Vengeance
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Description

Memphis
À trente-quatre ans, l’ancien agent du DEA Memphis Wheland a vécu, aimé, et... tout perdu. La trahison ultime de l’homme à qui il avait tout donné laisse Memphis sans famille, sans avenir, et empli d’une rancoeur dont il ne parvient pas à se débarrasser. Son travail avec une organisation illégale de justiciers est la seule chose qui apporte un peu de lumière à ses journées autrement bien mornes. Cela et les coups d’un soir occasionnels, sans attaches, avec des hommes dont l’attention n’est portée que sur lui et uniquement lui, pour aussi longtemps que Memphis les y autorisera. Pas d’ex collant, pas d’amour sans réciproque, pas de drames relationnels. Point.
Parce que Memphis a une règle, qu’il ne brisera pour rien ni personne. Il ne partage pas.


Jamais.


Si seulement quelqu’un avait dit cela au jeune homme qui entrerait dans sa vie de la manière la plus inattendue qu’il soit...



Brennan


Avec toute la vie devant lui, le jeune diplômé Brennan Deveraux ne s’attendait pas à ce que tout change en un clin d’oeil. Mais lorsqu’une erreur d’identité manque de lui coûter la vie, son futur n’est pas la seule chose à changer irrémédiablement, son passé aussi. Parce que depuis des années il aime un jeune homme qui ne le voit que comme un ami et rien de plus. Et s’il se satisfaisait d’aimer Tristan Barretti de loin, il ne s’attendait pas à être attiré par le mystérieux étranger qui lui sauve la vie et la change d’une simple promesse.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 26
EAN13 9782376769101
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0019€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Publié par
JUNO PUBLISHING
2, rue Blanche alouette, 95550 Bessancourt
Tel : 01 39 60 70 94
Siret : 819 154 378 00015
Catégorie juridique 9220 Association déclarée
http://juno-publishing.com/
 
 
 
Vengeance
Copyright de l’édition française © 2020 Juno Publishing
Copyright de l’édition anglaise © 2016 Sloane Kennedy
Titre original : Vengeance
© 2016 Sloane Kennedy
Traduit de l’anglais par Lorraine Cocquelin
Relecture française par Agathe P.
 
Conception graphique : © Cate Ashwood
Tout droit réservé. Aucune partie de ce livre, que ce soit sur l’ebook ou le papier, ne peut être reproduite ou transférée d’aucune façon que ce soit ni par aucun moyen, électronique ou physique sans la permission écrite de l’éditeur, sauf dans les endroits où la loi le permet. Cela inclut les photocopies, les enregistrements et tout système de stockage et de retrait d’information. Pour demander une autorisation, et pour toute autre demande d’information, merci de contacter Juno Publishing :
http://juno-publishing.com/
ISBN : 978-2-37676-910-1
Première édition française : novembre 2020
Première édition : octobre 2016
 
Édité en France métropolitaine
 
 
Table des matières
Avertissements
Remerciements
Prologue
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21
Chapitre 22
Chapitre 23
Chapitre 24
Chapitre 25
Chapitre 26
Chapitre 27
Chapitre 28
Chapitre 29
Chapitre 30
Chapitre 31
Chapitre 32
Épilogue
À propos de l’Auteur
Résumé

 
 
 
 
Avertissements
 
 
 
 
 
Ceci est une œuvre de fiction. Les noms, les personnages, les lieux et les faits décrits ne sont que le produit de l’imagination de l’auteur, ou utilisés de façon fictive. Toute ressemblance avec des personnes ayant réellement existées, vivantes ou décédées, des établissements commerciaux ou des événements ou des lieux ne serait que le fruit d’une coïncidence.
 
Ce livre contient des scènes sexuellement explicites et homoérotiques, une relation MM et un langage adulte, ce qui peut être considéré comme offensant pour certains lecteurs. Il est destiné à la vente et au divertissement pour des adultes seulement, tels que définis par la loi du pays dans lequel vous avez effectué votre achat. Merci de stocker vos fichiers dans un endroit où ils ne seront pas accessibles à des mineurs.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Remerciements
 
 
Rita, comme toujours, merci pour les commentaires incroyables qui aident à ajouter quelque chose de spécial à mes histoires !
Kylee, Claudia et Mari, mes âmes sœurs – merci pour le soutien inconditionnel et l'amitié, et pour me rappeler chaque jour que je suis assez !!
À tous mes Pécheurs, merci pour les encouragements et « l'inspiration » que vous fournissez dans notre merveilleux petit groupe ! Je ne pourrais pas faire ce que je fais sans votre soutien et celui de tous mes lecteurs !
Nicola W. – merci d’avoir donné son nom à la fille de Memphis. Cela lui va parfaitement !
 
