J ai une bonne solution de repli sur mimizan
127 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Découvre YouScribe en t'inscrivant gratuitement

Je m'inscris

J'ai une bonne solution de repli sur mimizan , livre ebook

-

Découvre YouScribe en t'inscrivant gratuitement

Je m'inscris
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
127 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Vingt-cinq chroniques de la vie d’Olivier Disle, depuis son enfance jusqu’à une récente rencontre. Vingt-cinq incroyables récits d’événements anodins qui prennent dans la tête du lecteur une ampleur réjouissante grâce à un ton plein de vitalité et à un style précis, détaillé, millimétré. J’ai une bonne solution de repli sur Mimizan se lit comme on écoute une confidence dont chaque fait provoque inévitablement des échos bienfaisants.Les chroniques d’Olivier Disle décrivent par petites touches comment une époque marque (ou pas…) de son empreinte les individus, comment le temps qui passe et ce trésor qu’est l’« Infra-ordinaire » agissent sur notre capacité d’émerveillement, en particulier lorsque nous parvenons à conserver des éclats d’enfance.Mais, plus que les événements évoqués (la vie scolaire, la conquête de la lune, Roland-Garros, la publicité, la télévision…), ce que l’auteur laisse peu à peu entrevoir, ce sont les rôles essentiels de la littérature, du cinéma et des rencontres dans la construction d’une identité. Ces référents et l’attachement presque déraisonnable avec lesquels l’auteur les place dans sa vie et dans ses récits sont réjouissants.J’ai une bonne solution de repli sur Mimizan offre ainsi une vision rare du monde dans lequel nous évoluons. La lecture de ces chroniques convoque aussi bien les sourires complices qu’une mélancolie bénéfique, à la limite d’un séduisant désenchantement.Olivier Disle est né en 1965. Son premier grand traumatisme fut le retrait de Björn Borg le 23 janvier 1983 de la compétition.Après avoir travaillé dans la publicité, il exerce désormais dans le conseil en stratégie de marque.Il est probablement hypermnésique.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 16 mars 2001
Nombre de lectures 6
EAN13 9791091601467
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,1000€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Le Code de la propriété intellectuelle n'autorisant, aux termes de l'article L. 122–5, 2 e et 3 e alinéas, d'une part, que les « copies ou reproductions strictement réservées à l'usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective » et, d'autre part, que les analyses et courtes citations dans un but d'exemple et d'illustration, « toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite » (article L. 122–4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L. 135–2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.


© Olivier Disle, 2016
pour Cent Mille Milliards

— Je te lis le début. Tu dors pas Louison ?
— Nan.
— « Hildegarde, je ne t’ai peut-être jamais autant aimée que cette nuit. Et pourtant, tu vas rire, je te quitte. »
— Enlève « Tu vas rire ».

Jean-Loup Dabadie
Clara et les chics types
1981

1. Les films en cassette audio

Au 2 de la rue Maurice Bokanowski à Asnières-sur-Seine, habitait un cousin de mon père, chez qui nous allions parfois déjeuner le dimanche.
Le Dictionnaire des Ministres ( Perrin , 1990) nous apprend que le Maurice Bokanowski en question fut ministre de l’Aviation du deuxième gouvernement Poincaré. Et qu’il s’est pour ainsi dire tué à la tâche puisqu’il est mort dans le crash de son avion, le 2 septembre 1928, en se rendant à Clermont-Ferrand pour un meeting aérien.
Nous étions, nous, en plein crépuscule pompidolien.
L’époque où Rosalie hésitait à quitter César et où Gene Cernan, lui, quittait définitivement Taurus-Littrow.

Ce cousin Philippe, ingénieur spécialisé dans l’installation de calculateurs de tir à bord des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins et lui-même aviateur, possédait dans son appartement, outre un pendule de Newton, une abondante discothèque. Au moment du café, tel un rituel, il nous faisait écouter la scène de la partie de cartes, extraite du film Marius de Marcel Pagnol (1931). Nous riions de la pitoyable tricherie dans Marius et de répliques aussi invraisemblables que :
— Les injures de ton agonie ne peuvent pas toucher ton vainqueur.
— Si on ne peut plus tricher entre amis, alors à quoi ça sert de jouer aux cartes ?

C’est dans la même logique disco-cinématographique, qu’en 1979, Philippe s’offrit le coffret 33 tours de la bande-originale d’ Apocalypse Now , Palme d’Or à Cannes.
On n’était plus du tout dans le même registre que le passage du pont transbordeur sur le Vieux-Port ou de la marchande de journaux vendant Le Radical . Voix rauque et désabusée du père de Charlie Sheen, attaque de F 5 napalmeurs, crissement du rasoir sur le crâne de Marlon Brando, wagnérisation d’un village VC, détonation sourde du lance-grenades M 79 .
Et en cette époque pré-VHS, le seul moyen de revivre tout cela, at home , c’était le 33 tours. En l’espèce, celui des éditions Elektra .

Je lui ai d’abord emprunté le disque. À la maison, on ne disposait pas d’une Rega Planar 3 ni d’un amplificateur à tubes MacIntosh , mais d’un matériel basique qui me permettait tout de même de l’écouter. Pendant des heures.
Puis, un jour, « l’oncle », comme dirait Fernandel dans Le Schpountz , me fit très sportivement don d’une copie sur une cassette audio.
À l’audio, un film prend une toute autre dimension. Je ne me lancerais pas dans une comparaison hasardeuse avec le ressenti d’un aveugle parce que je ne le suis pas, mais il est vrai que l’absence d’image exacerbe l’acuité auditive.
Que des détails ignorés, car hors-champ, réapparaissent via l’oreille.
Que la profondeur d’un « horror » qui suinte de la bouche de Marlon Brando prend une autre tournure.
Peut-être que l’audio est mon sens premier. D’ailleurs.

À l’automne 1984, survint justement le moment pivotal de cette audicée .
Mon père est rentré du bureau avec un magnétoscope Akai dans les bras.
J’ai lu, plus tard, dans une interview donnée par Jean-François Kahn, que pour fêter l’installation du gaz de ville dans leur appartement, lui et toute sa famille étaient allés voir au cinéma Le Dernier des Mohicans , en Technicolor ™.

Pour moi, ce jour-là, ce fut comme l’installation du Technicolor ™ à la maison.

Sans doute inspiré par les précédents Pagnol et Coppola et mû inconsciemment par la recherche d’une bonne solution de repli existentiel, j’ai entrepris de reproduire artisanalement le son de tous mes films préférés sur des cassettes audio. Pas l’image. Juste le son.
Dans une petite boutique d’électronique de la rue Saint-Dominique, j’ai fait fabriquer un câble avec prise RCA d’un côté et DIN cinq broches de l’autre, me permettant de relier le magnétoscope à la prise « AUX » de ma platine cassette Aiwa . Je faisais mes achats de cassettes à la FNAC Wagram . J’aimais bien le vendeur du rayon. Un grand barbu très hipster avant l’heure.
Pour la vidéo, j’étais très sensible à l’argument du Garantie à vie car je n’avais pas les moyens de garder chaque film enregistré. Je devais pouvoir réutiliser les cassettes indéfiniment, à chaque capture de film.

Et ce qui m’intéressait, c’était l’audio.

J’utilisais des VHS deux cent quarante minutes. Cela me donnait de la marge pour l’enregistrement et m’évitait de me retrouver avec un film tronqué en raison d’un changement de programme. Cela arrivait souvent à la télévision de l’époque. Pour un bête changement de gouvernement ou la chute d’un mur à Berlin.

Pour l’audio, je travaillais à la Maxell , la TDK ou l’ Agfa .
Qualité de base Type I. Du Chromium Dioxide pour le milieu de gamme. Et, pour certains enregistrements essentiels, le « Metal ». Le super haut de gamme, c’était la TDK Metal . Avec chassis de cassette en métal et coque transparente.

La durée d’une cassette audio, c’est quatre-vingt dix minutes. Soit la durée d’un film.
Certains – rares - films dépassent les quatre-vingt dix minutes. Problème sans solution ?
Mais non ! Miraculeusement, les établissements Maxell ont sorti une cassette de cent minutes. Cela me permettait d’éviter de perdre la fin de certains films. Comme la scène de l’aéroport à la fin de On ira tous au paradis .
Marthe : « Qu’est-ce que vous allez faire à Bordeaux ? »
Simon : « Je sais pas encore. »

Sans discerner le virage que je prenais, lentement mais sûrement, vers la névrose, je m’appliquais à bien préparer ma semaine cinéma avec le catholique-de-gauche Télérama .
Au départ, seulement trois chaînes. Puis quatre. Puis six. Enfin, cinq, car je n’étais pas abonné à Canal Plus . Pas les moyens. Les films tombaient les lundi, mardi, jeudi et dimanche soir. Le moment venu, j’étais prêt.

Singulière fortune où le but se déplace,
Et, n’étant nulle part, peut-être n’importe où !
Où l’homme, dont jamais l’espérance n’est lasse,
Pour trouver le repos court toujours comme un fou !

Je lançais l’enregistrement en mode manuel ou le programmais le cas échéant. Je faisais ensuite le report sur la cassette audio en éliminant les écrans de pubs à coups de Pause et de Mute .
Puis je découpais la fiche technique du film sur Télérama à l’aide de mon X-Acto . Je la collais à la UHU verte sur la jaquette. Et je notais la date d’enregistrement.
Cela a commencé à tomber. Comme à Reichshoffen, Gravelotte, Saint-Privat ou Beaumont.

Les deux premiers, ce fut À bout de Souffle et Le Père Noël est une ordure .
Aucun rapport ?
Si.
Magnifique musique de Martial Solal et époustouflante bande-son godardienne d’un côté.
— Si vous n’aimez pas la mer.
Fantastique réplique « Mais tu pèses une tonne, salope ! » de Lhermitte exfiltrant Balasko de l’ascenseur. Réplique qui m’avait échappée au cinéma mais que l’oreille récupère quand elle n’est pas soumise à l’œil.
J’ai ramassé tous les films

  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • Podcasts Podcasts
  • BD BD
  • Documents Documents