Libellunes
216 pages
Français

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Libellunes , livre ebook

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Description

Les mots sont des entités particulières et remarquables, suggérés par les sphères supérieures et appréhendés par les hommes, ils naissent, grandissent et poncés par d'autres dialectes dont ils se nourrissent volontiers au gré des siècles, mutent poussés par la perfection inhérente au Cosmos, se perpétuant avant de parfois disparaître. Très tôt, j'ai su les apprivoiser. Délicieux ou affreux, antinomiques ou complémentaires, élégants ou grossiers, incisifs ou flous, dans notre belle langue française, ils ont su se parfaire et se faire une place à part, rendant celle-ci extrêmement sophistiquée. Liés par le travail d'orfèvre du poète, ils rendent la phrase musicale, transcendant l'âme du lecteur, tel un galet ricochant sur l'onde étale, permettant à celui-ci de connaître des états vibratoires qui sans cela seraient restés inaccessibles. Dans ce recueil, j'ai tenté grâce à la poésie d'évoquer la dualité intrinsèque des choses de ce monde. La beauté terrible et infinie de notre univers. La cruauté et la générosité de la Nature, sa transformation incessante et incorrigible. La cupidité et l'ignorance du genre humain, sa barbarie envers ses congénères et les autres espèces, et parfois la magnanimité bien que rare de son génie. La fragilité de l'existence, son apparente fugacité, ses tourments et ses joies, la probabilité de son éternelle rémanence. L'amour, ce sentiment immuable, capable de polir les âmes les plus endurcies. L'évidence d'un acte créateur et donc l'existence d'un extraordinaire architecte et d'un véritable artiste, à l'oeuvre dans tout ce que nous baignons, que ce soit au niveau de l'infiniment petit ou du macrocosme. Et surtout l'intuition exacerbée par la succession des saisons et des marées, par la course déterminée des astres et de leurs éternels retours, l'évidence de notre éternité. Parfois il suffit de quelques mots intuitivement choisis pour suggérer une image, un visage aimé, un paysage alangui, la tendresse d'une solitude, le murmure singulier des villes et celui presque inaudible des ruines antiques, le souvenir aérien d'un instant de grâce retenu par la jeunesse, la douleur délicieuse d'une âme absorbée par l'embrasement du couchant, la démarche d'un être cher et trop tôt disparu, une adresse, un quartier familier, désormais habités de fantômes, la présence invisible de myriades de créatures étranges qui jouent entre les branches transfigurées par l'éclat souverain d'un chaud soleil d'été... Grâce à la poésie, les sphères célestes deviennent accessibles, et par dessus tout, au delà de n

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 26 novembre 2013
Nombre de lectures 0
EAN13 9782312017990
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0012€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Libellunes

Hadrien Spitz
Libellunes















LES ÉDITIONS DU NET 22, rue Édouard Nieuport 92150 Suresnes
© Les Éditions du Net, 2013 ISBN : 978-2-312-01799-0
Avant-Propos
Libellune : Insecte de l'ordre des archiptères, à l'abdomen phosphorescent, dont la singularité est de ne sortir que les nuits chaudes de pleine lune, propices pour s'adonner à leurs amours.














À Axel
À Romy
Aux Invisibles
EX NIHILO NIHIL
L' HORLOGE
Voici la rouge horloge qui égrène un chagrin
Une nuit bleue découverte à l'entrée d'un jardin
Parsemé de pampilles et de reflets d'airain
Où s'allongent les dieux imprégnés de parfums
La coquille nacrée d'une image se propose
Un ramage tout habité de feuilles qui causent
Un frémissement qui court sur la courbure des choses
Et parfois un chagrin froissé entre les roses
Des visages envoûtés l'ivresse molle d'un corps
Se dispersent dans l'envol d'un rêve sans effort
L'éclosion capiteuse poursuivie de remord
Le sévère portrait d'une dame au fond d'un corridor
Les reflets fripés d'un monument bus par la Seine
Portent fragiles des membranes incertaines
Et des nuées polymorphes scrutent la scène
D'une foule radieuse qui applaudit sa reine
Je me souviens des rues envahies de conquêtes
Ce drugstore aussi chaud que l'haleine d'une bête
De cette lumière onctueuse déboulant des fenêtres
Qui embrasait de joie nos coiffes toujours défaites
Ma grand-mère est partie pour la Samaritaine
Chercher quelques aiguilles des pelotes de laine
Mon grand-père a laissé sur le zinc son haleine
Dans la rumeur des braves ses humeurs vilaines
Je répète souvent dans l'asile obsolète
D'un abri téléphone un numéro qui reste
Une voix mécanique tristement me déteste
Me rappelant sans cesse qu'ils ont changé d'adresse
Je revois cet endroit à l'ombre des tilleuls
Ce parc où j'étais sûr de n'être jamais seul
La clarté souveraine d'un ciel tel un linceul
Où volait l'indolence heureuse des chansons folles
C'était l'amie penchée au tout dernier étage
Une copine à son piano rêvant d'être chanteuse
Cet amant insistant aux yeux de marécage
Et ce Paris fleuri à la robe prometteuse
J'ai beau chercher et tenter l'au-revoir
Sur l'asphalte luisant glissent des fantômes hagards
Il ne me reste rien que la blessure du soir
La poussière de la pluie flottant sur le trottoir
S PLENDEURS
J'ai perdu tant d'adresses
Que je n'en n'ai aucune
Dans la rue des Abbesses
Monte une lune brune
Chaque rue chaque pierre
Rappelle un soir de liesse
Où la jeunesse altière
S'enivrait de promesses
Il n'est pas un faubourg
Sans qu'il ne mène à toi
Le parfum de l'amour
Suspendu sur les toits
Des ombres s'esclaffaient
En bousculant leurs verres
Et l'ascenseur montait
Comme monte une prière
Nous avions des idées
Bien souvent des paresses
Tout nous semblait relié
Par la même caresse
Des ombres des Tuileries
Aux regrets de la Seine
J'invoque des amis
Qui ont quitté la scène
Ah ! Comme je le maudis
Ce malicieux venin
Qui d'une décennie
Causa tant de chagrins
J'ai vu partir des frères
Des instants délicieux
Souvent je m'en réfère
Et je m'en trouve heureux
Voici l'heure de la bise
Et des fenêtres closes
Souviens toi des Bee Gees
De la couleur des choses
J'ai perdu vos adresses
Comme un oiseau ses plumes
Dans la rue des Abbesses
Monte une lune brune
M ON PAUVRE AMOUR
Mon pauvre amour
Tout le monde court après tout le monde
Et puis personne ne regarde plus personne
Et nos joies épuisées ne sont plus que des ondes
Où nos cerveaux viciés se parlent au téléphone
Mon pauvre amour
Jadis tant de refrains ondulaient sur les toits
Comme autant de chagrins souvent imprévisibles
Mais ces chansons candides adoucissaient l'effroi
Des amours solitaires que l'on croyait splendides
Mon pauvre amour
Te rappelles-tu en dévalant dans le métro
On recevait la gifle d'un souffle chaud d'ozone
Des grillons sur les rails grignotaient nos mégots
Et nous nous immiscions perdus parmi la faune
Mon pauvre amour
Bien sûr il y eut le Continental
Ce dédale où nous cherchions l'amour
Des hommes mariés ondulaient en sandales
Et des folles inventaient toutes sortes de calembours
Mon pauvre amour
La rue Vivienne la rue Sainte Anne
Les Tuileries où chaque dimanche
Nous allions comme un troupeau d'ânes
Le désir affamé glaner notre pitance
Mon pauvre amour
Chaque faubourg fut le repaire d'un amant
Des façades éblouies comme les yeux d'un serpent
Je prenais l'ascenseur aux rondeurs mécaniques
M'élevant vers des cieux de ferveurs idylliques
Mon pauvre amour
Sur le boulevard des Italiens
Traîne une série de pas offensés
Le bonheur assoiffé d'un délicieux matin
Où je me vois courir aussi léger qu'un magicien

Et me voilà songer à cette grande et muette multitude
Qui vogue maintenant portée par d'autres voiles
Dans ma prière s'élève plus qu'une gratitude
Le berceau mystérieux d'un accouchement d'étoiles
U NE BELLE JOURNÉE
Un coquelicot touché en plein cœur
Saigne en pétales dans le ruisseau
Et tout là-bas les saules pleureurs
Tamisent leurs longs cheveux dans l'eau
Une vache un peu cavalière
Court gaiement après les oiseaux
L'onde qui fait trembler la lumière
A mis dans tes yeux des bateaux
Des sauterelles vert-translucide
Sur les hampes des herbes se balancent
Près de la mare les cantharides
Au-dessus d'un cadavre de rat dansent
La plaine gorgée de soleil
Palpite d'ailes flanelle
Des papillons au ton pastel
Un baiser qui sur les fleurs chancelle
Le ciel étire ses passementeries
Et le coucou au loin s'étonne
Les souris grignotent au grenier gris
Dans la luzerne le chat ronronne
Un clocher hautain caracole
Et le bronze égrène midi
Les enfants sortent de l'école
Dans le pré saute une pie qui rit
Tu m'enlaces tendrement par le cou
Et mon âme dans le bonheur s'ébroue
Une poule allègrement caquette
Il traîne dans l'air un goût d'omelette
J'ai vu la question inscrite au tableau
L'amour serait-il bien plus fort que la mort ?
Combien de temps de temps encore
Avant que ne s'entrouvre le sibyllin rideau ?
P ROCESSION
Dans la rue des feuilles mortes
S'avancent des reines éternelles
Suivies d'une armée de cloportes
Qui en dansant bruissent des ailes
Elles arborent en guise de diadème
Des corolles et des étamines
Et leurs visages enduits de crème
Suintent des lèvres d'albumine
Elles ont aux pieds une fleur de lys
Et dans leurs chants le décourage
Une coiffure couleur réglisse
Un cumulus rempli d'orages
Des robes dérobent des épaules
Et les plis glissent sur le marbre
Leurs mains diaphanes miment l'envol
Des âmes cachées entre les arbres
Les doigts écorchent la cithare
Dans des vapeurs d'encens et de myrrhe
Des cymbales et des cris d'oiseaux rares
Ricochent sur l'ombre des menhirs
Le rocher s'ouvre et l'hiérophante
Coiffé de narcisses et fardé d'ambre
S'enfonce suivi par sa procession lente
Dans les entrailles brouillées de cendres
Un éclair de soufre cisaille l'horizon
Les Muses vont battre l'aquilon
F LORAL
Il en faut du talent pour dire je t'aime
Et te laisser entrer où nul ne vient
Un jardin clos de théorèmes
Où la rosée s'épouse d'un délicieux chagrin
La tulipe dans la lueur du soir
Balbutie des rêves nacrés
Une bouche enduite de fards
Susurre des aveux sucrés
La violette tapie sur l'humus
Aussi fragile qu'un clitoris
La pivoine est un gros cumulus
Qui éclate au milieu des lys
Et la rose enrobée de plis
Dévoile des valses folles
Où tu m'entraînes sans répit
Vers des vestiges qui m'affolent
Je sais des premières jonquilles
Des sommeils froids et étourdis
Un soleil rond comme une bille
Qui serpente au milieu des buis
Je reconnais à la pervenche
Une paresse toute alanguie
Et de ces grands roseaux qui penchent
La sensation claire de l'oubli
Le coucou vient me réveiller
Dans le bonheur d'une rainette
Et mon amour se laisse aller
En épluchant la pâquerette
Je t'aime un peu beaucoup
Le pissenlit est bon facteur
A la folie par-dessus tout
Que ses aigrettes portent mon cœur !
A U SOIR
Belle Vénus suspendue sur l'arête des toits
Diamant brisé comme une moire de soie
Amants brouillés et qui n'ont plus la foi
A l'angélus quand la brume étreint les dunes
Sous le brame de grandes bêtes nocturnes
Vient s'immoler la douceur d'être soi
D'un baiser bref ou d'un élan d'effroi
Breveté par l'étoile ensorcelée de froid
J'attends ton aile se prolonger sur moi
Cette brûlure que j'héberge tel un refuge
Déposant sur mes lèvres le ressac de douze mois
Beauté bergère d'une capiteuse effluve
Brunes marbrées toutes envoûtées de brumes
Soirées sucrées dans le parfum des prunes
Fruits enrobés d'une crème de lune
Mais cet amour irrésolu qu'en vas-tu faire ?
