Et si c était lui ?
89 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Et si c'était lui ? , livre ebook

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
89 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description




Le tourbillon de l'amour avec un grand A




Claire va bientôt avoir 29 ans, elle a une vie professionnelle stimulante et gratifiante, des amies qui suivent ses péripéties depuis sa plus tendre enfance. Claire a presque tout pour être heureuse, il ne lui manque qu’une seule chose : l’amour. Mais elle sait que ce n’est plus qu’une question d’heures pour qu’elle renoue avec la passion enflammée, car ce soir a lieu LE rendez-vous qu’elle attendait depuis toujours.


Avant cette apothéose sentimentale, Claire se remémore tous les événements qui ont conduit à ce rendez-vous, tous ces petits détails de la vie, petites anecdotes du passé qui prendront un écho particulier lors du grand moment. De son premier coup de foudre à l’école primaire, en passant par les années collège et lycée, à l’éclatement des relations à cause des cursus qui diffèrent, Claire nous raconte ses déboires sentimentaux, mais surtout ses espoirs de vivre le grand amour...






Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 3
EAN13 9782381538648
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0052€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

ISBN : 9782381538648
 
L’œuvre présente sur le fichier que vous venez d’acquérir est protégée par le droit d’auteur. Toute copie ou utilisation autre que personnelle constituera une contrefaçon et sera susceptible d’entraîner des poursuites civiles et pénales.
 
 
 
Et si c’était lui ?

 
La SAS 2C4L — NOMBRE7, ainsi que tous les prestataires de production participant à la réalisation de cet ouvrage ne sauraient être tenus pour responsables de quelque manière que ce soit, du contenu en général, de la portée du contenu du texte, ni de la teneur de certains propos en particulier, contenus dans cet ouvrage ni dans quelque ouvrage qu’ils produisent à la demande et pour le compte d’un auteur ou d’un éditeur tiers, qui en endosse la pleine et entière responsabilité.

David Petit-Laurent  
Et si c’était lui ?

 
 
 
 
