À la croisée des destins
470 pages
Français

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À la croisée des destins , livre ebook

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Description

La souffrance des uns ne peut exister en dehors du regard des autres.


Des portes closes, des greniers cadenassés, des coups que l’on étouffe, des cris que l’on muselle, des existences que l’on nie. C’est le destin de ces milliers d’êtres qui souffrent de la violence des hommes sans que personne ne leur tende la main. Parce que les autres ne savent pas, ne voient pas. Ou ne veulent ni voir ni savoir.


Ce destin, c’est celui de Raiden – Rage – qui tente de noyer sa souffrance dans celle des combats clandestins. Pour oublier la violence d’un père, la lâcheté d’une mère et les yeux d’un petit frère.


C’est aussi celui de Kian, l’enfant du grenier. Kian qui n’a ni âge, ni nom, ni passé. Il n’est personne. Il n’est rien, si ce n’est trente années d’horreurs à jamais gravées dans sa chair.


Mais il arrive que les destins se croisent et que, de l’avanie humaine, surgisse la plus pure des amitiés. Quand deux âmes perdues se rencontrent derrière les portes d’un hôpital psychiatrique et tentent, avec cette rage de vivre qui est tout ce qu’il leur reste, de se reconstruire. Ou peut-être seulement de se construire autrement...

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 0
EAN13 9782375211083
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0052€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

À la croisée des destins



Barjy L.

À la croisée des destins

Mix Éditions


N° ISBN : 978-2-37521-107-6
Disponible en numérique N°ISBN : 978-2-37521-108-3
© Mix Editions 2019, tous droits réservés.
© Images : Adobe Stock.
Dépôt légal : Décembre 2019
Mix Editions :
200 Route de Bordeaux 40190 Villeneuve de Marsan
Site Internet : www.mix-editions.fr


Pour Patrick




La Cage
Ce fut la douleur qui le réveilla, lancinante. Il se redressa en grimaçant et s’assit en retenant son souffle tout en se tenant les côtes. Il fixa ses mains encore bandées et ensanglantées. Ses mains, sa rage, sa colère.
Une énième descente de flics dans La Cage et voilà qu’il était à nouveau enfermé dans une cellule. Il avait eu, cette fois-ci, la chance de ne pas devoir la partager. Il avait ainsi pu dormir quelques heures. Dormir, c’était un euphémisme. Il ne dormait plus depuis des années, il somnolait. Ses nuits n’étaient que cauchemars, relents du passé. Des visages sur lesquels, plusieurs fois par mois, il frappait à perdre haleine.
À presque trente ans, Raiden n’avait plus d’espoir en l’avenir parce qu’il ne s’en était jamais vu aucun. Cette vie, sa vie, n’était que survie. S’il était toujours là, c’était juste parce qu’il lui en avait fait la promesse.
Maudite promesse. Jolie prison que ces mots glissés à l’oreille d’un frère mort.
Si tu savais, Noah… Mes souffrances, cette mort qui me ronge de l’intérieur, tu n’ aurais jamais exigé de moi un tel sacrifice. Vivre, vivre pourquoi ? Tu n’es plus là… Je suis seul et je n’ai qu’une envie, c’est de mourir et tu me l’as interdit.
Il n’y avait pas si longtemps, il subsistait de petits boulots, juste assez pour pouvoir se payer une chambre meublée paumée. Vide, comme lui l’était. Sombre comme son âme torturée. Et puis un jour, dans une ruelle, une nouvelle bagarre, un nouvel éclat de rage aveugle et un témoin… T.J.
Il le prit sous son aile et lui parla de La Cage. Raiden n’avait plus rien à perdre, mais tellement de colère en lui à faire exploser. Il accepta.
Les combats clandestins dans des caves abandonnées, des boîtes de nuit, des hangars, des maisons vétustes. Aucune règle, si ce n’était de ne jamais frapper à hauteur d’entrejambe. Comme unique rempart, les mains bandées pour éviter les fractures et une protection faciale de boxe. Le cache-dents était en option. Pour le reste, tout était permis.
Enfermés dans une cage de quatre mètres sur quatre, haute de deux mètres cinquante, on lâchait les fauves devant un public excité par la simple vue du sang et qui haranguait les combattants, dressant des billets verts face au ciel. Payant Dieu pour ce massacre toléré.
Raiden était souvent tombé, mais il avait tout aussi souvent vaincu.
« Rage », son surnom, lui collait à la peau comme une seconde nature.
Sur chaque adversaire, il posait ce visage qu’il maudissait parmi tous. Ce visage qui le poursuivait jusque dans ses nuits. Là, dans cette Cage, il lui était permis de le frapper, de le maudire… de le tuer. Il se retrouvait souvent à califourchon sur son adversaire à rouer son visage de coups en hurlant sa haine. Il fallait plus d’un homme pour le détacher de sa proie. Parfois sa rage était telle que, dans son regard de folie, se mêlaient des larmes. La colère et la douleur sous un même masque.
Rage fascinait, mais T.J n’était pas dupe. Il savait que Raiden n’espérait qu’une seule chose en rentrant dans cette Cage : tomber sur un combattant qui mettrait fin à cette douleur qui lui rongeait les tripes. Raiden se détestait.
« Killingan… Debout… Le procureur veut te voir », ordonna une voix masculine.
Il leva les yeux au ciel.
Franck Milegraw. Raiden avait croisé sa route lors de sa première arrestation, suite à son quatrième combat. Depuis lors, ils se revoyaient trop couramment, ce qui débouchait sur des mises en garde, voire quelques jours de prison où Raiden déclenchait bagarre sur bagarre.
***
Franck se leva, raccrocha sa veste au portemanteau et retourna s’asseoir en expirant bruyamment. Sur son bureau, le dossier de Raiden Killingan. Il l’ouvrit du bout de l’index en s’enfonçant dans son fauteuil de simili cuir qui grinça. Il ne pouvait s’empêcher de vouloir le sauver. Il sentait la détresse dans sa désinvolture affichée. Il connaissait son passé. Cette enfance ruinée, cet enfer dans lequel il avait grandi. Il voulait lui donner une autre image de la vie, autre que celle qu’il s’était construite. Mais pour être sauvé, encore fallait-il encore qu’il le veuille, et Raiden ne rêvait que de mort. Au fond, il l’était déjà depuis si longtemps.
Franck jeta un coup d’œil à un autre dossier. La misère avait frappé à d’autres portes. Il se dit que peut-être les faire se rencontrer pourrait changer la donne.
Une dernière chance. Après, Raiden n’en aurait plus. Franck arrivait en fin de carrière. Il connaissait son remplaçant ; il n’aurait aucune pitié pour son protégé. Le procureur voulait partir à la retraite avec cette victoire sur le destin.
Ces destins brisés.
