Éléonore, sous l orage de la Révolution
171 pages
Français

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Éléonore, sous l'orage de la Révolution , livre ebook

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Description


Juin 1788, Eléonore le Raphalen n’a que 17 ans lorsque sa vie se voit bouleversée.


Elle va devoir lutter pour mener la vie à laquelle elle aspire, tout en protégeant les siens de la révolution.


Son existence ressemble à celle de bien des jeunes gens dans la Bretagne de l’époque : une région touchée par la pauvreté et dont l’ambition d’autonomie vis-à-vis de la France est encore bien présente dans les esprits.


Fille de cultivateurs, elle rencontre par hasard le marquis de la Rochemenez qui va lui faire découvrir un autre monde, très distant de ce qu’elle connaît. Loin d’être insensible à ce jeune homme, elle lutte pour ne pas s’enliser dans une existence qu’elle ne souhaite pas.
En parallèle, la colère du peuple monte et les tensions se voient exacerbées par le comportement du roi Louis XVI.



À la croisée des chemins sentimentalement : Éléonore choisira-t-elle le camp aristocrate de son amour ou celui de sa famille qui brûle de révolte ?

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 28
EAN13 9782490746750
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Delphine Bilien Éléonore
sous l'orage de la Révolution
Créé et dirigé par Romain Naudin
© – 2021 – 79260 La Crèche
Tous droits réservés pour tous pays
www.moissons-noires.com
À Esteban, Marine et Aliénor


Prologue
Juillet 2019
À quoi cela peut-il bien servir ? Qu’est-ce que cela fait de savoir qui sont nos aïeuls, d’où l’on vient alors que la question primordiale aujourd’hui est de savoir où l’on va ? Difficile de répondre à cette interrogation alors que la voiture s’engage sur une route sinueuse, à la sortie de Plozévet. À dire vrai, je n’y songe pas plus que cela. Je suis sûre d’une chose : j’ai besoin de savoir, j’ai besoin de comprendre, c’est ainsi dans mon âme. Cela s’impose comme une nécessité, une évidence. Je veux savoir.
La voiture remonte la route, offrant la vision d’un paysage splendide, mélange de campagne avec, en fond, l’océan gris-bleu. Les mots me paraissent bien pauvres pour définir l’impression exacte que cette apparition me procure. Émerveillement, stupéfaction, joie aussi. Jamais je n’aurais pensé que cette fusion entre ces deux mondes, marin et terrestre, puisse me faire cet effet.
— Ouah ! C’est trop beau !
Mon fils saisit mon téléphone. Je me gare à cheval sur les herbes et ouvre la fenêtre.
— Dis donc, ils avaient une sacrée vue, nos arrière-arrière-arrière… grands-parents !
— Je ne te le fais pas dire ! Tu as vu, Marine ?
L’aînée de mes filles se redresse sur son siège et apprécie d’un coup d’œil rapide la vue.
— Oui, c’est beau.