Je dédie ce livre à
Tous les historiens,
Les biographes de ma vie,
Voilà de quoi vous donner matière…
À moins que…
La vérité soit dans un bol de chips et de mayo,
Un jour où la paie s’arrêta,
Mais faut-il nuancer cet indice 51 fois
En prenant en compte le décor caladois ?
À moins que la réponse se trouve dans une Source,
Au-delà des Fées Mères Du Temps ?
INTRODUCTION
La Quête d’une Vie
« Je m’appelle Claire.
Dans quelques mois, je vais fêter mes 29 ans. La trentaine commence à pointer son jaune horizon, mais je ne ressens aucune inquiétude, aucun stress, pas une once de début d’angoisse. Serait-ce la maturité ? Ou simplement une esquisse de plénitude ? Il est vrai qu’il y a encore un an, je naviguais dans des eaux brumeuses, sans étoiles pour me guider, toutes cachées par d’épais et tristes nuages. Mais depuis peu, un phare a (re) surgi de nulle part pour illuminer ma voie, à moi de me laisser guider !
Dit comme ça, on pourrait croire que ma vie n’était que chaos jusqu’à ce qu’apparaisse ce grand éclat d’or qui éclaire mon ciel. Mais je tiens à vous rassurer, ma vie n’était pas une suite de catastrophes déprimantes. Je ne dirais pas non plus qu’elle était digne du monde des Bisounours . Ma vie était… était… elle était ce qu’elle était comme pour beaucoup de personnes, comme pour vous, je pense. Elle a eu ses hauts, ses bas, et l’un dans l’autre, l’équilibre était là. Avec le recul, j’en prends conscience.
Bien sûr, quand on a 7 ou 8 ans, on ne s’en rend pas compte, on se fait des montagnes de quelque chose de pas si pire , comme diraient nos amis québécois. Et au contraire, certaines choses, graves, passent comme une lettre à la poste. L’adolescence remue tout ça, brasse les émotions, troublant les bases établies, et brouillant un avenir qu’on croyait tout tracé. Quant à l’âge adulte… que de péripéties, mais avec cette fois-ci les impôts, le boulot, les emmerdes de « grand » que je n’aurais jamais cru être capable d’affronter !
Mais aujourd’hui, je me sens bien. Je ne saurai pas vous l’expliquer, c’est un fait qui ne cherche pas à se justifier, juste un état à savourer. Mes amies diraient que ce n’est pas trop tôt, car, justement, la trentaine approche. Je prends mon temps, j’ai le droit, non ? Bien sûr, j’aurais voulu que cela arrive plus tôt, mais ce n’est pas si tard non plus, j’ai encore toute la vie devant moi, et ça, ça n’a pas de prix.
Aujourd’hui, dans ce printemps qui fait papillonner les espérances les plus folles, je me sens bien. C’est un grand jour, je ne peux pas le nier, mon cœur en bat la chamade. Je sais ce que vous pensez : vous vous dîtes que j’ai enfin trouvé le grand amour, celui avec un grand A, celui qui met des étoiles dans les yeux, des paillettes dans le ciel, des papillons dans l’estomac. Ok, là, vous me prenez pour une midinette, une adolescente qui squeeze sa période grunge pour retourner dans sa bulle fleur bleue. Je ne vais pas me la jouer Bridget Jones , je ne me suis jamais retrouvée dans cette caricature de célibattante . Je vous ajouterai bien, aussi, que «  être une femme libérée, c’est pas si facile  », mais je dirais plutôt que j’ai toujours suivi ma voie, sans avoir peur du brouillard, car j’ai toujours su qui illuminerait ma vie.
Et c’est pour ça que mon cœur bat la chamade aujourd’hui, car je vais enfin le retrouver. Pendant près de vingt années, on a joué au chat et à la souris, et tout va prendre sens ce soir, je le sens, je le sais. Il a toujours été dans mon cœur, à croire qu’il a toujours fait partie de moi, et là, il est enfin temps que nos destinées se lient, s’embrassent, pour ne plus jamais se quitter. Bien sûr, j’ai eu des doutes, des remises en question, des frustrations, des déceptions, même le cœur brisé, mais en fin de compte, et au fond de moi, j’y ai toujours cru. Et en ce vendredi soir, il est temps d’accomplir cette destinée sentimentale.
Mais avant d’en arriver là, il s’est déroulé tellement de choses… Avez-vous un peu de temps devant vous ? Je vais vous raconter ce qu’il s’est passé, pour que vous compreniez bien l’importance de ce vendredi soir. Je ne vous raconterai pas toute ma vie, car tout ne mérite pas d’en faire un roman, mais seulement les grandes lignes, les faits marquants. Ainsi, vous comprendrez mieux mon excitation à l’approche de ce rendez-vous… »
 
 
 
