21 janvier
47 pages
Français

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Description

« C’est le jour de la mort de Louis xvi. Tous les ans, ma mère s’habille de noir, ce jour-là, pour marquer le coup. Elle vit encore sous l’ancien régime, ma mère ! Quand nous étions enfants, avec Marie-Thérèse, ça nous faisait rigoler. Soit dit en passant, le 21 janvier, c’est aussi le jour de la mort de Lénine ; mais ça, ma mère ne le sait pas.Ma mère doit donc être en noir, aujourd’hui. Mais je crois qu’elle aura bientôt une vraie raison pour ce deuil. Je sens que mes forces m’abandonnent. »Olivier de Nervo est avocat.Il est déjà l’auteur de L’or blanc des Flandres et Polonaise en sol mineur, parus chez Descartes & Cie.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 18 avril 2001
Nombre de lectures 1
EAN13 9791097455378
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0500€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Le Code de la propriété intellectuelle n'autorisant, aux termes de l'article L. 122–5, 2e et 3e alinéas, d'une part, que les « copies ou reproductions strictement réservées à l'usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective » et, d'autre part, que les analyses et courtes citations dans un but d'exemple et d'illustration, « toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite » (article L. 122–4).
Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L. 135–2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.

© Olivier de Nervo, 2018
pour Descartes & Cie et Cent Mille Milliards

Aux trois femmes de ma vie,
Marion, Inès et Laure.

Chapitre 1 Timbries, janvier 1971

Elle croit que je ne sais pas…
Et moi, je la laisse croire que je ne sais pas. C’est une sorte de comédie que nous jouons là, tous les deux. Mais je sais qu’elle y tient. Elle pense que c’est une preuve d’amour et elle a raison.
Mais il me suffit de voir la tête du bon docteur Mortier, avec sa belle moustache : lui, vraiment, comme médecin, il est bien meilleur que ne le pense Solange ; mais comme acteur, il ne vaut pas tripette.
Tous les jours, Solange m’explique que je vais mieux, que je progresse. Mais je vois bien que je vais de mal en pis. Et ils m’ont donné une pompe à morphine, pour calmer la douleur. Le docteur Mortier m’a dit de m’en servir à volonté. Est-ce qu’on dit ça à quelqu’un qui est censé s’en sortir ?
Solange et sa sœur ont fait venir un grand ponte de Paris. Le docteur Mortier ne l’a pas très bien pris : je dois dire que je me mets un peu à sa place. Il s’appelle Legrand et je sais que ce jeune type est un grand espoir… de la cancérologie. Fermez le ban !
J’ai mal. Le cancer (appelons les choses par leur nom), c’est une belle saloperie. Je le savais déjà, mais je confirme. Pour moi, ce n’est plus une question de dissertation théorique. C’est un truc qui vous ronge, jour et nuit. Et ça fait mal, Dieu que ça fait mal !
Je suis vraiment drogué. Je passe les journées dans une sorte d’hébétude. Le pire, en fait, ce sont les nuits. Là, Solange dort. Ou elle fait semblant de dormir. Et forcément, ça tourne dans la tête. La mienne et la sienne aussi, je suppose. Elle est fatiguée. Courageuse, mais fatiguée.
J’ai demandé qu’on me donne de quoi écrire. Je n’arrive plus à me concentrer sur une lecture. Un peu le journal, quand même. Et encore… Mais écrire, curieusement, je peux le faire. Et ça me prend la tête, ce qui est plutôt une bonne chose.
Mes pensées sont un peu désordonnées. Je revois ma vie de manière assez incohérente, j’en ai peur. Par flashs, en quelque sorte.

