The Missing Obsession
244 pages
Français

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The Missing Obsession , livre ebook

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Description



DARK ROMANCE



« Tu es enfermée ici, mais je le suis avec toi. Toujours. Ne l’oublie pas. »


Que feriez-vous si vous vous réveilliez un matin dans une cellule, pris au piège d'un détraqué possessif et mystérieux ?


Que feriez-vous si vous deviez lutter pour votre survie tout en combattant pour préserver votre esprit ?


Captive d'une pièce aux murs froids, Faustine n'a que deux possibilités : s'accrocher à la vie en se soumettant aux caprices de son ravisseur ou affronter ses tourments et ne pas être certaine de s'en sortir indemne.


Mais c'est sans compter l'esprit machiavélique et retors de celui qui la retient prisonnière. Jusqu'où a-t-il l'intention de l'emmener ?


Entrez dans la pièce à vos risques et périls, vous n'êtes pas certains d'en ressortir vivants...

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 10
EAN13 9791097125929
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0037€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

The Missing
Obsession
 
 
 
 
Angel AREKIN
 
 
L'auteur est représenté par Black Ink Editions. Tous droits réservés, y compris le droit de reproduction de ce livre ou de quelque citation que ce soit sous n'importe quelle forme.
Nom de l'ouvrage : The missing obsession
Auteur : Angel AREKIN
Suivi éditorial : Sarah Berziou
© Black Ink Editions
Dépôt légal Février 2019
Achevé d’imprimer en 2019
Couverture : © Black Ink Editions – Réalisation Élisia BLADE – Sweet Contours. Crédit photos Shutterstock
ISBN 979-10-97125-92-9
Black Ink Editions
23 chemin de Ronflac
17440 Aytré
Numéro SIRET 840 658 587 00018
Contact :  editions.blackink@gmail.com
Site internet :  www.blackinkeditions.com
 
Table des matières

Prologue
I.
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21
Chapitre 22
Chapitre 23
Chapitre 24
Chapitre 25
Chapitre 26
Chapitre 27
Chapitre 28
Chapitre 29
Chapitre 30
Chapitre 31
Chapitre 32
Chapitre 33
Chapitre 34
II.
Chapitre 35
Chapitre 36
Chapitre 37
Chapitre 38
Chapitre 39
Chapitre 40
Chapitre 41
Chapitre 42
Chapitre 43
Chapitre 44
Chapitre 45
Chapitre 46
Épilogue
Remerciements

 
 
Prologue
 
 
J’ai l’impression de manquer d’air. Mes poumons sont en feu. Les larmes roulent sur mes joues avec tant d’abondance que ma vision en devient floue. Je halète, tente de recouvrer mon souffle en prenant appui sur le mur. En retirant ma main, une empreinte de sang épaisse se dessine sur la pierre. La terreur m’engourdit un instant. Tous les mots qu’il a prononcés tourbillonnent dans ma tête.
Vacillante, je me contrains à avancer dans ce long couloir humide, sombre, aux pavés défoncés. J’ai l’impression qu’il n’a pas de fin, pas de commencement, comme toute cette histoire. Il tourne et vire dans ce labyrinthe. Peut-être qu’il n’existe aucune sortie, aucune échappatoire. Quoi qu’il arrive, je suis condamnée.
Un cri se meurt dans ma gorge brûlante. J’ai tellement mal dans la poitrine que tout me semble nauséeux, vague et éclaboussé de sang.
Le sang chaud, sombre et corrosif qui a giclé.
Le sien.
Je mords mes lèvres pour étouffer le prochain hurlement. Je sens mon esprit osciller. Il est à deux doigts de sombrer dans la folie. Elle est là. Me guette. Elle n’attend qu’un faux pas de ma part, une chute vertigineuse dont je ne reviendrai jamais. Je ne suis même pas certaine de pouvoir en réchapper. Elle est froide et tentante et elle tend les bras vers moi pour m’enlacer… comme il l’a fait.
C’est le piège qu’il a bâti. Pour moi.
Je progresse d’un nouveau pas, puis d’un autre. Je me concentre sur chacun d’eux. J’ai besoin de voir la lumière du soleil, de sentir le vent sur mes joues, de construire une nouvelle vie. Qu’importe ce qu’il arrive ensuite, vers quel destin bancal je me dirige, mais je veux contempler de nouveau le jour.
Mon cœur se serre jusqu’à ce que la douleur ressemble à du plomb fondu dans mes veines.
Lui
Le silence règne en dehors du martèlement de mes pas et du son rauque de ma respiration. Il est si oppressant. J’essuie mes larmes du revers de la main et me fige un instant lorsque j’aperçois l’escalier. Un sursaut d’adrénaline se diffuse dans mes veines et me pousse à courir. Mes jambes flageolent, mais je ne peux plus m’arrêter. Ma délivrance ou bien ma folie m’attend là-bas, à la lumière.
Je monte les marches aussi vite que possible et ouvre la porte en haut de l’escalier.
Je parviens dans un immense hall, digne d’un château de conte de fées, ce qui est cocasse : j’ai l’impression d’être l’une des épouses d’Henri VIII.
J’avance sur le dallage en damier noir et blanc, dans ma robe déchirée et souillée. Un lustre gigantesque en cristal m’éblouit, perché à quatre mètres au-dessus du sol. Toute la lumière se diffuse, agressive et épurée. Je tourne sur moi-même, pieds nus, laissant dans mon sillage des éclats vermeils. Je ne pense plus à rien. Mon esprit se vide à mesure que mes lèvres s’étirent en sourire. Les larmes se mêlent à mon hilarité naissante, poussée par mes nerfs qui commencent à lâcher. Lorsque j’éclate au milieu du luxe inouï du château, je me sens sombrer. Mon rire résonne, brisé, dans ce vaste vestibule. Comme mon cœur. Je le sais déjà : il ne reste rien de moi.
Lui
Il a déjà tout pris. Tout emporté.
Qui suis-je à présent ?
J’essuie mes larmes et me fige. Je fixe la porte d’entrée, les cils battant sur mes yeux humides. Je me lèche les lèvres et marche jusqu’aux immenses vantaux en chêne en oscillant comme sur le pont d’un vaisseau. À chaque pas, je me délite, si proche d’exploser en plein vol. Je prête à peine attention au mobilier et au faste qui m’entoure. Je dois sortir d’ici. Si je ne bouge pas, je risque de m’effondrer et de ne plus jamais me relever.
Lui
Lorsque je m’arrête devant la poignée, un hoquet de douleur m’échappe. Je mords dans mon index, secouée de sanglots.
Je suis libre et pourtant, au fond de moi, je sais que mon esprit ne le sera plus jamais.
Parce qu’il est là. En bas. Qu’il existe. Qu’il me veut. Qu’il m’aime.
J’ébauche un rictus dément tandis que j’enroule mes doigts tremblants sur la poignée de métal.
Je le hais. Du plus profond de mes entrailles à la plus petite synapse de mon esprit. Je le hais, le vomis, pour ce qu’ il a pris et qu’ il ne rendra jamais.
J’enfonce la poignée et pousse le battant. Un filet d’air assèche aussitôt mon visage.
Une lumière vive m’éblouit alors que je franchis le seuil, mettant à jour le sang sur mon corsage. Mon cœur bat à toute vitesse. Je m’arrête sur le perron, au sommet d’un escalier en forme de fer à cheval. Mon regard erre sur le jardin, se suspend, et je constate soudain l’ampleur des dégâts qu’il a provoqués.
Il m’a menti…
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
I.
Prisonnière
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Un
 
 
 
 
Chapitre 1
 
 
Jour 4
 
Je griffe le battant en chêne. J’y plante mes ongles encore et encore, laissant des traînées de sang dans leur sillage. La douleur se diffuse, lancinante et de plus en plus agressive, mais je m’en fous. Je continue de cogner, heurter, maltraiter cette foutue porte, même si elle ne bouge pas d’un pouce, même si les charnières n’émettent pas un couinement. Je ne peux pas m’en empêcher. Si je n’agis pas, si je ne sens pas la douleur, j’ai l’impression que je suis déjà en train de mourir. J’ai hurlé les trois premiers jours, jusqu’à m’en arracher la gorge, mais ça n’a rien changé. Il a continué de m’apporter mes repas, tirant seulement le panneau pour y glisser un plateau, sans ouvrir la bouche, sans même se montrer. Tel un fantôme, il me garde prisonnière dans les entrailles de la Terre.
Cela ne peut être que ses entrailles. Ma cellule est minuscule, tout en pierres humides et suintantes, comme si elles pleuraient. La seule lumière se diffuse depuis une archère en forme de croix, semblable à celle d’un vieux château fort. Mon ravisseur a tenté d’y glisser un semblant de confort en déposant un épais tapis au pied d’un petit lit, et un paravent qui dissimule les commodités. Voilà à quoi se résume ma cellule. Un lit et un paravent. Le reste n’est que vide. Mes cris se perdent, étouffés par les pierres. Je ne sais même pas où je suis. Je pourrais tout aussi bien être dans un autre pays. Loin de tout ce qui me raccroche à la vie, certes, pas grand-chose, pourtant, ces petits riens me semblent soudain indispensables.
Les premières heures, j’ai cru devenir folle de terreur. Chaque bruit, chaque pas, chaque mouvement m’ont tirée d’une torpeur catatonique. J’ai eu le sentiment qu’on s’apprêtait à me torturer jusqu’à l’agonie et cette pensée m’a liquéfiée de l’intérieur. J’ai vomi ma peur dans les toilettes. Mais il ne s’est rien passé. Mon kidnappeur a poursuivi sa routine. Un jour après l’autre, il m’a apporté de quoi manger sans desserrer les lèvres.
J’ignore à quoi il ressemble.
Quand j’ai trouvé le courage de m’approcher de la porte pour lui parler, lui rappeler que je suis humaine, que j’ai une âme, une pensée, une existence – c’est ce que disent toujours les psys dans les films : tenter de rappeler à son ravisseur notre humanité – je me suis retrouvée face au masque d’Anonymous, comme si j’étais propulsée dans le film V comme Vendetta . L’intérieur de mon corps m’a paru vivant. Tout a pulsé en moi, engendré par des élans d’épouvante. La réalité de ma situation a pris naissance dans la silhouette de l’homme qui se tenait en face de moi.
Deux yeux bleus m’ont fixée à travers le guichet, comme s’il semblait surpris de me découvrir devant lui. Des iris d’un bleu gris profond, froids et implacables, le mariage entre un ciel gorgé d’orage et un arc électrique. J’ai suffoqué devant la porte, mais je n’ai pas dévié le regard. Au moment où j’ai ouvert la bouche pour parler, il a déposé brutalement le plateau sur la séparation, provoquant en moi un hoquet de stupeur, puis s’est éclipsé sans un mot. J’ai bien essayé de l’appeler, mais ma voix s’est fêlée, déchirée par la terreur.
La fois suivante, il s’est assuré que j’étais à ma place, assise dans le lit, avant de laisser mon repas. Je n’ai pas bougé depuis, trop angoissée pour me déplacer jusqu’à lui. Mais dès qu’il n’est pas là, je ne peux pas résister à la redoutable tentation de démolir cette porte, même si c’est grotesque. Elle est énorme. Je ne peux rien, ni la défoncer, ni crocheter la serrure.
Maintenant, je ne suis plus certaine de savoir depuis combien de jours je suis enfermée. Le temps semble s’écouler encore plus lentement, comme si les minutes s’égrenaient comme des heures, comme si les heures se transformaient en jours.
Malgré mes émotions malmenées, je sais qu’il est en train de positionner méticuleusement ses pièces. Je me raccroche à tout ce que j’ai pu entendre et apprendre sur les psychopathes, les maniaques, les obsédés en tout genre. Je me raccroche de toutes mes forces à mon intelligence, la logique, au cerveau humain, à ma capacité à analyser, à tout ce que j’ai pu lire. Si je lâche le rebord de cette conscience, je ne donne pas cher de mon esprit et de ma survie.
Il me manipule et cherche à détruire toutes mes barrières qui lui permettront ensuite de s’immiscer dans mon univers, pour me manier à sa guise, s’infiltrer par tous les pores de mon corps pour faire de moi ce qu’il désire. S’il avait voulu me tuer, il aurait probablement déjà exécuté son plan. Il souhaite autre chose. Ma raison d’être ici a un but précis, mais lequel ? Et ce « lequel » me terrorise. Ou bien fait-il seulement durer le plaisir ? Me voir me détruire peu à peu l’excite peut-être. Jusqu’où peut-on pousser un être humain avant qu’il ne s’avilisse pour sa survie ? Non, surtout ne pas penser à ça. Chasser cette idée…
Je pose ma tête contre le battant, les deux paumes appuyées de chaque côté. Je respire fort. J’ai l’impression d’étouffer lentement dans cette pièce, dévorée par ma propre peur.
 
 
Chapitre 2
 
 
Jour 5
 
Le bruit du verrou me tire brutalement de ma somnolence. Je me redresse dans le lit, comme si j’étais montée sur ressort. La vague de terreur me submerge lorsque le battant s’ouvre lentement.
Comme si ça pouvait me sauver du sort qui m’attend, je recule jusqu’au mur et ramène mes genoux contre ma poitrine. Mon attitude est grotesque ; j’en ai conscience. Je devrais plutôt me mettre debout pour tenter de m'échapper des griffes de mon agresseur, mais si mon cerveau engrange cette information, mon corps n’obéit pas.
Une ombre s’étale sur le sol à mesure qu’il avance dans la pièce et à mesure que les contours de sa silhouette se brossent, j'ai l'impression que tous mes organes se rétractent. Ma vessie se contracte méchamment et je dois fournir un effort pour la retenir de se vider. La peur est horrible à voir. Je suis sûre qu’elle déforme mon visage, alors que le sien est immuable, arborant le masque de cet être anonyme, défenseur de la liberté. Quelle ironie !
La main sur le battant, tourné vers moi, il m’observe en silence. Ce dernier s’étire, devient oppressant ; il envahit la cellule et prend toute la place. Je ne parviens plus à respirer.
J’essaie de me concentrer sur des éléments pragmatiques : étudier la situation. Analyser mon adversaire.
Mon ravisseur est grand. Il doit avoisiner les 1m85. Il porte des cheveux bruns et courts, aux mèches folles. Certaines retombent sur ce masque dont les lèvres de plastique sont perpétuellement étirées en un rictus moqueur, comme si toute cette histoire n’était finalement qu’une vaste plaisanterie.
Il est vêtu d’un jean bleu foncé et d’un t-shirt noir tout simple. Il est svelte et fin, à la façon d’un athlète de sports de combat. J’essaie de trouver sur lui un élément qui détonne, qui me donne des indices de son identité ou de ce qu’il désire, n’importe quoi qui m'offre un semblant de piste. Je tente de m’accrocher à des éléments concrets qui m’empêcheront de sombrer dans la peur et la folie. Mais en dehors de son masque, de ses vêtements très sobres et de ses baskets, je n’ai rien à me mettre sous la dent. Il est parfaitement anonyme.
Je l’entends soupirer. Il baisse la tête un bref instant vers le sol, et j’ai la sensation de prendre un coup dans la poitrine. Chacun de ses mouvements me procure une poussée d’adrénaline que mon cœur n’est pas assuré de supporter. Je mords dans mon poing, juste sous le pouce, pour ne pas crier et garder mon contrôle.
Des données pragmatiques.
Mais je n’en trouve plus aucune. Il n’y a rien. Il ne me laisse rien.
Soudain, il lâche le battant et s’approche du lit. À chacun de ses pas, je m’évapore dans la terreur la plus absolue. Si j’étais un bout de verre, je serais en train de me fissurer de partout, prêt à l’implosion.
Il s’arrête à quelques centimètres du sommier. Sous mes yeux, il paraît encore plus grand. Je me concentre sur les oscillations de sa poitrine, ce qui me prouve qu’il est bien humain. De toute façon, qui peut faire du mal à un humain de cette façon si ce n’est un autre humain ?
Il me regarde de haut, avec une certaine froideur, comme s’il cherchait à me cataloguer. Je ne suis sûrement rien de plus qu’un bout de viande pour cet homme.
Je desserre la pression de mes dents dans ma paume et balbutie :
— Pour… pourquoi ?
Je pourrais presque apercevoir les crispations de son visage en dépit du masque. Tout son corps se rigidifie au son de ma voix. Il détourne un instant la tête vers le mur, soupire à nouveau comme si tout ceci était désagréable, puis tire de derrière son dos…
Je me crispe, mon pouls devenant si chaotique que je crains de m’évanouir.
… un bouquin.
Il le jette à mes côtés, puis son regard percute le mien. Je cligne plusieurs fois des paupières pour m’ancrer dans cette réalité surréaliste, me fixe sur le livre, puis sur l’homme. J’ouvre la bouche, la referme, puis lâche :
— L’amant de Lady Chatterley ?
Son regard affiche un air moqueur. Il lève la main pour effleurer du bout des doigts ses lèvres en plastique, puis il recule dans la pièce.
— Tu ne vas pas mourir tout de suite, autant t’occuper, n’est-ce pas ? raille-t-il.
Sa voix s’engouffre sous les strates de ma peau jusqu’à griffer mes os. Je me tétanise, le regard vissé au sien comme si une sangle venait brutalement d’y être arrimée. Mon cerveau a enregistré l’information. Elle tourne en boucle, mais il ne parvient pas encore à la cataloguer. Son timbre est grave, chaud, un peu enroué comme celui d’un chanteur de jazz.
L’homme s’est arrêté près de la porte, comme s’il avait saisi la fluctuation de mes émotions dans l’air. Il me fixe, une lueur nouvelle dans ses iris incandescents. Son intensité soudaine me brûle la peau, dérangeante et écrasante. Je déglutis et ramène le livre contre ma poitrine sans le quitter des yeux, en un geste de protection inutile.
Ses doigts qui ont saisi la poignée se crispent violemment, faisant blanchir ses articulations. Je crains qu’il ne s’avance de nouveau vers moi pour mettre un terme à toute cette farce, mais il se contente de hocher la tête comme pour lui-même, me permettant de retrouver mon souffle.
— Tu as le temps d’avoir peur, murmure-t-il de cette voix basse et profonde, puis il referme la porte sur ses pas.
Je serre la mâchoire jusqu’à la douleur pour étouffer la nouvelle vague de sanglots qui menace de m’envahir. Je presse le livre contre moi, me forçant à respirer par à-coups, et me concentre sur cet homme dont j’essaie de deviner l’identité.
Mais, au fond, une seule chose est sûre.
Je connais cette voix.
 
§
 
Il me regarde.
Depuis qu’il est entré dans ma geôle, il est adossé au mur, à l’opposé du mien, et il m’observe à travers son masque blanc au sourire sarcastique. Il n’a pas desserré les lèvres. Je ne l’ai pas quitté des yeux. J’ai l’impression de livrer un duel : le premier qui lâche a perdu.
Ma survie ne tient qu’à un fil et j’ai le sentiment que si je bouge, si je détourne le regard, il ne fera qu’une bouchée de moi, comme s’il n’attendait que ça.
— Tu as entamé ta lecture ?
Sa voix tranche l’air. L’oxygène autour de moi semble s’amenuiser à toute vitesse. Je reprends une inspiration laborieuse, avant de secouer la tête, ma nuque tiraillée comme si quelqu’un y avait planté des aiguilles pour étirer les fils d’une marionnette. Je tiens le livre dans mes mains, mais je n’ai fait que tourner les pages, incapable de me concentrer sur la moindre ligne. Mon cerveau ne cesse de revenir dans cette cellule, sur ma condition, sur cet homme.
— Pourquoi ? Il ne te plaît pas ?
Sa question n’est pas sérieuse ? Je ne peux pas croire qu’il s’intéresse vraiment à un quelconque avis de ma part sur ce bouquin.
— J’ai… déjà lu D.H. Lawrence.
Il m’épie et semble se délecter de la moindre de mes expressions effrayées.
— Tu as aimé ?
— C’est important ?
Ma phrase m’a échappé. Je me mords les lèvres et baisse un instant les yeux sur le roman que je tiens entre mes doigts crispés.
— Tu as le droit de parler, me dit-il. Je ne suis pas armé. Tu ne risques rien.
— Il n’est pas forcément utile d’avoir une arme pour blesser quelqu’un.
— Hmm, en effet.
Ce sont ses seuls mots. Sur son visage masqué, sur sa voix tamisée, j’éprouve des difficultés à comprendre le cheminement de ses pensées. Je dérive sur ses yeux aux nuances de métal et de bleu.
— As-tu aimé cette lecture ? insiste-t-il.
Je déglutis avant de hocher la tête.
— Qu’est-ce que tu as aimé ?
— Le… réalisme des relations.
— La femme adultère ?
Ma gorge se noue. Je ne suis pas certaine d’apprécier cette conversation littéraire. Je ne saisis pas ce qu’il attend de moi.
— L’éveil à… à… la sensualité, je bredouille, à bout de souffle.
Son regard s’attarde sur mon visage si longtemps que j’ai l’impression qu’il me marque au fer rouge. Il hoche la tête, puis se redresse brusquement. Je manque de gémir de désespoir en le voyant approcher, mais il s’arrête près de la porte. Ses prunelles azurées plongent dans les miennes et comme chaque fois, elles me happent dans sa toile.
— Son amant lui apprend à aimer. Elle lui apprend à vivre.
Il n’attend pas de réaction de ma part, ce qui est plutôt une bonne chose puisque je n’en ai aucune, et referme le battant derrière lui, me laissant saisie de stupeur. Je ne comprends rien. Je prends une lourde inspiration, canalisant tant bien que mal les vagues de détresse qui me semblent de plus en plus familières. Je suppose que ce livre a un sens pour lui. Un sens plus profond que je ne lui en ai accordé. Si je suis prisonnière ici, en proie à un dément, il faut me forger des armes pour me battre et l’affronter, même si je ne suis pas assurée de gagner. Mais tant qu’il me parle, tant qu’il s’amuse à construire un jeu dont lui seul connaît les règles, j’ai encore une chance de survie. Je m’accroche désespérément à cette idée.
J’ouvre la première page du livre et lis : « nous vivons dans un âge essentiellement tragique ; aussi refusons-nous de le prendre au tragique. Le cataclysme est accompli ; nous commençons à bâtir de nouveaux petits habitats, à fonder de nouveaux petits espoirs. C’est un travail assez dur : il n’y a plus maintenant de route aisée vers l’avenir ». 1
 
 
 
 
Chapitre 3
 
 
Nuit 6
 
J’ai dû m’assoupir car je sens du mouvement près de moi. Mon premier réflexe est de sursauter et de pousser un hurlement, mais je me réfrène et ravale mon cri. J’entends seulement le son de sa respiration. Mon Dieu, je vais mourir…
Le drap ondule sur mon corps et découvre mes mollets. Je presse l’étoffe dans mon poing.
Des images de torture, de viol submergent mon esprit. J’essaie de les chasser, mais je n’y parviens pas. Tout ce que peut m’infliger cet homme restera à jamais entre les murs de cette prison, et je ne peux rien, ni lutter, ni mourir.
Je voudrais vieillir…
Tout à coup, je ne pense plus qu’à ça.
Son index et son majeur frôlent ma cheville et serpentent le long de mon mollet. Des frissons m’envahissent et s’égayent depuis la pulpe de ses doigts jusqu’à mon épine dorsale. Il passe sur l’arrière de mon genou et repousse encore le drap sur ma cuisse. La tête enfouie dans l’oreiller, je ferme les paupières jusqu’à la douleur, retenant mes sanglots et mes cris. J’ai envie de le supplier d’arrêter. Mon cœur bat si fort que j’ai l’impression qu’il est partout, dans tout mon corps.
— Je sais que tu ne dors pas.
Sa voix me remplit d’épouvante. Elle est basse et lourde, fissurée comme un bout de papier qui se déchire.
Sa main balaie le drap du haut de mes cuisses nues et écarte légèrement la nuisette dans laquelle il m’a enlevée, pour flatter la courbe de mon fessier.
Non, non, non…
Ce qu’il désire obtenir devient de plus en plus évident. Les larmes me brûlent les yeux, rugissent et battent derrière mes paupières.
— Je sais que tu souhaites des réponses.
Son index glisse sur ma hanche, retroussant davantage ma chemise au fur et à mesure de son ascension.
— Tu te demandes pour quelles raisons tu te retrouves dans cette situation, toi, et aucune autre.
Son doigt effleure ma culotte jusqu’à la chute de mes reins et passe par-dessus ma nuisette pour longer ma colonne vertébrale, provoquant une armada de frissons. Partout où il me touche, j’ai l’impression de brûler. Jamais je n’ai senti mon corps si vivant. Je ressens le moindre de mes muscles paralysés, la moindre tension, le plus petit battement de cœur dans ma carotide et même ma peau semble douée de conscience, m’alertant du danger imminent.
— Je t’observe depuis des mois… Faustine.
Je me fige. Il connaît mon prénom. Mes veines ont l’air de se remplir de plomb fondu. Des mois ?
Je peine à ouvrir les paupières, comme si on les avait enduites de colle, mais je ne me retourne pas. Je fixe le mur.
— Pour… pourquoi ?
Ma voix est un mince filet à peine reconnaissable. Je demeure immobile, les poings serrés.
— Tu m’attires, m’avoue-t-il. Comme une reine à qui je dois mes offrandes.
Mon pouls devient chaotique.
— Vous kidnappez toujours… les femmes qui vous attirent ?
— Personne n’a jamais suscité une telle émotion en moi, en dehors de toi.
Sa confidence me glace le sang. Je n’ai aucune envie d’être exceptionnelle pour cet homme.
— Je… n’ai rien de spécial.
— Tu as obtenu une mention très bien à ton Master en Littérature générale et comparée, mais au lieu de choisir une voie dans laquelle tu aurais pu mettre à profit ton diplôme, tu as préféré n’en faire qu’à ta tête. Tu es issue d’une famille bourgeoise, tu es riche, mais tu es bien trop sauvage et bien trop cabossée pour te soumettre aux diktats que l'on voudrait t'imposer. Tu as toujours été en roue libre, lancée en pleine vitesse sur la route. Tu as mal accepté la distance que ton père a mise entre vous après le décès de ta mère. Tu as eu de nombreux amants – bien trop…
Abasourdie, je me redresse brusquement dans le lit, un genou ramené contre ma poitrine en guise de protection. Je me retrouve aussitôt nez à nez avec le masque blanc d’Anonymous et ses profonds yeux bleus. La terreur sombre sur moi, encore plus marquée, plus prégnante, plus dangereuse.
— Comment avez-vous pu découvrir tout ça ?
Ses yeux bleu-gris m’observent au travers du masque statique, blanc et froid. Il laisse un long silence s’installer. Sa main est enroulée autour de ma cheville droite, en attente. Son buste est légèrement incliné vers l’avant, et je surprends dans son regard l’inspection à laquelle il est en train de soumettre mon visage marqué par l’épouvante et la stupéfaction.
— Cela ne fait pas des mois que vous m’épiez, je lâche subitement, sûre de moi.
Je ne peux pas le distinguer à travers le plastique, mais je pourrais jurer qu’il sourit à ma remarque, comme si tout ceci n’était qu’un jeu pour lui.
En réponse à ma question, le masque d’Anonymous bouge de haut en bas et un courant électrique s’engouffre dans chacun de mes muscles.
— Pour…
— Je t’ai toujours suivie, Faustine, me coupe-t-il. Je n’ai jamais pu m’en empêcher. J’ai essayé pourtant. Je suis parti quand j’ai eu dix-neuf ans, mais je n’ai pas tenu six mois sans te voir. Ça me dévorait les tripes de ne pas savoir à quoi tu passais tes journées, avec qui tu sortais, à qui tu pouvais bien penser.
Ses doigts s’élèvent et frôlent mon visage. J’ai un mouvement de recul, mais il le comble aussitôt, le bout de ses doigts glacés touchant ma joue. Mon souffle se tarit au fond de ma poitrine. J’ouvre la bouche, incapable de respirer ou de parler.
— J’ai tenté de t’oublier. J’ai fréquenté quelques filles, mais elles avaient toutes un goût détestable. Elles n’avaient pas ton regard, ta fougue, ta beauté. Elles ne possédaient pas ton sourire ou ta manière d’observer les gens en agissant l’air de rien. Aucune n’était toi. Je devais revenir. Mais à mon retour, tu sortais avec cet enfoiré de Daryl Bursneiker. Tu m’as profondément démoli ce jour-là, même si le mot « sortir » n’est pas le plus adéquat, je suppose, pour qualifier une relation comme la vôtre, n’est-ce pas ?
Je déglutis péniblement, confrontée aux souvenirs désastreux qu’il me renvoie, la boule d’angoisse menaçant d’exploser dans mon estomac. Mes doigts sont serrés autour des draps pour tenter de canaliser toutes les émotions qui me traversent le corps comme des harpons, tandis que les siens modèlent mon visage, dessinant ses contours.
— Mais de toute façon, chaque fois que tu as fréquenté un autre homme, j’ai été déçu et énervé. Aucun de ces abrutis ne te méritait. Aucun n’aurait jamais dû avoir le droit de poser la main sur toi. Ils ne voyaient pas qui tu étais vraiment. Ils ne percevaient que la surface, ce que tu voulais bien leur dévoiler, c'est-à-dire, pas grand-chose. Tu as toujours été secrète. Tu savais que David Denfield t’avait trompée ?
Je hoche la tête. Je l’ai en effet découvert un jour où, suspicieuse, j’ai fouillé délibérément dans son téléphone. Je ne m’étais pas fourvoyée, mais je ne le regrettais pas vraiment. David, comme les autres, n’était qu’un subterfuge pour combler les trous de ma vie.
— Ils t’ont touchée alors qu’aucun d’entre eux n’aurait dû en avoir le droit.
— Je suis une fille ordinaire…
— Pas pour moi, répond-il sans concession.
Ses yeux bleus restent ancrés au fond des miens. Ils ne dévient jamais de leur trajectoire, aimantés à mon corps.
— Si… si vous me connaissez depuis si longtemps, pourquoi ne pas être venu me voir comme quelqu’un de normal ?
Il incline la tête sur le côté, comme s’il était plongé dans une intense réflexion. Ses doigts sur ma cheville se resserrent et me paralysent, alors qu’il retire ceux de mon visage pour les poser sur sa cuisse.
— Tu aurais refusé de me parler.
— Qu’en savez-vous ?
Il rit. Un rire léger et rauque qui transperce mon échine.
— Je ne suis pas un homme normal, Faustine. Nous en avons tous les deux conscience. Je ne te mérite pas plus que les autres, peut-être même moins encore que les autres, mais je ne peux pas me passer de toi. C’est une réalité contre laquelle je ne peux lutter.
J’ai l’impression de sentir une brûlure sur ma peau, là où ses doigts s’enfoncent.
— Alors… vous comptez procéder à un rituel pour m’éliminer de votre vie ? Ou me… violenter ?
Il éclate de rire sous son masque blanc. Pendant un court instant, ses yeux gris-bleu s’arrachent de l’orage pour se fondre dans le soleil, mais ce moment ne dure qu’une fraction de seconde et explose.
— Tu souhaites que je te violente ?
Mon expression doit lui offrir un curieux mélange de mortification et de stupeur, ce qui lui soutire un nouvel élan d’hilarité.
Il s’approche à nouveau, sa main se posant sur mon genou pour m’obliger à l’abaisser et libérer ma poitrine. Sa paume sur la peau nue de ma cuisse a presque raison de mes forces. Je suis à deux doigts de hurler et d’éclater en sanglots. Son masque d’Anonymous glisse jusqu’à moi et ses grands yeux céruléens plongent dans les miens.
— Il est possible que je te touche, Faustine. J’en ai besoin, mais je ne te ferai pas de mal, tant que tu resteras sage.
— Sage… c’est… obéissante ? je bredouille, la gorge ligaturée par des fils barbelés.
Il hoche la tête. Je ne sais pas si je dois le remercier pour son honnêteté ou hurler à nouveau tout le désespoir qui m’envahit. Cet homme ne me laissera jamais quitter cet endroit !
— J’espère…
Il s’interrompt un instant, cherchant ses mots.
— J’espère me gorger suffisamment de toi pour te laisser repartir ensuite. Si j’y parviens, je ne reviendrai plus dans ta vie.
— Et si vous n’y parvenez pas ?
Il ne répond pas.
 
 
 
Chapitre 4
 
 
Jour 6
 
 
Allongée sur le lit, je repense à ses paroles. Elles tournent en boucle dans ma tête au point de me rendre folle. S’il m’observe depuis des années, s’il a appris tous ces détails sur moi, une seule évidence m’apparaît : je le connais aussi.
Je l’ai croisé, vu, aperçu, peut-être même touché. Sa voix m’est familière, mais je n'arrive pas à la replacer dans un contexte, et son masque ne me laisse entrevoir que la couleur de ses yeux, à peine leur forme. Je ne parviens pas à poser de traits sur son visage anonyme. Je fouille dans ma mémoire à la recherche d’un indice qui pourrait me conduire jusqu’à lui, même si au final, ça ne changera rien à mon sort. Que je connaisse ou non cet homme, il ne me libérera pas davantage tant qu’il n’aura pas procédé à l’exécution de son plan. Comment peut-on séquestrer une femme pour laquelle on éprouve des sentiments ? Pourquoi ne pas être venu me voir pour m’inviter ?
Question ridicule, Faustine ! Ce type est anormal. Il est fou. C’est un psychopathe qui s’est façonné une véritable obsession autour de toi .
Voilà ma réalité. Je ne peux pas raisonner un homme tel que lui. Il ne m’écoutera pas, ne verra pas le bien-fondé de mes arguments, il ne prendra pas en compte mon humanité. Je ne dois représenter qu’un objet pour lui, un jouet avec lequel il souhaite s’amuser.
La seconde réalité qui se creuse en moi à coups de hache est qu’il ne me laissera jamais partir. Il ne le pourra pas, pas si je suis ce qu’il prétend : cette femme qu’il désire coûte que coûte.
Ou alors tout ceci n’est qu’un tissu de mensonges. Suis-je en train de me faire manipuler ? Heure par heure, il détruit ma capacité à réfléchir pour m’abandonner entre les griffes de l’angoisse, celle qui finira de m’annihiler pour que je ne lui résiste pas le moment venu.
Je me glace de l’intérieur.
Le moment venu…
Quel sera-t-il ?
...

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