 
Première Partie :
Jeunesse & Arcs-en-ciel
 
Épisode 1
« La vie n’est pas que guimauve… »
La quête du premier souvenir est quelque chose qui fascine les psys, et aussi les chercheurs scientifiques. Pour ma part, ce n’est pas une question qui me taraude l’esprit, même en cas de rare insomnie. J’ai des souvenirs flous de ma tendre enfance, des images colorées, qui auraient dû être brillantes pour toute la vie, mais qui ont vite été ternies par le départ de ma maman. En fait, c’est comme si mon cerveau avait mis de côté tous ces souvenirs d’avant, du temps où elle était, avant qu’elle ne quitte mon père, du jour au lendemain, sans prévenir, sans même nous dire au revoir. C’était l’été de mes 7 ans. C’était l’été à oublier, et oublier aussi tous les précédents. Ma mère était partie sans se retourner, sans même nous dire « à bientôt », sa nouvelle vie devait être sans nous, et aussi cruel que ça pouvait l’être, il nous a fallu apprendre à vivre sans elle. Et sans savoir pourquoi, aussi. Mais ça, à l’époque, je devais moins m’en soucier, ou alors j’avais réussi à faire abstraction de cette épineuse question… ou alors j’étais persuadée qu’un jour, j’aurais les explications sur ce départ aussi brutal que précipité.
Mais assez parlé de ce mauvais souvenir. Parlons plutôt des vrais bons souvenirs. OK, les vacances d’été de 1987 n’avaient pas été terribles, mais je n’étais pas enfermée dans une quelconque solitude. Et pour tout dire, je garde une certaine nostalgie de cette fin d’été, car elle est l’aube de mes vrais premiers souvenirs, ceux pour lesquels je peux me souvenir de détails improbables, pour lesquels je me souviens de sensations physiques, olfactives, émotionnelles.
Ma mère était donc partie, sans crier gare. Fort heureusement, mon père, lui était resté, et surtout, était désormais plus proche de nous. Je ne saurais jamais à quel point il avait pu souffrir du départ de maman, mais il ne nous en a jamais montré signe, gardant coûte que coûte un sourire qui faisait disparaître toute tristesse. Avec le recul, je me dis que cela n’a pas dû être facile pour lui d’élever seul deux enfants. Moi, Claire, jolie petite fille adorable et adorée par tout le monde (autant se glorifier quand on raconte son histoire, non ?), et mon grand frère, Marc, qui est plus vieux que moi de deux ans. Ah, la relation entre un frère et une sœur, il y aurait tant à dire. On pourrait en faire un bouquin aussi, mais ce n’est pas le thème de celui-ci. Pour faire court, avec mon frère, on se chamaillait régulièrement. Pour des broutilles, bien évidemment, même si, à cet âge-là, tout paraissait avoir une question de vie ou de mort, les nuances n’existaient pas, tout était manichéen ! Mais de là à dire qu’on vivait une guerre de tranchées, non. La grande majorité du temps, on s’entendait bien, quand même. Je pense même que Marc m’a moins embêtée après le départ de maman, comme s’il avait pris conscience qu’il avait aussi un rôle de protecteur envers moi. Cependant, je me souviens d’une fois où il avait pris une de mes poupées, lui avait rasé la moitié des cheveux, lui avait mis du rouge sur une partie du visage, pour faire croire à du sang, afin que cette poupée ait le rôle d’un otage quand il jouait avec ses G.I. Joe. Ce jour-là, je l’aurais tué ! Heureusement que mon père avait désamorcé la situation en m’offrant une nouvelle Barbie…
Mon père… que dire… il a toujours été là pour moi, c’était mon héros, mon super héros. Peu importe ce qui pouvait nous arriver, il n’avait qu’à me prendre la main, me sourire, et tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Quand je n’étais qu’une enfant, je ne pouvais comprendre ce qu’il avait dû traverser avec le départ de ma mère. Cependant, parfois, je voyais dans son regard une triste lueur, une mélancolie profonde. Cela ne durait pas longtemps, car il faisait tout pour nous cacher sa tristesse, mais quand j’apercevais ces si rares moments où il baissait la garde, je fonçais me réfugier contre lui pour lui faire un gros câlin. Certes, cela ne ferait pas revenir maman, mais ça lui montrait que nous, ses enfants, ne le quitterions jamais. Du moins, pas avant d’avoir un travail et de quoi se payer sa maison ! Sauf que ça, à 7 ans, on n’y pensait pas du tout.
