Pour le meilleur de la paix
176 pages
Français

Pour le meilleur de la paix

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
176 pages
Français
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Lucie, trop pressée de la réponse de Samby, l'interrogea: — M'aimes-tu, Samby? — Oui. Mais je suis marié. Ensuite, en ce qui concerne mon comportement ici, je crois qu'une personne à l'aventure ne doit pas s'oublier. Elle doit d'ailleurs se considérer et se respecter pour avoir une dignité appréciable. Je veux dire encore que je suis marié mais je t'aime moi aussi. — Pourquoi ce mais? — Parce que les Blanches ne connaissent pas la polygamie et ne veulent pas venir s'intégrer en milieu africain comme les Noirs qui viennent ici en Europe. À travers la trajectoire du jeune Samby entre Afrique et Europe, c'est à toute une réflexion sur les tensions entre traditions et modernité, et plus particulièrement sur la polygamie, que contribue El Hadji Diagola. Offrant un éclairage nouveau, car excentré, sur la question, l'auteur apporte ainsi une pierre certes polémique, mais non négligeable à cet édifice, et livre par-dessus tout une oeuvre qui croit que le devoir et l'amour ne s'excluent pas, que le passage des cultures n'est pas une chimère, que le respect de tous est possible.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 18 septembre 2014
Nombre de lectures 19
EAN13 9782342028225
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0075€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait












Pour le meilleur
de la paix


Du même auteur



Merci les femmes !
Roman, Éditions Publibook, 2006

Un président fou
Roman, Éditions Publibook, 2011

Ma femme m’a sauvé la vie
Roman, Éditions Publibook, 2013 El Hadji Diagola










Pour le meilleur
de la paix



















Publibook Retrouvez notre catalogue sur le site des Éditions Publibook :




http://www.publibook.com




Ce texte publié par les Éditions Publibook est protégé par les
lois et traités internationaux relatifs aux droits d’auteur. Son
impression sur papier est strictement réservée à l’acquéreur et
limitée à son usage personnel. Toute autre reproduction ou
copie, par quelque procédé que ce soit, constituerait une
contrefaçon et serait passible des sanctions prévues par les
textes susvisés et notamment le Code français de la propriété
intellectuelle et les conventions internationales en vigueur sur la
protection des droits d’auteur.





Éditions Publibook
14, rue des Volontaires
75015 PARIS – France
Tél. : +33 (0)1 53 69 65 55






IDDN.FR.010.0119309.000.R.P.2013.030.31500




Cet ouvrage a fait l’objet d’une première publication aux Éditions Publibook en 2014


Cet ouvrage est dédié à tous les combattants et
combattantes de la paix universelle.



Paix



Moi paix, je suis la race universelle
Mon cœur noir
Ma tête blanche
Mes membres jaunes
Mon sang rouge.

Je chante, mon cœur rit
Je travaille, mes membres applaudissent
Quand j’apprends, mon esprit réfléchit
Je me repose, mon sang charrie
Moi paix, je suis vraiment la race universelle.

Je suis partout
Dans la nation
Dans la religion
Dans la solidarité
Les assemblées
Les couples mixtes
Je suis dans l’égalité
Dans la fraternité
Dans la liberté
Surtout dans le mélange de couleurs
Moi paix, je suis vraiment mélange de tout.

Et je hais la guerre !
Le terrorisme
L’égoïsme
L’ingratitude
Je refuse enfin le racisme.
9
Paix à tous
Paix pour tous
Paix dans tout
Paix en tous
Paix ! Paix ! Paix !
10














Première partie



Chapitre I



À 5 heures du matin, Samby se préparait. Les prieurs de
Golf-Sud esquissaient les premiers gestes de la journée et
les muezzins lançaient les premiers appels. Après la
toilette et le petit déjeuner, le chauffeur de taxi, ponctuel,
contacté la veille, se présenta pour le déposer à la gare
routière. Le taximan était une force de la nature, avait une
tête impressionnante et portait une barbiche. Soké, le
conducteur, avait une apparence plus sobre, il était vêtu d’un
jean, d’une chemise bleue et d’un képi tricolore cachant à
peine une tignasse malpropre. Samby demanda aux
enfants de transporter les bagages jusqu’à la voiture. En
quittant cette maison si familière, moment pathétique, il
versa des larmes. Tous les habitants de cette demeure
l’accompagnèrent près du véhicule en lui remettant des
colis confidentiels et en lui faisant des recommandations.
Le chauffeur démarra, destination la gare.
À 6 heures du matin, l’autoroute, jalonnée de lampes,
annonçait la beauté de la ville. Le commandant de cette
voiture mit la radio en marche, pour les premières
nouvelles de la matinée. Brusquement, une voiture les doubla à
vive allure en effrayant les passagers qui écarquillèrent les
yeux. Soké, surpris, dit :
— Ah ! ces conducteurs, ils rendent la circulation
difficile, ils ne respectent jamais le code de la route.
— Exact, répondit le passager, la route est devenue
cimetière à cause des chauffards qui ont installé une
psychose collective au sein de la population.

