Double bonheur
204 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Double bonheur , livre ebook

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
204 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description


Peut-on changer d'identité en même temps que de pays ?


Quand il se retrouve à Shanghai François Lizeaux a vingt-quatre ans et des rêves plein la tête. Fort de sa seule connaissance de la langue chinoise, il arrive dans un monde dont il a beaucoup rêvé, mais dont il ne sait à peu près rien. Qu'importe !


Le jeune homme a bien l’intention de se faire une place au sein de cette ville gargantuesque et fébrile, où il se sent étrangement chez lui. Au consulat de France, où il exerce la fonction d'interprète, sa bonne volonté lui vaut pourtant très vite quelques déconvenues. Taillable et corvéable à merci, il découvre, au fil de ses missions, l'univers sans gloire des expatriés.


Peu à peu, l'écart se creuse avec ses compatriotes. Si bien que l'interprète, qui s'est familiarisé avec les modes de vie locaux, se rapproche insensiblement de ses interlocuteurs chinois.


Ingénu et roublard, il va se lancer dans des activités louches mais lucratives qui ne tarderont pas à le dépasser.


Jusqu'au jour où son amour pour la belle An Lili le fera basculer du côté chinois, du moins le croira-t-il. Car il n'est pas si facile de se défaire de ses origines, pas plus qu'il n'est aisé de se fondre dans la culture de l'autre, au risque de se perdre.



Un grand danger dont le héros de cette histoire à la fois cocasse, cruelle et troublante fera les frais.


Inventif, plein d'ironie, le style de Stéphane Fière rend compte avec brio des métamorphoses de son personnage. Son récit tour à tour drôle et féroce, nous entraîne dans une Chine parfaitement vraisemblable, où se joue un épisode de la mondialisation.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 1
EAN13 9782864247869
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0075€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Stéphane Fière
DOUBLE BONHEUR
 
 
Éditions Métailié 20, rue des Grands Augustins, 75006 Paris www.editions-metailie.com 2011
© Éditions Métailié, Paris, 2011
ISBN : 978-2-86424-786-9
 
Les Chinois m’appellent Fanshe.
Moi, ça me plaît bien, le son chante agréablement à mes oreilles, même si les deux caractères n’ont aucun sens, il s’agit simplement de la transposition phonétique de mon prénom.
Je ne suis pourtant qu’un vulgaire Blanc à la peau grasse de cochon rose, un diable velu, une créature d’au-delà des terres civilisées ; un laowai 1 , sans idées ni culture, gavé de viandes hachées sur trois étages suintants de fromage fondu, collé à mes seaux de frites françaises ou de maïs sauteur, à mes Coca-Cola remplis de glaçons, vautré sur un canapé devant la télévision allumée vingt-quatre heures sur vingt-quatre, des billets de cent dollars débordant de toutes mes poches. Mon prénom, crûment anglicisé dans un détestable “Frank”, entérinait sans ambiguïtés cette étrangéité de naissance. Mais je n’ai rien d’un meiguo ren 2 , je ne réponds jamais en anglais aux questions qu’ils me posent (je feins l’incompréhension), je ne conduis pas de “Kadila” rose bonbon avec des chromes miroitants et je ne possède aucun lien de parenté avec l’arbre à sous dont ils s’apprêtent à secouer les branches pour en récolter les fruits tant convoités.
J’ai donc vite conclu à la nécessité d’une autre identité ; une évidence qui s’imposa d’elle-même, pour faciliter ma volonté d’in-té-gra-tion et satisfaire mes aspirations à une légitimité normalement impensable dans un monde par nature impénétrable, mystérieux, inintelligible.
Et quel symbole plus emblématique qu’un prénom pour entamer la mutation qui permettra d’effacer les traces, de détacher les longes reliant au passé, de se perdre – ou se trouver – sur la vaste plaine d’une vie : chinoise ?
Dans les rencontres officielles, devant des gens qui ne me connaissent pas, si je dois me présenter je deviens Li Xiansheng ; je me redresse, je souris et j’incline légèrement le buste. On ne se serre jamais la main, nous n’avons pas cette curieuse pratique dans nos traditions.
Maintenant lorsque j’entends mon nom, M. Li, je ne suis pas étonné, je sais que c’est moi et j’assume sans embarras ma nouvelle personnalité ; le contraire eût été désobligeant et ici on ne froisse pas impunément les sensibilités, il faut s’accoutumer à ne jamais faire perdre la face à ses interlocuteurs. Quant au caractère Li, il existe déjà, lui, un nom de famille très répandu, depuis la nuit des temps, et qui s’est naturellement substitué au mien.
Avec les filles je suis Xiao Li, c’est plus intime.
Li Fanshe et les cartes de visite qu’il aurait aimé tendre à la première occasion pour éviter les malentendus et les pièges grossiers : Li Fanshe, interprète et traducteur chinois-français :
 
 
J’avais laissé la France derrière moi un vendredi matin. La veille, au cours d’un entretien de réflexion stratégique, le directeur du département Chine au ministère des Affaires étrangères avait porté haut le discours tricolore : “La France s’honore de sa relation privilégiée avec la Chine […] nous revenons de loin depuis le sac du palais d’Hiver […] et je ne parle même pas des ventes du Sémillant et du Vif-Argent à la province de Formose […] Nous sommes fiers aujourd’hui des liens indélébiles forgés entre nos deux grands pays […] les Chinois sont admiratifs de notre culture et du passé glorieux de notre étincelante nation […] Lors de sa visite d’État il y a quelques années, le président de la République populaire n’a-t-il pas déclaré, je cite de mémoire, que la Chine et la France partageaient une même passion pour la gastronomie ? […] C’est pourquoi nous ne devons jamais rien faire qui puisse les décevoir ou leur déplaire […] Souvenez-vous enfin, monsieur Viso, nous n’y envoyons jamais que nos meilleurs éléments : à Shanghai vous serez au service de la crème de notre crème…”
J’en avais les oreilles rouge sang de bœuf.
Shanghai : “La démesure, l’explosion consumériste, c’est là-bas que tout se joue, la roue tourne sans pitié, les fortunes s’y font et s’y défont, et les femmes, ah les femmes, mon cher Lizeaux, les plus belles de l’Empire, la vie éclate d’intensité”, aimait à me répéter mon directeur de thèse ; il m’avait encouragé à présenter ma candidature au concours externe du ministère des Affaires étrangères pour les emplois d’interprètes en ambassade et l’avait même appuyée d’une lettre de recommandation des plus élogieuses, bien que je satisfisse aux conditions exigées pour postuler grâce à mon DEA de littérature contemporaine 3 , à mon mastère d’économie politique 4 et à ma maîtrise de chinois mandarin. J’en étais sorti sixième sur cent cinquante-quatre, un excellent classement qui me donnait le droit de choisir mon affectation, après trois mois de formation accélérée en interprétation simultanée et consécutive.
Quelques jours après la fin du stage il m’avait définitivement convaincu au cours d’un repas de félicitations organisé par quelques-uns des professeurs du département Extrêmes-Orients, section Chine continentale, de notre université : “Shanghai, François, l’histoire en marche, que dis-je en marche, lancée à pleine vitesse, le nouvel Eldorado…”
Comment aurais-je pu oser mettre sa parole en doute ?
Je n’avais souhaité aller nulle part ailleurs.
 
Dans l’avion je ne tenais plus en place ; c’était aussi la première fois que je volais hors de la métropole. En classe économique le quart de champagne ne coûtait que trois euros et j’avais fait la conversation jusqu’à ce qu’elle s’endorme avec ma voisine de siège, une Chinoise qui rentrait chez elle, à Harbin, après plusieurs années à Paris comme serveuse dans un restaurant japonais de Belleville, puis comme couturière dans un magasin de prêt-à-porter géré par une tête de serpent, rue Popincourt. Elle avait épousé un représentant de commerce rencontré lorsqu’elle améliorait ses fins de mois en marchant autour de la place de la République et qui n’était jamais chez lui, sauf en fin de semaine ; elle en avait divorcé après avoir obtenu la nationalité française. Elle revenait en Chine pour se marier avec un cousin du côté maternel et lui permettre ensuite d’émigrer en France, lui et toute sa famille proche. Elle parlait très mal notre langue et j’en avais profité pour entraîner mon mandarin, quelques exercices d’échauffement avant d’entrer en piste.
Une voiture devait m’attendre à l’aéroport de Pudong, ainsi que me l’avait écrit le responsable de la flotte du consulat dans un é-courrier reçu trois jours auparavant. J’avais été très flatté de cette marque de considération.
J’ai mis un certain temps avant de la trouver mais je l’ai reconnue, garée assez loin de la porte de sortie des Arrivées internationales, grâce aux deux porte-fanions avec le drapeau français sur le parechoc : à son volant un chauffeur en uniforme galonné plus casquette. Après avoir rangé mes bagages dans le coffre je m’apprêtais à m’asseoir à l’avant lorsqu’il a crié, en anglais, interdit interdit invités toujours à l’arrière toujours à l’arrière.
J’ai sursauté devant l’agressivité du ton mais, passé un bref moment de stupeur, j’ai fini par obtempérer.
J’étais un peu gêné de me retrouver assis sur une banquette arrière en cuir dans une voiture de prestige avec chauffeur et accessoires ; heureusement le majestueux véhicule possédait des vitres teintées et personne ne pouvait me voir.
Il a démarré son auto qui roulait sans aucun bruit, pour aller se poster un peu plus loin, juste devant la sortie Arrivées domestiques. Au bout d’une dizaine de minutes j’allais l’interroger pour savoir ce que nous faisions là quand un individu est monté dans la voiture en criant en anglais “mes valises sont sur le trottoir”, le chauffeur s’est précipité pour ouvrir le coffre et déposer deux valises d’une grande marque de luxe. Du covoiturage ? Avant d’allonger ses jambes sous le siège l’homme m’a demandé si j’étais le nouvel interprète moi je suis l’attaché de coopération sportive j’espère que vous avez fait bon voyage et sur ces aimables paroles il s’est plongé dans la lecture d’un grand hebdomadaire. Je ne savais pas si j’avais le droit de lui parler ou non, j’ai pensé qu’il ne souhaitait sans doute pas que je le dérange et moi je voulais regarder le paysage, c’était la première fois de ma vie que je venais en Chine et je ne voulais pas en perdre une miette ; j’ai baissé la vitre et le chauffeur a de nouveau hurlé, en anglais, pas ouvrir fenêtre air conditionné air conditionné.
J’aurais aimé comprendre pourquoi il me parlait en anglais ; personne au consulat ne lui avait dit qu’il venait chercher le nouvel interprète ? Il avait probablement envie de s’exercer et je n’ai pas voulu lui faire perdre la face en engageant une conversation en mandarin.
Je me suis tu jusqu’à l’hôtel.
Nous avons d’abord déposé l’attaché devant chez lui, c’est du moins ce que j’ai cru deviner en voyant l’immeuble résidentiel à la façade recouverte de carrelage blanc et les gardiens qui se sont précipités, qui pour lui ouvrir la porte, qui pour s’emparer de ses bagages, qui pour lui indiquer d’un geste obséquieux le chemin vers l’entrée. Je suis sorti un instant pour me dégourdir les jambes et dire au revoir à l’attaché, la politesse c’est important lorsqu’on arrive dans l’inconnu ; je lui ai tendu la main avec un j’ai été très honoré de faire votre connaissance j’aurais plaisir à travailler avec vous mais il regardait déjà ailleurs, le chauffeur a crié nous partir très retard très retard et je suis remonté à l’arrière. Les gardiens eux aussi étaient en uniforme, bleu nuit, avec des épaulettes et de la passementerie partout et même des boutons en or, ou en plastique orifié.
Ensuite le chauffeur m’a emmené là où le consulat m’avait réservé une chambre pour une semaine, derrière le temple de la Musique sacrificielle, à quelques centaines de mètres de la place du Peuple dont j’avais pu apercevoir l’antique tour de la Cloche en tournant dans la rue qui menait au Huali Binguan, mon hôtel.
Lors du présenter à la réception la demoiselle d’accueil a exigé mon passeport et un dépôt de garantie de 800  renminbi ; je n’avais pas eu le temps de changer mes euros à l’aéroport mais elle a refusé de prendre une empreinte de ma carte de crédit, il lui fallait de l’argent frais. J’avais cent vingt euros sur moi : elle a accepté de me les échanger contre l’équivalent, c’est-à-dire 800  renminbi.
Dans le minuscule ascenseur j’ai réussi à caler deux valises sur trois mais j’ai dû emprunter les escaliers et les monter en courant pour arriver à l’étage avant elles ; je les ai déposées devant la porte de la chambre que je n’arrivais pas à ouvrir puis je suis redescendu à la réception pour demander une nouvelle clé et récupérer ma troisième valise ; dans l’ascenseur je repensais au taux de change pratiqué au Huali : il me paraissait quelque peu usuraire.
La chambre 324 sentait le moisi et donnait sur le toit d’un parc à voitures dont l’énorme ventilation ronronnait bruyamment ; un lit double avec une couette vert criard, une moquette orangée et pleine de trous de cigarettes, une salle de bains avec la douche juste à côté des toilettes, sans séparation, une table à tréteaux, une chaise en rotin et une grosse télévision sans commande manuelle. Voilà le décor de mes premiers jours en Chine. Je n’ai sorti de mes valises que le strict nécessaire pour la semaine qui allait suivre, ainsi que le guide de voyage et la carte de Shanghai que m’avait vendue l’une des collaboratrices du directeur des Expatriations au Quai d’Orsay.
Mais j’étais trop fébrile pour rester enfermé, au diable la fatigue, le décalage, la chaleur, je suis en Chine, que diantre, la vraie et non plus celle de mes études et de tous les livres. Mes premières minutes, mes premières heures, je devais en prendre plein la vue, Shanghai, les rues, les Chinois, les bruits, les odeurs, les trémoussements, les soubresauts, la vie qui débordait, je voulais plonger le cœur battant. Je suis très vite ressorti de la chambre pour aller d’abord tirer de l’argent dans le distributeur automatique en face de l’hôtel ; ensuite je suis parti me promener dans les rues et ressentir mes premières émotions chinoises 5 .
J’ai marché pendant près de cinq heures et manqué me faire écraser une dizaine de fois par des voitures ou des vélos en traversant sur les passages cloutés et aux feux rouges ; vers sept heures du soir j’étais probablement à l’extrémité de la concession française lorsque je suis passé par hasard devant l’un des restaurants “typiquement shanghaiens” recommandés par le guide de voyage : le Wangdong. 220  renminbi et en sortant j’avais encore faim. Je m’étais aperçu un peu plus loin que la serveuse s’était trompée dans le rendu de la monnaie : je lui avais donné trois billets de cent renminbi et elle m’avait remis six billets de dix ; quant à l’addition, en la détaillant attentivement j’ai remarqué que le restaurant m’avait par erreur facturé deux fois un même plat ainsi qu’une assiette de xiaolongbao qui ne m’avait pas été servie, et je n’avais bu que deux bières au lieu de quatre. Ils avaient probablement confondu mon addition avec celle de mes voisins de table.
Le décalage horaire commençait à peser et je voulais rentrer à l’hôtel lorsque je me suis rendu compte que j’étais perdu au beau milieu d’un quartier en pleine démolition : la carte qu’on m’avait vendue comme la plus récente à Paris indiquait de nombreuses rues qui n’existaient pas, ou plus. Comme je tournais en rond sans savoir quelle direction prendre je suis finalement monté dans le premier taxi qui passait. Le chauffeur ne parlant pas le mandarin j’ai dû lui écrire l’adresse du Huali sur un morceau de papier.
Je n’ai pas pu m’endormir aussi rapidement que je le souhaitais à cause des coups de téléphone que je recevais avec une voix suave et féminine au bout du fil qui me demandait en anglais si je n’avais besoin de rien ; à force de répéter que si j’appréciais à sa juste valeur l’excellente qualité du service dans cet hôtel j’avais néanmoins très envie de dormir, j’en ai eu marre et j’ai décroché le combiné.
Je me suis réveillé le lendemain dimanche vers deux heures de l’après-midi. Après une douche tiède et un rapide brossage de dents je suis parti à pied vers la place du Peuple où j’avais repéré la veille un grand nourriture rapide occidental ; il était trop tard pour le petit-déjeuner alors j’ai commandé un hanbaobao avec une assiette de frites françaises et un lait tremblé à la vanille.
Puis je suis parti me promener pour ma deuxième journée en Chine 6 .
 
Lundi, à peine remis du décalage horaire, j’étais déjà au charbon.
À neuf heures et quart j’avais rendez-vous avec le consul ; au cours de la discussion il m’informa que je travaillerai également pour la Mission économique, je n’étais pas au courant mais j’ai répondu que ce serait naturellement avec le plus grand des plaisirs puis, à neuf heures vingt, nous sommes sortis de son bureau et il m’a présenté à son équipe, une quarantaine de personnes, au cours d’un petit-déjeuner “de travail” : il y avait des serviteurs chinois en livrées et gants blancs, des croissants aux amandes et des brioches du jour, du pain de campagne avec du beurre salé, du miel de lavande et de la confiture de framboises dans des petites coupelles, du café noir, du sucre de canne en morceaux, du lait biologique et des jus d’oranges fraîchement pressées. Le consul a fait une brève allocution pour me souhaiter la bienvenue, j’ai répondu avec ferveur et courtoisie, j’étais si heureux de travailler pour la France dans cette belle ville cosmopolite et j’étais prêt à me dépasser sang et eau pour la bonne cause ; à la fin j’ai ajouté quelques mots en chinois, mais j’ai vite remarqué que personne ne me comprenait, à part le personnel chinois bien entendu, qui a souri et applaudi poliment.
Après une présentation des grands rendez-vous de la semaine du consul et des principaux conseillers, tout le monde s’est précipité sur le buffet tandis que les employés chinois regagnaient leurs bureaux ; quant à moi j’ai réussi à m’en rapprocher lorsqu’il ne restait déjà pratiquement plus rien, j’ai pris une tasse de café et il était temps de me joindre à la réunion des conseillers et des attachés divers qui voulaient préparer mon plan de travail pour les deux ou trois prochaines semaines, il fallait coordonner rigoureusement les emplois du temps afin que je puisse leur être utile et interpréter sur tous les fronts. Pour dérider l’atmosphère, j’ai dit “Camarades unissons-nous hardiment derrière la pensée du président Mao pour vaincre l’ennemi sur tous les fronts”, mais cette subtile référence semblait inintelligible et ma plaisanterie est tombée à l’eau.
Vers midi ils sont parvenus à régler les derniers détails, j’étais un peu transpirant devant l’ampleur de ma tâche mais je serai épaulé par les deux secrétaires du service d’interprétariat, Du Yaoyé et Zhang Miaotiao, ravissantes Shanghaiennes avec qui je sympathiserai très rapidement et qui m’aideront à organiser efficacement mon emploi du temps, ainsi que par une cohorte d’étudiantes de français à l’université des Langues étrangères que le consulat et la Mission utilisent pour l’interprétation du tout-venant. À midi trente je suis allé déjeuner avec certaines d’entre elles dans un restaurant au sous-sol de l’immeuble. J’ai été surpris de constater que leur niveau de français laissait quelque peu à désirer, je me demandais comment elles pouvaient bien s’y prendre pour interpréter correctement. En remontant au consulat j’étais dans l’ascenseur avec l’attaché de coopération sécurité alimentaire, je lui ai fait part de mon sentiment et il m’a répondu très sèchement que jusqu’à présent personne ne s’était jamais plaint de leurs compétences et c’était même plutôt le contraire le consulat ne recevait à leur propos que des éloges.
À quatorze heures j’ai dû filer en taxi à la Mission économique où je pensais rencontrer le responsable. Mais c’est avec l’adjoint d’un de ses principaux collaborateurs que j’ai discuté, M. le directeur étant “retenu plus que de prévu” ; il a expédié notre entretien à la hussarde car je n’interviendrai chez eux que sur “les gros coups”. J’étais rassuré, quoique modérément en fait, j’avais peur en travaillant pour le consulat ET la Mission de n’avoir que des journées de vingt-quatre heures. Je suis parti en courant pour retourner au consulat, je devais commencer ma première mission ; le taxi m’a baladé à travers Shanghai, je ne connaissais pas le plan de la ville, si bien que je suis arrivé en retard à la réunion.
Ça commençait mal. Je me suis excusé platement, le rouge au front, et j’ai immédiatement embrayé avec mon baptême du feu, de l’interprétariat de liaison – traductions en français et en chinois –, qui constituerait d’ailleurs très vite la quasi-totalité de mon activité : les responsables de l’Opéra de Shanghai souhaitaient inviter une célèbre danseuse de ballet française pour une représentation spéciale en l’honneur de l’anniversaire du maire et il fallait négocier les conditions de son séjour. L’attachée de coopération artistique avait reçu un é-courrier de remerciement de la danseuse, Miss Jadeline de Verchou, ainsi qu’un fax de son agent qui réclamait au minimum 10 000 euros, un billet aller-retour classe Affaires et une suite dans l’hôtel Good Fortune ou, en second choix, au Everlasting Happiness, le summum du luxe à Shanghai m’a soufflé l’attachée, sans quoi Miss Jadeline n’envisagerait même pas de se déplacer. La discussion a été assez longue, je n’étais pas là pour poser des questions, ni même m’en poser, mais interpréter, point final. Lorsqu’ils ont serré la main de l’attachée pour sceller l’accord, j’avais compris que nos deux interlocuteurs recevraient du consulat une facture globale de 25 000 euros, soit les 10 000 euros de Miss Jadeline, ses billets – 4 000 euros – et son hôtel – 2 400 euros les trois nuitées. M. Guo, le directeur des Relations internationales de l’Opéra de Shanghai, avait proposé le Everlasting Happiness où il était plus sûr d’obtenir une réduction substantielle sur les prix affichés.
Dans ma tête j’ai rapidement calculé 10 000 + 4 000 + 2 400, le compte n’était pas rond, il manquait 8 600 euros. Comment expliquer cette différence ? J’étais vaguement perplexe mais je n’ai pas eu le temps d’intensifier ma réflexion car je devais accompagner le conseiller culturel pour un vernissage dans une galerie de peinture à Kongdangdang, au sud de Shanghai, un quartier excentré où d’anciens abattoirs avaient été transformés en ateliers d’artistes. Dans le parc à voitures au troisième sous-sol de l’immeuble, l’un des employés à la maintenance de la flotte lui a appris que sa voiture de fonction était en panne, je lui ai traduit un problème avec l’air conditionné, toutes les autres voitures étant par ailleurs en service il n’y avait pas d’autre solution que de prendre un taxi, il n’était pas content et il a houspillé l’employé qui lui faisait perdre son temps. J’étais un peu embarrassé pour traduire des injures ; néanmoins, comme j’avais parfaitement intégré les leçons du stage – nous n’étions pas là pour poser des questions ou pour nous en poser, mais pour interpréter, point final –, j’ai choisi de convertir son “pauvre minable” par l’un des multiples équivalents chinois “tu n’es qu’un bon à rien”.
Dans le taxi en route vers les abattoirs le conseiller a dû remarquer mon air déconcerté, il m’a demandé où était mon problème, je lui ai fait part de la discussion avec son adjointe l’attachée de coopération artistique et les deux de l’Opéra ; il a éclaté de rire et il a commencé à m’expliquer les principes de gestion en vigueur au consulat, qui fonctionnait comme un “centre de profit” responsable de son budget et de ses bénéfices. Les bénéfices, il appelait cela “la caisse de secours” et j’apprendrais plus tard que le consulat avait mis en place un ingénieux système de double facturation pour qu’aux bilans et résultats comptables de fin d’année n’apparaissent que des pertes modiques ou des excédents ridicules.
Après voir été accueilli fort chaleureusement par la directrice de la galerie d’art Fenshua, le conseiller a fait un petit discours que j’ai interprété en consécutif ; il évoquait “la postmodernité du consumérisme intra-urbain” et “la symbiose de l’Être et du Vivant dans une conceptualisation ritualisée de l’inventivité du Moi”, ça ne voulait rien dire mais j’ai réussi à traduire sa pensée avec les concepts chinois appropriés. Je commençais à avoir un peu mal à la tête et les yeux qui se fermaient, le décalage horaire, j’ai quand même dû faire bonne figure face aux personnalités locales avec qui il souhaitait converser : un petit groupe de hauts fonctionnaires de la municipalité dont je ne me rappelle plus les noms ni les titres, un écrivain officiel et postillonnant, quatre mannequins superbes mais un peu maigres à qui il a donné ses cartes de visite en leur demandant, sans succès, leurs numéros de portable, quelques journalistes en costume-cravate, une présentatrice de la télé avec son mari – un prestidigitateur paraît-il très connu (il parviendra à escamoter la montre, le portefeuille et l’agenda électronique du conseiller qui s’en amusera moyennement quand il les lui rendra avec un grand sourire hilare) – et Anna Wang Ruzi, la directrice de Fenshua, une vieille Chinoise d’au moins cinquante ans qui tirait sur un cigare en m’envoyant toute sa fumée dans le nez.
J’aurais aimé faire une connaissance plus personnelle des invités mais je n’étais pas là pour parader ni me mettre en avant, seulement suivre le conseiller et rester en retrait, conformément à ma position. J’avais été à bonne école : au cours des trois mois de stage intensif les instructeurs nous avaient martelé sur tous les tons que notre plus belle récompense serait de nous fondre dans le paysage au point de devenir invisible, “devenez transparents, visez l’invisibilité”, nous encourageaient-ils.
J’avais faim et soif mais je ne pouvais me séparer du conseiller qui papillonnait à droite et à gauche sans se soucier de ma fatigue. Vers neuf heures il m’a demandé de lui appeler un taxi, il voulait rentrer chez lui ; je suis sorti de la galerie et j’ai couru vers l’entrée des abattoirs – en arrivant j’avais remarqué les gardiens qui se tenaient en faction et ils m’ont aidé à héler un taxi ; je suis monté à l’avant et j’ai dit au chauffeur de me conduire à la galerie ; le conseiller nous attendait sur le pas de la porte mais il était furieux, il ne voulait pas de ce taxi-là, de couleur jaune, “ce sont des voleurs”, il a crié, il lui fallait un taxi de couleur bleue. Je suis retourné à l’entrée avec le taxi jaune, le chauffeur était furieux, il a voulu que je lui paie le qibufei, dix renminbi , j’ai payé, je suis descendu et heureusement je n’ai pas eu à attendre trop longtemps un taxi bleu. En montant à l’arrière de la voiture le conseiller m’a dit, alors que je m’apprêtais à ouvrir la portière de devant, que puisque nous habitions dans des quartiers différents il fallait que je me débrouille de mon côté.
Je suis rentré dans la galerie pour me jeter sur ce qui restait des petits-fours, c’est-à-dire pas grand-chose, j’ai bu le fond d’une bouteille d’eau minérale et sans que personne ne me remarque je suis parti.
J’ai sauté dans le taxi en attente devant l’entrée des abattoirs, peu m’importait sa couleur, et je suis retourné directement à mon hôtel. J’étais complètement épuisé ; une douche froide, une bonne friction avec le gant de crin et je me suis couché.
La ronde des coups de téléphone a repris avec autant de vivacité et d’obstination que la veille. Cette fois au bout de huit appels consécutifs je me suis décidé à réagir auprès de la réception et me plaindre en exigeant la déconnexion immédiate du téléphone de ma chambre. Il m’a été répondu que c’était complètement impossible, pour des raisons de sécurité. Comment trouver le sommeil avec ces sonneries incessantes ? J’ai débranché la prise murale et, pour plus de sûreté, je suis allé ranger le téléphone dans le placard coulissant. J’allais m’endormir quand j’ai entendu frapper à ma porte, je me suis levé et, en caleçon, je suis allé voir qui m’importunait à nouveau : c’était une jeune fille qui voulait savoir si j’avais besoin de chauffage pour la nuit. Il était vrai que l’air conditionné ne fonctionnait pas correctement, je suis allé me recoucher en lui demandant de faire le nécessaire et avant de sombrer dans le sommeil, je crois l’avoir vue en train de se déshabiller mais j’étais trop fatigué pour réagir, je devais déjà être en plein rêve.
 
L’alarme du réveil a sonné sept heures, je me suis levé d’un bond en grelottant ; seul dans la chambre avec le chauffage toujours en panne. J’ai filé sous la douche après m’être rasé et je me suis habillé en vitesse, il ne fallait pas que je sois une nouvelle fois en retard au consulat, comme première impression ce n’était guère fameux et je n’ai pris qu’un beignet frit et une gorgée de lait de soja chaud au buffet de l’hôtel avant de bondir dans le premier taxi. Arrivé devant l’immeuble du consulat, au moment de payer j’ai ouvert mon portefeuille et il ne me restait plus que huit renminbi . Hier après-midi j’avais eu le temps de faire un saut dans une distributrice automatique de billets et de débiter trois cents renminbi . Où avais-je bien pu les perdre ? C’était une très mauvaise blague.
En attendant de trouver une réponse je ne savais comment gérer la situation avec le chauffeur. Il a hurlé des imprécations en dialecte de Shanghai, heureusement je ne comprenais rien, sinon qu’il avait verrouillé les portières de sa voiture. Je lui ai proposé de patienter calmement, j’allais monter au consulat de France pour emprunter les dix-sept renminbi de sa course et les lui apporter au plus vite. Il n’a rien voulu entendre. Dehors les gens commençaient à s’amasser autour du taxi, j’ai baissé la fenêtre pour expliquer mon problème et demander de l’aide mais les badauds riaient à gorges déployées et tout le monde parlait à la fois : m’invectivaient-ils ou bien le chauffeur, je ne sais pas ; par chance l’attachée de coopération linguistique allait pénétrer dans l’immeuble, j’ai crié son nom, elle m’a reconnu et elle m’a sauvé la mise en payant le chauffeur. Dans l’ascenseur j’étais si confus que je n’arrivais pas à la remercier proprement. Elle a balayé de la main mes lamentations et elle m’a suggéré de conserver les reçus de taxi pour me les faire rembourser par la comptabilité. J’apprenais une nouvelle information, pour les trajets professionnels uniquement, n’est-ce pas ? Elle a répondu qu’au consulat on interprétait vastement la notion de trajet professionnel.
Lors de ma première réunion de la journée avec les deux secrétaires je leur ai demandé comment justement interpréter cette notion ; elles ont répondu en riant qu’à Shanghai, pour les Français du consulat chaque trajet était par essence professionnel, même les courses du samedi à l’hypermarché, la messe et le golf du dimanche, même les soirées privées chez les amis, les visites touristiques ici ou là, les allers-retours entre les restaurants de fin de semaine. Pour le personnel chinois la notion était entendue dans son sens le plus strict mais on a trouvé d’autres astuces on a trouvé d’autres astuces, m’ont-elles signifié en clignant de l’œil avec un grand sourire.
La responsable des Affaires humaines du consulat voulait me voir ; elle m’a offert un téléphone portable “pour un prix dérisoire, monsieur Lizeaux, dérisoire, trois fois rien” : cinq cents renminbi tout de même, j’avais déjà reçu des cadeaux moins onéreux. Je n’avais pas cette somme sur moi, elle a répondu qu’elle en toucherait un mot à la comptabilité afin que cette dette soit directement effacée de mon salaire en fin de mois ; la carte SIM contenait les numéros de portable des Indispensables au consulat et à la Mission, quant à l’abonnement et aux communications téléphoniques, Mme Ledru m’a dit qu’ils seraient à ma charge car je n’étais pas assez important pour que le consulat me les rembourse. J’ai demandé respectueusement si je pouvais au moins avoir un lot de cartes de visite
François Lizeaux
Interprète et traducteur français-chinois
consulat de France, Shanghai
mais c’était hors de question car un interprète “n’en a jamais le moindre besoin”.
Sans cartes de visite je deviendrai naturellement cette non-personne dont la non-existence nous avait été tant vantée lors du stage de formation.
Un peu avant midi, pendant une courte interruption de séance entre l’attaché de coopération militaire et deux des adjoints du commandant de la région maritime Jiangsu-Shanghai-Zhejiang, j’eus le temps de téléphoner à la galerie Fenshua pour demander si la femme de ménage ou l’un des employés avait trouvé, hier soir ou ce matin, par terre ou sous une table, mes trois cents renminbi ? Avant qu’Anna Wang Ruzi ne me raccroche au nez je l’ai entendue éclater de rire.
Après ma journée de travail, vers vingt-trois heures, je suis allé à la réception de mon hôtel poser la même question. Je leur ai dit la vérité, à savoir qu’avant de me coucher j’étais presque sûr que mon portefeuille contenait encore trois cents renminbi mais qu’au matin en me réveillant il était vide, la femme de chambre les aurait-elle trouvés ? Le préposé a dit que la maison n’était pas responsable de la perte des biens de ses clients, à moins que les valeurs n’aient été déposées dans le coffre de l’hôtel, il était désolé mais il ne pouvait rien faire pour moi, ce n’était pas de son ressort. Le caissier qui nous écoutait m’a demandé si quelqu’un était venu dans ma chambre hier soir. À part la jeune fille qui est passée pour le chauffage, non personne.
Ils ont haussé les épaules, comme si cette affaire les dépassait.
Le reste de ma première semaine en Chine est passé à toute allure, sans que j’aie vraiment eu le loisir de souffler une seconde avec des journées ininterrompues de neuf heures à minuit ou une heure du matin. Je n’avais guère plus que le temps de picorer dans mon assiette, car j’interprétais même pendant les repas, midi ou soir, et je rentrais à l’hôtel si fourbu qu’à peine allongé sur le lit, sans m’être déshabillé, je dormais déjà.
J’ai été débauché par la Mission économique sur deux “gros coups” : la visite du président d’une entreprise du CAC 40 pour l’inauguration de son premier magasin en Chine, à Guojing, le quartier résidentiel de prédilection des expatriés ; une cérémonie de signature entre le Comité de liaison à l’ouverture internationale et une délégation du patronat français. Deux événements sans incident si ce n’est que le PDG du CAC m’a donné quelque tracas lorsqu’il a voulu ramener à son hôtel la jeune fille qui lui avait présenté les ciseaux pour couper le ruban rouge.
A priori tout le monde paraissait satisfait de mon travail, je n’ai pas eu le plus léger reproche ni même vu le moindre sourcil se lever. La pression, forte, qui d’emblée s’était imposée sur mes jeunes épaules sans expérience me semblait finalement – pour autant que je puisse porter un jugement après seulement quelques jours de travail – moins paralysante, moins contraignante que je ne m’y attendais et pourtant au cours du stage de formation les enseignants nous avaient répété à satiété que les impressions de nos employeurs dès la première semaine seraient déterminantes et quasiment – ils n’osaient pas le dire expressément mais nous l’avions vite compris – définitives : nous étions en quelque sorte comme des oisillons au moment de leur premier envol, soit ils s’écrasaient au sol et on entendait plus parler d’eux, soit ils parvenaient à ne pas tomber, en agitant leurs petites ailes et on pouvait alors être certain qu’ils survivraient. Nos instructeurs utilisaient fréquemment cette comparaison pour nous ouvrir les yeux sur les enjeux.
Au bout de cinq jours, à l’heure du premier bilan, j’avais le sentiment de m’être bien coulé dans la fonction, je révisais rapidement le matin au réveil et pendant mon petit-déjeuner le vocabulaire plus spécialisé pour les réunions de la journée et j’interprétais sans effort. J’avais juste eu un petit souci d’ordre technique lors d’un débat public à l’université Bikang entre un généticien français invité par le consulat et trois professeurs de biologie, sur la traduction du mot ADN : je ne savais pas si ces initiales avaient un sens, même phonétique, en chinois et dans le doute j’avais utilisé la traduction sémantique, Tuoyanghetanghesuan.
Apparemment personne n’avait tiqué, j’avais dû viser juste.
 
J’allais découvrir qu’en Chine les semaines ne se terminaient pas le vendredi à quinze heures ; du moins pas pour tout le monde. Avant de partir en fin de semaine, alors que j’assistais encore dans une réunion, Mme Nolens, la secrétaire personnelle du consul, m’a fait passer un mot : “Monsieur Lizeaux vous êtes de service demain à disposition de M. le consul, vous voudrez bien vous présentez à onze heures trente à la résidence.”
En effet, samedi à midi j’avais rendez-vous pour déjeuner chez le consul, en sa résidence de l’Observation des lois – un ancien temple taoïste en plein centre de la concession française, racheté par le ministère des Affaires étrangères en 1984 et depuis résidence officielle des consuls de France ; il recevait une délégation haut niveau de généraux et de colonels de pompiers des provinces Jiangsu, Anhui, Jiangxi, Zhejiang et Shanghai qui partaient “en mission de recherches et d’informations 7 ” dans la plus grosse caserne de France, près de Lentilly. Une multinationale française garantissait l’équipée et son directeur Grande-Chine participait aux agapes avec trois membres de son état-majeur et leur chargée de communication externe, une très belle femme d’une trentaine d’années, originaire de Shenyang et avec qui j’aurais l’occasion d’échanger quelques mots avant d’entrer dans le salon des Glaces pour les apéritifs et les petits-fours. Comme je resterai complètement interdit lorsqu’elle m’apprendra qu’elle était mariée depuis vingt-deux ans et que son fils commençait son année de maîtrise à l’université, elle me dira d’un air triomphant, en français, que nous Chinoises toujours plus jeunes que femmes étrangères toujours plus jeunes.
J’étais donc là pour assurer la totalité des traductions. Au cours des présentations j’ai traduit le long discours du consul qui parlait à chaque fois au moins deux minutes avant de s’arrêter, si bien...

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents