Du pain et du jasmin
131 pages
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Du pain et du jasmin , livre ebook

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Description

Un roman identitaire qui livre un témoignage poignant sur les destins des femmes arabes dans une société musulmane en pleine mutation.
1984 : les émeutes du pain — 2010 : la Révolution du jasmin. Deux périodes tumultueuses vécues à près de trente ans de distance par une mère et sa fille.
Nadia quitte sa Tunisie natale pendant les émeutes qui secouent le pays en 1984. Révoltée contre ses parents, elle est surtout indignée par la culture du silence et la soumission que la jeunesse ne peut plus tolérer. Reniée par sa famille, elle émigre au Canada et y refait sa vie.
Vingt-cinq ans plus tard, sa fille, Lila, encouragée par sa mère, séjourne à Tunis chez un couple ami, Tante Neila et Oncle Mounir. Elle fera face à une autre révolution, celle qui enflammera bientôt tout le monde arabe et à laquelle elle va finir par s’associer.
Un roman identitaire qui livre un témoignage poignant sur les destins des femmes arabes dans une société musulmane en pleine mutation.
« “C’est ib, on ne fait jamais ça devant les autres”, répétait souvent ma mère pour désapprouver les baisers que nous voyions parfois à la télé. Et comme pour lui donner raison, papa fermait brusquement la télé et me demandait d’aller immédiatement dans ma chambre pour finir mes devoirs, même quand je n’avais pas de devoirs ou que j’avais tout fini. »

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 19 septembre 2015
Nombre de lectures 65
EAN13 9782895975212
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0600€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

DU PAIN ET DU JASMIN
DE LA MÊME AUTEURE


Miroirs et mirages , Ottawa, L’Interligne, 2011 ; traduit en anglais sous le titre Mirrors and Mirages , Toronto, House of Anansi Press, 2014.
Les larmes emprisonnées , Montréal, Boréal, 2008 ; traduit en anglais sous le titre Hope & Despair : My Struggle to Free My Husband , Maher Arar , Toronto, McClelland & Stewart, 2008.
Monia Mazigh
Du pain et du jasmin
ROMAN
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives Canada

Mazigh, Monia, auteur Du pain et du jasmin / Monia Mazigh.
(Voix narratives) Publié en formats imprimé(s) et électronique(s). ISBN 978-2-89597-454-3. — ISBN 978-2-89597-520-5 (pdf). — ISBN 978-2-89597-521-2 (epub)
I. Titre. II. Collection : Voix narratives
PS8626.A96D8 2015 C843’.6 C2015-905155-X C2015-905156-8

L’auteure tient à remercier la Ville d’Ottawa, par l’entremise du programme de financement « Arts littéraires », pour son soutien lors de l’écriture de ce roman.
Les Éditions David remercient le Conseil des arts du Canada, le Bureau des arts franco-ontariens du Conseil des arts de l’Ontario, la Ville d’Ottawa et le gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada.



Les Éditions David 335-B, rue Cumberland, Ottawa (Ontario) K1N 7J3 Téléphone : 613-830-3336 | Télécopieur : 613-830-2819 info@editionsdavid.com | www.editionsdavid.com

Tous droits réservés. Imprimé au Canada. Dépôt légal (Québec et Ottawa), 3 e trimestre 2015
NOTE DE L’AUTEURE
Ce livre est une œuvre de fiction. Il n’est aucunement autobiographique. Certes, je me suis inspirée de certains souvenirs d’enfance, mais tous les personnages du roman n’ont existé que dans mon imagination. « Les émeutes du pain », qu’on a aussi appelées « la Révolution du couscous », se sont bel et bien déroulées en Tunisie en 1984. De même, le soulèvement social entre 2010-2011, qui a précipité la chute du régime Ben Ali, est réel. Cependant, tout en se rapprochant des faits historiques, les dates indiquées ont été parfois légèrement modifiées pour les besoins du récit.
1
T UNIS, LE 3 JANVIER 1984
Je restais là en silence, le visage marqué par la douleur, mes jambes légèrement écartées, mes fesses bien posées sur le siège de la toilette. D’atroces crampes tiraillaient mon ventre à intervalles réguliers comme des couteaux aiguisés. Une diarrhée fétide sortait de mon corps comme l’eau brûlante jaillissant d’un geyser, me libérant soudainement de la douleur intense que j’avais eue quelques minutes auparavant. Je me sentais déjà mieux. Je profitais du peu de répit pour examiner les lieux. Je regardais par-dessous la porte en bois écaillé. Les toilettes n’étaient pas propres. Le carrelage était devenu gris sous les pas des clients du restaurant qui entraient et sortaient à longueur de journée. J’ai entendu quelques pas franchir la porte voisine, suivi du bruit d’un jet d’urine trop bruyant qui semblait incapable de s’arrêter. Puis une chasse d’eau qu’on tire. Je ne bougeais pas, j’avais honte de moi, je ne voulais pas me lever, je ne voulais être vue de personne. Je ne savais pas ce qui s’était passé au juste. Je venais de manger un casse-croûte keftaji dans cette gargote. À peine la dernière bouchée avalée, le gargouillement gênant de mes intestins en furie s’était fait entendre. Tout mon corps était secoué de crampes intenses. Je n’avais d’autre choix que d’aller aux toilettes.
Il faut dire que ma journée avait très mal commencé. Vers midi, j’avais tellement faim que je ne pouvais plus réfléchir. D’habitude, j’apportais avec moi un sandwich que je mangeais en compagnie de Neila. Nous nous asseyions toutes les deux sur le bord de la clôture, pas loin de la bibliothèque de notre lycée. Nos pieds pendaient comme ceux de gamines se balançant sur le muret en brique. Derrière nous, les eucalyptus centenaires nous enveloppaient de leurs ombres bienveillantes. Leurs branches majestueuses tombaient vers le sol, un peu lasses de leur longue vie.
C’était ma mère qui me préparait mon sandwich chaque matin. Elle coupait le quart d’une baguette qu’elle achetait tôt chez Hassan, l’épicier du coin. Elle y pratiquait une petite fente transversale, puis y mettait une cuillerée d’harissa diluée dans un peu d’eau, quelques miettes de thon ou de sardine, selon que nous étions au début ou à la fin du mois, et un filet d’huile de soja. Depuis quelques années, mon père n’arrivait plus à acheter de l’huile d’olive. La vie devenait de plus en plus chère. Son maigre salaire de fonctionnaire au ministère de la Justice ne suffisait plus. Au début de chaque mois, c’était un peu la fête chez nous. Mon père achetait des boîtes de thon. « La marque Sidi-Daoud est la meilleure ! » répétait-il chaque fois, comme s’il avait peur que nous l’oubliions. Puis il renchérissait : « C’est à Sidi-Daoud que les gros thons argentés de la Méditerranée viennent se gaver d’algues appétissantes. Leur chair devient savoureuse et parfumée et c’est là justement qu’on les attrape. Les Italiens appellent cette pêche la Matanza … » Personne ou presque ne prêtait attention à ce que mon père racontait. Nous avions appris ces paroles par cœur. La fête continuait pendant une semaine ou deux et ma mère préparait des bricks au thon et agrémentait de quelques miettes la salade méchouia , faite de tomates et de piments grillés au charbon.
Mais vers la fin du mois, l’argent se faisait rare. À la maison, l’atmosphère devenait tendue. C’était alors au tour de ma mère de faire les courses, tandis que mon père restait dans son fauteuil, planté devant la télé. Je savais qu’il avait la tête ailleurs. Il ruminait. Ma mère n’achetait aucune viande, elle ne pouvait plus se l’offrir. Alors, elle préparait des mets avec des légumes : des soupes aux pois chiches, du couscous aux courgettes, aux épinards et aux pommes de terre, des pâtes garnies aux fèves, aux lentilles et aux pois verts. C’était la guigne culinaire ! Pour mes sandwichs quotidiens, elle achetait des boîtes de sardines qui baignaient dans une huile douteuse, fade, sans aucune comparaison avec le thon de Sidi-Daoud. Et gare à celui qui se plaignait, rouspétait ou lançait des commentaires. Pas un mot ne devait être prononcé. Car chaque mot lâché sans raison pouvait provoquer un regard noir de la part de mon père ou une longue leçon de morale de ma mère qui se terminait infailliblement par une dispute entre mes parents. Je me taisais et restais dans mon coin. Le silence me nourrissait.
Ces derniers jours, les troubles dans le sud du pays, dont mon père m’avait vaguement parlé, rajoutaient au sentiment de misère qui enveloppait Tunis et notre maison. Mais la situation ne m’intéressait pas vraiment. Ma vie me suffisait.
Ce matin-là, ma mère était sortie tôt, je ne savais trop où. Faire des courses peut-être, ou rendre visite à Hédia, notre voisine, la maman de la petite Najwa. Hédia venait de perdre son mari. J’étais trop paresseuse pour préparer quoi que ce soit. J’avais pris mes affaires et j’étais donc partie au lycée sans rien apporter à manger.
Neila n’était pas venue aux cours. La veille, quand nous nous étions quittées devant son immeuble, elle avait l’air un peu fatiguée, mais ne m’avait rien dit. Ce matin-là, je l’ai attendue devant chez elle, à l’endroit habituel, sur l’herbe sèche, à côté du réverbère à l’ampoule brisée, mais elle n’a pas donné signe de vie.
J’espérais que ce ne soit pas son père qui lui ait encore fait une scène. Car M. Abdelkader battait ses enfants pour un oui ou pour un non. Personne ne pouvait l’arrêter. Il se déchaînait de toutes ses forces comme la première pluie de l’automne, qu’on appelle Ghassalat El-Nouader , ou la lessiveuse des meules de foin. Une pluie forte et intense qui emporte tout sur son chemin, amoncellements de cailloux, amas de poubelles, journaux jaunis et chats morts dans les terrains vagues. L’eau tombe du ciel en trombe avec une telle force que les égouts refoulent, débordent dans les quartiers et que des ruisseaux se forment. La poussière, soufflée par le vent du sirocco de l’été, est avalée à gros bruit par les gouttes de pluie. Tout comme les histoires de ghoula 1 qui peuplaient nos enfances innocentes. Puis, une fois la pluie calmée, les gens sortent dans les ruelles inondées pour constater les dégâts.
La tempête passée, Neila se regardait dans le miroir. Son père lui laissait des bleus partout sur le corps. Sur les joues coulaient des ruisseaux de larmes. Sur sa peau blanche, les traces sombres des doigts de son père enfoncés dans sa chair souple. Neila détestait son père et ses coups de rage contre elle et ses frères. Elle voulait partir, quitter la maison, ne plus revenir. Elle ne voulait pas deve

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