Trois voeux pour s aimer
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Description

Romance contemporaine - Romance de Noël - 460 pages



Plus rien ne va dans ma vie : après avoir perdu mon job, mon petit ami m’a larguée. Maintenant, il ne me reste plus qu’à passer le pire Noël de mon existence, seule, dans un cottage miteux isolé dans les Highlands.


Cerise sur le gâteau, je viens de détruire le trésor de ma famille : cette vieille boule à neige dont j'ai hérité. Pourquoi faire toute une histoire pour cette relique ? Tout simplement parce qu’elle renfermait un génie et que je ne me débarrasserai pas de ce drôle de type, aussi exubérant qu’intrigant, tant que je n’aurai pas fait mes trois vœux. Puisque mon nouveau colocataire semble attirer les problèmes comme un aimant, quelque chose me dit que ce père Noël improvisé ne me fera pas de cadeaux.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 5
EAN13 9782379613647
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Trois vœux pour s’aimer
Trois voeux pour s‘aimer

Laura Emann
Laura Emann

Mentions légales
Éditions Élixyria
http://www.editionselixyria.com
https://www.facebook.com/Editions.Elixyria/
ISBN : 978-2-37961-364-7
Concept de couverture : Didier de Vaujany
Prologue



Juillet 2006, Highlands - Écosse
— Six, cinq, quatre, trois, deux, un... J’arrive !
Cette voix, c’est celle de ma cousine Elody. Avec sa petite sœur Jane, elles m’obligent à jouer à cache-cache du matin au soir. Étant donné qu’elles ont quelques années de plus que moi, je n’ai pas trop mon mot à dire. Je ne sais pas comment elles s e débrou illent mais, à chaque fois qu’on joue, je suis la première à être trouvée. Je vais finir par croire qu’elles ont passé un pacte secret afin de se liguer contre moi. Il faut dire que du haut de mes huit ans, je suis hyper dangereuse à ce jeu hautement stratégique. Bien entendu, je dis cela en plaisantant. Quoique...
N’ayant pas trouvé la moindre cachette digne de ce nom à l’extérieur, je décide d’aller tenter ma chance à l’intérieur.
Ma grand-tante Susane est en train de faire la sieste . Puisqu’elle nous a interdit de jouer dans le cottage, de peur qu’on la réveille, je retire mes sandales et entre sur la pointe des pieds.
Je traverse l’entrée, puis atterris dans le salon où je suis tentée, dans un premier temps, de me cacher dans la cheminée. Mais cette cachette est loin d’êt re idéale, car en plus de n e dissimuler que la moitié de mon corps, je risque de salir ma nouvelle robe et maman ne sera pas contente.
Je suis sur le point de faire demi-tour quand mon regard glisse sur divers objets posés sur le rebord de la cheminée. Parmi ce bric-à-brac composé de cadres photo, d’une tour Eiffel miniature et d’un assortiment de bougeoirs aussi moches les uns que les autres, je suis automatiquement attirée par une boule à neige. Ou devrais-je dire LA boule à neige. Celle-là même que ma grand-tante a rebaptisée : On-Touche-Avec-Les-Yeux.
Cette boule est hyper tentante et rien qu’e n la regardant, j’ai déjà le poignet qui se secoue de haut en bas. Un peu comme la queue d’un chien lorsqu’on lui montre une friandise.
Retiens-toi Kate, retiens-to i… Et pense à autre chose comme à cette stupide Elody qui te cherche partout dehors.
Soudain, un éclair, comparable au flash d’un appareil photo, traverse la pièce. Ce qui est étrange, c’est que cette lumière semble avoir été émise par l’objet interdit.
Il n’en faut pas plus pour attiser ma curiosité. Ni une ni deux, je saisis la babiole et commence mon inspection en la faisant tourner entre mes d oigts. À première vue, elle est vieille. Rectification, TRÈS vieille. Peut-être même plus que mon aïeule qui doit avoir... D’ailleurs, quel âge a-t-elle ? Hum... À une ou deux décennies près, je dirais bien cent cinquante ans.
La boule à neig e est de taille moyenne, mais elle paraît plutôt grosse dans mes petites mains. Le socle est en bois et de drôles de mots y sont gravés. J’ai beau savoir lire en anglais et en gaélique, j’ai du mal à déchiffrer ce charabia. C’est sûrement du chinois. À ce qu’il paraît, tout est fabriqué en Chine de nos jours. Du moins, c’est ce que papa marmonne à chaque fois que maman lui demande de reprogrammer notre poste de télévision et qu’il tente de comprendre la notice explicative.
