Étoiles de cire
142 pages
Français

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Étoiles de cire , livre ebook

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Description

« — Bonsoir Jules !Cette voix familière, il l’a entendue tant et tant de fois, il l’a tellement espérée et voilà qu’à présent il la distingue, non comme une voix intérieure qui sortirait de son imagination mais comme la voix de quelqu’un qui s’adresse directement à lui, en cire et en os ! Jules se retourne lentement. Face à lui, une somptueuse méridienne en velours mauve baigne dans la pénombre. Il devine la silhouette assise du chanteur populaire. En s’approchant, son regard est aussitôt aveuglé par le scintillement de la star. L’énergie qui se dégage du chanteur forme un halo éblouissant. La lumière est tellement aveuglante que Jules place une main devant ses yeux pour se protéger de ce soleil d’été trop étincelant. »Éric Pierre Antoine vit en Belgique et travaille dans la communication. Il a publié un premier roman de fiction, Sur les traces de Claude François, dans lequel il fait kidnapper le chanteur populaire pour le faire vivre trente ans de plus. Cerveau droit, Éric Pierre Antoine vit en osmose depuis près d’un demi-siècle avec d’autres « zèbres » célèbres tels que Cloclo, Gainsbourg ou Saint-Exupéry. Pour écrire Étoiles de cire, il a lu douze mille pages sur ses archétypes et est littéralement entré en eux comme eux sont entrés en lui… Mais qui de l’idole ou du fan guide la passion ? Qui du mentor ou du mentoré est l’inspirateur de l’autre ?

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 17 décembre 2011
Nombre de lectures 0
EAN13 9791091601887
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,1000€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Le Code de la propriété intellectuelle n'autorisant, aux termes de l'article L. 122–5, 2 e et 3 e alinéas, d'une part, que les « copies ou reproductions strictement réservées à l'usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective » et, d'autre part, que les analyses et courtes citations dans un but d'exemple et d'illustration, « toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite » (article L. 122–4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L. 135–2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.


© Éric Pierre Antoine, 2017
pour Cent Mille Milliards

Ceci n’est pas la vraie réalité.
La vraie réalité est derrière le rideau.
En vérité nous ne sommes pas ici.
Ceci est notre ombre.

Rûmî le Mevlana

⋆ 1 ⋆

La salle est plongée dans un étrange sommeil. Jules a dû s’endormir avant la fin du documentaire d’Hugues Lanneau, Waterloo, l’ultime bataille . Il ouvre les yeux, et un univers féérique s’offre à lui. Une lumière tamisée éclaire à peine une gigantesque tapisserie murale où un Pierrot joue de la mandoline. Une jeune fille, habillée tout de jaune, descend du plafond dans un ralenti d’une élégance céleste pour rejoindre un enfant qui lui tend un bouquet de fleurs. Des fées et des lutins complètent cette joviale fresque aérienne sur un fond de ciel crépusculaire mêlé d’ocre et de bleu où se dessine le front pâle d’une lune fatiguée.
Une chose est sûre, Jules n’est plus dans la petite salle du cinéma Wellington à Waterloo, bourgade qu’il habite au sud de Bruxelles. Quelque chose d’insolite s’est produit qu’il ne maîtrise pas. Le silence est total, intriguant, même. Pas un bruit… Pas un murmure… Pas un souffle de vie…
Pourtant, Jules sait qu’il n’est pas seul. Il ressent une présence, comme s’il était observé. Une angoisse sourde s’empare de lui, tout son corps se met à transpirer, sa chemise lui colle à la peau. Cette sensation de linge mouillé sur son torse et dans le dos lui est même détestable. Tous ces petits détails matériels qui pourrissent la vie l’ont d’ailleurs toujours agacé : un lacet qui se dénoue, le bouton d’une manche qui se défait ou un cadre accroché de travers sont autant de petits éléments qui l’irritent parce qu’ils retardent ou détournent chaque individu dans sa quête d’absolu.
Parce que Jules rêve d’une vie dans laquelle la pensée est reine et se joue de toute contrainte terrestre. Victor Hugo avait bien écrit que l’utopie d’aujourd’hui est la réalité de demain. À force de pousser ses pensées toujours plus loin et toujours plus haut, voici Jules confronté à une situation hors normes. Il a pleinement conscience à cet instant précis que quelque chose l’attend ! Quelque chose ou quelqu’un…


Il frotte sa tignasse poivre et sel, ses doigts glissent le long de sa tempe pour atteindre sa barbe naissante et passer dessus, comme si ce geste pouvait influencer le cours des événements. Le lieu où il se trouve, il le connaît et s’imprime alors dans son esprit, sans la moindre hésitation. C’est la salle de théâtre à l’italienne du Grévin, à Paris ! À chacune de ses visites, il s’y est senti bien.
Mais comment a-t-il bien pu atterrir à cet endroit alors qu’il était assis dans la banlieue de Bruxelles à regarder un documentaire sur la reconstitution de la bataille de Waterloo ? Il se rappelle cependant un détail : le visage de l’acteur principal, avec ses yeux qui sont littéralement entrés dans les siens, ce gros-plan d’un regard déterminé s’est imposé à lui comme pour s’introduire dans son âme et l’emporter là où il le souhaitait.


Brusquement, une ombre furtive attire son attention devant la fresque. Un visage apparaît alors qu’il passe par une ouverture éclairée. Distinguant le contour d’un chapeau qu’il reconnaît sans peine, Jules soutient le regard insistant du personnage et le fixe en serrant les mâchoires. La silhouette fait alors volte-face et s’engouffre dans le passage lumineux. Un claquement de bottes répété résonne, et Jules devine l’itinéraire que l’homme parcourt pour l’avoir déjà emprunté avant lui. Des images défilent dans sa tête, dont le faciès dur et sombre de celui qui a perdu sa dernière bataille sans jamais l’accepter.
Aucun doute, la silhouette n’était pas là par hasard. Elle est passée à cet endroit et à cet instant précis pour l’inviter. Pour l’attirer à elle. Cette expérience d’échanges occultes, de transformation et de fusion avec l’univers est ancrée en Jules depuis qu’il est tout petit.
Une fois encore, il se gratte le cuir chevelu. Un processus étrange est en cours. Il sait à cet instant précis qu’il l’accueille en toute conscience. En âme et conscience.

⋆ 2 ⋆

L’image que Jules a conservée du Grévin est toujours la même : celle d’une antichambre dans laquelle la vie terrestre s’est muée en une gigantesque pantomime de personnages hauts en couleurs. Les statues de cire immortalisent des sommités dont l’âme est partie vers d’autres horizons.


Jules étire les bras quand son coude rencontre celui de son voisin, grisonnant et momifié. S’apprêtant à lui poser mille questions, il se ravise aussitôt. Une statue ne parle pas, et celle d’Aznavour ne fera pas exception ! Levant la tête, il aperçoit alors Roberto Benigni, réalisateur de La Vita è bella . Ses deux longs bras jaillissent de la loge du balcon et s’articulent telle une paire de ciseaux, le plaçant en équilibre précaire comme s’il allait tomber d’un instant à l’autre pour s’écraser cinq mètres plus bas.
Jules jette un rapide coup d’œil à sa montre… Zut, pas assez de lumière pour y distinguer les aiguilles. Bon sang, quelle heure est-il ? Et quel jour est-on ? Jules fouille ses poches... Rien... Il baisse le bras jusqu’à toucher le sol. Eurêka ! Il palpe son téléphone portable, le saisit et y aperçoit une lumière bleuâtre parsemée de particules argentées qui tournoient dans un vortex orchestré avec virtuosité. La plupart des icônes ont disparu de l’écran : horloge, calendrier, téléphone, météo, Viber, WhatsApp, mail, Messenger, Facebook… Elles se sont volatilisées, neutralisant toute communication possible entre Grévin et le reste du monde. Ne restent que celles de la boussole, des notes, du dictaphone, de la calculette, de la musique et de Safari, qui s’emmêlent dans un tourbillon d’un bleu nuit intense. Bizarre ! La date a disparu elle aussi, et l’heure clignote en alignant un symbolique et décevant 00:00.
Le fond d’écran est étrange aussi : on dirait que la vitre a laissé la place à un couloir parsemé de petites étoiles, les quelques icônes encore présentes semblant flotter dans un univers irréel, et qu’on peut y plonger le doigt… Jules se décide à passer l’index sur l’écran pour l’activer mais sa première phalange s’enfonce dans le cadran comme dans un vide béant. Ébahi par ce scénario inattendu, il effectue une rotation de l’autre main pour examiner le dos de son smartphone, mais rien n’apparaît, pas le moindre bout de doigt à l’horizon !
Le voilà plongé en plein jeu quantique, ce fameux vide qui n’est pas vide, ce monde que nous voyons solide alors qu’il ne l’est pas. Le principe de la toupie qui tourne dans les deux sens à la fois, cela fait bien longtemps que Jules l’a adopté, tout comme celui d’un être humain qui peut marcher sur la tête et sur les pieds simultanément. La loi de l’infiniment petit dans lequel la théorie devient réalité, le champ quantique où la réalité extérieure n’est que le reflet de notre réalité intérieure, la galaxie microcosmique au sein de laquelle le quantum, la plus petite particule d’énergie indivisible, est cent millions de fois plus petit qu’un atome, là où l’énergie et la matière deviennent interchangeables, le réseau d’intelligence qui dirige le cosmos et au sein duquel chaque conscience émet des vibrations qui en font un 

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