Un jour ou l autre
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Un jour ou l'autre

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Description


Combien de temps attendriez-vous l’amour ?


Max Kaufman a été jeté dehors lorsqu’il était adolescent et depuis sa vie n’a été qu’une lutte quotidienne. De l’addiction et la vie dans les rues, jusqu’à la désintoxication et l’école d’infirmiers qu’il réussit à intégrer, il a passé les dix dernières années à reconstruire une vie en morceaux. Maintenant qu’il a accepté un poste d’infirmier particulier auprès d’Edward Marsh III, le président et PDG d’une des plus grandes entreprises pharmaceutiques au monde, Max réalise rapidement que l’empire de plusieurs millions de dollars de Marsh est un tissu de mensonges et de secrets plaqué d’or et incrusté de diamants.


Plus Max vit et travaille avec la famille Marsh, plus les secrets s’enchevêtrent autour de lui. Et son cœur – qu’il a travaillé si dur pour protéger – tombe droit dans les mains du distant et froid, et pourtant magnifique héritier d’une dynastie...


Silas Marsh doit hériter de la fortune familiale, mais son père est déterminé à ce que son héritier soit le fils « parfait ». Avant que Silas ne puisse reprendre l’entreprise et mettre fin aux pratiques douteuses, il doit prouver sa valeur... et renier sa vraie nature.


Silas doit faire un choix : tenir tête à son père en restant fidèle à lui-même et aux sentiments qu’il porte à Max. Ou prétendre être quelqu’un qu’il n’est pas pour hériter de tout. Même si cela signifie sacrifier la possibilité d’être heureux et d’aimer.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 60
EAN13 9782376768388
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Publié par
JUNO PUBLISHING
2, rue Blanche alouette, 95550 Bessancourt
Tel : 01 39 60 70 94
Siret : 819 154 378 00015
Catégorie juridique 9220 Association déclarée
http://juno-publishing.com/
 
 
 
Un jour ou l’autre
Copyright de l’édition française © 2020 Juno Publishing
Copyright de l’édition anglaise © 2019 Emma Scott
Titre original : Someday, Someday
© 2019 Emma Scott
Traduit de l’anglais par Allie Vinsha
Relecture et correction par Valérie Dubar, Elora H., Miss Relect Addict
 
Conception graphique : © Tanya pour More Than Words Graphic Design
Tout droit réservé. Aucune partie de ce livre, que ce soit sur l’ebook ou le papier, ne peut être reproduite ou transférée d’aucune façon que ce soit ni par aucun moyen, électronique ou physique sans la permission écrite de l’éditeur, sauf dans les endroits où la loi le permet. Cela inclut les photocopies, les enregistrements et tout système de stockage et de retrait d’information. Pour demander une autorisation, et pour toute autre demande d’information, merci de contacter Juno Publishing :
http://juno-publishing.com/
ISBN : 978-2-37676-838-8
Première édition française : juillet 2020
Première édition : Novembre 2019
 
Édité en France métropolitaine
 
 
Table des matières
Avertissements
Dédicace
Remerciements
Partie I
Prologue
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21
Chapitre 22
Chapitre 23
Chapitre 24
Chapitre 25
Chapitre 26
Partie II
Chapitre 27
Chapitre 28
Chapitre 29
Chapitre 30
Chapitre 31
Épilogue
Note de l’Auteur
À propos de l’Auteur
Résumé

 
 
 
 
Avertissements
 
 
 
 
 
Ceci est une œuvre de fiction. Les noms, les personnages, les lieux et les faits décrits ne sont que le produit de l’imagination de l’auteur, ou utilisés de façon fictive. Toute ressemblance avec des personnes ayant réellement existées, vivantes ou décédées, des établissements commerciaux ou des événements ou des lieux ne serait que le fruit d’une coïncidence.
 
Ce livre contient des scènes sexuellement explicites et homoérotiques, une relation MM et un langage adulte, ce qui peut être considéré comme offensant pour certains lecteurs. Il est destiné à la vente et au divertissement pour des adultes seulement, tels que définis par la loi du pays dans lequel vous avez effectué votre achat. Merci de stocker vos fichiers dans un endroit où ils ne seront pas accessibles à des mineurs.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Dédicace
 
 
Ce livre est dédié à tous ceux qui se battent encore pour le droit humain fondamental d’aimer qui ils veulent aimer sans préjugé, censure ou tourment. Ceci est ma petite contribution à la vérité durable et incontestable que l’amour est amour.
 
Remerciements
 
 
Ce livre ne serait pas entre vos mains ou sur votre Kindle sans l’aide, l’expertise et le soutien affectueux des personnes suivantes qui ont donné leur temps et leur énergie pour aider à faire de cette histoire ce qu’elle est.
Un grand merci à mon lecteur sensible, Robert Hodgdon. Merci beaucoup pour ton incroyable soutien ; tes mots m’ont permis d’être confiante pour raconter cette histoire comme elle devait être racontée. Merci, Nicky F. Grant, pour ton énergie, ton enthousiasme et ta perspicacité, et pour ton incroyable capacité à sentir quand j’avais besoin d’un coup de pouce. Je vous suis éternellement redevable à vous deux et je vous aime tellement.
Merci à mes intrépides bêta lectrices qui ont parcouru les premiers brouillons et qui ont vu à travers les parties désordonnées de l’histoire ce que j’essayais de raconter. Vos encouragements sont tout, alors merci, Shannon Mummey, Joy Kriebal-Sadowski, Desiree Ketchum et Joanna Wright. Je vous aime et vous apprécie toutes tellement.
Un grand merci à Jennifer Balogh pour m’avoir prêté son incroyable perspicacité et ses magnifiques perspectives sur le processus du livre, et pour son amitié et sa compassion en dehors de cela. Beaucoup d’amour.
Merci, Angela Shockley, d’avoir toujours supporté mon emploi du temps fou et d’avoir rendu l’intérieur du livre si beau.
Mille merci et câlins à Melissa Panio-Petersen. Comme toujours, tu as empêché mon vaisseau de dévier de sa trajectoire et créé de magnifiques œuvres d’art pour le livre, tout en étant une véritable amie. Je ne sais pas ce que je ferais sans toi et je ne veux pas le savoir. Je t’aime tellement.
Et à Robin Hill. Ce livre ne serait pas ce qu’il est sans toi. La forme finale a tellement de toi en elle – ton temps, ta perspicacité et ton amour pour ces personnages (et beaucoup moins de virgules). Je ne pourrai jamais en lire une page sans penser au temps et à l’amour que tu y as consacrés, ainsi qu’à moi. Je t’aime.
 
 
 
 
 
 
Un jour ou l’autre
 
 

 
 
 
 
 
Emma Scott
 

 
 
 
 
 
 
 
Partie I
 
Toutes les choses grandes et précieuses sont solitaires
—John Steinbeck , À l’est d’Eden
 
 
Prologue
 
MAX
 
 
San Francisco, sept ans plus tôt
— Hé, mec, dit Joey en me montrant discrètement un petit sachet de poudre blanche, afin qu’aucun des autres hommes qui gravitaient autour du lampadaire ne puisse le voir.
J’hésitai. Non parce que je ne voulais pas planer, mais parce que j’étais désespéré. Surtout cette nuit-là. Mais la dope de Joey était généralement coupée avec des trucs bizarres. Deux nuits auparavant, Mel avait fait une overdose après s’être injecté un truc fourgué par le dealer de Joey. Nous avions dû le larguer devant les urgences et nous enfuir. Je m’étais attardé une seconde devant l’hôpital, le vomi de Mel sur les mains et mon cœur battant à cause de la coke et la peur. J’avais tellement envie d’entrer dans cette lumière jaune et chaude. Dehors, il faisait froid, il faisait noir et c’était sale.
Je me demandais comment c’était, d’être frénétique et désespéré de sauver la vie de quelqu’un, au lieu d’être frénétique et désespéré d’être simplement en vie.
— J’essaye de réduire, dis-je à Joey, en me forçant à sourire.
Ce dernier ne me le rendit pas.
— Pas ce soir.
Il avait raison. J’étais nerveux et mon estomac était tellement noué qu’il en était douloureux. Je pouvais à peine me tenir droit, tous mes muscles étaient tendus, me fléchissant le dos, mes mains fourrées en poings dans les poches de ma veste en cuir d’occasion.
Joey secoua la tête dans l’ombre devant le lampadaire.
— Sois lâche pour une fois. Ne réfléchis pas trop. Laisse-toi aller, prends l’argent. Boom. Fait.
Je hochai la tête et j’inspirai le petit tas de poudre dans la paume de Joey. Comme un animal qui mange dans la main de son maître.
— Qu’est-ce que c’est ? demandai-je, une fois que la piqûre dans mes narines s’évanouit, faisant pleurer mes yeux.
Puis le calme s’installa dans mes veines et je ne me souciai plus de ce que je venais d’inhaler. Pendant quelques brèves et brillantes secondes, plus rien n’eut d’importance. La nuit passa de noire et menaçante à douce et floue. La peur de ce que je ferais s’était dissipée et je me moquais de tout, sauf de ça. Ce sentiment, juste là. Je voulais le vivre pour toujours. Et si je faisais ce truc ce soir, j’aurais plus d’argent pour en acheter davantage.
— Tu te sens mieux ? demanda Joey en me tapant dans le dos. Prêt à le faire ?
— Tu es mon mac maintenant ? répondis-je avec un sourire paresseux.
— Je ne fais que veiller sur toi, affirma-t-il, me ramenant au coin de la rue, sous le lampadaire. Et nous avons un loyer qui arrive.
Un loyer. Trop drôle. Nous squattions un bâtiment abandonné dans le quartier de Tenderloin. « Le loyer » était juste ce que nous donnions aux autres gars qui étaient arrivés les premiers. Entre eux qui nous taxaient et notre besoin croissant de nous défoncer, les fonds s’amenuisaient.
Au coin de la rue, deux autres hommes me regardèrent de haut en bas, pas très amicaux.
— Ils sont jaloux, dit Joey, prenant mon menton dans sa main et le secouant doucement. Regarde ce visage. Magnifique et un beau cul. Tu es né pour ça.
J’étais né pour ça.
La douceur euphorique s’intensifia et mon cœur qui s’était calmé contre mes côtes accéléra. La peur et le dégoût me coupaient maintenant l’appétit. Je ne savais plus pourquoi j’étais né. J’étais à des millions de kilomètres de ce que j’étais, de sorte que je me reconnaissais à peine.
Le cône de lumière blafarde s’abattit sur moi, tel un projecteur. Je posai ma main sur le lampadaire afin de me stabiliser. Le béton était caillouteux et rugueux sous ma peau. C’était réel. C’était la seule chose qui était réelle, les drogues dans mes veines guerroyant avec la voix dans ma tête qui me disait que tout cela était faux.
— Joey…
Mais il avait disparu… retranché dans la nuit avec les autres gars du coin. Ils étaient devenus des goules tapies de l’autre côté de mon cône de lumière. Mes doigts s’accrochaient au béton jusqu’à la douleur. Mais le poteau était trop large. Je ne pouvais pas le tenir en entier dans ma main. Je n’arrivais pas à le tenir.
La sueur glissait entre mes omoplates et la nuit pulsait sur la ville au-delà de ce coin, cette lumière.
Une voiture s’arrêta. La fenêtre côté passager s’abaissa. J’étais presque inconscient de la demi-douzaine d’hommes autour de moi qui tournèrent instantanément leur attention vers le conducteur. Il n’était rien d’autre qu’une forme indistincte derrière le volant. Le tison orange d’une cigarette brillait dans sa main suspendue derrière le siège passager. Les autres gars lancèrent des cris et se penchèrent en secouant leurs fesses vers lui. Le conducteur se fit entendre malgré leur cacophonie et par-dessus le bourdonnement dans mes oreilles
— Toi.
Moi.
La lueur de la cigarette se déplaça dans l’obscurité jusqu’à la bouche de l’homme. Elle s’embrasa lorsqu’il inhala, révélant un aperçu de son visage d’âge moyen. Des bajoues. D’épais sourcils sur des yeux noirs qui étaient fixés sur moi.
— Tu fais semblant d’aimer ça, m’avait dit Joey dans notre coin merdique de l’immeuble abandonné. Tu fais comme si tu aimais ça. C’est un spectacle. Tu fais semblant et tu es payé pour ça. Rien de plus facile.
La lumière au-dessus de moi était un projecteur sur une scène.
L’homme dans la voiture était mon public, n’attendant que moi. Les autres gars jurèrent et s’éclipsèrent dans l’obscurité. Je serrai plus fort le lampadaire. Le ciment rugueux éraflait ma peau. Si je lâchais prise et montais dans cette voiture, je ne serais plus jamais le même.
De la fumée s’échappait par la vitre ouverte. La ville respirait tel un monstre dans l’obscurité. Ce que j’avais sniffé n’était pas fort. L’euphorie qui devait rendre tout cela si facile avait disparu.
Ne lâche pas prise. Tiens bon et tu seras en sécurité. Laisse-toi aller et tu ne seras plus jamais le même.
Le même que qui ? opposa une autre voix.
Max Kaufman, fils de Lou et Barbara Kaufman, petit frère de Rachel et Morris Kaufman. Il n’existe plus. Ce gamin a déjà été mis à la porte de sa vie et jeté dans celle-ci pour le crime d’avoir fait entrer quelqu’un dans sa chambre. Pas n’importe qui. Un autre garçon. Un homme de dix-neuf ans. Peu importe que ce dernier soit quelqu’un de bien. Peu importe qu’ils se soient seulement embrassés. Peu importe que j’aie des sentiments pour lui et qu’il en ait pour moi. Ou que je me sente plus moi-même avec lui que je ne l’ai été pendant mes seize années. Il ne restait rien de ce moi, sauf le besoin. Le désir désespéré et sans fin de se souvenir de ce que j’avais ressenti en étant désiré une fois, et le besoin encore plus fort d’oublier ce que j’avais ressenti à être rejeté. Je devais remplir cette coquille vide de pilules, de X, de coke. Tout et n’importe quoi. Cela m’avait pris chaque minute jusqu’à ce que je n’aie plus de travail, plus d’horaires à respecter. Parce que cette faim avait son propre horaire à respecter, et c’était toujours le cas.
L’homme qui m’attendait dans la voiture était le seul moyen de continuer à la nourrir. Et quelle différence cela faisait-il si je me vendais ? Mes parents pensaient que c’était ce que j’étais. Joey aussi. Peut-être que si je le faisais assez, je le croirais aussi. Peut-être que je m’y habituerais. J’avais déjà pollué mon corps. Pourquoi ne pas laisser des étrangers prendre leur tour ?
J’étais né pour ça.
Rien de plus facile.
Je m’avançai.
 

 
Chapitre 1
 
MAX
 
 
Je m’avançai...
Je clignai des yeux et je revins au présent, dans une salle de l’université communautaire au centre de Seattle, dans l’État de Washington. Pas à ce coin de rue de San Francisco. Pas dans la voiture qui sentait la fumée. Pas dans ce corps qui sentait cet homme lorsque nous avions fini. J’étais à nouveau moi et je le resterai.
Une vingtaine de paires d’yeux me regardait. Certains hochaient la tête.
— Je venais de toucher le fond, dis-je en me penchant vers le micro sur le podium. Et ce n’était que le début. Il a fallu beaucoup de travail et la bienveillance d’un parfait étranger qui m’ont aidé à m’en sortir et à prendre conscience de ma propre valeur.
J’observai les visages devant moi qui attendaient avec impatience d’entendre la suite. Ma fin heureuse. Mais je n’avais pas cela, et j’avais fini de parler pour la soirée.
Raconter mon histoire, me remettre au coin de la rue, m’avait complètement retourné. Je n’avais pas la force de continuer.
— Mais je ne peux pas accaparer tout le temps. Je finirai à la prochaine réunion.
Le groupe applaudit, puis Diane, la coordinatrice des Narcotiques Anonymes, revint sur la scène.
— Merci, Max, pour ce partage honnête et profondément personnel. Et bienvenue dans notre groupe. Nous sommes si heureux que vous soyez ici avec nous, dit-elle avant de s’adresser à l’ensemble du groupe. Max était parrain à San Francisco avant de s’installer ici… il y a quoi ? Quelques semaines ? Nous sommes si heureux qu’il soit prêt à parrainer quelqu’un ici aussi. Faites-moi savoir ou faites-le lui savoir si vous êtes intéressés.
Encore des applaudissements dispersés et quelques hochements de tête fatigués. Je reconnus cette lassitude chez les personnes rassemblées ici. Cette fatigue osseuse qui accompagnait le combat. L’addiction vous secouait comme un chat ferait avec une souris dans sa gueule, parfois en reculant, mais sans jamais s’éloigner pour de bon.
Au moment de reprendre mon siège au premier rang, j’aperçus un homme au fond. Il était affalé sur sa chaise, ses jambes longues vêtues de jean tendues devant lui. Il portait des lunettes de soleil à l’intérieur et un sweat-noir dont la capuche était relevée sur sa tête. Une mèche de cheveux blonds dorés s’était échappée de la capuche et tombait sur son front. Ses lèvres pleines étaient pincées, ses bras croisés sur sa large poitrine. Ses vêtements semblaient assez simples, mais ses chaussures et ses lunettes de soleil, sans parler de la montre attachée à un poignet bronzé, annonçaient l’argent.
Sexy, pensai-je avec un sourire.
— Y a-t-il de nouveaux membres qui voudraient se présenter ? demanda Diane.
Je m’imaginai sentir les yeux de l’étranger se poser sur moi. J’eus brusquement l’envie de me retourner et de mieux le voir. Personne ne répondit, et je ne pus m’en empêcher ; je jetai un coup d’œil par-dessus mon épaule. Le grand homme gigotait d’une manière inconfortable, les bras croisés sur sa poitrine semblable à un mur de briques, son visage, un masque de pierre derrière les lunettes.
Vous me regardez , grondai-je intérieurement. Arrêtez de me fixer. Merde, mec, ce n’est pas une soirée pour célibataires.
Je me tournai vers l’avant alors qu’une autre personne se portait volontaire pour partager. Le grincement d’une chaise m’incita à regarder à nouveau derrière moi et je regardai l’homme se lever sur de longues jambes et partir à grandes enjambées.
J’étais désolé de le voir partir. Il pourrait revenir. Il ne reviendrait peut-être pas. Parfois le désir d’aide disparaissait rapidement face à la honte, à la culpabilité et à la vulnérabilité d’avoir demandé de l’aide au départ.
Le membre suivant du groupe prit la parole. J’essayai de lui accorder toute mon attention, mais l’étranger en noir n’arrêtait pas d’entrer et de sortir de mes pensées.
À la pause, je me servis du café et des beignets sur la table près de la porte. Diane s’approcha de moi.
— Merci encore pour votre offre, me dit-elle en versant le café dans une tasse beige avec la Space Needle dessiné en bleu.
— Nous aimerions beaucoup vous avoir, mais une nouvelle ville ? Un nouveau travail ? Vous êtes sûr d’être assez bien installé pour vous lancer dans le parrainage ?
— Je suis aussi bien installé que je ne le serai jamais, répondis-je. Et Seattle n’est pas une nouvelle ville pour moi. Je suis né et j’ai grandi ici.
— Je vois, dit-elle en haussant ses sourcils. Et vos parents ?
— Ceux qui m’ont chassé de la maison ? dis-je avec un semblant de sourire. Ils ne sont pas très loin. En bas de Beacon Hill.
— Les avez-vous vus depuis votre retour ?
— Pas encore. Nous y travaillons.
Diane posa une main légère sur mon bras.
— Je vais parler au président du comité de service de votre parrainage. Et je vous souhaite bonne chance avec vos parents. Je suis là pour vous si jamais vous ressentez le besoin de parler.
— Merci.
Je bus mon café, mon regard dirigé vers la porte par laquelle l’homme en noir était sorti.
— Ça a l’air d’être un bon groupe. Ils sont avec vous depuis un moment ?
— Tous sauf cet homme avec sa capuche au fond. Il est nouveau. Ou l’était. Mais je ne pense pas qu’il reviendra, dit-elle avec un soupir. On dirait qu’il a jeté un coup d’œil et a décidé qu’il n’était pas encore prêt.
— Je me suis fait la même réflexion.
Adios, M. Sexy. Bonne chance.
 
 
La réunion des NA se termina à vingt et une heures et je me rendis directement à l’hôpital Virginia Mason. Je n’étais de retour en ville que depuis deux semaines, dormant sur le canapé de mon ami Daniel pendant que je travaillais de nuit aux urgences. J’avais à peine eu le temps de déballer mes affaires et encore moins de chercher un endroit à moi.
Je me présentai à la porte arrière de l’hôpital, à l’entrée des employés, et je m’arrêtai avant de saisir le code pour entrer, me préparant mentalement pour la nuit à venir. À l’intérieur, je parcourus les couloirs éclairés en continu, hochant la tête en direction des visages que je connaissais. L’air était stérile et froid, me faisant frissonner.
Ou peut-être était-ce juste ce travail.
J’avais travaillé aux urgences à l’UCSF, l’hôpital de San Franscico, et c’était déjà assez difficile, mais la garde de nuit ? Une tout autre affaire. Il existait une sensation de danger horrible pour un jeune enfant admis pendant la garde de nuit en comparaison pour ce même enfant venant dans la journée. Les bras cassés à trois heures du matin étaient beaucoup plus sinistres que la chute dans la cour de récréation à quinze heures.
C’était pareil pour les femmes. Battues et en sang. Amenées par des voisins qui avaient entendu les cris ou parfois par l’agresseur lui-même, nous disant comment elle était tombée. Encore une fois.
Mais les jeunes qui avaient fait une overdose étaient les patients les plus difficiles à soigner pour moi. Sans abris. Désespérés. De jeunes hommes avec des plaies infectées aux bras que je nettoyais, en sachant qu’ils retourneraient là-bas pour se shooter encore plus. J’avais été à leur place.
C’était mon rêve : être de l’autre côté du combat pour la vie. Mais c’était comme si on tenait un miroir devant mon visage, et qu’au lieu de refléter l’homme qui avait repris ses études pour être ici, je me voyais comme j’étais lorsque mon père m’avait mis à la porte. La personne que j’avais juré ne plus jamais être.
Cette nuit était très dure. Nous avions perdu quelqu’un. Un adolescent qui avait été amené ici. Il ne respirait plus. Nous avions fait de notre mieux, mais il était trop tard. Le Docteur Figueroa, le médecin de garde, nous avait coincés contre le brancard pour ce qu’elle appelait la Pause pendant que la mère de l’adolescent pleurait dans le couloir avec l’assistante sociale. Elle insistait pour que nous prenions quarante-cinq secondes pour nous tenir la main, baisser la tête et honorer l’être humain qui était décédé lorsque nous perdions le combat.
Je baissai la tête et fermai les yeux pour ne pas entendre les cris de la mère et que mes larmes ne coulent pas. Le docteur Figueroa me vit passer ma main sur mes yeux et elle me prit à part.
— Hé, Max. Vous voulez faire une pause ?
Je commençai à secouer négativement la tête, puis j’acquiesçai.
— Oui, répondis-je d’un ton bourru. Donnez-moi juste une seconde.
Je me rendis rapidement dans la salle de repos des infirmières. Dans la zone des urgences, elle était toujours vide. Toujours une urgence et toujours un manque d’infirmières pour la prendre en charge. Je m’assis sur le banc dans la pièce vide et je pleurai. Je pleurai aussi de nombreux matins dans le bus en rentrant chez Daniel. Je me demandais si j’étais fait pour ça.
Tu es là pour aider. C’est pour cela que tu as signé.
Je repris mes esprits au bout de quelques minutes, puis je respirai calmement et je retournai au travail.
 
 
À sept heures du matin, après mon service, j’enfilai ma veste en cuir noir et je sortis de la salle de repos des infirmières. Le docteur Figueroa m’attendait. Elle me rappelait Holly Hunter : petite, intelligente, avec des yeux noirs et des cheveux bruns coupés en ligne droite au rasoir au niveau des épaules et de la frange. Je la dominais de près d’une tête avec mon mètre quatre-vingt-cinq, mais elle semblait grande et imposante.
— Voulez-vous m’en parler ? demanda-t-elle. Ça a été dur pour vous ?
— Pas vraiment, répondis-je avec un sourire triste. Des douleurs de croissance, je m’y habituerai.
Elle pinça les lèvres et nous nous arrêtâmes tous les deux de marcher lorsque je réalisai ce que j’avais dit.
— Je m’habituerai à ce que des enfants meurent dans mes bras, bon sang, dis-je en secouant la tête, frottant mes yeux brûlants, piqués par de nouvelles larmes.
— Venez, dit-elle. Allons prendre un café.
Elle s’assit en face de moi à la cafétéria, deux tasses fumantes entre nous sur la table.
— Je travaille ici depuis vingt-sept ans, dit-elle. Je connais votre genre.
— Mon genre ? demandai-je, commençant à me hérisser, mais j’étais trop fatigué pour être offensé.
— Empathique. Voulant aider tout le monde à votre détriment.
— Non, je…
— Vous avez remplacé l’infirmière Gabrielle, lundi ?
— Elle a eu une urgence. Et nous sommes à court de personnel. Ce n’est pas nouveau.
— Vous l’avez remplacé cette semaine. Peter, la semaine dernière, et Michaela, il y a deux nuits. Quand avez-vous pris un jour de congé la dernière fois ?
— Je ne sais pas, dis-je, réfléchissant à travers un brouillard d’épuisement et la cacophonie de mon cerveau qui me criait constamment que j’avais besoin de dormir quand le soleil se couchait et pas l’inverse.
Le docteur Figueroa me fixa.
— Vous avez raison, affirmai-je. Je vais prendre mon jour de congé. J’en ai besoin. Ce serait irresponsable de ne pas le faire.
— Il n’y a pas que ça. Vous avez été fortement recommandé par l’UCSF. Vous êtes brillant dans votre travail. Je détesterais vous perdre.
— Me perdre ? répétai-je, mon cœur claquant dans ma poitrine, alors que j’étais maintenant réveillé. Est-ce que vous me renvoyez ?
— Non, dit-elle. Mais j’ai besoin que vous soyez honnête avec moi, Max. Vous pouvez être le meilleur infirmier du monde, mais si c’est trop, c’est trop.
Elle posa une main sur mon bras avant de poursuivre.
— Et je pense que pour quelqu’un comme vous, c’est trop.
— Ce n’est pas…
— Vous avez un cœur énorme. Une vraie gentillesse. Et c’est dur de supporter chaque parcelle de misère qui passe ces portes chaque nuit et ne pas lâcher prise, n’est-ce pas ?
— C’est dur, admis-je en tournant ma cuillère dans mon café. Il y a tellement de douleur.
— Oui. Mais le désir d’aider à soulager cette douleur ne peut pas en générer plus pour vous.
Je commençai à protester, mais j’imaginai ensuite une année aux urgences. Cinq ans. Dix ans. Je redoutais déjà la semaine prochaine.
— Je voulais tellement ça, et maintenant, il semble que je ne puisse pas le gérer.
— Vous pourriez, déclara le docteur Figueroa. Mais je pense que vous pourriez prendre un peu de temps pour y réfléchir.
— Je ne peux pas prendre de temps. Je dois travailler. Je dois trouver un endroit pour vivre. Je dois…
Supplier mes parents de m’accepter à nouveau comme leur fils.
— Je sais, dit le docteur Figueroa. Le docteur Archie Webb, un neurologue, est un de mes amis. Un de ses patients est très en vue, si vous voyez ce que je veux dire.
Elle frotta son pouce sur les coussinets de son index et de son majeur.
— Il veut des soins privés de première classe. Tout cela dans le plus grand secret.
— Qui est le patient ?
— Un de nos amis chez Marsh Pharmaceuticals. Peut-être en avez-vous entendu parler ?
— Le nom m’est familier, répondis-je en souriant faiblement.
Chaque stylo et bloc de papier était porteur du logo Marsh, sans parler de tous les grands musées d’ici à l’Europe. Les Marsh vivaient sur un immense domaine à la périphérie de la ville et étaient considérés comme des rois. Les richesses de l’ancien monde s’étaient transformées en empire lorsque Marsh Pharma avait reçu le feu vert de la FDA 1 afin de produire son produit le plus populaire, OxyPro, un analgésique à base d’opioïdes.
— Le patient travaille pour Marsh ? demandai-je.
— Le patient est Marsh, répondit-elle en baissant la voix en se penchant sur la table. Edward Marsh III, président et directeur général.
— Merde, m’exclamai-je en haussant les sourcils. Il est malade ? Un truc neurologique ?
— Il est atteint de sclérose en plaques, révéla-t-elle. Sclérose en plaques primaire progressive pour être exacte. Nouvellement diagnostiqué. Il a demandé à Archie de choisir son personnel infirmier pour lui. Il refuse de travailler avec une équipe hospitalière ou de passer par d’autres canaux. Seulement les meilleurs des meilleurs. Discret au point d’avoir des accords de confidentialité à toute épreuve et de menacer de poursuivre en justice quiconque souffle un mot sous prétexte de divulgation de la vie privée des patients et autres. En fin de compte, Marsh ne veut pas qu’une seule personne sache qu’il est malade. Ou plus exactement, il ne veut pas que ses actionnaires sachent qu’il est malade.
Elle me jeta un regard par en dessous avant de poursuivre.
— J’ai le droit de vous le dire puisque vous êtes tenu de respecter le secret professionnel concernant la vie privée des patients.
— Je ne soufflerai pas un mot, dis-je lentement. Et je mentirais si je disais que je n’étais pas intéressé.
— Bien, je préviendrai Archie, et il organisera l’entretien avec l’équipe de Marsh.
— Je déteste l’idée de vous laisser encore plus à court de personnel, mais… oui, ça semble bien.
— Je pense aussi que c’est le cas, déclara-t-elle. Je n’ai pas l’habitude de trouver d’autres emplois pour mes meilleurs éléments, mais regarder ce travail vous manger tout cru me tue. Prenez soin d’Edward Marsh pendant un petit moment et réévaluez la situation. Ça ne sera pas facile. C’est un emmerdeur et un tyran. Mais vous aurez plus de répit avec lui qu’ici. Et si vraiment vous êtes destiné au service des urgences, vous reviendrez, d’accord ?
— Merci. J’apprécie vraiment.
J’avais l’impression qu’on venait d’ôter un poids énorme de mes épaules.
— Quand dois-je m’attendre à avoir des nouvelles du docteur Webb ?
— Rapidement, je suppose. Ils vont vite parce que la maladie avance vite, répondit-elle avant de tapoter ma main par-dessus la table. Vous allez me manquer.
— Je dois d’abord obtenir le poste.
— Comme je l’ai dit, vous allez me manquer.
 
 
Je m’engonçai plus profondément dans ma veste une fois dehors. Les après-midis étaient plus chauds fin août, à Seattle, mais les matins avaient déjà un petit air d’hiver. Je pris le bus 47 qui remontait l’avenue Summit jusqu’à Boylston dans le quartier de Capitol Hill où vivait un de mes camarades de lycée, Daniel Torres.
Celui-ci se préparait justement à partir travailler. Il était infographiste dans une start-up. Daniel était un petit homme mince avec un accent dû à son héritage américano-mexicain. Aujourd’hui, il portait un blazer noir, un jean slim noir, une chemise blanche et une cravate texane. Ses cheveux étaient teints en bleu argenté. Une boucle d’oreille créole scintillait à son oreille gauche et une petite barre perçait son sourcil.
— Hé, dit-il en me regardant accrocher ma veste au crochet près de la porte. Tu as une sale tronche.
— Bonjour à toi aussi, répondis-je avec un rire fatigué.
— Je suis sérieux, affirma-t-il en me versant une tasse de café alors que je m’asseyais sur un tabouret au comptoir.
Son appartement était un petit loft industriel chic de deux pièces, avec des murs en briques, des conduits exposés et des luminaires chromés. La plupart des murs étaient recouverts de peintures à l’huile avec des traînées sauvages et audacieuses, et quelques plantes d’intérieur ajoutaient un peu de chaleur.
— Je sais que tu voulais ce travail, mais bon sang, s’exclama-t-il en secouant la tête vers moi depuis l’autre côté du comptoir.
— C’est dur, admis-je en me frottant les yeux. Plus dur que je ne le pensais.
— Tu veux en parler ?
J’ avais probablement besoin d’en parler, mais je ne voulais pas polluer l’esprit de Daniel avec les images macabres qui me hantaient. Le sang et le vomi. Les blessures par balle. La mort.
— Merci, mais je vais bien. Je vais peut-être quitter ce poste, de toute façon.
Je lui parlai de l’offre d’emploi comme infirmier privé d’un patient fortuné en omettant le nom d’Edward Marsh.
— Si j’obtiens le poste, j’aurais le temps de chercher mon propre appartement et te débarrasser le plancher.
— Tu n’as pas à débarrasser le plancher, protesta Daniel. Tu sais que tu peux rester ici aussi longtemps que tu en as besoin, alors oublie ça. Quand a lieu ton entretien ?
— Je n’en suis pas sûr. J’attends l’appel. Mais, merde, Dany, j’ai l’impression d’être un raté. Démissionner déjà ? Pourquoi suis-je revenu à Seattle ?
— Pour faire amende honorable auprès de tes parents, dit-il en buvant son café avant de sourire. Pour traîner avec moi comme nous aurions dû le faire au lycée.
— Vrai, acceptai-je en toquant ma tasse contre la sienne
Daniel avait été autant dans le placard que moi au lycée, bien que chacun de nous suspectait l’autre. Et comme nous suspections l’autre, nous n’en parlions jamais et nous ne traînions même pas ensemble. Nous craignions tous les deux que le fait d’être amis révèle d’une manière ou d’une autre notre homosexualité à tous les autres, donc nous nous étions évités comme la peste.
Mais lorsque j’avais reçu l’offre d’emploi au Virginia Mason, il était la seule personne, à part mes parents, que je connaissais à Seattle. Je l’avais contacté sur Facebook, ce qui avait occasionné des appels téléphoniques où j’avais avoué toute mon histoire sordide. Notre connexion, ou reconnexion avait été instantanée. Cela avait été comme si je retrouvais un frère perdu depuis longtemps le jour où il était venu me chercher à l’aéroport Sea-Tac.
Daniel avait partagé sa maison et ses amis avec moi, et j’avais pris tout cela comme un signe que revenir à Seattle était la bonne chose à faire. Je n’avais pas prévu que mon travail me ferait craquer, mais maintenant, ça aussi cela s’améliorait.
— Alors comment ça se passe avec tes parents ? demanda Daniel.
— Lentement. Maman n’arrête pas de « reporter » nos rendez-vous pour le dîner. J’ai besoin d’une stratégie avec elle avant de m’attaquer à la situation de mon père.
Daniel remua ses sourcils.
— Et ta situation sexuelle ? Y a-t-il des médecins sexy à l’hôpital qui te manqueront terriblement lorsque tu partiras ?
— Non et en plus, j’ai trop de travail à faire sur moi-même avant de m’engager avec quelqu’un. Et pas de coups d’un soir, dis-je lorsque Daniel commença à parler.
Il fit la moue.
— Dommage. Tu as la configuration parfaite. Hé, Docteur Sexy. Je pars. Qui sait quand nous nous reverrons ? Oh regardez ! Cette salle de radiographie est vide…
— Salle de radiographie ? demandai-je en riant.
Puis, je remplaçai mentalement Docteur Sexy par M. Sexy et je faillis m’étouffer avec mon café.
— Le " où" n’est pas le sujet, répliqua mon ami. Le "qui" est ce qui compte.
— Il n’y a pas de qui, répondis-je. Je suis pleinement occupé à renouer une relation avec mon père et ma mère.
— Si tu changes d’avis, tu as des options. Charlie pense que tu es canon, et il n’a pas tort. Tu as ce style James Dean sexy, ardent, sombre. Un air de motard.
— Je ne possède pas de moto, répliquai-je en levant les yeux au ciel.
— Non, mais tu sais comment accessoiriser comme si tu en avais une.
Je ris et bus mon café.
— Tu ne vas pas être en retard au travail ?
— Si, répondit-il en poussant un soupir théâtral. Je vais te laisser aller dormir. Bonne nuit. J’espère que tu recevras l’appel que tu attends.
— Merci. Moi aussi.
Daniel partit, et je m’affalai sur le canapé. L’idée de travailler pour Marsh était comme une vague de soulagement m’aidant à affronter la culpabilité d’avoir déjà quitté les urgences. Parce que me mentir était aussi une vieille habitude et que je m’étais juré de ne plus recommencer. Si je restais aux urgences, l’épuisement professionnel était inévitable. Je ne serais bon pour personne ni pour moi. Et après des années dans la rue, me protéger était maintenant ma priorité numéro un.
— C’est valable pour vous aussi, maman et papa, murmurai-je dans l’appartement vide.
Je voulais désespérément reconstruire tout ce qui était cassé entre nous, mais j’avais passé les sept dernières années soit dans un enfer provoqué par la drogue, soit à m’en sortir. Il était hors de question que je les laisse me pousser à nouveau dans le long cercle vicieux du dégoût de soi et de la honte.
Mon épuisement submergea le café que j’avais bu ce matin-là et mes yeux commencèrent à se fermer. Une seconde plus tard, mon téléphone sonna. Je jetai un coup d’œil au numéro inconnu avant de répondre.
— Bonjour, Max à l’appareil.
— Max Kaufman ? C’est le docteur Archie Webb.
 

 
Chapitre 23
 
SILAS
 
 
Max calma mes mains et enroula mes bras autour de lui. J’enfonçai mon visage dans les muscles durs de son dos, savourant la solidité de son corps. Qu’un tel homme existe dans le monde et qu’il veuille avoir quoi que ce soit à faire avec moi… c’était un foutu miracle.
Nous restâmes assis en silence pendant un moment, alors qu’un besoin mille fois plus puissant que tout désir physique s’enroulait en moi, se resserrant de plus en plus. Son intensité m’effrayait au plus haut point. Je réalisai à quel point je voulais Max dans mon espace, mon lit, ma maison...

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