Echec et Gloire
273 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Echec et Gloire

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
273 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Description



Après le triomphe de Marignan, c’est la défaite de Pavie. Prisonnier de Charles Quint en Espagne, le roi François 1er doit laisser ses deux fils en otage. Le plus âgé se rebelle et le plus jeune prend peur. Aucune alternative n’est possible et les deux enfants sont faits prisonniers.



Sollicitée par Louise d’Angoulême pour payer une partie de la rançon que réclame Charles Quint afin de libérer François 1er, Alix participe au financement en cédant ses plus belles tapisseries, car Charles Quint, grand amateur d’art, détient la plus belle collection de tableaux et tentures des Cours d’Europe.



À Lyon, où se regroupent les grands artistes, Alix fait la connaissance de Properzia de Rossi, femme sculpteur qui a signé de grandes œuvres exposées à Bologne. Une étrange amitié se noue entre les deux femmes, toutes deux nourries des fruits de la Renaissance.



Properzia qui peut s’attribuer les mérites de ses brillantes et célèbres sculptures forgera l’esprit d’Alix en la poussant vers les innovations artistiques qui feront d’elle la grande lissière qu’elle a toujours voulu être.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 22
EAN13 9782374535944
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Présentation
Après le triomphe de Marignan, c’est la défaite de Pavie. Prisonnier de Charles Quint en Espagne, le roi François 1er doit laisser ses deux fils en otage. Le plus âgé se rebelle et le plus jeune prend peur. Aucune alte rnative n’est possible et les deux enfants sont faits prisonniers. Sollicitée par Louise d’Angoulême pour payer une pa rtie de la rançon que réclame Charles Quint afin de libérer François 1er, Alix pa rticipe au financement en cédant ses plus belles tapisseries, car Charles Quint, gra nd amateur d’art, détient la plus belle collection de tableaux et tentures des Cours d’Europe. À Lyon, où se regroupent les grands artistes, Alix fait la connaissance de Properzia de Rossi, femme sculpteur qui a signé de grandes œuvres exposées à Bologne. Une étrange amitié se noue entre les deux femmes, toutes deux nourries des fruits de la Renaissance. Properzia qui peut s’attribuer les mérites de ses b rillantes et célèbres sculptures forgera l’esprit d’Alix en la poussant vers les inn ovations artistiques qui feront d’elle la grande lissière qu’elle a toujours voulu être. Les Ateliers de Dame Alix Les Ateliers de Dame Alix font revivre ces femmes d ont François 1er n’a pu se passer ! Louise d’Angoulême, Marguerite de Navarre, Claude de France, Françoise de Chateaubriand, Anne d’Étampes, Éléonore d’Autric he, Diane de Poitiers et même la lissière Dame Alix et ses filles… Tome 1, Les broderies de la cour Tome 2, Les Vierges du Vatican Tome 3, Les rencontres de Rome Tome 4, Le temps des galanteries Tome 6, Les triomphes
Née dans la Sarthe,Jocelyne Godarda longtemps vécu à Paris. Depuis quelques années, elle vit dans le Val de Loire. Les sagas et biographies romancées qu’elle a publiées au fil du temps ont toujours donné la prio rité à l’Histoire et aux femmes célèbres des siècles passés. Ces femmes qui ont mar qué leur temps, souvent oubliées ou méconnues, et qui, par leurs écrits, le urs œuvres, leurs engagements, leurs talents, leurs amours, ont signé l’Histoire d e leur présence qu’elle n’a cessé de remettre en lumière. L’Égypte ancienne et le Japon médiéval l’ont fortement influencée. Puis elle s’est tournée vers l’époque c arolingienne, le Moyen-Âge et la Renaissance. Et, plus récemment, elle a mis en scèn e, avec l’éclairage qui leur revient, une longue saga sur l’investissement des f emmes durant la Grande Guerre. Lorsque ses héroïnes sont fictives, elles ont toujo urs un lien étroit avec les femmes qui ont fait la Grande Histoire. Dans ses plus jeun es années, elle s’est laissé guider par la poésie et elle a publié quelques recueils. P uis elle s’est tournée vers le journalisme d’entreprise auquel elle a consacré sa carrière tout en écrivant ses romans. Depuis son jeune âge, l’écriture a toujours tenu une grande place dans son quotidien. Un choix qui se poursuit.
Jocelyne GODARD
Les Ateliers
de Dame Alix
TOME 5 ÉCHEC ET GLOIRE
LES ÉDITIONS DU 38
Quand on excelle dans son art, et qu'on lui donne toute la perfection dont il est capable, on s'égale à ce qu'il y a de plus noble et de plus relevé. La véritable grandeur est libre, douce, familière, populaire ; elle se laisse toucher et manier, elle ne perd rien à être vue de près ; plus on la connaît, plus on l'admire. Elle se courbe par bonté vers ses inférieurs et rev ient sans effort dans son naturel ; elle s'abandonne quelquefois, se néglige, relâche ses avantages toujours en pouvoir de les re prendre et de les faire valoir ; elle rit, joue et badine, mais avec dignité. On l'approche avec retenue. Son caractère est noble et facile, inspire le respe ct et la confiance. (extrait desCaractèresde la Bruyère)
I
L’attelage filait à vive allure. Byzance et Césarin e galopaient à perdre haleine et Léo, le cocher, maîtrisait la folle poursuite engag ée depuis quelques minutes sur la route qui menait à Moulins. Alix et ses compagnes, tassées dans la voiture, tressautaient au rythme saccadé de la cavalcade. Lé o tenait solidement les rênes, les yeux fixés devant lui, supputant l’instant où i l pourrait semer ses poursuivants. Les deux cavaliers qui les traquaient gagnaient cep endant du terrain et, bientôt, malgré la farouche détermination du cocher à les di stancer, il n’y eut que quelques mètres entre eux. Alix passa la tête au travers de la petite fenêtre et jaugea le peu d’écart qui les séparait. — Ils arrivent, Léo, ne te laisse pas rattraper. Léo et les chevaux redoublèrent d’énergie et tinren t encore la cadence effrénée quelque temps. L’air sifflait à leurs oreilles dres sées en pointe, frottait leurs flancs en sueur et, de leur bouche, commençait à sortir une b uée vaporeuse qui se mêlait à l’espace. — C’est Bellinois, j’en suis sûre, murmura la jeune femme. — Comment peux-tu en être certaine? répliqua Angela dont le visage commençait à pâlir. — Je n’ai point besoin de me pencher longuement sur les faits pour le comprendre. Déjà la fois dernière, il m’avait empêc hée de me rendre à la convocation du juge. Il récidive en s’y prenant aut rement. Chacun le sait, les absents ont toujours tort. — Mais cette fois, constata vivement Arnaude assise sur la banquette en face des jeunes femmes, si c’est vraiment le sire Bellinois, on dirait qu’il veut ta mort. Car si mes souvenirs sont bons, jusqu’ici il n’avait fait que t’envoyer les lettres de menace. — S’en prendre à moi personnellement! Certes, il fallait s’y attendre. Mais je vais lui montrer ce dont je suis capable. De nouveau, elle engagea sa tête par la fenêtre. Se s cheveux dissimulés sous sa coiffe furent malmenés par le vent et quelques mèch es couleur châtaigne s’en dégagèrent. Criant pour couvrir le sifflement du ve nt, elle se pencha davantage : — Ne te laisse pas impressionner par ces hommes-là, Léo. Nos chevaux sont sans doute aussi acharnés que les leurs. N’oublie p as, nous devons être chez le juge d’ici une heure ou deux. Un retard me plongera it dans l’embarras. Toute l’histoire remontait à presque dix ans. C’éta it l’époque où les ateliers d’Alix  1 tissaient les «millefleurs» des sept tentures deLa Vie seigneurialedont l’une lui avait été dérobée dans l’un de ses ateliers de Tours. Autant dire que ce jour-là, elle savait déjà que le voleur était maître Bellinois, lissier à Felletin, dans la Creuse. Le duc d’Ambois e, qui lui avait commandé cet important travail, assurant le rôle de commanditair e, le lui avait retiré pour le donner à Alix de Cassex afin d’en réaliser l’achèvement. L es personnages centraux étant déjà tissés, restait le fond sur lequel dames et se igneurs évoluaient. Ce fond constitué d’admirables «millefleurs» dont la jeune lissière de l’époque était une spécialiste.
