Voeu pieux
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Description


Parfois, faire la bonne chose nécessite une aide d'un autre monde.


Tony Brazzio, copropriétaire du Club Raven à Baltimore, est doté d'un talent psychique qui lui permet d'influencer le comportement des autres. Son premier projet – réhabiliter des voyous Bull et Dandy – échoue lorsque l'attrait de gros portefeuilles mûrs pour la cueillette est trop grand pour qu'ils l'ignorent. Après que Bull et Dandy se soient attirés de sérieux ennuis au-delà du simple petit vol, Tony se charge de les faire libérer.


Accusé d'avoir fait « disparaître » une paire de voleurs à la tire, l'inspecteur Thomas Arthur Clare est déterminé à faire son travail. C'est sans compter sur l'interférence de Tony ni sur son attirance pour le bel homme mystérieux, qui le déstabilisent.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 84
EAN13 9782376768166
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0026€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Publié par
JUNO PUBLISHING
2, rue Blanche alouette, 95550 Bessancourt
Tel : 01 39 60 70 94
Siret : 819 154 378 00015
Catégorie juridique 9220 Association déclarée
http://juno-publishing.com/
 
 
 
Titre
Vœu pieux
Copyright de l’édition française © 2020 Juno Publishing
Copyright de l’édition anglaise © 2017 Kiernan Kelly
Titre original : Wishful Thinking
© 2017 Kiernan Kelly
Traduit de l’anglais par Allie Vinsha
Relecture et correction par Valérie Dubar, Miss Joly Lucha
 
Conception graphique : © Mary Ruth pour Passion Creation
Tout droit réservé. Aucune partie de ce livre, que ce soit sur l'ebook ou le papier, ne peut être reproduite ou transférée d’aucune façon que ce soit ni par aucun moyen, électronique ou physique sans la permission écrite de l’éditeur, sauf dans les endroits où la loi le permet. Cela inclut les photocopies, les enregistrements et tout système de stockage et de retrait d’information. Pour demander une autorisation, et pour toute autre demande d’information, merci de contacter Juno Publishing :
http://juno-publishing.com/
ISBN : 978-2-37676-816-6
Première édition française : juin 2020
Première édition : janvier 2017
 
Édité en France métropolitaine
 
 
Table des matières
Avertissements
Prologue
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Épilogue
À propos de l’Auteur
Résumé

 
 
 
 
Avertissements
 
 
 
 
 
Ceci est une œuvre de fiction. Les noms, les personnages, les lieux et les faits décrits ne sont que le produit de l’imagination de l’auteur, ou utilisés de façon fictive. Toute ressemblance avec des personnes ayant réellement existées, vivantes ou décédées, des établissements commerciaux ou des événements ou des lieux ne serait que le fruit d’une coïncidence.
 
Ce livre contient des scènes sexuellement explicites et homoérotiques, une relation MM et un langage adulte, ce qui peut être considéré comme offensant pour certains lecteurs. Il est destiné à la vente et au divertissement pour des adultes seulement, tels que définis par la loi du pays dans lequel vous avez effectué votre achat. Merci de stocker vos fichiers dans un endroit où ils ne seront pas accessibles à des mineurs.
 
 
 
Vœu pieux
Club Raven #2
 

 
Kiernan Kelly
 

 
Prologue
 
 
 
 
Une rafale déferla de la baie, traversant la route boueuse, parfumée par la mer, mais terriblement forte. Elle mordit le visage de Tony, et il trembla malgré sa redingote à double boutonnage, ses gants et son haut-de-forme en fourrure de castor. Pendant un instant, il souhaita pouvoir retourner de toute urgence dans un buggy fermé au Club Raven , où un feu ardent et joyeux réchauffait sans doute la Grande Salle et un verre de cognac dans un verre de cristal l’attendait. Il repoussa cette pensée avec un effort ; même le froid humide d’une nuit d’octobre sur les quais de Baltimore ne pouvait le chasser de son poste. Il avait passé trop de temps et d’efforts à faire en sorte que sa proie soit ici, à cette heure-là, pour abandonner ses plans maintenant.
Un petit soupir triste s’échappa de ses lèvres alors que son désir d’une liqueur forte et d’un feu s’évanouissait, mais refusait de mourir complètement. Pour se distraire, il se concentra un instant sur le pommeau de sa canne, un tigre en or massif, et sur la façon dont il brillait au clair de lune. C’était la canne la plus élégante qu’il avait pu trouver, et elle coûtait plus d’argent qu’il n’en avait vu auparavant. Eh bien, avant d’être choisi comme l’un des trois héritiers du Club Raven . Maintenant, il était plus riche que quiconque, à l’exception des deux autres propriétaires. La canne était un symbole de sa nouvelle vie et de la façon dont il se voyait lui-même… un bout de bois robuste et solide qui, autrement, aurait pu finir sa vie comme un simple bois d’allumage et qui prenait une autre incarnation par l’idole dorée et scintillante qui le couronnait. Il déplaça sa canne dans son autre main et se concentra sur le quai. Il siffla un petit air enjoué afin de se changer les idées tandis qu’il attendait.
Il s’arrêta lorsqu’il aperçut deux silhouettes se détachant sur les formes plus sombres des navires amarrés au quai, et sa bouche frémit d’un sourire prédateur. C’était eux, les deux hommes qu’il avait rencontrés à New York, à peine six semaines auparavant, même si « rencontrés » n’était pas exactement la façon dont la plupart des gens décriraient leur première confrontation. Il revécut le souvenir, et il pouvait pratiquement sentir l’odeur de la rue encombrée de Five Points.
Mulberry Bend est exactement comme dans son souvenir. La rue est parsemée de crottin et de déchets, encombrée de buggies, de charrettes, de chevaux et de gens. Le bruit qu’ils font est un grondement constant. Des bâtiments serrés côte à côte, leurs perrons revendiqués par des enfants en haillons tenant des poupées tout aussi débraillées, ou jouant au cerceau sur le trottoir, ou par des hommes flânant dans des chemises et des pantalons rapiécés, rugueux et filés à la main. Les femmes se penchent par les fenêtres, accrochant le linge gris sur des fils suspendus d’un bâtiment à l’autre. Une inspiration profonde apporte une bouffée d’oignon, d’ail, de poisson, d’odeur corporelle et d’eaux usées, la puanteur si épaisse qu’il peut presque la goûter. Un effluve ranime la gratitude de Tony envers son bienfaiteur pour lui avoir offert un moyen de sortir de Five Points qui ne s’est pas terminé avec lui dans un cercueil.
Sa voiture de louage, un buggy découvert tiré par un cheval demi-trait, est bloqué par la circulation. Tony se penche en avant et tape l’épaule de son cocher.
— Je vais marcher à partir d’ici.
Le cocher de la voiture de louage se tourne pour le regarder, les yeux écarquillés.
— Mais monsieur, c’est Five Points. C’est pas un endroit pour un gentleman. C’est dangereux.
— Ha ! pas pour moi, assure-t-il en donnant une pièce au cocher. J’ai grandi ici. Attendez-moi au bout de Baxter. J’arrive tout de suite.
Le cocher incline sa casquette, quoique à contrecœur, alors que Tony quitte le buggy au milieu de la rue.
La première devanture de magasin devant laquelle il passe est celle de la cordonnerie appartenant à Abram Weiss. Il sourit. Il se souvient que sa mère l’a amené voir monsieur Weiss, un vieil homme bourru avec une longue barbe blanche, afin qu’il mette de nouvelles semelles sur ses chaussures. Il regarde par la vitrine poussiéreuse. Un homme de son âge est assis au milieu d’un fouillis de chaussures, tapant sur la semelle d’une botte avec un petit marteau. Le fils de Weiss, peut-être. Le vieil homme est probablement parti depuis longtemps vers une vie meilleure à présent.
Sa canne clique sur le trottoir alors qu’il s’éloigne, le tigre d’or servant de pommeau scintillant à la lumière du soleil. Il voit qu’il attire l’attention des passants : l’or est aussi rare que des parfums distingués dans Five Points, et aussi tentant pour un homme doué que le vol qu’un banquet pour un mendiant. Aucune personne saine d’esprit ne ferait étalage d’une telle richesse au grand jour dans la rue… c’’est une invitation au vol…
Aucune, sauf lui. En fait, il compte là-dessus. Il doit se présenter comme une victime pour que son plan réussisse. Les autres membres du Club Raven sont tous riches. Ils ont toujours eu beaucoup d’argent, soit parce qu’ils venaient d’une belle famille intègre, soit qu’ils l’ont gagné grâce à leurs propres réalisations. Il a l’impression d’être moins bien que les autres, comme s’il était constamment jugé à cause de son passé.
Il n’a pas reçu d’argent de sa famille et a peu de réalisations à son actif, à l’exception d’une seule pour le vol à la tire. Il est né le plus jeune fils d’immigrants italiens pauvres. Son père est mort lorsqu’il était enfant, le laissant grandir sans père dans l’un des quartiers les plus durs de Manhattan. Toute sa vie a semblé être une longue lutte pour des miettes. Bien que son talent et son don lui aient facilité la tâche, il se souvient des longues nuits où il s’était couché le ventre vide. Son pire souvenir est celui de son frère aîné, Salvatore, qui a attrapé la tuberculose. Ils n’avaient pas les moyens de payer un médecin ou des médicaments. Regarder Salvatore mourir lui avaient laissé des cauchemars qui le hantaient encore.
Et c’est ce qui le ramène à Five Points aujourd’hui. Il est en mission afin de trouver un jeune homme qu’il peut aider de la même façon qu’il a été aidé. En un seul geste de bonté, il mettra en branle un plan pour amener celui qu’il a choisi à Baltimore, et éventuellement, au Club Raven . Il a l’intention de prouver qu’il n’est pas là par hasard ; que les hommes bons ne sont pas nécessairement le produit de la richesse et de l’éducation.
Tony concentre son attention sur son environnement. Il ne doit pas se laisser distraire par ses souvenirs en ce moment, à moins qu’il ne veuille perdre sa canne de marche au profit d’un voleur aux mains rapides.
Un homme portant des lunettes noires se tient debout au coin de la rue, tenant un petit panier rempli de crayons taillés.
Il se rend compte que l’homme est aveugle, et il prend un dollar dans son portefeuille, le mettant dans le panier de l’homme avant de passer à autre chose. Il n’y a jamais de mal à transmettre la bonne fortune lorsque l’occasion se présente.
Au milieu du prochain bloc se trouve une épicerie. Une série de caisses en bois débordantes de pommes, de poires et d’oranges sont soigneusement garnies à l’extérieur du magasin. Il s’arrête et lève une pomme parfumée à son nez. Alors qu’il fouille dans sa poche afin de trouver une pièce de monnaie à remettre au commerçant. Il remarque un jeune homme roux vêtu d’une culotte et d’une chemise grossières, portant une casquette en laine verte baissé sur ses yeux, planant juste derrière lui, faisant semblant d’examiner les fruits.
Sa main est vide. Sa poche est propre. Il ne lui reste pas une seule pièce de monnaie. Une recherche rapide révèle que son portefeuille a également disparu. Il se retourne et aperçoit le roux qui s’éloigne, traçant rapidement son chemin à travers la foule. Tony est intrigué. Il ne doute pas que l’homme roux soit le voleur, mais comment s’est-il fait voler si facilement ? L’homme n’a jamais été assez proche de lui pour lui dérober son portefeuille, n’est-ce pas ? Il laisse tomber la pomme dans la caisse et part à la poursuite du jeune homme.
Si un autre homme que lui avait été la victime du rouquin, le voleur se serait certainement tiré d’affaire, mais Tony a un avantage que la plupart des hommes riches n’ont pas… il connaît la région aussi bien que son propre nom. Peu importe le nombre d’allées que le voleur emprunte, le nombre de clôtures escaladées, de virages ou de détours, Tony suit la piste avec acharnement.
En fin de compte, c’est son endurance qui finit par lâcher prise. Il est loin des jours où il était un gamin qui se démenait pour rester en vie dans Five Points. Lorsque l’homme qu’il poursuit s’engage dans une ruelle particulièrement sombre, appelé « le perchoir du bandit » d’après ses souvenirs, et c’est tout à fait approprié, Tony s’arrête, respirant avec difficulté. Il se maudit de s’être ramolli, puis hurle après le voleur, laissant son don couler à travers lui.
— Stop.
L’homme roux devant lui dérape jusqu’à s’arrêter comme s’il était tiré par des rênes invisibles. Tony peu voir l’étonnement du voleur alors qu’il s’approche en respirant lourdement. Il met sa main dans la poche avant du brigand et sort son portefeuille. Une vérification rapide révèle que tout son argent est encore dedans.
— Vous êtes rapide, je vous l’accorde, mais comment avez-vous fait pour vider ma poche de si loin ? Vous n’étiez jamais à moins d’un mètre de moi, commenta Tony en souriant. Un exploit impressionnant, jeune homme.
— Qu’est-ce que vous m’avez fait, s’inquiète l’autre homme, la panique gravée sur son visage. Pourquoi je ne peux pas bouger ?
— Chaque chose en son temps. Je m’appelle Anthony Brazzio, mais tu peux m’appeler Tony. Dis-moi ton nom.
— Seamus O’Brian. On m’appelle Bull.
Tony rit. Seamus a un doux accent irlandais, et un corps fin et robuste.
— Eh bien, vous ressemblez à un petit taureau roux costaud, dit-il en traçant des yeux les lignes du physique trapu de Seamus. Dites-moi comment vous avez fouillé ma poche.
Il peut voir Bull combattre l’envie de faire ce qu’il lui demande, et il lui attribue le mérite d’avoir résisté pendant près d’une demi-minute complète. C’est plus que ce que la plupart des gens peuvent faire, étant donné la force de son don pour le pouvoir de suggestion.
— J’ai ce truc que je peux faire, vous voyez ? Je peux déplacer les choses d’un endroit à un autre en y réfléchissant, tant que je sais où se trouve la chose. J’ai vu votre canne et vos beaux vêtements, et lorsque je vous ai vu sortir votre portefeuille de votre poche de poitrine droite pour donner un dollar à Eddie l’aveugle, j’ai su que vous étiez riche et que vous en aviez probablement beaucoup plus d’où ça venait. Alors, quand je me suis approché de vous à l’épicerie, j’ai juste imaginé votre portefeuille sortir de votre poche et rentrer dans la mienne, et… enfin…
— Et c’est arrivé.
— Oui. Maintenant, laissez-moi partir ! Vous avez récupéré votre argent.
— Pouvez-vous bouger n’importe quoi, ou faut-il que ce soit léger, comme un portefeuille ?
— Non, ça ne marche qu’avec de petites choses, comme les portefeuilles, les bijoux, etc.
— Pratique quand on est pickpocket, n’est-ce pas ?
— Laissez-moi partir ! réclame Seamus en luttant contre les liens invisibles de Tony.
C’est alors qu’une nouvelle voix se fait entendre et Tony ressent une forte poussée qui le met presque à genoux.
— Ce hanneton te cause des problèmes, Bull ?
Tony fait demi-tour et se retrouve face à un beau jeune homme. Le nouveau venu a les cheveux et les yeux noirs. Il est plus grand et plus svelte, mais est habillé comme Bull, et partage le même accent irlandais charmant avec lui.
— Dites-moi votre nom.
— Euh… hé ! Qu’est-ce que c’est ? Je veux dire…
Tony serre les dents. Un autre homme qui pouvait combattre le pouvoir de son don ? Comment est-ce possible ? Il est peut-être simplement fatigué.
— Dites-moi votre nom.
Le visage du jeune homme pâlit, et les veines de son cou palpitent visiblement tandis qu’il lutte sans succès contre le pouvoir de Tony.
— Daniel Gilroy, répond-t-il, les mots explosant dans un souffle. Merde ! Comment vous faites ça ?
— Tout le monde l’appelle Dandy, intervient Bull en haussant les épaules, ignorant le regard furieux de son compère. Il a aussi un pouvoir, mec. Comme nous. Autant lui dire ce qu’il veut savoir. Il le découvrira de toute façon.
— Vous avez tous les deux des dons ? s’exclame Tony en arquant un sourcil de surprise avant de fixer Dandy du regard. Quel est ton pouvoir ?
— Je… aahh, merde ! Je peux avoir des pensées, des images dans ma tête lorsque je touche des trucs.
Il sait alors qu’il vient de débusquer deux poissons pour son projet favori. Du poisson parfait, aussi, et les deux avec des dons ! Ils iraient comme un gant au Club et qui sait ? Les pouvoirs pourraient s’avéraient utiles…
Il sourit en regardant les deux personnages se rapprocher, le vent refroidissant ses dents. Quand Anthony Brazzio de Brooklyn, New York, faisait une suggestion, tout le monde écoutait et obéissait sans discuter. C’était son don, la raison pour laquelle il avait été choisi comme héritier et copropriétaire du Club Raven . Il était très sélectif quant à son utilisation, mais lorsqu’il s’en servait, il n’échouait jamais. Bull et Dandy en étaient deux exemples. Il leur avait dit de venir à Baltimore, et ils étaient là, juste à l’heure.
Le don de Tony était le Pouvoir de la Suggestion, et même si ce n’était pas le plus flamboyant des dons, il avait bien fonctionné et lui avait servi depuis qu’il était gamin. Il sourit, se souvenant de la première fois qu’il avait réalisé qu’il pouvait forcer les gens à agir selon sa volonté.
— Antonio, Colombe Stai Andando ? Venitealla chiesa con me stasera. Si tratta di San Ciro’s giorno di festa, e siamo già in ritardo ! Padre Giovanni sarà arrabbiato !
Son fils de neuf ans fronce les sourcils et hausse les épaules aux mots de sa mère. Qu’est-ce ça peut faire qu’il soit en retard à la messe. L’église Saint-Paul est le dernier endroit où il veut aller, et le père Giovanni est la dernière personne qu’il veut voir. Le prêtre a tenté de fouiner sous la soutane de Tony dans la sacristie, dimanche dernier lorsqu’il est venu pour servir la messe. Le dire à ses parents ne servira à rien, ils ne croiront jamais sa parole plus que celle du prêtre. Il peut sentir la panique monter maintenant, s’agripper à sa poitrine, essayer de voler l’air dans sa poitrine tandis qu’il essaie de trouver un moyen d’éviter d’aller à l’église.
Alors qu’il commence à avoir l’impression que la pièce se referme et que l’obscurité se met à clignoter au bord de sa vision, un sentiment particulier s’empare de lui. Il sait soudain sans le moindre doute que sa mère fera exactement ce qu’il dit, s’il l’ordonne avec conviction.
Il est peut-être devenu fou, mais ça vaut le coup d’essayer. Il inspire profondément et regarde sa mère dans les yeux.
— Mama, tu ne veux pas que je parte. Tu veux que je reste à la maison. Je ne me sens pas bien, tu vois ? J’ai de la fièvre.
Sa mère a l’air perplexe pendant un moment, puis commence à le gronder.
— Antonio ! Cosa stai facendo facendo fuori dal letto ? Sei malato. Nessuna chiesa oggi. Tornate a letto. !
— Si, Mama.
Il retournera volontiers au lit comme elle l’ordonne, et pendant que le reste de la famille est à l’église, il restera ici à penser à ce qui s’est passé et à essayer de comprendre. D’une façon ou d’une autre, il a fait faire ce qu’il voulait à sa mère. C’est un miracle !
Au cours des semaines suivantes, il tente plusieurs expériences en utilisant son nouveau pouvoir. Pour sa peine, l’épicier lui offre une pomme, Tommy Catania lui donne une nouvelle bille œil de chat, et il reçoit un bâton de menthe poivrée de monsieur Gringott, l’apothicaire, tout cela parce qu’il dit à chacun d’eux qu’il veut un cadeau.
Il décide que son don doit être la manière de Dieu de s’excuser de lui avoir enlevé son père, sa sœur et son frère et de les avoir laissés, le reste de sa famille et lui pourrir à Five Points et il se promet de ne pas l’utiliser égoïstement… sauf une fois de plus.
Il se souvient des cris de madame Nunzio lorsqu’elle voit le père Giovanni courir tout nu dans la rue, tirant sur sa queue comme s’il baratte du beurre, et comment les policiers jurent alors qu’ils emmènent le prêtre. Aux dernières nouvelles, le père Giovanni est enfermé dans l’asile psychiatrique de Blackwell.
Après cela, il n’utilise son don que pour aider à nourrir la famille, payer le loyer de leur appartement, et il s’assure de donner un pourcentage de chaque hold-up à l’église en remerciement.
Tony traversa la rue en sifflotant un air gai, sa canne tournoyant entre ses doigts, afin de rencontrer Bull et Dandy, prêt à entamer la prochaine étape de son plan directeur consistant à transformer deux jeunes hommes bruts en diamants polis dignes de ce que la société a de mieux à offrir.
 

 
Chapitre 1
 
 
 
 
— Suce plus fort !
Le sexe de Bull sortit de la bouche de Dandy avec un pop audible.
— Va te faire foutre, Bull. Arrête de me donner des ordres ou je t’arrache la queue.
— Oh, allez, mec. Je suis juste excité, c’est tout. Mes manières ne sont pas au top quand mon sexe est dans ta douce bouche, répliqua celui-ci en passant ses doigts dans les boucles noires de l’autre homme. Fais-le maintenant, d’accord ?
Les lèvres charnues de Dandy s’écartèrent en un petit sourire alors qu’il empoigne la hampe de Bull. Elle était courte et solide comme son propriétaire, mais son anneau frissonna alors qu’il se souvenait à quel point elle était faite pour lui. Comme un bouchon de liège dans une bouteille de whisky irlandais pensa-t-il en prenant la longueur de son compagnon. Ses lèvres aspirèrent fortement la chair tendre, veloutée, douce et amèrement salée. Il la prit profondément jusqu’à ce que son nez soit enfoui dans les poils pubiens roux de Bull, puis il la fit sortir aussi lentement qu’il le put. Sa langue tourna autour du gros gland jusqu’à ce qu’il goûte le liquide pré-éjaculatoire. Merde, Bull ne durait jamais très longtemps lorsqu’il se faisait sucer . Dandy renifla doucement autour du sexe dans sa bouche. Oh, non, tu ne le feras pas, mec. Si tu jouis, tu vas te retourner et commencer à ronfler. Tu ne me voleras pas mon tour cette fois ! Il sourit et gifla la cuisse de Bull, et il se redressa en se masturbant, laissant son gland caresser les lèvres de son compagnon.
— Tu es un allumeur, Dandy-boy. Regarde ! s’exclama-t-il en caressant son sac. Tu m’as laissé avec des testicules gonflés comme une paire d’oranges !
— Bah, des raisins, peut-être, répliqua son ami en riant et s’esquivant alors que Bull tentait de le frapper. Et c’est seulement pour un petit moment. Suce-moi un peu, d’accord ? Allez, occupe-toi de ma queue avec ta douce langue.
Bull se leva du lit, un sourire aux lèvres et il poussa Dandy sur le matelas. Il lui vola ensuite un baiser, dur et exigeant, plein de langues, de dents et de caractère, avant de chevaucher ses jambes, de se pencher et de passer une langue chaude et humide dans une ligne lente et paresseuse du genou de son compagnon à son sexe.
La hampe de ce dernier se tendit, et ses mains empoignèrent les draps alors qu’il attendait impatiemment de sentir la bouche de Bull sur sa longueur.
Le jeune irlandais bascula sur l’aine de Dandy, ses mèches rousses rebondissant avec le mouvement. Dandy se mordit la lèvre alors que sa bouche mouillée avalait son sexe, la langue de Bull caressant son membre. Dandy gémit et passa ses doigts dans les cheveux de son amant lorsque celui-ci descendit plus au sud et aspira un de ses testicules entre ses lèvres.
— Merde, s’exclama-t-il, son corps se tendant comme une corde de violon alors qu’il s’engageait dans la douce spirale de la libération.
— Voilà ! Tu ne m’auras pas non plus ! s’exclama Bull en roulant sur le côté en riant, s’étirant et se frottant contre le corps de son compagnon.
Sa hampe s’appuyait contre la hanche de Dandy comme une longueur de soie chaude.
Ce dernier roula aussi sur le côté et s’approcha de la petite table de nuit afin de prendre le petit flacon d’huile.
