Des lits de marbre, allongés sous les arbres
43 pages
Français

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Des lits de marbre, allongés sous les arbres , livre ebook

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Description

« Je suis tétanisé, séduit, effrayé. Les crinières des deux mâles, le chef de clan et un jeune, flottent dans le vent de leur course, et flanc contre flanc, énormes, les fauves accourent, me frôlent comme si j’étais un tronc ou une roche, et s’enfoncent dans la pénombre de mon dos. J’ai senti la brutalité, le parfum de la poussière collée aux peaux, la tension des muscles, le poil rêche, entendu les souffles. Dans la plus proche flaque une empreinte à quatre doigts ronds reste bien visible. »Le troisième roman de Benoît Lugan est un récit poétique et initiatique tissé autour de rêves entremêlés. Dans la continuité des précédents ouvrages de l’auteur, il veut modestement rendre hommage autant à Akira Kurozawa qu’à Gaston Bachelard ou Jacques Monod.Né en 1958, Benoît Lugan achève à l’été 2017 une carrière d’officier de la Marine Nationale. Auteur de plusieurs ouvrages, il s’attache à ce qui pourrait être défini comme une « ligne claire » de l’écriture : il cherche à déclencher la rêverie de son lecteur au moyen d’un style concis, elliptique et léger, parent tout à la fois du haïku et de l’aquarelle, qu’il pratique également.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 18 mai 2001
Nombre de lectures 0
EAN13 9791097455408
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0750€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Le Code de la propriété intellectuelle n'autorisant, aux termes de l'article L. 122–5, 2e et 3e alinéas, d'une part, que les « copies ou reproductions strictement réservées à l'usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective » et, d'autre part, que les analyses et courtes citations dans un but d'exemple et d'illustration, « toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite » (article L. 122–4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L. 135–2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.


© Benoît Lugan, 2018
pour Cent Mille Milliards

« La vie réelle se porte mieux si on lui donne
ses justes vacances d’irréalité. »
Gaston Bachelard

1.

— Tu n’es pas un naufragé très bavard, mon garçon ? interroge le plus âgé des deux hommes.
Sur la table de l’étroite terrasse demeurent les reliefs d’un simple repas de bord de mer, sardines grillées, tomates confites, poivrons marinés, pain gris. Deux bouteilles, d’huile d’olive et de vin blanc. Sous les cannisses superflues en cette saison, le soleil d’hiver se glisse à l’horizontale pour illuminer la modeste façade ocre et ses volets de bois brut, et réchauffer le maître de maison en soulignant les rides profondes et la force des traits de son profil frugal.
— J’ai manqué mon bateau et je vous remercie de m’avoir aimablement accueilli en attendant le prochain, mais cela ne fait pas encore de nous des intimes, non ?
Au bord d’une fine langue de sable à leurs pieds clapote le fond de la baie, et toutes ces petites vagues sont sous la lumière autant de minuscules pierres précieuses étincelantes. L’hôte recule son siège et allonge ses jambes, allumant un long cigare fin au parfum acre qu’il a tiré de sa veste de velours. La fumée en monte dans le ciel bleu roi, découpé là-haut par les crêtes enneigées qui ferment le golfe.
—Tu n’as pas tort, mais comme tu vas passer la nuit ici, nous pourrions néanmoins en profiter pour faire connaissance ?
—C’est à dire ?
—Mon hospitalité est à tous points de vue désintéressée, mais le prochain bateau pour le continent étant au plus tôt dans dix neuf heures, j’aimerais néanmoins mettre ce délai à profit pour savoir qui est l’oiseau que j’ai ramassé.
—Ramassé ?
—Je t’accorde que c’est un peu familier, disons recueilli. Alors, d’où venais-tu comme ça ?
—Et pourquoi pas vous en premier ? Que faîtes-vous à trainer sur le port, et à bronzer dans ce cabanon ?
—Si tu veux. D’abord ce cabanon certes, mais accueillant tout de même tu en conviendras, est le lieu de ma retraite, activité que mes cheveux blancs pourraient te confirmer. Ensuite, je ne bronze pas, je n’ai jamais aimé ça, mais avec l’âge et le temps plus libre j’aime bien lézarder. Avant de lézarder, j’ai été prof, comme on dit, prof de fac en biologie. Une trentaine d’années d’enseignement et de recherche, les étudiants qui défilent, que j’ai tenté d’intéresser au mieux à la matière. Des travaux presque reconnus sur l’acide ribonucléique.
—Le quoi ?
—ARN, une molécule proche de l’ADN, que tu dois connaître, j’imagine ?
—Celle qui permet de savoir qui est votre père ?
—Entre autres, oui. Le D du second acronyme signifie desoxyribo, le A et le N ont le même sens que dans le premier, acide et nucléique. Ces deux objets liés, ARN et ADN, jouent un rôle capital pour le support, la conservation et le transfert de l’information génétique, notre code de fabrication si tu veux. J’ai longuement fouillé autour de ça avec mes étudiants. Nous essayions d’avancer dans l’immensité du mystère cernant le hasard et la nécessité, qui a d’ailleurs été finalement mieux éclairci par d’autres que nous. Et enfin, pour ne pas laisser ta dernière question sans réponse, une amie embarquait à bord du navire que tu as laissé partir sans toi, je l’y avais accompagnée.
—Laissé partir, vous êtes bon, vous ! Il ne m’a pas attendu, c’est tout.
—Question de point de vue. Bon, je me suis un peu ouvert, à toi.
—Comment vous appelez-vous, d’abord ?
—Simon. Et toi ?
—Pierre. Ça c’est marrant, on a le même prénom ?
—Comment ça ?
—Simon, tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon église, les Évangiles, vous ne lisez donc rien ?
—Si, je vois, mais d’où tiens-tu cette culture biblique ?
—Mon oncle est curé ici dans un village de montagne, j’ai trouvé mes dernières lectures, dont la Bible, dans sa bibliothèque. Je viens de passer trois semaines chez lui, Noël, la veillée et tout le reste. Je n’en rêvais pas a priori, mais ma mère n’en pouvait plus de me voir tourner en rond, et c’est son frère qui nous a proposé cette idée. Pas mal finalement comme bol d’air, très tranquille, mais je suis plutôt content de rentrer, enfin si j’y arrive. Parce que ce n’est pas très animé, la montagne, même si c’est beau.
—Tourner en rond, dans quel secteur ?
—Un peu de tout. J’en ai essayé plusieurs, de vos facs, histoire-géo, socio, philo, mais je n’accroche à rien.
—Tu as donc obtenu un bac, tout le monde n’y parvient pas. Maintenant que la glace se fendille entre nous, saurais-tu nous faire un café, s’il te plaît ? La poudre est dans le frigo. Ramène aussi la liqueur de châtaignes qui est sur le buffet. Merci.
Le jeune homme rejoint la cuisine et y farfouille quelques instants, Simon entend les portes des placards claquer.
—Mon oncle a la même bricole italienne pour faire le café, je vais m’en débrouiller. Sucre ?
—Jamais. Merci.
Jailli en fontaine du bec central de la cafetière octogonale de fer blanc, le jus noir fume bientôt dans leurs tasses, accompagné dans de petits verres par l’alcool parfumé. Simon claque sa langue avec délectation sur le mélange revigorant, et poursuit son investigation.
—Et que pense ta mère de ton manque d’accroche en fac ?
—Ma mère, c’est une sainte. Elle m’a eu tard, avec un type qui a filé aussitôt. Il avait dû se dire qu’avec une femme de quarante ans, il n’y avait pas de danger. Mais elle, elle rêvait d’avoir un gosse depuis toujours, je crois, et n’avait jamais trouvé le bon père. Celui là devait avoir l’air mieux que les autres, mais pour finir il n’avait pas de couilles, enfin pas pour autre chose que faire des mômes, si vous me permettez cette vulgarité.
—Vocabulaire légitime, en la circonstance. Mais connais-tu ce père ?
—Il ne m’a pas donné envie de lui faire le test ADN, si vous voulez savoir. Ma mère m’aurait fait toute seule, ça aurait été pareil. Alors elle est aussi mon père, et ma sœur puisqu’elle n’a pas renouvelé l’expérience. Du coup, elle s’inquiète, elle m’embrasse, elle me nourrit, elle m’engueule, elle fait, enfin faisait mes devoirs avec moi, elle me borde le soir. Vingt quatre heures sur vingt quatre, vous voyez. Je sens en permanence autour de moi la responsabilité absolue dont elle s’est vêtue. Et pour la fac, elle ne dit rien, mais je sais bien que ça la ronge. Je cherche, remarque, mais je n’ai encore rien trouvé. Rien qui m’emballe vraiment.
Simon verse du café afin de laisser son interlocuteur reprendre son souffle. Apaisé, celui-ci complète.
—Bon, je ne suis pas le sale type, notez, je fais la lessive, la vaisselle et le repassage, je ne rentre pas bourré, je ne fume pas, je ne prends presque rien d’autre, un petit joint si j’en trouve, mais comme je ne vois pas grand monde, ça évite les tentations.
—Comment vous fait-elle vivre alors tous les deux ?
—Je fais quand même des petits boulots à droite à gauche, serveur ou vendeur, des trucs comme ça, pour l’aider, de toutes manières à la fac on est pas pris tout le temps, vous savez bien ça. Elle est infirmière, ma mère. Et puis elle fait des livres.
—Ah bon, elle écrit ?
—Non, non, son truc, c’est la photo. Elle a un talent incroyable, quelquefois ce qu’elle fait est tellement beau qu’on pourrait en pleurer. Avec s

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