Quel enthousiasme !… Je ne peux pas lui en vouloir. Pour eux, la projection est bien plus compliquée. Ma cadette joue encore avec la marionnette que sa sœur lui a glissée dans les mains. Du haut de ses 22 mois, il est certain qu’elle n’aura pas grand souvenir de cette virée sur la trace de nos aïeuls.
Mais nous sommes ensemble. Je les entraîne dans cette remontée dans le temps et, tandis que j’enclenche la première pour repartir de plus belle, j’ai la sensation que je vais retrouver mes ancêtres.
L’océan s’étend sur notre droite.
Esteban suit le GPS.
— Si tu veux rester au bord de la mer, tu dois prendre la prochaine à droite.
Je bifurque sans l’ombre d’une hésitation. Une large plage se déploie sur le côté. Je continuerais bien ainsi mais la route tourne à gauche et c’est à regret que je quitte ce paysage.
Rapidement, des maisons prennent le relais.
— Vous avez vu les vieilles bâtisses ?
Mon fils se met à rire.
— Maman, t’as pas arrêté de dire ça depuis qu’on a quitté Douarnenez. À croire qu’il n’y a que des vieilles maisons en Bretagne !
Pas faux. Ceci dit, je ne lui avouerai pas qu’à chaque fois, je me demande si mes aïeuls ont pu vivre dans l’une de ces habitations.
La pancarte « Plovan » me tire un sourire. La ville n’est pas très grande, un peu plus de 650 âmes aujourd’hui et nous tombons très vite sur la place principale avec son église. Je me gare sur le parking près du terrain de pique-nique et de jeux. Une muraille entoure le lieu saint et ses abords. Mais au-delà de ces pierres, on distingue facilement le trait caractéristique de l’horizon formé par les eaux.
— On va dans l’église ?
— Oui.
— Pourquoi ?
— Parce que c’est sans doute le seul lieu dans lequel je suis certaine qu’ils aient pu aller.
— On ne va pas voir de maison où ils ont vécu ?
Je secoue la tête et caresse les cheveux de Marine. Je sors le livre de la famille et lui montre l’arbre généalogique.
— Oh, non ! Nos ancêtres ont vécu ici entre le xvi e et le xix e siècles. Il me paraît bien compliqué de retrouver plus d’éléments.
Nous entrons dans l’église, Aliénor court entre les bancs, suivie de près par les deux plus grands qui tentent de canaliser son énergie. L’église Saint Gorgon n’est pas très grande mais elle me paraît sortir tout droit des contes de Bretagne. Datant du xiii e siècle, elle a connu plusieurs périodes de restauration et abrite de nombreuses statues et des vitraux.
Je frôle de la main les murs et m’approche de l’autel. Les yeux rivés sur le vieux carrelage, les rires de mes enfants en bruit de fond, je peux les imaginer. Ils sont là… C’est comme si je sentais leur présence, comme si je voyais ces pierres comme eux les ont vues. J’entends les cérémonies, un mariage, un enterrement, un baptême et… des enfants. Ils sont assis et fixent eux aussi les pavés sur le sol, pour ne pas rire, pour ne pas être punis…
Ils sont là… Tout près de moi…


1 re partie


Chapitre 1

Février 1788
Les pierres sur le sol. Fixer le carrelage et ne pas regarder Anne. Quel pitre, celle-ci ! Et c’est encore moi qui vais me faire disputer. À savoir si elle le fait exprès… C’est ça, elle le fait exprès pour me faire réprimander.
La colère monte en moi, remplaçant le fou rire qui pointait. Rester concentrée, garder la rancœur et relever le nez pour écouter la fin de la messe. Je finis par détacher mon regard de ces fichus carreaux sombres. Mais mon air renfrogné n’a pas échappé à ma mère.
— Éléonore, qu’est-ce qui t’arrive ?
Je sursaute. Même si ma mère m’a parlé à voix basse, le ton est sec et sans équivoque. Elle arrange mon bonnet et réajuste ma cape, signe d’une analyse poussée de sa part quant à mon comportement.
— Rien, mamm.
Je tente de détendre mes joues, mon front et lève les yeux sur les vitraux. J’ai eu le temps de les observer, messe après messe. Toute petite, je les détaillais, ne portant pas vraiment une attention soutenue à ce que nous disait le recteur, l’abbé Mauduit du Plessis. Un homme bon, généreux et plein d’humour, mais pas pour tout. Pas question de mal se tenir. Nous étions prévenus et tenus de ne pas désobéir.
Alors je les avais décortiqués, l’un après l’autre, m’obligeant à n’en regarder qu’un seul chaque semaine. J’avais très vite fait le tour et je m’ étais attaquée aux statues. Cependant, la place choisie par mes parents changeant systématiquement, ceci m’obligeait à revoir l’ordre de mon étude.
Et puis, mes deux frères sont arrivés, Yvan et Corentin. Mais, le plus jeune des deux n’a pas survécu à l’hiver 1776 et la messe d’alors m’avait laissé un goût amer. Ma mère retenant ses larmes, mon père, le visage tourné vers le ciel, priant silencieusement. L’arrivée d’Anne avait été un vrai bonheur pour tous et surtout pour moi car je l’avais alors vue comme l’alliée imparable contre ce cabot d’Yvan et puis également une aide bienvenue dans les travaux de la maison et des champs. Mon frère s’est retrouvé gagé pour la garde de moutons auprès de l’une des familles de Pouldreuzic et il a fallu compenser son absence. C’était sans compter cet esprit rebelle et revendicatif qui avait très tôt animé Anne.
Et même les messes sont devenues un supplice, ma petite sœur prenant un malin plaisir à me déconcentrer.
J’avais fini par lui dire que je lui lirais toutes les phrases gravées dans les pierres si elle se tenait tranquille, que je l’aiderais à apprendre mais elle ne se tenait bien que quelques minutes puis reprenait de plus belle.
La lecture était un cadeau précieux pour nous. Cette chance, nous la devions à l’un de nos aïeuls ayant travaillé au manoir de Tréménec. Il avait appris à lire grâce à son maître pour lui permettre de tenir les registres. Il s’était attaché à ce que ses enfants puissent à leur tour si ce n’est lire, déchiffrer.
Pour ma part, j’y ai rapidement pris un réel plaisir et je m’exerçais dès que l’occasion m’était donnée. Cela faisait peur à bien des jeunes gens mais je préférais cela. Au moins, je ne riais pas bêtement comme cette bécasse de Louise-Marie qui pouffe dès qu’un garçon lui parle, ne comprenant pas un sous-entendu sur deux.
Pas question de me laisser chahuter de cette manière. Et pas question non plus pour Anne. De toute manière, du haut de ses 10 ans, elle ne se laisse pas marcher sur les pieds et bien mal avisé celui qui viendrait s’y frotter.
La Mamm-gohz 1 Jeanne se cramponne à sa canne à chaque fois que le recteur nous demande de nous lever. Jeanne Autret épouse Le Pape, la mère de ma mère, la seule aïeule qui soit encore de ce monde. Des cheveux d’un blanc immaculé, des yeux bleu clair et une peau plus fripée que les draps de nos lits le matin au réveil. Mais un sourire constant et toujours autant de malice malgré plus de 75 ans.
À propos de malice, je croise le regard du petit Yves, 11 ans déjà , qui ne cesse de surveiller d’un coup d’œil ma cadette. Ils sont inséparables tous les deux. Certains les voient déjà mariés. Mes parents ne sont pas pressés. Lui aussi est gagé non loin de sa famille, ce qui lui permet de revenir régulièrement voir les siens… Et ma petite sœur.
Quant à moi, à 17 ans bientôt, j’ai bien d’autres idées en tête. Et lorsqu’enfin la cloche retentit, signal donné pour quitter le banc, je sors rapidement, bien heureuse de me dégourdir les jambes.
Aussitôt bousculée par Pierre qui m’entraine par la taille pour m’éloigner du groupe d’anciens.
— Tu viens à la plage ?
— Par ce temps, t’es droch 2 ? Il gèle et je ne vois pas l’intérêt d’aller attraper la mort par là-bas.
— Y a eu la tempête cette nuit dernière. Y a p’t-être bien des bateaux qui s’y sont échoués.
— Laisse ça aux naufrageurs ! Tu connais bien la réputation qu’on s’est faite ici.
Il se rapproche de moi et me soulève la main, avec maladresse mais aussi galamment qu’il le peut. Je me mords les lèvres pour ne pas rire.
— Et si j’y trouvais un ou deux colliers, ça t’irait pas mal pour un mariage…
— Arrête le vin de messe en cachette, ça te fait plus de mal que de bien.
— Allez ! On est dimanche. Me dis pas que tu vas encore travailler. Tu fais que ça. Même le Seigneur s’est reposé.
— Oui, mais pas mes parents. On aura d’autres occasions. Demande donc à Louise-Marie.
Il hésite un instant puis soupire.
— J’aurais essayé.
Je retourne près des miens, observant quelques co

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