On frappa à la porte. Le greffier ouvrit et s’écarta pour laisser entrer un policier en uniforme suivi d’un jeune homme au T-shirt tâché de sang, au jean déchiré et aux baskets usées.
« Merci, Sergent. Vous pouvez disposer », marmonna Milegraw.
« Vous êtes sûr ? », s’inquiéta le policier.
« Enlevez-lui ses menottes et attendez dehors, s’il vous plaît. »
Le policier se renfrogna tout en jetant un œil suspicieux à Raiden qui dévisageait le procureur, impassible. Il lui ôta ses bracelets à contrecœur puis sortit.
« Assieds-toi, Raiden. »
Ce dernier obtempéra, non pas parce que le procureur le lui demandait, mais parce qu’il était épuisé et que ses blessures le faisaient souffrir. Franck en vit les marques sur ses traits. L’arcade ouverte, encore et toujours. La lèvre inférieure fendue. Il fixa ses mains bandées.
« Ils n’ont pas appelé l’infirmier de garde ? »
« Pas nécessaire. »
Sa voix était rauque, lointaine. Indifférente.
« Pourquoi, Raiden ? »
Il s’enfonça dans son siège.
« Je t’avais pourtant trouvé un chouette boulot. Lee était content de toi… Cela avait l’air de te plaire. »
« Équarrisseur… C’est juste pas mon truc. »
« Tu préfères te retrouver enfermé dans cette fichue cage ? », s’énerva Milegraw.
« Je fais ce que je veux… C’est ma vie », gronda Raiden.
« Tu appelles ça une vie ? Il y a d’autres moyens de laisser éclater ta rage que de frapper sur des êtres humains. »
« Ils n’ont rien d’humain », laissa-t-il tomber en baissant la tête. « Cette cage, c’est ma liberté. »
« Raiden… », se désola Franck.
« N’essayez pas de sauver ce qui ne peut plus l’être, proc… Occupez-vous plutôt de faire en sorte qu’il n’y en ait plus d’autres. »
« Je n’ai jamais cessé d’essayer, Raiden… Et je ne t’ai pas attendu pour ça. »
« Faut croire que vous n’avez pas été très efficace… Procureur », railla-t-il.
Raiden frotta sa lèvre qui le tiraillait. Franck souffla en se levant avant de se diriger vers la porte qu’il entrouvrit.
« Allez me chercher une trousse de secours et des anti-douleurs. »
Le policier hésita.
« Tout de suite ! », tonna Milegraw.
« Bien », lança l’homme en jetant un regard à l’intérieur du bureau sur Raiden qui fixait ses mains, toujours.
Franck referma la porte, restant dos au jeune homme.
« Tu ne peux pas continuer comme ça… Tu vas droit dans le mur. »
« Qu’est-ce que ça peut bien vous foutre ? », murmura Raiden.
« Il y a des gens qui s’inquiètent pour toi, tu sais… Et j’en fais partie, que tu le veuilles ou non. »
Il se retourna.
« Je ne te laisserai pas tomber, tu m’entends ? Jamais… Je ne vais pas laisser ce passé te voler toute ta vie. Tu es jeune, Raiden. Tu as encore un avenir. »
« Quelle vie ? Quel avenir ? », répliqua-t-il en haussant le ton. « Laissez-moi tranquille. Je n’en ai rien à foutre de votre pitié de merde… Foutez-moi la paix. »
Franck s’avança.
« Qui te parle de pitié ? Tu crois que tu es le seul à avoir souffert, Raiden ? Le seul à avoir perdu un être cher ? Tu veux que je te sorte certains de mes dossiers ? Tu veux que je te montre la misère humaine ? Tu veux que je te prouve qu’en se battant, on peut s’en sortir ? »
« Je m’en fous des autres, vous m’entendez ? Je m’en fous », hurla-t-il en se relevant. « C’est mon enfer ! C’était mon frère ! Ils peuvent tous crever… Je ne veux pas m’en sortir ! Vous n’avez pas encore compris ça ? »
Enfin, il l’avait dit, crié même. Franck croisa son regard. Raiden était au bord des larmes, mais il se retint, trop fier. Il se laissa tomber en grimaçant sur le fauteuil. On frappa à la porte et, sans attendre de réponse, le policier entra, arme au poing.
« Rangez-moi ça, imbécile. Vous vous croyez où ? À Fort Alamo ? », vociféra Franck.
« J’ai entendu des cris, j’ai cru que… », s’excusa le policier en rangeant son arme.
« Où est la trousse de secours ? »
L’homme alla chercher une valisette blanche qu’il tendit au procureur.
« C’est bon... Sortez maintenant » , ordonna Franck.
Il s’approcha de Raiden qui se mura dans le silence. Quand Franck lui prit les mains, il le vit se crisper.
« Calme… Je vais juste enlever tes bandages et te soigner… Rien d’autre. »
Pendant que Franck défaisait le bandage de sa main droite, Raiden s’appuya sur son coude et posa son visage sur la gauche. Il avait les doigts tordus, abîmés. Séquelles de nombreuses fractures pour la plupart mal soignées… Ou pas soignées du tout.
Franck en nettoya les écorchures avec du désinfectant. Raiden ne broncha pas.
« Pourquoi vous faites ça pour moi ? », murmura-t-il.
« Je ne fais pas cela que pour toi, tu sais ! »
Leurs regards se croisèrent. Raiden lui sourit, las.
« Vous savez pourtant que je suis une cause perdue. »
« Ça n’e

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