Si Charles d’Amboise avait remis ce travail non ach evé à Alix, c’est que maître Bellinois lâchait volontairement cet ouvrage pour s ’attacher à l’exécution d’autres commandes plus urgentes que celle deLa Vie seigneuriale. Devant la splendeur de ces tapisseries, le chatoiem ent des couleurs, l’éblouissante réalisation sortie des ateliers d’Al ix, maître Bellinois se mit à regretter de n’avoir point terminé les tentures et revendiqua soudain ce travail comme étant intégralement le sien, allant jusqu’à dérober le de rnier panneau encore tendu sur la haute lisse de sa rivale. — Tiens bon, Léo, nous sommes presque arrivés. Moul ins n’est plus très loin. J’aperçois les remparts de la ville. À peine les premières maisons se dessinaient-elles à l’horizon qu’une forte embardée les précipita sur le bas-côté de la route, entraînant dangereusement la voiture sur la droite. Alix entendit Césarine hennir, mais le bouillant He ctor se redressa et, d’un coup de reins, rétablit l’équilibre. À cela, s’ajouta la dextérité de Léo, puis l’attelage reprit sa course. Mais les deux cavaliers n’en avaient pas fini de leurs menaces insensées. Tandis qu’Angela se frottait l’épaule qu i avait heurté durement la paroi de la voiture, Alix et Arnaude les virent dépasser l’a ttelage, filer quelques lieues plus loin et, au centre de la route, leur bloquer le pas sage. Venant sur eux, Léo dut arrêter sa course. — Que cherchent-ils? murmura Arnaude que l’inquiétude commençait à ron ger. — Ils veulent que la voiture verse dans le fossé. Soudain l’un des hommes s’approcha et sans descendr e de sa monture se mit à fouetter Césarine avec sa cravache. L’autre l’imita sans plus attendre, un mauvais sourire aux lèvres. Plus costaud que son compagnon dont la rage à flageller Césarine était pourtant évidente, il détacha ses ét rivières et cingla Hector à toute volée. Les chevaux prirent peur et ruèrent, mais Lé o n’eut pas le temps de les apaiser, car il lui fallait descendre à terre pour se défendre promptement avec plus d’agilité qu’il n’en avait à son poste de conduite. Il fit face aux deux cavaliers, les menaçant de ses poings en leur jetant des injures. Ses yeux clairs prirent la couleur d’un ciel d’orage et ses mâchoires se crispèrent. D ’une poigne solide, il arracha les étrivières des mains de celui qui fustigeait Hector comme un forcené pour amener le cheval à une totale panique. Privé de son fouet, le cavalier sauta sur le sol et son compagnon l’imita. La lanière de cuir que tenait so lidement Léo siffla dans ses mains, vola dans l’espace et, en s’abattant sur le visage d’un des deux hommes, atteignit son front et cingla ses yeux. — Léo! cria soudainement Alix, avisant que l’autre caval ier sortait un couteau dont la lame brillait sous les yeux affolés des jeu nes femmes. Le cocher recula et, d’un prompt coup d’œil, s’assu ra qu’il avait mis hors de nuire le brigand qui tenait à deux mains son visage. De l ongues balafres striaient ses joues et ses yeux semblaient endommagés, car il les frottait sans pouvoir les ouvrir. Mais s’il demeurait immobile, l’autre avançait, le couteau pointé vers Léo. Prudemment, Alix descendit de voiture et s’approcha des chevaux. Elle passa derrière l’attelage que les pauvres bêtes malmenaie nt par leur affolement. L’homme qui tenait d’une main la cravache et de l’autre le couteau ne la vit pas s’avancer. — Lâchez votre arme! cria-t-elle.
Quel risque prenait-elle donc pour aider Léo? Elle n’avait ni couteau, ni gourdin, ni rien qui pût la sortir d’affaire. Mais ces cris sau vèrent le cocher, car l’homme se retourna et cet instant lui fut fatal. Léo sauta su r lui, l’empoigna à la gorge et, d’un coup sec, fortement aidé par la surprise, lui fit l âcher le couteau. À présent, ils se trouvaient à égalité et se battaient à mains nues, au corps à corps. Angela et Arnaude, descendues de la voiture et debout contre la paroi de la voiture qui glissait peu à peu sur le côté tant les chevaux s’agitaient, s’écartèrent d’Alix qui refusait de quitter Léo. Leur lutte fut courte, mais sauvage. L ’un empoignait le cou de l’autre, le serrant à l’étouffer. L’autre se libérait, esquivai t les coups pour frapper à son tour. Léo reçut un poing puissant et dur dans le bas-vent re et suffoqua un instant. Il se reprit et, tête baissée, d’un violent coup de crâne en pleine poitrine, envoya son rival sur le sol. Ancien docker au port de Gênes, Léo n’a vait rien perdu de sa force combative. Il eut assez vite l’avantage, bien que c e temps parût interminable aux trois femmes. Le nez en sang, couvert d’ecchymoses, le bas-ventre douloureux du coup qui l’avait fait suffoquer, une épaule à moiti é démise, il laissa son adversaire sur le sol tandis que l’autre jurait à tous les dia bles qu’il n’y voyait plus rien. — Vite, cria-t-il, ne traînons pas là. Celui-ci va se relever et l’autre risque d’y voir assez clair pour reprendre le combat. Les trois femmes l’aidèrent à calmer les chevaux qu i, peu à peu, grâce à des paroles et à des caresses rassurantes, s’apaisèrent. Assise sur la banquette de bois, Arnaude essuyait son visage en sueur. Elle n’était plus toute jeune, la grande amie d’Alix qui, autrefois, alors qu’elle n’était qu’une petite fille à la recherche du jeune apprenti qu’elle aimait, l’avait aidée à le retrouv er. Arnaude devait avoir dans les cinquante ans. Ayant adoré toute sa vie son métier de lissière, elle venait encore travailler aux ateliers à côté d’Arnold son mari et Guillemin son fils. — Ça va? s’enquit Alix en se penchant sur sa compagne. Arnaude esquissa un petit signe de tête. Son visage au front ridé, ses yeux gris un peu délavés par le temps, sa bouche aux lèvres char nues et affaissées, reprirent leur calme habituel. Peu de temps plus tard, Léo me nant vivement sa monture quittait les lieux et entrait dans la ville. Dès qu ’elle pénétra dans la salle où des bancs étaient alignés et, tout au fond, des tables disposées perpendiculairement, Alix aperçut maître Bellinois. Tassé sur l’un des b ancs, il tourna rapidement la tête vers elle et la scruta impitoyablement de ses petit s yeux noirs. Pas très grand, maigrelet, le visage osseux et un œil de vautour, i l n’avait guère changé depuis dix ans. Tel il était quand elle l’avait aperçu la prem ière fois au château de Chaumont en présence de Charles d’Amboise, tel il était à prése nt, le regard fourbe et un rictus traînant sur ses lèvres comme un sourire malveillan t. Le juge qui s’occupait de cette affaire était entouré du procureur et des deux avoc ats. Un greffier aux yeux de fouine se tenait à côté d’eux, une feuille, une plume et u n encrier devant lui. — Madame Alix Cassex, ordonna-t-il d’un ton traînan t tout en levant ses yeux mornes sur la jeune femme, levez-vous. Alix tourna rapidement son regard vers Arnaude et A ngela qui s’étaient assises un peu à l’écart. Soulagée, elle soupira en voyant que leur récent affolement s’était estompé et qu’elles paraissaient calmes. Nulle trac e de l’agression ne transparaissait sur leur visage. — Pardon, monsieur le greffier, je m’appelle Alix d e Cassex, dit-elle en appuyant
sur la particule de son nom. — Que dites-vous? jeta le juge d’un ton froid. Alix se tourna vers lui et scruta quelque temps son regard impassible. — Je m’explique, monsieur le juge. Le roi François 1e r a consenti à anoblir ma famille compte tenu des services rendus au royaume depuis plus d’un siècle. Les hommes qui lui faisaient face, à l’exception du greffier, l’observaient avec attention. Le procureur avait un visage fermé, déjà impitoyable sur les propos qu’il aurait à tenir. — Cette femme se vante, s’écria Bellinois. Buste redressé, il tendait le cou en avant tout en levant le menton. On eût dit un coq cherchant à se faire craindre au milieu de sa b asse-cour. — Messire Bellinois, rétorqua Alix sans se démonter, personne ne vous a autorisé à parler pour l’instant. C’est moi que monsieur le juge questionne. Ce dernier frappa le bois sec de sa table avec un p etit marteau et confirma d’une voix nette et claire : — La dame de Cassex a raison. Vous répondrez à votr e tour. Poursuivez, madame, qu’a donc fait votre famille pour mériter u ne telle faveur? — Mon époux, maître Jacques Cassex, est décédé lors de la terrible peste dernière, voici presque vingt ans. Par sa branche m aternelle, il était le descendant de Jean le Flamand qui, avec le célèbre peintre Jea n de Bruges, a contribué à la 2 confection de la gigantesque tenture del’Apocalypse de saintJean. Sur sa lancée, elle poursuivit, toujours sûre d’ell e : — Quant à la grand-mère de mon époux, Clarisse Cass ex, elle fut une lissière du Val de Loire accomplie et sa mère, Léonore Cassex, fut lissière dans les Flandres. Les hommes de loi l’écoutaient et maître Bellinois, bien forcé lui aussi de prêter l’oreille à ce qu’il savait déjà, fulminait. Ne perdant pas son sang-froid, Alix reprit : — Au temps de mon premier époux, nous avons réalisé une grande œuvre pour le roi Louis XII, une histoire mythologique en six tab leaux sur fond de bataille et de «millefleurs». Elle s’arrêta, se demandant si elle devait parler d e son beau-père, ce détestable individu qui, toute sa vie, s’était acharné à la re jeter et à la détruire. Elle crut bon, cependant, d’ajouter la part de vérité qui lui reve nait : — Quant au père et maître à la fois de mon époux, i l s’agit de Pierre de Coëtivy, qui a réalisé de grandes œuvres pour les cours de F rance, de Bourgogne et des Flandres. Son histoire de Pensilhé n’est plus à van ter. Elle s’assura de l’effet que produisaient ces propos flatteurs pour sa famille e t poursuivit : — Et, monsieur le juge, j’en arrive à mes propres o uvrages dont je suis fière du succès qu’ils ont remporté. J’ai travaillé pour le Vatican, sur la demande d’un oncle de mon époux, le cardinal Jean de Villiers, ami et conseiller du pape Alexandre Borgia, puis plus tard de Jules II. J’ai été comman ditée aussi par la comtesse d’Angoulême dont je suis l’amie et, à présent, je l e suis par le roi lui-même. Mes ateliers, pour l’instant, ne fournissent que pour l ui. Ils achèvent uneHistoire de César et unTriomphe de l’étéde la. Quant à madame la Régente, je poursuis à sa deman fabrication d’un calendrier de douze panneaux repré sentant les mois de l’année et les saisons.
— Et les peintres? cria une voix acerbe, pointue. Alix eut un sourire. La question du maître Bellinoi s était bien simplette et il se reprocha aussitôt de l’avoir posée, se rendant subi tement compte que la réponse ne ferait qu’avantager sa rivale. — Toutes mes œuvres sont réalisées en collaboration avec les grands peintres Van Orley et Van Aelst et je puis préciser que le g rand artiste florentin Raphaël m’a dessiné et vendu de nombreux cartons. Après cette imposante rétrospective, les hommes de loi ne disaient toujours rien. Elle sentit qu’elle s’était parfaitement mise en va leur. Mais elle savait aussi que le jugement des hommes sur les femmes était souvent me squin, dur, impitoyable et que, hélas, ils les renvoyaient souvent à leur foye r et à leurs enfants. En attendant, elle se battrait. Certes, Alix pouvait être sûre d’elle. Elle connaissait son affaire et ces hommes ne la prendraient pas au piège facilement. G râce à son travail et aux importantes relations dont elle avait su s’entourer et surtout bravant les heurts et accidents survenus au fil des années, les ateliers de tissage d’Alix de Cassex étaient devenus les plus importants de la région tourangell e. Cette brillante réussite incarnait tout ce qu’il y avait de puissant en cett e femme tenace, ambitieuse et volontaire, d’à peine quarante ans, belle encore et d’une grande séduction. Car Alix, débarquée fraîchement de Nantes alors qu’elle n’éta it qu’une petite orpheline à la recherche d’amour et de belles œuvres tapissières, vivait depuis longtemps comme une grande artiste, l’esprit tourné vers ses créati ons dont elle sentait chaque jour l’évolution. Son avocat, maître Carbonnel, se leva. D’imposante stature et d’allure assurée, il n’en avait pourtant pas le ton. — Voici de bonnes références pour expliquer la lign ée de cette famille de lissiers, approuva-t-il simplement, références que monsieur l e juge prendra en considération. Puis, le greffier leva la tête. — Maître Renault Bellinois! lança-t-il de sa voix aigrelette. À son tour, le petit bonhomme qui se trouvait sur l e banc opposé se leva. Sa vêture ne s’était pas améliorée en dix ans. Son crâ ne se dissimulait sous un bonnet brun et rond. Il portait une grossière tunique de l in sur laquelle il avait passé une jaquette de laine encore plus sommaire. Le tout ret enu par une ceinture qui lui tombait négligemment sur les hanches. — Êtes-vous seul? s’enquit le juge en posant son regard sur Arnaude et Angela qui accompagnaient Alix. — Oui, monsieur le juge, déclara Bellinois. Seul mo n avocat me défendra. Il regarda Alix en ricanant et ajouta : — Il faut être coupable pour avoir besoin des autre s! — Je vous interdisncore! s’écria la jeune femme. Ce procès ne vous a pas e donné raison. — Ça ne tardera pas! — C’est ce que nous verrons. D’un geste sec et nerveux, le juge frappa de son ma rteau le rebord de la table. — Silence! Et, se tournant vers Alix : — Maintenez-vous votre plainte? — Oui, monsieur le juge, jusqu’à ce que j’obtienne raison. J’affirme queLes
  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents