Au bout de l enfer
181 pages
Français

Au bout de l'enfer , livre ebook

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Description

Patrick Santa découvre plusieurs années après sa naissance qu'il est le fruit d'un viol. Avec l'aide de sa mère, il parvient à se hisser dans le monde professionnel. Il est alors appelé à travailler dans une localité du Sud Cameroun, où il se heurte à des réalités telles qu'il n'en avait conscience par le passé. Il réalisera qu'il a été envoyé AU BOUT DE L'ENFER.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 19 avril 2021
Nombre de lectures 449
EAN13 9789956649148
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,05€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait















AU BOUT DE L’ENFER






















































Darren BENS









AU BOUT DE L’ENFER

Roman











Yaoundé



2020























Tous droits de reproduction, de traduction et d’adaptation
réservés pour tous les pays.
No part of this book may be reproduced in any form by print,
photoprint, microfilm or any other means without written permission from
the publisher.
© La Jeune Plume, Yaoundé 2020
Tel : (237) 693 59 59 50 / 677 15 32 83
Email : LaJeunePlume9@gmail.com
ISBN 978-9-956-64914-8





PREFACE

Ouf ! alors que l'on se serait attendu à un
panégyrique, voilà que nous sommes face à
un miroir des faiblesses, mieux des ratés
dans la prise en charge des enseignants
nouvellement affectés ! Panégyrique parce
que l'auteur, bien qu'originaire du " pays
organisateur ", c'est-à-dire du
SudCameroun, a refusé de truquer la réalité du
terrain. Cette autobiographie est le
concentré d'une fluidité dans l'écriture.
Rédigé dans un style simple et acerbe, ce
roman se laisse déguster. C'est
véritablement le résumé des turpitudes et
des anachronismes qui jalonnent " l'enfer "
de la prise de fonction d'un jeune
enseignant : peur de l'inconnu ( lieu
d'affectation ), galère du voyage, manque de
structures d'accueil, manque de moyens
financiers, bref non existence d'une
politique de prise en charge des
néodiplômés de l'Ecole Normale Supérieure. A
contrario les étudiants de l'Ecole Nationale
de l'Administration et de la Magistrature
bénéficient d'un meilleur encadrement... Ce
sont ces incohérences subies et savamment
distillées contre le néo-enseignant à l'aune



de son contact avec son monde
professionnel qui donnent à tourner, à
tourner encore les pages de Au bout de
l'enfer. En clair, c'est le vécu de l'auteur,
jeune Professeur de Français, sans filtre, qui
nous est proposé à déguster. Comme
Sisyphe, l'enseignant commence sa carrière
dans l'endurance. Ceci n'augure pas des
lendemains meilleurs dans cette fonction.
Au bout de l'enfer interpelle le lecteur,
l'enseignant et la politique
d'accompagnement dans une meilleure
prise en charge du néo-enseignant. " Un
récit autobiographique fort, un style et une
construction parfaitement maîtrisés, aussi
passionnant, qu'un roman " pour
paraphraser Charlayne Hunter-Gault dans "
In My Place ", parlant du roman de Barack
Obama intitulé : Les rêves de mon père !
Préface rédigée par Isabelle ETO.





Chapitre premier


« Le cours immense du
temps met à découvert ce
qui était caché, et renferme
dans la nuit ce qui apparaît
au jour. » Sophocle





Je me levai de bon poil ce matin-là, content du
tourisme que j'effectuerai toute la journée. Une chose
qui n’était plus arrivée depuis fort longtemps. Des
émotions contradictoires se bousculaient dans mon
subconscient. Je craignais de découvrir un endroit
délabré, complètement appauvri, différent de celui
que j'aurais pu m'imaginer et auquel j’étais contraint
jusqu'alors. On m'envoyait dans un arrondissement,
quittant la capitale, ce qui signifiait que les conditions
de vie ne devaient plus être les mêmes.
Les affectations sortaient sept jours plus tôt. Je
découvris que je partais à Bengbis, dans une localité
du Sud. Mes investigations débutèrent aussi
immédiatement. J'appris que ce fût à cent
quatrevingt kilomètres de Yaoundé, passant par
Akonolinga ; les véhicules qui y avaient
exclusivement accès stationnaient à Mimboman et
Mvan, deux quartiers de Yaoundé ; trois mille cinq
cent francs étaient le prix à payer pour y être conduit.
J'appris aussi que Bengbis fût un endroit modeste, à
- 6 -
l’électricité, boutiques, bars, mais aux routes non
bitumées…
J’y fus affecté avec plusieurs de mes
promotionnaires, dont deux avec lesquels je pris
contact, l'une étant ma collègue directe. Marilyse
Ekon et Daniella Fokou voyagèrent la veille,
respectivement professeures de Biologie et de
Français, pour s’enquérir plus physiquement de l'état
des lieux et prendre service dans leurs différents
établissements. Je les suivis le lendemain.
Je fus à Mvan plus tard que prévu. Je rencontrai une
cousine à moi en descendant du taxi, laquelle fut
surprise de me voir après une longue absence. Elle
resta interdite du fait que je voyageais pour Bengbis.
Je n'eus que le temps de lui dire que j'y fusse affecté,
je n'essayai pas d'entrer dans les détails. Sur un pas
de course, elle me raconta qu'une autre de nos
cousines y fût en mariage, que je pusse établir contact
avec elle pour un besoin de logement. J'y consentis.
Après notre séparation, je téléphonai aussitôt à sa
petite sœur pour qu’elle me donnât plus amples
informations.
Mon inquiétude fut grandissante dans les minutes
qui suivirent. Je me questionnais inlassablement : à
quelle heure arriverai-je ? Comment trouverai-je les
lieux ? Pourrai-je être à mesure de m'adapter si
facilement ?...
J’étais confus à l'idée de mon logement, car j'avais
désormais deux possibilités : prendre contact avec
ma cousine, ou finalement opter pour la première
option qui était celle de camper chez le Proviseur en
attendant mon dû mensuel.
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Dans mon attente interminable du car, je rencontrai
un couple de jeunes gens qui empruntaient le même
itinéraire que moi. Enseignante elle aussi, la femme
se rendait à son établissement à Bengbis pour prendre
service. Elle fut très heureuse de cheminer avec l'un
des siens de la profession, et, visiblement, cette
effervescence était partagée. Je me délectais de sa
présence, quoique son mari fût en sa compagnie. Sans
grande conviction sur le sujet, nous entamâmes tout
de suite une conversation après le démarrage du car.
Nous avions choisi les places du fond. J’étais assis
à côté de la fenêtre gauche, elle et son mari me
suivaient à ma droite, un autre monsieur au bord de
l'autre fenêtre.
On touchait tous les domaines dans notre entretien.
L'enseignement faisait le plus l'unanimité.
Professeure des lycées d'enseignement général en
économie et gestion, elle me narrait ses vicissitudes
pendant le temps de formation. Je l'écoutais d'une
oreille attentive, cloué sur le siège, languissant de lui
conter mon endurance à mon tour. Ce furent, d’un
côté comme de l'autre, des périodes d'extrême galère.
Et cette misère était jusque-là très loin à son terme,
car nous embrassions concrètement notre profession,
nous disions-nous.
– Vous allez déjà vous installer à Bengbis ? lui
demandai-je pour rompre le silence qui planait tout à
coup.
– Non, nous rentrerons après ma prise de service,
si possible demain.
Tenant son bébé entre les bras, lequel s'était aussitôt
endormi après le démarrage, elle se sentait comme
- 8 -
mortifiée dans cette exiguïté qui nous rassemblait.
Elle agitait indéfiniment l'air autour d'elle, se prêtait
aux mouvements de relaxation pour mieux en
récupérer un bol dans ses poumons. Un siège
contenait quatre personnes, pas les moindres, pire
encore si celles-ci étaient imposantes en
kilogrammes.
J’étais calfeutré dans mon coin, mon sac à dos entre
les genoux, moi aussi à la recherche de la ventilation
à travers les interstices de la fenêtre. Nous étions à
deux heures de route, et je sentais mes membres
ankylosés. Je fis une moue en sa direction, elle
comprit à l’immédiat que ça n'allait pas non plus de
mon côté. La tête de son bébé jonchait presque mes
genoux ; je dus être précautionneux pour ne pas la
heurter machinalement et troubler son sommeil ; elle
la redressa délicatement sur son coude. Ce qui poussa
l'intervention de son mari qui le ramena entre ses
bras. C'était le deal entre les deux conjoints tout au
long du trajet.
Le chauffeur avait choisi de passer par Zoétélé, un
autre itinéraire qui cheminait vers Bengbis, mais plus
long que celui d'Akonolinga. La route était plate,
ordonnée, avec moins de sinuosité ; ce qui rendait le
rythme fluide. Nous fîmes escale au centre-ville pour
se rafraîchir, et reprîmes la route au bout de quinze
minutes.
Le crépuscule était apparu. Je ne me rendis pas
compte du moment où nous laissâmes l'asphalte pour
la route en terre battue, car nous roulions désormais
à une vitesse amortie, par petites saccades pointues et
irrégulières, alarmant quasiment tous les passagers
- 9 -
engloutis dans leur siège. Dormir dans de telles
circonstances était devenu impossible. Les secousses
