Andalucia. L histoire à rebours
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Andalucia. L'histoire à rebours , livre ebook

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Description

L’architecture maure survivant dans la Giralda de Séville, dans la Mezquita de Cordoue et dans l’Alhambra de Grenade m’a fait découvrir l’identité andalouse à travers les fantômes qui l’habitent. L’effet hypnotique de la pénombre des mosquées et des synagogues transformées en églises m’a révélé le souffle intérieur d’un pays. La musique de la guitare de flamenco a donné un rythme à mes promenades ethnographiques à travers les allées des
anciennes médinas arabes et les ruelles des Juderias. J’ai marché dans les pas des écrivains possédés par l’esprit d’une ville, de Walter Benjamin évoquant les «galeries et passages » du « Paris, capitale du XIXe siècle » à Italo Calvino personnifiant ses « Villes invisibles » sous la figure de femmes aimées. Comme pour Joe Christmas, personnage de Faulkner, toutes les rues où j’ai déambulé se prolongent, en se confondant, dans une seule et même rue qui est sans fin.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 31 octobre 2017
Nombre de lectures 5
EAN13 9782897124540
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0500€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Gilles Bibeau
andaluc í a l ’ histoire à rebours
MÉMOIRE D’ENCRIER
Mémoire d’encrier reconnaît l’aide financière du Gouvernement du Canada par l’entremise du Conseil des Arts du Canada, du Fonds du livre du Canada et du Gouvernement du Québec par le Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres, Gestion Sodec.
Dépôt légal : 4 e trimestre 2017 © 2017 Éditions Mémoire d’encrier inc. Tous droits réservés
ISBN 978-2-89712-453-3 (Papier) ISBN 978-2-89712-455-7 (PDF) ISBN 978-2-89712-454-0 (ePub) DP302.A47B52 2017 946.8 C2017-940643-4
Mise en page : Virginie Turcotte Couverture : Étienne Bienvenu Illustrations : Rachel Andraos
MÉMOIRE D’ENCRIER
1260, rue Bélanger, bur. 201, • Montréal • Québec • H2S 1H9 Tél. : 514 989 1491 info@memoiredencrier.com • www.memoiredencrier.com
Fabrication du ePub : Stéphane Cormier
du même auteur
Généalogie de la violence. Terrorisme : piège pour la pensée , Montréal, Mémoire d’encrier, 2015.
Le Québec transgénique , Montréal, Boréal, 2004.
La Gang : une chimère à apprivoiser (avec Marc Perreault), Montréal, Boréal, 2003.
Dérives montréalaises (avec Marc Perreault), Montréal, Boréal, 1995.
Beyond textuality (avec Ellen Corin), Berlin et New York, Mouton De Gruyter, 1995.
La Santé mentale et ses visages : un Québec pluriethnique au quotidien , Montréal, Gaëtan Morin/Le comité de la santé mentale du Québec, 1992.
Anthropologies of Medicine : A Colloquium on West European and North American Perspectives (avec Beatrix Pfleiderer), Leipzig, Vieweg+Teubner Verlag, 1991.
Les Bérets blancs : essai d'interprétation d'un mouvement québécois marginal , Montréal, Parti Pris, 2008 [1976].
Comprendre pour soigner autrement : repères pour régionaliser les services de santé mentale (avec Ellen Corin et al.), Montréal, Presses de l’Université de Montréal, 1990.
À la fois d’ici et d’ailleurs : les communautés culturelles dans leurs rapports aux services sociaux et aux services de santé (avec Jean-Michel Vidal), Québec, Les Publications du Québec, 1988.
La médecine traditionnelle au Zaïre : fonctionnement et contribution potentielle aux services de santé (avec Ellen Corin et al.), Ottawa, Éditions du CRDI, 1979.
À mon ami Josemari Bordonaba, Espagnol réticent
introduction

Mon intervention s’est traduite par une soustraction de poids; je me suis efforcé d’ôter du poids tantôt aux figures humaines, tantôt aux corps célestes, tantôt aux cités; je me suis efforcé, surtout, d’ôter du poids à la structure du récit et au langage
Italo C alvino, Leçons américaines. Six propositions pour le prochain millénaire , Paris, Gallimard 1989

Au fil de mes errances dans Cordoue, Séville et Grenade, j’ai souvent repensé à ces grands écrivains qui se sont laissé posséder par l’esprit d’une ville, à Walter Benjamin évoquant Paris, capitale du XIX e siècle (1939) à travers sa fascination pour les « galeries et passages », à Italo Calvino qui personnifie chacune des Villes invisibles (1972) sous la figure d’une femme aimée avec qui il entretient de mystérieux dialogues, à Lawrence Durrell explorant, dans Le Quatuor d’Alexandrie (1957-1960), les détours des liaisons amoureuses d’une élite coloniale vivant, sur fond de décor oriental, ses derniers beaux jours, et à tant d’autres romanciers dont les fictions sont restées associées à un lieu bien particulier. Comment ne pas aussi penser à Joe Christmas, ce personnage de William Faulkner pour qui toutes les rues dans lesquelles il a déambulé au cours de sa vie se prolongent, en se confondant, dans une seule et même rue qui est sans fin. Joe Christmas, l’homme blanc au sang noir dont Faulkner a fait un héros dans Lumière d’août (1932), portait dans sa chair et dans son âme les traces destructrices des impitoyables conflits raciaux qui défigurèrent, dans le contexte des plantations, toute la société du sud des États-Unis.
On ne découvre vraiment l’esprit d’une ville qu’à travers les fantômes qui l’habitent. Je crois bien en avoir entr’aperçus quelques-uns dans l’architecture ancienne survivant, sous divers maquillages, dans la Mezquita catholicisée de Cordoue, dans le minaret devenu clocher de la Giralda de Séville et dans les forteresses de l’ Alhambra de Grenade au cœur desquelles Charles Quint fit construire un palais qu’il n’a jamais habité. Tout voyage en Al-Andalus se fait entre l’enchantement de légendes imprégnées d’un puissant romantisme oriental et la réalité d’une histoire avec dates, lieux, noms de héros et monuments qui en retiennent la mémoire. L’histoire des régions, des pays et des nations apparaît toujours sous des visages multiples qui se donnent au travers de relectures constamment retravaillées sous les contraintes tantôt de l’oubli tantôt des nécessités du présent. Elle est ainsi une construction fluide qui s’efforce de remonter, avec un succès toujours relatif, vers la mémoire la plus originelle tout en formulant des questions dictées par l’aujourd’hui de l’histoire d’un peuple. Ce faisant, l’histoire collective ne peut que continuer d’être sans jamais rien perdre de ce qu’elle fut mais sans jamais non plus reproduire le passé dans la fidélité à ce qu’il a pu être. La tradition elle-même se reconstruit en permanence dans l’empilement d’apports successifs, dans une tension vers la récupération de ce qui a été, en même temps qu’elle exprime une volonté d’avenir.
En Andalousie, j’ai souvent imaginé ce qu’ont ressenti les navigateurs, conquistadors, missionnaires et colons revenant dans leurs villages chrétiens avec des récits fantastiques, avec d’autres mots, d’autres langues et d’autres manières de vivre. Bon nombre d’entre eux étaient sans doute remplis de chagrin, conscients qu’ils étaient d’avoir détruit, pour les uns au nom de leur goût de l’or et pour d’autres au nom du Christ, les merveilles d’une autre civilisation et d’avoir anéanti des peuples. Une fois pillés les temples de Tenochtitlan, une fois brûlées des cités et une fois les richesses du Nouveau Monde acheminées vers Séville, la destruction imposée sur la lointaine terre d’Amérique devait ressembler, aux yeux des Espagnols rentrant chez eux, à la « guerre sainte » menée par les Rois Catholiques contre les musulmans et les juifs au nom de la construction d’une identité nationale hispanique organisée autour de la « pureté du sang » et de l’homogénéité catholique garantie par une puissante Inquisition qui fut le bras et l’instrument.
En optant pour une identité nationale, celle des Ibères et des Wisigoths romanisés, qu’il fallait purifier de toute contamination musulmane et judaïque, l’Espagne a raté sa chance historique de mettre en place un modèle permettant de construire une « société pluraliste ». L’idéologie des Rois Catholiques fondée sur l’homogénéité religieuse et sur la « pureté du sang » devait forcément conduire, et c’est bien ce qui est arrivé, à l’expulsion des Marranes, Morisques et autres hérétiques. La réflexion sur ce qui s’est passé en Andalousie constitue un détour métaphorique pour penser le pourquoi de la peur de l’altérité et de la différence, une peur qui hante toujours notre actualité, et pour évoquer les grands défis auxquels les sociétés font encore face aujourd’hui. Nous vivons en effet dans un monde dans lequel la figure de l’autre tend à être effacée en tant que principe de différenciation favorisant un enrichissement de la collectivité. Les idéologies sont désormais de plus en plus emmêlées dans des discours et des pratiques de rejet, voire de haine, à l’égard de l’altérité.
En conservant le nom d’Allah, le tout-puissant, écrit au frontispice d’une cathédrale chrétienne, en maintenant des arches omeyyades dans une chapelle baroque et en installant des cloches dans les minarets d’où venait autrefois la voix du muezzin , on donne chaque fois à voir au voyageur d’aujourd’hui les traces d’un passé que le temps n’a pas complètement effacées. La pénombre des vieilles synagogues et mosquées transformées en églises m’a souvent plongé dans une sorte d’hypnose qui a sans doute contribué à donner profondeur et étendue à ma méditation sur les causes des violences entre les peuples qui ne cessent de se répéter. L’esprit voguant vers d’autres lieux et d’autres temps, ma pensée a souvent dérivé du côté de ce Proche-Orient meurtri qui subit aujourd’hui des destructions semblables à celles que l’Andalousie musulmane a connues. Au cours de mes promenades dans Cordoue, Séville et Grenade, il m’est arrivé d’imaginer le souk d’Alep en train de brûler et le minaret de

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