
Le type essaye de protéger son torse et je profite de cet intermède pour lui envoyer un coup de pied dans la rotule. Il vacille lourdement en me lâchant. La jambe dans un sale état, ses yeux me lancent des éclairs. Je n’ai pas le temps de réfléchir, pas le temps de peser le pour et le contre. Mon poing rencontre une dernière fois son visage juste avant que sa joue ne percute le bord du lavabo et qu’un craquement caractéristique ne me parvienne.
Je me redresse, haletante, mes doigts me faisant souffrir. Je m’enfuis une nouvelle fois, un souvenir abominable s’accrochant à moi de toutes ses forces. J’ai envie de trembler, de pleurer. Mais si je veux avoir une chance de survivre, je dois sortir d’ici, maintenant.

J’arrive une heure plus tard à l’aéroport, le cœur lourd, les poumons et les pieds en feu. Je trouve rapidement le numéro de mon vol en direction de Paris. J’y suis enregistrée sous un faux nom de famille, j’ai mes faux papiers.
Tout sera bientôt terminé.
Je me trouverai rapidement à des milliers de kilomètres d’ici. Je vivrai loin de ce monde obscur.
Je réécrirai mon histoire, vierge de toute mafia. Il est temps de prendre les choses en main, de donner un bon coup dans la fourmilière. Je ne veux plus de cette putain de réalité qui s’est imposée à moi durant toutes ces années.
Mon cœur s’arrête brusquement quand mes yeux gris pensent reconnaître un autre homme de Sean, mais c’est une erreur. Il n’y a personne.
Inspire. Expire.
Même si je semble calme, mon rythme cardiaque s’accélère dangereusement. Dans un geste calculé, je marche lentement, mon unique bagage sur l’épaule. Je ne dois pas perdre une seconde.
Inspire. Expire.
Fuir pour une vie meilleure.
Depuis la mort de mes parents, il y a trois ans, les choses ont changé. Je me suis retrouvée propulsée dans un monde qui m’était inconnu. Sombre, obscur, il m’a transportée jusqu’aux tréfonds de mon âme.
Lorsque j’ai appris que mon beau-père, Roman, se trouvait à la tête d’un réseau mafieux, j’ai cru défaillir. Comment avais-je fait pour vivre aussi longtemps dans le mensonge ? Visiblement, Sean, son fils, avait été mis au parfum dès son plus jeune âge. Je n’ai donc pas été surprise qu’il reprenne les rênes de son affaire, cherchant à m’inclure dans ses plans foireux.
Mon refus a signé le début de ma perte. Quand ma mère et Roman sont morts, j’ai refusé d’aider Sean à reprendre tout ce… patrimoine. Alors, son véritable visage s’est révélé à moi. Trois maudites années à subir ses insultes, ses menaces, son acharnement. Sean a réussi à me briser, en partie. Il imaginait un destin tragique pour moi. Il ne me disait rien, mais je voyais ses idées machiavéliques traverser ses yeux.
Des années à espérer m’enfuir d’Ukraine vers cette nouvelle vie qui me tend les bras. Pour cela, j’ai tout pensé. Planifié. Organisé. Au millimètre près. J’ai attendu, prenant mon mal en patience. Je lui ai obéi, priant chaque soir pour que tout cela soit terminé.
Nouveau passeport. Nouvelle identité. Tout laisser derrière moi, ne pas me retourner.
Je joue des coudes entre les nombreuses personnes présentes. Nouveau regard à droite, je m’assure qu’aucun homme ne me suive. Heureusement. Je ne laisserai personne m’empêcher d’atteindre la seule porte de sortie qui m’est offerte.


***

Des mois plus tôt...

− Appuie sur la détente, m’ordonne Sean en regardant l’homme agenouillé en face de lui.
Résignée, je secoue la tête de droite à gauche. Je refuse de tuer cet homme.
− Je ne peux pas.
Ce n’est pas moi, ça. Je n’appartiens pas à ce monde. Mais comme je m’en doutais, Sean n’a que faire de mes protestations. Confortablement assis derrière son bureau, dans un fauteuil luxueux, il me défie du regard. Non, je ne baisserai pas les yeux. Jamais.
