Peu après nos fiançailles, des murmures commencèrent à circuler. On disait que Rose était déjà engagée auprès d’un autre homme. Je repoussai ces propos d’un revers de pensée, des rumeurs, voilà tout. J'avais foi en Rose. Un jour, j’eus l’idée de lui faire une surprise en lui rendant visite. Je revenais tout juste de chez Hubert. En arrivant chez elle, j’appris que ses parents étaient absents ; seule la femme de ménage était présente. — Bonjour madame. Rose est-elle là ? — Oui, dans sa chambre, monsieur. Je vais la prévenir. — Ce ne sera pas nécessaire. Je connais le chemin. Je montai à l’étage et m’engageai dans le couloir. Des gémissements parvinrent à mes oreilles. Intrigué, inquiet, je m’avançai lentement. Les sons provenaient de la chambre de Rose. Je collai discrètement mon œil à la fente de la porte entrouverte… et ce que je vis me lacéra le cœur. Ma Rose, celle que j’imaginais chaste et dévouée, s’abandonnait sans retenue à un homme, ce fameux copain dont mes amis m’avaient parlé. Je la vis, nue, offerte, gémissant sous les assauts d’un autre. Un frisson de douleur me parcourut. Mon sang se glaça. Chaque cri de plaisir qu’elle poussait, chaque mouvement de son corps résonnait en moi comme un coup de poignard. L’envie de faire irruption, de hurler ma peine, me traversa. Mais je n’en fis rien. Je fis demi-tour, dignement, le cœur broyé.