Et si c était juste une question d équilibre ?
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Description




Tribulations de femmes extra & ordinaires




Apolline, Margot, Angèle et Christelle sont des amies aux quotidiens et tempéraments totalement différents : de la mère poule à la working-girl, de la « bobo » à la fashionista, leurs singularités les rapprochent.


Les quatre complices partagent leurs péripéties de femmes modernes avec sincérité et humour, s’épaulent et se conseillent, animées par la même problématique : concilier chaque jour les aspects professionnels et personnels de leurs existences.


Au carrefour de leurs vies, elles vont chacune traverser des épreuves qui vont ébranler leurs certitudes et leurs croyances.






Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 1
EAN13 9782381538716
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0082€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

ISBN : 9782381538716
 
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Et si c'était juste une question d'équilibre ?

 
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Stéphanie Braut-Jore
Et si c'était juste une question d'équilibre ?


 
« La vie est courte. Transgressez les règles, pardonnez rapidement, embrassez lentement, aimez véritablement, riez sans contrôle et ne regrettez jamais quelque chose qui vous a fait sourire. »
Mark Twain
Cette œuvre est fictive. Toute ressemblance avec des personnes réelles serait totalement fortuite.
 
 
Sommaire
Surprise nocturne
Entre ciel et terre
Vers le septième ciel
Une journée qui commence
Un matin comme les autres
Christelle et Hutch
En mode little Bouddha
Ambition farniente
La Cène
Les Drôles de Dames
Welcome Nanie !
Un peu d’adrénaline
Les aventuriers de l’arche perdue
Leçon de géographie
Tic tac tic tac
Et si la vie, c’était ça ?
Santé !
La maman poule
Retour à la maison
Le duel silencieux
Apéro… Et plus si affinités
Extrait du journal de Christelle
D’amour et d’eau fraîche
Pas de repos pour les braves
Margot tête de linotte
Envie de procrastiner
Angèle et l’impatience
Noël en famille
Un Noël pas comme les autres
L’abandon
Entretien annuel
Apolline et son working boy
Et Plouf !
On déconnecte quand ?
Soirée fille
À fond la forme !
Ô miroir, mon beau miroir !
Happy Birth Day !
Le Kiwi
La main dans le sac
L’attente
Vis ma vie de Directeur Financier
Un doigt dans l’engrenage
À table !
Les joies de l’inventaire
Action ou vérité ?
Insomnie
Rêve vs réalité
Un week-end au cordeau
Rêve vs réalité, épisode 2
Dans le doute
Besoin d’air
Vent de tempête
Désintox
Oh-My-God!
À vos ciseaux !
À vos ciseaux, suite
Soirée filles
Apprentie éleveuse de piverts
Déception
Apolline crie famine
Margot : Je gère !
Margot et ses espoirs
Christelle rumine
Apolline, autruche ?
Let’s dance !
Rêve vs réalité, épisode 3
En mode conquête
Les nerfs en pelote
RDV sur la guinguette
Apolline et les mathématiques
RDV sur la guinguette
Ne réveillez pas la lionne qui sommeille
Six ans !
Angèle et l’attente
Lendemain de cuite
Une soirée inattendue
Angèle se fane
Allô ?
Déjeuner avec Christelle
En surdose
« Il faut qu’on parle »
Prise de conscience
Vous avez un nouveau message
Dans la tourmente
Christelle respire !
Mal de crâne bis
Apprentie cuisinière
Angèle et l’espoir
Premiers pas en solo
Mea Culpa
Dîner filles
Il y a le ciel, le soleil et la mer
Lâcher prise
Christelle, le soleil, la mère
Libre
En colère
Une nuit à la belle étoile
Une nuit à la belle étoile, bis
Les réseaux sociaux
Et après ?
Face à face
Week-end à la mer

 
 
 
22 août – Christelle
Surprise nocturne
Christelle est tirée du sommeil par un bruit inhabituel. Serait-ce déjà l’heure de se lever ? Elle ouvre un œil, et dans le brouillard de sa nuit qui se dissipe, distingue les chiffres du réveil qui scintillent en blanc dans la nuit : 4h42. Elle grommelle. Se retourne. Tend l’oreille. Elle n’entend rien d’autre que le silence et le souffle régulier de Jules qui dort profondément à côté d’elle. Rassurée, elle se dit qu’elle a dû rêver, et sourit en songeant qu’il lui reste encore presque deux longues heures à dormir. Ou au moins somnoler. Alors que ses muscles se relâchent et qu’elle ferme les yeux : ça recommence.
Poc poc poc. Griittt gritt gritt.
Comme des petits grattements, ou des objets qu’on entrechoque. Christelle se redresse dans son lit, aux aguets. Son esprit carbure à toute vitesse : une bête serait-elle entrée dans la maison ? Il faisait encore doux hier, peut-être qu’une fenêtre est restée ouverte et qu’un animal s’est faufilé à l’intérieur ? Christelle a déjà surpris un chat dans le salon il y a quelques semaines. Ou bien, se pourrait-il que ce soit un voleur ?
L’esprit sur le qui-vive, tous les sens en alerte, Christelle guette le moindre son. Maintenant, son cœur bat la chamade, elle s’est pris un bon gros shoot d’adrénaline et elle n’a plus du tout envie de dormir. Elle hésite à réveiller Jules, mais se ravise. Il est carrément épuisé en ce moment, il a besoin de sommeil. L’option cambriolage lui semble très peu probable, elle peut quand même se débrouiller seule avec un petit chat.
Christelle se décide à se lever et se dirige à pas feutrés vers l’origine du bruit. Il provient de la salle de bains. Elle tend l’oreille.
Poc poc poc. Griittt gritt gritt.
Une raie de lumière filtre sous la porte close. Bizarre. Les chats n’allument pas les lumières. Les cambrioleurs non plus. Surtout pas pour s’enfermer dans la salle de bain de leur victime (sauf s’ils sont recéleurs de brosses à dents, mais le marché ne doit pas être très porteur). Elle envisage malgré tout de rebrousser chemin et d’aller chercher Jules. Elle y renonce, et prend son courage à deux mains. Les battements de son cœur s’accélèrent tandis qu’elle pousse le battant de la porte. Un spectacle incongru, surréaliste s’offre à elle.
Lucas, son fils aîné de trois ans, est assis tranquillement à même le carrelage de la salle de bain et lui tourne le dos. Elle aperçoit devant lui un amoncellement de produits de maquillage et de crèmes de soin.
Poc poc poc. Griittt gritt gritt.
C’est Beyrouth, rien de plus, rien de moins. Dans la guerre collante entre son fils et les Dieux de la cosmétique, Lucas l’emporte, par KO. Sa fouille est méthodique. Consciencieuse. Lucas vide avec application le vanity de sa mère, habituellement gonflé de tous les produits qu’elle utilise chaque jour, de ceux qu’elle réserve pour les sorties, et enfin de ceux qu’elle aimerait utiliser, mais qu’elle a achetés pour prendre la poussière. C’est un véritable trésor pour son fils. Sous ses yeux effarés, Christelle le voit prendre un flacon, l’observer, l’ouvrir, tremper ses doigts dedans, puis le jugeant inintéressant, le déposer avec ses autres trouvailles, éparpillées sur le sol.
Christelle est hallucinée. Mille pensées s’entrechoquent dans son cerveau encore embrumé par le sommeil. Elle pourrait s’émerveiller de la créativité des enfants, mais cela lui inspire juste un gémissement interne, «  Il est 5h du mat, sérieux  ! ». Et dans la foulée, elle se reproche d’avoir laissé sa trousse de précieux produits à hauteur d’enfant. C’est effectivement le b.a.-ba, de tout mettre hors de portée de mains potelées ! Elle le sait. Et pourtant, aussi évident que ce soit, parfois dans l’action, elle oublie. Elle cache, dissimule, met en hauteur déjà tellement de choses qu’il faudrait rajouter des étagères supplémentaires !
Dépitée, elle regarde sa crème de soin Shiseido, naufragée de ce périple nocturne, dont le couvercle a disparu, et elle voit nettement dans le précieux nectar la marque de petits doigts sans scrupule. Christelle, toute à sa stupeur, n’a pas encore réagi, et se rapproche. Le bruit de ses pieds nus sur le carrelage interpelle son fils. Et IL se retourne. S’il n’était pas si tôt, si elle n’avait une réunion super importante ce matin, et si, et si… elle aurait peut-être envie de rigoler. Ce n’est pas tous les jours que l’on croise un clone hybride d’Achille Zavatta, du Joker et de la petite fille qui joue l’exorciste (la tête à l’envers en moins, bien entendu). Mais là, juste à ce moment, quand elle voit le visage et les cheveux de son fils pleins de rouge à lèvres, de crème, de fond de teint et de mascara, elle oscille entre une énorme envie de hurler et de pleurer, ou celle de tourner les talons et d’aller se recoucher comme si de rien n’était.
Elle repense à tous les bouquins d’éducation positive qu’elle a lus. Elle se remémore le sommaire à la recherche de conseils pour gérer la situation. Chapitre « sabotage de vos cosmétiques de luxe » ? « Conneries nocturnes » ? Non. Elle a beau se creuser la tête, ce cas n’y figure pas. Dans un sursaut de panique, elle cherche des yeux la Bepanthen, la crème destinée à soigner les érythèmes fessiers et sans nul doute la plus collante du monde, et la repère enfin, sagement installée sur l’étagère la plus haute de la salle de bain. Ouf. Manquerait plus que ça. Il y a quelques semaines, Lucas avait jugé bon de se shampouiner avec cette pommade. Il avait fallu lui laver la tête au moins cinq fois, avec du produit vaisselle, et malgré ce traitement de choc, ses cheveux étaient restés poisseux une bonne dizaine de jours. Il faudra qu’elle regarde dans le dernier livre qu’elle a emprunté à la bibliothèque « Comprendre les actes de ses enfants avant de les punir » s’il existe un chapitre « Mon enfant est abonné aux conneries » ou « Enfant multirécidiviste ». La fille qui l’a écrit ne vit pas avec des enfants, c’est pas possible, ou alors ils sont pourvus d’un collier électrique qu’elle déclenche s’ils dérivent , se dit Christelle, caustique.
Aussi patiemment que ses nerfs à fleur de peau le lui permettent, elle se penche vers Lucas. Il la regarde, visiblement fier de lui. Lui hurler dessus la soulagerait peut-être, mais ce serait clairement contre-productif : si elle hurlait, Lucas se mettrait immédiatement à pleurer et hurler lui aussi. Et il n’aurait sans doute rien compris. Elle opte pour une remontrance moins corsée, mais ferme, cependant, en insistant sur chaque mot et en détachant les syllabes. Même si elle pisse dans un violon avec sa progéniture, elle aura au moins travaillé son élocution.

—  Lucas, qu’est-ce que tu fais mon grand ? Tu sais que tu ne dois pas jouer avec les affaires de maman ! Maman n’est pas contente !
Lucas lippe. Il est contrarié par la réaction de Christelle, qui enfonce le clou :

—  Et c’est la nuit ! Tu devrais être en train de dormir ! gronde-t-elle.
Elle se demande si elle est crédible, car son ton relève presque du murmure. Elle ne veut pas réveiller Armand, son petit d’un an, qui dort à quelques mètres de là. Elle n’a absolument pas besoin, ni envie de gérer une crise familiale maintenant. Il lui faut donc sermonner son fils en mode silence. Lucas ouvre de grands yeux. Il semble déçu que sa mère n’apprécie pas ses efforts créatifs et esthétiques.

—  Suis tout beau, maman, boude-t-il.
—  Mon chéri, tu ne dois pas jouer avec les affaires de maman, tu le sais, et encore moins en pleine nuit !
—  Mais je suis pas fatigué, moi ! s’indigne le petit.
—  Il faut te reposer, mon cœur, la nuit c’est fait pour dormir ! Viens voir Maman, mon ange.
Attendrie, Christelle tend les bras vers son petit bonhomme. Il se jette contre elle. Elle sent ses joues et ses mains poisseuses sur elle, mais le petit corps chaud contre le sien fait fondre toute sa colère. Elle se retient même d’aller chercher son portable pour prendre une photo de l’évènement. Parce que quand même, grimé comme il est, ça vaut le détour. Mais elle sait que si elle fait ça, le petit Lucas brillerait de ses exploits nocturnes, cela serait donc contradictoire avec son discours, et pire, pourrait l’encourager à la récidive.

—  Allez, on va nettoyer tout ça mon cœur.
Délicatement, Christelle entreprend de débarbouiller son petit avec un gant de toilette humide. Accroupie, elle l’assoit entre ses jambes, et passe le tissu sur son visage. Pas facile d’enlever le rouge à lèvres de cette façon : l’idéal serait clairement de plonger le petit sous la douche, mais à cette heure matinale, elle préfère éviter d’ameuter toute la maison. Le petit Lucas s’abandonne à l’étreinte de sa maman et bâille. Christelle se contente de dégrossir les dégâts. Elle verra tout à l’heure pour le rendre réellement présentable.

—  On va retourner faire dodo, mon bébé.
Le petit commence à balbutier des revendications, mais Christelle se montre ferme.

—  Ce n’est pas négociable, jeune homme. Et estime-toi heureux que maman ne te punisse pas.
En même temps, elle se dit qu’en mettant son gamin au coin à cette heure-là, on se demande qui punirait qui… Après quelques négociations, plus pour la forme que par réelle conviction, le petit Lucas regagne son lit. Christelle dispense quelques câlins et bisous, puis, en mode ninja, retourne à la salle de bains pour nettoyer le chantier laissé par son fils. Elle immortalise la scène de crime. Elle enverra la photo aux copines demain matin, ce sera l’occasion d’en rigoler avec elles. Elle constate le massacre : son mascara, sous l’entremise de son fiston, a flirté mortellement avec le fond de teint. Poubelle. Les fards à paupières ont été secoués et mis en miette avec application. Poubelle. Elle observe l’étendue des dégâts et fait mentalement le calcul du gâchis : ça fait clairement cher la bêtise.
Christelle se faufile dans sa chambre. Regarde l’heure. 5h28. Remercie le ciel ou n’importe quelle instance supérieure. Crise gérée. Ça aurait pu être pire. Les dégâts sont raisonnables, Lucas aurait pu se faire mal et heureusement il n’en est rien, et il s’est recouché sans faire trop d’histoires. Il reste à Christelle une petite heure de sommeil à grappiller. Elle se glisse dans le réconfort apaisant de son lit, dans la chaleur de sa couette, et écoute le souffle régulier de Jules, qui n’a rien entendu. Que Dieu bénisse l’ouïe sélective masculine !
Elle ferme les yeux, sent que Morphée l’appelle. Morphée insiste. Lourdement même. Dans son brouillard, elle est saisie d’un doute : depuis quand Morphée braille ?? Ah, non, ce n’est pas Morphée qui l’appelle, c’est Armand qui crie pour faire venir sa maman jusqu’à lui.
Christelle s’extirpe de son lit, se dépêche de rejoindre Armand pour calmer ses cris, marche dans sa course sur un lego qui lui broie le pied, étouffe un cri dans son poing… Bordel ! En voilà un début de journée prometteur ! Qui est l’illuminé qui a un jour prétendu qu’avoir des enfants ce n’était que du bonheur ??
 
