La Femme cent couleurs
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Description

Résumé
La femme cent couleurs, premier recueil de poésie de Lorrie Jean-Louis, nomme la race et la femme. Speak White or Black! La question ici est de porter la parole racisée. L’auteure interroge la posture de Michèle Lalonde et l’énonciation liée à une certaine poétique avant-gardiste. Elle refait la parole, parole des origines recommencée dans la rencontre et la beauté. Profondément féministe, La femme cent couleurs renaît ici ailleurs, sans injonction ni assignation.
Point de vue de l'auteure
« Je n’aime pas l’expression « les gens de couleur ». Moi qui aime tant les couleurs, je pense que cette expression est faussement bucolique, car il ne s’agit en fait que du Noir. Pour moi, cette expression devrait signifier que chaque jour je puisse décider de ma couleur ; vert, rouge, opale... C’est une façon détournée de nommer la race. La femme cent couleurs est venue m’habiter et il était clair qu’il fallait que je comprenne que c’était tout, CENT ou rien, SANS. Si on ne me les donne pas toutes, je n’en veux aucune. »
Extrait
Je viens de mes origines
mes origines viennent de la mer
la mer boit tout
je n’arrête pas d’arriver
moi l’étrangère
noctambule des marées
j’arrive
je ne finis pas
je commence
je suis fatiguée
la mer me recrache toujours
L'auteure
Née à Montréal de parents haïtiens, Lorrie Jean-Louis détient une maîtrise en littérature et également une maîtrise en bibliothéconomie. Elle a travaillé en enseignement, animation, lecture et édition. Elle collabore avec la revue Liberté . À présent, elle se consacre à l’écriture.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 avril 2020
Nombre de lectures 5
EAN13 9782897126896
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0017€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Je dédie ce livre à toutes les femmes qui ont porté mes mères et mes pères ainsi qu’aux femmes et aux filles de ma vie.
Ma mère, Léandre
Ma sœur, Farah
Mes nièces Aby et Clari
Et ma fille, Romy
PROLOGUE
Pour dire le feu sans brûler, j’écris des poèmes.
Pour moi la poésie c’est la beauté qui n’a pas de visage. Quand j’étais enfant, mon père disait toujours : « Il n’y a pas de poésie ici. » C’est le chemin que j’ai pris malgré moi pour en venir à la poésie ; à chercher l’absente qui fait toute la différence. Mon père disait toujours ça sur un ton totalement sérieux. Si sérieux qu’il ne m’est jamais venu à l’esprit de lui demander ce que c’était. Il a fallu que je comprenne par moi-même. La poésie s’est vite faite synonyme d’urgente nécessité. Ce n’est que bien plus tard que j’ai su qu’on pouvait essayer de la coucher dans un livre. C’est d’abord un état. La poésie est résistance.
Dans Tar Baby de Toni Morrison, il y a une femme au début du roman qui va acheter des œufs. Elle porte une robe jaune canari et des sandales multicolores. Elle prend trois œufs dans la boîte de douze. C’est ce dont elle a besoin. La narratrice la décrit comme « cette mère-sœur-elle qui a des yeux trop beaux pour avoir des cils ». Elle est l’amie de la femme cent couleurs , totalement libre.
Être une femme est un programme à réviser constamment. Je dirais que la femme que je suis peut paraître distraite, voire dissipée, mais la violence que je traque est dans les interstices. C’est la triste répétition des jours et des paroles creuses que je trouve distrayante. Maintenant, être une femme et être noire est un programme au moins deux fois plus chargé parce qu’il faut veiller constamment à ne pas se faire voler sa tendresse.
Je n’aime pas l’expression « les gens de couleurs ». Moi qui aime tant les couleurs, je pense que l’expression est faussement bucolique, car il ne s’agit en fait que du Noir ou presque. Pour moi, elle devrait signifier que chaque jour je puisse décider de ma couleur : vert, rouge, marron... C’est une façon détournée de nommer la race. La femme cent couleurs est venue m’habiter et il était clair que c’était tout. CENT ou rien, SANS. Si on ne me les donne pas toutes, je n’en veux aucune.
J’examinais l’insulte rendue célèbre par le poème de Michèle Lalonde, Speak White , et je me suis surprise à vouloir comprendre pourquoi, de toutes les insultes que j’ai reçues, pourquoi celle-là, je ne la recevrai pas. Je l’ai d’abord traduite: parle blanc. Or, quand une personne en insulte une autre en lui disant : « Speak white », l’autre ne peut qu’être blanc, sinon c’est peine perdue. Si je parle white , ça ne veut rien dire parce que je suis Noire. La différence entre l’anglais et le français est effacée. Que je parle français ou anglais, je parlerai la langue du maître. Il n’en tient qu’à moi de transformer cette langue.
Je n’ose pas me dire à moi-même que je suis une auteure. Je ne peux rien exiger de cette voix qui prend corps. Il m’a fallu m’ancrer dans ma douleur, ne pas la fuir, ne pas la craindre et même l’aimer avec assurance. La femme cent couleurs est venue et elle m’a demandé de l’écouter.
Lorrie Jean-Louis
PREMIER COURANT
J’ai le cœur boréal en océan indien un souffle d’aigle un pas d’outarde je chante en créole bifurque en espagnol j’ai un chaos d’étoiles dysharmonie des hivers
mes mères gémissent ma venue me disent les couleurs des crayons mes mères pensent ma déraison la vie m’a faite ressac
Si je ne suis pas d’ici alors ici n’existe pas rêve monochrome aux parfums morts
si je ne suis pas d’ici vos mains d’argile fondent sous la pluie
si je ne suis pas d’ici le ciel n’est pas le ciel et l’ocre est rouge
Mon amie me souffle des mots en wolof je n’arrive plus à toucher la terre Afrique elle balbutie mon nom en champs de cannes je n’ai pas d’ombre à Dakar
je vis de copie en copie de céréales de poulet les poissons que je mange n’ont jamais connu la mer
Je vous ai dit je ne sais rien ou presque je saigne
la nuit je mijote une révolution sorcière sans écu le ciel doit tenir les oiseaux
mon rêve cadencé par le bitume accueille l’alphabet des herbes folles leurs lettres de noblesse
Il y a peu de temps que je suis libre je n’y suis pas habituée eux non plus
ma prière est une lame sertie de fleurs
je n’ai jamais rendu les armes il arrive encore qu’on me prenne pour une esclave
mes mères ne veulent pas mes pères ne veulent pas j’obéis aux plumes seulement
Qui es-tu ? la fille du silence la sœur du déni
que vois-tu ? des chimères
qu’espères-tu ?

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