Agnès Sorel assassinée
144 pages
Français

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Agnès Sorel assassinée

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144 pages
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Description

Goûtez-vous le roman policier ? Préférez-vous les histoires d'amour ? Dans les deux cas, Agnès Sorel vous comblera. Figure de la Cour au XVème siècle, surnommée la Dame de Beauté, cette femme fut la Favorite du roi Charles VII. Outre le monarque, elle envoûta aussi Jacques Coeur, personnage fantastique, homme d'affaires fondateur des "premières multinationales". Nous savons aujourd'hui qu'Agnès Sorel fut empoisonnée. Par qui ? Pourquoi ? Comment ? C'est ce que dévoile l'auteur de ce livre en explorant un univers médiéval étrange, fastueux et coloré.

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Informations

Publié par
Date de parution 02 juin 2007
Nombre de lectures 243
EAN13 9782336270463
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Agnès Sorel assassinée

René Maury
© L’Harmattan, 2007
5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
9782296035317
EAN : 9782296035317
Sommaire
Page de titre Page de Copyright Dedicace AVANT-PROPOS AVERTISSEMENT 1 ère PARTIE - LA NÉVROSE D’UN ROI TRÈS RUSÉ
CHAPITRE 1 - SON OBSESSION : EST-IL LE FILS DU ROI ? (1417 — 1428) CHAPITRE 2 - SON MÉPRIS POUR JEANNE LA PUCELLE (1429 — 1431) CHAPITRE 3 - LES ANNÉES MÉLANCOLIQUES (1432 — 1444)
2 ème PARTIE - AGNÈS OU LE DÉCHAÎNEMENT DES SENS
CHAPITRE 4 - LE COUP DE FOUDRE POUR AGNÈS (Février 1444) CHAPITRE 5 - LA HAINE DU DAUPHIN LOUIS
3 ème PARTIE - DE TRAHISON EN TRAHISON JUSQU’AU CRIME
CHAPITRE 6 - JACQUES CŒUR, GRAND ARGENTIER DU ROI CHAPITRE 7 - POURQUOI CE VOYAGE PARADOXAL À JUMIÈGES ? (Février 1450) CHAPITRE 8 - L’ASSASSIN ET SON MOBILE
À MARIE-HÉLÈNE
AVANT-PROPOS
La Monarchie française aurait-elle pu survivre, se restaurer avec tant de force et de puissance sous le règne de Charles VII puis de Louis XI, sans la force de caractère, sans la grande intelligence et la bonté du Roi Charles VI, leur père et leur grand-père ?

En effet, Charles VI s’est efforcé de préserver avec constance et obstination la paix en FRANCE, dictant avec son vassal et cousin, le Roi Richard II d’ANGLETERRE, des trêves dont la dernière, en 1396, aurait dû durer vingt huit ans.

Mais le Roi Richard fut assassiné en prison et son trône usurpé. Tandis que Charles VI fut peu à peu empoisonné par les Va t’en guerre, Armagnacs ? Bourguignons ? Et jusqu’au sein de sa propre famille ! Il en mourut.

La médecine moderne a diagnostiqué les trois poisons qui ont fait passer Charles pour “fol”: l’arsenic, l’atropine et un alcaloïde extrait de l’ergot de seigle, l’ergotomine, sorte de L.S.D. avant l’heure. Les symptômes de la maladie du Roi sont alors aisément décriptables. Nonobstant sa “folie”, en dépit de la guerre civile et de l’invasion étrangère, la FRANCE livrée aux Anglais par son épouse Isabeau de Bavière au traité de TROYES, malgré les épidémies et la famine, Charles VI a commencé à moderniser l’État. Il institue l’élection démocratique du Parlement de Bris. Il réforme la fiscalité et la perception.

Il ouvre ainsi la voie à Charles VII son fils et au grand Argentier Jacques CŒUR leur permettant de faire évoluer la FRANCE d’un État féodal vers la Renaissance, cette étape-là sera finalisée par Louis XI.

Certes, comme le démontre le professeur René MAURY dans son excellent livre sur AGNÈS SOREL, les derniers sursauts de la féodalité, presque toute décimée par des luttes intestines, mais également par la vanité et la sottise à AZINCOURT, furent d’une grande brutalité parfois proche de la barbarie, celle-là même que nous retrouvons dans notre monde moderne.

Moderne, ce début du X V ème siècle le fut.

Les idées circulaient comme le savoir, dans cette EUROPE naissante, jusqu’au fin fond de notre Méditerranée. Les Universités prospéraient. La science tout comme les nouvelles industries étaient en pleine expansion.

Il y eut de grands lettrés comme l’Évêque de Cambrai, Monseigneur Pierre d’AILLY, ami du Roi Charles VI. Ce prélat avait des connaissances encyclopédiques. Son attrait pour la symbolique, qu’il partageait avec le Roi, montre qu’il ne pouvait ignorer certaines arcanes du savoir des métaux.

Or, curieusement nous retrouvons chez le grand Argentier Jacques CŒUR. les mêmes symboles qu’utilisait le Roi Charles VI, tels les cerfs-volants entourant l’eau fleurdelisée de FRANCE, de même que la devise de Charles VI : “A cœur vaillans rien impossible... ”.

Le génie de Jacques CŒUR, dépeint dans ce livre par le professeur René MA URY, fut de savoir se servir de la très belle Agnès SOREL, d’une manière moderne.

En effet, il ne suffisait pas d’encourager les artisans des filatures, des tissages, pour des vêtements de luxe, encore fallait-il trouver quelqu’un de parfait pour être “l’enseigne” du luxe français.

La belle Agnès jouera donc ce rôle et à un degré supérieur le rôle dévolu de nos jours aux grands mannequins.

Et le professeur MAURY nous démontre avec brio l’inventivité du grand Argentier de FRANCE qui devint le précurseur, l’inventeur des multinationales modernes, dans un pays ruiné et exsangue.

En peu d’années, les industries prospèrent, le commerce se développe pour devenir international. L’économie française se redresse et la FRANCE revit. Elle redevient le phare de l’EUROPE.

En politique, “la roche Tarpéienne est proche du Capitole” dit un dicton et la vie d’une reine de Beauté s’arrête souvent jeune. Mais je laisse au professeur MAURY son enquête historique que vous découvrirez avec passion.

HENRI,
Comte de PARIS
Duc de FRANCE 23.11.06.
AVERTISSEMENT
Le professeur Philippe CHARLIER vient de procéder, fin mars 2005, à l’exhumation des restes d’Agnès SOREL.

L’urne funéraire contenant les restes d’Agnès SOREL a été transportée au laboratoire et passée au scanner. Du mercure a été découvert dans les poils et les cheveux de la défunte à des taux extrêmement élevés.

“Sa mort est bien due à une intoxication aiguë au mercure, affirme le Docteur Philippe CHARLIER. Lui a-t’elle été donnée volontairement ou accidentellement ? Nous penchons, déclare-t’il, pour la thèse de l’assassinat car le traitement au mercure est connu et maîtrisé depuis l’Antiquité. Et le fait quelle ait dû prendre ce mercure autorise à penser que son assassin ait pu lui administrer une dose létale ”.

Les restes d’un foetus de 7 mois ont été aussi découverts, confirmant la chronique historique indiquant qu’Agnès SOREL était morte, enceinte de son quatrième enfant.

Ce qui suit est un roman historique, pour dénouer le mystère de cet assassinat. Le texte s’est pourtant efforcé de respecter l’exactitude des dates et des événements et la personnalité des personnages de ce drame.
1 ère PARTIE
LA NÉVROSE D’UN ROI TRÈS RUSÉ
CHAPITRE 1
SON OBSESSION : EST-IL LE FILS DU ROI ? (1417 — 1428)
Au cours de l’hiver 1414, le fil des événements va conduire inexorablement à la guerre entre l’ANGLETERRE et la FRANCE, plus exactement entre d’une part, les Anglais et le parti des Bourguignons et d’autre part, le roi Charles VI et le parti des Armagnacs.

Une alliance a été conclue entre Jean de BOURGOGNE et l’ANGLETERRE en 1411. Les Ducs de BERRY, d’ORLÉANS, les Comtes d’ALENÇON, d’ANGOULÊME et d’ARMAGNAC sollicitent l’appui du roi d’ANGLETERRE Henry IV moyennant une cession d’une partie considérable du territoire français. Peu à peu, c’est la GUYENNE et bientôt la NORMANDIE qui vont lui appartenir. Malgré l’interdiction qui lui a été faite d’approcher de PARIS, le duc de BOURGOGNE Jean SANS PEUR est déjà à SAINT-DENIS le 7 Février 1414.

En Août, le roi d’ANGLETERRE adresse une ambassade à Charles VI. Il exige qu’on lui restitue le royaume de FRANCE, en oubliant que la dynastie étant différente, la dévolution de la couronne n’était plus juridiquement fondée.

Charles VI adresse en ANGLETERRE une ambassade composée de six cents personnes avec à sa tête l’archevêque de BOURGES.

Ce dernier ayant déclaré au roi Henri :

- Vous êtes seulement roi d’ANGLETERRE, Sire.

Le monarque britannique qui attendait ce prétexte promet la guerre : il s’y préparait depuis plus de six mois.

Moins de soixante jours plus tard, dans la soirée du 13 Août 1415, la “Trinité” ayant quitté Portsmouth la veille, débarque avec quatre cents navires, plus de deux mille hommes et six mille archers à CHEF-DE-CAUX. Le siège d’HARFLEUR s’ensuit et Henri V se rend à CALAIS après avoir soumis tout le pays de CAUX.

L’armée anglaise franchit la SOMME et rencontre les cinquante mille hommes de l’armée française à AZ1NCOURT le 24 Octobre. L’un des plus jeunes fils du roi Charles VI, le futur roi Charles VII, se trouve à MANTES, où il suit attentivement cet épisode capital : il n’a que douze ans.

Les forces françaises sont plus de quatre fois supérieures à l’armée anglaise et du coup la victoire des Français paraît certaine. Mais, commandés par le duc de BERRY, le duc d’ORLÉANS, le duc de BOURBON et le connétable de CLISSON, sans aucune unité d’inspiration stratégique, les Français vont accumuler les maladresses.

D’abord, le plus gros de l’armée française est constitué par la cavalerie. Or il a plu toute la nuit et le sol est à ce point détrempé que “pages et valets en conduisant leurs chevaux avaient tout dérompu la place qui était molle”. Ensuite, les harnais des Français sont trop chargés et leur ôtent toute mobilité ; enfin, leurs cottes et leurs armes sont trop lourdes, si bien qu’ils ne peuvent même pas lever leurs lances. En face, les Anglais ont planté des pieux pour briser l’offensive et leurs archers criblent bientôt de flèches les deux ailes françaises empêtrées dans la boue.

Bientôt, la défaite française est consommée : sept mille Français tués contre mille six cents Anglais. Le duc d’ORLÉANS, seul parmi les chefs de l’armée française, aura la vie sauve. Le roi Henri lui fera une déclaration qui résume admirablement la situation de ce pauvre royaume de FRANCE en 1415 :

“ Beau cousin, faites bonne chère. Je connais que Dieu m’a donné la grâce d’avoir eu la victoire sur les Français, non pas que je le vaille ; mais je crois certainement que Dieu a voulu punir et, s’il est vrai ce que j’en ai ouï dire, ceci n’est merveille, car on dit que oncques plus grand desroi, ni désordonnance de volupté, de péchés et de mauvais vices ne furent vus, qui règnent en FRANCE aujourd’hui ”.

Cependant qu’Henri, craignant une opération trop risquée sur la capitale encore bien défendue, se rembarque à CALAIS, le roi Charles VI et le dauphin se rendent à PARIS.

Le roi Charles VI, dans la misère, porte depuis deux ans toujours la même robe. Ses excentricités lui ôtent toute autorité. Il n’a d’ailleurs aucun goût pour le pouvoir. On le surnomme “Charles LE FOL”.

Courtecuisse prêche à Notre-Dame sans retenue :

“ Le royaume de FRANCE est une nef qui menace de sombrer”.

La situation est lamentable sur tous les plans : politique, militaire, moral et financier.

Politiquement, le roi LE FOL a pratiquement abandonné le pouvoir.

A la Saint-Sylvestre de l’année 1415, c’est le beau-père du duc d’ORLÉANS, Bernard VII d’Armagnac, devenu connétable, qui gouverne au nom du roi après avoir levé une armée en GASCOGNE, qu’on qualifiera de “bande d’Armagnacs”.

La reine Isabeau de BAVIÈRE est à ce point dévergondée qu’elle n’inspire plus aucun respect à personne. Ventripotente, souvent ivre, elle se livre sans pudeur à la débauche, entretient d’innombrables amants, et se pique d’une coquetterie douteuse, en nourrissant plusieurs bouffons, un singe et des oiselets en cage, qu’elle libère de temps en temps en chantant. Elle n’hésite pas à se livrer à ses ébats sexuels en présence de ses plus jeunes enfants et notamment du jeune Charles qui en sera traumatisé toute sa vie.
Elle ira jusqu’à déclarer au sujet de son propre fils, le futur roi Charles VII précisément :

“C’est un fils de fol et un incapable !”

L’un de ses amants, Louis de BOISREDON, qui insultera le dauphin, sera torturé, étranglé et jeté en un sac de cuir en SEINE. Il n’y a pas d’autre exemple dans toute l’histoire de FRANCE d’une reine qui ait manqué à ce point à tous ses devoirs et même de la plus élémentaire dignité. Le peuple de FRANCE, en signe de mépris, l’avait surnommée “la grande gaupe ” (“la grande salope”).

Charles, le futur dauphin, est né en 1403. Il est le onzième de douze enfants issus du couple royal, sans qu’on puisse affirmer que les uns et les autres étaient véritablement les enfants du roi, compte tenu du dévergondage de la reine Isabeau. Peut-être aucun ne l’était-il ?

Ce malheureux Charles VI LE FOL, dans son désespoir, a trouvé sur sa route, un être d’exception, une véritable fée, une certaine Odinette de CHAMPDIVERS, que le peuple surnommera “la petite reine”. Elle prendra soin du roi avec tendresse, le consolera, deviendra sa maîtresse enfin, et va s’employer à le soigner. Elle est inspirée par la piété.

Discrètement, elle le poussera à quitter le pouvoir.

Comment a-t’elle pris en pitié ce monarque fou, incontinent, qui ne peut plus se tenir à table, qui jure et lappe sa nourriture à quatre pattes sur le sol comme un chien ?

La mort des trois frères aînés du petit Charles et finalement celle du second dauphin, Jean de TOURAINE, le 5 Avril 1417, va conduire à la désignation du futur Charles VII comme dauphin de la couronne de FRANCE. Le voici quasiment roi, à l’âge de quatorze ans à peine, dans une FRANCE ruinée, vaincue et en grande partie occupée par les Anglais. Il va s’établir à CHINON et dès sa nomination, on va l’appeler, avec dérision “ le roi de BOURGES”.

Physiquement, hélas, il n’a rien pour plaire.

Il est chétif, osseux, trop maigre, franchement laid, avec un nez long, affreux, interminable, qui lui tombe sur le menton, des petits yeux sans éclat, gris et enfoncés, méfiants, un air naïf et parfois une moue stupide, des lèvres minces et pincées, le menton bas et fuyant.

Et- ce qui est le pire pour lui : aucun de ses traits ne ressemble à ceux de son propre père, Charles LE FOL.
Le peuple, qui n’établit pas les véritables responsabilités, a tendance à croire que c’est Dieu qui a tout ordonné. Il en veut donc à double titre au dauphin : d’être le fils d’un roi vaincu et mentalement déséquilibré d’une part et d’une reine débauchée indigne d’être encore souveraine d’autre part.

Pour le jeune Charles VII, la souffrance est indicible.

Il est accablé par cette double hérédité dont il n’est pas responsable : la folie et la débauche.

Il y pense jour et nuit. Il n’en dort plus. Il songe aux innombrables amants de sa mère Isabeau, qu’il a si souvent croisés au château, y compris à ce Louis de BOISREDON, qu’on a finalement martyrisé avant de l’étrangler : peut-être était-il son propre père ?

Il ne peut pas s’empêcher tout à la fois d’aimer sa mère et de la haïr. Cette ambivalence ne le quittera plus. Il prie, il prie sans cesse, en secret, pour implorer Dieu de lui faire savoir la vérité : en vain. Est-il voué à expier les péchés de ses parents ? Est-il le fils légitime du roi de FRANCE ? Qui pourrait le lui dire ? Sa mère Isabeau elle-même ne le sait probablement pas, tant elle eut d’amants en même temps et du fait qu’elle était perpétuellement enceinte. Il songe souvent à se suicider ou à se venger, sans choisir aucun parti.

Le fait est qu’il nourrit maintenant, après tant d’années d’angoisse pendant lesquelles son enfance a été irréparablement sacrifiée, un profond sentiment d’infériorité. Il n’est pas né pour être fort, il n’a aucune des qualités naturelles d’un leader. Dès lors, pour ne pas être écrasé, il lui importe d’être rusé, de dissimuler ses pensées, de camoufler ses projets et ses plans, d’amadouer ses ennemis pour mieux les surprendre par la suite.

Mais il en résulte une conséquence psychologique plus importante encore :

Il a épuisé sur sa propre personne toute la compassion dont il était capable. Il en résulte qu’il n’éprouve aucune pitié pour quiconque et aucun sentiment de culpabilité pour ceux ou celles qu’il sera conduit à trahir après les avoir utilisés et lors même qu’il leur doive tout. L’amour, seul, pourrait le corriger mais il n’a jamais aimé et il doute qu’on puisse l’aimer pour lui-même, avec ce physique affreux, s’il n’était plus le dauphin.

Charles en arrive quelquefois à se consoler de son horrible malheur en se persuadant qu’il est ainsi pourvu d’atouts qui manquent aux gens heureux: Il sait mieux que quiconque duper les autres, les manipuler et les oublier sans aucun remords. La vie a été tellement injuste pour lui qu’il a le droit à son tour d’être injuste envers les autres. Il n’est pas un chef militaire, certes, mais il est un diplomate-né, exceptionnellement doué pour la négociation dans la coulisse.

Dans la situation où il se trouve, c’est une chance incomparable, précisément.
Sa position financière est sans précédent. On n’a jamais vu en FRANCE un souverain aussi pauvre, aussi parfaitement démuni.
Certains artisans livrent leur commande par moitié, par crainte de rester impayés. D’autres s’y refusent sans le dire. Le boucher ne livre à Charles que des queues de boeuf, la viande étant trop chère pour lui. Il est contraint de limiter sa consommation de vin et tous ses courtisans souffrent de cette situation humiliante.
Les Anglais occupent la plus grande partie du royaume de FRANCE.
Ils ont manoeuvré avec une telle habileté, soutenus par le Duc de Bourgogne, que les régions encore libres pour Charles ne peuvent plus prospérer ni communiquer entre elles.

C’est ainsi que le roi Henry V s’est établi à CAEN et gère tous les châteaux de NORMANDIE : BAYEUX, FALAISE, ARGENTAN, etc. Ceux qui refusent de se soumettre au roi d’ANGLETERRE sont massacrés ou déportés.

Toute la Basse Normandie est désormais perdue : bientôt, ROUEN tombera à son tour après avoir résisté à un siège. La noblesse de NORMANDIE devra prêter serment à ROUEN au roi d’ANGLETERRE. Toute la grande ceinture de l’île de FRANCE va capituler : MANTES, CHÂTEAU-GAILLARD, CHERBOURG, MEULAN, PONTOISE, SENS, etc. Henry V occupe le Louvre, VINCENNES, la Bastille et il entre dans PARIS triomphalement le 1 er Décembre 1420. MEAUX tombera en mai 1422.

Le roi anglais, gravement malade, mourra à VINCENNES en Août et confiera le commandement au duc de BEDFORD, précédant de peu le décès de Charles VI. La NORMANDIE, seule, demeurera un foyer permanent d’insurrection et à ce titre la première région à reconquérir pour Charles VII. Ailleurs, partout, les Français s’inclinent devant l’administration anglaise, du moins dans toutes les cités et les zones urbanisées.

Seules, les routes forestières, infestées de “brigands”, restent encore dangereuses. Certes, il existe un sentiment national, mais un grand nombre de Français sont disposés à “collaborer” avec les occupants, ne fût-ce que pour survivre.
CHAPITRE 2
SON MÉPRIS POUR JEANNE LA PUCELLE (1429 — 1431)
En mars 1429, la situation militaire est devenue critique autour d’ORLÉANS.

Les Anglais ont décidé de se rendre maîtres de cette position-clef en entreprenant le siège de la ville le 7 Octobre 1428. L’armée française de secours qui avait tenté de couper leur ravitaillement avait échoué lors de la fameuse “ journée des harengs”, soit le 12 Février 1429 et dès lors Charles VII est maintenant sur le point de perdre son royaume. Il faut mesurer en effet l’importance stratégique d’ORLÉANS.

Si ORLÉANS passe définitivement aux mains des Anglais, c’est la communication avec les Bourguignons qui sera rétablie dès AUXERRE. C’est aussi la fermeture de toute offensive ultérieure de Charles en direction de PARIS. Et du coup, à terme ce sera l’impossibilité de reconquérir la Normandie sous peine d’être coupé de ses arrières par les troupes ennemies. ORLÉANS est donc le point de passage obligé entre la FRANCE du Nord et celle du Sud et c’est aussi le seul moyen pour les Anglais de rejoindre la Guyenne, c’est-à-dire notre Aquitaine actuelle.

Sainte-Catherine de FIERBOIS est un hameau sur le plateau de Sainte Maure, tout près de la route qui va de TOURS à Châtellerault. C’est ainsi le point de passage obligé quand on vient de l’Est pour rejoindre CHINON, là où réside le dauphin. C’est en ce lieu qu’est attendue une créature de rêve.

Depuis plusieurs semaines déjà, la rumeur populaire a déferlé jusqu’à CHINON, concernant une “bergerette” qui se prétend envoyée de Dieu pour sauver le royaume de FRANCE. On ne connaît pas son nom. Elle-même a d’abord déclaré s’appeler “Jeanne DAYE” puis “Jehanne la Pucelle ”. Elle a un comportement masculin ; elle porte d’ailleurs un habit d’homme et ses cheveux sont coupés en rond comme ceux d’un garçon. Elle a le cou et les tempes rasés “ à l’écuelle ”. On lui donne dix-sept ans à peine. Or voici qu’on signale son arrivée, précisément, ce vendredi 4 Mars 1429 à SAINTE-CATHERINE DE FIERBOIS, en compagnie de six hommes d’armes.

Le dauphin est informé depuis longtemps mais ne prend pas la chose au sérieux. Il a été prévenu par son féal, Robert de BAUDRICOURT, qui tient le parti des Armagnacs à VAUCOULEURS, en LORRAINE, non loin du petit village de DOMRÉMY, d’où serait originaire cette jeune exaltée, que d’aucuns disent folle. A deux reprises, elle a demandé à BAUDRICOURT une escorte et il a refusé avant de s’y résoudre.

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