Dans tous les sens du terme
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Description

La terminologie, soit l'ensemble des termes spécifiques à une science, à une technique ou à un domaine particulier de l'activité humaine, représente aujourd'hui une discipline à part entière. Elle relève aussi bien de la linguistique, dans le cadre de l’analyse du discours spécialisé, que de la logique et des sciences et techniques, dans son rapport à l’objet décrit. Ce livre, dans lequel des spécialistes de divers domaines dressent un panorama de cette discipline en évolution, explore ainsi les multiples approches – actuelles ou émergentes – de la terminologie. On y découvre ses filiations avec de nombreux champs du savoir, dont la communication, la sociologie, la linguistique informatique, les technologies modernes et la documentation. L’ouvrage, qui approfondit certaines questions contemporaines, se veut également une nouvelle introduction à la terminologie ainsi qu’un repère pour se retrouver dans les différentes voies de recherche terminologiques et les applications contemporaines de cette discipline. Il intéressera tout lecteur curieux des faits de langue et des vocabulaires spécialisés.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 10 avril 2013
Nombre de lectures 12
EAN13 9782760320536
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0055€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Collection Regards sur la traduction
Dans tous les sens du terme
Sous la direction de Jean Quirion, Lo ï c Depecker et Louis-Jean Rousseau
Presses de l ’ Université d ’ Ottawa 2013 Office québécois de la langue française



Les Presses de l’Université d’Ottawa ( PUO ) sont fières d’être la plus ancienne maison d’édition universitaire francophone au Canada et le seul éditeur universitaire en Amérique du Nord. Fidèles à leur mandat original, qui vise à « enrichir la vie intellectuelle et culturelle », les PUO proposent des livres de qualité pour le lecteur érudit. Les PUO publient des ouvrages en français et en anglais dans les domaines des arts et lettres et des sciences sociales.
Les Presses de l’Université d’Ottawa reconnaissent avec gratitude l’appui accordé à leur programme d’édition par le ministère du Patrimoine canadien, à travers le Fonds du livre du Canada, et par le Conseil des arts du Canada. Elles reconnaissent également le soutien de la Fédération canadienne des sciences humaines, par l’intermédiaire des Prix d’auteurs pour l’édition savante, du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada et de l’Université d’Ottawa.
Les Presses reconnaissent aussi le partenariat de coédition avec l’Office québécois de la langue française ( OQLF ) ainsi que l’appui financier de la Faculté des arts de l’Université d’Ottawa et de la Société française de terminologie.
Révision linguistique : Jocelyne Bisaillon
Correction d’épreuves : Sophie Marcotte
Mise en page : Bartosz Walczak
Maquette de la couverture : Claude Dubois
Illustration de la couverture : Claude Dubois
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives Canada
Dans tous les sens du terme [ressource électronique] / sous la direction de Jean Quirion,
Loïc Depecker et Louis-Jean Rousseau.
(Regards sur la traduction, ISSN 1480-7734)
Comprend des réf. bibliogr.
Monographie électronique.
Publ. aussi en format imprimé.
ISBN 978-2-7603-2052-9 (PDF). ISBN 978-2-7603-2053-6 (HTML)
1. Terminologie. I . Quirion, Jean, 1964- II . Depecker, Loïc
III . Rousseau, Louis-Jean IV . Collection: Collection Regards sur la traduction (En Ligne)
P305.D36 2013 401'.4 C2013-900908-6
Dépôt légal :
Bibliothèque et Archives Canada
Bibliothèque et Archives nationales du Québec
© Les Presses de l’Université d’Ottawa, 2013


Introduction

Jean Quirion, Loïc Depecker et Louis-Jean Rousseau
O n peut considérer la terminologie comme l’étude systémique des vocabulaires scientifiques et techniques examinés dans la perspective cognitive et dans leur fonctionnement social. Au cours des 40 dernières années, nous avons été témoins de la naissance de la discipline, de la mise au point de méthodes de travail, des avancées de l’aménagement terminologique, des percées de la terminotique et des premiers pas de la terminométrie. Depuis quelques années, on assiste à une évolution accélérée des réflexions théoriques sur la terminologie, à son ouverture à d’autres disciplines ainsi qu’à l’éclosion de divers courants de pensée qui sont autant de tentatives pour cerner une discipline bouillonnante. L’orientation conceptuelle est enrichie de courants originaux, qui n’encapsulent pas la terminologie, mais la rendent au contraire plus que jamais perméable aux influences d’autres domaines.
Au fur et à mesure de son évolution, la terminologie élargit son cercle d’interactions au-delà de la linguistique et de la traduction, pour nouer des liens avec nombre de disciplines qui l’éclairent chacune à sa façon. Issues tant des sciences humaines que des sciences expérimentales, ces disciplines participent à l’évolution de la terminologie hors des cadres définis jusqu’à récemment. Par ailleurs, la diversification des utilisations des terminologies crée de nouvelles attentes et de nouveaux besoins qui vont bien au-delà de la présentation et de l’usage traditionnel des données terminologiques.
La terminologie, soit l’ensemble des termes spécifiques à une science, à une technique ou à un domaine particulier de l’activité humaine, représente aujourd’hui une discipline à part entière. Elle relève aussi bien de la linguistique, dans le cadre de l’analyse du discours spécialisé, que de la logique et des sciences et techniques, dans son rapport à l’objet décrit. Ce livre, dans lequel des spécialistes de divers domaines dressent un panorama de cette discipline en évolution, explore ainsi les multiples approches – actuelles ou émergentes – de la terminologie. On y découvre ses filiations avec de nombreux champs du savoir, dont la communication, la sociologie, la linguistique informatique, les technologies modernes et la documentation. L’ouvrage, qui approfondit certaines questions contemporaines, se veut également une nouvelle introduction à la terminologie ainsi qu’un repère pour se retrouver dans les différentes voies de recherches terminologiques et les applications actuelles de cette discipline. Il devrait intéresser tout lecteur curieux des faits de langue et des vocabulaires spécialisés. Les auteurs de cet ouvrage ont été guidés par les objectifs suivants :
• stimuler la réflexion sur les apports des disciplines avec lesquelles la terminologie entretient des relations de plus en plus importantes, telles que la sociologie, l’ethnologie, les sciences politiques, la gestion des connaissances, la documentation, les technologies langagières ;
• rendre compte de l’étendue des avancées scientifiques récentes de la terminologie et de la place qu’elle occupe dans le savoir scientifique actuel ;
• illustrer les nouveaux champs de recherche et d’application de la terminologie ;
• faire le point sur les développements récents de la terminologie en conjonction avec d’autres disciplines et déterminer l’impact de ces changements sur la pratique terminologique ;
• proposer une nouvelle lecture des principes fondamentaux de la terminologie.
Ce nouvel état des lieux de la terminologie actuelle vient combler une importante lacune, car rien de tel n’a été publié depuis au moins dix ans. Par ailleurs, l’ouvrage s’inscrit dans la continuité de l’important colloque tenu en 2007 à l’Université du Québec en Outaouais, Terminologie : approches transdisciplinaires. Ce colloque a réuni plus de 275 experts provenant d’une vingtaine de pays, et une centaine de communications y ont été présentées. Le collectif ne réunit pas des actes de colloque, car si certains textes sont inspirés de présentations tenues à ce dernier, d’autres contributions sont inédites.
L’idée nous est venue de dresser le portrait d’une discipline polymorphe à partir des réflexions de divers penseurs contemporains. Chacun d’eux éclaire une portion du territoire terminologique, à la frontière qu’il occupe avec d’autres disciplines. Cet instantané sur les multiples directions que prend la terminologie fait état des progrès, théoriques et pratiques, de la terminologie. Les croisements entre cette dernière et les autres permettent, par approches contrastées, de mieux la définir.
L’ouvrage réunit des auteurs aux profils variés, qui, ensemble, témoignent d’une terminologie polymorphe. Les contributions ont été regroupées sous deux grands thèmes : la culture et la société (1) et la mise au jour et la gestion des connaissances (2).
1. C ULTURE ET SOCIÉTÉ
C’est par le thème de la culture et de la société que s’amorce cet ouvrage collectif. Quiconque s’intéresse à l’usage linguistique constate d’emblée son enracinement dans les sphères personnelle, communautaire et sociale. À cet égard, l’usage terminologique ne diffère pas, comme en fait foi le changement progressif des paradigmes disciplinaires depuis que Wüster en a jeté les bases, il y a de cela quelques décennies. Qu’on les considère sous leurs aspects sociaux, cognitifs, textuels, communicationnels ou autres, les termes échappent encore à une description complète. C’est aux usages que s’intéressent Depecker, Montané March et Cabré Castellví, ainsi que Rousseau ; ils cherchent à mieux cerner les motivations, la diffusion et l’évolution de ceux-ci. Ils se rejoignent dans la description terminologique qu’ils proposent. À titre d’exemple, la description de Depecker offre une remarquable complémentarité au suivi de l’implantation terminologique proposé par Montané March et Cabré Castellví. Qui plus est, la somme de leurs apports met à la disposition du communicateur une terminologie accessible, dont la motivation et la diffusion jouent le rôle d’indicateurs dans l’exercice de la médiation linguistique. Lorsque l’on combine les réflexions menées par les contributeurs sur les thèmes de la culture et de la société, il se dégage des perspectives sur la description et sur l’évolution de la néologie, et sur l’accessibilité de l’acte de communication. Leurs réflexions s’inscrivent dans un contexte où la quantité d’informations disponibles électroniquement va croissant et où les outils informatiques abondent pour les traiter. Ces progrès ouvrent de nouvelles perspectives, qui alimentent les réflexions sur la dynamique des échanges terminologiques, mais dont l’élan entraîne au passage une évolution méthodologique de la terminologie et de la terminographie. Il est intéressant de noter que la matière première que constituent les corpus bilingues largement disponibles est exploitée dans les deux sections de l’ouvrage. En effet, ils sont utilisés, d’une part, comme révélateur discursif d’une société et, d’autre part, comme source de connaissances sur le monde. La représentation et la gestion des connaissances sont également à la base des contributions de Roche et d’Angjeli, qui portent sur la modélisation des concepts et sur l’accès à ceux-ci. Cette représentation de l’information et sa diffusion subséquente sont essentielles, non seulement au terminologue, mais aussi à tout émetteur ou destinataire de communications spécialisées. L’exploitation de quantités aussi colossales de données est rendue possible grâce au traitement automatique des langues naturelles ( TALN ). Ce sont les travaux sur le sujet, comme ceux menés par Barrière, qui facilitent l’accès au contenu des documents (les connaissances) et à la forme (les éléments discursifs). Kister et Jacquey bénéficient des fruits du TALN dans leurs travaux sur la résolution d'ambigüités lexicales. Il ressort de cette brève présentation que les liens qui unissent les contributions de ce présent ouvrage sont riches et multiples, à l’image du développement de la discipline.
L’ouvrage s’ouvre sur une contribution de Loïc Depecker qui porte sur une discipline plus près de la réalité, du terrain : l’ ethnoterminologie. Poursuivant sur les avancées de la socioterminologie, ce concept novateur met en exergue le moulage que fait la langue des réalités culturelles. Il tente d’expliquer au plus près les tendances terminologiques d’une société, justifiant ses usages particuliers par les référents qui caractérisent, notamment, une strate sociale, un groupe géographique, une génération de locuteurs. Afin de mettre en œuvre l’ethnoterminologie, l’auteur suggère des études de terrain pour comparer les usages et proposer des explications des faits observés.
L’intérêt de connaître la dissémination des termes est à la source des travaux d’ Amor Montané March et de Teresa Cabré Castellví. S’inscrivant dans la lignée récente des chercheurs en terminométrie, ces chercheuses proposent un cadre d’étude de termes catalans, recommandés par l’organisme de normalisation linguistique catalan Termcat. Appliqué à un ensemble terminologique du domaine de l’informatique, ce cadre livre des données à la fois sur l’usage des termes et sur une série de facteurs qui influencent l’implantation terminologique.
Le point de vue communicationnel est traité par Louis-Jean Rousseau, qui livre ses réflexions sur la médiation linguistique, c’est-à-dire sur les activités de communication nécessitant la transformation ou l’adaptation d’un message parlé ou écrit de manière à le rendre intelligible à un public cible dans une situation linguistique donnée. Il y discute des phénomènes pouvant influencer l’efficacité de la communication, et particulièrement de la variation. L’auteur se penche aussi sur l’évolution des principes méthodologiques de la discipline.
2. M ISE AU JOUR ET GESTION DES CONNAISSANCES
La contribution de Caroline Barrière est un autre exemple éloquent de transdisciplinarité, car cette experte du traitement automatique des langues a acquis au fil des ans une fine connaissance de la discipline terminologique. Elle exprime dans son texte un point de vue original, où elle conçoit des allers et retours inspirants entre données terminologiques et applications de technologies langagières.
La modélisation des concepts retient l’attention de Christophe Roche depuis plusieurs années. Cet auteur, qui intègre les dimensions logiques, linguistiques et surtout épistémologiques de la terminologie, prend comme assise le paradigme d’ontoterminologie. Il place le concept au centre de sa démarche, tablant sur la nécessité d’une représentation informatisée de la réalité.
Laurence Kister et Évelyne Jacquey signent une contribution sur la résolution d’ ambigüités lexicales. Elles font porter leur attention sur la détection d’emplois concrets et abstraits de substantifs, qui trouvent leur utilité dans les domaines de la sémantique lexicale et de la polysémie logique.
La gestion des connaissances est aussi analysée par une spécialiste de l’information, Anila Angjeli. Partant du souci commun de la terminologie et de la documentation de donner accès à l’information, elle insiste sur l’une de leurs multiples facettes collaboratives, celle de la normalisation.
Cet ouvrage collectif se conclut sur une mise en perspective des avancées de la terminologie comme discipline évolutive et polymorphe. Teresa Cabré Castellví brosse un bref historique ainsi qu’un panorama de la terminologie dans le but de situer une variété d’approches du domaine ; ces dernières tentent d’appréhender l’objet terminologique de multiples points de vue, tout en observant le caractère unique du terme. L’auteure regroupe et organise des visions apparemment différentes, voire contradictoires. Point d’orgue du présent ouvrage, cette contribution met au jour les tensions et les appuis que suscitent les différents points de vue qui ont jalonné l’histoire récente de la discipline terminologique. Elle propose une réflexion théorique critique, multiple et bouillonnante, signe indéniable de la vitalité d’une discipline à part entière.






Culture et société


Chapitre 1
Pour une ethnoterminologie 1
Loïc Depecker
L a terminologie est parfois considérée comme une discipline à part. Elle serait à part de la linguistique, de la sociologie, de la psychologie et des autres sciences humaines. Ce serait une science pure pour des ingénieurs attentifs à faire des langues de bons instruments dépourvus d’échos, aptes à servir aux sciences et aux techniques, ou une activité de scientifiques férus de nomenclatures et friands d’étiquetages. Les terminologies aussi formeraient un ensemble à part dans la langue : à part du lexique, de la morphologie, de la syntaxe, des phénomènes d’énonciation et de style. De plus, les terminologies n’auraient pas d’implications culturelles.
Dans le cadre de la transdisciplinarité de la terminologie, thématique donnée à cet ouvrage, nous voudrions mettre en valeur l’idée contraire. Non seulement les terminologies sont pleinement impliquées dans les sciences et techniques (et celles-ci dans la société) et pleinement parties prenantes des langues, mais elles sont aussi par essence culturelles. Comme discipline, la terminologie doit rendre raison de cela. La socioterminologie s’y est employée. Cependant, dans l’état actuel, elle nous parait parfois insuffisamment apte à répondre à son objectif, qui est de développer une véritable sociologie de la terminologie. Nous souhaitons aller plus loin et, dans cette perspective, plaider pour une ethnologie de la terminologie. Celle-ci nous parait plus adéquate pour rendre compte des terminologies, au plus près de la diversité des problématiques et des terrains.
1. T ERMINOLOGIE
La terminologie est considérée comme la discipline traitant des vocabulaires techniques ou scientifiques, mais son champ de réflexion s’étend aujourd’hui plus largement à l’analyse des discours techniques et scientifiques, les uns et les autres étant imbriqués et souvent peu séparables. En effet, dans la terminologie sont en jeu non seulement des vocabulaires, mais aussi des expressions, des manières de dire, des tournures, des styles, bref, des discours propres aux disciplines et aux métiers. De fait, ces parlers – que l’expression parlers métiers met pleinement en valeur – participent de la description précise des concepts, activité centrale de la terminologie, mais aussi de la rédaction technique, de la traduction et de la recherche d'informations en langue naturelle. Au-delà s’étend le vaste champ, à peine défriché, de la conceptualisation, que nous définissons comme l’ensemble des processus qui nous font penser les objets en fonction des conditions géographiques, historiques, politiques, sociales, affectives, psychologiques, psychanalytiques. Autrement dit, dans une emprise culturelle fondamentale, et à partir de celle-ci.
Étrangement, la terminologie est parfois considérée comme à part dans les sciences humaines : à part de la linguistique, de la sociologie et de la vie des sociétés, de l’histoire et de l’évolution historique, de la philosophie du langage ou de toute autre discipline. Pourquoi ? Essentiellement parce qu’elle apparait surtout comme une pratique d’ingénieurs, de techniciens, de scientifiques, en un mot, d’experts qui, à des fins d’intellection, de rédaction, de documentation technique, ont un besoin impératif de nommer les objets et de décrire des procédures. Or, la terminologie ne porte pas seulement sur les langues, elle porte aussi sur les objets, les concepts et les représentations que nous nous en faisons, soit au moins une quadriangulation qui n’est généralement pas un mode opératoire de la linguistique et des sciences connexes.
En tout état de cause, il faut au moins partir de la distinction entre terminologie comme discipline et terminologie comme ensemble de termes, l’une et l’autre liées. Comme discipline, la terminologie est un mode d’analyse ; comme ensemble de termes, les terminologies sont un objet d’analyse. Car terminologie désigne aussi bien une discipline que tout ensemble de termes d’un domaine particulier.
À notre avis, plusieurs idées répandues ont contribué à cantonner ou à rejeter la terminologie dans des problématiques de nomenclatures. La première idée est que les terminologies sont à part du lexique, comme si elles se constituaient en vase clos et de manière artificielle, sans lien avec la vie ordinaire d’une langue. Ainsi, la terminologie répertorierait des termes de nomenclatures sans signification autre qu’utilitaire et serait faite de termes sans vie, issus du monde clos des spécialistes. Il est vrai que si l’on regarde des domaines comme la zoologie ou la botanique, on trouvera des ensembles de termes créés de toutes pièces, à des fins de compréhension universelle des nomenclatures. Dans celles-ci, le latin est souvent la langue, langue « morte » ou suffisamment macaronique pour éviter ambigüités ou mauvaises interprétations. Le centaure de Centaurea cyanus (Linné, Species Plantarum, 1753) n’évoque rien à priori, alors que bleuet, son équivalent ordinaire, qui présente le concept sous la forme d’une jolie fleur bleue, introduit à un autre mode de représentation, mettant sur le chemin de la poésie et permettant de conter fleurette. Par ailleurs, si on examine les terminologies de terrain, ou terminologies populaires, issues des pratiques et des classifications faites par des groupes humains particuliers, on entre dans une dimension de la langue qui est dans la continuité de la langue commune (langue de tous les jours). Il suffit de regarder les terminologies des plantes, des fleurs ou des champignons, pour voir un univers cohérent avec des modes de dénomination qui relèvent des rapports au monde des communautés humaines qui les désignent. Ainsi, Agaricus désigne une famille de champignons, agaric une espèce, agaric sylvicole ou agaric des bois, une sous-espèce ( Agaricus silvicola ), qu’on nomme aussi agaric anisé des bois, ou anisé, en raison de son goût particulier. Et si l’on veut des noms de bonne terre, pris dans l’imaginaire des amateurs de champignons, on trouvera des termes comme bitte ou satyre puant, transcendé par l’esprit du savant en Phallus impudicus. D’un côté, des noms scientifiques qui sont l’aboutissement d’une conceptualisation poussée de l’objet désigné, qui en décrit les propriétés de façon approfondie, afin de fixer un accord universel pour la désignation des objets et entités ; de l’autre, des noms ordinaires (noms triviaux) issus du terrain et de l’observation des populations qui trouvent utilité dans les objets en question. Il faut donc considérer que les terminologies ne forment pas des ensembles homogènes, qu’elles sont de provenances diverses et que s’y mêlent termes de nomenclature (taxons), termes construits et le plus souvent fixés par des comités de nomenclatures, et termes de terrain, issus de l’imagination linguistique des populations.
Une autre idée répandue est celle qu’une terminologie n’aurait d’existence que normalisée. Certes, on peut être amené à normaliser des termes d’une discipline afin de s’entendre à la fois sur la désignation et sur le concept de chaque terme en lui-même, mais il serait difficile de normaliser tous les termes d’une discipline, car il faut du temps et des moyens. En France par exemple, si l’on regarde les termes traités par les commissions officielles de terminologie et publiés dans le Journal officiel, on constate que sur une période de près de 40 ans, la normalisation officielle n’a touché qu’un peu plus de 5 000 concepts, soit environ 12 000 termes. C’est bien peu, par rapport aux millions de termes que compte aujourd’hui une langue comme le français.
À ces deux idées s’ajoute l’idée que les terminologies sont figées, comme si elles flottaient dans l’air, inaccessibles à l’évolution. Ce n’est évidemment pas le cas. Il suffit de voir comment évoluent des termes aussi contrôlés que ceux des centrales nucléaires, pour des raisons scientifiques, politiques, sociales, psychologiques ou autres. À titre d’exemple, prenons l’évolution des désignations de la centrale atomique : années 1950 : centrale atomique ; années 1960 : centrale nucléaire ; années 2000 : CNPE (Centre nucléaire de production d’électricité), le sigle ayant tendance à neutraliser l’impression terrifiante que produit le traitement de l’atome et que refait surgir à tout instant la désignation de bombe atomique.
Cet exemple illustre aussi la fausseté d’une autre idée répandue : un terme technique ou scientifique n’a pas de résonance, ce qu’on pourrait appeler la « matité » du terme technique ou scientifique. Il suffit, en effet, de tendre l’oreille et de guetter les réactions pour constater qu’il n’en est rien. Ainsi, la question des OGM est depuis des années sur la place publique. La qualité de sigle d’ OGM semble le mettre à l’abri de toute connotation particulière, le sigle ayant tendance à supprimer les images que tendent à promener les mots de tous les jours. Or, développé par les détracteurs de la culture des OGM , le sigle donne organisme génétiquement manipulé et non organisme génétiquement modifié. Et pour faire peur à la terre entière, il suffit de brandir non la menace du H 5 N 1 , mais celle de la peste aviaire.
C’est dire si les terminologies entrent dans la vie sociale et servent de référence à la pensée. La campagne présidentielle de 2007 a mis en valeur en France une image qui fleurissait depuis quelque temps : celle du « logiciel ». Dire de quelqu’un qu’il a toujours le même logiciel est devenu une marque de dépréciation de l’adversaire : il ne se met pas à niveau et continue de tourner sous le même logiciel vieilli. Cela signifie que l’adversaire est dans la « pensée unique » et dans la routine. Les termes restent ainsi éminemment réactifs et toute évocation est susceptible d’en faire des instruments de contestation.
Ce qui a sans doute occulté cet aspect sociolinguistique si évident est peut-être qu’on a tendance aussi à considérer un terme comme n’ayant qu’un seul sens. On prétend généralement que l’une des caractéristiques d’un terme ou d’une unité terminologique est d’être « monosémique ». Qualification que nous rejetons, car elle peut signifier littéralement « qui n’a qu’un seul sème », c’est-à-dire une seule unité minimale de signification, ce qui n’est guère le cas. Il faudrait dire, d’après nous, « monosémantique » (« qui n’a qu’une seule signification »). Il est vrai que la démarche générale de la terminologie tend à associer chaque unité terminologique au concept qu’elle désigne et vice-versa. Rêve ! La synonymie est partout et fonctionne dans un processus permanent de formulation et de reformulation, qui est l’un des principes d’évolution des langues. Une normalisation au sens strict ne peut intervenir et se maintenir que pour certains termes, et ce, dans des cadres extrêmement restreints.
Les idées reçues dont nous venons de traiter, et quelques autres, tendent à converger vers la croyance que les terminologies n’auraient pas d’implication culturelle. Croyance tenace ! Les terminologies constitueraient des langues artificielles, conçues in vitro, apanage unique et seule propriété des techniciens et des scientifiques. Or, pour nous, la terminologie est, par essence, culturelle. Il suffit de devoir choisir entre les termes ADN ou DNA pour être devant un choix qui n’est plus exclusivement scientifique. Le culturel se révèle partout dans la langue, dans les terminologies comme ailleurs. La question est donc de savoir comment traiter de cette dimension et comment y entrer.
2. SOCIOTERMINOLOGIE ET ETHNOTERMINOLOGIE
Les études en terminologie, particulièrement en France, se sont souvent efforcées d’aller au-delà des idées répandues auxquelles on a tendance à réduire la terminologie. Et il est vrai qu’on ne peut se représenter les terminologies indépendamment des conditions dans lesquelles elles sont produites et utilisées. À partir des années 1970, le courant de pensée d’inspiration marxiste qui a inspiré l’école de Rouen – autour particulièrement, de Marcellesi, Guespin et Gardin – a contribué à faire appréhender les langues et les phénomènes linguistiques en fonction des évènements qui marquent l’histoire. Parmi les grands concepts que met en place l’école de Rouen figure celui de glottopolitique, qui est défini comme tout acte, évènement, décision, susceptible d’avoir une répercussion sur les langues, la circulation de la parole, le pouvoir symbolique et politique qu’elles représentent. L’un des exemples cités est celui des lois Auroux promulguées en France en 1982, qui instituent une meilleure représentativité des salariés dans l’entreprise. Ce type d’approche est appliqué à la terminologie à la fin des années 1990, surtout sous l’impulsion de Guespin (1991). À la même période, la thèse de Gaudin (1993) met l’accent sur les aspects sociaux, dans une vision cependant coupée des réalités du travail des commissions ministérielles de terminologie.
Parallèlement, à partir du début des années 1980, plusieurs recherches et travaux menés au Québec s’orientent vers la description des faits terminologiques dans la vie sociale à des fins d’aménagement linguistique. Dans cette direction, à la suite des sommets de la Francophonie est créé, en 1987, le Réseau international de néologie et de terminologie francophone ( RINT ). Celui-ci, grâce à une coopération francophone instituée, ouvre le champ de la recherche terminologique à la comparaison des langues, notamment africaines et, de ce fait, aux conditions de possibilités réelles d’aider à l’évolution de langues de sociétés très différentes. Grâce à la participation d’acteurs de premier plan de plusieurs pays francophones, les travaux du RINT (1987-2001) ont eu entre autres avantages de faire converger ces différentes réflexions en les confrontant à des situations sociolinguistiques très diverses. De fait, il se révélait impraticable de laisser de côté les aspects sociaux de la terminologie. L’une des raisons principales est le constat de la difficulté d’anticiper et d’évaluer l’implantation des terminologies dans les usages réels, que commençaient à révéler les premières enquêtes d’implantation terminologique ( Terminologies nouvelles, n° 12, 1995 ; n° 16, 1997 et passim).
L’école de Rouen a incontestablement mis en valeur cette branche de la terminologie, intéressée à embrasser les faits sociaux, qu’elle consacre en socioterminologie. Mais la socioterminologie, tel qu’elle s’est réalisée jusqu’à présent dans les principaux articles et ouvrages, particulièrement en France, même si elle a fait bouger les choses, ne nous parait pas avoir répondu à toutes les attentes. La réserve que nous émettons ici n’est pas une critique : nous avons été partie prenante de ce courant et continuons de l’être. Il est évidemment primordial d’observer les répercussions linguistiques des évènements et de considérer dans cette perspective l’évolution des langues. Mais c’est là, à notre avis, observer les choses de façon principalement externe, sans rendre véritablement compte des motivations des sujets parlants. Et pour cela, il faut entrer dans un mode de description plus détaillée, capable de prendre en compte les dimensions sociologiques, culturelles, psychologiques, bref ethnologiques.
Il s’agirait, pour nous, d’aller plus loin et d’entrer dans le détail des situations. Dans cette direction, l’ambition est de fonder une approche de la terminologie qui reste plus proche du terrain, à la manière des ethnologues. Nous devons nous appuyer ici sur la distinction entre ethnologue et ethnographe. Que fait l’ethnologue ? Il étudie les faits humains en faisant porter son analyse sur des groupes humains déterminés. Et l’ethnographe ? Il s’efforce de recueillir sur le terrain et de mettre en forme les activités d’un groupe humain donné, souvent de taille limitée, en s’efforçant de rendre raison des mécanismes visibles, mais aussi des motivations sous-jacentes. Cela, en partant des objets et acteurs, de leur situation géographique, de leur implication dans une histoire, un environnement, des interrelations avec la nature, la géographie, les paysages, les communautés en contact. Il faut pouvoir décrire et expliquer l’organisation sociale d’un groupe humain donné, le jeu des alliances entre clans, familles et individus, l’alimentation, la répartition des tâches, les modes de travail et de production, le type d’habitat, etc. Il peut être important de regarder, par exemple, comment la fumée s’échappe d’une habitation (Mauss, 1947, p. 77), mais aussi l’endroit d’où elle s’échappe. Pour expliquer la vannerie, les nœuds, les objets tressés, il faut en décrire la forme, la matière, le façonnage ; il faut décrire aussi le jeu des doigts, la façon dont les mains alternent, comment jouent les faces palmaire et dorsale de la main, etc. Et cela, en variant les points de vue. Ne pas regarder seulement l’objet en tant que tel. Par exemple, pour une sandale, on pourrait se poser la question suivante : « Comment tient-elle au pied ? » ( ibid., p. 69). C’est donc chaque fois l’ensemble d’une situation dans un environnement donné qu’il faut décrire : objet, fonction de l’objet, maniement de l’objet, voire intentions, opérations, structures conscientes et inconscientes de chacun des acteurs et de l’ensemble du groupe humain considéré.
Il faut comprendre ici que nous ne devons pas seulement observer objets et actions de façon abstraite et statique, mais aussi les analyser en relation avec les fonctions auxquelles ces objets répondent dans un milieu particulier, nommés par un groupe particulier d’acteurs. Il s’agirait donc de décrire le réel de près, en essayant de rester au contact de cette logique du concret dont parle Lévi-Strauss ( Anthropologie structurale deux, 1973 [1968] ).
On n’imagine pas facilement que l’ethnographie a souvent un mode d’analyse comparable à l’approche terminologique, ou plutôt terminographique, si l’on veut prolonger ici le balancement ethnographie/ terminographie. Il s’agit bien, dans la démarche ethnographique, de décrire le mode de vie d’une communauté, les objets qu’elle crée et utilise, les actions qui rythment le quotidien, les types de fêtes et de cérémonies, les modes de conception et de raisonnement, les cadres de pensée, les relations entre concepts, relations souvent assez difficiles à se représenter. Pour faire comprendre celles-ci, on peut prendre une structure simple, comme celle du noyau familial, et l’appréhender comme le ferait le terminologue. Il faut ici s’attacher à reconstruire la manière dont les langues structurent les objets du monde et les concepts issus de ces objets. On peut par exemple représenter une structure de parenté, considérant que les « objets » sont ici des membres de la structure familiale biologique. Si on met en regard le français et l’anglais, on a :

Niveau 1
grand-père
grandfather

grand-mère
grandmother
Niveau 2
père
father

mère
mother
On constate que la proximité des deux langues, fruit de l’histoire événementielle, a eu dans ce domaine, pour les niveaux conceptuels 1 et 2, des répercussions sur la structure interne des deux langues. Les couples dyadiques qui lient les niveaux 1 et 2 sont caractérisés par le préfixe grand dans les deux langues. Si on passe au niveau 3, selon qu’on se situe par rapport au niveau 1 ou au niveau 2, on a :
Niveau 3
fils/petit-fils
son/grandson

fille/petite-fille
daughter/granddaughter

Dans le rapport entre les niveaux 2 et 3 – père/fils et father/son –, on observe une alternance lexicale au premier descendant. Et dans le rapport entre les niveaux 1 et 3 – grand-père/petit-fils –, une alternance grand/petit au deuxième descendant, mais uniquement en français. L’anglais établit le rapport « grand-père »/« grand-fils », marquant la relation non par une alternance, mais par une répétition ( grand/grand ). C’est ainsi, en français, l’opposition grand/petit qui caractérise la filiation au deuxième ascendant. Alors qu’en anglais grand forme le préfixe dyadique qui lie deux à deux les degrés de parenté.
La démonstration de l’organisation de relations entre concepts dans les langues, effectuée ici sur des structures de parenté, peut paraitre simple. Elle a l’avantage de montrer ce que peut être une relation entre concepts. Nous comprenons chacun le concept de père, mère, fils, fille, petit-fils et petite-fille, au moins d’un point de vue biologique. De plus, on observe une autre proximité entre la démarche de l’ethnologue et celle de l’anthropologue : ce que l’anthropologue nomme généralement « degré de parenté » correspond, pour le terminologue, à un niveau conceptuel particulier (Depecker, 1999, 2002 et passim ). En tout état de cause, on observe ici combien les langues sont porteuses de représentations, même si la conscience qu’on peut en avoir est éminemment relative.
Ce genre de reconstruction des structures linguistiques identifiables dans une communauté est couramment faite par les ethnologues. C’est souvent le passage obligé pour comprendre les autres faits de société, particulièrement les jeux d’alliance et les prohibitions. Les linguistes s’y sont intéressés çà et là, comme en témoigne par exemple l’admirable Vocabulaire des institutions indo-européennes de Benveniste. Il s’agit, dans une démarche rigoureuse, attentive à interroger et à remettre en cause la plus simple évidence, de reconstituer à partir des formes, les sens, les thèmes, et les structures des sociétés qui ont composé la civilisation indo-européenne. C’est aussi dans cette direction que nous souhaitons aller, en resserrant le cadre d’analyse. De fait, le cadre offert par la reconstitution de l’indo-européen apparait trop vaste, les limites tant géographiques que temporelles s’avérant peu maîtrisables. Il s’agirait pour nous d’aborder sous cet angle le champ de la terminologie comparée, voie de recherche encore peu investie, souvent par manque de matériau ou de méthode. Parmi les recherches qui ont mis sur cette voie, le travail sur les langues africaines a été un catalyseur. Si, dans le prolongement des recherches menées par l’équipe de Diki-Kidiri, on regarde la manière dont vélo est nommé dans plusieurs langues africaines, on observe qu’elles ont chacune un mode de présentation particulier du concept. Le sango (Centrafrique) dit gbâzâbängâ (« roue de caoutchouc » = roue + caoutchouc). Le bambara (Mali) dit nàgàsó (« cheval de fer » = cheval + fer). Le liliko (Congo) dit magu-mákwanganya (« quatre pieds »). Voilà ce que nous pourrions appeler l’exprimé de la forme. Il faut, à partir de là, s’efforcer de rendre raison de cet exprimé, en dégageant une explication. Plusieurs types d’explication sont envisageables. Une explication linguistique possible est d’associer forme et sens en énumérant les traits sémantiques associés dans le signe. L’explication terminologique se tournera davantage vers la réalité considérée, en énumérant les propriétés de l’objet désigné et en appariant les concepts exprimés avec les unités terminologiques considérées.
Il faut cependant aller plus loin que la simple observation, méthode que suit généralement l’ethnologue. Il faudrait s’efforcer d’expliquer pourquoi ce sont ces unités linguistiques qui ont été adoptées, à la place de toutes celles qui ont pu ou auraient pu concourir dans ces langues à l’équivalent de vélo. L’explication ethnoterminologique serait de partir d’une réalité considérée, de l’observer en situation, en prenant en compte aussi bien la situation présente que l’histoire dont elle est issue. Ainsi, quelle explication donner au sango gbâzâbängâ (« roue de caoutchouc » = roue + caoutchouc) ? L’Afrique centrale étant, depuis le début du XX e siècle un producteur important de caoutchouc, les locuteurs ont sélectionné, de l’instrument commode apparu en Afrique, la propriété particulière d’avoir des roues de caoutchouc. Pour le bambara nàgàsó (« cheval de fer » = cheval + fer), on note que les populations parlant bambara ont, fortement inscrit dans leur culture, l’élevage du cheval. Quant au liliko magu-mákwanganya (« quatre pieds »), la raison reste à trouver. Est-ce l’idée que cet engin dédouble les pieds ? (d’après Diki-Kidiri, 2006).
En utilisant une démarche ethnoterminologique, on devrait donc être soucieux d’expliquer les terminologies en veillant aux processus en cause dans l’appropriation des objets techniques ou scientifiques par des communautés données. Et dans cette direction, il s’agirait de prendre en considération l’objet et le concept qui le constitue en unité de pensée et aussi les processus de perception qui y conduisent de même que les représentations qui en résultent. Il faut donc au moins ajouter à la triade traditionnelle en terminologie : objet, concept, signe, les dimensions de la perception (percept) et de la représentation (« représentème » = unité de représentation). Cela signifie qu’il faut considérer l’objet en examinant les concepts et percepts en cause, en étudiant la manière dont s’effectuent conceptualisation et perception – à envisager chacune comme des processus. Considérer également comment s’est développée la transformation en signe linguistique (en tenant compte des expressions concurrentes, des synonymes, des mises en discours et des formulations, etc.). La préoccupation majeure étant d’examiner les processus de conceptualisation, de perception et de lexicalisation, de façon à en rendre raison dans le contexte d’un groupe humain donné. Ce serait là un exercice permanent de terminologie comparée qui non seulement rendrait service au terminologue, en l’aidant à appréhender le cadre dans lequel il procède, mais aussi aux artisans, techniciens et scientifiques, en leur permettant d’entrer plus avant dans la pensée technique et scientifique des sociétés.
À l’horizon se profilent inévitablement le conscient et l’inconscient des sociétés, chers à Lévi-Strauss.
3. E THNOVISION, ETHNOTERMINOLOGIE, ETHNOTERME
D’une façon générale, les langues se prêtent facilement aux analyses ethnologiques, car elles sont l’une des formes les plus immédiates des représentations. Cette constatation est à la portée de chacun et s’observe en permanence dans la langue commune (la langue ordinaire). Il est par exemple étonnant que soit couramment utilisée dans la presse canadienne, particulièrement québécoise, l’expression « rendre l’âme » pour parler d’une personne qui est morte. Le malfaiteur a rendu l’âme dans une flaque de sang (!). Indice d’une société dont la religion croit à l’âme et à sa séparation d’avec le corps. Plus étrange encore est le fait d’utiliser la même expression au sujet d’un objet : « Votre aspirateur-traineau a rendu l’âme » (!). Proverbes et expressions toutes faites débordent de ces excès d’images. Ainsi en est-il de « pour manger avec le diable, il faut une longue cuillère », « ne croire ni à dieu ni à diable », qui révèlent les indices d’une opposition manichéenne issue de superstitions et de représentations anciennes. On peut entrer par là très avant dans les systèmes de croyances et dans le conscient et l’inconscient d’une société. Si on regarde les terminologies des métiers, on y trouvera inscrits peurs et tabous. Dans la marine, mourir, c’est faire un trou dans l’eau. En médecine d’urgence, un mort est un delta charlie delta (un DCD ). Et au théâtre, le sacré du rideau rouge peut devenir son contraire : « Envoie l’ torchon ! ».
Ces indications mettent sur une voie : on peut examiner l’exprimé de la forme, aussi bien pour la langue ordinaire que pour les langues de spécialité. Il faut regarder s’il est possible de faire parler la forme des termes. En quelque sorte, aller « sous le signifiant, et selon la donnée du signifiant, et par les voies de l’introspection, […] retrouver le signifié » (Guillaume, Leçon du 25 novembre 1948-série A, p. 69). Si on prend le terme atome, on remarque que la forme signifie littéralement « qui n’est pas coupé, qui ne se coupe pas ». Alors que nous connaissons aujourd’hui la fission de l’atome. Atome se trouve donc à exprimer une conception ancienne et dépassée de l’infiniment petit. Nos sociétés ne cessent de vivre dans des conceptions anciennes, voire antiques, en raison de la force d’inertie de la langue. On peut avoir cessé de croire à la séparation de l’âme et du corps ou à l’insécabilité de l’atome, tout en continuant sans y penser à utiliser les termes en question, promenant avec nous maintes conceptions superposées et souvent dépassées. Il y a là, sous-jacents, plus de 25 siècles de croyances !
Il ne faut donc pas penser que les terminologies sont toujours adaptées à leur objet et qu’elles seraient fixées sur des concepts immuables. Au contraire, les terminologies sont prises dans l’évolution de la pensée et des langues, et rejoignent là les autres signes. En somme, les terminologies ont elles aussi une vie sémiologique. Elles portent la trace des conceptions du monde, qui restent souvent incluses dans la composition des termes. Cela explique le difficile exercice de la néologie, quand il s’agit de créer ou de fixer des terminologies nouvelles. Le néologue doit tenir compte de la nécessité d’inventer des termes parlant aux usagers et de la nécessité de ne pas figer dans une forme la conception qu’on se fait d’un objet à un moment donné, de façon à garantir au terme sa rigueur d’expression dans la durée. C’est là un des paradoxes qu’il rencontre. Si on prend des termes plus récents, tel azote, créé lors de la révolution chimique du XVIII e siècle, il nous est dit par l’un de ses promoteurs, Guyton de Morveau, qu’il a été créé sur l’ a privatif grec et zoê. Il signifie approximativement « non vivable ». Mais l’azote, en tant qu’entité chimique, peut-il se réduire à ce seul caractère ? Nullement.
On doit donc penser que l’imaginaire d’une société est fait d’une superposition et d’un entrecroisement de représentations formées dans la langue et plus largement dans les institutions, les croyances, les morales, les comportements d’une communauté, voire de plusieurs communautés. Il faudrait, à partir de l’exprimé de la forme, entrer dans ce que nous appellerions « l’exprimé de l’idée ». C’est là un des principaux modes d’analyse de Benveniste, particulièrement dans Le vocabulaire des institutions indo-européennes (1969).
De fait, comment expliquer ces phénomènes à l’aide d’une approche culturelle ? Pour nous, il convient, dans tout travail terminologique, de prendre la mesure des situations dans lesquelles sont utilisées des terminologies, donc de dresser ce qu’on peut nommer, à la suite de Gonseth, un référentiel (1975). Le référentiel est le système de référence dans lequel évoluent et se développent des êtres vivants. Ces références sont à la fois objectives (géographiques, environnementales, institutionnelles etc.) et subjectives (culturelles et faites d’allusions, de valeurs particulières à une société). Tout sujet parlant s’exprime donc dans un référentiel donné, entre le déjà là et son projet de vie : « Le langage met partout en œuvre une pré-information dont les sources ne sont pas toutes à découvert » ( ibid., p. 27). Il faudrait donc, pour tout projet terminologique allant dans ce sens, dresser une cartographie susceptible de rendre raison de l’usage des termes. Ainsi, dans le service d’une entreprise qui utilise des logiciels en anglais, on peut s’attendre à trouver des terminologies d’emprunts et de calques, les termes techniques étant incrustés dans l’outil. Cette cartographie (qui prend la forme de ce que nous appelons un terminogramme ) devrait aider à situer les raisons d’une situation linguistique à un moment du temps (en synchronie), et d’expliquer et de prévoir les évolutions terminologiques sur une longue durée (en diachronie).
Plusieurs grands théoriciens sont allés de ce côté, dont Rey-Debove (1998, [1993]) qui, à la suite de Gonseth, parle du référentiel comme d’un ensemble d’éléments de connaissance auxquels se réfère un sujet utilisant une langue et un système de signes. Il faut comprendre ici que le réel est ce qu’il est et non le réel du logicien, fait de relations, autant que possible, constantes et universelles. Il s’agit du réel ordinaire, qui n’est pas le même pour tous, qui est pour chacun d’entre nous vécu et intégré différemment. Le référentiel donne donc le réel, mais aussi se donne comme réel. Cela signifie que « la licorne ou Odette Swann existent au même titre conceptuel que le cheval et Jules César » (Rey-Debove, 1998 [1993], p. 6). Les usagers des langues et de tout système de signes en général puisent dans leur réel ordinaire pour prélever et sémiotiser certains faits, évènements ou phénomènes, bref, pour référer, le référentiel étant le canevas sur lequel se précisent les représentations, canevas que le sujet phénoménologique ne cesse de travailler.
Il faut, en effet, viser un référentiel qui sera conçu selon une approche phénoménologique. Les phénomènes incluent la perception d’un environnement, d’un monde d’objets et d’une culture donnés, mais aussi les faits et effets de pensée et de représentation. Le référentiel serait donc, pour nous, au sens plein, dans une société ou un groupe humain donné, un ensemble individualisé de perceptions et de connaissances, dont certaines sont sémiotisées (mises en signes), et d’autres, représentées, imaginées, intégrées au plan conscient ou inconscient. Dans cette perspective, le réel ne se réduit pas aux objets : il se compose aussi des représentations, lieux communs, sentences, proverbes, histoires, mythes, imaginaires, fictions, valeurs, qui animent une communauté, une société, un groupe humain, un individu. Il ne faut pas oublier que ce réel est pris dans la durée, voire dans des durées différentes, les composantes de ce réel n’évoluant pas de façon linéaire et à la même vitesse. Cela permet d’expliquer les continuités, les discontinuités ou les résurgences de certains mythes sortis tout droit de l’Antiquité ou du Moyen-Âge. Ainsi en est-il de la vogue actuelle en France des vampires, qui ne peut manquer d’avoir des conséquences terminologiques. Dans l’exploration à peine amorcée des grands fonds marins apparaissent d’étranges créatures, comme le vampire des abysses, sorte de méduse dont la robe apparait, dans la nuit des abîmes, en un rouge sang dans le projecteur du sous-marin.
La notion de référentiel implique le réel et les représentations que nous nous en faisons, où entrent en jeu perceptions, sensations, affections, imaginations, etc. Et nous n’avons accès qu’à une partie de ce réel, le reste demeurant dans une sorte de brouillard vide de mots et de signes, car non représenté ni sémiotisé. Ce référentiel dont nous parlons s’inscrit donc dans une réalité particulière, propre à chaque groupe humain et à chacun d’entre nous, se présentant comme l’effet d’une manière de voir, de perce voir et de conce voir. En somme, d’une ethnovision, comme Pottier la conçoit : « Le locuteur opère une sélection des possibles, en fonction de ses habitudes de concevoir (culturel) et des circonstances de la communication. On peut parler d’« ethnovision » ( Théorie et analyse en linguistique, 1992, p. 70). Pour nous, cette ethnovision se manifeste à maints endroits dans les langues, et peut expliquer bien des phénomènes, comme le fait que les terminologies d’une même langue restent souvent cantonnées dans des espaces géographiques particuliers, comme on le constate de nombre de terminologies de France inemployées au Québec ou ailleurs (Depecker, 2001), ou encore l’inverse, que les terminologies des pays francophones prennent rarement pied en France, sauf par chance ou de façon exotique. Dans ces états de fait, ce n’est pas seulement l’espace géographique qui diffère, mais l’histoire, la culture, la formation générale, les traditions, les références de tout ordre. Bref, le référentiel s’avère, en tout lieu et de moment en moment, différent. Il en résulte des modes de formulations propres à certaines aires de la francophonie, souvent vivantes et pétillantes, qui ne cessent de nous surprendre. Il suffit, par exemple, d’écouter la langue de la rue en Afrique où faire marche avant, c’est avancer, faire marche arrière, arriérer, donner un cadeau, cadeauter, donner un coup de couteau, couteauner (Depecker, 1990). On est loin ici d’une néologie de lettrés !
Pour ces différentes raisons, nous souhaitons étendre la notion d’ethnovision à une dimension phénoménologique, non de type sartrien, trop réduite à une description de la perception et de la conscience, mais à une phénoménologie ouverte sur l’inconscient. C’est dans ce sens qu’il faudrait pouvoir appliquer les méthodes ethnographiques aux différentes situations linguistiques, en faisant une description approfondie des situations de production et de communication. En portant là un regard ethnologique, avec une méthode, s’il se peut, ethnographique, au plus près du terrain, de fait, « procéder toujours par inventaire, en ne négligeant aucun détail » (Mauss, 1947, p. 100). On l’aura compris, ce regard est à tourner non seulement vers des populations lointaines, vers « les sociétés qui relèvent de l’ethnographie » ( ibid., p. 174), mais aussi vers nous-mêmes. Dans une approche ethnoterminographique, on s’apercevrait, par exemple, que se sont superposées au fil du temps, dans une entreprise comme EDF , plusieurs types de terminologies, qu’on peut ramener de façon générale à des terminologies de conception des matériels et à des terminologies d’application (Dourgnon-Hanoune, 2007). L’une des questions centrales est de comprendre comment ces terminologies sont reprises, comprises et maîtrisées par les générations de techniciens et d’ingénieurs qui se suivent.
Pour se construire, cette ethnoterminologie sera notamment attentive à ce que nous appelons les « ethnotermes ». Pour nous, un ethnoterme est un terme qui est l’expression d’une situation, d’un état, d’une réalité propre à une communauté, à un groupe humain, même infime. Cela, à l’image du symptôme observé par le psychanalyste, en lequel se trouve condensé un faisceau d’affects (qui se nouent par exemple en une souffrance souvent inconsciente du patient). Examinons l’ethnoterme foyer, tel que l’usage en est décrit en France par Rhoda Métraux et Margaret Mead (1954) : foyer comme l’intime de soi, de la famille, lieu clos et fermé dans lequel l’étranger est rarement reçu. Il faudrait ici prolonger l’analyse : qui exclut, mais qui enferme aussi (exemple : une mère au foyer ). Et l’étendre à la comparaison des langues, en regardant la manière dont on désigne la maison au sens du foyer intime : français foyer (« lieu où brûle le feu de la maison ») ; néerlandais huis (« maison »), mais thuis (« foyer ») ; anglais house (« maison »), mais « home » ( « home sweet home » ) ; rouchi s’maison ( « Ah, ç’qu’on est bien à s’maison ! » ) ; ouest de la France, Canada : « chez nous » (même si on habite seul).
4. C ONCLUSION
Nous venons de donner quelques pistes pour fonder ce que nous appelons une « ethnoterminologie » ( Depecker, 2007), à savoir la branche de la terminologie qui étudie les terminologies selon un point de vue ethnographique (étude de terrain) et ethnologique (généralisation des faits observés et comparaison des groupes humains). Il y aurait donc une ethnoterminologie, comme il y a une ethnopharmacologie, une ethnopsychologie, une ethnosexologie… On pourrait, de la même façon, appeler « ethnoterme » tout terme condensant certains aspects particuliers d’une culture, tels que igloo, chalet, buron.
Il s’agit de dessiner les voies susceptibles de mettre en valeur la dimension ethnologique de la terminologie pour en faire une ethnoterminologie, discipline qui étudierait les terminologies des sujets parlants. Cela, en dépassant le point de vue anthropologique, trop vaste, ou le point de vue sociologique, trop diffus, souvent réduit à expliquer les faits sous un angle peu apte à rendre compte du détail, pourtant éminemment significatif. Il faut se souvenir du principe énoncé par Mauss de toujours dresser l’inventaire, « en ne négligeant aucun détail ».
De fait, les grands concepts de la socioterminologie (glottopolitique, normaison, etc.), même s’ils apportent beaucoup sur le plan de la macrostructure, ont tendance à englober les faits sous de vastes problématiques, sans pour autant décrire ce qui se passe véritablement sur le terrain. C’est encore là considérer la langue comme une sorte de superstructure qui ne serait qu’une caisse de résonance des soubresauts de l’histoire. De notre point de vue, cette perspective laisse échapper bien des phénomènes de nature plus spécifique et locale. Et surtout, elle ne rend pas compte de la diversité des situations. Les mailles du filet sont trop larges : elles expliquent les grandes lignes de force des évolutions, non la diversité des situations.
Cette ethnoterminologie, appuyée sur la notion d’« ethnovision » (Pottier, 1992), a le mérite d’offrir une perspective construite, fondée sur des cas concrets. Elle s’appuie sur des terminologies de terrain, qui rendent compte de la diversité des situations et des usages (Depecker, 1995) : elle est attentive à la fois aux objets, outils, ustensiles, appareils conçus dans des communautés données, et aux croyances, représentations, conceptions, processus qui situent et identifient les rapports entre une communauté et le monde vécu ou imaginé. La transformation de la nature passe évidemment par le savoir et le savoir-faire technique, qui reste à examiner de près.
Cette ethnoterminologie rompt aussi avec une certaine idée, encore répandue, de l’ethnologie tournée vers l’étude de populations lointaines ou de langues en voie d’extinction, car elle est à tourner vers nous-mêmes, vers le réel de nos sociétés et la diversité des groupes humains qui les composent, en allant notamment au plus près des métiers (services d’entreprise, boutiques de quincaillerie, imprimeries, etc.).
En tout état de cause, cette démarche aurait au moins pour avantage de tracer une direction susceptible de faire échapper à la tentation de plaquer sur une langue ou sur une situation linguistique des méthodes ou recettes employées ailleurs. Ainsi est-il déplacé d’envisager l’aménagement terminologique de la langue corse sans prendre en compte les valeurs, les aspirations, les représentations des Corses eux-mêmes. Les Corses, en général, sont restés proches de leurs traditions et peuvent ne pas souhaiter être absorbés par la société de consommation et de communication. Être îlien, ce n’est pas une mince chose ! Un chercheur comme Fogacci montre combien la langue corse peut être décrite dans certaines de ses composantes comme une entité cosmogonique, référant au rythme de la terre et des saisons ( Fogacci, 2006). Il y a donc besoin, s’il faut développer la langue corse, de le faire entre tradition et modernité, en tenant compte des aspirations et des besoins. On ne peut négliger ici d’examiner plus largement les soubassements des revendications qui agitent régulièrement la Corse .
De plus, l’ethnoterminologie aidera à mieux faire comprendre comment aborder certaines grandes questions d’aujourd’hui, par exemple celle de la biodiversité. En effet, pour préserver les espèces menacées, il faut pouvoir les situer, les décrire et les désigner sous des noms scientifiques, universellement identifiables, et sous leurs noms de terrain. Alors, le cueilleur de champignons ou l’amateur d’escargots, et plus largement les administrations et les collectivités territoriales, pourront les reconnaître et établir des plans de préservation de ces espèces qui soient facilement compréhensibles par les populations. L’espèce sans nom clairement identifié, c’est-à-dire, au sens propre, dépourvue de reconnaissance, risque tout simplement de disparaitre .
Les apports de cette ethnoterminologie et sa pratique, l’ethnoterminographie, se marqueront dans la description fine des besoins terminologiques, des situations dans lesquelles sont amenées à circuler certaines terminologies, des modes de formation linguistique particuliers aux différents domaines. Cela permettra sans aucun doute d’aider à créer des terminologies nouvelles, sur la base de référentiels précisés dans des terminogrammes établis. Dans tout projet néologique, l’une des questions à se poser devrait être la suivante : Comment appeler x, compte tenu du ou des milieux dans lesquels le néologisme devra être utilisé ?
Au bout du compte, dans toutes ces directions où l’ethnoterminologie est susceptible de nous projeter, nous rejoignons l’idée d’une « psychoterminologie », que nous percevions déjà lors de l’élaboration du Dictionnaire du français des métiers (1995). Une psychoterminologie attentive à étudier ce que nous y appelions les « surmots », mots de métiers lestés d’inconscient, comme peuvent l’être pour l’égoutier le rat (le « gaspard ») rencontré au détour d’un boyau ou pour chacun d’entre nous la figure toujours chargée du « chef » (le « patron », le « boss », le « vieux », le « taulier », le « pacha », etc.). Immense champ à défricher !


1 Ce chapitre reprend de façon plus complète la présentation que nous avons faite le 3 mai 2007 à l’Université du Québec en Outaouais à l’occasion du colloque Terminologie : approches transdisciplinaires.


Chapitre 2
Bases pour la construction d’une méthodologie de suivi de l’implantation terminologique 2
M. Amor Montané March et M. Teresa Cabré Castellví
L a terminologie est conçue comme un domaine interdisciplinaire, car elle est et a été l’objet d’approches différentes. Ainsi, comme l’expose Cabré dans la présentation de la traduction espagnole de l’œuvre classique de Wüster, Einführung in die Allgemeine Terminologielehre und terminologische Lexikographie, chaque domaine de connaissance étudie la terminologie sous un angle différent :
Ainsi, pour les linguistes, la terminologie est un sous-ensemble spécialisé du lexique d’une grammaire ; pour les spécialistes, cependant, c’est un ensemble de dénominations, non exclusivement linguistiques, représentant l’organisation conceptuelle d’une spécialité et servant également de moyens d’expression et de communication professionnels ; pour les aménagistes, la terminologie est une sphère de la langue dans laquelle on doit intervenir pour en réaffirmer l’existence, l’utilité et la survie et pour assurer, par sa mise à jour, sa continuité en tant que moyen d’expression ; en dernier lieu, pour les locuteurs (directs ou intermédiaires), la terminologie est un ensemble d’unités de communication, utiles et pratiques, évaluées en fonction de leur économie, de leur précision et de leur adéquation 3 (Cabré, 1998, p. 5).
Dans notre recherche, dans le domaine de l’aménagement linguistique, la terminologie est un outil pour assurer la survivance d’une langue et de son usage comme moyen d’expression efficace dans tous les contextes de communication. Ce point de vue est particulièrement pertinent dans le cas de la langue catalane : le catalan, comme la plupart des langues minoritaires et minorisées, a généralement besoin d’une intervention extérieure à la langue pour créer une terminologie propre, appropriée à chaque domaine spécialisé. Cette intervention sert de guide aux spécialistes pour l’adaptation des emprunts et la création de nouvelles propositions. En tant que matière transdisciplinaire, la terminologie touche tous les domaines de spécialité. L’aménagement terminologique doit, par conséquent, assurer l’existence de termes catalans dans tous les domaines.
En Catalogne, cette intervention linguistique est institutionnelle, c’est-à-dire faite par le gouvernement régional, la Generalitat de Catalunya, à l’intérieur d’un organisme qui est chargé de la normalisation de la terminologie en langue catalane, le Termcat. C’est le Consell Supervisor du Termcat, constitué de linguistes, de terminologues et d’experts, qui s’occupe concrètement de ce travail. Pour assurer le succès de l’implantation terminologique, les trois aspects de la normalisation y sont donc représentés : l’aspect linguistique, l’aspect terminologique et l’aspect pragmatique.
Depuis sa création en 1986, le Consell Supervisor du Termcat a normalisé plus de 6 000 termes dans des domaines divers. L’évaluation de l’implantation terminologique en langue catalane n’a toutefois pas encore été étudiée. Il y a bien eu quelques tentatives d’évaluation (Montané 2006, 2007 ; Vila, Nogué et Vila, 2007), mais on est encore loin du travail réalisé au Québec par Martin (1998), Auger (1999) et Quirion (2003). Ceux-ci ont travaillé sur la mesure de l’implantation de la terminologie en langue française et ont même proposé des protocoles d’évaluation.
Nous pensons que des mécanismes automatiques de suivi de l’implantation terminologique sont nécessaires, puisqu’ils ont pour objectif une meilleure connaissance de l’évolution des langues et du degré de succès de la politique terminologique, de même qu’une meilleure adaptation au développement scientifique et technologique avec la terminologie de la langue propre des usagers.
1. O BJECTIFS DE LA RECHERCHE
Le but de la recherche est d’analyser l’implantation de la terminologie normalisée en langue catalane afin de déterminer les facteurs qui l’influencent. Quirion les nomme « variables d’implantation » et il définit cette variable ainsi : « Facteur qui bonifie ou réduit les possibilités d’implantation d’un terme » (Quirion, 2003, p.176).
Notre objectif spécifique est d’analyser l’implantation d’un groupe de termes catalans représentatifs du domaine de l’informatique et des technologies de l’information et des communications ( TIC ) 4 . Deux objectifs concrets sont poursuivis :
• vérifier si le degré d’implantation des termes normalisés en langue catalane est hétérogène ;
• connaître les facteurs linguistiques qui contribuent à l’implantation terminologique, ou y font obstacle.
2. C ORPUS
Le corpus utilisé pour faire l’analyse se compose de textes du domaine de l’informatique et des TIC datant essentiellement de la période 2004-2006. La plupart des textes le composant datent de 2006, le plus ancien étant de 2002. Il est important que le corpus soit récent, puisqu’il doit être constitué de textes écrits postérieurs à la normalisation des cas analysés.
Deux catégories de corpus ont été dégagées :
• le corpus textuel, qui se compose de 55 600 mots ;
• le corpus terminologique, qui se réduit aux 103 cas normalisés localisés dans le corpus textuel (les termes normalisés et leurs concurrents normalisés et non normalisés). Pour l’établissement de la synonymie entre les unités, le critère de l’interchangeabilité contextuelle a été utilisé. En voici un exemple :
[1] Política de galetes (cookies). l’aoc no utilitza, en general, cookies quan un Usuari navega pel Web de l’aoc (Texte Condicions d’ús) 5 .
3. M ÉTHODOLOGIE
La méthodologie suivie est élaborée sur la base des comportements terminologiques observés dans l’usage des cas normalisés. La dénomination générique cas normalisé est utilisée pour les cas étudiés et adoptés par le Consell Supervisor du Termcat. Toutefois, dans l’usage, ceux-ci se manifestent aussi bien dans le terme normalisé (et dans les synonymes, synonymes complémentaires, sigles ou abréviations correspondants) que dans des concurrents non normalisés.
Les comportements terminologiques observés dans notre corpus sont les suivants :
• usage du terme normalisé ;
• usage d’un synonyme normalisé (ayant le même statut que le terme normalisé principal) ;
• usage d’une abréviation ou d’un sigle normalisés (ayant aussi le statut du terme principal) ;
• usage d’un synonyme complémentaire (ayant, dans la hiérarchie, un statut inférieur au synonyme normalisé) ;
• usage de la forme rejetée, qui est un terme qui a été explicitement écarté comme dénomination possible pour un concept par le Consell Supervisor ;
• usage d’une variante dénominative non normalisée du terme normalisé, d’un synonyme, d’une abréviation ou d’un sigle normalisés ou d’un synonyme complémentaire.
La classification de ces variantes dénominatives, prise principalement de Freixa (2002), est essentielle pour l’analyse de l’implantation et pour la création de l’échelle d’implantation présentée ici.
Les variantes dénominatives sont les suivantes :
• variantes orthographiques, correspondant à l’usage de sigles, changements orthographiques, changement de majuscules-minuscules, etc. Par exemple, escànner (avec deux n ) au lieu d’ escàner (avec un seul n ) ;
• variantes morphosyntaxiques, comme le changement de genre ou de nombre des éléments du terme. Par exemple, emoticó (masculin) au lieu de emoticona (féminin) ;
• variantes étendues, avec l’extension aussi bien à droite qu’à gauche. Par exemple, domini d’Internet sur la base de domini ; xarxa Internet sur la base d’ Internet ;
• variantes réduites de l’extension du terme et de la base. Par exemple, disc à partir de disc dur ;
• variantes lexicales, classifiées comme des variantes de l’extension ou de la base du syntagme (par exemple, correu escombraria pour correu brossa et arxiu adjunt pour fitxer adjunt, respectivement), ou comme des variantes complètes, correspondant à des variantes empruntées ( spam pour correu brossa ) ou à des variantes catalanes ( buscador pour cercador ).
Dans le tableau I , on peut observer des exemples de ces comportements terminologiques.

Tableau I Comportements terminologiques
Les différents comportements terminologiques relevés dans l’usage ont servi à créer une échelle d’implantation allant du succès à l’échec (voir tableau II ).

Tableau II Échelle d’implantation
Cette échelle d’implantation est une version préliminaire nécessitant des améliorations. Actuellement, elle comprend six degrés (0-5) d’implantation interprétables en termes de succès et d’échec :
• le degré 5 (maximal) correspond à l’usage du terme normalisé et des autres variantes normalisées. Ainsi, les variantes réduites, utilisées fréquemment en contexte, sont étiquetées avec le degré maximal ;
• le degré 4 (élevé) correspond à l’usage du synonyme complémentaire et de sa variante réduite ;
• le degré 3 (intermédiaire) correspond à l’usage d’une variante étendue, orthographique, morphosyntaxique ou lexicale (de l’extension ou de la base) du terme normalisé ou du synonyme normalisé ;
• le degré 2 (bas) correspond à l’usage de ces mêmes variantes, mais du synonyme complémentaire normalisé ;
• le degré 1 (minimal) correspond à l’usage d’une variante lexicale catalane ou d’une variante lexicale empruntée ;
• le degré 0 (nul) correspond à l’usage de la forme rejetée par le Consell Supervisor.
Ces degrés sont assignés à chacune des formes dénominatives relevées dans notre corpus d’exclusion. Pour calculer le degré définitif de chaque cas normalisé, il faut calculer la moyenne arithmétique de toutes les unités du cas.
4. A NALYSE DES RÉSULTATS
Afin de visualiser la distribution des degrés d’implantation des cas normalisés de notre corpus terminologique, nous présentons les résultats de la recherche sous forme de graphique (voir Figure 1).

Fig. 1 — Distribution des degrés d’implantation
Le graphique montre que plus d’un tiers des cas normalisés a réussi à s’implanter : les degrés maximal et élevé représentent 37 % du total. Un autre tiers n’a pas réussi : les degrés bas, minimal et nul représentent 34 % des cas. Les autres cas (29 %) sont en cours d’implantation. Voici l’analyse des résultats obtenus dans les six degrés d’implantation.
4.1 D EGRÉ D’IMPLANTATION 5 : MAXIMAL
Parmi les cas qui ont obtenu un degré d’implantation 5 (maximal), on observe trois situations différentes :
1) l’usage exclusif du terme normalisé (par exemple, dans le cas d’ ADJUNTAR 6 ) ;
2) l’usage du terme normalisé avec des synonymes ou d’autres formes normalisées (comme dans le cas de BUSCAR : buscar [terme normalisé], cercar [synonyme normalisé]) ;
3) l’usage exclusif du synonyme normalisé (par exemple, dans le cas de DESAR , seul le synonyme normalisé guardar est attesté).
Parmi les termes normalisés, on observe une régularité du point de vue de la formation des unités (voir figure 2) : plus de 50 % des termes normalisés qui ont réussi sont des emprunts adaptés à la langue catalane (par exemple clic, qui provient du terme anglais click ) et environ un quart correspond à des calques linguistiques (par exemple disc dur, qui provient du terme anglais hard disk ). Cela signifie que la plupart des termes normalisés implantés sont importés.
Il est aussi à noter que 7 % des termes sont déjà utilisés dans d’autres domaines et ont été « réutilisés » dans le domaine des TIC avec un sens identique. C’est le cas d’ EMMAGATZEMAR , qui était déjà utilisé dans le domaine de l’économie.

Fig. 2 — Unités correspondant au degré d’implantation 5
4.2 D EGRÉ D’IMPLANTATION 4 : ÉLEVÉ
Les cas présentant un degré d’implantation 4 correspondent à l’usage du terme normalisé avec des concurrents, aussi bien normalisés (synonyme complémentaire) que non normalisés. La figure 3 montre les comportements terminologiques documentés en excluant le terme normalisé.
Il est aussi intéressant de remarquer l’usage exclusif du synonyme complémentaire, qui correspond à 20 % des cas (par exemple, le cas d’ EMPAQUETAR , dont seul le synonyme complémentaire comprimir est attesté). La plupart des cas correspondent malgré tout à l’usage du terme normalisé et à des variantes lexicales de l’extension, comme dans le cas de B Ú STIA ELECTR Ò NICA , dont diverses variantes non normalisées sont attestées : bústia electrònica, bústia de correu electrònic, bústia de correu.

Fig. 3 — Unités correspondant au degré d’implantation 4
4.3 D EGRÉ D’IMPLANTATION 3 : INTERMÉDIAIRE
La variation est importante dans les cas du degré 3. L’usage du terme normalisé avec des variantes dénominatives diverses est habituel. Les plus utilisées sont les suivantes (voir figure 4) :
• les variantes orthographiques ( ESC À NER : escànner ) ;
• les variantes lexicales de l’extension ou de la base ( PROVE Ï DOR D’INTERNET : proveïdor de continguts ; PROCESSADOR DE TEXTOS : editor de textos ) ;
• les variantes empruntées ( ARANYA : spider )

Fig. 4 — Unités correspondant au degré d’implantation 3
4.4 D EGRÉ D’IMPLANTATION 2 : BAS
Parmi les cas avec un degré d’implantation bas, on trouve l’usage du terme normalisé, mais il est en concurrence avec des variantes plus éloignées du terme, c’est-à-dire avec des variantes lexicales catalanes et empruntées (voir figure 5). Par exemple, dans le cas de GALETA , l’usage de cookie est attesté et dans le cas d’ ENLLA Ç , l’usage de vincle et celui de hipervincle le sont également. C’est à l’usage significatif de ces variantes qu’est dû le faible degré d’implantation des cas considérés.

Fig. 5 — Unités correspondant au degré d’implantation 2
4.5 D EGRÉ D’IMPLANTATION 1 : MINIMAL
Parmi les cas de degré 1, aucune occurrence du terme normalisé n’est relevée ; il n’y a que des variantes dénominatives non normalisées (voir figure 6). Dans la plupart des cas, il y a des variantes lexicales et des combinaisons de variantes catalanes et empruntées (par exemple, dans le cas de MISSATGES , où on trouve l’emprunt news et la variante lexicale catalane cartes ), mais aussi d’autres variantes, par exemple morphosyntaxiques ( P À GINA INICIAL : pàgina d’inici ). Parmi les formes catalanes, il faut remarquer la présence de calques linguistiques de l’anglais, comme dans le cas de MISSATGES , où la variante notícies, provenant du terme anglais news, est attestée.

Fig. 6 — Unités correspondant au degré d’implantation 1
4.6 D EGRÉ D’IMPLANTATION 0 : NUL
Parmi les cas qui ont un degré d’implantation 0, on trouve l’usage exclusif de variantes lexicales complètes, catalanes ou empruntées (voir figure 7). Par exemple, dans le cas de PENJAR , les deux possibilités se présentent : pujar et upload. Cependant, il faut mentionner qu’aucune occurrence du terme normalisé et aucune occurrence des formes rejetées ne sont attestées.

Fig. 7 — Unités correspondant au degré d’implantation 0
5. C ONCLUSION
Ce travail révèle l’importance de la terminologie en tant que domaine interdisciplinaire, mais également son importance dans n’importe quel domaine de spécialité, c’est-à-dire d’un point de vue transdisciplinaire. La terminologie est, en effet, un des fondements principaux des différents domaines de spécialité, les termes étant des unités qui transmettent la connaissance de chaque matière scientifique, technique ou sociale. En ce sens, l’aménagement terminologique aide à assurer l’existence de termes dans chaque domaine spécialisé d’une langue qui en a besoin. Ce travail a aussi permis de montrer l’importance de la mesure de l’implantation terminologique pour évaluer si l’effort d’intervention exercé dans la langue, et dans sa terminologie en particulier, a été mené à bien.
Les objectifs initiaux de notre recherche doivent être repris afin d’établir les premières bases pour le suivi de l’implantation terminologique. À partir de l’étude d’un ensemble de cas normalisés dans le domaine de l’informatique et des TIC en langue catalane, nous avons constaté, en premier lieu, que le degré d’implantation des termes normalisés est hétérogène. Cela peut être observé dans la figure 8, dans laquelle les degrés d’implantation ont été réduits à 3 : optimal (qui correspond aux degrés maximal et élevé), intermédiaire (qui correspond au degré du même nom) et bas (qui correspond aux degrés bas, minimal et nul). De plus, on peut observer un équilibre entre les cas normalisés ayant réussi et ceux ayant échoué.

Fig. 8 — Distribution globale des degrés d’implantation
En deuxième lieu, sur la base de cette distribution de l’implantation terminologique et de l’analyse des cas normalisés établis, nous avons observé un groupe de facteurs qui influenceraient apparemment l’implantation terminologique en langue catalane. Ils peuvent être mis en évidence à partir des différents comportements terminologiques relevés dans chaque degré d’implantation.
Parmi les termes obtenant un degré optimal, on observe les phénomènes suivants :
• adaptation phonétique et orthographique des emprunts aux règles de la langue catalane ;
• emploi du calque linguistique ;
• emploi du terme normalisé accompagné des sigles, abréviations ou synonymes normalisés (les plus fréquents dans l’usage).
Ces résultats ne sont pas ceux que nous avions anticipés. Par exemple, les emprunts non adaptés ne se sont pas relevés parmi les termes qui s’implantent : il n’y a pas d’indices significatifs de ce phénomène dans les cas réels étudiés.
Une importante variation dénominative est observée entre les degrés 4 et 2. Cette variation non normalisée serait due à des phénomènes divers. Il existe un phénomène inhérent au langage : la terminologie fait partie du langage, qui est sujet à la variation ; la terminologie présente donc les mêmes paramètres de variation. Les variantes réduites en sont un bon exemple.
La variation peut aussi être un indice de la difficulté de l’implantation des unités. Elle peut indiquer :
• le faible degré d’implantation des dénominations : les variantes orthographiques et morphosyntaxiques participent de ce phénomène ;
• le manque d’identification totale du concept au moyen de la forme normalisée, phénomène observé avec les variantes étendues.
Finalement, parmi les cas qui obtiennent les degrés d’implantation les plus bas, on constate le non-usage du terme normalisé et, surtout, l’influence de l’anglais et de l’espagnol dans les dénominations utilisées alternativement.
On peut conclure que cette première approximation de l’implantation terminologique a confirmé la nécessité de poursuivre la recherche dans ce domaine peu exploré jusqu’à présent, mais qui semble avoir une grande répercussion sur l’avenir de la langue catalane.
C ORPUS TEXTUEL
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2 Ce travail s’inscrit à l’intérieur du projet de recherche texterm 2, financé par le Ministerio de Educación y Cultura ( bff 2003-02111). Pour le réaliser, M.

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