En fait, le mode de fonctionnement de la boule est des plus si mples : de petits confettis blancs représentant des flocons de neige dansent autour d’une é toile couleur or dès qu’on la secoue. Chose que je compte faire dans moins de trois secondes...
Trois, deux, un...
Tout d’un coup, j’entends la porte d’entrée s’ouvrir en grinçant. Mince ! J’ai presque oublié ma cousine, ou dois-je plutôt dire mes cousines, car à en croire les chuchotements, elles sont bien deux à me chercher.
— Tu crois qu’elle est ici ? demande la première que je devine être Jane.
— Bien entendu ! Regarde ! Elle a laissé ses chaussures sur le paillasson, r épond sa sœur aînée.
Argh, comment ai-je pu être aussi bête ? En laissant mes sandales dans l’entrée, je leur ai permis de me suivre à la trace. Difficile de croire que je suis « une fillette à l’esprit vif, définitivement en avance sur son âge », comme le prétend ma maîtresse, après avoir commis une telle négligence.
Ne m’avouant pas vaincu e pour autant, je trottine en direction de l’escalier et décide de monter au premier é tage.
Alors que mes cousines continuent de me cherc her au rez-de-chaussée, je file me cacher dans ma chambre et pose la boule sous mon lit. Je suis sur le point de me glisser dans le placard quand, cette fois, j’entends la voix de la maîtresse de maison gronder dans le couloir.
— Kate, c’est toi qui viens de me réveiller  ?! Je vous avais pourtant prévenues, je ne veux pas vous voir jouer à l’intérieur lorsque je fais ma sieste !
Tante Susane est une femme gentille et elle nous aime profondément. Cependant, elle ne plaisante pas avec deux choses : le rituel de la sieste et cette stupide boule à neige qu’elle chérit plus que tout au monde.
Bref, je suis cuit e et, puisqu’elle est de la vieille é cole, je risque de passer un sale quart d’heure une fois qu’elle aura franchi le pas de la porte.
Pour la seconde fois de la journée, un flash lumineux transperce la pièce. Je me retourne en direction de la boule à neige, mais celle-ci semble normale.
— Approche-toi, n’aie pas peur , chuchote une voix à la fois mystérieuse et envoûtante dans ma tête.
Méfiante, j’avance doucement vers le lit, me mets à quatre pattes et saisis l’objet. C’est pile à ce moment que ma tante entre dans la chambre.
Eh voilà, je viens de me faire prendre la main dans le sac !
À ma grande surprise, la vieille dame tourne la tête de gauche à droite comme si elle ne me voyait pas. Puis, elle repart dans le couloir en marmonnant entre ses dents quelque chose qui ressemble à " j ’étais pourtant certaine de l’avoir entendue... ".
Abasourdie , je regarde le gadget que je tiens dans ma main sans comprendre ce qui vient de se passer. Il est clair qu’elle a besoin de nouvelles lunettes car, jusqu’à preuve du contraire, je ne suis pas...
— Invisible.
Ce mot ce n’est pas moi qui l’ai pensé, mais cette voix mystérieuse qui résonne dans ma tête.
— Ce sera notre secret , ajoute-t-elle avant de se taire pour de bon.
Enco re bouche bée après ce que je viens d’entendre, je remarque que mon bras est devenu transparent. En fait, tout mon corps ainsi que mes vêtements sont à présent translucides si bien que je peux voir le sol au travers de mes pieds  ! Confuse, je cligne plusieurs fois des yeux et cette curieuse illusion d’optique disparaît aussi vite qu’elle est apparue.
L es adultes ont raison de dire qu’il est préférable de porter un chapeau en plein été. J’ai passé toute la journée dehors à jouer au soleil et maintenant, je vois et entends des trucs bizarres. À en croire le couinement émis par le lit de la chambre voisine, tante Susane est finalement retournée se coucher. De plus, je peux voir au travers de la fenêtre que mes cousines se trouvent à présent dans le jardin. J’en profite donc pour redescendre dans le salon et remettre, ni vu ni connu, l’objet décoratif à sa place.
Bien ente ndu, je ne peux m’empêcher de retourner une toute dernière fois cette bonne vieille boule à neige. Je sais que ce qui s’est produit dans ma chambre n ’était que le fruit de mon imagination. Cependant, et alors que j’observe les flocons en train de retomber au pied de l’étoile dorée, je me penche vers le globe et murmure sûre de moi :
— Merci. Un jour, je te revaudrai ça.
Chapitre 1



Mardi 8 décembre 2020, Édimbourg
«  ♫  Last christmas I gave you my heart but th e very next day you gave it away, this year to save me from tears...  ♫ »
Ce matin, je me réveille au son de l’un de mes hits de Noël préférés. Wham ! et les autres groupes des années quatre-vingt me font bien plus vibrer que les chanteurs actuels. Cela dit, James Blunt fait exception à cette règle. En éternelle midinette, je l’adore plus que de raison et ne manquerais un de ses concerts pour rien au monde. Puisqu’il est peu probable de voir le chanteur britannique pousser la chansonnette en portant une combinaison de ski dans son prochain vidéo-clip, je referme les yeux, sereine. Le tube de Georges Michael a encore de longues an nées devant lui et cela me ravit au plus haut point.
Vu le long gémissement de dégoût de mon petit ami Peter, tout le monde n’est pas de cet avis. On croirait entendre quelqu’un à qui on aurait échangé le Nutella de sa tartine par du haggis périmé.
— Oh Kate, mais c’est quoi cette horreur ? se plaint-il en se mettant un oreiller sur la tête. Tu sais que je déteste cette chanson ! En plus, elle n’arrête pas de passer en boucle à la radio en ce moment.
— Ah bon ? C’est bizarre, car je ne l’ai pas encore entendue une seule fois cette anné e, répliqué-je en mentant de façon éhontée.
— J’aimerais que tu désinstalles ce truc de ton téléphone avant qu’il ne me rende complètement marteau.
« Ce truc », comme il l’appelle si bien, c’est l’application « alarme de Noël » que j’ai téléchargée en début de mois et qui nous sert de réveil matin depuis plus d’une semaine. Fonctionnant en mode aléatoire, nous ne savons jamais à l’avance sur quelle chanson de Noël nous allons nous lever.
Contrairement à Peter, j’adore la période des fêtes. Puisque cette année sera notre premier réveillon ensemble, je compte bien lui montrer qu’il se trompe lorsqu’il dit que les cadeaux sous le sapin, les bûches au chocolat et les téléfilms de Noël sont nazes.
Cela fait un peu plus de dix mois que nous sortons ensemble et j’ai emménagé dans son appartement l’été dernier lorsque, fraîchement diplômée, j’ai dû libérer mon logement étudiant. Nous ne sommes pas toujours d’accord sur certains points (comme les loisirs, l’alimentation, la politique...), mais je ne me fais pas vraiment de souci quant à notre relation. En effet, ne dit-on pas que les opposés s’attirent ?
Résignée, je finis par couper la musique et sors du lit.
— Je pensais que tu ferais la grasse matinée, me lance mon petit ami tout en cherchant sa tenue du jour dans la commode.
Hier soir, j’ai mangé au restaurant avec mes collègues du boulot afin de fêter Noël avec une quinzaine de jours d’avance. Étant donné que la soirée s’est achevée tard dans la nuit, notre directeur nous a exceptionnellement fait cadeau de notre matinée de travail. À vrai dire, nous n’avions pas eu d’autres choix que d’organiser ce repas en semaine, car beaucoup d’entre nous (dont Peter et moi) quitteront Édimbourg dès ce week-end pour passe r les fêtes au vert. Cette année, mes parents sont partis chez ma demi-sœur qui habite dans les îles Vierges Britanniques. Je passerai donc le vingt-quatre décembre chez ma belle-famille que je rencontrerai pour l’occasion.
— Pour une fois que j’ai une demi-journée de libre, je compte bien en profiter pour me rendre dans le centre-ville et terminer mes achats de No ël.
Le voyant se diriger vers la salle de bains au lieu de me suivre dans la cuisine, je lui demande s’il compte prendre son petit-déjeuner plus tard avec moi. Comme à son habitude, il prétexte ne pas avoir faim et préférer boire son café au bureau.
Cela m’embête un peu car, entre le trav ail et ses diverses obligations personnelles, nous nous sommes à peine vus ces derniers jours et j’aimerais éclaircir certains points avec lui concernant notre séjour chez ses parents.