— Vite, Bull, dit-il en lui le lui tendant. J’ai tellement envie de toi.
— Je sais, Dandy, mon amour. Moi aussi.
Dandy sentit un mouvement sur le matelas, puis le doigt de son amant, couvert d’huile se glissa entre ses globes fessiers.
Il poussa un doux soupir lorsque le doigt huilé perça son anneau.
— C’est ça, mec. Perce mon trou, prépare-le pour ta jolie queue.
Bull ne répondit pas, mais son doigt s’enfonça plus profondément dans son intimité, avant qu’un autre doigt ne s’y glisse pour le rejoindre. Ce ne fut que lorsqu’il eut trois doigts enfoncés profondément dans l’entrée de Dandy qu’il se retira enfin.
Ce dernier se sentit soudain dépossédé et vide, la petite brûlure lui rappelant ce qui lui manquait. Mais il savait que ce ne serait pas pour longtemps. Bull était prêt ; il sentait l’humidité sur sa hanche où son sexe dur poussait contre lui. Il ne se passa pas longtemps avant qu’il ne sente le gland lourd et arrondi pousser en lui.
Il arqua le dos, aidant son amant à se glisser en lui, le remplissant. Il empoigna son propre sexe, et commença à le masturber au rythme des poussées de Bull. Ses testicules commencèrent à gonfler, le liquide pré-éjaculatoire humidifiant sa main.
— Bordel, Bull ! Plus vite, mon pote ! Plus fort !
Bull l’obligea, poussant en lui avec des sons de claquement durs et bruyants. Ses grognements étaient érotiques, effaçant le dernier contrôle de Dandy et déclenchant son orgasme. Il cria, poussant son poing plus fort, et jaillit en d’épaisses gouttelettes blanches. L’odeur du sexe emplissait l’air.
Les grognements de Bull s’amplifièrent derrière lui, ses poussées devenant erratiques. Dandy sentit le souffle chaud de la semence lorsque son amant jouit. Cela le remplit, glissant de son entrée, dégoulinant sur ses testicules.
— Merde, Dandy, dit Bull en haletant, sa voix à peine plus qu’un murmure bourru. Juste… Merde.
Dandy gloussa et essuya sa main sur le drap de lin fin.
— Nous l’avons fait, et c’était bien, si je puis dire, dit-il avant de gémir lorsque Bull frappa ses fesses. Je suppose qu’on ferait mieux de s’habiller et de descendre. Sa Snobité a dit seize heures pour le dîner.
— Depuis quand reçoit-on des ordres d’un Italien comme Tony Brazzio ? jura Bull.
Il s’était redressé, le dos appuyé contre la tête de lit en velours. Son sexe, tout ramolli maintenant et pâle, reposait contre sa cuisse, joliment encadré d’un chaume brun-rougeâtre.
— Écoute, nous devons avoir un plan, mon pote, continua-t-il. On est venu ici parce que Brazzio a utilisé son pouvoir sur nous, mais on n’est pas obligé de rester, hein ?
— Oui, mais je ne veux pas retourner à Five Points, non plus, et toi ?
— Non, bien sûr que non. J’ai l’air d’un cinglé ? Qui voudrait retourner ramasser des chiffons et voler des sous pour vivre ? répondit Bull en grattant son menton, recouvert d’une barbe de deux jours. Non, je vois ça comme un nouveau départ, l’ami.
— Ah oui ? Alors quel est ton plan ? demanda Dandy en se retournant et posant sa tête sur l’épaule de son compagnon
— Quel est cet endroit, demanda Bull en se déplaçant, glissant son bras derrière la tête de son amant.
— Ici ? Le Club Raven , un club de dîners snobs pour les gens de la haute société.
— Ces riches gens de la haute société, reprit Bull en lui faisant un clin d’œil avant de l’embrasser sur le front. Voilà ce que je dis. On passe quelques jours ici, à faire des repérages. On prétend qu’on devient honnêtes comme Brazzio le veut, en suivant les règles. Puis quand il pense qu’il nous a emmenés où il veut, on soulage ces snobinards de la haute société de leurs beaux gros portefeuilles et on se barre. On va à Chicago, ou Boston, peut-être. Nous serons bien installés.
— Un homme intelligent, approuva Dandy en levant la tête pour lui sourire. Alors, on se lève et on s’habille pour le souper.
Bull acquiesça.
— On sort notre meilleur comportement du dimanche, mon garçon. On ne veut pas que Brazzio sache ce qu’on a prévu.
Dandy sortit du lit et se dirigea vers la commode où un pichet et une bassine en porcelaine étaient posés. Plusieurs chiffons doux étaient soigneusement pliés à côté du lavabo. Il versa de l’eau dans la bassine et ramassa le savon, le portant à son nez. Ça sentait les fleurs et il sourit. Il mouilla un chiffon et se savonna. Bull le rejoignit alors qu’il commençait à se laver.
Ils étaient tous les deux satisfaits de leurs apparences lorsqu’ils eurent fini et ils sortirent la tête haute. Ils étaient de bonne humeur alors qu’ils approchaient de l’escalier principal qui les mènerait au premier étage.
Un homme énorme à la peau aussi sombre que l’ébène se tenait entre eux et l’escalier. Tony leur avait dit le nom de l’homme, mais Dandy ne s’en souvenait pas très bien. C’était un nom exotique de l’Afrique la plus profonde, avait dit Tony. Kwana… Kweeno. Kwanele. C’était ça.
Kwanele était un Zoulou. Même eux avaient entendu parler des Zoulous. Ils étaient de féroces guerriers. Kwanele semblait le paraitre lui aussi. Il dominait Dandy et Bull de quelques dizaines de centimètres, et ses dents, d’un blanc éclatant, étaient taillées en pointes. Tony leur avait dit que le pouvoir de l’homme était la défense, et qu’il était positionné en haut de l’escalier afin d’assurer la sécurité des résidents du Club Raven .
Dandy le croyait. Il aurait détesté être du mauvais côté du Zoulou. Il hocha la tête et sourit à Kwanele, qui le fixa du regard. Dandy ne put respirer librement avant qu’ils aient dépassé le géant au sourire de requin.
Si le plan de Bull échouait, Dandy espérait sérieusement que ce ne serait pas cet homme qui les poursuivrait.
 

 
Chapitre 2
 
 
 
 
Tony était assis sur un tabouret dans l’immense cuisine du Club Raven . Une assiette garnie de spaghettis à la bolognaise odorants était posée devant lui, accompagnée d’une autre contenant des boulettes de viande, des saucisses et de bracioles 1 . Il leva une petite soucoupe pleine de fromage râpé et en arrosa le dessus des spaghettis avec une cuillère en argent.
— Ça sent bon, Mama.
Une femme très ronde tournait autour de lui. Elle portait une robe de deuil en soie noire et un long tablier blanc. Ses seuls bijoux étaient une simple alliance en or, une broche faite de cheveux humains épinglée sur...

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