se faisaient pressantes.
– Allons-nous bientôt arriver ? questionnai-je la
dame qui occupait une place juste devant moi.
– Arriver ? Nous n'avons pas encore fait la moitié
du chemin depuis qu'on a laissé le bitume, parce que
de là à Bengbis c'est soixante kilomètres, il faut qu'on
atteigne d'abord Lobo pour songer à une éventuelle
arrivée.
Lobo ! Cette appellation m’éveilla bien des
souvenirs. Je n'y étais jamais arrivé, je n'avais jamais
vu le fleuve. J'entendais tout le temps les gens en
parler, l'évoquer dans leurs propos. Le département
portait le nom de ce fleuve. Du coup je m'imaginai
que son étendue devait aussi être immense que les
autres fleuves du pays que j'avais visités.
– Son pont est aussi long que celui du Nyong ?
– Presque, mais il n'est pas tout à fait en bon état.
Lors des saisons des pluies, le pont reste en dessous
de l'eau. Il y a souvent de graves inondations.
Ces paroles ne m'encouragèrent guère. Nous étions
au mois d'octobre, c'était effectivement la saison des
pluies, mais elle restait particulière. Il pleuvait par
espace de sept à onze jours, sans averse toutefois. Et
ce jour-là le sol était sec, car il n'y avait pas eu une
goutte depuis cinq jours. Si la route devenait plus ou
moins impraticable pendant ces périodes pluvieuses,
cette fois-ci nous avions une chance d'atteindre
Bengbis sans réel embarras.
Au dehors, dans le brouillard de la nuit, les oiseaux
déteignaient l'atmosphère morose par leurs chants
- 10 -
nocturnes, imperceptibles par le vrombissement du
moteur.
Je me faisais du mouron sur ma place, d'autant plus
que mon fessier lâchait de petites étincelles
douloureuses entrecoupées, m'exposant à des gestes
permanents pour reprendre haleine. Le paysage se
perdait devant mes yeux à cause du noir, mais à
mesure qu’on avançait, je sentais qu'on s’enfonçait
un peu plus dans la brousse, car certains arbres
formaient la mêlée au-dessus de la route, de sorte
qu'il fût impossible de discerner les rayons du soleil
en ces endroits pendant la journée. Je devenais
sceptique de penser qu'il y eût une ville au-delà de
cette forêt dense – si l'on peut à proprement parler de
ville – .
Néanmoins je m'impatientais, j'avais hâte de
découvrir les lieux, de faire connaissance de l'endroit
où j'allais exercer, débuter ma carrière, j'avais hâte de
terminer enfin ce voyage éreintant qui devenait de
plus en plus insupportable. Et dire que ce serait
désormais mon itinéraire, j'avais de la peine à y
penser. Jamais je n'aurais cru qu'une zone fût
enclavée à ce point dans le grand Sud.
Les bosquets s'allongeaient de façon interminable,
les maisons étaient visibles par une faible marge, les
animaux vagabondaient le long de la route ; le
chauffeur voulut en écraser un qui traversait en
appuyant sur l'accélérateur, mais le manqua. Même la
route par endroit devenait plus étroite ; à dire que
nous nous dirigions dans un trou. C'était ahurissant !
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Nous traversâmes enfin Lobo. À en croire les
paroles de mon interlocutrice, nous étions à environ
trente kilomètres de l'arrivée.
Le flux de la rivière bruissait. Le pont, lui-même,
construit à base de planches surplombant des
matériaux de fer attenants à l'eau, avec des
bastingages tout autour, n'avait en rien l'étiquette d'un
fleuve dont le département portait le nom. Son état
représentait un réel danger pour les touristes.
Le mari de la collègue nous raconta que le projet
d’aménagement avait été budgétisé par le
gouvernement et délégué à un groupe de personnes
pour les travaux de restructuration, malheureusement
que ces derniers s’étaient assis sur les finances pour
produire ce qui était visible dès lors. Quelle cupidité !
En effet rien ne m'étonnait. C'était une manie
récurrente dans les pouvoirs publics. Souvent cela
impactait sur le budget de l'État qui prenait un coup.
Et certains fonctionnaires se retrouvaient
financièrement abandonnés à leur sort, d'autres
payaient les taxes plus qu'il n’en fallait pour combler
le déficit.
Et mon impatience se muait en consternation : c’est
quoi cette blague ? Comment l'État peut-il penser un
seul instant à envoyer les gens dans une telle
brousse ? Sans salaire ? Sans prise en charge ? C’est
quoi cette raillerie pour le corps enseignant ? Qui
allons-nous éduquer ? Des bêtes ou des humains ?
Avec quel souffle ? Avec quels moyens ? Que de
nous enrichir en connaissances, cet espace
géographique contribuerait plutôt à nous abrutir !...
- 12 -
Ce que j'avais entendu dire au sujet de l'enseignant,
qu'il était le parent pauvre de la fonction publique, je
le crus à l'instant…
– On est presqu'arrivés, lança à brûle-pourpoint la
femme avec qui je m'entretins quelques minutes
auparavant.
Ce qui eut l'effet d'un grand soupir parmi les
voyageurs, et, en même temps, allégea mon trouble.
Je consultai mon portable que je tenais dans ma
main pour voir si le réseau était réapparu, disparu
depuis le moment où on avait laissé le goudron ;
quelques barres s'affichaient. Je dus me rendre à
l'évidence ; on y était enfin. Aussitôt je questionnai
l'un des passagers qui semblait être un ancien de
Bengbis pour connaître la maison de mon Proviseur.
Il me répondit qu'il résidait derrière la mosquée, à
quelques pas du centre, et me conseilla de prendre
une moto pour m'y rendre.
En descendant du car, je saluai la collègue et son
mari qui, eux, décidèrent de camper dans une auberge
pour la nuit. Elle était affectée au lycée technique,
contrairement à moi qui partais au lycée classique.
Leur bébé était dans un sommeil profond, lequel avait
été troublé à maintes reprises durant le trajet. On se
sépara lorsque je hélai une moto pour m'emmener
chez mon boss.




- 13 -




CHAPITRE 2







Le Proviseur était assis au salon avec son épouse,
décortiquant les arachides, lorsque j’entrai. Je les
saluai cérémonieusement. Il me recommanda une
chaise pour m'asseoir. Je pris place, non en face
d'eux, mais de façon à ce que nous formions la ronde
autour de la table. En veillant aussi tard, ils
m'attendaient, car je les avais prévenus de mon
arrivée au téléphone. Je dus formellement me
présenter.
– Avez-vous bien voyagé ? lança-t-il fermement.
– Oui monsieur, lui répondis-je avec aménité, j'ai
bien voyagé.
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– Comment avez-vous trouvé la route ?
– Assez agréable, jusqu’à l'endroit où le goudron
se termine. C'était devenu difficile, trop de secousses,
et bien fatigant.
– Vous allez vous habituer.
– Je n'ai pas le choix monsieur.
– Bienvenue à Bengbis.
– Merci monsieur.
– Votre chambre se situe au fond du couloir, vous
pouvez aller garder votre sac.
Sa femme se leva pour m'accompagner. Quand je
revins, il me montra les assiettes posées sur la table
pour que je me servisse.
C'était une recette de légumes sans sel
1traditionnellement appelé kpwem . Ça faisait des
lustres que je n'en avais plus goutté ; la dernière fois
remontait à l’époque où j'étais sous les ailes de ma
grand-mère, une éternité ! Et comme ça me manquait,
je m’empiffrai.
Il continua de me raconter qu’il avait reçu un peu
plus tôt dans la journée une enseignante de Biologie
qui venait aussi prendre service. Je me referai à
Marilyse qui, comme moi, était mutée au lycée
classique, et m'avait précédé la veille. Entre-temps sa
femme faisait le zapping de la télé. Il me présenta
l'odontol, une boisson traditionnelle faite à base du
vin de palme ou de maïs en grain, que je refusai
poliment.
Plus alcoolique que le vin de palme en lui-même,
cette boisson ressemblait au whisky et ne se faisait

1 Légumes sans sel.
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pas prier pour jeter au comma tout individu qui s'en
risquait goulûment. Elle occasionnait des moments
de pique-nique dans certaines campagnes. Les
villageois se retrouvaient à jouer au songo, à
longueur de journée, en jetant leur gourme, chacun
une bouteille bien pleine. Ils rentraient ensuite
chezeux comme des automates pour ennuyer leurs
femmes avec du verbiage, en leur décrochant toutes
sortes de mots déplaisants, si elles avaient failli à une
obligation.
– Je préfère plus le vin de palme, lui suggérai-je
dans un sourire. Ça c'est trop fort pour moi.
J'étais conscient que nous fussions dans un village,
et que ce fussent des goûts facilement trouvables.
– Madame venait pourtant de vider une bouteille,
répliqua-t-il, amusé.
– Ah ! c'est pas grave. Il y aura d’autres occasions.
Il y avait quelque chose d'assez simple dans son
attitude. C'était une personne svelte, au teint clair,
légèrement barbue, avoisinant la cinquantaine. Mais
ses coups de gueule donnaient l'impression qu’il était
imposant et stricte.
Sa femme, quant à elle, avait des formes arrondies,
teint noir, une voix enrouée, et une diction rapide. Il
fallait posséder une ouïe fine pour comprendre ce
qu’elle disait lors de ses prises de parole.
Nous restâmes de longues minutes à converser
lorsque je sentis la fatigue me submerger. Dans le
moment même je pris congé d'eux en les
aurevoirisant. Je n'eus pas le temps de me dévêtir en
atteignant la pièce à coucher, et me jetai
nonchalamment sur la couche.
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C'était un matelas d'environ vingt centimètres
d'épaisseur, drapé et posé à même le sol. La chambre
représentait un espace aux dimensions délimitées, le
sol cimenté, avec des murs peints, à hauteur élevée,
un ciel fermé à la tôle ondulante et sans dais.
Parallèlement la maison était presque bâtie sur le
même modèle. Un couloir séparait les pièces à
coucher et le salon, doté d'un contour qui donnait sur
la porte arrière, contrairement à la porte centrale,
allouée à un salon tapissé, en forme rectangulaire,
plafonné, et aux murs bleuâtres.
Des bruits s'élevèrent dans la maison à l'aube, me
tirant du sommeil. Les enfants s'astreignaient à
quelques travaux ménagers avant de s’apprêter pour
les classes. Je rassemblai toutes mes forces pour me
lever, m’asseoir, et faire ma prière. Mes yeux étaient
lourds, et ne me permettaient pas de bien distinguer
la clarté du jour au moment où je les ouvris. Je dus
terminer celle-ci en somnolant, après quoi je les
frottai vigoureusement.
Ce temps mort qui s'était imposé à nous après la
formation m'avait presqu'accoutumé à une grâce
matinée, pire encore si je dormais tard, comme ce fut
le cas la veille. À présent, il fallait bien remettre les
pendules à l’heure.
La dame de la maison vint toquer à ma porte.
– Prof ! m'apostropha-t-elle, votre seau d’eau est
posé là dehors si vous souhaitez vous laver.
– Oui, merci maman. J'arrive.
En sortant de la chambre, comme je passai par
derrière pour prendre mon bain, je découvris une
petite cabane en briques de terre qui, à vue d'œil,
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