American Gods
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Description

À peine sorti de prison, Ombre apprend que sa femme et son meilleur ami viennent de mourir dans un accident de voiture et qu'ils étaient amants. Seul et désemparé, il accepte de travailler pour un mystérieux individu qui se fait appeler Voyageur. Entraîné dans une aventure où ceux qu'il rencontre semblent en savoir plus sur ses origines que lui-même, Ombre va découvrir que son rôle dans les desseins de l'énigmatique Voyageur est bien plus dangereux qu'il aurait pu l'imaginer.Car, alors que menace un orage d'apocalypse, se prépare une guerre sans merci entre les anciens dieux saxons des premiers migrants, passés à la postérité sous les traits des super-héros de comics, et les nouveaux dieux barbares de la technologie et du consumérisme qui prospèrent aujourd'hui en Amérique…

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Publié par
Nombre de lectures 58
EAN13 9782846260336
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

À peine sorti de prison, Ombre apprend que sa femme et son meilleur ami viennent de mourir dans un accident de voiture et qu'ils étaient amants. Seul et désemparé, il accepte de travailler pour un mystérieux individu qui se fait appeler Voyageur. Entraîné dans une aventure où ceux qu'il rencontre semblent en savoir plus sur ses origines que lui-même, Ombre va découvrir que son rôle dans les desseins de l'énigmatique Voyageur est bien plus dangereux qu'il aurait pu l'imaginer. Car, alors que menace un orage d'apocalypse, se prépare une guerre sans merci entre les anciens dieux saxons des premiers migrants, passés à la postérité sous les traits des super-héros de comics, et les nouveaux dieux barbares de la technologie et du consumérisme qui prospèrent aujourd'hui en Amérique... Best-seller aux États-Unis, lauréat en 2002 du Bram Stoker award et du prestigieux prix Hugo, un grand thriller épique où se mêlent mytholo gies et réalité, une magnifique métaphore dans laquelle Gaiman explore l'âme et les contradictions de l'Amérique. « Il est, tout simplement, un pur trésor d'histoires et c'est une chance pour nous de l'avoir, de livre en livre. » Stephen King Né en 1960 en Angleterre, Neil Gaiman est auteur de célèbres comics, scénariste et romancier. Lauréat de nombreux prix, il est lu dans le monde entier.
Neil Gaiman American Gods Traduit de l’anglais par MICHELPAGEL
Avertissement à l’usage des voyageurs Ceci est une œuvre de fiction, pas un guide touristique. Si la géographie des États-Unis d’Amérique évoquée dans ce récit n’est pas totalement imaginaire – bon nombre des sites mentionnés peuvent être visités, les routes empruntées, les itinéraires cartographiés –, j’ai pris des libertés. Moins qu’on ne pourrait l’imagin er, mais des libertés cependant. Je n’ai demandé à personne la permission d’utiliser les noms de lieux réels. Les propriétaires de Rock City ou de la Maison sur le R ocher et les chasseurs qui possèdent le motel au centre de l’Amérique seront sans doute les premiers surpris de découvrir leurs établissements en ces pages. J’ai délibérément brouillé les pistes quant à certa ins endroits : la ville de Lakeside, par exemple, et la ferme plantée d’un frêne, au sud de Blacksburg. Cherchez-les si ça vous amuse. Vous avez des chances de les trouver. Enfin, il va sans dire que tous les personnages mor ts ou vivants (ou les deux) de cette histoire sont imaginaires ou utilisés dans un conte xte imaginaire. Seuls les dieux sont réels.
Aux amis absents — Kathy Acker et Roger Zelazny, et tous les points entre eux
« Il est une question qui m’a toujours intrigué : qu’arrive-t-il aux êtres démoniaques quand les immigrants quittent leur patrie ? Les Américains d’origine irlandaise connaissent fées et lutins, ce ux d’origine norvégienne les nisser, ceux d’origine grecque les vrykolakas, mais seulement par des événements survenus dans le Vieux Monde. Lorsque j’ai un jour demandé pourquoi on ne voyait pas de tels démons en Amérique, mes informateurs ont eu un petit rire embarrassé et déclaré : “Ils ont peur de franchir l’Océan, on est trop loin”, avant de me rappeler que le Christ et les apôtres eux-mêmes n’étaient jamais venus en Amérique. » Richard Dorson THÉORIE DU FOLKLORE AMÉRICAIN LE FOLKLORE AMÉRICAIN ET L’HISTORIEN (UNIVERSITY OF CHICAGO PRESS, 1971)
OMBRES
1
«Les frontières de notre pays, monsieur ? Eh bien, ce sont au nord l’aurore boréale, à l’est le soleil levant, au sud la procession des équinoxes et à l’ouest le jour du jugement dernier. » THE AMERICAN JOE MILLER’S JEST BOOK Ombre purgeait trois ans de prison. Il était assez costaud et avait plutôt l’air de ne pas se laisser emmerder pour que son plus gros problème so it de tuer le temps. Il se maintenait donc en forme, mettait au point des tours de magie avec des pièces de monnaie, et songeait énormément à sa femme bien-aimée. L’aspect le plus positif de la prison – son unique aspect positif, peut-être –, c’était le soulagement qu’elle apportait. Le sentiment d’avoir plongé tout en bas et touché le fond. Ombre ne s’inquiétait plus de se faire prendre puisqu’il était déjà pris. Il ne craignait plus ce que réservait demain puisque hier l’avait déjà réservé. À son avis, peu importait qu’on fût ou non coupable du crime pour lequel on était condamné. Tous les taulards de sa connaissance se p laignaient de la justice : elle leur reprochait invariablement un acte qu’ils n’avaient pas commis – ou pas comme elle le prétendait. L’important, c’était d’être enfermé. Il l’avait remarqué dès les premiers jours, quand t out était encore nouveau pour lui, de l’argot aux repas infects : en dépit de son désespo ir et de la pure horreur physique que lui inspirait l’incarcération, il respirait à nouveau. Ombre s’efforçait de ne pas trop bavarder. Vers le milieu de la deuxième année, il s’ouvrit cependant de sa théorie à « Loquace » Lyesmith, son compagnon de cellule. Loquace, un escroc du Minnesota, eut son habituel sourire couturé de cicatrices. « Ouais, dit-il, c’est vrai. Et c’est encore mieux quand tu es condamné à mort. Là, tu te rappelles les vannes sur les mecs qui virent leurs bottes au moment où le nœud coulant s’enroule autour de leur cou, parce que leurs copains leur ont toujours dit qu’ils mourraient les bottes aux pieds. — C’est vraiment une vanne ? demanda Ombre. — Et comment. De l’humour de gibet. Le meilleur. — Ça fait combien de temps qu’on n’a pendu personne, dans cet État ? — Qu’est-ce que j’en sais ? » Lyesmith coupait si r as ses cheveux blond-roux qu’on distinguait les rides de son cuir chevelu. « Mais je vais te dire une bonne chose : le pays part à vau-l’eau depuis qu’on a arrêté les pendaisons. Plus de terre sous les gibets, plus de pactes. » Ombre haussa les épaules. Pour lui, une condamnation à mort n’avait rien de romantique. Faute d’une telle sentence, la prison était au mieu x un refuge temporaire, et ce pour deux raisons. Primo, parce que la vie s’y insinuait. On pouvait toujours tomber plus bas. La vie continuait. Secundo, parce que si on restait là bien sagement, on finissait un jour ou l’autre par être obligé de sortir. Au début, ce jour-là était trop lointain pour qu’Ombre l’attende vraiment. C’était ensuite devenu une lueur d’espoir distante, et le détenu avait appris à se dire « Ça aussi, ça passera » quand une merde lui tombait sur la gueule comme il en tombe sans cesse en prison. La porte magique finirait par s’ouvrir et il la franchirait. Il rayait donc les jours sur son calendrierLes Oiseaux chanteurs d’Amérique, le seul que vendît la coopérative du pénitencier. Le soleil se couchait, et il ne le voyait pas ; le soleil se levait, et il ne le voyait pas plus. Il s’entraînait à reproduire les tours de magie figurant dans un livre trouvé au milieu de la triste bibliothèque. Il s’adonnait à la culture physique. Et il dressait la liste mentalement de ce qu’il ferait quand il sortirait. Laquelle liste se raccourcissait de plus en plus. Au bout de deux ans, elle ne consistait plus qu’en trois projets. Premièrement, il prendrait un bain. Un vrai bain mo ussant, long et voluptueux, dans une
baignoire. Peut-être lirait-il le journal, peut-êtr e pas. Certains jours, il pensait que oui, d’autres que non. Deuxièmement, il se sècherait et enfilerait une robe de chambre. Peut-être des pantoufles : l’idée lui plaisait assez. S’il fumait, il allumerait alors une pipe, mais il ne fumait pas. Il prendrait sa femme dans ses bras (« Oh, mon gros to utou ! Mais qu’est-ce que tu fais, voyons ? » s’exclamerait-elle d’un ton aigu, faussement horrifiée, authentiquement ravie), la porterait dans la chambre et fermerait la porte. S’ils avaient un creux, ils se feraient livrer des pizzas. Troisièmement, une fois Laura et lui ressortis, deu x jours plus tard, quelque chose comme ça, il baisserait la tête et se tiendrait à jamais loin des ennuis. « Et alors, tu seras heureux ? » interrogea Loquace Lyesmith. Ce jour-là, à l’atelier, ils montaient des mangeoires à oiseaux, ce qui était à peine plus passionnant que de fabriquer des plaques d’immatriculation. « On ne peut pas dire d’un homme qu’il est heureux avant sa mort. — Hérodote, approuva Loquace. Tu apprends, ma foi. — C’est qui, ton putain d’Hérodote ? demanda l’Iceberg. Il passa les parois d’une mangeoire qu’il venait d’emboîter à Ombre pour que ce dernier les visse solidement. — Un Grec mort. — Ma dernière nana était grecque. Dans sa famille, ils bouffaient que de la merde. Des trucs que tu croirais pas. Je sais pas, moi : du riz enveloppé dans des feuilles. Des saloperies comme ça. » L’Iceberg avait la taille et la carrure d’un distributeur de Coca, les yeux bleus, les cheveux blonds presque blancs. Il avait démoli un type ayant eu le malheur de peloter sa copine devant lui dans le bar où elle dansait. Des amis de la victime avaient appelé les flics et l’Iceberg s’était retrouvé au poste. Le contrôle d’identité avait révélé sa fuite d’un programme de réinsertion par le travail dix-huit mois plus tôt. « Qu’est-ce que j’étais censé faire, hein ? avait-il demandé, déprimé, après avoir conté à Ombre cette triste histoire. Je lui avais dit que c’était ma nana. Je pouvais quand même pas le laisser me manquer de respect comme ça, hein ? Je pouvais pas. Je veux dire : il lui mettait les mains partout. — Ben, dis donc », avait lâché Ombre, sans épiloguer. Une des premières choses qu’il avait apprises, c’était qu’en prison, on purgeait sa peine, pas celle des autres. Baisse la tête. Purge ta peine. Quelques mois plus tôt, Lyesmith lui avait prêté un livre de poche défraîchi : lesHistoires, d’Hérodote. « C’est pas chiant du tout, au contraire, avait-il assuré comme son compagnon protestait qu’il ne lisait pas. Essaie. Ensuite, tu me diras toi-même que c’est super. » Ombre avait grimacé mais néanmoins entamé sa lecture – et il s’était retrouvé accroché à son corps défendant. « Ah, les Grecs, lança l’Iceberg, dégoûté. En plus, c’est des conneries, ce qu’on raconte sur eux. J’ai voulu l’enculer, ma nana, elle m’a quasiment arraché les yeux. » Un jour, Lyesmith fut transféré sans préavis. Il laissa à son codétenu le livre d’Hérodote, avec unnickel, une pièce de cinqcentsglissée entre les pages. Les pièces de monnaie étaient prohibées : il suffisait d’en aiguiser les bords contre une pierre pour balafrer un adversaire au cours d’une bagarre. Ombre, cependant, ne voulait pas d’une arme. Il voulait juste quelque chose pour s’occuper les mains. Peu superstitieux, il ne croyait qu’en ce qu’il voyait. Il sentit toutefois durant les dernières semaines la catastrophe planer sur la prison, tout comme il l’avait sentie au-dessus de lui à la veille du braquage. Ses efforts pour se persuader que le creux foré dans son estomac n’était dû qu’à l’appréhension de retrouver le monde extérieur furent vains. Il était plus parano qu’à l’ordinaire. Et en prison, l’ordinaire est élevé : c’est une technique de survie. Ombre se fit plus renfermé, plus que jamais semblable à une ombr e. Il se surprit à observer le langage
gestuel des gardes et des autres détenus, cherchant un signe avant-coureur du désastre dont il percevait l’imminence. Un mois avant la date prévue pour sa libération, il se retrouva dans une pièce glaciale, assis en face d’un homme affligé d’une tache de vin sur le front. Un bureau les séparait. L’inconnu avait devant lui le dossier ouvert du prisonnier et tenait un stylo-bille au bout mâchonné. « Vous avez froid, Ombre ? — Oui, un peu. L’homme haussa les épaules. — C’est le système. Les chaudières démarrent le pre mier décembre et s’éteignent le premier mars. Ce n’est pas moi qui fais le règlement. » Il laissa glisser son index le long de la feuille agrafée à la couverture du dossier. « Vous avez trente-deux ans ? — Oui, monsieur. — Vous faites moins. — Le résultat d’une vie saine. — Votre dossier vous présente comme un détenu modèle. — J’ai compris la leçon. — Vraiment ? » Comme il regardait son interlocuteur avec intensité, la tache de naissance descendit un peu sur son front. Ombre envisagea de lui exposer ses t héories concernant la prison mais se contenta finalement de hocher la tête et s’efforça de prendre l’air repentant. « Je vois que vous êtes marié. — Ma femme s’appelle Laura. — Comment ça se passe, de ce côté-là ? — Très bien. Elle est venue me voir aussi souvent que possible – ça fait une trotte. On s’écrit. Quand je peux, je lui téléphone. — Qu’est-ce qu’elle fait dans la vie, votre femme ? — Elle travaille dans une agence de voyages. Elle envoie les gens aux quatre coins du monde. — Comment l’avez-vous connue ? » Pourquoi lui posait-on toutes ces questions ? Ombre faillit dire à l’homme de s’occuper de ses oignons, mais y renonça. « C’est la meilleure amie de la femme de mon meille ur ami. Ils nous ont organisé un rendez-vous en aveugle et ça a collé. — Vous avez un boulot en vue ? — Oui, monsieur. Mon copain Robbie, celui dont je vous parle, c’est le propriétaire deLa Musclerie, la salle de gym où je bossais. Il dit que ma place m’attend. Un sourcil levé. — Vraiment ? — D’après lui, je vais faire marcher le commerce. Ramener quelques vieux clients et attirer des durs qui veulent le devenir encore plus. » L’homme semblait satisfait. Il mâchouilla le bout de son stylo puis retourna la feuille. « Que vous inspire votre crime, à présent ? Ombre haussa les épaules. — J’ai été stupide », dit-il – et il le pensait. Son interlocuteur soupira. Il cocha un certain nomb re de lignes sur une liste, puis il feuilleta le dossier. « Comment rentrez-vous chez vous ? demanda-t-il. En bus ? — En avion. C’est cool d’avoir une femme qui travaille dans une agence de voyages. Il fronça le sourcil ; la tache de vin se plissa. — Elle vous a envoyé un billet ? — Pas besoin. Juste un numéro de confirmation. Un billet électronique. Tout ce que j’ai à faire, dans un mois, c’est me pointer à l’aéroport, montrer ma carte d’identité, et hop ! on décolle. »
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