Chapitre 2 Sud marocain, été 1945

La première image que je revois, c’est Solange et moi dans le sud marocain. Plus précisément : dans la baignoire de notre chambre.
L’Armée de l’air renaissante, en cette année 1945, m’a envoyé là, au bout du monde, dans un ancien hôtel de luxe, complètement délabré, comme nos avions (des vieux coucous prêtés par les Américains, plus dangereux pour leurs propres pilotes que pour un hypothétique ennemi).
Heureusement, la baignoire était grande. On y tenait à deux sans peine. Ordre nous avait été donné de tout fermer, portes et fenêtres, et de tout calfeutrer. Car dehors, c’était la tempête de sable. Prévue pour une semaine entière. Une semaine à devenir fou.
Malgré tout ce qu’on a pu mettre pour tenter de fermer les ouvertures, le sable du désert entre dans la chambre. Quelle saleté, le sable ! Il s’infiltre partout, comme la flotte et il est bouillant. Dans la chambre, c’est intenable : c’est un four.
En revanche, la salle de bains est un peu préservée. Alors, tout le monde, du colonel au dernier des caporaux, passe la journée dans la baignoire, remplie d’eau tiédasse. Solange et moi, nous faisons comme tout le monde : nous sommes à poil, à barboter l’un en face de l’autre.
Solange est plus belle que jamais. Et là, j’ai vraiment le temps de l’admirer. Elle a à peine 22 ans (nous nous sommes mariés tôt : elle avait 20 ans !). Elle a quelque chose de scandinave, avec ses beaux cheveux blonds et ses yeux bleus : une sorte d’Ingrid Bergman, en plus mince.
Le pire, dans cette histoire, c’est quand il faut sortir de la baignoire. La nuit, par exemple, pour essayer de dormir. En fait, à intervalles réguliers, nous sortons de la chambre, l’un après l’autre, pour aller nous rafraîchir dans le bain. Et nous revenons tous ruisselants, pour garder un peu de fraîcheur.
Parfois, nous imaginons le colonel et sa femme, la terrible Nicole. Une emmerdeuse de première, celle-là. Et moche, avec ça ! Une grosse pintade, qui regarde Solange avec envie. Eux aussi, ils doivent être dans leur baignoire, toute la sainte journée : le petit colonel maigrichon et sa femme obèse. Quel spectacle !
Solange en rit bien volontiers. On s’amuse comme on peut… Les distractions sont rares, dans le Sud marocain. Et quand c’est la tempête, comme maintenant, je ne vous dis pas !
J’aime bien quand Solange rit. Je trouve que ça la rend encore plus belle.

⋆ ⋆
Solange et moi, nous n’avons pas la même vision de la vie de garnison.
Pour ce qui me concerne, après tout ce que j’ai connu pendant la guerre, c’est presque du luxe, la caserne. Au moins, j’ai un toit, un lit et (la plupart du temps) l’eau courante.
Pour Solange, en revanche, c’est une toute autre histoire. Jusqu’à son mariage, elle n’a connu que le confort de la vie bourgeoise. Je l’ai vue, leur maison de Timbries, là-haut dans le Nord. Les gens du cru disent que c’est un « château » ; il y a même des cartes postales qui utilisent le mot (le « Château Meslin »). Franchement, ils exagèrent : ce n’est qu’une grande bâtisse, un peu dans le style cottage. Mais question confort, il n’y a rien à redire. La salle de bains des parents Meslin, par exemple, c’est vraiment Hollywood, avec ces marches de marbre de Carrare qui conduisent à la vasque-baignoire !
Alors, évidemment, quand Solange m’a rejoint, d’abord à Salon de Provence, elle a déchanté. Notre chambre était vraiment humide et on y chassait les cafards. En plus, il n’y avait pas de chauffage… On pense qu’il fait toujours chaud, en Provence. Tu parles ! Quand on est en plein hiver et que le Mistral souffle pendant une semaine entière, je vous garantis qu’on se les gèle.
Maintenant, au Maroc, c’est l’extrême opposé. Solange dit que nous avons eu droit à notre campagne de Russie et que, maintenant, elle attend l’Afrika Korps !
Je crois qu’elle m’en veut un peu. Un peu-beaucoup, même.
Il faut dire que la vie n’est pas très passionnante, ici. Sincèrement, je pensais qu’on allait m’envoyer au front. Que j’allais me battre en uniforme, après le maquis. Mais non. L’armée de l’air n’avait plus d’avion mais elle voulait des aviateurs. Et nous avons fini par atterrir dans ce bled, où nous attendons que le temps passe.
De temps à autre, nous avons la possibilité de voler, sur les avions des Américains. Solange a peur et je ne peux pas lui donner entièrement tort : il y a déjà un type qui s’est tué, parce que son engin était complètement déglingué.
Quant à moi, un beau jour, j’ai perdu une roue du train d’atterrissage. Je m’en suis tiré, d’accord, mais Solange a peu apprécié mes exploits de cascadeur. J’ai beau lui dire qu’à la guerre, j’aurais encore plus sûrement risqué ma peau, le discours ne passe pas : elle ne comprend pas pourquoi on nous fait voler sur ces cercueils volants.
Mais le pire, c’est quand on ne vole pas. C’est-à-dire la plupart du temps. On se lève à 6 heures (à l’armée, dit Solange, on ne fait rien, mais on le fait tôt !). Et puis, je passe la journée au mess, à jouer au bridge. D’ailleurs, ça tombe bien : ma mère est une vraie championne de bridge et bon sang ne saurait mentir ; même si on joue des picaillons, j’arrive à ratisser les copains. C’est déjà ça.
Solange, elle, doit frayer avec la gent féminine et surtout avec l’insupportable et massive Nicole, la femme du Colonel, qui prétend tout régenter. Ces dames se

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