Face à mon intrépidité, il se lève et se dirige vers moi. Ma main, qui tient le pistolet, est baissée vers le sol, mes doigts tremblant autour de l’arme. Il saisit mon poignet et relève mon bras avant de se placer à mes côtés. Sa paume glacée se pose sur la mienne, l’englobant de sa force obscure. Son contact me révulse, mais je ne tente pas le moindre mouvement. Ce serait encore pire. Ma respiration s’accélère devant son silence lourd de sens. S’il n’y avait pas les quelques gémissements de douleur sortant de la bouche du type agenouillé devant moi, je pourrais presque entendre les battements saccadés de mon cœur.
Mon demi-frère rapproche sa bouche de mon oreille, son souffle brûlant ma peau.
− Appuie sur la détente, Abigail.
Même si je le souhaitais, je n’en aurais pas le courage. Je ne suis pas une meurtrière. Je n’ai jamais tué personne, et ça ne commencera pas aujourd’hui. Je ne lutte plus contre lui depuis des mois, j’essaye de ne plus le provoquer, mais ça… Non ! Plus il se rapproche, plus j’essaye de m’éloigner. En vain. Il me rattrapera toujours.
− Laisse-moi, je ne veux pas, chuchoté-je, la gorge nouée.
− Ce type a fait de mauvais choix. Il m’a trahi. Il a essayé de s’en prendre à moi. Et toi, ma douce Abigail, vas-tu aussi choisir d’emprunter le mauvais chemin ? murmure-t-il, ses lèvres se promenant le long de mon cou.
Sa voix est aussi tranchante qu’une lame de rasoir. Un frisson d’effroi remonte le long de mon épine dorsale. Il me terrorise autant qu’il me dégoûte. Je tremble presque contre lui, mais garde mes paupières grandes ouvertes.
− Tu es trop intelligente pour te tromper de voie, n’est-ce pas ? Mais si tu essayais de me désobéir…
J’entends la menace suprême percer dans sa voix. Je sais ce qu’il me fera si je ne lui obéis pas. Je ne veux pas. Pour cette raison vitale, je reste immobile. Sa paume desserre légèrement son emprise, m’encourageant à appuyer sur la détente. Mes yeux larmoyants fixent l’homme meurtri toujours à genoux sur le sol. Malgré sa souffrance évidente, il garde la tête haute, le menton dressé. Son visage n’exprime aucune expression, malgré son épaule ensanglantée et sa lèvre ouverte.
Voilà comment finissent ceux qui s’opposent à Sean. Parfois, je me dis que ce serait la meilleure solution. En finir pour de bon. Je ne sais pas si un monde meilleur existe là-haut. Cependant, je reste certaine d’une chose. Ça ne peut pas être pire qu’ici.
Je repense à toutes ces années de bonheur avant que Roman ne décède, avant que son fils ne prenne la relève. Mon beau-père avait beau appartenir à la pègre, il me l’a toujours caché, me donnant l’impression de vivre normalement. Il s’est comporté avec moi comme si j’étais sa vraie fille. Je ne m’étais jamais doutée de son appartenance à ce type de réseau. Il ne m’avait laissé aucun indice. Rien. Il retrouvait ses hommes et ses associés en dehors du domaine, me protégeant, ma mère et moi.
Je ne comprends pas quelles raisons poussent Sean à me garder près de lui. Il ne m’a jamais considérée comme un membre de sa famille. Jamais. Il est totalement renfermé, ne laissant nulle émotion le traverser. À la mort de son père, je n’ai aperçu aucune larme couler le long de ses joues, vu le moindre soupçon de douleur émaner de son corps.
Il savait depuis sa naissance qu’elle était sa destinée. Reprendre le flambeau familial.
Pour une raison que j’ignore, il ne m’a pas laissé partir. Il a voulu que je reste près de lui, m’emprisonnant lorsque je voulais m’échapper. Peut-être que me faire souffrir lui donne du plaisir.
Et aujourd’hui, il m’ordonne de tuer. Deux choix s’offrent à moi. M’enfoncer un peu plus dans les ténèbres en assassinant cet inconnu. Ou choisir de lui laisser la vie sauve et affronter les conséquences de mes actes. Mon cœur se serre en sachant exactement ce qu’il adviendra alors de ma personne.
L’instinct de survie prend toujours le dessus. Je ne suis plus maîtresse de mes actes. Mon doigt se pose sur la gâchette. Je peux presque sentir le regard de ma mère décédée, et c’est encore plus douloureux que tout le reste. Elle pleurerait toutes les larmes de son corps en voyant ce que je suis devenue.
Un jour, je partirai. Je serai libre. J’oublierai. Je recommencerai ailleurs.
− Fais-le, m’ordonne une nouvelle fois Sean. Tu n’as plus le choix, Abigail.
Son parfum envahit mes narines, puis me soulève le cœur. Cette odeur, je ne la connais que trop bien. Elle hante mes jours comme mes nuits, m’empêchant de prendre les bonnes décisions. De me révolter.
J’affronte une dernière fois le regard de l’homme à terre, l’implorant silencieusement de me pardonner. Il ne semble pas m’en vouloir, il me fixe, attendant sa dernière heure. Il sait que je vais le faire, parce que je suis trop lâche pour désobéir une nouvelle fois. Je ferme les yeux. Un bruit sourd retentit. La balle, ma balle, suit sa trajectoire prédéfinie jusque dans la poitrine de l’inconnu.
Sec. Propre. Rapide.
Je suis tellement désolée.
Les paupières toujours closes, j’entends le type tomber lourdement sur le parquet en chêne.
C’est fini. Je l’ai abattu.
Je suis un monstre.
La nausée me gagne, je déglutis avec difficulté, le goût du vomi s’imprégnant sur l’arrière de ma langue.
Sean me regarde attentivement, ses yeux verts brillant d’une toute nouvelle intensité. Il est satisfait. Plus que ça même, il est ravi.
− Je suis fier de toi, Abigail, lâche-t-il, un petit sourire se dressant sur le coin de sa bouche. Tu as fait le bon choix.
Abigail.
Plus jamais, je ne percevrai mon prénom de la même façon.
Abigail.
Sept lettres que je me suis alors mises à détester de toute mon âme.
-   2 -





Abby


Je passe la douane de l’aéroport français, le ventre noué. Mon angoisse persiste, refusant de me quitter. Et si Sean avait découvert où j’allais ? Peut-être se trouve-t-il déjà sur les lieux à m’attendre, préparant sa vengeance de la façon la plus terrible possible.
Pourtant, je refuse de laisser tomber maintenant. Je n’ai jamais été si près du but. Les doutes qui m’habitent diminuent au fur et à mesure que les minutes s’égrènent. Tout va bien. Il n’est pas là. Mes yeux préfèrent se focaliser sur le panneau « Bienvenue à l’aéroport Roissy Charles de Gaulle ! » plutôt que de le chercher parmi la foule. 
Maman, j’y suis enfin.
Je rejoins Paris, la Ville Lumière. La cité de tous les espoirs. Du renouveau. Je me stoppe une fois dehors, les rayons du soleil frappant mon visage. Pour la première fois depuis bien longtemps, l’excitation m’envahit. Un sentiment nouveau cherche à m’atteindre. La joie essaye de se faire une place. 
Je suis arrivée à destination. 
Mon unique bagage accroché à mon dos, j’essaye de me repérer. Je ne vois que des véhicules, des touristes et autres personnes déposant leurs proches sur le trottoir. Mais je me sens presque… grisée.
Je remarque les dizaines de taxis stationnés un peu partout. Je bénis intérieurement ma mère de m’avoir forcée depuis mon plus jeune âge à apprendre plusieurs langues, dont le français. 
Oh, elle n’était pas française, mais elle a vécu dans ce pays plusieurs années pour ses études. Elle l’a laissé pour l’Ukraine en étant enceinte de moi. Enfant, j’admirais ses nombreuses toiles représentant des lieux français. J’ai un peu baigné dans cet univers, moi aussi. J’ai rêvé en secret de visiter ces divers endroits. D’où mon arrivée ici. Sean doit penser que j’ai fui vers la Biélorussie. Je me suis assurée de mentionner ce pays plusieurs fois près de lui au fil des années. Rien en rapport avec Paris. 
 J’inspire profondément, me rappelant quelques informations que m’a confiées ma mère sur cette ville. Elle était si discrète à propos de son passé, avant ma naissance. C’est ici qu’elle a rencontré mon père biologique. Il est mort lorsqu’elle m’attendait, avant qu’elle ne quitte le pays pour rejoindre l’Ukraine. Je ne connais rien de lui, car c’était trop difficile pour ma mère d’en parler, malgré toutes mes tentatives. Je sais qu’elle ne me disait pas tout. Quand elle s’est mariée avec Roman, l’année de mes dix ans, elle est devenue encore plus secrète.
J’éprouve cette drôle de sensation d’avoir besoin de savoir d’où je viens pour mettre des mots sur qui je suis vraiment. J’ai été conçue ici. Je serre la lanière de mon sac sur mon épaule, prête à écrire un nouveau chapitre de mon histoire. Sur mon passeport est désormais indiqué le patronyme d’Abby Ivanov, et non plus Abigail Serov. Malgré cette nouvelle liberté, sur le papier comme dans les faits, je me sens toujours enchaînée de l’intérieur. Ce sentiment disparaîtra-t-il un jour ? Si oui, à quel prix ?
J’ai tout quitté. Mon pays. Ma seule amie et confidente depuis des années, Lioudmila. Elle a fui vers la Russie, j’ai fui vers la France. Pendant qu’elle cherchait à échapper à un père alcoolique qui la battait, moi, je voulais me libérer de mon psychopathe de demi-frère. Sean sera prêt à tout pour me retrouver, je le sens. Même à torturer et assassiner les gens qui me sont chers. Il l’a déjà fait.
− Mademoiselle ? retentit une voix masculine sur ma droite.
Je me tourne vers un chauffeur de taxi d’une quarantaine d’années, adossé contre la portière conducteur, qui me regarde d’un air bienveillant. Je reste sur mes gardes, mais fais un pas vers lui. Je sais à quel point il est simple de contrôler ses émotions afin d’attirer sa proie et la détruire ensuite. 
− Je peux vous emmener quelque part ?
Mes lèvres s’entrouvrent, mais aucun mot ne sort. J’ai le pouvoir de choisir où je veux aller. Mais sur le coup, je n’en sais trop rien. Rejoindre Paris, oui. Mais plus précisément ? En guise d’assentiment, je hoche la tête, priant intérieurement de faire le bon choix et de ne pas tomber dans le premier guet-apens venu. 
− Et votre valise ? 
− J’ai juste… mon sac.
S’il paraît surpris, il ne le montre pas. Tant mieux, je n’ai pas envie de discuter avec qui que ce soit. D’abord, réfléchir. Ensuite, tenter de grappiller quelques minutes d’un sommeil bienvenu. J’entre dans le véhicule, serrant mon bagage contre moi, me retenant de fouiller le moindre recoin. 
− Où est-ce que je vous emmène ?
− Paris. 
− Ah, ma petite dame, il me faut un peu plus de précisions, déclare gentiment l’homme.
Les mots me manquent. Comment lui indiquer une direction alors que je ne sais pas où aller ? Les différents tableaux de ma mère me reviennent en tête. Je revois ces immeubles peints par dizaines, ces petits parcs plantés au cœur de la ville.
− Je vous dirai simplement quand vous arrêter.
− Vous connaissez au moins l’arrondissement que vous voulez rejoindre ? 
Euh… non. D’un air distrait, je pince le pendentif de mon collier entre mon index et mon pouce. Une minuscule colombe abîmée. Il manque la moitié d’une aile, mais je l’aime de tout mon être. 
− Au centre, je veux aller au centre. 
Une demande assez imprécise, je le sais. Il hausse les épaules négligemment, puis s’insère dans la circulation, me laissant seule avec mes pensées.
Le paysage change au gré des minutes qui défilent. L’aéroport est remplacé par la nationale. Je colle mon front contre la vitre, fermant mes yeux doucement quelques minutes. L’autoroute laisse place à des agglomérations, puis aux premiers immeubles de cette ville que j’ai tant espérée visiter, enfant. 
Même si le béton prédomine, des étoiles brillent dans mes yeux. Les gens grouillent, marchant à une vitesse folle sur les trottoirs bondés. Ils se frôlent, se croisent, se regardant à peine. Ici, tout semble aller plus vite. Ils sont libres de leurs mouvements. Aucune laisse ne les relie à un monstre. Nous ne sommes pas au centre de la capitale, cependant mon attention est soudainement retenue sur un édifice au loin. Une sorte de Basilique me faisant penser à la Cathédrale Sainte-Sophie, à Kiev. Ses angles arrondis ressemblent également aux bâtisses de Tchernihiv. Je me sens attirée par le lieu. Comme si une partie de moi avait besoin d’en savoir plus.
− C’est beau, murmuré-je.
L’homme suit mon regard et me répond gaiement :
− C’est la Basilique du Sacré cœur ! Vous verrez que cette ville regorge de merveilles.
Mais c’est celle-là qui me plaît.
− Arrêtez-vous ici, demandé-je soudainement, sans réfléchir.
Il semble surpris, ce qui me rassure. S’il avait été un homme de main de Sean, il n’aurait pas réagi de la sorte. Il m’aurait ri au nez avant de m’ignorer.
− Ici ? Vous ne voulez pas que je vous emmène voir notre Dame de fer ?
− Qui ça ?
L’homme rigole doucement.
− Bah, la tour Eiffel, ma petite dame. Ou non, j’ai mieux, une jeune femme comme vous, je peux vous déposer aux galeries Lafayette, cela déborde de boutiques en tous genres. Le lieu idéal pour faire du shopping.
Je jette un coup d’œil à mon short, puis à mes bottines cloutées. Acheter des vêtements n’est pas ma priorité. Pourquoi m’enfermer quelque part alors que je peux profiter de ma liberté ? 
− Non, merci. Ici, ce sera très bien.
Après l’avoir payé, je rejoins les rues bondées, le regard toujours porté vers la Basilique. En passant devant les nombreux restaurants, une autre pensée me vient. Me trouver un travail, c’est la priorité. Je bénis Lioudmila de m’avoir aidée avec l’un de ses contacts. J’ai, en ma possession, d’autres faux-papiers, en plus de mon nouveau passeport. Cela me sera d’une grande aide. Travailler dans un café, dans un restaurant ou peu importe. Je ne vais pas jouer les difficiles, il va me falloir de l’argent.
Une heure de marche plus tard, épuisée, je choisis de m’arrêter sur la terrasse d’un petit café, le « Botak ». Assise sur la terrasse, mon regard se perd dans le vide. Ce n’est que quand le serveur m’apporte une dose de caféine bienvenue que mes pensées s’ancrent à nouveau dans la réalité. Au goût de ce liquide, mes papilles s’agitent. Tellement français. Et tellement bon. Le goût de la liberté me colle à la langue. Pour la première fois depuis longtemps, mes lèvres s’étirent dans un sourire sincère. 
Maman, j’y suis arrivée. 
J’aurais aimé joindre Lioudmila pour lui dire de ne pas s’inquiéter. Mais je n’ai pas de portable, et ce, depuis bien longtemps. Je ne suis pas à jour concernant toute la nouvelle technologie ; en fait, j’ai plus d’un train de retard. Je ne sais même pas comment tous ces nouveaux trucs fonctionnent. Et puis, l’appeler serait dangereux, non ? Pour l’instant, nous devons totalement faire route à part.
Le seul appareil électronique que j’ai emmené tient dans la poche arrière de mon short : un vieil iPod que je sors et allume. Un cadeau de Roman, pour mes quinze ans. Je pose mon sac sur la chaise près de moi, me retenant de fumer l’une de mes dernières cigarettes. Un poison grisant, aussi mauvais que bon. Rapidement, la musique retentit dans mes oreilles, et bercée par ces mélodies que j’aime tant, je ferme les yeux, me laissant aller contre le dossier de la chaise en métal. 
Puis, je la sens. Une présence. Mue par un instinct de protection, j’ouvre immédiatement mes paupières, l’angoisse pointant le bout de son nez. Devant moi se tient un individu, et son sourire ne me dit rien qui vaille. Il est typé, mais je ne saurais dire exactement ses origines. J’ai pourtant vu des hommes du monde entier défiler au domaine.
− Je peux m’asseoir ? me demande-t-il en désignant la chaise sur laquelle est posé mon sac.
Ses yeux, son regard, sa posture courbée. Cela ne me plaît pas. 
− La place est prise, marmonné-je, sèchement, en désignant mon sac devant lui.
Alors que ses traits deviennent sérieux, je me redresse, attentive. Ce serait trop beau que ce con s’éloigne. Comme s’il ne comprenait pas le message, il continue lourdement, tout en fixant ma poitrine :
− Je vais en chercher une autre, alors.
− Ouais, faites donc ça.
Le type réalise enfin que je ne suis pas intéressée. Il me jette un dernier regard, lève ses mains devant lui, tel un pauvre innocent, et me sourit gentiment.
− D’accord, Mademoiselle. D’accord.
J’attends qu’il s’éloigne, sur mes gardes, mais il tousse doucement en se penchant. Tandis qu’il se redresse et commence à se retourner, il saisit mon sac et s’enfuit en courant., emportant mes papiers, et mes seules économies, soit environ deux mille euros. Mes yeux sortent de mon crâne. Sean lui couperait la main pour un geste pareil. Mais je ne suis pas une petite touriste fragile. Je bondis de ma place. Je pensais être tranquille, et me voilà à peine sur le sol français, volée par un inconnu.
− Attendez ! Revenez !
Je traverse la route, furieuse, et manque de me faire écraser. Mon cœur loupe un battement alors que mon voleur se met à courir à toutes jambes. Après avoir tourné dans une rue voisine, je le perds provisoirement de vue. Je refuse de baisser les bras, et continue de cavaler jusqu’à en perdre haleine :
− Au voleur ! Reviens ici que je t’arrache la tête ! 
Malgré mes cris se transformant rapidement en hurlements, personne ne fait attention à moi. Quelques regards se tournent bien dans ma direction, mais pas un seul passant ne se décide à m’aider. 
− Arrêtez-le ! hurlé-je en vain, perdant espoir.
Tandis que l’homme s’apprête à traverser la rue, un autre type le percute. Une main puissante s’empare alors de mon sac tout en repoussant le voleur qui vacille. J’arrive près d’eux, essoufflée. Je m’apprête à bondir sur le gars qui a essayé de me voler, voulant le défigurer, mais il s’enfuit en courant sans demander son reste.
Une désagréable pensée me vient, une que je dois oublier. Si j’avais un couteau sous la main, je l’aurais enfoncé dans son bras pour lui apprendre que je ne suis pas une petite chose fragile que l’on vole facilement. Mais je dois laisser cette vie derrière moi. Il le faut, ou je me perdrais moi-même à tout jamais parmi les limbes de l’Enfer. 
− Espèce de lâche ! Mudak ! Podonok ! m’exclamé-je, passant du français au russe en quelques secondes à peine. 
Déjà, il disparaît de ma vue, me laissant avec celui qui a récupéré mon bagage. Mon argent ! Sans réfléchir et sans jeter un seul regard à mon bienfaiteur, je lui arrache mon sac des mains. 
− Houlà, doucement, s’impose calmement la voix de l’inconnu.
− Merci. 
Le mot sort de ma bouche dans un grognement et je serre mes affaires contre moi, le regard assassin.
Mes yeux se relèvent enfin vers mon sauveur, très attentifs à son cas : cheveux châtains, environ un mètre quatre-vingts et de profonds yeux marron qui m’analysent de la tête aux pieds. Je l’observe, méfiante. Il n’est peut-être pas d’une beauté remarquable, mais il a du charme. 
Bordel, Abby, ne pense pas à cela maintenant, alors que tu as failli perdre la seule chance de t’en sortir !
Il tend une main hâlée vers moi et ne tarde pas à me confier :
− Je suis Baptiste.
− Enchantée, Baptiste.
 Je lui réponds toutefois sans lui offrir ma paume en retour. Il rigole d’un air gêné et plisse les yeux, un petit sourire en coin étirant ses lèvres fines. Il croise ensuite ses bras sur sa poitrine, dissimulée derrière un polo.
− Et tu es ?
− Hum… Abby. 
Ma voix est hésitante. Après tout, je ne le connais pas. Si ça se trouve, il travaille pour Sean. 
Stop… Arrête de te faire des films inutiles. Ce gars se trouvait juste au bon endroit au bon moment. Ne vois pas le mal partout. Respire. Profite de ce vent de liberté, même dans un pays totalement inconnu. 
Je jette un coup d’œil autour de moi, essayant de me retrouver. De me repérer. Merde, je suis complètement paumée !
− Je dois y aller, annoncé-je en commençant à m’éloigner.
− Attends ! me crie Baptiste en réapparaissant à côté de moi. Je peux t’aider ?
− Ça va aller.
Je n’ai besoin de personne, surtout pas d’un inconnu que je ne connais ni d’Adam ni d’Ève. 
− Tu as l’air perdue, et si j’en crois ton accent, tu ne dois pas venir d’ici. 
− Perspicace.
− Alors, si tu veux…
Il persiste et il signe ! Décidément, il n’a rien compris. 
− Écoute, Baptiste, le coupé-je. Je n’ai pas envie de faire amie-ami avec qui que ce soit, OK ? Je te remercie pour tout, mais ça va aller, je t’assure.
Il ne me répond pas, garde son sourire et continue de m’analyser. Je m’en veux presque de l’envoyer bouler alors qu’il vient littéralement de me sauver. Je prends sur moi, puis marmonne : 
− Je viens à peine d’arriver et un malade essaye de me voler. Excuse-moi, mais je ne suis pas particulièrement accueillante. 
 Ses yeux se posent enfin sur le bout de mes cheveux blonds, teintés de bleu. Il ne semble pas se vexer le moins du monde face à ma remarque.
− Bienvenue à Paris. Il doit y avoir plus de vols en un jour que dans le reste de la France. Règle numéro un, ne jamais laisser traîner ses affaires. 
− Elles ne traînaient pas ! 
Mon mauvais caractère a l’air de l’amuser. Une lueur d’intérêt traverse son visage. Pas comme si je l’intéressais, mais plutôt comme s’il réfléchissait.
− Tu veux peut-être que je t’indique le chemin ?
− Euh, non.
Je m’éloigne, et remarque qu’il reste à ma hauteur. C’est quoi, son problème ?
− Tu as dit que tu venais d’arriver. Tu es en France pour les études ?
Je souris presque malgré moi. Je n’ai jamais été studieuse. Après mon diplôme général en poche, je n’ai jamais vraiment pu travailler avec Sean à mes côtés. Autant dire que mes espoirs ont été tués dans l’œuf.
Si Baptiste savait… 
− Pas vraiment, non.
À sa tête, je vois que sa curiosité à mon égard n’a que peu de limites. Mais, je ne le connais pas, et je n’ai pas la moindre envie d’en savoir plus sur lui. Il va me rendre folle à me suivre comme un bon petit toutou bien docile. 
− Pourquoi tu ne me lâches pas ? finis-je par lui demander en m’arrêtant brutalement. Les psychopathes, je m’y connais, alors si je peux éviter d’en croiser un de plus… 
Je le sens s’arrêter, surpris. J’imagine qu’aucune fille qu’il rencontre ne doit lui sortir un truc pareil au bout de cinq minutes. 
− Je fais ma bonne action de la journée, sauver les demoiselles en détresse. 
En détresse, mon cul.  
Je m’arrête rapidement devant une devanture de café, indiquant que la direction souhaite embaucher un serveur ou une serveuse. Devant mon immobilisme, Baptiste se sent visiblement obligé de me demander : 
− Tu cherches un taf ? 
− Un taf ? répété-je, sceptique.
− Un travail, quoi.
Je hoche simplement la tête et me tourne une nouvelle fois vers l’établissement, puis hausse les épaules, lasse.
− Il faut bien commencer quelque part.
Si je ne me sentais pas aussi perdue dans cette grande capitale, je crois qu’il me ferait peur. Suivre une nana dans la rue, c’est plutôt pervers.  
Du coin de l’œil, je le vois regarder sa montre.
− Je dois y aller. Écoute, t’es mignonne, vraiment mignonne. Tu sors les griffes facilement. Et je travaille dans un endroit où on cherche des filles comme toi.
Il sous-entend quoi, là ? 
− Des filles comme moi ?
− T’as...

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