Non, à 7 ans, au-delà des joies et peines du foyer familial, on pensait surtout à jouer avec ses copines. Et pour ma part, j’étais très bien accompagnée ! Des copines, j’en avais plein, forcément, à cet âge-là, on ne se posait pas trop de questions, on ne faisait pas de calcul, l’affinité, même éphémère, restait le plus important. J’avais quand même deux amies qui sortaient du lot. Il y avait tout d’abord Caroline. Ma meilleure amie, pour la vie, je peux le dire avec le recul. On se connaissait depuis le CP, et surtout, on habitait au même endroit, dans une résidence fantastique pour les enfants que nous étions. On avait un parc pour gambader, faire du vélo, jouer à tout et n’importe quoi, une piscine pour se baigner l’été, et même un terrain de tennis, même si moi, j’avoue aisément n’avoir jamais été attirée par les sports de raquettes. On partait à l’école ensemble, nos parents s’alternant entre eux pour nous emmener toutes les deux, on passait nos journées ensemble, on rentrait ensemble, et quand la météo le permettait, on jouait encore ensemble le soir. Et les week-ends ? On se retrouvait dans le parc pour jouer ensemble, ou alors l’une allait chez l’autre. Bref, on pouvait presque nous considérer comme des sœurs, et beaucoup, à l’école, pensait que nous l’étions ! Et depuis la fin du CP, Lise était venue compléter notre duo, pour former un trio infernal, aux dires de mon père. Lise habitait dans le même quartier que nous, pas dans la même résidence, mais dans une des maisons de ville qui étaient à côté. Elle nous rejoignait très souvent pour jouer au parc, ou alors c’était Caroline et moi qui allions chez elle.
Caroline, c’était la grande amie au grand cœur et au sacré caractère. Elle ne mâchait pas ses mots, et ce, dès toute petite. Son crédo, c’était la franchise. Quitte à déplaire ou se faire des ennemis, elle disait ce qu’elle pensait. Au moins, on savait à quoi s’en tenir. C’était le prix à payer pour exprimer sa sincérité. Et c’était pour ça que je l’aimais. Lise était plus dans la retenue, plus dans l’observation, avant d’intervenir. Son caractère était moins enflammé que celui de Caroline, mais n’était pas pour autant dénué de ténacité. Il lui fallait juste un peu plus de temps pour exprimer ses émotions, mais ses regards parlaient pour elle. En fait, elle avait besoin de bien peser chacune de ses paroles avant de se prononcer, et ne lésinait pas sur la douceur de son ton pour mieux faire passer sa pensée. C’était un sacré mélange d’avoir les deux à côté de moi, c’était le feu et la glace, la passion face à la raison, le cœur face au cerveau. Et moi au milieu d’elles ? Je m’enrichissais de leurs qualités respectives, mais surtout, je riais, m’amusais, profitais à fond de leur amitié généreuse…
Tout cela nous amène au mardi 8 septembre 1987. Quelle précision dans la date, n’est-ce pas ? Il faut dire que je n’oublierai jamais ce jour, pour différentes raisons.
Lorsque papa vint toquer à ma porte pour me signifier de sortir du lit, j’étais en fait déjà réveillée depuis quelques minutes. J’avais très bien dormi, sans stress par rapport à la rentrée des classes, à croire que c’était un jour comme les autres. Ce n’était que ma deuxième rentrée des classes en primaire, ça allait être mon premier jour de CE1, mais cela ne me causait aucune pression particulière. Après tout, je connaissais bien l’école, je retrouverai mes deux grandes amies qui ne m’avaient pas quittée durant l’été, et aussi toutes les autres copines de la primaire. Bien sûr, il fallait que je me prépare à découvrir une nouvelle maîtresse, mais mon frère l’avait déjà eue deux ans plus tôt, et en gardait un bon souvenir. Finalement, la seule chose que je redoutais, c’était les questions qu’on me poserait sur l’absence de maman. Je me préparais à cela depuis quelques jours, mais grâce à la présence de papa, je savais que ça se passerait bien. Et tant pis pour les curieux, ils subiraient ma foudre, ou seraient enrhumés par le vent de mon indifférence.