L'emporter dans un bois où meurt la lumière
Ou bien le calfeutrer sous un lit de poussières
Il y a des forêts embrasées par des rêves
Et des rêves piétinés par l'ignorance des rois
Une belle certitude dont je me meurs de toi
Un tressaillement furtif que tu ne connais pas
La franchise hésitante et belle du premier pas
L'étourdissement plausible de l'au-delà
Tout recroquevillé il attend ton secours
Telle une pomme diaprée d'un noir velours
La vapeur embaumée d'un amour sans secours
Brise embaumée
La chaleur de l'humus
Sur un lit de mucus
Pétrie d'éternelles beautés
Monte Vénus
A M ARIA
Son regard est un archipel
Où volent des plumes de corbeau
Et sa voix fragile froissée d'ailes
Ricoche comme le rire d'un ruisseau
Parfois la force du chêne
Pénètre déjà dans le tombeau
D'autres fois couleur sienne
Le mâle s'unit dans le beau
Rien n'est plus fugitif
Que le violon d'un concerto
Et de saisir l'instant furtif
D'un musicien prit de sanglots
Rutilant sur l'ombre l'orchestre
Un grand piano redoutable
Et devant le micro le ciselé de quelques gestes
Dévoile le pur inconsolable
Dans la nuit tressaille une star
Réfugiée derrière les velours
D'une longue voiture noire
Qui glisse entre les faubourgs
Des cils humectés d'écume
Un visage posé sur la paume
Des diamants en guise de lune
Un sourire aussi las qu'un psaume
Tant de villes autant de naufrages
Se bercer et se relever
Chanter perforer davantage
D'un claquement bref les nuées
La voix est devenue silhouette
Et la lumière du jour un secret bien fragile
Le cœur n'est plus qu'une amulette
Et la gloire un instrument fragile
Courir pourquoi pas vers la mer
Ce bel assaut épris de vagues
Tout comme la cinquième de Mahler
S'unir à l'océan plein de vagues
Alors refermer les paupières
Sous le cri vif des goélands
En laissant monter de la Terre
Ce beau mugissement de naguère
D'un ultime applaudissement
L' ALCHIMISTE
C'est une petite maison coiffée de tuiles brunes
Le long desquelles le vent poivré vient s'écorcher
Une colline blonde où roule l'odeur des prunes
Un chemin creux qui descend vers la marée
Une porte est bien sûr restée entrouverte
Sur un feu qui crépite de flammes langoureuses
Une fugue de Bach d'une méprise svelte
Dessine sur les murs des ombres bienheureuses
Une chèvre rumine en se goinfrant d'été
Et des poules en grattant vont retrouver leur gîte
Un orage pulpeux se suspend aux sommets
Et l'herbe se dandine de ballets insolites
Une table de guingois propose du fromage
Une cruche de vin une miche de pain
Le vent du large agite un froissement de pages
Les pensées de Pascal et de Saint Augustin
Une cloche résonne dans l'haleine des foins
Une lumière indigo vient tamiser les lieux
Une courbure humaine récolte le levain
De la rosée du soir sur son manteau laineux
Les étoiles surgiront comme un tapis de soie
Embrasant tout le ciel d'une volonté sereine
Il y aura dans l'air comme une ivresse de soi
Sous l'éclat de Vénus plus belle qu'une reine
A FFRES
Il y a la douleur de vivre
Face à celle du malheur d'aimer
Ma vie ressemble à un livre
Où chaque page est condamnée
Un long roman où chaque lettre
Serait un geste un court pardon
Du matin au soir la girouette
Des paragraphes les saisons
Je meurs de ce que je ne suis plus
La solitude est un sanctuaire
Mon corps cet étrange inconnu
Où l'âme inquiète cherche repère
Je ne sais plus où je m'en vais
Je ne sais plus si je m'en veux
Si je suis la vie ou son reflet
Ou peut-être le rêve d'un Dieu
Dans la rue des miséricordes
Traîne partout une odeur affreuse
Celle des mémoires mortes
Mêlées aux amours heureuses
Je préfère aux liesses fades
A ce bonheur tout frelaté
L'ivresse incommensurable
Que le chagrin sait procurer
J'attends si c'est encore possible
Dans ce monde qui court à sa perte
Un beau regard imprévisible
La queue bleue d'une souris verte
Les lions observent le couchant
D'une crinière sale de détresse
Les larmes ont la couleur du sang
Les déesses ont changé d'adresse
Ils ont mis l'atome en poussières
Nos têtes tels des vases poreux
S'il me reste un peu de lumière
Sans doute c'est que je ne suis point d'eux

Mais un lit ressemble à un lit
Qu'il soit de scories ou de soie
Il est bon d'y trouver l'oubli
Même s'il s'agit toujours de Toi
Cette vénérable et ardente Lumière
Qui met à genoux devant Dieu
Tant de misères et de vœux pieux
Sous les regrets secrets de Lucifer
L A VILLE RÊVE
Où va s'étendre la beauté
Où vont se blottir les oiseaux
Ton visage est tel un doux reflet
Sur la palpitation heureuse des flots
Dans la ville aux yeux d'or
Derrière les vitres flous
Les gens s'activent sans effort
En déployant des gestes mous
Dans ces tours enrobées de nuit
Des couples enlacés se déforment
Une vie parfois s'éteint sans bruit
Sous des traînées de chloroforme
Un taxi emporte ma fièvre
A Corvisart le métro glisse
Agitant les soieries d'un rêve
Sur le rideau d'une pluie lisse
Allô par-ci halos par-là
Je vais retrouver Marilyne
Boire avec elle un chocolat
Fumer des cigarettes fines
Peu à peu les télés se taisent
Sur le visage d'un journaliste
Et la Seine aux langues de braise
Porte des aveux illicites
Si seulement j'avais les moyens
Je me paierais un gigolo
Pour parer à ce petit rien
Qu'un coeur secoué de trémolos
Dans l'aube froide la Tour Eiffel
Se couvre déjà d'étoffes blondes
Dans les rues le fantôme de Coco Chanel
M'escorte d'une paix amplement féconde
Je monterai vers la beauté
Dans le pépiement des oiseaux
Pour m'endormir sans résister
Sur le sourire chétif de Monroe
P RIÈRE
Je demande à la mer de me donner ses larmes
A ce grand océan de me bercer de vagues
Il n'existe ici-bas de soupir plus beau
Que celui de nos mères penchées sur nos berceaux
Je demande aux étoiles de me prêter leurs voiles
Et que cet infini ne soit plus qu'une toile
Corrigée sous le pinceau de Kandinsky
Cet heureux chatoiement me servirait de lit
Je demande aux nuages devenir édredons
Sur lesquels mon âme détachée viendrait faire des bonds
L'aurore a des blessures qui rappellent l'enfance
Mon cœur est un rubis tout façonné d'offenses
Je demande à la terre d'inhumer mes rancœurs
Au gré de ses saisons au gré de ses faveurs
Il n'y a rien de plus tendre et rien de de plus fécond
Que la fin du labeur et la fin des moissons
Je demande à ce ciel en tout point délectable
De favoriser mon point de vue indissociable
Issu d'une genèse qui épousent toutes les sciences
Et qui dérange apparemment l'essence
D'une cohorte d'ennemis encombrés par leurs sens
Je demande à l'oubli le temps de m'oublier
Aux années incertaines de bien tout effacer
Rien ne reviendra plus je ne suis que l'écorce
D'une âme ensorcelée et qui n'a plus de force
Je demande instamment la langueur d'un répit
Tel le vol silencieux d'une chauve-souris
Le rire franc et lointain d'un bel adolescent
Se répandre au couchant comme des filets de sang
N UIT
Je vois la lune inquiète rebondir sur les dunes
Des brumes souples s'attarder sur les toits
Le vol puissant d'un grand oiseau nocturne
Survoler les prés bleus gorgés de reflets froids
La silhouette de l'église tel un chapeau pointu
Argentée sous l'éclat froissé de Vénus
Un chat traverse inquiet le fleuve de la rue
La solitude d'un réverbère semble un rébus
Le ciel s'étend telle une mer de gemmes
Que viennent en se penchant ramasser les déesses
Le zodiaque est un grand théorème
Où les défunts s'élancent et disparaissent
Un pied suppose le secours d'un second
Et se pose sur le sol comme autant d'infinis
Chaque geste prévu est une inspiration
Et la moindre pensée le constat d'un défi
Où vas-tu à cette heure créature malheureuse
Qui ne voit dans le ciel qu'un silence absolu
Mes prières englouties par l'abysse restent creuses
Et ma douleur ne sera ni admise ni retenue
Les ombres déjà s'allongent l'été ne sera plus
Déméter s'est enfuie et les corolles se ferment
La nuit s'avance telle une querelle nue
Vers une aube suppliciée la menant à son terme
J'observe une douleur discrète s’abîmer sur les villes
Telle celle d'un Debussy songeur s'en allant vers l'Orient
Pourquoi se briser tant d'humeurs vilaines et volatiles
N'est-ce pas le bruit de Dieu qui frissonne dans le vent ?
Il en faut du talent pour prétendre exister
Il en faut tout autant pour accepter d'en rire
Je voudrais effacer l'aptitude à penser
Abolissant ainsi la frayeur de mourir
L' OUBLIE
Quand l'amour est indisponible
Dans un monde rendu inaudible
Que le bonheur est occupé
A sautiller dans l'autre pré
Quand la douleur devient risible
Et le malheur irrésistible
Alors je me prends à songer
Que tu m'as ô combien oublié
Lorsque le cœur n'est plus qu'une île
Un fatras de regrets futiles
Un petit oiseau solitaire
S'ébrouant sur l'orée de l'hiver
Cette saison qui n'en finit plus
Comme si la terre avait trop bu
Alors je me prends à croire
Que tu as volé ma mémoire
Quand la nuit redevient nuisible
Ponctuée de bruits imprévisibles
Après le film en noir et blanc
Et un débat de vieux croulants
Je m'appuie à rester immobile
Cerné d'artefacts inutiles
En espérant un téléphone
Abonné hélas à personne
Lorsque le sexe est raisonnable
Tel un néant presque excusable
Que la tendresse n'existe plus
Que je sois habillé ou nu
Ma chambre est un mausolée
Trébuchante d'épaisse obscurité
Chaque point dessinant l'esquisse
De bouches affreuses qui m'engloutissent
Les paupières closes tels deux pétioles
Le corps immobile et fade d'une momie
Et ce cœur prisonnier de ses nécropoles
Ma vie s'évadera sous une averse sans courroux
D'une pluie chaude d'une fin d'Août
K ALEIDOSCOPE
S'il existe autant d'étoiles que de grains de sable
C'est sans doute que ceux-ci n'en sont que les pâles reflets
Mon visage s'élève vers des astres innombrables
Et mon pied nu caresse des mondes insoupçonnés
Ce qui est en haut est en bas et inversement
Par une analogie prodigieuse le moindre gravier insécable
Posséderait en lui-même et ce indéfiniment
Des systèmes solaires en tout point admirables
Ces échelles de valeur ne sont que des points de vue
Le centre serait toujours celui de l'observateur
Pour les dieux le soleil lui qu'une poussière ténue
Comme sous nos pas ces granulés sans valeur
Les constellations s'apparentent à des molécules
Gigantesques formant le corps d'un titan ineffable
Comme le font celles de milliards de cellules
Élaborant à notre insu un organisme périssable
Ainsi pour ces entités minuscules nous serions un supérieur esprit
Pour lequel elles travaillent sans répit chacune étant spécialisée
Permettant au Dieu finalement sans qu'elles le sachent que je suis
De pouvoir aussi bien se mouvoir d'agir et de penser
Ce qui est en bas est en haut et inversement
Notre système solaire participe au corps d'un Dieu
Et nos atomes à leurs manières font tout autant
Pour former des corps qui communiquent vraiment peu
Là haut les galaxies déployées d'innombrables spirales
En bas nos molécules et nos cellules infatigables
Entre elles et quelles que soient nos antennes
Persiste un silence imbécile et pérenne
Nos télescopes n'obtiennent aucune réponse
Et nos organes fonctionnent sans annonce
Il est temps aux cellules de passer à l'acte
Et que ces mondes si divergents prennent contact
Mes atomes seront mes soleils
Et mes cellules des galaxies
C'est alors que viendra l'éveil
Et la fin de l'apoplexie !
C ABOURG
Devant
La mer immense et ses atermoiements usagés
Ses langues de feu fugaces sombres et huilées
Son élasticité éprouvante aux falaises éprouvées
Au-dessus
Des nuages qui ne songent qu'à se déchirer
Des hordes de fantômes éberlués d'éclaircies
Et au milieu des ailes un ange qui se prend à songer
Derrière
La ville hautaine et ses rues aux parfums surannés
Ses manoirs hypnotisés de houle et de marées salées
Ses bocages où s'épousent l'ombre et le nacré
Au-delà encore
L'horizon languissant ou féroce comme un frisson blessé
Qui tente désespérément fugace de s'accrocher
A ces hardes de pluies qui viennent s'y jeter
Devant toujours
La nappe rutilante à jamais repentie
Et qui baise sans cesse les coquilles démunies
D'un cœur sans âme longuement étourdi
Sur le sable imbibé Proust essaie de retenir
Les gracieuses ombrelles voir les bateaux surgir
Et le vent d'un sourire agiter les dentelles
M ÈRE
Maman si tu savais ces heures ô combien difficiles
Tous ces chemins tracés et la route à venir
Les heures à méditer dans la nuit immobile
Au milieu du phosphore de tant de souvenirs
J'en ai gravis des marches pour monter à l'autel
De la reconnaissance et de la renaissance
Mais comment s'envoler d'une enfance privée d'ailes
Et rallier le troupeau sans causer de nuisances
Maman si tu savais mes amours imbéciles
Dans lesquels je plongeais comme un oiseau sincère
J'en revenais couvert d'ecchymoses stériles
Et je perdais mon temps à chercher la lumière
Si je croyais dans la douleur devenir invincible
Dans les anciens grimoires trouver l'adresse des dieux
J'ai perdu les pédales et j'ai raté ma cible
Comment donc se rallier à un monde si odieux
Maman j'ai fais tout ce qu'il était possible
Chanter écrire barbouiller de couleurs
Un monde aussi cruel d'efforts si inutiles
Et qui par déraison a perdu ses valeurs
Les alchimistes les poètes et les mages
Ont fuis au fin fond des forêts aqueuses
Les villes se coiffent d'affreux nuages
Où ricochent sans cesse des sonneries fallacieuses
Maman si tu savais au-delà de ton grand égoïsme
Tout ce que j'ai noyé au bord du précipice
Tu te précipiterais sans autre préjudice
Et tu me borderais comme tu le fis jadis
R ÊVE HELLÉNIQUE
D'un pas pointu un coquillage s'en va cacher
Cône peureux sur la mosaïque d'un dessin printanier
Une femme enrobée de fines étoffes écrues
Se laisse pencher sur une colonne les clavicules nues
Une grande sauterelle à l'abdomen ambré
Du haut de ses grands yeux nacrés
Contemple plus bas un groupe de pêcheurs
Aux muscles biseautés luisants de sueur
Et qui tirent en criant leurs lourds filets
Au bord des vagues gorgées de buée
Suspendu au rocher le temple d'Apollon
Verse sur l'eau ses reflets blonds
Sur l'horizon d'un bleu immaculé
Un bruissement d'ailes vient tout froisser
Au loin les voiles gonflées d'un bateau
S'avancent telle la gorge bombée d'un fier oiseau
Le ressac infime du large tout incendié
S'enlace aux chants des cigales grisées
Le soleil haut blesse des bosquets d'épines
Le jasmin la myrte et la térébenthine
L'aubépine et la lourdeur des orangers
Où chahutent des satyres inquiets
Un sentier de pierres mène au sommet
Parcouru de lézards et de feuilles rabougries
La voilà la demeure où je voudrais mourir
Dans le souffle des dieux et celui du zéphyr
Tout en haut d'un phare blanc taillé dans le porphyre
Les paupières défuntes vers l'horizon blanchi
V OYAGE
Cela commence comme un voyage
Une fin de soirée nonchalante
Où j'agonise contre ton ventre
Les yeux noyés par ton visage
Quelques grands cils taciturnes
Comme les pattes d'un oiseau
J'écoute les vers de Rimbaud
Évoquer des étreintes nocturnes
Un peu de mucus sur tes lèvres
Aux lents ressacs de ta poitrine
J'attends que la nuit devine
L'odeur annoncée de la fièvre
Le vent rugit sur les carreaux
Et je vois la lune sur ton corps
Se déposer sans faire d'effort
Dans les soupirs du renouveau
Cela commence comme un voyage
Une ville balnéaire sourde
Une image où je me retourne
La pluie battant sur ses rivages
Près de toi ce vertige acerbe
Cette foi affolée qui s'abat
Comme une vision de l'au-delà
Un amour qui n'est plus que verbe
Où s'arrête et où se consume
Cette âme haletante et fatiguée
Sous des cieux gris frappés d'enclume
A l'heure des aubes abandonnées
S ONGES D ' HIER
Le courage me manque mais l'idée me poursuit
Te revoir quelques heures ou bien toute une nuit
Si ce songe demeure toujours je le renie
Qu'aurions nous à nous dire tant de choses nous séparent
La vieillesse m'épouvante la solitude insiste
Comme la trace d'un doigt sur l'aube qui persiste
Le voilage embaumé d'un rêve qui subsiste
Telles ces grandes vapeurs échappées d'une gare
Nous nous sommes connus sous des vents favorables
Où les gens s'entouraient de convenances aimables
En s'acquittant toujours d'un débat convenable
Dire que c'était jadis rend désormais ces moments plus que rares
Nous avions des chansons qui couraient dans les rues
Elles n'étaient pas j'avoue toujours du meilleur cru
Mais elles avaient l'audace de nous rendre ingénus
Personne ne nous disait que nous rentrions tard
Dans le métro chantaient des armées de grillons
Qui bouffaient nos mégots jetés sans condition
Quand la rame arrivait derrière le portillon
Un souffle chaud d'ozone recouvrait nos cafards
Le courage me manque mais l'idée me séduit
Aussi légère soit-elle qu'un frisson d'infini
S'asseoir à Saint Germain d'un aveu anobli
En posant sur ta main un tout dernier regard
Comme une goutte de sang disloquée par la pluie
R EQUÊTE
Je voudrais une maison cachée entre les feuilles
Où l'on accéderait en laissant tout orgueil
Par un sentier sinueux tapissé de violettes
D'arbustes rabougris dans le bruit des insectes
Nous croiserions des statues griffées d'humidité
Pétrifiés de gestes las tout pleins d'humilité
Et des lierres marbrés épousés dans la pierre
De petits vers luisants pour unique repère
Il y'aurait un jardin qui n'ouvre qu'à minuit
Tout encensé de lys et de millepertuis
Des fraisiers rutilants et des corsets de roses
Des tomates éclatées des pivoines moroses
Je voudrais un abri tapi entre les ruines
Et pour seule compagnie Peau d'Ane et Mélusine
Dans un vent d'herbes sèches qui rend la vie si belle
En frappant aux volets telle une chanterelle
Tu viendrais m'apporter un peu de confiture
Et le soleil ardent mettrait dans ta coiffure
Une mèche aussi blonde que notre voie lactée
Qu'un long baiser fruité tenterait de déchiffrer
Je vois une bergerie cernée de noisetiers
Où seule une bougie dévoilerait ta beauté
Le caquet d'une poule le vol d'un éphémère
Enlacés sur la paille en écoutant la mer
L ES JARDINS DE MON ENFANCE
Dans les jardins de mon enfance
S'écoulaient des Bosphores immenses
Et le vent jouait d'indépendance
Entre mes cheveux décoiffés
Dans les jardins de mon enfance
Les sentiers m'apprenaient l'absence
Où les fleurs inventaient des danses
Pour gentiment me consoler
Dans les jardins de mon enfance
Sautillait comme des bouts de France
Du potager jusqu'aux fragrances
Des herbes étranges et raffinées
Dans les jardins de mon enfance
L'orage soulevait des chagrins intenses
La rosée comme une délivrance
A l'aurore venait tout noyer
Dans les jardins de mon enfance
La tendresse trouvait sa pitance
Chez les fourmis et les errances
Des insectes aux grands yeux nacrés
Dans les jardins de mon enfance
Traînaient des guerres et des souffrances
Sous des pluies de pétales garance
D'une nature toujours exaltée
Dans les jardins de mon enfance
Sous des cieux bardés de violence
Ma mémoire relisait les transes
De Ronsard et de Mallarmé
Où sont-ils mes jardins d'enfance
Où je suppliais ta présence
Sous les corolles en transparence
D'une prière calcinée
T RANSE
Et comment n'être point et comment n'être plus
Oublier ces parfums qui m'ont tant retenu
Celui du foin coupé des luzernes mouillées
Et de l'averse tiède sur l'asphalte brûlé
De ces prairies distraites où courent les lapins
Entre le serpolet et le frais romarin
Lorsque monte la lune derrière les hibiscus
Et sous le trèfle mou la chaleur de l'humus
Les roses sous l'aurore enrobées de rosée
La fougue des lilas sous l'ombre reposée
Un tapis de coucous tout bourdonnant d'abeilles
Dans la clairière crayeuse saupoudrée de soleil
Une pluie de duvets issue des acacias
A l'heure savoureuse où rêvent les dahlias
Des roseaux indolents penchés sur un miroir
Une grenouille heureuse sur l'épais nénuphar
Refermer les volets sur une couleur de suie
Quand les grillons s'emparent des froufrous de la nuit
Et comment n'être point et comment n'être plus
Renoncer à tant de merveilles que ce Dieu a voulues
Aussi splendides et folles qu'aussi inattendues
Que je voudrais encore même épuisé de doutes
Recommencer toujours quoi que cela nous coûte
N OS MÈRES
C'est une chevelure penchée sur nos berceaux
Un châle de laine qui surgit de la nuit
Une silhouette fragile tel un frêle roseau
Et qui vient nous border sans faire le moindre bruit
C'est l'odeur du café dans le matin mouillé

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