Lorsqu’il sort de la douche, je suis toujours à table. Je dois reconnaître que je suis une vraie gloutonne et le petit-déjeuner e st mon repas préféré de la journée. De corpulence moyenne, beaucoup de mes amies me demandent où je mets toutes les calories que j’ingurgite.
— Bon, chérie, je vais y aller. On se voit ce soir comme d’habitude ?
— C’est ça, à ce soir, réponds-je la bouche pleine alors que je sais pertinemment qu’il n’a ura pas une minute à m’accorder entre ses parties de poker en ligne et le travail qu’il aura rapporté à la maison pour s’avancer un peu.
Le pas traînant, je me dirige dans la salle de bains. Une fois ma douche terminée, je me regarde dans le miroir. Mes yeux habituellement si verts sont plutôt rouges ce matin. Hum, mon organisme n’aurait pas dit non à une ou deux heures de sommeil en plus.
À vrai dire, ce que je scrute tout particulièrement ce sont mes cheveux châtains . Cela fait bientôt trois jours que j’ai un énorme nœud dans ma tignasse. J’ai beau avoir utilisé une demi-douzaine de lotions démêlantes différentes, le problème subsiste. Cette boule qui fait au moins six centimètres de diamètre ne veut pas disparaître ! Selon ma collègue Christina, qui a dû obtenir un diplôme de coiffure dans une pochette surprise, je dois attendre que la lune soit montante avant de les couper. Pff ! Toutes ces superstitions, c’est vraiment n’importe quoi. D’ailleurs, cela me rappelle ma grand-tante Susane qui ne manquait jamais une occasion de nous conter, à mes cousines et moi, toutes ces vieilles légendes des Highlands.
Quoi qu’il en soit, je n’ai pas envie de me couper les cheveux et puisque je n’ai pas de baguette magique, je saisis le peigne posé à côté du robinet et tente d’améliorer la situation. Après dix minutes d’acharnement, durant lesquelles je peste contre toutes ces poufs qui se vantent via leurs tutos YouTube d’avoir une crinière parfaite, je m’avoue finalement vaincue.
Énervée à l’idée de devoir prochainement adopter un carré court, je m’habille chaudeme nt et quitte l’appartement avant de prendre le bus pour Princes Street.
Trente minutes plus tard, je flâne le long des allées du m arché de Noël et j’ai totalement oublié mes problèmes capillaires. Je me rends tout d’abord au sta nd de gaufres où j’en commande une à la confiture de fraise. Je n’ai pas vraiment faim après m on repas gargantuesque de ce matin. Cependant, j’estime qu’on ne peut pas faire un marché de Noël sans manger une gauf re. Ce s erait comme se rendre au cinéma sans prendre de pop-corn. Bref, l’un ne va pas sans l’autre !
Ayant toujours eu du mal à grignoter en marchant sans m’en mettre partout, je décide de savourer ma friandise accoudée contre la rambarde de la patinoire mobile. Je pourrais passer des heures à observer les gens se mouvoir sur la glace. Je ne suis pas fascinée par les pirouettes et autres twizzles que les plus aguerris exécutent à la perfection. Non, moi ce que je préfère, ce sont les gens qui tombent ! Plus ils sont mauvais et plus je jubile ! Aujourd’hui, je suis gâtée, car nous avons « sur scène » toute une bande de lycéens qui ont probablement décidé de sécher les cours afin d’avoir la piste pour eux tout seuls. Le clou du specta cle est assuré par un grand gaillard qui , malgré son look de bad-boy de la classe, hurle toutes les deux minutes « au secours, Maman ! » d’une voix anormalement aiguë. Je plains sa réputation, car il est clair qu’elle ne se remettra jamais de cette sortie. Il a beau tenter de se relever, il finit toujours par retomber sur ses fesses si bien que son pantalon est complètement trempé. Le jeune homme n’est pas près de quitter la piste puisque ses camarades ont « trop mal aux pieds dans ces fichus patins » pour pouvoir l’aider à sortir de là. Ah ah ah, ils ont bon dos les « fichus patins ». Tout le monde sait que c’est l’excuse la plus utilisée pour rester tranquillement assis sur un banc afin de siroter du vin chaud. D’ailleurs, ceci explique pourquoi je suis toujours pompette quand je rentre de la patinoire !