24 août – Angèle
Entre ciel et terre
Angèle s’étire, s’allonge, se tord. Elle inspire, « chien tête en haut », elle expire, « chien tête en bas ». Concentrée, elle enchaîne les postures de yoga avec grâce et souplesse. Fentes basses, ailes d’ange, guerrier pacifique, avec fluidité, au rythme de sa respiration. Quelques gouttes de sueur perlent sur son front. L’effort est doux, mais continu et exigeant. Quand Angèle se sent en paix avec elle-même, qu’elle a fait travailler tout son corps, elle s’assoit en tailleur sur son tapis, paumes ouvertes sur les genoux, et ferme les yeux. Inspirations, expirations.
Elle tend le visage vers le ciel et laisse les rayons du soleil caresser son visage. Dehors, à part le piaillement des oiseaux et le murmure du vent dans les feuilles, on n’entend pas un bruit. Le monde semble encore endormi. Elle respire profondément, savoure chaque inspiration, libère doucement chaque expiration, puis au bout de quelques minutes, rouvre les yeux. Elle se fond dans l’univers, elle lui adresse des prières muettes que lui seul peut percevoir. Elle contemple la nature, écoute avec délice ses chants. La rosée matinale scintille dans l’herbe drue. Il va falloir que je tonde, se dit-elle. Une légère brise fait bruisser les feuilles des deux gros chênes de son jardin. Derrière la clôture qui délimite son « chez elle », les champs s’étendent à perte de vue. Sa maison du bout du monde, comme l’appellent ses amis. Bon, bout du monde, c’est sans doute un peu exagéré, quand on sait que Sandillon, sa commune, est à peine à quinze minutes d’Orléans. Mais elle conçoit que pour les citadins, ces minutes puissent sembler des heures. Elle sait aussi que rares sont ceux qui lui envient son isolement, le calme qui règne autour de l’ancien corps de ferme dans lequel elle a élu domicile. Elle comprend totalement ce qui les rebute, parce que c’est exactement ce qui l’a séduite dans cet endroit. Angèle adore la vie à la campagne, sa sérénité, ses séances de yoga matinales dans son jardin, pieds nus dans l’herbe toute humide de rosée, comme si elle était seule au monde. Elle se sent en parfaite communion avec l’univers qui l’entoure, la nature, la terre, le ciel. Une vie en harmonie avec son monde, où il lui suffit d’un petit tour en voiture pour rejoindre la « civilisation », mais où elle est libre de la fuir quand bon lui semble.
6h45. Angèle se relève doucement, s’étire à nouveau, en levant ses bras au ciel et en les laissant retomber doucement. La séance est finie, il est temps d’aller nourrir les animaux dans le pré attenant au jardin. À son approche, les poules caquettent, ravies, et se jettent avec avidité sur les grains qu’Angèle distribue. Les moutons, qui se reposaient dans leur abri, accourent vers elle. Angèle raconte à qui veut l’entendre qu’un mouton prodigue autant d’affection et d’amour qu’un chien. Il est vrai que ses moutons se laissent volontiers caresser comme de bons gros toutous, les bêlements en lieu et place des jappements, et l’odeur aussi (quand même !), en prime.
Une fois le tour de son petit monde terminé, Angèle file se préparer. Elle lape son thé, grignote une tartine de pain, et son petit déjeuner avalé, file à la salle de bain pour une douche rapide. Une serviette nouée autour de la poitrine, elle démêle sa longue chevelure rousse et ondulée, passe la main dedans pour lui donner un semblant de forme, et la laisse sécher naturellement. Elle fouine dans son armoire, se décide pour un pantalon en lin beige et un tee-shirt blanc qu’elle enfile à la va-vite. Un coup d’œil dans le miroir : elle est prête. Aujourd’hui, comme la plupart du temps, elle s’est juste maquillée d’un léger trait de khôl. Ses grands yeux verts qui scintillent sur son visage à la peau laiteuse sont sa fantaisie la plus authentique.
À peine 7h15. Elle sera au travail de bonne heure ce matin. Tant mieux, elle profitera de la fraîcheur matinale de cette fin d’été, et elle sera tranquille pour démarrer sa journée, elle aura le silence pour compagne quelques poignées de minutes. Puis ses collègues arriveront un par un, l’ambiance conviviale gagnera l’espace et fera fuir le calme. Elle aime bien être la première au travail. C’est d’ailleurs le cas une semaine sur deux, quand elle n’a pas la garde de sa fille, Océane. Quand Océane est là, la journée commence plus doucement, rythmée par une séance de câlins dans le lit d’Angèle, puis par un copieux petit déjeuner. Une fois les préparatifs terminés, Angèle conduit sa petite à l’école ou au centre aéré, pendant les vacances scolaires. Pas cette semaine, donc, où elle a juste à s’occuper d’elle-même. C’est beaucoup plus rapide, mais tellement plus morose aussi. Pas de rire qui résonne dans la cuisine avec du pain beurré plein la bouche, pas de séance de chatouilles en enfilant des chaussettes récalcitrantes, pas de « Je t’aime maman, à ce soir », ni de « t’es la meilleure maman du monde, maman », dont l’écho résonne chaleureusement à ses oreilles tout au long de la journée. 
C’est la vie, c’est comme ça, c’est l’organisation de la vie de famille pour les couples séparés. Ce que certains pourraient considérer comme du bon sens ou comme un compromis raisonnable, Angèle, elle, le vit comme un crève-cœur. Elle a déjà eu le sentiment de subir la rupture avec le père de son enfant, alors sacrifier du temps avec la chair de sa chair n’est clairement pas le choix qu’elle aurait fait. Foutue garde alternée ! Angèle aurait voulu refuser, garder sa petite rien que pour elle et concéder un week-end sur deux. Et puis elle s’est raisonnée. Tant de pères ne sont pas des papas, et ça, Angèle est bien placée pour le savoir. Le papa d’Océane voulait jouer un rôle important dans la vie de sa fille : qui était-elle pour empêcher sa petite de profiter de lui ? Alors, elle a cédé. Une semaine sur deux, elle se sent comme amputée d’un membre, claudiquant dans la vie, mais elle s’efforce de se focaliser sur l’épanouissement de sa chère Océane, et attend avec impatience leurs retrouvailles, qui n’en sont que meilleures.
Angèle chasse ses idées noires. Elle est en forme aujourd’hui, et compte bien le rester. Elle enfile son casque et grimpe sur son vélo, pour rejoindre la pépinière. Tout en pédalant, elle songe qu’elle y sera dans un petit quart d’heure à peine.
 
 
24 août, lundi soir – Angèle
Vers le septième ciel
Dix-sept heures sonnent. La journée de travail d’Angèle se termine, elle est éreintée. Rempoter, planter, déplanter. Arroser, gratter, creuser. Sa pépinière produit des plantes de toutes sortes, en majorité destinées aux professionnels. En fonction des saisons, le travail à faire est différent. Pendant les mois d’été, il faut préparer la saison des plantations d’automne, c’est une période d’activité très dense. Aujourd’hui, Angèle a mis en pot une variété de clématites qui sera livrée dans les semaines à venir. Angèle aime l’idée de contribuer, aussi modestement que ce soit, à l’embellissement des jardins qui l’entourent.
Angèle a trouvé ce job par hasard. En venant acheter des plantes pour le jardin, il y a quelques années, elle a vu l’offre d’emploi placardée sur la devanture. « Cherche employé(e), poste temps plein, motivé(e), sérieux(se), formation souhaitée ». Elle tournait depuis des mois comme une lionne en cage dans le petit bureau où elle officiait comme secrétaire, alors sans hésiter, elle a demandé à voir le patron. Il l’a questionnée sur ses qualifications, elle a avoué n’en avoir réellement aucune, hormis son amour de la terre, et a certifié apprendre vite. Son futur patron, Bruno, a souri, séduit par sa franchise, sa fraîcheur et sa motivation. Il lui a donné sa chance, et ne l’a jamais regretté depuis. Ça fait cinq ans maintenant. C’est un job assez physique pour un si petit bout de bonne femme : Angèle mesure tout juste 1,60 m et elle est filiforme. Ses collègues, surtout les hommes, sont toujours sceptiques la première fois qu’ils la voient. Elle se souvient avoir surpris leur air goguenard, à son arrivée dans l’équipe, lisant presque dans leur pensée : « elle ne tiendra jamais la petite ! » Mais ils ont vite été obligés d’admettre qu’il ne faut pas toujours se fier aux apparences, ont compris qu’Angèle débordait d’énergie et de vigueur et que son endurance n’avait d’égale que sa détermination.
Bruno, son patron, est vraiment un chic type. La cinquantaine bientôt achevée, c’est un homme qui cache sa sensibilité derrière son air bourru. Patient et bienveillant avec son entourage, il est réellement passionné par son métier. À tel point qu’Angèle se demande parfois si quelqu’un partage sa vie ou si la pépinière est sa seule compagne. Depuis les premiers jours de leur collaboration, Bruno lui explique son travail avec pédagogie. Il s’intéresse à Angèle, aussi, sans être intrusif, en gardant toujours une distance respectueuse avec ce qu’on pourrait qualifier d’intimité. Lors des premiers mois d’Angèle en solo sans Bastien, il a été présent, rassurant, et surtout, fidèle à lui-même, ne flirtant avec aucune forme d’ambiguïté. Même si Angèle et lui ne l’avoueront jamais, leur relation est plus forte qu’une simple relation de travail. Certains plaisantent en les appelant « le père et la fille » et il y a un peu de ça dans le soutien que Bruno apporte à sa petite protégée et dans l’admiration qu’elle lui témoigne.
Angèle salue Bruno et ses collègues et enfourche son vélo. Elle flâne un peu sur le chemin qui la ramène chez elle. Une fois arrivée, elle se débarrasse de sa tenue, qui lui semble moite de transpiration, se rince sous la douche et enfile des vêtements propres. Il fait encore lourd : elle enfile un short en jean qui dévoile ses cuisses et un débardeur noir. Malgré sa fatigue, elle ne reste pas se reposer. Elle a rendez-vous. Avec David.
David, David, David... « Son fruit défendu », comme l’a baptisé Christelle, une de ses amies et confidentes, en référence au pêché de chair, plus qu’à celui de la connaissance.
David et Angèle se sont rencontrés il y a deux ans dans un festival de musique Rock. Le genre de festival où on se rend avec des boules Quiès et où on s’hydrate uniquement de bière et de whisky. Elle l’a vu de loin, son rockeur. Lui aussi. Leur premier contact visuel a électrisé Angèle. On est parfois irrésistiblement attiré par des personnes, sans explication rationnelle, sans possibilité de renier ce sentiment. Comme deux aimants. C’est ce qui s’est passé ce soir-là. Ils ont tout de suite « accroché », malgré la foule, malgré l’impossibilité de parler, malgré leurs dix années d’écart. L’alchimie avait pris : elle, belle, libre, ivre de sensations fortes, lui, sûr de lui, charmeur, sexy et bon vivant.
Depuis leur première rencontre, David fascine Angèle. David brûle l’existence, la consomme plus qu’il ne la vit. Il a même fait de l’adrénaline son métier, puisqu’il est cascadeur. Moto, voiture, saut dans le vide : rien ne lui fait peur. Rien, sauf peut-être l’ennui, la routine, et les conventions.
Ce soir, Angèle va chez David. Tout en finissant de se préparer, elle sourit au souvenir de leur dernière nuit. Ils ont grignoté du fromage et des fruits en sirotant du Bourgogne, et se sont repus l’un de l’autre. Elle ne sait pas quel est leur programme exact de ce soir, ils sont les rois de l’improvisation quand ils sont réunis, mais ce que son bas-ventre lui crie, déjà avide de lui, lui laisse entendre qu’une jouissance indicible en ressortira. Elle soupire. Vivement ce soir. Vice, quand tu nous tiens… Non, pas le vice. David. C’est David qui la rend ainsi.
Tout en grimpant dans sa voiture, ses pensées vagabondent encore. Elle ne se croyait pas spécialement portée sur les plaisirs de la chair. Elle se confortait dans une intimité très agréable, régulière, rassurante, même, sans se poser de question. Bastien avait été son premier amour, et elle pensait bien que ce serait le seul. La vie, enfin plutôt Bastien et son soudain appétit de liberté, en avaient décidé autrement. Quelques temps plus tard, David était entré dans sa vie. Il avait révélé chez elle une autre femme, lui ouvrant les portes d’un royaume qu’elle méconnaissait et dont à présent elle se délecte. Dès qu’il pose les yeux sur elle, elle se sent sexy, femme, amante. Dès qu’elle pose les yeux sur lui, elle a envie de le caresser, le lécher, le croquer. Elle devient lascive. Ose. Provoque.
La voilà arrivée, elle sonne. David occupe le rez-de-chaussée d’un petit immeuble à Orléans. Une vraie petite garçonnière , se moque-t-elle parfois. Les battements de son cœur s’accélèrent, elle sent des loopings dans son bas-ventre. Les secondes à attendre que David ouvre lui paraissent interminables. À peine franchit-elle le seuil de sa porte qu’ils se jettent l’un sur l’autre. Ils se mangent la bouche, se serrent de toute leur force. Leurs retrouvailles ont quelque chose d’animal, tant ils se hument, se respirent, se cherchent, se trouvent. David donne un baiser puissant à Angèle, qui noue ses mains et ses jambes autour de lui. Parfois, quand ils se retrouvent, elle n’arrive même pas jusqu’au salon sans avoir perdu la moitié de ses vêtements. Ce soir, elle n’arrivera pas jusqu’au salon tout court : leur périple amoureux fait une étape dans la cuisine.
David balaie d’un geste tout ce qui se trouve sur la table. Les objets se renversent au sol avec fracas, mais même le bruit du verre qui se brise ne les arrête pas dans leur étreinte. David s’amuse de tout, la vie est un jeu pour lui, l’amour en est un autre. D’une main experte, il libère Angèle de son short, bien décidé à jouer aussi de ce moment, et à amener Angèle au paroxysme de son désir. Angèle se cambre, impatiente, l’attire à elle. Elle le voudrait en elle, là, tout de suite, l’envie de lui est impérieuse, mais il résiste, se dérobe, la caresse de sa langue, de ses mains. Elle se tortille, elle gémit, elle en veut plus. David sourit, l’embrasse, l’embrase. D’une main, il emprisonne les poignets d’Angèle, de l’autre, il poursuit ses tribulations. Il amène ainsi plusieurs fois Angèle jusqu’aux portes de l’orgasme, puis lui-même submergé par son désir, leur offre à tous les deux ce que leurs corps réclament. Quand plus tard, enfin, les digues du plaisir cèdent, il ne leur reste rien que leurs deux souffles mêlés et… l’envie de recommencer.
 
 
10 septembre – Christelle
Une journée qui commence
8h. La journée est à peine commencée que Christelle est déjà envahie par le sentiment d’urgence qui l’anime à chaque moment. Speed le matin, speed la journée, speed le soir. Dure dure la vie d’une maman active ! Christelle a développé un toc, plus qu’un tic : elle compulse sa montre toutes les huit secondes. Ou cinq, selon son état de stress et le degré de précipitation dans lequel elle se situe. Elle se demande régulièrement comment les autres font, si elle est la seule maman à galérer autant. Si elle ne s’est pas trompée de vocation, car avec l’organisation qu’elle a mise en place, elle se dit parfois qu’elle aurait pu faire une brillante carrière militaire.
Elle bougonne, coincée dans les sempiternels bouchons matinaux. Malgré toute sa bonne volonté, elle n’arrive pas à partir plus tôt pour les éviter. Elle a beau se lever de bonne heure, et Jules se charger de déposer les enfants à l’école et à la crèche, elle contribue aux préparatifs des enfants, qui sont à son goût toujours plus longs qu’ils ne devraient. Et voilà. À une poignée de minutes près, elle se retrouve à partir au même moment que la terre entière. Avançant au rythme d’une tortue narcoleptique sur le pont Thinat, elle essaie de se divertir, change de station de radio, mais se sent agressée par toutes les publicités qui défilent, et préfère finalement éteindre le poste. Elle revoit mentalement son planning de la journée. Contrôler la clôture mensuelle des comptes, deux réunions, un rendez-vous fournisseur.
Elle soupire, tapote sur le volant avec impatience. Jette un coup d’œil dans le rétroviseur pour vérifier son allure et est satisfaite par ce que le reflet lui renvoie : son chignon et son maquillage sont impeccables. Elle se tord le cou pour regarder la file interminable de voitures devant elle. À ce rythme-là, elle ne sera pas au bureau avant au moins trente bonnes minutes ! Et le type de devant qui laisse passer tout le monde ! C’est ça, arrête-toi, tant que tu y es ! peste-t-elle. Une vraie mère Térésa, celui-là !
Enfin, la voie devant elle semble se dégager. Elle accélère avec empressement, manque de griller le feu qui vire au rouge devant elle. Elle s’intime à plus de modération. Se faire arrêter et perdre des points sur son permis ne lui apporterait rien de plus, à part une bonne vexation et une perte de temps supplémentaire.
La voilà enfin arrivée. Elle sort de sa voiture avec empressement et se dirige au pas de course vers son bureau. Elle a tellement de choses à faire aujourd’hui !
 
 
10 septembre – Apolline
Un matin comme les autres
Chez Apolline, les matinées sont également loin d’être de tout repos, mais elle s’efforce de prendre les choses avec le plus de philosophie possible.

—  Théo, Mélodie, Mathis ! Allez, les enfants, on vient se laver les dents, s’il vous plaît !!
Mélodie, deux ans, trottine jusqu’à sa mère. À travers ses boucles châtain clair qui tombent sur son front, elle lance à sa maman un petit regard implorant.

—  T’aider, s’ioul te plaît, Maman ?
Apolline adore cet arrangement grammatical de sa fille. Elle a le décodeur. Elle sait qu’elle devrait la reprendre, elle se contente de répondre en reformulant de la bonne façon.

—  Oui, ma chérie, bien sûr, je vais t’aider. ...

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