13 À l’entrée de la gare routière Pompiers, principale gare
de la ville, tout le monde était déjà au boulot, le taxi
klaxonna pour que les gens s’écartent sur son chemin. Ils
arrivèrent enfin près du minicar devant conduire Samby à
la ville de Moudéri et récupérèrent les bagages du taxi
pour les mettre sur l’autre voiture. Après avoir acheté son
billet Dakar – Moudéri, Samby se balada entre les petits
commerçants ambulants pour compléter ses emplettes
avant le départ. Ces commerçants ambulants exhibaient
des chaussures, des lampes, des maillots de bain, des
postes radio, des ceintures, des montres, des effets de
toilette, etc.
De retour dans la voiture, il trouva tous les clients de ce
car en place qui était prêt à démarrer. Le minicar quitta la
gare à 7 heures, en direction de Moudéri.
À Thiaroye-Poste, quartier de la banlieue de Dakar, un
agent de la circulation ordonna au commandant de la
voiture de stopper et Samby en profita pour observer ce
secteur de la ville surpeuplé. Alors qu’il contemplait de
part et d’autre la région de Dakar qu’il allait abandonner,
de la fenêtre, il aperçut son copain d’école traversant la
rue, puis il l’appela et ce dernier lui répondit par ces mots :
— Eh ! Samby, tu pars en vacances ?
— Oui, Ousmane.
— N’oublie pas de m’adresser une lettre.
— D’accord. Et je t’enverrai également une surprise.
— OK ! Bonnes vacances !
Aussitôt, le car redémarra, laissant Ousmane dans son
rêve tout en suivant la direction du véhicule. À Bargny, la
voiture s’immobilisa à la station-service pour faire le plein
avant d’emprunter la direction de la vallée du fleuve. À
11 h 30, l’auto dépassa Saint-Louis, la capitale du Nord et
de la téranga sénégalaise à destination de Richard-Toll.
Les voyageurs étaient las, les uns somnolaient et les autres
méditaient sur les conditions de l’environnement. Un
pay14 sage désertique et sec. On avait l’impression que la nature
avait maudit cette partie du monde.
Samby, lui, lisait un roman amorcé depuis Ndar. Au
croisement de Rosso, de Richard-Toll et de Saint-Louis, le
véhicule arriva au poste de douane ; les trois douaniers
évacuèrent le chargement pour les vérifications de routine.

Richard-Toll, capitale du sucre et du riz, était le point
de rencontre des voyageurs de la Mauritanie et du Sénégal.
À l’arrivée, ventre creux, tout le monde s’acharnait à
trouver un restaurant commode. Samby entra dans l’un d’eux,
comme à l’accoutumée au voyage du diéri, il commandait
du mafé, le riz blanc accompagné de sauce d’arachide.
Richard-Toll était une ville très animée avec les bruits
des motos des agents de la CSS (Compagnie sucrière
sénégalaise), la route principale bitumée bordée des
plantations de cannes à sucre embellissant la nature ;
c’était un monde de paysans et d’ouvriers.

À la fin du repas, on s’acquittait de la prière de salfana
avant le prochain démarrage. Vers 18 heures, un nouveau
climat – le climat sahélien entre Matam et Bakel –
accueillait les passagers. Cette chaleur moite constituait un
contraste climatique du pays. Au crépuscule, le village de
Bondji, dans le département de Bakel, dont Samby avait la
nostalgie depuis trois ans, se pointa devant eux. La voiture
laissa le goudron pour se jeter sur la piste de sa ville
natale. Lorsque Samby s’approcha de Moudéri, une idée le
submergea : « Trouverai-je mes parents éveillés pour leur
manifester ma joie ? »

Le car pénétra finalement dans la commune de Moudéri
à 21 heures. Des veilleurs de nuit les attendaient. Moudéri
si hospitalier, si naturel, si animé recevait les étrangers le
jour comme la nuit, avec cette foule de noctambules
com15 posée uniquement d’adolescents qui badinaient jusqu’à
des heures tardives.
À la première vue de ses parents, son cœur déborda de
joie et il ne put s’empêcher de mouiller ses joues. Il les
trouva comme d’habitude. Et les salutations et les mains
serrées se multiplièrent.
Son premier bain effectué, Samby sortit avec ses
anciens copains d’enfance pour aller rejoindre le club de
noctambules. Avec une température si élevée, les gens
s’entassaient sous les moustiquaires. Mais eux, les jeunes,
se massaient sous le kora, abri à palabres pour prendre le
thé à la menthe, jouer à la belote et écouter de la musique.
Ce divertissement juvénile se déroulait en compagnie
des jeunes filles et des garçons jusqu’à une certaine heure.
Auparavant, il fut présenté au groupe par un autre ami. La
lampe-tempête muait sa vision habituelle urbaine de
Dakar. Pendant que ses copains riaient et jouaient à la belote,
Samby s’allongea plutôt sur l’autre bord de la natte, sans
se déshabiller. À 4 heures, ils allèrent au lit.
16


Chapitre II



Il répondit à l’appel des champs après une semaine de
repos. Leurs champs keïta et kaoule, dont la famille avait
hérité de génération en génération, se situaient entre le
village de Galladé, contigu à la ville de Moudéri, près du
fleuve Sénégal. À peine les premiers labours achevés, les
plantes arrivaient aux genoux. Mais le deuxième et le
troisième labour servirent tout simplement à faciliter la
croissance rapide des tiges céréalières. Cette besogne se
pratiquait en diminuant les plantes d’un trou pour les
repiquer dans un trou vide. Cette méthode permettait une
meilleure création des céréales afin d’avoir une bonne
récolte. Les paysans trimaient de l’aube à 13 heures. Le
soir étant le moment de la culture morale, tante et tonton le
sollicitaient pour rédiger des lettres. Une nuit, les deux
parents conversaient sur la vie d’étudiant de Samby. Sa
mère, très dérangée par la vie estudiantine de son petit,
décida de discuter du sujet avec son époux :
— Yougo (surnom que certaines épouses donnent à leur
mari), comment voyez-vous Samby ?
— Rien ! Que se passe-t-il ? Sinon c’est un fils
courageux, intelligent et un jour nous serons satisfaits de lui.
— Non, ce n’est pas là que je veux en venir. Je veux
dire plutôt qu’il a changé physiquement et moralement.
— Évidemment ! Alors explique-toi clairement.
— Savez-vous que je suis devenue une quinquagénaire
et les garçons du même âge que lui ont allégé les fardeaux
de leurs mères en épousant une femme. Et nous qui avons
perdu beaucoup de fils, sauf Samby qui est le premier
survivant, n’est-il pas temps qu’il se marie ?

17 Le mari paraissait triste et répondit :
— Tibilé, tu ne réfléchis pas du tout. Si nous le marions
à ce stade de préparation de son examen, cela ne lui
fera-til pas du tort ? Sache que notre espoir est de le voir
terminer ses études et d’avoir également du travail. Je sais que
vous, les mères d’aujourd’hui, vous avez tendance à
marier vos enfants avec un avenir si hypothétique.
La vieille Tibilé fixant son conjoint sous la lueur de la
lampe-tempête, avec un visage souriant, l’amadoua :
— Ne sois pas irascible, je suis persuadée que c’est
dans notre intérêt d’obtenir des descendants. Et puis, je
tends à être débile et femmelette du fait de l’évolution du
temps. Mes pieds commencent à me trahir pour m’écarter
des travaux champêtres. Ensuite, je n’ai jamais eu de fille
dans notre union, il est urgent de lui trouver une femme.
— Les enfants de cette génération rejettent le mariage
imposé. Il est préférable de lui en parler d’abord.
— Je vous ai soumis ce problème afin de trouver des
voies et moyens. Après tout, il fait nuit, allons nous
coucher.

Le matin, de bonne heure, au premier appel du
muezzin, le vieil Amara se doucha et se rendit à la mosquée
près de leur demeure. Au retour à la maison, il se pointa
devant chaque porte pour rappeler et stimuler les fidèles à
s’acquitter de la première prière du matin. Au même
moment, la vieille Tibilé mitonnait la bouillie, premier repas
du jour. Les coups de pilons retentirent avec un rythme
musical dans la ville. Ayant fini d’assumer sa
responsabilité de guide des fidèles, le vieil Amara se prélassait dans
sa longue chaise pliante avec un chapelet pour faire des
incantations. Le vieux était un grand homme mince et
avait des cheveux blancs et une barbe. Il était toujours
vêtu d’un grand boubou et d’un bonnet bleu. Il était
compréhensif, aimait la jeune génération mais il riait rarement.
Pendant ce temps, Samby était en profond sommeil dans
son logis. C’était lundi. Il pouvait continuer à dormir
jusqu’à l’apparition des rayons solaires. Lundi était un jour
18 de repos pour toute la commune, depuis toujours. C’était à
partir d’un constat qu’il avait été décrété jour sans travail.
Les travaux de ce jour engendraient beaucoup de maux
à la nature paysanne : des oiseaux dévastateurs, des
animaux dévorants, de mauvaises récoltes, etc. Depuis lors, il
devenait le jour où certaines tâches domestiques et des
manifestations culturelles étaient possibles. Ainsi, la nuit
de chaque dimanche, les jeunes passaient des nuits
blanches. La majorité d’entre eux jugulaient leur sommeil au
deuxième repas du matin – repas de 9 heures.
Samby avait reçu une convocation de ses parents au
réveil. Son cœur battait de plus en plus fort. Depuis sa
venue, il n’avait jamais eu une convocation à pareille
heure. Sa tête accumulait beaucoup de pensées concernant
cet appel. L’entretien se tiendrait dans la chambre de sa
mère. Son père murmura quelques bruits sourds et débuta
la conversation :
— Fils, nous t’avons convoqué ici en paix. (Le cœur de
Samby revint à la normale et son esprit se libéra de toute
pensée néfaste.) Nous reconnaissons, dit-il, que tu es un
enfant vaillant, fort pour le travail intellectuel et physique
et plein d’espoir. Nous te souhaitons vraiment une bonne
continuation à l’école, une bonne santé et une longue vie.
Je suis convaincu qu’un marmot comme toi qui traite avec
révérence les parents, son prochain et aide tout le monde,
mérite d’être chanté. Certainement tu ne seras jamais privé
du bonheur du fait de nos prières pour toi. Sais-tu que la
conjugaison des opinions sur une affaire aboutira
probablement à une solution ? (Samby acquiesça.) À cet égard,
nous avons décidé, avant de faire quoi que ce soit dans
cette maison, de t’appeler afin que tu statues sur la
proposition. Voilà, ta mère et moi, nous nous sommes mis
d’accord pour te marier.

La vieille Tibilé tricotant des morceaux de pagnes noirs
lança un coup d’œil à son enfant.
— Merci beaucoup, répondit Samby, de m’avoir
convoqué, exhorté et surtout de m’avoir donné une bonne
19 éducation. Sans vous, je ne serais pas comme je suis. Et vu
que le bonheur d’un enfant se trouve au respect des
parents et des grands. Pourquoi ne suivrais-je pas toutes vos
propositions ? Pourquoi ne serais-je pas votre fils
bienfaiteur et docile à vous ?
J’ai saisi, cependant, les mots que vous avez prononcés,
père, mais comment un élève préparant son baccalauréat et
espérant avoir une bourse d’études pour l’étranger peut-il
ainsi épouser une femme ?
Puis, il se tut pour songer à sa fiancée préférée Ndèye
Fatou Touré, à Dakar, à qui il avait donné sa parole. Ainsi
prononça-t-il intérieurement : « Je trahirais Ndèye si
j’accepte ce mariage ». Sa mère lui demanda subitement :
— Qu’en penses-tu, Samby ?
— Rien. Seulement je ne refuse pas votre proposition
parce que j’y suis tenu pour sauver aujourd’hui notre
honneur. Je vous supplie de m’accorder du temps pour
achever mes études. En effet, la patience est une arme de
lutte pour se défendre dans la vie et tout homme doit se la
procurer.

La vieille Tibilé déposa ses pagnes noirs tricotés sur le
canapé et s’adressa à son enfant :
— Samby, nous reconnaissons ton aide et nous
constituons ton souci majeur. Toi aussi, tu constitues notre grand
espoir. De toute façon, nous régressons de plus en plus. Et
tu es notre premier enfant ayant survécu à la suite des
morts précoces de notre progéniture. Pour sauver notre
descendance, nous souhaitons que tu nous comprennes en
mettant en œuvre cette velléité.

Le fils courba la tête en méditant les arguments qui
convaincraient à son retour à la capitale sa Dakaroise
préférée à laquelle il ne pouvait pas se dérober.
— J’accepte ce mariage, mais comment peut-on se
marier sans la moindre fortune ? Comment peut-on se marier
à une fille sans la connaître d’abord ?
20 Alors, Maman, dites-moi avec quels sous j’épouserai
ma prétendante ? Dites-moi avec quelle fille je
consommerai le mariage ?

La vieille sourit en récupérant ses morceaux de pagnes
du lit et lui assura :
— Ton père a décidé, avec sa petite pension de retraite
d’instituteur, de supporter les frais de célébration nuptiale.
En plus, la prétendante se nomme Mariama Haby, fille de
l’oncle Samba et de Haby Dembélé.
— Ah ! la fille de mon oncle Samba qui était
navigateur en France, qui a quatre femmes et des dizaines de
progéniture. Mais Maman, je n’ai jamais vu la fille dans la
ville. Je ne la connais pas du tout. Quel mariage familial !

Pour conclure, le vieil Amara récita un verset du Coran
et ajouta :
— Inch Allah, dès demain j’enverrai une dépêche à
mon frère pour nous accorder la main de sa fille.

La réunion n’était pas encore terminée que l’orage se
déchaîna, venant à la fois de l’est et de l’ouest. C’était un
vent poussiéreux et fort qui faisait bouger les toits des
maisons. Et les gens se terraient dans leurs chambres.
L’orage fut total. L’eau coulant sans répit dans les pentes.
Et finalement, l’extérieur se vida de son monde. Quant à
Samby, il sirotait le thé matinal à la menthe avec ses
copains dans sa cabane.
21


Chapitre III



La maison de l’oncle Samba se situait au centre de
Moudéri, au bord du fleuve. La commune était tout à fait
contiguë au fleuve. Dans le département, des villages
riverains de Bakel à Gandé, leur municipalité était la
cinquième après celle de Diawara. En s’enfonçant dans
Moudéri pendant l’été, on aurait dit que l’habitation était
dans les jardins agricoles et que l’intérieur n’était point un
lieu de demeure. Car, aux alentours, les jardins agricoles
marquaient la beauté paysanne.
Moudéri englobait trois grands quartiers « counda ». Le
counda de Kimbaka, le counda de Débénakhané et le
counda de Bégninkono – un chef de famille de la ville –
qui était devenu un quartier. Chaque counda avait sa
vocation héréditaire. Kimbaka était le peuple des pêcheurs,
Débénakhané, le peuple des nobles et des religieux et
Bégninkono, le peuple des esclaves et de quelques pêcheurs.
L’union des jeunes organisait souvent des manifestations
culturelles, avait créé des périmètres agricoles pour toutes
les couches de la population et renforçait le mélange des
castes et l’humanisme dans chaque quartier. L’oncle
Samba était un homme géant avec des yeux rouges. Sur le
chemin, il croisait ses bras sur son dos, portait un casque
pour montrer qu’il avait été autrefois en France et les
jeunes avaient peur de son physique. Sur la Grand-Place, il
était contesté par ses pairs du fait de ses idées paradoxales.
L’ambiance dans sa maison devenait mouvementée en son
absence mais en sa présence, la sévérité y régnait. Ses
enfants étaient mis en quarantaine par les autres jeunes. Les
enfants de l’oncle Samba ne participaient à aucune
distrac23 tion culturelle. Face à son attitude, il était surnommé
« Lion de la ville ».
Néanmoins, il aimait beaucoup sa famille et chaque
jour, il rendait visite à son frère et aux autres parents. Il
était très croyant. Le Coran était sa lecture quotidienne.
Au sein de la maison, l’oncle Samba réussissait à
implanter dans les cœurs des petits et des grands la croyance
en un Dieu unique. Sa demeure était le lieu des fidèles. Un
vendredi après-midi l’oncle, assis sur une peau de mouton
sous un baobab, psalmodiant les versets du Livre saint,
reçut les envoyés de son frère Amara. Dehors, les hôtes
esquissèrent des salutations :
— Assalamou aleikoum.
— Wa aleikoumou salam.

Les propriétaires de la dépêche se dirigèrent vers lui
avec une tenue magnifique et un chapelet que chacun
tenait.
— Bienvenue. Asseyez-vous, accueillit l’oncle.

Il interpella sa première femme :
— Haby ! Apporte les bancs et de l’eau à boire pour les
étrangers.

Tante Haby se précipita pour exécuter l’ordre.
— Dieu merci, dit le premier émissaire, après avoir fini
de se désaltérer.

Les hôtes s’étant désaltérés, l’oncle Samba les invita à
la palabre par ce terme :
— Bismillah.
La réunion se tenait sous le baobab à palabres qui se
trouvait au centre de la maison. Après s’être consultés, les
envoyés exposèrent le but de leur mission :
— Notre venue ici, dit le premier, est un acte de paix
qui accroîtra une famille, l’honorera, mettra la tolérance
entre les personnes, cimentera leur unité, sèmera la
confiance entre elles, maintiendra les liens parentaux et
24 l’amour dans les cœurs et enfin traitera avec respect les
foyers. Car ces caractères que je viens de citer constituent
le soubassement d’une vie de bonheur dans une
communauté. Pour qu’une communauté connaisse la paix, la
réussite, il nous faut cette base. Prions pour que notre pays
et la planète tout entière bénéficient pour toujours de cette
paix constructive de l’individu. En outre, l’objectif
recherché ici est cette paix que souhaite ton frère Amara. Il nous
a dépêchés pour solliciter la main de votre fille Mariama
Haby pour son fils élève.
— Ce que vient d’annoncer mon compagnon, ajoute le
deuxième, est exact. La famille ne doit pas s’oublier et
doit toujours se rechercher.
Mais elle doit également semer la confiance dans son
sein. La confiance est le développement intérieur et
extérieur de l’homme. Avec elle, une communauté se rend
compte de son importance.

L’oncle Samba repoussa son Livre saint pour mieux
faire face aux émissaires.
— J’ai compris vos propos, déclara-t-il. Comme vous
l’avez dit, que de la paix entre les personnes naîtraient
l’accroissement, l’amour, la solidarité, la considération, la
tolérance et surtout la confiance est vrai.
Effectivement, les familles doivent toujours se protéger.
D’ailleurs ma mère et le père d’Amara sont des mêmes
parents.
Pourquoi donc refuserions-nous sa protection ? Nous
sommes du même cordon ombilical après tout. Je suis
persuadé qu’avant de protéger le cordon ombilical d’autrui, il
nous faut d’abord commencer par le nôtre. Puisque mon
frère en a besoin, alors je suis son abri. Je veux dire plutôt
que ma fille Mariama Haby est à leur disposition.

Ensuite l’oncle invita sa femme à statuer sur cette
requête.
— As-tu entendu la demande de mon frère ? Et qu’en
penses-tu ?
25
Tante Haby renoua son foulard et déclara :
— Yougo, tout ce que vous décidez, j’y consens.
Mariama et moi sommes toujours sous vos ordres.
— Écoute Haby ! Les femmes ne prenaient pas paroles
dans les débats. Aujourd’hui, la civilisation occidentale a
chamboulé tous nos systèmes de vie jusqu’à ce que nous
refusions certaines mœurs quotidiennes de nos ancêtres. Il
est préférable, dans ce cadre, d’évoluer avec le temps.
Alors il faut statuer sur cette affaire, Haby.
— Je suis sensible à tous les vents qui soufflent dans
nos États actuels. Moi, je reste toujours africaine, tout en
restant ouverte à d’autres. Sachez également que le monde
est un concert où tout un chacun se montre insigne.
Voilà le respect et le développement. En tout cas, je
suis de ceux qui ont opté pour la voie du salut et non pour
la voie de l’assujettissement et de l’imitation aveugle.
— Alors, opines-tu à cette requête ?
— Oui, à la demande.
Les envoyés se regardèrent et remercièrent Dieu. Puis
l’un deux conclut en ces termes :
— Louange à Dieu. Nous Lui demandons aide et
pardon. Nous L’implorons de nous préserver de nos méfaits
et des séquelles de nos actes. Celui que Dieu dirige dans la
bonne voie, nul ne peut l’égarer, celui qu’il égare, nul ne
peut le diriger. J’atteste qu’il n’y a de divinité que Dieu et
que Muhammad est Son serviteur et prophète. Croyants !
Craignez Dieu comme Il le mérite et ne mourez qu’en état
de parfaite soumission à Lui.
Hommes ! Craignez votre Seigneur qui vous a créés à
partir d’un seul être et de cet être a tiré son conjoint. De
leur union, Il fit proliférer tant d’êtres humains, hommes et
femmes. Craignez Dieu au nom de Qui vous implorez
mutuellement assistance. Respectez comme il se doit les liens
sacrés du sang. Le Seigneur a sans cesse l’œil sur vous.
Oh, vous qui croyez, ne cessez pas de croire en Dieu et de
parler en toute droiture. Il rendra vos œuvres plus
méritoires et vous pardonnera. Quiconque obéit à Dieu et à son
26 prophète s’assurera une immense félicité. Que Dieu vous
protège ainsi que les deux familles et que ce mariage soit
une très bonne union.

Mariama apparut sur le seuil, en provenance du fleuve,
avec des calebasses sur la tête, juste après le départ des
envoyés. Mais l’oncle et sa femme, sous l’arbre à palabres,
discutaient. Ils aperçurent leur fille s’acheminer vers la
cuisine et l’apostrophèrent :
— Mariama, rejoins-nous après avoir déposé les
calebasses et t’être habillée.

Avec un morceau d’étoffe imbibé d’eau autour des
seins jusqu’au-dessous des genoux, elle répondit
inopinément :
— D’accord !
Mariama était une fille grande et moins costaude. Elle
était de teint clair. Et elle avait beaucoup de cheveux sur la
tête. Elle était sérieusement en âge de se marier.
Le fleuve donnait lieu à des distractions avec ses
copines et copains en faisant par exemple un jeu appelé
« thioukhbi » (plongeon de tête) qui s’effectuait avec plus
de trois personnes. Pendant cette période, les pêcheurs
remplissaient le fleuve avec des éperviers aimantés qui
attiraient les poissons comme l’aimant attire le fer. Ces
pêcheurs côtoyaient même les baigneurs en quête de
poissons. Près de l’escouade de Mariama, une pirogue
contenant une centaine de poissons, un petit garçon (le
rameur) et un adulte (le lanceur d’épervier) jetaient le filet
en direction d’eux pour les démancher. L’escouade
s’écartait pour céder la place. Les enfants continuaient leur
jeu après la pirogue. Le fleuve recevait des femmes et des
jeunes durant l’après-midi, soit pour se baigner soit pour
laver les ustensiles culinaires. Partout y circulaient les
pêcheurs.
Après le fleuve, Mariama entra à la maison avec son
corps mouillé et des calebasses lavées. Elle pénétra
d’abord dans l’enceinte de la cuisine pour y laisser les
27 ustensiles. La cuisine était une pièce en banco avec un toit
de paille. À droite, sur le premier coin de la porte, se
trouvaient les matériaux de cuisine. Au fond, en face du seuil,
était la place de la cuisson et à gauche étaient posés les
canaris. La fumée peignait le toit en noir, comme du banco
noir. La cuisine était sise au centre de la demeure, à côté
d’un filao. Ensuite, Mariama s’engouffra dans la chambre
de sa mère qui appartenait au même bâtiment que celle de
la deuxième épouse de l’oncle. La chambre comprenait
deux petites pièces et des toilettes.
La première pièce était l’endroit où l’on dormait. Au
fond, des photos, des cuillères en bois et des calebasses
décorées étaient clouées au mur. On avait l’impression
qu’on était dans une galerie d’art. La deuxième, afférente
à la première, était le lieu de dépôt des valises, des malles
et autre mobilier.

Quant aux toilettes, ils communiquaient avec la
première pièce par une porte. Cette dernière était murée soit
par un mur soit par du zinc, selon les capacités du
propriétaire. Elle servait aussi à attacher des habits à sécher sur
une corde. La maison était composée de quatre bâtiments.
Chaque bâtiment englobait deux chambres. Et chacune
d’elle comportait deux pièces et des toilettes.
Mariama gagna la première pour y laisser les cuillères
en bois près du canapé, puis elle accrocha son étoffe
mouillée sur la corde. Ensuite, elle s’habilla dans la
deuxième pièce. À la sortie, sous la véranda, elle observa ses
parents en train de compter des billets et se dit : « D’où
viennent ces billets, aujourd’hui ? Est-ce un don envoyé
par mes frères de France ? Est-ce mon consentement de
mariage que je suis en train de regarder ? »

Tante Haby l’appela :
— As-tu fini, Mariama ?
— Oui. J’arrive, Mère.

28 Et elle se dirigea vers l’arbre à palabres. Un gueux
approcha du seuil au même moment et remplit sa tâche de
quémandeur. Tante Haby le congédia :
— Il suffit que l’odeur de l’argent jaillisse pour que ces
oubliés de Dieu le hument et viennent à sa recherche. Sors.
Nous n’avons rien.

L’ire de l’oncle Samba fut excitée du fait du
comportement inhumain de sa femme et il rappela le va-nu-pieds
pour lui donner une somme d’argent. Ensuite, l’oncle
Samba s’adressa à sa conjointe :
— Pourquoi agis-tu ainsi ? Sais-tu que l’islam s’insurge
contre ton acte ? Ceci peut être un signe venant du ciel.

Mariama, fixant son père qui tempêtait contre sa
maman, se présenta :
— Me voilà, Mère.
— Voilà, nous t’avons appelée ici pour une affaire de
paix. Une nouvelle qui va te ragaillardir, qui est une paix
honorifique et constructive. Ton oncle Amara avait
dépêché des dignitaires pour te requérir en mariage avec
Samby, l’élève de sa famille. Et ton père et moi y avons
consenti.

Mariama souriait et regardait en direction de la porte,
puis elle déclara :
— Mère, depuis que vous m’avez mise au monde, je ne
vous ai jamais contredit. Mais cette fois-ci, ce
consentement sera difficile. Samby et moi n’avons pas la même
vision des choses. Alors ce mariage sera incertain.
— Pourquoi doutes-tu ? Cette demande est la
consolidation du lien de fraternité.
— Laisse-la Haby, elle n’a pas fini de parler, intervint
l’oncle Samba.
— Je n’ai pas refusé d’épouser Samby, continua
Mariama. Mais il existe des points qui feront échouer ce
mariage. Je suis persuadée que mon prétendant a été
contraint de l’accepter. Vous savez également, Mère, qu’il est
29 étudiant à Dakar, et eux, ils ont tendance à épouser les
filles urbaines et instruites. Ensuite, je ne l’ai jamais
connu. Je ne sais pas son comportement pour l’aimer. Je pense
que ce sera une union sans amour. De ma part, je n’ai
jamais voulu vous contredire. Si mon prétendant l’accepte,
je suis prête à concrétiser ce mariage avec lui car je
souhaite que nos deux familles se fraternisent et s’unissent
davantage.

L’oncle, ravi d’elle, la fixa et dit :
— As-tu vu, Haby ? Je suis content d’elle, parce qu’elle
sait discerner une affaire.
Et toi, Mariama, sois tranquille, car la chose pour
laquelle tu hésites a été conclue par Samby lui-même. Par
conséquent, Haby, il faut annoncer la nouvelle à tes
coépouses.
— D’accord. Quant à toi Mariama, il faut te considérer
dès à présent comme une femme mariée.

L’oncle Samba fut convoqué chez l’imam de la
mosquée à la suite de cette rencontre familiale, afin de mettre
sur pied un comité pour le prochain nettoyage de la
nouvelle grande mosquée avant son inauguration.
30


Chapitre IV



La nouvelle mosquée était dans le quartier counda du
centre. Le comité de balayage de cette nouvelle grande
mosquée de la ville était composé de jeunes et de quelques
femmes. Sa prochaine inauguration avait permis aux
autorités de procéder à des invitations de quelques dignitaires
des villages environnants. Ce qui avait été la genèse d’une
commission d’information. À la veille de l’inauguration,
Moudéri vivait au rythme du mouvement des émissaires et
des invités.
Moudéri regorgeait d’étrangers venant de tous les
horizons et même de la rive droite du fleuve Sénégal, à la suite
d’une semaine de préparation. Chaque famille hébergeait
son quota d’étrangers exigés par l’UJM – Union des
jeunes de Moudéri. Elle avait construit cette nouvelle
mosquée en collaboration avec les frères immigrés.
L’union achetait des bœufs pour leur nourriture
quotidienne durant leur séjour.
La mosquée était équipée de micros, de haut-parleurs et
de lampes électriques, en plus des robinets provenant du
forage. À la maison, Samby venait à la rescousse de son
père pour le bien-être des étrangers. L’union avait alloué à
chaque maison son quota d’aliments, des boissons et des
vivres. Chaque fidèle sachant déchiffrer l’arabe, le
français, l’anglais et les langues nationales recevait sa part de
livres dans lesquels l’islam était largement traité. Le vieil
Amara, qui était le guide principal de l’ancienne mosquée
et de la petite mosquée de son quartier, se voyait derechef
attribuer ce poste en cette nouvelle.
31 Son enfant et lui allaient bien replacer les nattes et en
ajouter, très tôt le matin du vendredi de l’inauguration. À
13 heures, le soleil, en pleine inclination, les musulmans
remplissaient déjà la mosquée dans laquelle le guide et
Samby furent les premiers à pénétrer. Dès leur entrée, le
vieil Amara lança le premier appel de son état de muezzin
afin d’avertir de l’approche de la prière. L’imam arriva à
13 h 40, en compagnie des grands talibés chantant des
versets du Coran.
À la suite des trois muezzins, l’imam se tenait debout
pour sermonner en faveur de ceux qui étaient initiés en
arabe. Ce sermon au micro faisait stopper des voyageurs
soit pour venir s’acquitter de leur devoir de musulman,
soit pour l’écouter. Les alentours étaient tellement bourrés
de prieurs ! Lorsque les deux rakats expirèrent, le
sermonneur reprit le même discours en soninké et se mit à
exhorter l’union pour la tâche qu’elle venait d’accomplir
et pria enfin tous les jeunes du pays et de la planète pour la
paix. Selon lui, les croyants devaient se considérer comme
des frères, se tolérer, se respecter et créer un climat
d’entente favorable avec les étrangers vivant parmi eux.
Car le Tout-Puissant est le maître de toutes les races.
À la sortie, les croyants commentaient les propos de
l’imam. Dans la foule, les mendiants déambulaient entre
les fidèles. Le vieil Amara incitait Samby à offrir des
aumônes. Ce fut la fin de l’inauguration.
Pour prolonger le séjour des invités, l’UJM organisa
une conférence religieuse sur le thème : la place de la
femme et de la jeunesse dans une société musulmane.
Cette réunion religieuse regroupa les imams de la ville, le
président de l’union et le public. Ce fut l’école
francoarabe qui abrita ce rassemblement. Ayant introduit la
conférence, le chef de l’union passa la parole au conférencier.
Samby, membre de la commission de l’information, avait
été chargé de prendre des notes durant cette réunion. Il
était sur la première rangée, en face de l’orateur. Le grand
32 imam, maître de la conférence, après avoir souligné les
aspects primordiaux de la place de la femme et de la
jeunesse dans une société musulmane, aborda les problèmes
du développement. Ainsi avoua-t-il :
— Dans la pratique religieuse, la prière incombe à la
femme comme à l’homme, mais avec des concessions :
une femme adulte est dispensée pendant plusieurs jours de
chaque mois de célébrer la prière quotidienne. L’office
rituel de la prière publique de vendredi lui est facultatif et
non pas obligatoire. En marge de tout cela, la position de
la mère est exaltée dans la tradition musulmane.
Muhammad – paix et salut sur lui – est allé jusqu’à avouer que
« le paradis même se trouve sous les pieds de votre
mère ». Bouhkary rapporte également : quelqu’un
demanda au prophète :
— Laquelle des œuvres est la plus agréable auprès de
Dieu ?
Il répondit :
— La prière à son heure fixe !
On demanda :
— Et quoi ensuite ?
Il répondit :
— Être bon envers père et mère.
Le Coran y revient à chaque fois et rappelle à l’homme
qu’il se souvienne que sa mère l’a porté dans son ventre,
qu’elle a souffert énormément à cause de lui et qu’elle l’a
élevé en faisant tous les sacrifices. Muhammad a dit : « Le
meilleur parmi vous est celui qui est le meilleur envers sa
femme. » Voyez-vous que la femme a une place
importante dans une société musulmane. Croire en Dieu, ce
n’est pas difficile mais c’est plutôt obéir à son
commandement qui est problématique, car aujourd’hui les femmes
dévient complètement son commandement pour accepter
celui des toubabs. Elles désobéissent à leur mari pour
cause d’égalité ou de supériorité.
33 Tenez, voici ce que l’islam a recommandé pour les
relations entre les femmes et les hommes : l’islam a proclamé
que les femmes sont les sœurs des hommes, il a admis
l’homme et la femme au bénéfice des droits égaux sauf en
ce qui a été reconnu à l’homme eu égard à sa qualité de
chef de famille et vu que l’homme est plus en mesure
d’exercer des lourdes responsabilités que sa solide
constitution physique lui permet d’assumer pour le bien-être de
la société tout entière. Il n’y a là en réalité que des charges
qui furent imposées à l’homme et dont la femme a été
libérée. Cependant, sa dignité et ses droits restent égaux à
ceux de l’homme, de telles dispositions constituent
l’expression la plus haute de la justice entre les deux
sexes. Même la nature n’a pas voulu d’une égalité parfaite
entre les deux sexes, mais une répartition des vocations et
des fonctions. La religion musulmane n’a jamais exclu les
femmes du développement d’une société. À toute époque
de l’histoire musulmane, même pendant celle du prophète,
les femmes participaient au développement de leur société.
Elles étaient infirmières, institutrices et même soldats,
combattaient au besoin à côté des hommes et il y avait des
chanteuses, des coiffeuses, des cuisinières, etc., le calife
Omar employait une femme comme directrice du marché
de la capitale de Médine. Les juristes admettaient les
femmes comme juges des tribunaux. Voyez-vous que
l’islam a toujours intégré la femme au développement ?
Beaucoup d’intellectuels pensent aujourd’hui que les
sexes doivent être totalement égaux dans les foyers. Pour
eux, la femme doit être libérée n’importe où et n’importe
comment. Si je comprends très bien, elle doit être chef de
famille comme l’homme. Alors comment peut-il y avoir
deux rois dans un même royaume ? Si l’émancipation de
la femme est à ce prix, je dis plutôt que c’est une violation
de la loi de Dieu et l’aboutissement du désordre, de
l’anarchie et de la pauvreté dans un ménage, puis dans une
société.
34 Dieu dit qu’il assigne entre vous amour et miséricorde.
L’homme et la femme se complètent l’un et l’autre.
Comme deux êtres égaux ne peuvent pas tomber d’accord
cent fois sur cent, il faut, dans l’intérêt du foyer et de la
meilleure compréhension familiale, user de concessions.
C’est pourquoi le prophète a dit : « Le monde est une
chose éphémère dont on profite temporairement et parmi
les choses du monde, rien n’est meilleur qu’une femme
œuvrant pour le bien. » La religion musulmane régit tous
les domaines de la vie, il va de soi que celui qui observe
scrupuleusement ses devoirs est plus apte à créer la paix
dans le foyer.
C’est que l’islam demande également à la femme de
rester un être raisonnable et se garde bien d’exiger qu’elle
devienne ange ou de permettre qu’elle se change en diable.
Le prophète a souvent énoncé : « Que les hommes évitent
les pratiques efféminées, et que les femmes ne se
comportent pas en garçons, dans la coiffure, dans les vêtements,
dans la façon de parler. » Il a dit également : « Le juste
milieu est la meilleure des choses. »
Ces propos de l’orateur avaient plongé la foule dans un
silence de mort et le conférencier poursuivit son
développement : En ce qui concerne la jeunesse, elle doit respecter
ses parents d’abord, c’est-à-dire se conduire
convenablement envers eux, leur obéir, leur procurer toutes sortes de
bien, les préserver de tout mal, implorer Allah pour eux,
Lui demander de les pardonner, accomplir leurs
engagements et traiter avec égard leurs amis. Mais aussi
s’acquitter des cinq prières quotidiennes, apprendre sa
religion et les choses mondaines et, enfin, considérer tout
croyant comme son frère et se marier si elle en a les
moyens.
Quand l’imam termina cette phrase, l’auditoire devint
de plus en plus attentif.
— Vois-tu, les jeunes d’aujourd’hui ne veulent plus se
marier à cause de la crise ou ils choisissent eux-mêmes
35

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents