Mélodies Vespérales , livre ebook
85
pages
Français
Ebooks
2025
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François Veillon
MELODIES VESPERALES
Poèmes
© François Veillon
Bookless Editions
Novembre 2025
Isbn : 978237222 7759
Rose de novembre…
Quand le vent triste de novembre
souffle sur les fleurs de l’été,
il n’y a guère d’abondance
dans ce jardin abandonné.
Pourtant, au-delà des tempêtes,
avant que naissent les gelées,
il y a une belle solitaire
en robe parcheminée.
Sa tige mince ondoie sous les rafales,
comme un roseau du bord de mer,
mais ses pétales aux reflets pâles,
s’ouvriront jusqu’en hiver.
Avant que pour toi ne sonne,
l’heure et te voir éparpillée,
tu nous fais l’honneur, ultime fragrance,
de ton parfum musqué.
Quand le vent triste de novembre
balaie le parc des roseraies,
il y a toujours des roses tendres
pour que je te cueille un bouquet.
Aujourd’hui
As-tu contemplé
le coucher de soleil de ce soir,
avec ses rougeoiements
d’une sublime beauté ?
As-tu serré dans tes bras
le corps de ta chère
et fidèle compagne,
qui s’occupe des tâches
que tu ne ferais pas ?
As-tu caressé le pelage
de ton chat de compagnie,
animal éphémère
à la très courte vie ?
As-tu eu une pensée
généreuse,
pour ton père et ta mère,
qui ne te survivront pas ?
As-tu pris le temps de regarder
les étoiles dans ce ciel d’encre,
où ne brillent plus désormais
que les satellites ?
As-tu pris le temps de vivre
en ce jour de semaine,
chaque seconde de ton temps ?
As-tu pris le temps de songer
que la terre où tu marche s
te nourris,
sans que jamais,
tu ne la remercie s ?
As-tu pris ce matin
le temps de remercier le ciel
pour que tu sois encore en vie ?
Vielle barque sur son lit de verdure
De tes flancs disloqués et tordus,
s’insinuent les ravages du temps
et ton étrave rouillée
ne fendra plus les passes dangereuses.
Les marins hardis qui te manœuvraient à la rame,
ont depuis connus le trépas
et tu restes posée sur un futur immobile
qui te mènera au néant de la déchetterie.
Les enfants de passage jouent avec ta carcasse
et certains parmi les plus aventureux
s’assoient sur les vieilles traverses des bancs
et se prennent pour des capitaines de vaisseaux,
en manœuvrant un gouvernail invisible.
Et les cris de ces enfants sont des grâces
qui la font revivre l’espace d’un instant.
Assise sur l’herbe folle
et ceinturée de baccharis cotonneux,
elle attend, elle sait que ses jours sont comptés.
Quand la mer est étale…
La mer étale fige le paysage marin
d’une immobilité éphémère…
Pourtant dans l’onde reposée de ce glacis bleuté,
un petit peuple aquatique invisible et prédateur,
s’agite, en quête de nourriture.
Quelques mules rebelles sautent en surface
et jettent des éclairs argentés.
Les larges plates ostréicoles
tournent lentement autour de leurs amarres.
La marée nonchalante
s’ourle d’une frange de varech,
laisse de mer infime
qu’elle abandonnera sur le sable mouillé.
Les pieux asymétriques de bois,
perchoirs occasionnels des limicoles de passage,
balisent les concessions d’antan
et projettent sur l’eau
les doigts décharnés de leur silhouette tremblante.
Gréement
Tu n’existes plus, ton passage immobile
sur ton lit de vase et de varech
n’est plus qu’un mirage éphémère
appartenant au passé.
Au loin, dans la brume,
se dessinent les pins
et les villages ondulant sur les dunes.
Je viens te toucher,
sentir ta peinture
et m’écorcher les doigts
en caressant ta coque garnie de crépidules.
J’aime revoir ton profil par la grâce photographique
où tu ne prends pas une ride.
Mais il n’empêche que tu étais le Bassin,
celui d’avant,
où les bateaux étaient conçus
pour ressembler à la mer et à la nature.
Les silhouettes robustes,
simples, mais belles,
rassuraient le plaisancier de passage
qui ne se sentait pas vieillir.
Belle pinasse
Belle pinasse,
la nuit t’enveloppe doucement
de son manteau d’obsidienne.
Le flot,
apaisé de sa mouvance alternative,
se retire vers son berceau de naissance.
Les nuages fatigués,
s’étirent avant d’aller se coucher.
Une oreille exercée aurait pu entendre,
du temps du varech,
le chuchotement du petit peuple des coques
et des crabes remontant à la surface.
Le soleil darde ses derniers rayons frais pour donner,
l’espace d’un instant,
un peu de dorure
sur le sommet des pins.
De son dernier passage,
la marée a dessiné sur le sable un canevas régulier.
Le silence se fait par degrés.
Dans le lointain,
le cri des bernaches
se perd dans le néant.
Il est temps de rentrer.
À ma mémoire de Sarah
As-tu pris des rides ? Ô Grand Euripide ?
Où tu nous emmènes ? Muse Melpomène ?
Je suis un béotien, car n’étant tragédien,
Du théâtre ne sai s pas le moindre verset.
Je comprends à ce jour, que par un beau détour,
La princesse Sarah, eût connu tant d’émois.
D’un Andernos aimé, où chaque mois de mai,
De son sceau embellit, les lentes flâneries.
Des roses du passé, au charme désuet,
Est-ce l’Albertine ? Douce et mutine ?
Ou les belles moussues, à la tige barbue,
Que je vois étonné, en livrées chiffonnées.
Alors je sais Sarah, pourquoi donc Euréka,
Se vit en une nuit, de roses investie.