 
Vengeance
Les protecteurs # 5
 
 
 

 
 
Sloane Kennedy
 

 
Prologue
 
MENPHIS
 
 
Je ne m’attendais pas à le trouver seul, surtout avec l’énorme famille qu’il semblait avoir. Mais il était tard, et les médecins avaient assuré à son grand frère et au mari de celui-ci que le jeune homme allait se remettre complètement. C’était sans doute pour cela que plus personne ne s’attardait autour du lit d’hôpital ou je tentais de dormir tant bien que mal dans l’une des chaises à disposition des visiteurs dans la chambre. Pas un bruit ne régnait à l’étage, et les deux infirmières dans leur bureau n’interrompirent leur conversation qu’un bref instant pour m’adresser un signe de tête poli. Bien que les heures de visite soient terminées depuis un long moment, je savais sans l’ombre d’un doute qu’avoir une famille aussi puissante que la sienne dispensait le jeune homme ou les siens de quelconques règles. Visiblement, les infirmières me prenaient pour un membre de sa famille.
Ce que je n’étais pas du tout.
La famille était un luxe que j’avais perdu depuis bien longtemps, et que je ne souhaitais pas retrouver.
Il faisait sombre dans la pièce, mis à part une faible lumière au-dessus du lit. Elle permettait sans doute aux infirmières de faire leur travail sans avoir à allumer l’éclairage principal et de ce fait réveiller leur patient.
Quand je m’approchais du lit, l’anxiété qui me nouait les entrailles s’apaisa ; il respirait normalement.
Rien à voir avec moins de vingt-quatre heures plus tôt.
J’avais déjà remarqué le jeune homme avant de faire sa rencontre la veille, mais je m’étais contenté de m’émerveiller de ses traits magnifiques sur les quelques tirages que je possédais alors que je faisais mon boulot de reconnaissance sur la famille Barretti. Bien qu’il ne soit pas un Barretti à proprement parler, je l’avais inclus dans mes recherches à cause de sa proximité avec Eli Galvez, l’homme que nous devions protéger.
Eli et l’un de mes coéquipiers étant tombés amoureux, le reste de l’équipe et moi-même avions été chargés de découvrir si Eli courait le moindre danger, après l’agression que son beau-père lui avait fait subir et une infraction à son domicile quelques jours plus tard, censée être un hasard bien que nous soyons fermement convaincus du contraire.
Je n’étais venu à Seattle que pour rencontrer le fondateur de notre groupe de vigilance, Ronan Grisham, qui souhaitait me confier la gestion quotidienne de l’équipe afin qu’il puisse se consacrer à sa carrière de médecin, toutefois j’avais volontiers accepté de les aider à déterminer si la vie d’Eli était véritablement menacée ou non.
Voilà comment j’avais croisé le chemin du jeune homme allongé dans ce lit d’hôpital.
Brennan.
Il s’appelait Brennan.
Même si j’avais été subjugué par sa beauté brute dès l’instant où j’avais posé les yeux sur sa photo, même si j’étais dévoré par l’intense désir de découvrir sa voix, de sentir ses doigts, d’effleurer ses lèvres parfaites pour m’abreuver de leur goût délicat, je n’avais nullement l’intention d’interagir avec lui. Non, j’avais bien plus de maîtrise de moi que ça. Des tas de types étaient disposés aux coups d’un soir, quand j’en avais besoin… certains valaient même la peine de faire une deuxième chevauchée. Cependant, je n’avais pas besoin de chercher. Ils venaient naturellement à moi.
Cela faisait sans doute de moi un connard arrogant, néanmoins les faits étaient là. Je n’avais jamais manqué de compagnie masculine si je la désirais.
Seulement, je la désirais rarement.
Jusqu’à ce jour.
La veille, je venais de me garer devant l’appartement d’Eli quand j’avais vu le jeune homme qui avait hanté mes rêves la nuit précédente descendre d’une Mustang vintage en cours de restauration. Quand Brennan s’était glissé hors de la voiture racée, bien plus stupéfiant en vrai que sur papier, j’avais failli en avaler ma langue. Il avait fait sortir un énorme Rottweiler de la banquette arrière ; j’avais soupçonné l’animal d’appartenir à Eli.
Brennan ne m’avait pas remarqué lorsqu’il avait traversé pour se diriger vers l’appartement d’Eli, qui se trouvait à l’arrière de la maison convertie en plusieurs logements et auquel on accédait par un escalier collé à la baraque. La grâce des mouvements de Brennan et le léger sourire sur ses lèvres m’avaient tout de suite fait de l’effet. Lequel exactement, je l’ignorais, mais le fait est que j’avais été incapable de détacher mon regard de lui jusqu’à ce qu’il disparaisse à l’intérieur de l’appartement.
C’était là que l’enfer s’était déchaîné.
À la seconde où j’avais entendu le coup de feu, j’avais jailli de ma voiture en courant, mais plutôt que de me sentir calme et composé comme c’était normalement le cas dès que je fonçais vers le danger, j’avais cette fois-ci ressenti la peur dévorante d’arriver trop tard. Le chaos m’avait accueilli quand j’étais enfin parvenu en haut des marches, et j’avais assimilé plusieurs détails de la scène en un seul coup d’œil.
Le Rottweiler engagé dans un combat mortel avec l’un des tireurs, qui poignardait le chien pour essayer de lui faire lâcher prise.
Un deuxième tireur, dont l’arme était pointée droit sur moi.
Et le corps sanguinolent de Brennan gisant immobile par terre.
Me débarrasser du type qui me visait avait été facile. Sa balle avait volé bien au-dessus de ma tête tandis que la mienne avait atteint la sienne. Quand j’avais compris que je ne pouvais pas faire feu sur l’autre homme sans risquer de blesser le chien, je m’étais approché de Brennan. J’avais été envahi par un soulagement intense lorsque ses grands yeux vitreux s’étaient rivés aux miens, pendant qu’il prenait plusieurs lourdes inspirations.
 
 
— C’est vous.
Je fus brusquement ramené au présent par la voix et le contact de Brennan. Je levai vivement les yeux vers les siens d’un vert lumineux incroyable, puis les baissai et constatai que je m’étais finalement avancé suffisamment pour poser la main sur le lit à côté de la sienne, et qu’il me caressait à présent les doigts.
Je fixai à nouveau son visage et compris qu’il n’était pas totalement conscient de l’endroit où il se trouvait ni de ce qu’il se passait. À son regard presque vitreux, je le soupçonnai d’être encore à la fois à moitié endormi et sous antidouleurs puissants.
Je ne lui répondis pas et m’enjoignis de décaler ma main afin de ne plus ressentir les étincelles qui remontaient mon bras depuis la zone où nos peaux étaient en contact.
Je n’en fis rien.
— La Cuda AAR de 1970, souffla-t-il.
Je ravalai le sourire qui menaçait d’étirer mes lèvres et confirmai de la tête. Je lui avais parlé de la voiture de sport hier, lorsque ses yeux avaient tendance à se fermer et que le sang ne cessait de s’écouler entre mes doigts, pressés sur sa blessure par balle.
Les paupières de Brennan se refermèrent, puis se rouvrirent lentement.
— Vous m’avez promis de me laisser la conduire.
— En effet, acquiesçai-je, veillant à m’exprimer à voix basse dans l’espoir qu’il se rendorme.
Je n’étais venu que pour voir comment il se portait, non pour interagir avec lui.
Je ne pouvais pas interagir avec lui.
Cela me ferait le désirer encore plus qu’actuellement.
— J’ai cru vous avoir rêvé, murmura Brennan tout bas.
Puis il referma les yeux et sombra vraiment, cette fois-ci. Ses doigts cessèrent de caresser les miens, cependant ils restèrent en place, et la chaleur qui émanait d’eux se transmettait à tout mon être.
Je devais retirer la main pour mettre un terme à cette sensation.
Parce qu’alors que je faisais parler Brennan de force en attendant les secours, j’avais entendu la seule chose m’empêchant de le séduire. Cette phrase, qu’il avait prononcée juste avant que le souffle ne vienne à lui manquer, et juste après qu’il m’avait demandé s’il allait mourir.
« Dites à Tristan… dites-lui que je l’aime… dites-lui que je suis désolé de ne lui avoir jamais dit. »
Ce message, que je n’avais par chance jamais eu à transmettre, avait été un facteur décisif pour moi. Car, même si j’avais pu fermer les yeux sur toutes les autres choses au sujet de Brennan qui allaient à l’encontre de tous mes principes, comme son jeune âge, son innocence manifeste et sa bonté intrinsèque, j’étais incapable de fermer les yeux sur le fait qu’il voulait un autre homme. Cela n’avait pas d’importance qu’il ne sorte pas avec le Tristan en question. Parce que, dès lors que j’accordais mon attention à quelqu’un, même si ce n’était que pour quelques parties de jambes en l’air, il y avait une règle que je ne brisais jamais.
Je ne partageais pas.
Jamais.
Même pour un coup d’un soir rapide, sans attache.
Je n’étais pas attiré par les mecs ayant des problèmes de couple ou d’amour non réciproque, ce genre de choses. Soit ils se focalisaient entièrement sur moi pendant le temps qui nous était imparti pour satisfaire nos besoins, soit ils ne méritaient pas mon intérêt.
À contrecœur, je retirai ma main de sous celle de Brennan, jetai un dernier regard à son visage paisible, puis me détournai et quittai la pièce. Le moment était venu de faire ce que je faisais de mieux et de laisser Brennan et son Tristan mener la petite vie tranquille qu’ils rêvaient à deux.
Ils comprendraient bien assez tôt que ce n’était qu’une chimère.
 



Chapitre 1
 
MEMPHIS
 
 
— C’est vous.
Je relevai vivement les yeux du document que j’étudiais et fixai, incrédule, le jeune homme qui se tenait à quelques mètres de moi. Près de trois semaines s’étaient écoulées depuis notre précédente rencontre que j’avais cru être la dernière.
Brennan Devereaux.
Putain qu’il était beau.
Je lui adressai un bref signe de tête et évitai de tenir compte du tressaillement à mon entrejambe. Mon membre se souvenait très clairement du jeune homme, lui aussi.
Je savais que, pour être poli, je devrais lui demander comment il se sentait maintenant qu’il était sorti de l’hôpital, mais l’avoir près de moi mettait mes sens en pagaille, si bien que je le contournai dans l’objectif de retourner à ma voiture.
— Attendez ! s’écria-t-il en me rattrapant.
Je n’obéis pas, mais alors que je m’apprêtais à poser la main sur la poignée, Brennan se plaça entre mon véhicule et moi. Je reculai instantanément ; je ne me faisais pas confiance quand il était aussi près de moi.
— Quoi ? demandai-je avec un regard acéré sans chercher à masquer mon irritation.
Qui n’avait cependant rien à voir avec lui et tout avec les réactions de mon corps.
J’avais observé mon lot d’hommes magnifiques, en avais baisé sans doute plus que ma part, mais Brennan… Il n’avait rien de comparable aux flopées de mecs que j’avais croisés ces dernières années. Il n’atteignait pas mon mètre quatre-vingt-huit, mais il n’en était pas loin. Il n’était pas un tas de muscles, cependant il était en forme. Le jean qu’il portait était lâche, ce qui ne l’empêchait pas de souligner ses fesses fermes et sa taille fine. Son polo blanc mettait parfaitement en valeur sa poitrine légèrement ciselée. Avec ses cheveux soigneusement coiffés, un peu plus longs sur le dessus que sur les côtés, et ses yeux verts lumineux, il semblait tout droit sorti d’une couverture de magazine.
Ma question brutale avait fait disparaître son sourire, mais il ne s’écarta pas, et je ressentis une nouvelle flambée de désir. Il n’était pas docile. Loin de là. Bon sang, cela ne devrait pas m’exciter encore plus, pourtant c’était le cas.
Totalement.
— Vous n’êtes jamais revenu, murmura-t-il.
— Quoi ? m’écriai-je bêtement en essayant de garder le contrôle de ma libido déchaînée.
Nous nous trouvions dans l’allée devant chez l’un des membres de mon équipe. Maverick « Mav » James et son jeune partenaire Eli Galvez louaient depuis peu cette petite maison près de l’Université de Washington. Mav m’avait demandé de venir pour discuter de certains dossiers. Pendant quelque temps, Mav occuperait un rôle plus secondaire dans notre organisation afin de rester sur place avec Eli, qui avait des difficultés à se remettre du traumatisme des multiples agressions sexuelles perpétuées par son beau-père quelques années auparavant. Un rôle secondaire signifiait qu’il gérerait la logistique tandis que l’agent au premier plan se chargerait de la cible. J’étais plus qu’heureux de m’en occuper, car j’étais impatient de quitter Seattle et de retourner sur le terrain. J’avais rejoint cette organisation de vigilance clandestine deux ans plus tôt, lorsque je cherchais désespérément le moyen de garder ma santé mentale, après les événements qui s’étaient déroulés en une fraîche journée d’été comme celle-ci. J’avais souvent constaté que sans cas sur lequel me concentrer, les choses empiraient très vite pour moi.
— Après votre visite de ce soir-là. Je pensais que vous reviendriez. Je voulais…
Brennan se tut, mais lorsque son regard se posa sur ma bouche, je compris que ce n’était pas faute de trouver les mots.
Bon sang, la situation était mauvaise.
Dès qu’il releva la tête, je le vis dans ses yeux. Il n’avait pas peur de ce qui couvait entre nous… cela l’intriguait.
— J’ai du travail, répliquai-je, mordant.
Je n’étais pas connu pour mon tempérament joyeux, pourtant, mon ton sévère n’eut pas le moindre effet sur Brennan, qui ne bougea toujours pas.
— Je n’ai jamais eu l’occasion de vous remercier, murmura-t-il. Je ne pensais pas l’avoir un jour.
Je savais que, si j’étais poli, je devrais accepter sa gratitude et lui demander comment il se sentait ; c’était le genre de bla-bla que faisaient les gens. Mais cela n’avait jamais été mon style, et je n’allais pas commencer aujourd’hui. Mieux valait que le gamin s’en rende compte tout de suite et qu’il arrête de me regarder comme si je lui avais décroché la lune. Ou comme s’il n’aurait rien contre le fait que je le plaque contre ma caisse pour satisfaire enfin mon désir de le goûter.
— Ce n’était rien, marmonnai-je.
Puis, ignorant mon besoin de me tenir à l’écart de lui, je le contournai pour ouvrir ma portière. Pourtant, il ne bougea pas, si bien que ma manœuvre ne fit que rapprocher nos corps, qui se trouvèrent à quelques centimètres à peine. Brennan inspira vivement. Je n’aurais pas beaucoup d’efforts à faire pour effleurer sa bouche. Bon sang, il avait même déjà entrouvert les lèvres, comme s’il n’attendait que ça.
— Je dois y aller, lançai-je, d’une voix cependant plus désespérée qu’autoritaire, contrairement à ce que je souhaitais.
— Je ne te laisserai pas partir, murmura-t-il.
Sa bouche était si proche de la mienne que je percevais son souffle dérivant jusqu’à moi.
— Quoi ? répliquai-je, alors que mon cœur tressautait douloureusement dans ma poitrine.
— C’est ce que vous m’avez dit ce jour-là. Vous m’avez dit que vous ne me laisseriez pas partir. Vous vous en souvenez ?
Un peu, oui, que je m’en souvenais ! Parce que je devenais fou à l’idée qu’il ferme les paupières lorsqu’il avait commencé à manquer d’air. Je ne m’étais jamais senti aussi impuissant de toute ma vie. Son sang s’écoulait entre mes doigts, pressés contre la blessure sur son flanc, tandis que mon autre main s’accrochait à la sienne et que je balançais tout ce qui me passait par la tête pour le garder éveillé en attendant que les secours arrivent.
Je ravalai la boule que j’avais dans la gorge et acquiesçai.
— Je m’en souviens, confirmai-je d’une voix égale.
Bon sang, ses lèvres étaient jolies. Pleines, semblant douces et d’une subtile nuance de rouge.
— Comment vous appelez-vous ?
Les yeux toujours rivés à sa bouche, je mis quelques instants à assimiler sa question.
— Memphis, murmurai-je.
Brennan changea légèrement de position, et sa hanche frôla mon bras, encore accroché à la poignée. Mon membre tressauta.
— Memphis, souffla-t-il tout bas, comme s’il testait les syllabes sur ses lèvres.
Puis nous perdîmes la notion du temps. Moi qui avais été si pressé de partir… je cherchais à présent une excuse pour m’attarder. Pour le toucher, pour profiter de la musique de sa douce voix, maintenant qu’elle n’était plus empreinte de douleur et d’angoisse.
Brennan se rapprocha un peu plus, mais avant que nos corps ne puissent réellement entrer en contact, quelque chose de froid et humide passa au-dessus de ma main gauche, que je serrais en poing – sans doute pour ne pas attirer Brennan dans le baiser que j’avais tellement envie de lui administrer. Baissant les yeux, je constatai que Bébé, le Rottweiler d’Eli, me reniflait la main. Le chien était parvenu à briser notre envoûtement. Brennan recula rapidement, mettant un bon mètre entre nous. Quand je reportai mon attention sur son regard, je me rendis compte que, bien que le désir y soit toujours présent, il s’y trouvait autre chose. De la confusion ? De l’embarras ? Je n’en étais pas certain… Déchiffrer les gens n’avait jamais été mon point fort.
— Merci, dit-il enfin, avant de s’écarter davantage pour me permettre d’ouvrir ma portière.
J’aurais dû bouger. J’aurais dû lui dire que ce n’était rien, monter dans ma voiture et m’en aller. Cependant, je demeurai immobile à chercher quelque chose, n’importe quoi, afin de prolonger l’instant.
La main de Brennan était posée sur la tête de Bébé, mais ses yeux restaient rivés aux miens. Bon Dieu, désirait-il la même chose ?
En temps normal, je l’aurais invité à prendre un café ou autre. Visiblement, mon attirance n’était pas à sens unique. Une nuit au pieu ensemble ne ferait de mal à personne, si ? Je ne quittai la ville que le lendemain matin, et Brennan n’était pas un gamin naïf, à en juger le désir non dissimulé avec lequel il m’observait. Il me voulait, je le voulais… Cela ne ferait de mal à personne, si ? Tant que j’indiquais clairement que ce ne serait que l’histoire d’une fois…
Dites à Tristan… dites-lui que je l’aime.
J’ouvris brusquement ma portière pour m’empêcher de repenser à la fin de la supplication que Brennan m’avait faite d’une voix brisée. Les yeux baissés, je mis la clé dans le contact et ne les relevai que lorsque je fus prêt à m’écarter du trottoir.
Brennan n’avait pas bougé d’un pouce, les yeux toujours rivés sur moi. Cette fois-ci, pourtant, je n’eus aucun mal à déchiffrer son expression, qui fit remonter un frisson le long de mon échine et dans mes bourses.
Car Brennan n’avait pas l’air déçu ou perdu… il avait l’air… déterminé.
Bon sang, ce n’était pas bon signe, n’est-ce pas ?
 



Chapitre 2
 
BRENNAN
 
 
Il fallut que la langue de Bébé laisse une traînée de bave sur ma main pour que je parvienne à détourner le regard de l’allée où s’était trouvée la voiture de Memphis. Mon corps fourmillait encore de ma récente proximité avec cet homme magnifique, et je dus inspirer à plusieurs reprises pour reprendre le contrôle de moi-même. Lorsque les coups de tête de Bébé se firent plus insistants, je me mis à genoux pour lui accorder l’attention qu’il voulait… et méritait. Parce que ce chien était, en plus de Memphis, une des raisons de ma survie.
Même trois semaines plus tard, seules quelques bribes de cette journée me revenaient. Je me souvenais de tout jusqu’à l’instant où j’avais déverrouillé l’appartement d’Eli pour lui ramener le chien que j’avais gardé quelques jours pendant qu’il quittait la ville. Toutefois, tout ce qui était venu ensuite n’était qu’un méli-mélo d’images et d’émotions.
Le grognement de Bébé, sa laisse qui tombait de ma poigne lâche, une silhouette vêtue de noir, un fracas sourd, une sensation de déchirure sur mon flanc…
Moi, incrédule sur le pas de la porte, qui contemplais ma main, que je venais de poser sur la zone douloureuse, recouverte de sang.
Bêtement, j’avais levé les yeux sur l’homme qui m’avait tiré dessus pour lui demander pourquoi il l’avait fait, pendant que lui en profitait pour me viser à nouveau. Toutefois, la seconde balle n’avait jamais déchiré mes chairs, parce que Bébé s’était jeté sur le bras de l’homme, faisant tomber son arme au sol. J’avais confusément perçu des voix qui s’élevaient et des grognements de chien, tandis que je m’appuyais contre le chambranle puis m’avançais d’une démarche hésitante dans l’appartement. Je me souvins vaguement m’être inquiété de la réaction d’Eli s’il arrivait quoi que ce soit à son chien, mais je n’avais pas eu la force d’attraper mon portable pour appeler à l’aide.
Puis, il avait été là. On m’avait raconté plus tard qu’il avait tué le second intrus dont je n’avais même pas eu conscience, mais je ne m’en souvenais pas. Je ne me remémorais que des prunelles d’un noir profond qui me transperçaient tandis que des doigts puissants s’accrochaient à ma main.
Memphis.
Ce nom ne s’accordait pas avec ses traits sombres et exotiques. Avec sa peau mate, ses cheveux noirs et raides et ses yeux de la même teinte, je lui aurais plutôt donné des origines moyen-orientales. Pourtant, sa voix ne contenait aucun accent, et ce prénom typiquement américain faisait de lui une énigme totale.
J’étais complètement épris de lui.
Non, ce n’était pas le mot exact. Le désir physique que Memphis éveillait en moi sans même me toucher était irréel et incomparable à tout ce que j’avais toujours. Cela dit, cela allait bien au-delà de ça, car je ressentais une souffrance trop vive pour remarquer sa beauté le jour où il m’avait sauvé la vie. Ce n’était pas dû non plus qu’à sa main à laquelle je m’étais agrippé en cherchant à faire entrer de l’oxygène dans mes poumons, alors que la douleur dans mon flanc se répandait dans tout mon être jusqu’à me donner l’impression de n’être que brasier.
Je ne me souvenais pas de tout ce que je lui avais dit, mais je m’étais accroché à chacune de ses paroles aussi fort qu’à sa main. Je me rappelai ce moment où, alors que chaque souffle me coûtait un effort considérable, je lui avais demandé si j’allais mourir. Je présumais qu’il m’avait répondu par la négative, cependant, je n’en étais pas certain à cause de l’angoisse qui m’avait consumé à cet instant quand j’avais senti ma poitrine exploser. Des images de ma famille avaient défilé dans mon esprit, accompagnées du soulagement que j’éprouvais à l’idée qu’ils seraient là les uns pour les autres afin de se soutenir après mon départ. Puis, une seule personne était restée gravée dans ma tête.
Tristan.
Je n’avais pas pu m’attarder longtemps sur la vague de chaleur que la simple pensée de mon ami d’enfance m’avait fait ressentir, parce que Memphis s’était mis à hurler mon nom et à m’ordonner de ne pas le quitter des yeux. Je ne saurais dire combien de temps je m’étais accroché à lui comme à une ancre m’empêchant de sombrer dans l’agonie que j’éprouvais à l’idée de ne plus revoir les gens que j’aimais. Cependant, quand j’avais finalement inspiré mes derniers souffles d’air, j’avais entendu ces mots… ces mots qui m’avaient donné envie de m’agripper à lui pour toujours, malgré mon corps qui ne désirait que lâcher prise.
« Je ne te laisserai pas partir. »
Je n’avais que de vagues souvenirs de la suite des événements, mais Eli avait comblé les blancs lorsqu’il m’avait rendu visite à l’hôpital après mon opération. Si Memphis avait tué l’un des intrus, c’était Bébé qui s’était chargé de l’homme qui m’avait tiré dessus. Mav, le compagnon d’Eli, et un autre homme du nom de Ronan avaient été les premiers sur place après Memphis. J’avais appris que Ronan m’avait aussi sauvé la vie ce jour-là. La balle que j’avais prise avait causé des dommages considérables, y compris un pneumothorax, qui expliquait pourquoi respirer avait été une telle épreuve. Ronan, ancien chirurgien traumatique, avait réussi à regonfler mon poumon avec les moyens du bord. Ce qui ne m’avait fait gagner que quelques minutes, puisque mon cœur, d’après Eli toujours, s’était arrêté de battre dès que les secouristes m’avaient fait monter dans l’ambulance. Ronan m’avait une nouvelle fois sauvé la vie à ce moment-là en me faisant un massage cardiaque jusqu’à notre arrivée à l’hôpital. ...

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