Le petit-déjeuner s’était déroulé dans la joie. Papa nous avait préparé des grandes tartines de Nutella pour accompagner notre lait chaud. Marc, qui n’était pourtant pas du matin, et encore moins un fan des rentrées scolaires, s’en était trouvé ravi, et affichait un grand sourire émaillé de taches de chocolat. Papa avait vraiment été fort, ce jour-là, car pour lui, c’était sa première rentrée des classes sans maman. À aucun moment il n’avait laissé transparaître un quelconque désarroi. Preuve qu’il était, est, et sera toujours le meilleur ! Même pour la difficile mission de l’habillage, il avait géré comme un chef. Il m’avait fait choisir ma tenue la veille, pour que tout soit prêt le lendemain matin. J’avais opté pour une jupe vert turquoise, qui se mariait très bien avec mes nouvelles chaussures roses, et un chemisier blanc. J’avais aussi sélectionné ma plus belle barrette pour attacher mes cheveux. Une fois le petit-déjeuner englouti, et le passage à la salle de bain effectué, papa n’eut pas besoin de me presser pour que je me prépare. J’avais galopé jusqu’à ma chambre pour enfiler ma superbe tenue, impatiente que j’étais de parader avec mon nouveau cartable. Pour mon frère, il avait fallu le bouger un peu plus, mais il fut prêt à temps.
Ce fut l’interphone qui nous donna le frisson de la rentrée scolaire. Caroline venait de sonner pour qu’on fasse le trajet ensemble. Lorsque nous nous retrouvâmes devant l’allée de l’immeuble, nous explosâmes de joie, montant dans les aigus au grand désarroi de mon frère qui ne chercha pas à nous attendre. Pendant que papa discutait avec la maman de Caro, elle et moi, on faisait notre défilé de mode, le menton haut et fier, les yeux mi-clos pour se protéger des flashs qui auraient dû crépiter si on avait prévenu les journalistes de OK ! De mémoire, on avait quand même eu droit à quelques flashs, puisque mon père prit son appareil photo pour immortaliser notre entrée dans la cour d’école. Lise ne fut pas oubliée pour la photo, puisqu’elle arriva en même temps que nous. Elle aurait pu faire le trajet (une dizaine de minutes à pied) avec nous, mais ses parents avaient préféré l’emmener en voiture. Le plus important était que le trio se reformait pour une nouvelle année scolaire, et cette année allait être grandiose.
Les retrouvailles entre copines furent un joli moment, du peu que je m’en souvienne. J’appréhendais un peu, de peur qu’on me pose plein de questions sur ma mère, mais rien n’était parvenu à mes oreilles. Cela avait peut-être parlé dans le dos de mon papa, et mis à part le rigolo Miguel qui m’avait fait une réflexion, naïve et presque sexiste, sur la présence de mon père, cela m’était vite passé au-dessus. Très vite, avec Caroline, Lise, et les autres copines, on avait dévié sur nos vacances, mais surtout, sur nos nouvelles chaussures, nos nouveaux cartables. Il y avait Andréa qui était venue se la raconter avec son agenda, alors que c’était réservé aux CM2. Celle-là, elle était partie pour nous énerver toute l’année. Si seulement elle avait pu sauter une classe, ça nous aurait fait un bien fou !
On entra dans la cour de l’école assez rapidement, accompagnés par nos parents, jusqu’à ce qu’on soit positionnés au point de rendez-vous des CE1. Les CP étaient tout au fond de la cour, et nous, juste à côté, en face de la porte du préau. On oublia rapidement la présence de nos parents respectifs qui s’esquivèrent discrètement après un dernier bisou. On n’était plus les petits de l’école, on commençait à être grands, on n’avait (presque) plus besoin d’eux. Et puis ils avaient bien compris qu’on n’était pas traumatisés par cette rentrée des classes, au contraire, on était tellement contents de tous se retrouver. Dans notre groupe de copines, ça piaillait à tout-va, ça rigolait, parlait fort, et dans les aiguës. Mais au bout de quelques minutes, un murmure se répandit, faisant baisser le volume sonore des discussions. Au début, je crus que c’était parce que l’heure d’entrer en classe avait sonné. Mais même les visages des maîtresses affichaient de la gravité. Avec Caro et Lise, on chercha à comprendre ce qui se passait. Est-ce qu’un élève avait déjà fait une bêtise et avait été grondé ? Non. Est-ce qu’un enfant s’était fait engueuler par ses parents parce qu’il ne voulait pas rester à l’école ? Non plus. C’est Miguel qui nous apporta la réponse. Exceptionnellement, ses yeux, d’habitude rieurs, retenaient des larmes. Il s’approcha de nous pour nous souffler la triste nouvelle : notre camarade de classe du CP, Lam, était décédé juste avant la rentrée, avec ses parents, dans un accident de voiture. Lam, c’était un gentil garçon, d’origine asiatique, et adopté par des parents adorables (je garde encore en mémoire sa fête d’anniversaire chez eux, avec des bonbons dans tous les sens, et surtout, un trampoline géant dans leur jardin !).
Quelle affreuse et terrible nouvelle… je m’en souviens comme si c’était hier. On avait été plusieurs à pleurer, les maîtresses nous réconfortant chacune à leur tour avant qu’on entre en classe. Lam n’était pas que gentil, il savait nous faire rire, il n’était jamais méchant (il n’était pas du genre à soulever nos jupes ou tirer nos couettes), et partageait souvent avec nous des parts de gâteaux. Cette annonce m’avait glacé le sang. Autant le départ de ma mère m’avait plongée dans la tristesse, l’incompréhension, la colère aussi, mais j’avais l’espoir de la revoir un jour. Là, notre camarade de classe, c’était fini, terminé, on ne le reverrait plus du tout, jamais. Ce jour-là, je découvris le vertige du « jamais infini », celui qui n’avait pas de fin. Ça me fit trembler comme rarement, décuplant la tristesse de la disparition de Lam.
À ce moment-là, la cour d’école me parut immense, et même si j’étais entourée de mes amies, de copines, et de plein d’élèves, je me sentis seule, effroyablement seule, comme abandonnée, encore une fois, saleté d’été 1987. Mon père étant parti, je me mis à chercher du regard mon frère, dernière figure familiale présente qui pouvait m’apporter du soutien juste avec un regard. Lui qui était au CM1 se trouvait plus loin, plus proche de l’entrée. Au milieu des grands, il me fut difficile de le voir. Je fis quelques pas sur le côté, décrochant de mon groupe d’amies, me mettant sur la pointe des pieds pour mieux distinguer la silhouette de Marc. Lorsque je l’aperçus enfin, je fus rassurée. Il s’était retourné, et croisant mon regard, me demandait silencieusement du bout des lèvres si j’allais bien. Je hochai positivement de la tête. Et alors que mon cœur se remettait de ces tristes émotions, une sorte de flash m’aveugla un infime instant. Mon cœur s’emballa, digne d’une fusée décollant dans le ciel. Des étoiles explosèrent dans mon champ de vision, des papillons étincelants clignotèrent devant moi. J’avais sept ans, je n’avais jamais regardé les garçons comme autre chose que des êtres cherchant à nous embêter, mais ce jour-là, après avoir découvert le vertige de la mort de quelqu’un que je connaissais, se révélait à moi la folie du coup de foudre. Car à côté de mon frère se trouvait un garçon beau comme un dieu, et oui, je pouvais le dire ce jour-là, et peux encore le dire aujourd’hui, je tombais follement amoureuse de lui…
 
Épisode 2
« L’arc-en-ciel qui éblouit l’obscurité »
Mardi 8 septembre 1987, Villefranche-sur-Saône, 16 h 50 :
La sonnerie de l’école venait de retentir, annonçant d’une manière stridente mais néanmoins agréable la fin de cette rentrée des classes. Ma première journée de CE1 se terminait enfin. Journée inoubliable pour moi, petite fille de 7 ans qui avait vu, en l’espace d’une fraction de seconde, disparaître toutes les tristesses apparues durant cette fin d’été. Ma mère qui avait pris la poudre d’escampette ? Je prenais conscience, ce mardi, que je parviendrais à vivre sans elle, il me fallait juste trouver une autre bouée. Le décès de Lam ? C’était affreux, cruel, injuste, mais toutes mes larmes ne le ramèneraient point, il ne tenait qu’à moi d’honorer son souvenir et de continuer à vivre, coûte que coûte. Bien sûr, à 7 ans, je ne le formalisais pas ainsi, mais le ressenti était tout comme. Et tout ça grâce à l’apparition d’un arc-en-ciel, tout ça grâce à la découverte d’un garçon merveilleusement beau…
Qu’est-ce que je retiens, plus de 20 ans après, de ce premier jour de CE1 ? De ma nouvelle maîtresse ? Des nouvelles filles de ma classe ? Des nouveaux devoirs qui m’attendraient bientôt ? Rien de tout cela… juste de lui, de ce garçon, de cet inconnu qui me faisait découvrir pour la première fois de ma vie les perturbations cardiaques et gastriques d’un coup de foudre. Jusque-là, je n’avais jamais regardé les garçons, dans le sens « amoureux » du terme. C’était des enquiquineurs, des obsédés du ballon rond, des GI Joe, des cowboys, et ça s’arrêtait là. Au mieux, ils pouvaient être gentils, comme Lam, mais le plus souvent, c’était des pseudos rigolos comme Miguel. Mais lui, ce garçon inconnu changeait tout, et j’avoue que je ne m’étais pas préparée à cela.
Durant toute la présentation faite par notre maîtresse, toutes mes pensées avaient été tournées vers ce garçon. Au point qu’il fallut que Caro me donne un coup de coude pour que je réponde « présente ! » lors de l’appel. Lorsqu’arriva la récréation, je n’eus qu’une seule envie, le revoir. Et c’est ce qu’il se passa. Au grand dam de mes amies qui voulaient qu’on joue à l’élastique. J’étais restée à côté d’elles, mais mes yeux étaient tournés vers lui, lui qui avait passé la récré avec mon frère, à jouer aux billes. Apparemment, ils étaient copains. Et ça, c’était bigrement une bonne nouvelle. Ça voulait dire que peut-être que Marc l’inviterait chez nous pour jouer. Je me perdais dans ces agréables pensées lorsque mes amies me tirèrent par le bras pour retourner en classe.
En fait, durant toute la journée, je rêvassais les yeux ouverts, me demandant comment se passerait le premier bonjour entre lui et moi. Lors de la pause-déjeuner, je ne pus l’apercevoir, car il était dans le deuxième service, ce qui m’attrista. Et ce qui me valut les réprimandes de Caro, toujours franche et directe, qui me demandait pourquoi j’étais ailleurs. Je ne lui répondis pas la vérité. Non pas que je voulais lui mentir, mais on n’avait, jusque-là, jamais parlé des garçons, du moins pas sur le plan sentimental. Je ne savais pas comment aborder le sujet. Alors je bottai en touche, évoquant la tristesse du décès de Lam. Ce qui n’était pas complètement faux, non plus, car au fond de moi, quelque chose s’était brisé à l’annonce de cette triste nouvelle. Je fus incapable de le verbaliser à l’époque, et aujourd’hui encore, avec toute ma maturité de future trentenaire, je ne sais pas expliquer ce que cette disparition avait provoqué en mon for intérieur. Ça doit être ça, l’apprentissage de la mort, la découverte du caractère éphémère de la vie…
La sonnerie avait donc retenti, faisant exploser avec elle les cris joyeux de mes camarades de classe. Je fus l’une des premières à sortir de la salle. Non pas que j’avais trouvé très ennuyante cette rentrée des classes (après tout, je n’avais presque rien suivi de ce qu’avait dit la maîtresse), mais je voulais surtout être devant le portail, en même temps que mon frère, pour qu’il me présente son nouvel ami. Après tout, Marc devait m’attendre, avant que papa vienne nous récupérer. Cependant, je préférais ne pas prendre de risque, et surtout, je souhaitais ardemment le croiser en compagnie de son ami. En espérant, évidemment, qu’il l’accompagne à ce moment-là. Et mon souhait fut exaucé…
Je fus la troisième à me tenir devant le portail, qui se trouvait au bout de la cour, derrière la cage de foot. Je me positionnai légèrement sur le côté pour bien observer les autres enfants qui arrivaient. De l’autre côté du portail, les parents se tenaient prêts à récupérer leurs enfants, et à leur poser plein de questions sur la rentrée scolaire. Mon père était déjà là, mais je n’avais pas cherché à lui faire coucou. Caroline et Lise arrivèrent quelques minutes après, amenant avec elles quelques reproches :
...

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents