Que parli gascon (initiation à la langue gasconne)
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Que parli gascon (initiation à la langue gasconne) , livre ebook

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Lo metòde entà-d apréner l’occitan, “Parli occitan”, qu’es un liberòt qui a permetut, desempuix mei de trenta ans, a bèra tropa de gents de tota mena d’apréner o de tornar apréner l’occitan. Aquí qu’atz la soa adaptacion entau gascon, la lenga-sòr de l’occitan.



Chicòi de format e de prètz, qu’es un utís de bon manejar qui balha çò d’essenciau per començar de léger, escríver e mei parlar en aquesta lenga vielha de mei de mila ans e qui, enter francés, occitan, basco, aragonés, castilhan e catalan, e tien uas particularitats pro estonantas dens l’ensemble occitanò-roman.



Un CD-Rom que completerà lo metòde pre’us qui créden de qu’ua lenga e s’aprend mei que mei en bèth escotà-la e qu’es, en-sus de tot, un mejan de comunicar oraument.


Joan Rigosta, professor d’occitan, que participè – annadas adarrond – a l’organisar e aus cors publics de l’Escòla Occitana d’Estiu de Vilanèva-d’Òlt. Eric Chaplain, editor e liberaire especialisat, que mia desempuix annadas un tribalh d’edicion e de traduccion entà las lengas gascona e occitana.


La méthode d’apprentissage de l’occitan “Parli occitan” est un livret qui a permis, depuis plus de trente ans, à quantité de gens de toute sorte d’apprendre ou de ré-apprendre l’occitan. Voici son adaptation au gascon, la langue-sœur de l’occitan.


Petit format et petit prix, c’est un outil simple qui fournit l’essentiel pour commencer à lire, écrire et parler dans cette langue vieille de plus de mille ans et qui, entre français, occitan, basque, aragonais, castillan et catalan, possèdent quelques particularités assez étonnantes dans l’ensemble occitano-roman.


Un CD-Rom complétera la méthode pour ceux qui croient qu’une langue s’apprend surtout en l’écoutant, et qu’elle est, plus que tout, un moyen de communication orale.


Jean Rigouste, professeur d’occitan, a participé – des années durant – à l’organisation et aux cours publics de l’Escòla Occitana d’Estiu de Villeneuve-sur-Lot. Eric Chaplain, éditeur et libraire spécialisé, mène depuis des années un travail d’édition et de traduction au service des langues gasconne et occitane.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 4
EAN13 9782824054490
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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Exrait

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QUE PARLI GASCON Liberòt d’iniciacion



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Du même auteur :
Dictionnaire gascon(-béarnais)-francais, 25.000 mots.
Visitons Ouessant, Enez Eusa.
Visitons Pau (en collaboration avec M. Fabre)
Visitons l’île de Groix.
Visitons Belle-Île-en-Mer.
Visitons l’île de Noirmoutier.


Tous droits de traduction de reproduction
et d’adaptation réservés pour tous les pays.
Conception, mise en page et maquette : © Eric Chaplain
Pour la présente édition :
© edr/ EDITION S des régionalismes ™ — 2001/2010/2014
EDR sarl : 48B, rue de Gâte-Grenier — 17160 cressé
ISBN 978.2.8240.0367.2
Malgré le soin apporté à la correction de nos ouvrages, il peut arriver que nous laissions passer coquilles ou fautes — l’informatique, outil merveilleux, a parfois des ruses diaboliques... N’hésitez pas à nous en faire part : cela nous permettra d’améliorer les textes publiés lors de prochaines rééditions.




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QUE PARLI GASCON Liberòt d’iniciacion


Joan Rigosta adaptacion entau gascon d’ Eric Chaplain





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Pour les textes français, cet ouvrage applique les sim- plifications orthographiques adoptées par l’Académie française en 1990 ; essentiellement, suppression des accents circonflexes des i et u (connaitre, maitre, aout, gouter…), sauf lorsqu’ils ont une valeur diacritique (il fit, qu’il fît ; sur la table, c’est sûr…).


Mercejadas de las bèras entau Jann Lafitte pramor deus sons avís, deus sons conselhs, de la rigor de las soas informacions e deus sons estudis sus la nòste lenga gascona.




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Avant-Propos
P ourquoi ce nouveau Liberòt d’iniciacion au gascon ? Les spécialistes connaissent bien en effet les trois ouvrages modernes d’enseignement de notre langue : l’Initiation au gascon de Robert Darrigrand (1971), Lo gascon lèu e plan de Michel Grosclaude (1977) et Passapòrt tà l’occitan de Jan Bonnemason (1995) qui, malgré son nom ne vise en fait que le gascon.
Cependant, le premier et le troisième sont en réalité des recueils de textes d’auteurs, commentés en vue de l’enseignement.
Seul le second est une méthode d’initiation à la langue, dont les cassettes d’accompagnement font un outil tout à fait pratique pour qui veut apprendre loin des écoles. Malheureusement, il est devenu introuvable et, comme diffuseur de livres d’oc et libraire, nous sommes sans cesse obligé de décevoir les clients en quête d’une méthode pour débutants (1) .
Et puis, avouons-le, comme enseignant bénévole de notre langue, nous n’avons jamais été pleinement satisfait de cet ouvrage pour la raison bien simple que c’est avant tout un outil d’apprentissage du béarnais. Or le gascon est une langue aux multiples dialectes, et les non-béarnais qui souhaitent parler comme leurs pères ne retrouvent pas toujours les formes que l’on entend encore chez les locuteurs naturels de l’endroit.
Au demeurant, la loi Deixonne de 1951 jusqu’à l’an dernier, le Code de l’éducation depuis, visent l’enseignement des lan- gues et cultures régionales ; or le mot « régional » signifie ici « local », puisque l’une des raisons de cet enseignement est de faciliter celui du français à partir de l’expérience que les élèves peuvent avoir d’une langue supposée connue avant lui.
À cet égard, les textes ministériels sont formels : « Chaque fois qu’une langue est pratiquée sous forme de dialectes différenciés, c’est le dialecte correspondant au lieu où l’en- seignement est dispensé et la graphie la plus appropriée à ce dialecte qui seront utilisés ». (Circulaire “René Haby” du 29 mars 1976) ; l’enseignement dans les lycées « visera, au premier chef, à une compréhension et une pratique correctes de la langue vivante sous sa forme usuelle locale ». (Arrêté ministériel du 15 avril 1988) ; ou encore dans les collèges, l’en- seignement doit « mettre les élèves à même de comprendre,


(1) L’ouvrage Passapòrt tà l’occitan est également épuisé.



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parler, lire et écrire à un niveau simple la langue au-thentique de la communauté qui la pratique » (Circulaire “Darcos”du 12 avril 1995, le Béarnais et béarnophone F. Bayrou étant ministre de l’éducation nationale).
C’est bien conscient de ces objectifs de bon sens que nous avons envisagé d’adapter au gascon le Que parli occitan rédi-gé dans le cadre de l’Escòla occitana d’estiu par M. Jean Ri-gouste, professeur d’occitan : le succès de ce petit ouvrage est pour nous un gage de réussite dans notre entreprise, si nous savons bien faire cette adaptation. Très aimablement, M. Rigouste nous y a autorisé, et nous ne saurions trop l’en remercier.
Dans un premier temps, nous avons plutôt orienté ce liberòt sur un gascon un peu plus “maritime” et plus “chalossais” que le béarnais classique de Lo gascon lèu e plan ; mais bien entendu, nous avons mentionné les principales variantes en usage dans les autres régions gasconnes. Nous pensons ainsi répondre à une demande réelle de Gascons attachés a la len-ga de casa. Mais nous désirons également leur faire découvrir la variété des différents dialectes au travers des textes de lec- ture qui ponctue chaque fin de leçon, et en fin d’ouvrage, un voyage dans la Gascogne littéraire du Médoc au Couserans, et de Bayonne à la vallée de la Garonne.
Mais nous sommes cependant conscients que certains Gascons, dont la lenga de casa est plus éloignée de ce “centre de classicisme“ qu’est l’aire béarno-chalossaise (pour parler schématiquement), pourront ne pas se reconnaître complè- tement dans cet ouvrage. Nous comptons donc, dans un se- cond temps, nous entourer des compétences nécessaires pour réaliser d’autres adaptations visant certaines aires dia-lectales très typées de notre langue.
Enfin, nous serons reconnaissants à tous les utilisateurs de cet ouvrage de nous faire part tout simplement de leurs criti- ques, suggestions ou simples réflexions.
Pr’avança, mercí hòrt.
E. CHAPLAIN






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Occitanie, Gascogne, Catalogne Çò qu’es acò ?
P eut-être par gout pour un certain exotisme intérieur, les médias ont, depuis plusieurs années, rendu familier le mot Occitanie pour désigner, en gros, le « Midi de la France ». Sous sa forme latine Occitania, le mot lui-même fut créé au XlV e siècle par l’administration royale en opposition à l’Aquita-nia, à l’époque fleuron des possessions des Ducs d’Aquitaine et Rois d’Angleterre ; équivalent du français Langue d’oc, il désignait les terres du Comté de Toulouse directement rat-tachées à la Couronne après la sanglante croisade contre les Cathares.
Cette dénomination, longtemps oubliée, fut reprise au XlX e siècle par divers linguistes pour désigner l’ensemble des parlers de la langue d’oc : parlers occitaniens, langue occitane.
Mais cet ensemble s’était aussi appelé “provençal”, et le lustre donné au dialecte de Provence, dans la deuxième moitié du XlX e siècle, par le génie littéraire du poète Frédéric Mistral contribua à maintenir ce mot de “provençal” en concurrence avec celui d’occitan, notamment chez les linguistes étrangers.
Après 1945, le terme occitan va être de plus en plus usité pour désigner les parlers d’oc, et celui d’Occitanie, le territoire sur lequel ils sont employés : 29 départements du sud de la France, et les hautes vallées du Pô en Italie. Mais historique- ment, l’Occitanie n’a jamais été un état, et c’est aux Rois et à leurs successeurs que l’on doit d’en avoir réuni les terres sous une même autorité.
Linguistiquement du moins, de Toulouse à Nice, de Clermont- Ferrand à Carcassonne, I’Occitanie représente la plus importante minorité linguistique de l’Europe de l’Ouest : lors de sondages réalisés à grande échelle en Languedoc-Roussillon, un tiers voire plus, de la population “avoue” comprendre ou pouvoir s’exprimer sans grosse difficulté dans cette langue.
A u début du XlIl e siècle, la Catalogne était partie intégrante — et prépondérante — d’un ensemble occitano-catalan, tout en relevant juridiquement du royaume d’Aragon. Ce royaume, le comté de Toulouse et les terres de leurs vassaux directs s’éten- daient de Barcelone à la Provence, en passant par Toulouse,



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Béziers et Carcassonne. L’espoir d’en faire état transpyrénéen s’évanouira à la bataille de Muret, en 1213, avec la mort du roi Pierre d’Aragon, lors de la croisade contre les Cathares.
Langue sœur de l’occitan au Moyen-Âge, le catalan s’en éloignera peu à peu, surtout parce qu’il aura désormais une histoire autonome, essentiellement tournée vers la Péninsule Ibérique.
A vec l’occitan et le catalan, le gascon est la troisième langue de l’ensemble linguistique dit occitano-roman ; son ter-ritoire, ou Gascogne linguistique, occupe grosso modo un triangle allant de Bordeaux à Toulouse, en suivant irrégulièrement la Garonne, et dont la base serait les Pyrénées.
Politiquement, l’autonomie de la Gascogne fut de courte durée. Elle se trouva rattachée dès le Moyen-Age à de plus grands ensembles tels que le duché d’Aquitaine. Elle connut alors, durant plus de quatre siècles, une indépendance de fait entre France et Angleterre.
Elle fut ensuite partagée entre royaume de France et royaume de Béarn-Navarre jusqu’à l’union des deux couronnes que réalisa Henri IV.
Une partie de la Gascogne linguistique est pourtant restée dans la mouvance “espagnole” : le Val d’Aran. Ce petit pays possède aujourd’hui une certaine autonomie au sein de la Généralité de Catalogne, et son parler gascon, l’aranais, y est co-officiel à côté de l’espagnol (castillan) et du catalan.






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L’ensemble occitano-catalan



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Occitan, Catalan, Gascon, Çò qu’es acò ?
L es trois langues : occitan, catalan et gascon, sont issues du latin au même titre que les autres langues romanes (français, castillan, italien, portugais, roumain).
On les classe généralement ensemble car les traits communs qui les caractérisent les rendent très proches et facilitent une assez bonne intercompréhension entre elles.
Le catalan, langue d’état jusqu’au XVIII e siècle, a retrouvé dès le XIX e et (sauf la parenthèse du Franquisme) tous les at- tributs d’une grande langue de communication, du moins dans la Généralité de Catalogne.
L ’occitan, n’ayant jamais fait l’objet d’une « normalisation » à l’instar du français, est divisé en plusieurs dialectes for-tement enracinés (languedocien, provençal, limousin, auvergnat, alpin). Il existe cependant une forme d’occitan standardisé (languedo- cien central) qui sert à l’enseignement de la langue à l’étranger et que certains utopistes n’hésiteraient pas à vouloir imposer à une “mythique” et “grande” Occitanie...
L e gascon se singularise entre tous du fait de ses racines pré- basques qui ont fortement influencé son vocabulaire ; de même sa syntaxe et ses conjugaisons sont également très typées. Si intercompréhension il y a, elle va plus facilement du gascon vers l’occitan et le catalan que le contraire.
S ouvent appelés « patois » par les locuteurs naturels (sans que cela soit obligatoirement un terme péjoratif), gascon et occitan sont, avant tout, la langue que l’on parle en famille ou avec ses amis.
Cela est dû, en grande partie, au fait que le français était depuis longtemps considéré comme la langue du progrès et des élites. Son enseignement généralisé par l’école publique s’accompagna de l’interdiction des langues régionales dans les écoles, grosso-modo, entre 1880 et 1945, et cette interdiction contribua à leur dépréciation dans l’esprit même de ceux qui les parlaient naturellement.
Au demeurant, la place laissée aux langues de France autres que le français reste du domaine privé car depuis le XVl e siècle



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— et avec une belle constance — la loi ne reconnait d’autre langue publique que celle des élites de la Cour, puis de la Ré- publique.
Cependant, depuis quelques dizaines d’années, nombreux sont ceux qui souhaitent ne pas laisser perdre ces langues et ces cultures : on peut ainsi, si on le désire, apprendre l’occitan et le gascon dans certaines écoles bilingues et dans les “ca- landretas”, écoles où la langue d’enseignement est l’occitan ou le gascon.






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Écrire le gascon
E crire, c’est représenter la parole par des signes. Depuis longtemps, ces signes sont des lettres dans la plupart des langues, lettres qui représentent plus ou moins bien les sons de la parole.
Cet exercice suppose une convention entre ceux qui écrivent et ceux qui lisent, convention qu’on appelle le code orthographi- que. Pour la plupart des langues, ce code est né de la pratique tout au long des siècles.
Il en fut ainsi de la langue gasconne pendant toute la période où elle s’écrivit normalement pour les besoins de la vie, du XI e au XVI e siècle. Mais lorsque le français occupa de plus en plus le terrain de l’écrit, on n’écrivit plus le gascon que rarement, son code propre d’écriture fut oublié, et on en vint à utiliser tant bien que mal le code du français.
Lorsqu’au XIX e siècle on voulut remettre en honneur la « lan- gue d’oc » et donc passer d’un usage quasi exclusivement oral à un usage écrit et « littéraire », il fallut donc établir un code orthographique approprié. Mais lequel ? Celui des manuscrits anciens, qui correspondait d’ailleurs à une forme ancienne de la langue, ou un code moderne qui reflèterait au plus près l’état actuel de la langue ? et cela, en utilisant autant que possible le code bien connu du français ?
Pour le gascon, la question ne fut guère étudiée que pour son dialecte béarnais par Vastin Lespy, professeur au Lycée de Pau et auteur de la première Grammaire (1858) et du pre- mier Dictionnaire (1887) de notre langue : sauf sur un ou deux points, il choisit l’orthographe des anciens manuscrits qui lui paraissait tout à fait apte à écrire et lire la langue moderne sans difficultés majeures.
Cependant, quand se fut créée en 1894 l’Escole Gastou Fébus, avec pour but la remise en honneur de la langue an- cestrale dans le Sud-Ouest gascon, il y eut sans doute une majorité de membres qui trouvèrent le code ancien un peu trop difficile pour les gens ordinaires. L’éminent professeur de langues romanes de la Faculté de Bordeaux Édouard Bourciez fut donc consulté, et les normes orthographiques de l’Escole Gastou Fébus purent être promulguées dès 1905. Appliquées avec plus ou moins de rigueur par tous ceux qui publièrent en gascon jusque vers 1960 et spécialement par Simin Palay dans les deux éditions de son monumental Dictionnaire du béarnais



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et du Gascon modernes (1932-34 et 1961), ces règles sont de loin les mieux représentées en gascon moderne.
Cependant les conventions orthographiques de l’ancienne langue avaient toujours leurs partisans, surtout dans la ré- gion du Languedoc ; elles furent consacrées par la Gramatica occitana publiée en 1935 par le pharmacien audois Louis Ali- bert, adoptées et propagées par l’Institut d’études occitanes (I.E.O.) créé à Toulouse en 1945. Ce même auteur, qui avait établi les règles orthographiques pour son propre dialecte, le languedocien, les adapta au gascon en huit pages de petit format publiées en 1952.
Dans les années 1960, ces règles furent adoptées comme allant de soi par les fondateurs de la section béarnaise de l’I.E.O. Le dynamisme de cette nouvelle école et l’essoufflement de l’Escole Gastou Fébus permirent l’expansion de ces nouvelles conventions sous les noms de graphie normalisée, classique ou occitane.
Mais Alibert connaissait fort mal le gascon qu’il ne pratiquait pas, et n’avait pu évidemment profiter des travaux magistraux sur notre langue qui viendraient plus tard : l’Atlas linguistique de la Gascogne de Jean Séguy (ALG), la 2 de édition de Le Gascon de l’allemand Gerhard Rohlfs, la thèse et autres ou- vrages de Pierre Bec, celle sur le parler d’Aran du catalan Jean Coromines…
Et tandis que la connaissance théorique du gascon faisait de grand progrès, sa pratique se réduisait comme peau de cha-grin ; ceux qui voulaient l’apprendre étaient donc privés de l’indis- pensable référence orale qui rend tolérables les imperfections d’un système orthographique et notamment les « exceptions à la règle ». Bien de ceux qui avaient à enseigner le gascon éprouvaient donc de plus en plus le besoin d’améliorer le nou- veau système orthographique, qui s’était imposé de fait dans l’enseignement.
Mis au pied du mur dans le cadre d’un projet de Dictionnaire du Gascon Moderne, DiGaM, un membre de la section pa-risienne de l’I.E.O. chargé du cours de gascon, Jean Lafitte, en vint alors à reprendre les études de ces questions, abandonnées en fait depuis 40 ans. Au fil des études publiées dans Ligam-DiGaM, cahiers de linguistique et lexicographie gasconnes, l’auteur a revu dans le sens de la rigueur et de la cohérence l’application des principes énoncés par Alibert à un gascon désormais beaucoup mieux connu ; il a ainsi rendu à notre langue une orthographe



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classique cohérente, dépourvue d’exceptions arbitraires, et donc bien plus facile à enseigner et à lire en tous les points du domaine gascon. Au demeurant, cette orthographe retrouve des solutions de l’ancienne langue déjà préconisées par Lespy ou l’Escole Gastou Fébus et que les règles d’Alibert avaient malencontreusement écartées, dans un système qui entendait pourtant rétablir les pratiques anciennes…
Il va sans dire que le souci pédagogique qui préside à la pu- blication de ce livre ne nous permettait pas d’être « en retard d’une guerre », comme on le reprocha parfois à l’armée fran- çaise : cette graphie classique gasconne est donc la nôtre. À l’occasion, cependant, nous offrirons à nos lecteurs la pos- sibilité de comparer les systèmes en leur présentant plusieurs textes dans la graphie de l’Escole Gastou Fébus (et dans celle d’Alibert non retouchée.
Voici cependant les principales retouches apportées aux règles d’Alibert :
Correction de quelques graphies “occitanes” mal adaptées au gascon
1 – Mauvais connaisseur du gascon, Alibert en avait exclu l’usage de x valant (ch) [ ‘ ] comme « spécifiquement catalan », et l’avait remplacé par sh, qui coupait le gascon de sa tradition la mieux attestée et des autres langues pyrénéenes où il a la même valeur (catalan, ancien occitan, portugais, basque). Sou- cieux d’authenticité et d’unité avec ces langues voisines, on est revenu à i(x) qui avait aussi la préférence de Lespy : peish > peix ; sharmatòri > xarmatòri.
2 – Dans un souci de simplification, qua étymologique ayant valeur de (ka) [ k7 ] (quadre, quaire…) est remplacé par ca (ca- dre, caire…) sauf s’il existe une variante en « qüa » prononcé (kwa) [ kw7 ] (quand/qüand).
Il en est de même de aquò > acò, le qu n’étant d’ailleurs pas justifié par une étymologie certaine.
3 – Enfin, pour éviter les ambigüités d’écriture et de lecture, certaines graphies d’Alibert ont été revues :
•  le groupe ue/uè, où u valait tantôt (w) [ w ], tantôt (u) [ y ], est remplacé dans le premier cas par le multiséculaire oe : nueit > noeit (nouéyt) [ nwejt ] ; mais sans changement : que s’abituè (ké sabituè) [ kes7Bi'tyE ].



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•  le groupe ua, qui valait (wa) [wa] après g et (ua) [ y7 ] ailleurs, est remplacé dans le premier cas par le multiséculaire (g)oa, tout comme en occitan : guardar > goardar (gwarda) [ gw7r·d7 ] ; mais tuar (tua/tuwa) [ ty'7/ty'w7 ].
• La lettre x des mots dits “savants”, toujours prononcée (s) [ s ] devant c (ou qu), p et t, est remplacée par s, comme dans les mots dits “populaires” : escusar, esperiéncia, esterior…
• le n muet noté au milieu ou à la fin de cetains mots pour des rai-sons purement étymologiques est supprimé quand aucune des rè- gles générales de lecture exposées plus loin ne permet de le rendre muet et qu’il s’agit d’exceptions à apprendre par cœur : tanben > tabé (taben en certains lieux) ; tanpauc/tanpòc > tapauc/tapòc ; non > no ; arren > arré ; benlèu > belèu ; tant(t) > ta(n).
• le -c muet de òc est supprimé, suivant la préférence d’Ali- bert lui-même : oui = ò.
Bien évidemment, les graphies écartées ici se trouvent dans la plupart des écrits publiés depuis 1960 par des “disciples” d’Alibert, tandis que les graphies adoptées sont déjà dans bien des écrits antérieurs : un peu de gymnastique dégourdit l’esprit…






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L’Accent tonic
Dans les mots de plus d’une syllabe, la voix se fait plus intense sur l’avant-dernière ou la dernière syllabe, dont on dit qu’elle porte l’accent d’intensité ou accent tonique.
L’accent tonique est normalement sur l’avant-dernière syllabe des mots terminés par une voyelle, même suivie d’un s : l’ a iga, c a nta, u tile, m a rro ; las a igas, c a ntas, b a iles.
S’il est sur la dernière, on note un accent graphique, aigu (á, é, í, ó, ú) ou grave (à, è, ò) : qu’aur à , tab é , que sab í , que dix ó , grand à s, exc è s, dac ò s.
N. B. : Rappelons que “á, è, ò” se prononcent (o, è, o) [ O , E , O ] tandis que le timbre de “í, ó, ú” est le même que celui de “i, o, u” (i, ou, u) [ i , u , y ].
L’accent tonique est normalement sur la dernière syllabe des mots terminés par une consonne (autre que “s” précédé d’une voyelle simple) ou par une diphtongue en -i ou -u (semi-con- sonnes), même suivie d’un “s” : que rec e b, col a c, que s’ass e d, mans e ng, lig a m, cant o n, eng a nn, horr u p, trepad e r, disc o rs, que s’esm a v, rep e ix, aud i tz ; arr a i, saun e i, ber ò i, cas a u, drap è u, linç ò u ; arr a is, saun e is etc.
S’il est sur l’avant-dernière, on note un accent graphique, comme indiqué plus haut : que c à ntann, Est è ven, l í ber, ent é ner etc.
Certains mots grammaticaux n’ont pas d’individualité pro- pre et font un tout avec le mot qui le suit (proclitiques) ou les précède (enclitiques) : les articles lo, la/le, eth, era…, les pré- positions en, per, enter, de, ta, enta, ende… sont proclitiques ; les pronoms joints aux verbes à l’impératif et à l’infinitif sont enclitiques. Ces mots n’ont pas d’accent tonique, seul le mot principal l’a : enta la mair (entalamay) [ ent7l7'm7j ].
Pour des raisons purement pédagogiques cependant, les ouvrages didactiques comme celui-ci notent des accents gra- phiques sur entà, autà…






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1- Las vocaus / Les voyelles
La prononciation est indiquée entre parenthèses suivant l’orthographe “française” (avec, en souligné, la voyelle por- tant l’accent tonique) et, entre crochets, suivant l’Alphabet Phonétique International (API).
— A —
a (a) [ 7 ] début ou milieu de mot : sarte (sarte) [ 's7rte ] ; acabar.
à (a) [ 7 ] accentué : harà (hara) [ h7'r7 ] ; gràcia (graci) [ 'gr7si ] ; pàrlann (parleunn/parlonn) [ 'p7rl{n / 'p7rlon ].
a (eu/o/a) [ { O 7 ] très ouvert (et atone), en fin de mot (même au pluriel). Les différentes pronociations recouvrent des zones bien spécifiques : [ { ] en Bordelais, Bazadais, Landes et ouest du Béarn, [ O ] en Armagnac, Lomagne, Couserans, Bigorre et est du Béarn, [ 7 ] dans certaines hautes vallées pyrénéennes, et même (ou) / [ u ] en Médoc.
á (o) [ O ] représente un “o” tonique en fin de mot. On le trouve essentiellement sur les marges de l’aire gasconne, vers l’est, au contact de l’occitan (languedocien).
— E —
e (é) [ e ] même devant N ou consonne double : venedor (béné- dou ) [ bene'du ].
(e) [ { ] en fin de mot ou dans la désinance verbale “´-er” : véner (b é ne) [ 'ben{ ], mèste (m è ste) [ 'mEst{ ] {ouest de la Gascogne linguistique}. C’est le “–e” final dit “muet”du français tel que le prononcent notamment l’ensemble des méridionaux.
(eu) [ . { ] en toute position dans la zone dite du « parler noir » (Grande-Lande, Marensin, Born, Bayonne) : lo peix (lou peuch) [ lu 'p.‘ ].
é (é) [ e ] tonique : espés (ésp é s) [ es'pes ].
Même règle que précédemment pour le “parler noir”.
è (è) [ E ] cantè (kant è ) [ k7n'tE ], après (après) [ 7'prEs ].


Lo Prononciar


(La prononciation)



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— I —
i (i) [ i ] : tiri (t i ri) [ 'tiri ].
N. B. : Il est parfois accentué pour marquer le déplacement de l’accent tonique : aquí (ak i ) [ 7'ki ].
— O —
o (ou) [ u ] Bordèu (Bourd è w) [ bur'dEw ], Tolosa (Toul ou ze) [ tu'luz{ ], hoec (houék) [ 'huek ].
ó (ou) [ u ] tonique : urós (ur ou ss) [ y'rus ].
ò (o) [ O ] acò (ak o ) [ 7'kO ], pòrti (p o rti) [ 'pOrti ].
— U —
u (u) [ y ] se prononce comme le “u” français et non comme le “u” castillan, catalan, italien ou allemand ! : lusir (lus i ) [ ly'zi ], un ( u nn ou un g ou û) [ y4 ou u : ].
N.B. : C’est le trait qui rapproche le plus entre elles les langues latines de France (français, gascon, occitan) et les opposent à l’italien, corse, catalan, castillan, etc.
ú (u) [ y ] accentué : dessús (déss u ss) [ de'sys ].
2 - Vocaus seguidas de “i” [j] e “u” [w]
Voyelles suivies de “i” [j] et “u” [w]
Dans ces groupes le “i” se prononce comme le “y” de l’anglais “boy” ([ j ]) et le “u” comme le “w” de l’anglais “cow” ([ w ])
-ai (aÿ)/[ 7j ] pair (p ay )/[ 'p7j ]
-ei (éy)/[ Ej ] saunei (sawnéÿ) [ s7w'nej ]
-oi (ouÿ)/[ uj ] qu’avoi (caw ouÿ )/[ k7'wuj ]
-òi (oÿ)/[ Oj ] beròi (ber oÿ )/[ be'rOj ]
-ui (uÿ)/[ yj ] que sui (késs uÿ )/[ ke'syj ]
-au, -eu, -èu, -iu, -òu, -uu : pau (paw) [ p7w ], piu-piu (piw piw ) [ piw'piw ], beu (béw) [ bew ], drapèu (drap è w) [ dr7'pEw ], pòur (pow) [ pOw ], puu (puw) [ pyw ].
N.B. : La voyelle portant un accent écrit est très généralement tonique.



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3. Las Consonantas / Les Consonnes
— B —
b (b) [ b ] : bèth (bèt) [ bEt ].
En fin de mot, « b » se prononce (p) [ p ] : òrb (orp) [ Orp ].
— C —
c suivi de « a ; o/ò ; u » : (k) [k] acò (ak o ) [ 7'kO ] ;
suivi de « e/é/è ; i » : (ss) [s] aceste (ass é ste) [ 7'sest{ ].
ç (ss) [s] : braç (brass) [ br7s ].
ch (tch, tÿ) [ t‘ , tj ] : chai (tchaÿ, tjaÿ) [ ¢7j , tj7j ].
N.B : Certains parlers (Béarn notamment) tendent à réduire ce “ch” à un simple (ch) [ ‘ ] à la prononciation.
— D —
d (d) [d] ou [ D ] en position intervocalique : dar (da) [ d7 ] ; den- tada (dént a de) [ den't7D{ ] ;
♦ en fin de mot dans le groupe -nd(s), le « d » est muet et sert uniquement à “sonoriser” le « n » qui le précède : ond (oun n ) ...

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