Rosée crépusculaire
140 pages
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Rosée crépusculaire , livre ebook

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Description

N'est-ce pas là une curieuse alliance que celle de deux inconciliables, astreints à une union contre nature, générant une rosée qui se veut crépusculaire ? Dans ce second recueil de poèmes, l'auteur vogue de part et d'autre de l'Atlantique, des USA à Haïti, en passant par la Guadeloupe et la Martinique, tout en interpellant l'Afrique, "continent majuscule".


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Informations

Publié par
Date de parution 01 octobre 2011
Nombre de lectures 21
EAN13 9782296469419
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0076€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Rosée crépusculaire
Christiane Okang Dyemma


Rosée crépusculaire
Poésie


Préface de Charly Gabriel Mbock
© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-56518-0
EAN : 9782296565180

Fabrication numérique : Actissia Services, 2012
À toi,
Essentielle moitié brisée,
Jadis, délicat protecteur
D’un cœur comblé,
« L’incomparable tout »
Etonnement présent,
Malgré ton infinie absence.


Et


En hommage
À cette voix enivrante,
Pétrie de combattive ardeur,
Dont le tout dernier souffle
S’envola dans le feu de la scène,
Laissant au monde
Les vibrations d’une légende,
La légende de Miriam Makeba,
Femme vaillante, triplement femme.
Préface
Rosée crépusculaire, second recueil de poèmes que Christiane Okang Dyemma offre au public, donne une suite à Blessures enchaînées (2009). Ce recueil pourrait se subdiviser en cinq principales séquences , cette écriture pouvant mieux s’appréhender en termes de tableaux.
La séquence pharaonique compte quatre poèmes, de « Husseinamen » à « Moi, vieux chanteur de Blues ». L’artiste nous y fait rencontrer un « Pharaon noir » quadragénaire, « Filiforme palmier d’Afrique », qui a si bien su matérialiser le « rêve américain » pour la fierté des Nègres du monde. Martin Luther King veille à distance, derrière le rideau de ce triomphe, « tam-tamant la victoire de la non-violence » . Des Nègres s’y reconnaissent et fredonnent :
« Le bon vieux blues du temps passé,
Le blues de l’impossible
Qui s’est fait enfin chair ».
La séquence insulaire , quatre pièces, – de « Chapeau, les Bonis » à « Moi aussi »- résonne comme subséquente à la précédente, avec la particularité d’exalter la mémoire d’une insularité riche de son histoire combative et de ses héros. Bokilifu en est le symbole. L’artiste en sort grisée par une véritable féérie qui, la faisant jaillir d’un océan de méconnaissance comme une île émergerait des eaux, lui fait proclamer, joyau levé : « Moi aussi, j’ai un peuple à brandir ».
L’archéologie existentielle est l’objet du troisième tableau, sans doute le plus complexe : il compte douze pièces, de « Essentiel triage » à « Moi mangrove, moi feu ». L’artiste s’y engage dans une recherche enthousiaste mais lucide d’une raison de croire et de vivre, dans le souci d’extraire une existence authentique de sédiments saprophytes, d’extirper précisément « l’essentiel » de tous ces accessoires circonstanciels que le fleuve d’une histoire tronquée, violente ou parfois fatale a charriés, et dont le consumérisme débridé d’un « impitoyable compère capitaliste » a tenté de couvrir l’essence de la vie. L’artiste y passe tout en revue :
« Pour que le poétique à la vie saine
Reprenne ses droits sur le prosaïque
Et sa folie consommatrice ».


C’est au cours de cette séquence que nous sommes témoins de la guerre sans merci que se livrent les recettes culinaires et les fruits sur le champ de la culture gastronomique. Guerre des saveurs, guerre des fruits, comme ailleurs la guerre des étoiles, le « vieux panier pointois » s’insurge contre l’intrusion agressive des senteurs et des goûts importés d’une métropole :
« Où a-t-on enterré mes juteuses quénettes
A la chair discrète et moelleuse ?
Où sont passées mes pommes cannelles ajourées,
…………………………………………………………
Et mes énormes « zabricots »,
……………………………………….
Avez-vous fait le deuil des tamarins
De mes confitures favorites ?
……………………………………….
Et que sont devenues mes gentilles surettes,
Amies fidèles des petites bouches affamées
Des sorties d’école de midi » ?
La madeleine proustienne fut longtemps vantée à de « jeunes bouches aliénées ». Christiane Okang Dyemma lui substitue allègrement un carnaval d’agrumes dans une farandole de saveurs et de senteurs que seuls les « fruitspays » savent offrir. Révolte gastronomique ou valorisation d’une culture gustative inégalée, il s’agit pour l’artiste, ceinteà l’occasion d’un tablier de "Chef", de redonner leur visibilité gustative à :
« Des invisibles goyaves, shadecks et caramboles,
Ainsi que des maracujas, mombins et pommes-coolie,
Amis indivisibles de l’immortel petit punch ».
Cette guerre gastronomique est sévèrement culturelle : elle renvoie le caviar et le foie gras’‘ au diable’‘. Elle sera résolument étendue au politique par une rugissante guyanaise à travers l’excavation des charniers de l’histoire négrière et l’exhumation de « l’armoire à squelettes ».
« Tu n’allais tout de même pas baisser la tête ? »
En dépassement de l’amnésie institutionnelle, « amnésie choisie » par volonté d’ omerta, l’artiste confirme que « mémoire d’attente » jamais ne sera attentiste. Cette mémoire est ébranlée certes, magnanime parfois ; mais c’est :
« Une mémoire rugissante,
Prête à bondir sur tout produit
Faisant blanche comme neige,
Une conscience opaque
Enfouie sous les liasses putrides
D’un vain dédommagement,
Qui ne saurait annihiler
Des siècles d’anéantissement,
Enchaînés aux trois angles
D’un commerce tristement vorace ».
Dans une pugnacité quasi syndicale, Christiane Okang exalte les combattants de la dignité nègre et les travailleurs des îles, au nom d’une Guadeloupe inflexible et « toujours debout ». C’est dans cette spirale d’intrépidité sociale et d’exaltation poétique qu’elle salue en Haïti la « république d’ébène prématurée », et qu’elle déplore le séisme qui l’a pulvérisée en « éclats d’une apocalypse » destructrice. Mais dans un optimisme créatif, l’artiste sait se reprendre :
« La femme qui tombe ne désespère point,
Tout comme la femme qui tombe
Haïti se relèvera une fois de plus ».
Par cette entreprise d’archéologie existentielle, « incroyable exhumation », Christiane Okang Dyemma plonge dans le passé sans être passéiste. Elle en sort, arc d’un présent tendu vers [CGM1] un futur à convertir en avenir. La mémoire, tenue jusque-là pour une valeur rétrospective, s’érige en pulsion prospective : [CGM2]
« Il est grand temps de mettre la boussole
En direction de l’avenir, voyons ! »
Cette pulsion vers l’avenir expliquerait l’union de l’eau et du feu, deux incompatibles qui, dans « Moi mangrove, moi feu », se concluent par une gestation impatiente de parturition sereine, son fruit :
« Voyant le jour sans césarienne
Ni même péridurale,
……………………………
Telle une pastèque boursoufflée d’eau
Sous sa rosée crépusculaire »
Il n’est pas indifférent que cette éclosion de l’avenir ait inspiré le titre du recueil.
Cet enfantement semble depuis longtemps avoir été prévu par la nature procréatrice, à l’insu de tous ; d’où la surprise d’un témoin pris au dépourvu par le croisement insolite de deux autres phénomènes contraires mais combien complémentaires :
« Et me voici témoin improvisé
D’une fantastique union
Le soleil roi convole en justes noces
Avec la mer, embrasée
Par son envahissante flamme
La mer parée de son voile de mariée »
Puissance suggestive d’un érotisme discret où la virilité d’un astre masculin en chaleur - c’est le cas de le dire – embrase de sa flamme, sans doute pour l’avoir embrassée, une féminité réceptive, dans un dé-voilement de mariée qui consacre une lune de miel fertile et génitrice d’avenir.
[CGM3] La quatrième séquence est d’oxygénation : elle suit cette sortie de maternité existentielle et fonctionne comme une plage de ressourcement : l’artiste se recueille et, littéralement, souffle auprès de certains grands Absents qui l’auront marquée, mais qui aujourd’hui manquent à son quotidien d’épouse, à son statut historique de Négresse. Ce ressourcement nous gratifie d’un épanchement intime qui part de son jardin secret vers des personnalités phares de l’histoire nègre. Lumières brusquement obscurcies. Vocalises à jamais éteintes. Souverainetés brutalement exilées. Musées exposés à la désertion de la mémoire. Et c’est Miriam Makéba d’Afrique du Sud, Behanzin du Dahomey, Joseph Ndiaye de Gorée. Mais avant eux, celui que l’artiste, dans une pudique complainte, ne veut nommer qu’allusivement, ce « cœur aimant » qu’une « horrible nuit » arracha à l’affection des siens…
Le tableau des sites , cinquième séquence du recueil, commence par exposer le charme des villes comme Yaoundé ; mais le tableau s’amplifie par la célébration de tout le continent. Cette célébration n’est pas d’infatuation constative mais d’indocilité créatrice : elle ne se complaît pas dans l’existant.


« Car moi je t’ai réinventé,
Toi continent majuscule
…………………..
Car je t’ai remodelé
Oh continent premier !
……………………………….
Puisque je t’ai rebaptisé
Toi continent-genèse » .
Il n’est donc pas question que l’Afrique, terre « choyée par le soleil » et « farcie de mannes intarissables » reste sourde aux « cloches du pluriel singulier ». La devise était celle des Mousquetaires : « un pour tous, tous pour un ». L’artiste s’en inspire pour interpeler l’Afrique :
« Mettras-tu ta pendule à l’heure,
A l’heure du tous pour un
Autour d’un seul pour tous ? »
L’interrogation est plurielle. Il n’est pas de secteur de la vie qu’elle ne touche. Et l’Afrique ne manque pas de ressources, fussent-elles intellectuelles, minières ou philosophiques.
« Après avoir livré à la postérité,
La très magique formule de tes mathématiques
Sans oublier tes troublants hiéroglyphes
La fameuse route des Indes occidentales… »
L’Afrique se distingue dans un monde de dichotomies manichéistes, comme
« Propice conciliatrice de l’Homme et de la Nature
Heureuse conciliatrice du soleil et de la lune
Du jour, dans son extravagant clinquant
Et de la nuit, dans son obscure discrétion ».
Elle tient cette originalité de son fonds culturel où la vertu intégrative et inclusive empêche de penser le jour en conflit avec la nuit, mais la journée comme nécessaire conjugaison de l’un et de l’autre. Au regard de cette capacité qu’a l’Afrique de braver les exclusions et de joindre les incompatibilités, et s’agissant du rendez-vous que le continent doit honorer avec lui-même, l’artiste en vient littéralement à légiférer :
« Au plus profond de la vieille dame
Qu’est cette placide âme mienne,
Une inébranlable conviction
M’impulse à prétendre que tu peux
Alors, je décrète que tu dois
Oui, tu dois et tu devras ».
Avec Christiane Okang Dyemma, pouvoir c’est devoir ; et le rêve américain rappelé naguère par le « filiforme palmier d’Afrique » s’africanise. « Puisque tu peux », dernier poème du recueil, rejoint « Husseinamen », poème liminaire par lequel s’ouvre le recueil. La boucle ne s’est pas bouclée ; mais le cercle se sera ainsi refermé pour former une roue, et sans doute permettre à l’Afrique de diligenter sa course vers son destin.
« Oui nous sommes capables »,
« L’être nègre n’étant point antonyme
Du pouvoir faire, ni même du savoir faire »


Que serait conclure ?
Christiane Okang Dyemma sollicite la totalité de nos sens pour donner à sa production un sens, terme à entendre comme signification et orientation. Artiste, dirions-nous, plutôt que simplement poétesse, par égard pour la polyvalence de cette création où le pinceau, par moments, évince la plume, où l’olfactif le dispute au gustatif, le tactile à l’auditif. Il était tentant de parler de poésie picturale ; mais bien des saveurs auraient suggéré que l’on parlât de’‘ poésie gustative’‘, et bien des senteurs qu’on parlât de’‘ poésie olfactive’‘. L’on ne se sera donc plus attardé au spectacle qu’offrent :
« Les aguicheuses sirènes, couleurs d’hypnose,
Batifolant dans leur stérile quête charmeuse ».
Nous tenons-là un exemple de ces pépites dont certaines pages sont serties, mots de verres quasi coralliens, aussi fragiles qu’étincelants de leur marine luminosité. Rosée crépusculaire fuse assurément d’une insularité qui revendique la continentalité. C’est tout l’avantage du titre en oxymore que d’avoir, dans sa forme, rapproché deux valeurs aussi distantes que la rosée et le crépuscule, en présage du rapprochement, dans le fond, des îles et du continent. En disant à la fois l’aube et les vêpres, Rosée crépusculaire exprime cette culture de passerelle et cette conjonction primordialiste qui militent pour l’unité originelle de l’humanité et du monde.
Christiane Okang Dyemma, poétesse marine qui, sans vous mener en bateau, risque un radeau entre les îles Caraïbes et le continent Afrique, pour une navigation à vie.
On ne résume pas la mer : on la contemple ; on s’y laisse glisser.
Charly Gabriel Mbock
Husseinamen {1}
Qui es-tu, pharaon noir
Café-au-lait tout chaud,
Filiforme palmier d’Afrique
À la taille de guêpe,
Aux palmes sécurisantes,
Offrant la main à l’arc-en-ciel américain,
Souriant à l’illustre drapeau étoilé,
Sprintant quand il faut,
À l’heure où l’Amérique flétrie,
Essoufflée dans ses kilomètres infinis
À l’affût d’Al-Qaïda,
Séquestrée dans sa panique
Au creux de la vague,
Rafraîchit de ses larmes
Sa fracassante crise boursière,
Son maudit après-guerre d’Iraq,
Ses accoucheuses de dollars
Sur le point de rendre l’âme,
Et son peuple panaché
Aux abois ?
Tu as dit « Obama »,
Fruit mûr de la témérité
D’un courageux sein blanc
Et d’un hasardeux phallus,
Cent pour cent noir,
Produit du Kenya rêvé
Des chasseurs de lions,
Piste des coureurs invincibles
Aux longues jambes agiles de gazelles ?


Tu voulais dire Husseinamen,
Spéciale éloquence noire des USA
À la langue subtile et débonnaire,
Dispensatrice du vaccin
« Oui nous sommes capables »,
L’être nègre n’étant point antonyme
Du pouvoir faire, ni même du savoir faire.
Et l’Europe ébahie de s’assoupir
Face à une Amérique en manque d’air.


Ah ! précieux résident noir premier
D’une sacrale maison blanche !
Hommage à toi, digne pharaon,
Présage de Martin Luther King,
Le non-violent sérac
Du magma malcomixte {2} !
Gloire à toi noir Moïse
Des damnés de la terre,
Magicien de la métamorphose
D’un rêve {3} en pure réalité.
Bravo, grand sorcier de la mue
D’une image infériorisée
En donatrice d’espoir,
Toi qui as su soustraire
Des hordes de laissés-pour-compte
D’une gueule dévorante,
La gueule de la désespérance
D’un infini désert,
Pour les hisser sur une noble montagne,
Une montagne raide, éclatante de verdure !

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