Ma gaufre engloutie, je me lance dans ma mission du jour, à savoir, trouver un cadeau pour Peter et un autre pour mon amie Olivia.
Il n’y a pas grand monde autour de moi, alors qu’il fait beau et doux ce matin. Il est encore tôt et certains stands commencent seulement à ouvrir. La plupart des gens préfèrent se rendre au marché de Noël une fois l a nuit tombée afin de profiter un maximum des guirlandes lumineuses installées sur les chalets. Pour ma part, j’aime mieux venir à l’ouverture afin de ne pas me faire marcher sur les pieds et devoir jouer des coudes dans la foule.
Une heure plus tard, j’ai enfin terminé mes emplettes. Pour Olivia, ce sera une boîte de thé avec un père Noël sexy sur le couvercle et pour Peter un casse-tête géant en bois. Ce cadeau peut paraître bizarre, mais il me l’a expressément commandé. Il en fait la collection depuis son plus jeune âge. Selon lui, seuls ceux proposés par les artisans présents ici en valent la peine. Bien entendu, je lui en réserve un autre, mais celui-là est beaucoup plus coquin et il ne pourra pas l’exhiber dans la vitrine de notre salon...
Alors que je suis sur le point de quitter les lieux, mon regard se pose sur un dernier stand. Il est tenu par une vieille dame habillée tout en noir qui propose des objets ésot ériques d’origine celte. À la fois intriguée et amusée, je m’approche de la montagne d’accessoires qui y s ont proposés. Face à moi s’empilent des livres anciens, des amulettes de protection et divers pots-pourris censés repousser les mauvais esprits. Pouah ! Ce s machins puent tellement que je manque de vomir ma gaufre. Sacrilège !
C’est à ce moment que je reçois un coup de fil de ma cousine Elody. Ce n’est pas normal, puisqu’elle ne m’appelle que deux fois par an : pour me souhaiter la b onne année et pour me souhaiter un bon anniversaire (avec deux jours de retard).
— Salut, Kate ! Comment vas-tu ?
— Bien merci et toi ?
— Très bien...
Voyant qu’elle a l’air g ênée et qu’el le hésit e à poursuivre, je lui demande ce qui se passe.
— En fait, c’est Jane, elle a oublié de te prévenir que le rendez-vous chez le notaire a été avancé...
Ma grand-tante Susane, qui était la sœur de ma grand-mère maternelle, est décédée le mois dernier. Dans la mesure où elle n’a pas eu d’enfants, mes cousines et moi sommes ses uniques héritières.
— Quand doit-on aller chez le notaire ? l’interrogé-je b lasée.
— C’est ce matin à onze heures trente...
— Quoi ? Mais tu plaisantes ?!
— Oh, Kate ! Tu as intérêt à trouver une solution et venir, car il est hors de question qu’on finisse l’année sans savoir ce qu’elle nous a laissé ! se met-elle à geindre tel un rapace motivé par l’appât du gain.
Le cabinet de Maître Green se situe au nord du quartier de New Town. Si je prends un taxi et que je pars sur-le-champ, j’ai tout juste le temps d’arriver à l’heure. Je suis tentée de lui faire croire que je suis coincée au bureau juste pour l’embêter. Cependant, je ne trouve pas la force de lui mentir et l’informe que je pourrai être au rendez-vous à l’heure. Elle se met à glousser de joie et me raccroche au nez sans même me remercier.
Médusée, je range mon téléphone dans mon sac à main et regarde une dernière fois le stand de la vieille sorcière. Puis, je sors mon porte-monnaie de ma besace et décide de lui acheter deux pots-pourris. Je me ferai un plaisir de les offrir à mes cousines adorées.



Comme promis, j’arrive à l’heure au cabinet du notaire. La décoration des lieux fait plutôt vieillotte pour ne pas dire négligée. Des dossiers s’empilent dans les quatre coins du couloir d’entrée. Il faut croire que Maître Green est trop radin pour s’acheter des armoires d’archivage dignes de ce nom. Après m’être pris les pieds dans deux piles de papiers qui, à voir le style dactylographique, ne datent pas d’hier, je me présente à l’accueil où la secrétaire m’invite à rejoindre mes cousines en salle d’attente.
Je manque d’avaler mon chewing-gum quand je tombe nez à nez sur une fille maquillée à outrance et portant une longue robe à paillettes. À côté d’elle se tient une autre blonde qui a opté, quant à elle, pour une robe rouge au décolleté ultra plongeant. J’avale mon chewing-gum pour de bon lorsqu’après avoir mis mes lunettes, je réalise que ce sont mes cousines Jane et Elody.
— Non, mais tu as vu comment tu es habillée, Kate ? me réprimande Elody du haut de ses talons aiguilles qui doivent bien faire quinze centimètres.
— Excusez-moi, mais je ne savais pas que la Saint-Sylvestre avait été avancée cette année (ou devrais-je plutôt dire le Carnaval ?). Puis-je savoir pourquoi vous êtes habillées de la sorte ?
— Voyons, ce n’est pas tous les jours que l’on rencontre un notaire. Ils gagnent très bien leur vie alors autant mettre toutes les chances de notre côté, m’explique la plus jeune de mes deux cousines.
Mon Dieu, et dire que je partage une partie de mon patrimoine génétique avec cette fille. Pour le coup, je me demande bien si je dois rire ou pleurer.
— Contrairement à certaines, on sait se mettre en valeur. Histoire d’en mettre plein la vue à la gent masculine, réplique cette fois Elody.
— Ta robe brille tellement que ce pauvre Monsieur Green risque de perdre la vue s’il te regarde de face. Sérieux, c’est pire qu’un rayon de soleil en plein mois d’août !
— Ah ah ah, très drôle, rétorque-t-elle, tout en levant le nez et en faisant une large grimace. Pouah ! Mais c’est quoi cette odeur ? On dirait que quelqu’un a marché dans une cr otte de chien.
Cette drôle d’odeur, c’est ton cadeau de Noël, mais ça, tu ne le sais pas encore...
À présent que Maître Green en a fini avec ses clients précédents, sa secrétaire nous indique qu’il nous attend avec impatience dans son bureau. Mes deu x stupides cousines passent devant moi et jouent des coudes pour pouvoir entrer les premières. Avec elles, on a la preuve que le ridicule ne tue pas. D’ailleurs, c’est bien dommage...
Une fois à l’intérieur, je les sens se raidir. Elody ravale sa salive alors que sa sœur tente de cacher son décolleté avec un châle bien trop minuscule.
Intriguée, je me mets sur la pointe des pieds afin de regarder par-dessus leurs épaules. Devant nous se tient le fameux notaire. Il est petit, n’a pas plus de trois cheveux sur le caillou et des oreilles assez grosses pour capter toutes les chaînes du satellite. Lorsque le vieux bonhomme nous souhaite la bienvenue en souriant, on peut même voir qu’il lui manque une de ses incisives.
Face à cet aspect peu ragoûtant, Elody ne peut s’empêcher de lâcher un « beurk » de déception. Quant à moi, je réalise, plutôt amusée, que Monsieur Green est une créature à mi-chemin entre Gollum et le Prince Charles.
Il nous invite à prendre place et les deux sœurs font en sorte de s’asseoir le plus loin possible de celui qu’elles considéraient, il y a cinq minutes à peine, comme un bon parti.
Au fond, je suis contente de voir qu’elles ne sont pas prêtes à tout pour se faire entretenir par un homme. Mes cousines, qui ont respectivement trois et cinq ans de plus que moi, n’ont jamais travaillé de leur vie. Elles habitent encore chez mon oncle qui leur verse même de l’argent de poche tous les mois. Je me demande ce qui est le plus grave entre le nombre d’adulescents que compte notre société ou le fait qu’un père de famille se fait mener à la baguette par des filles dont le QI n’est pas plus élevé que celui d’un poisson rouge.
— Mesdemoiselles Watson, Mademoiselle Adams, je vous remercie d’avoir accepté que l’on avance ce rendez-vous. Votre grand-tante Susane était l’une de mes plus vieilles amies et je tenais à clôturer ce dossier avant les fêtes.
Après avoir ouvert une grosse pochette, Maître Green n ous explique qu’il va nous lire, sans plus attendre, ses dernières volontés. Cela dit, il trouve bon d’ajouter que notre aïeule n’était pas une petite citoyenne moyenne comme elle aimait le prétendre.
Jane n’essaie pas de cacher son enthousiasme face à cette nouvelle et s’empresse de faire un bond de joie sur sa chaise. Je l’entends même murmurer que c’est encore plus fun que l’émission « qui veut gagner des millions ? »
Pour ma part, je trouve tout cela glauque et tante Susane me manque sincèrement. Je lui rendais visite un jeudi sur deux lorsqu’elle était en maison de retraite. À mon avis, mes cousines ne savaient même pas son numéro de chambre. Se souvenir de trois chiffres aurait été au-dessus de leurs capacités cognitives.
Puisque le cabinet du notaire n’est pas le lieu idéal pour se morfondre, je décide de remettre à plus tard ces pensées moroses.
Intriguée par ce qu’il vient de sous-entendre, je m’enfonce un peu plus dans mon siège et l’écoute attentivement lorsqu’il commence la lecture du testament :

Mes chères petites nièces, j’espère que vous serez d evenues des jeunes femmes accomplies le jour où vous lirez cette lettre. Vous n’êtes pas sans savoir que je suis veuve et que je n’ai pas eu d’enfants. Par conséquent, j’ai décidé de vous désigner comme mes héritières. À Elody et Jane Watson, je lègue tous les biens qu’il me reste de mon défunt mari.

À ces mots, Jane lâche un « Yes ! » tonitruant. Je ne peux m’empêcher de lui lancer un regard assassin. Franchement ne pourrait-elle pas e ssayer juste une fois de se tenir à carreau ?
— Quoi ? Sa belle-famille était riche comme Crésus ! me chuchote-t-elle, alors que le notaire ne doit pas perdre une miette de ce qu’elle raconte vu la taille de son système auditif.
Maître Green, qui semble imperturbable, continue sa lecture en se lançant dans l’énumération des biens que mes cousines devront se partager :

Un immeuble composé de plusieurs appartements haut de gamme sur Princes Street. Selon les experts, le bien vaudrait plusieurs millions de Livres sterling ! Puis, un bâtiment industriel de plus de dix mille mètres carrés. À cela s’ajoutent un portefeuille d’actions dont l a valeur globale a presque doubl é au cours des trois dernières années et divers comptes bancaires dont vous serez contentes d’apprendre que le montant total affiche cinq à six chiffres devant la virgule...

La bouche d’Elody en reste tellement ouverte de surprise que j’arrive à voir le haut de son œsophage. J’espère qu’elle ne va pas faire un malaise, car ni Jane ni moi ne savons faire du bouche-à-bouche. De plus, mon petit doigt me dit qu’elle pr é férerait mourir que laisser Monsieur Green poser ses lèvres sur les siennes.
Les yeux de Jane brillent autant que les joyaux incrust é s sur la couronne d’Écosse (c’est-à-dire, deux fois plus que la robe à paillettes de sa sœur). Elle doit sûrement penser quelque chose du style « Alléluia, je vais pouvoir m’acheter une licorne ! »
Le vieux Monsieur nous rappelle à lui en se raclant bruyamment le fond de la gorge. Avec tout ça, j’ai complètement oubli é qu’il ne nous a toujours pas dit ce que je recevrai en legs. Une fois que les sœurs Watson se sont calm é es, le notaire reprend sa lecture là où il l’avait laiss ée :

À ma petite Kate, qui est de loin la plus int e lligente et charmante de mes trois nièces, je laisse les deux biens qui me proviennent de mon arrière-grand-père Ian Adair. Le premier est le cottage dans lequel je suis n é e et où nous passions toutes nos vacances. Le second est l’objet le plus pr é cieux qu’il m’ait é t é donné de poss é der puisqu’il s’agit de notre tr é sor familial.

— « Le trésor familial » ? répété -je tout bas à la fois honorée et émue.
Le notaire repose la lettre et tire avec force sur la poign ée de l’un des t iroirs de son bureau. Le compartiment finit par s’ouvrir en grinçant et le vieil homme en sort un petit coffret en bois qu’il pose délicatement devant lui.
Toute l’assemblée retient son souffle. Nous ignorons encore ce qu’il contient. Devant la drôle de tête que fait Monsieur Green à ce moment, nous devinons qu’elle cache un objet extraordinaire.
Lentement, il fait glisser le coffret sur la table et le positionne juste en face de moi. Les mains tremblante s, je parviens tout de même à le saisir et à le poser sur mes genoux. Du coin de l’œil, je distingue le s regards envieux et intrigués de mes cousines. Je l’ouvre prête à découvrir la huitième merveille du monde, et tombe nez à nez sur... une boule à neige !
Waouh... Merci pour l’ascenseur émotionnel !
J’en reste muette d’incompréhension. Enfant, je voulais toujours jouer avec cet objet qui nous était interdit. Mais aujourd’hui, il m’est complètement égal. En fait, c’est à peine si je me souviens de cette vieille relique. Ma gran d-tante, qui n’ava it plus toute sa tête ces dernières années, avait insisté pour l’emmener en maison de retraite avec elle. Selon ma mère, elle avait fini par la perdre au bout de quelques mois.
— Euh... Vous êtes certain que c’est bien ça notre  tr é sor familial ? demandé-je.
D’un hochement de tête, mon interlocuteur me fait comprendre que oui.
Dépitée, je finis par prendre la boule à neige dans la main et la secoue de façon machinale. Des centaines de petits flocons se mettent à virevolter autour d’une étoile de Noël dorée. Pendant une seconde, j’oublie où je me trouve. C’est comme s’il n’existait plus rien d’autre que moi et cette boule à neige.
Soudain, Elody et Jane se mettent à rire à gorge déployée.
— Oh, Kate ! Tu es tellement drôle avec ce bibelot. En tous cas, on est contente de voir que le trésor de notre famille te plaît.
— Sache qu’on te le laisse de bon cœur, ricane Elody à en avoir des larmes aux yeux.
Mes cousines viennent d’hériter de millions et moi je n’ai eu que des miettes. Au lieu de se faire discrètes face à cette injustice, elles s’en vantent gaiement !
Ces filles me dégoûtent et j’ai la furieuse envie de les voir se rétamer au sens prop re comme au figur é  !
Tout d’un coup, un é clair é blouissant remplit la pièce et mes cousines se retrouvent le s quatre fers en l’air. Les pieds de leurs chaises viennent de se pulvériser en mille morceaux !
Abasourdie, je les regarde se relever tant bien que mal, alors que Maître Green leur présente des excuses en expliquant que son mobilier n’est plus tout jeune.
Mes mains deviennen t moites, j’aimerais vraiment croire en cette explication rationnelle. Mais cela est difficile, car je dois bien admettre que ce qui vient de se produire est exactement ce que j’avais souhait é dans ma tête.
Chapitre 2
 

 
Je ne suis pas très proche de ma demi-sœur Lynn pour la simple raison que nous avons grandi séparément. Elle avait quatorze ans lorsque je suis née et, puisqu’elle ne venait à la maison qu’un week-end sur deux, nous n’avons pas eu le temps de nous forger beaucoup de souvenirs en commun.
Malgré la différence d’âge et la distance qui nous sépare, nous nous entendons très bien. Cette dernière vit avec son mari dans les Îles Vierges Britanniques et ne rentre qu’une fois par an en Écosse. Décembre est le seul mois de l’année où je ne l’ envie pas. J’ai beau adorer les plages paradisiaques des Caraïbes, j’estime que Noël n’est pas Noël sans la neige et notre bon vieux sapin vert.
Après ma mésaventure chez le notaire, elle est la première perso nne que j’appelle une fois arriv é e au bureau. Il se trouve qu’elle d é teste presque autant que moi mes cousines, alors elle est forcément de mon côté.
— Je n’arrive pas à croire cette histoire, soupire-t-elle pour la troisième fois. Ma pauvre Kate...
— Moi non plus, avoué-je blasée, j’ai toujours cru que tante Susane m’appréciait et tout ce qu’elle m’a laissé, c’est un vieux cottage miteux perdu dans les Highlands et cette stupide boule à neige. Elle n’avait peut-être plus toute sa tête lorsqu’elle a rédigé son testament.
—  C’est sûrement ça, confirme ma sœur qui ne semble pourtant pas convaincue.
Christin a, la collègue avec laquelle je p artage le même bureau, me montre de l’index l’horloge suspendue au mur. Sur ses lèvres, je peux lire un «  Kate, c’est bientôt l’heure » amical.
Avec tous ces événements , j’ai presque oubli é que j’ai rendez-vous avec le sous-directeur afin de signer le renouvellement de mon CDD.
...

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