Poésies diverses
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Description

Extrait : "Quand on est roi, l'on a plus d'une affaire, Voisins jaloux, arsenaux à munir, Peuple hargneux, complots à prévenir, Travaux en paix, dangers en guerre, Ma foi, je crois qu'on ne s'amuse guère Quand on est roi."

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Publié par
Nombre de lectures 29
EAN13 9782335016314
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0006€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

EAN : 9782335016314

 
©Ligaran 2015

Le code Denis

1770

 Dans ses États, à tout ce qui respire
 Un souverain prétend donner la loi ;
  C’est le contraire en mon empire ;
  Le sujet règne sur son roi.

Diviser pour régner, la maxime est ancienne ;
Elle fut d’un tyran : ce n’est donc pas la mienne.
Vous unir est mon vœu : j’aime la liberté ;
  Et si j’ai quelque volonté,
  C’est que chacun fasse la sienne,

  Amis, qui composez ma cour,
  Au dieu du vin rendez hommage :
  Rendez hommage au dieu d’amour :
  Aimez et buvez tour à tour,
  Buvez pour aimer davantage.
  Que j’entende, au gré du désir,
  Et les éclats de l’allégresse,

Et l’accent doux de la tendresse,
 Le choc du verre et le bruit du soupir.

  Au frontispice de mon code
 Il est écrit : Sois heureux à ta mode,
Car tel est notre bon plaisir.

  Fait l’an septante et mil sept cent,
Au petit Carrousel en la cour de Marsan ;
  Assis près d’une femme aimable,
Le cœur nu sur la main, les coudes sur la table.
 Signé : Denis, sans terre ni château,
  Roi par la grâce du gâteau.
Complainte en rondeau de Denis, roi de la Fève sur les embarras de la royauté

1771

 Quand on est roi, l’on a plus d’une affaire,
 Voisins jaloux, arsenaux à munir,
 Peuple hargneux, complots à prévenir,
  Travaux en paix, dangers en guerre,
 Ma foi, je crois qu’on ne s’amuse guère
   Quand on est roi.

 Roi tout de bon ; car, d’un roi, pauvre hère
 Comme il en est, j’aime assez le métier ;
 J’en ai tâté pendant un jour entier.
  Ce jour-là je fis grande chère ;
  Je ris, je bus, tout alla bien ;
  Car il est un Dieu tutélaire
Par lequel on fait tout sans se douter de rien,
   Quand on est roi.

  J’eus des courtisans véridiques ;
En dormant j’achevai des exploits héroïques ;
Fameux à mon réveil, j’occupai l’univers ;
Vraiment, je fis des lois, je les fis même en vers.
 En vers mauvais ; qui vous dit le contraire ?

Certain marquis
   D’un goût exquis
  Les trouva tels, sans me déplaire.
 Il eût, pour prix de sa sincérité,
Sous un autre Denis perdu la liberté ;
On peut aux gens de bien accorder ce salaire,
   Quand on est roi.

Pour moi, je n’en fis rien ; car je suis débonnaire.
À votre avis, pourquoi me serais-je fâché ?
Vers et prose de roi sont mauvais d’ordinaire,
  Et ce n’est pas un grand péché ;
  C’est le moindre qu’on puisse faire,
   Quand on est roi.
AUX DAMES.

Vos yeux, depuis longtemps, m’ont appris à connaître
  Que le destin nous a fait naître
 Moi, pour servir, vous, pour donner la loi.
  Qui veut d’un roi qui cherche maître ?
 Personne ici ne dira-t-il : C’est moi ?
Vers après avoir été deux fois roi de la Fève

1771 (Inédit)

 Deux fois de suite enlever la couronne
Aux talents, à l’esprit, unis à la beauté,
  C’est un trait d’imbécillité
Que tu n’espères pas, Destin, qu’on te pardonne
   Deux fois de suite.

Parle, que diras-tu pour excuser ton choix ?
  Que, depuis que le monde est monde,
De Maroc à Paris, de Paris à Golconde,
Des fous après des fous, issus de rois en rois,
  Ont régi la machine ronde
   Cent fois de suite.

Eh bien, j’accorderai qu’en ce sot univers,
Des crânes rétrécis, des têtes de travers
Foisonnant par milliers pour une tête saine,
 Il a fallu que le sacré bandeau,
  Tombant de ta main incertaine,
  Rencontrât un petit cerveau
   Cent fois de suite.

  Mais, si dans un aréopage
Où l’un et l’autre sexe offrait également
De vertus à ton choix le plus rare assemblage ;
  Où, sans aucun discernement,
  Tu pouvais couronner un sage
 Et mériter notre applaudissement,
 Tu vas chercher l’unique et pauvre tête
  Qui, par hasard, s’y trouvera,
  Je t’en préviens, on te huera !
  De toutes parts on s’écriera :
  « Ô Destin ! tu n’es qu’une bête ! »
De Paris à Châlons ce cri retentira,
 Et ton favori rougira
 Dix fois, vingt fois, cent fois de suite.
Les Éleuthéromanes ou abdication d’un roi de la Fève

L’an 1772 Dithyrambe

Seu super audaces nova dithyrambos Verba devolvit, numerisque fertur Lege solutis.

Horat.

ARGUMENT
Le dithyrambe, genre de poésie le plus fougueux, fut, chez les Anciens, un hymne à Bacchus, le dieu de l’ivresse et de la fureur. C’est là que le poète se montrait plein d’audace dans le choix de son sujet et la manière de le traiter. Entièrement affranchi des règles d’une composition régulière, et livré à tout le délire de son enthousiasme, il marchait sans s’assujettir à aucune mesure, entassant des vers de toute espèce, selon qu’ils lui étaient inspirés par la variété du rythme ou de cette harmonie dont la source est au fond du cœur, et qui accélère, ralentit, tempère le mouvement selon la nature des idées, des sentiments et des images. C’est un poème de ce caractère que j’ai tenté. Je l’ai intitulé : Les Éleuthéromanes, ou les Furieux de la liberté.
Peut-être suis-je allé au-delà de la licence des Anciens. Je regarde dans Pindare la strophe, l’antistrophe et l’épode, comme trois personnages qui poursuivent de concert le même éloge ou la même satire. La strophe entame le sujet ; quelquefois l’antistrophe interrompt la strophe, s’empare de son idée, et ouvre un nouveau champ à l’épode, qui ménage un repos ou fournit une autre carrière à la strophe. C’est ainsi que dans le tumulte d’une conversation animée, on voit un interlocuteur violent, vivement frappé de la pensée d’un premier interlocuteur, lui couper la parole, et se saisir d’un raisonnement qu’il se promet d’exposer avec plus de chaleur et de force, ou se précipiter dans un écart brillant. La strophe, l’antistrophe et l’épode gardent la même mesure, parce que l’ode entière se chantait par le poète sur un même chant, ou peut-être sur un chant donné. Mais j’ai pensé que le récit se prêterait à des interruptions, que le chant et l’unité du personnage ancien ne permettaient pas. Mes strophes sont inégales, et mes Éleuthéromanes paraissent, dans chacune, au moment où il me plaît de les introduire. Ce sont trois Furies acharnées sur un coupable, et se relayant pour le tourmenter. Je me trompe fort, ou ce poème récité par trois déclamateurs différents produirait de l’effet.
Il ne me reste qu’un mot à dire de la circonstance frivole qui a donné lieu à un poème aussi grave. Trois années de suite, le sort me fit roi dans la même société. La première année, je publiai mes lois sous le nom de Code Denis. La seconde, je me déchaînai contre l’injustice du destin, qui déposait encore la couronne sur la tête la moins digne de la porter. La troisième, j’abdiquai, et j’en dis mes raisons dans ce dithyrambe, qui pourra servir de modèle à un meilleur poète.
À Rome, dans une même cause, on a vu un orateur exposer le fait, un second établir les preuves, et un troisième prononcer la péroraison ou le morceau pathétique. Pourquoi la poésie ne jouirait-elle pas, à table, entre des convives, d’un privilège accordé à l’éloquence du barreau ?
Les Éleuthéromanes ou les furieux de la liberté

Fabâ abstine.

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