L amour vient du cœur, pas du sang
115 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

L'amour vient du cœur, pas du sang

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
115 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Jeune femme naïve et timide, Blanche commence sa vie d’adulte. Rapidement, elle sera tourmentée entre son rêve de trouver le prince charmant et la réalité de la société actuelle. Espoir, amour, désillusion et déception vont joncher le quotidien de l’héroïne jusqu’au moment où elle devra faire un choix entre la raison ou son cœur, une décision qui sera lourde de conséquences pour le reste de sa vie…
Basé sur des faits réels, ce roman biographique est un hommage envers une femme qui décidera de bouleverser sa vie par amour en assumant tout ce qui va en découler…

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 06 janvier 2017
Nombre de lectures 4
EAN13 9782312049823
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0015€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

L’amour vient du cœur, pas du sang
Olivier Huchet
L’amour vient du cœur, pas du sang
LES ÉDITIONS DU NET
126, rue du Landy 93400 St Ouen
© Les Éditions du Net, 2017
ISBN : 978-2-312-04982-3
À ma femme et mes trois fils que j’aime tellement.
Je remercie Alexandra B et Céline B, Sabrina H, mes parents, en particulier ma mère, ainsi que ma grand-mère et mes deux sœurs de m’avoir aidé et conseillé sur l’écriture de ce roman.
Préface
Le livre que vous allez lire est un roman biographique. Tous les faits que vous allez découvrir sont vrais, mais pour des raisons de confidentialité, les noms des personnages ont été remplacés, de même que certains lieux, périodes et contextes menant à certains faits.
J’ai écrit ce roman pour deux raisons. La première est personnelle. Je voulais rendre hommage à ma femme que j’aime plus que tout, ainsi qu’à mes trois fils. J’avais besoin aussi d’expier toute cette colère, ces incompréhensions qui s’étaient accumulées durant tant d’années. Il fallait que je tourne définitivement cette page de ma vie.
L’autre raison est une sorte de pensée, d’idée sur le fait de devenir mère d’un enfant que j’aimerai vous faire partager en lisant ces lignes. Je pense que le fait d’aimer quelqu’un ou quelque chose n’est pas inscrit dans les gênes. Aimer ou haïr doit s’apprendre. Comme un sport que l’on pratique, plus on s’entraine à aimer, plus on est capable d’aimer les autres. Beaucoup de personnes qui vont lire ses lignes ne vont pas être d’accord avec la suite de cette préface…
Je pense qu’une mère n’aime pas obligatoirement son enfant dès qu’il nait. Je pense que l’instinct maternel dont on parle souvent est plus une histoire d’attachement. Après beaucoup d’efforts et de labeurs pendant neuf mois, la femme obtient ce qu’elle a engendré. Tout être qui fait de gros efforts pendant un temps relativement long et ayant des conséquences physiques, va être attaché à ce qu’il a obtenu. Je grossis naturellement les choses, je sais que les sentiments d’une mère sont plus complexes que cela. Mais je pense qu’il ne suffit pas d’accoucher d’un enfant pour être totalement une mère. Notre société cultive actuellement le contraire en véhiculant l’idée que la femme aime son enfant avant même la naissance et gagne ainsi son statut de mère. On peut être d’accord avec cela, mais faut-il en faire une généralité et un fait immuable ? La femme souffre en effet pendant neuf mois, son corps change, elle fait de nombreux sacrifices, mais si elle décide d’abonner son enfant ensuite et ne s’en préoccupant plus jusqu’à la fin de ses jours, est-elle toujours « sa mère » ou juste sa génitrice ? Notre société veut que les choses soient plus simples avec le père. S’il assume l’enfant, il est « le père » avec un grand P. S’il n’éduque pas, s’il ne s’en occupe pas, il est juste le géniteur. Pourquoi tant de différence ? La nature, a fait de la femme l’incubateur de l’enfant qui va naître. Si dans le futur la femme ne devait plus être l’incubateur, qui serait la mère ? Celle qui a donné ses gênes ou celle qui l’a aimé, éduqué, nourri, qui l’a rendu heureux… ? Dans notre société actuelle, le statut de père ou de mère est attribué par le lien génétique qu’il soit positif ou néfaste pour le développement de l’enfant. L’amour, l’investissement pour participer au développement, à l’éducation de l’enfant n’est que secondaire. Être mère ou père au niveau de l’administration est un statut sacro-saint qui donne un plein pouvoir sur son enfant que l’on aime ou pas. À contrario la loi stipule que exercer son rôle de père ou de mère est un droit pas un devoir. N’y a-t-il pas une incohérence ?
Je vous laisse lire l’histoire vraie de Blanche. Une femme avec ses qualités et ses défauts, mais une personne qui aura su toujours écouter son cœur dans les décisions les plus difficiles… et qui aura des conséquences sur la vie de jeunes enfants…
L’annonce
(Mars 2001)
Blanche s’était assise à la même place que d’habitude. La vie familiale avec ses parents était ponctuée de rites inéluctables. Il était dix-neuf heures tapantes, les couverts étaient posés sur la grande table rectangulaire de dix personnes. Le diner était prêt, les restes de la veille étaient au menu de ce soir, du rôti avec des choux Bruxelles . Raymonde , soixante-six ans, la mère de Blanche continuait de faire à manger pour six alors que désormais il n’était plus que trois à habiter dans cette maison. À soixante-huit ans, Jean , le père de Blanche était à la retraite de sa fonction d’agriculteur depuis 8 ans tout comme sa femme. Ils étaient donc trois à diner sur cette table, relique d’une vie familiale désormais passée. La plupart des meubles présents dans la plus grande pièce de la maison provenaient de l’ancienne ferme qu’ils avaient vendue. Avoir cédé l’exploitation était pour Jean et Raymonde la meilleure solution. L’ancienne maison faisait bien trop vide depuis le départ de leurs deux grands fils et de leur première fille. Le confort de cet ancien foyer était trop rudimentaire, ils voulaient finir leur vie dans une maison un peu plus confortable.
Blanche était donc la dernière des enfants du couple, elle avait désormais vingt-quatre ans. Comme disaient ses frères, « c’était la chouchoute des parents ». Jean et Raymonde voyaient leur fille, comme une jeune femme calme et posée, mais ayant un sacré caractère quand on la cherchait. Sa mère reconnaissait que le côté bourru de sa personnalité venait de son père… Mais globalement, les parents de Blanche étaient fiers de leur fille. Elle avait réussi ses études professionnelles comme secrétaire. Une fois, sa scolarité finie, elle avait enchainé, immédiatement, par des petits boulots pour gagner sa vie. Dernièrement , elle avait trouvé un poste comme secrétaire à la chambre de commerce et d’industrie de Nantes et venait de signer son contrat d’embauche définitif. La seule chose qui questionnait sa mère était sa relation avec les « autres » de son âge. En effet, à part pour travailler, Blanche sortait très peu. Raymonde savait de sa fille qu’une de ses collègues était une bonne amie, mais c’était tout, rien de plus. Ses autres activités, le weekend, étaient d’aller voir ses deux frères et surtout sa sœur, Emmanuelle , avec qui elle nouait une forte complicité malgré leurs 8 ans de différence. Mais Raymonde ne s’inquiétait pas plus que cela. Son premier enfant, Stéphane , était lui aussi réservé à l’âge de Blanche , il avait réussi pourtant à trouver une jolie femme aimante et avait depuis deux beaux enfants.
Les trois protagonistes autour de la table commencèrent le repas en même temps. La télévision était allumée toujours sur la même chaine, à la même heure, pour que Jean puisse regarder les informations tout en dinant. Quelques minutes passèrent avant que Jean remarque quelque chose d’inhabituel. D’habitude, le vieil homme ronchonnait, car les deux femmes de la maison discutaient sur la journée qu’elles avaient passée, et lui ne pouvait pas suivre correctement son émission. Là, tout était différent, sa fille était plus renfermée que d’habitude, elle ne parlait pas. Jean avait déjà remarqué ce changement, Raymonde aussi, pour en avoir parlé avec elle. Les derniers repas où elle était présente se faisaient de plus en plus calmes. Sa mère voyait que la communication était de moins en moins présente avec sa fille. Blanche se faisait plus distante. Alors que Blanche avait le visage fixé sur son assiette, Jean détourna le regard de la télévision vers sa fille et la questionna :
« Tu as l’air préoccupé, ma fille ! Tu as eu une mauvaise journée ? »
Blanche releva la tête. Ses pommettes légèrement rouges trahissaient un malaise. Jean et Raymonde le remarquèrent de suite, leur fille ayant habituellement un visage de couleur porcelaine. La jeune femme finit sa bouche avant de répondre au propos de son père :
« J’ai longuement réfléchi… Je… Je pense qu’il est temps pour moi d’avoir mon propre logement. J’ai rempli il y a quelques jours une demande auprès des HLM… »
Immédiatement, après que sa fille eut fini sa phrase, Jean remit le nez dans son assiette en jetant, de temps en temps, un regard vers la télévision. Raymonde avait fait de même. Alors que Blanche s’attendait à une réaction immédiate, le comportement de ses parents la désarçonnait. Elle se remit alors, elle aussi, à reprendre son repas avec difficulté. La jeune secrétaire s’était préparée à une réaction « compliquée » vis-à-vis de sa décision. Mais à vingt-quatre ans, elle estimait qu’il était temps pour elle de quitter le nid, surtout que désormais, elle avait une situation professionnelle stable. Mais ce n’était pas la seule raison qui l’avait motivé. Il y avait cette tension qui existait à la maison. Il était compliqué pour Blanche de continuer à vivre chez ses parents. Les habitudes, leurs façons de faire étaient de moins en moins en accord avec Blanche. Des disputes avec sa mère pouvaient éclater pour une histoire de machine à laver démarrée au mauvais moment. Un retard sur le moment du diner pouvait énerver son père… Blanche comprenait ses parents et ne leur en voulait pas. Raymonde et Jean vieillissaient, des habitudes prises depuis plus de quarante ans ne pouvaient être changées. Or Blanche voulait vivre à son propre rythme. Et puis… Il y avait Clément… Cet homme, de 4 ans son ainé, qu’elle avait rencontré, il y a peu. Le premier échange avait eu lieu après une conférence dont Blanche était la secrétaire et dont lui était l’animateur. Le hasard avait fait le reste durant le buffet qui avait suivi, pour les amener à discuter et faire connaissance. Depuis, un rituel s’était installé, tous les vendredis soirs, après son travail, Blanche allait rejoindre Clément au café du coin pour échanger ensemble. La jeune femme voulait désormais être un peu plus libre pour pouvoir peut-être avancé dans cette relation. « Cette première relation »… Blanche revint les pieds sur terre quand elle entendit enfin son père commenter sa phrase de toute à l’heure :
« Tu sais… On ne te jette pas à la porte
– Je sais papa… Mais j’ai vingt-quatre ans et j’ai une situation maintenant…
– Très bien… Mais fais attention, j’espère que tu sais ce que tu fais… »
À cette réflexion, Blanche se tut, elle ne préférait pas réagir plus… « Bien sûr que non, je ne sais pas ce que je fais… Je n’ai jamais vraiment eu confiance en moi » se disait-elle. Mais depuis qu’elle était rentrée dans la vie active, la jeune secrétaire se faisait violence. Elle voulait enfin se sentir comme une personne qui réussissait. Décrocher ce travail était déjà une victoire, et le regard que ce Clément lui vouait, lui permettait de se sentir mieux dans sa tête.
Blanche fit ce qu’elle avait à faire après le repas, toujours la même chose… La vaisselle et sa toilette avant de se coucher. Bien sûr, elle aurait pu venir regarder la télévision dans le salon avec ses parents, mais le programme qu’ils visionnaient ne l’intéressait guère. Pourtant Blanche aimait beaucoup les programmes à la télévision, les séries policières américaines particulièrement comme les experts ou NCIS… Mais ce soir, elle voulait vite se coucher pour laisser ses parents digérer la nouvelle… Alors qu’elle était en train de s’essuyer le corps après sa douche, Blanche se scruta dans le miroir. Ce reflet qu’elle voyait régulièrement la remplissait de tristesse. La jeune adulte n’aimait pas son physique. Elle était clairement en surpoids. Elle trouvait ses seins moches et trop volumineux, tout comme ses fesses. Et son ventre… Pour elle, c’était le pire, ces deux bourrelets disgracieux la mettaient en colère envers elle-même dès qu’ils apparaissaient à son regard. Elle s’en voulait, elle se disait que son physique était le résultat de ce qu’elle était, une moins que rien. Dès le début de son adolescence, Blanche regardait son corps se transformer en quelque chose qu’elle estimait de difforme. « Tout cela est de ma faute » se disait-elle. Blanche avait en effet la fâcheuse tendance à compenser avec la nourriture, dès que quelque chose n’allait pas. Cela s’était accentué depuis le rejet au concours de la gendarmerie auquel elle avait participé… Elle, qui avait réussi le concours écrit, avait été déboutée « à cause de son physique reflétant un mal-être » d’après le psychologue qui l’avait évalué lors des tests d’aptitude. Cela n’avait fait qu’accentuer la mauvaise image que Blanche se faisait d’elle-même. Depuis la fin de ses études, elle n’avait eu qu’un seul objectif : réussir le concours de gendarmerie et de l’intégrer. Pour atteindre ce rêve, rien ne lui faisait peur bizarrement. Elle savait qu’il fallait passer par la case de l’armée pour commencer, que cela serait dur. Cependant elle pensait que cette étape nécessaire lui ferait perdre automatique du poids et serait bénéfique. Blanche aimait les choses cadrées, carrées. Elle aimait l’ordre et l’intégrité. La jeune femme estimait qu’elle avait reçu une éducation qui allait dans ce sens de toute façon. Il est clair que la vie à la ferme pour sa famille n’avait pas été rose tous les jours. Ils vivaient encore il y a peu de temps dans des bâtiments à l’ancienne. Il fallait par exemple, traverser le jardin pour aller aux toilettes. Les pièces de la maison étaient très mal isolées, l’humidité y rentrait facilement. Blanche et sa sœur, Emmanuelle dormait dans la même pièce et dans le même lit. Cette chambre était la plus humide, mais était chauffée par un poêle à bois indépendant. Cette ferme était composée de 3 chambres en tout, Les deux frères de Blanche dormaient dans l’une et l’autre était occupée par ses parents. Un petit salon, une cuisine et une salle de bain complétaient, bien sûr, la demeure à laquelle les écuries y étaient accolées. Même si les conditions de vie n’étaient pas simples, Blanche se rappelait de certains moments là-bas avec nostalgie… À cette période, se disait-elle, « elle était encore potable ». Ce psychologue de la gendarmerie avait fini de détruire le peu de confiance que Blanche avait en elle. La jeune femme avait décidé de ne pas retenter le concours. Une humiliation, comme cela, lui avait suffi. Elle ne voulait pas souffrir, de nouveau, en cas d’un nouvel échec. Depuis cela, son corps était devenu son pire ennemi, mais elle se sentait déjà battue d’avance, faute d’armes mises à sa disposition pour combattre cet adversaire. Elle s’était imaginée de rester vierge encore longtemps, elle, qui n’avait jamais eu de petit-ami auparavant. Et l’arrivée de Clément dans sa courte liste d’ami, avait ravivé l’espoir, de vivre une vie normale comme toute femme de son âge…
Pendant ce temps-là, Jean et Raymonde étaient sur leur fauteuil respectif devant la télévision. L’un regardait une énième rediffusion du Corniaud , tandis que sa femme faisait des mots croisés. Elle détestait l’acteur Louis De Funès , elle ne savait pas vraiment pourquoi, c’était physique. C’était ses grimaces qui l’horripilaient le plus. Mais Jean avait insisté pour regarder ce programme et Raymonde avait cédé. Il s’était déjà disputé pour une histoire de viande mal cuite, le midi même. La mère de Blanche en avait assez pour aujourd’hui. Il faut dire que les deux membres du couple avaient un caractère bien trempé tous les deux, les disputes pouvaient être fréquentes. Mais Jean et Raymonde en avaient vécu tous les deux, des moments compliqués… Et tel un capitaine et son assistante d’un navire, ils avaient finalement mené la barque à bon port. Avec l’annonce de sa fille, Raymonde voyait Jean irrité, elle savait qu’à tout moment une altercation pouvait éclater. Elle préférait pour ce soir, ne pas en reparler.
« T’as prévu quoi à manger pour demain midi ? »
Raymonde fut surprise par la question soudaine de Jean . C’était très rare qu’il pose ce genre de question à un moment de la soirée. Elle répondit :
« Maintenant tu t’intéresses, la veille à ce que tu vas manger le lendemain ? C’est nouveau ?!
– Bah j’ai droit de savoir ce qu’on mange demain quand même ! »
Le ton commençait à monter sans que l’un et l’autre ne s’en rendent pas compte. Raymonde voulut achever rapidement la conversation qui allait mal tourner :
« Poulet moutarde avec haricots verts… Avec la bedaine que tu prends, il faut que je te fasse manger plus de légumes…
– Teuh ! Teuh ! Toi aussi tu as pris de la bedaine, je ne suis pas le seul !
– Faut vraiment que tu ais le dernier mot !
– Oui et alors ?! »
La dispute s’arrêta là, Raymonde était comme sa fille, elle n’aimait pas le conflit. Elle ne releva pas la dernière phrase de Jean . À l’époque de la ferme, la dureté du travail rendait leurs corps forts et sveltes. Mais avec l’arrêt de l’activité et l’âge aidant, leur physique s’était empâté. Raymonde n’était pas très grande, mais dans la moyenne tout de même des femmes de son âge. C’était une femme qui avait toujours privilégié le côté pratique avant le côté esthétique. Ainsi elle arborait une coupe de cheveux grisonnants courts, un peu à la garçonne. Son travail l’avait usé surtout au niveau des jambes et des douleurs fréquentes venant l’embêter quand elle marchait. De plus sa vue avait toujours été un problème, mais les années passant, cela s’était accentué. Elle était obligée ainsi de porter au nez des lunettes avec des verres très épais. Jean , quand à lui, était toujours un homme robuste. Il avait gardé sa carrure d’agriculteur avec de larges épaules, il avait seulement perdu son ventre plat. C’est un homme qui globalement vieillissait bien, seules quelques rides supplémentaires venaient de temps à autre s’incruster sur son visage, et sa même coupe en brosse courte brune commençait à virer vers le grisonnant. Mais il restait bel homme pour son âge. Jean embraya sur un autre sujet de conversation :
« T’en penses quoi ?
– De quoi ? Questionna Raymonde
– Bah… De Blanche, tu crois qu’elle va partir rapidement ?
– Je ne sais pas ! Je suis comme toi, mais d’après ce qu’elle a dit ce n’est pas non plus pour tout de suite… »
Le Silence de Jean qui s’en suivit en disait long. Raymonde arrivait à traduire ce silence de son homme. Il appréhendait le départ de sa fille.
Un mois après l’annonce, Blanche sortait d’un magasin avec son premier téléphone portable. Cela devenait nécessaire pour elle d’avoir un moyen de communication indépendant de celui de ses parents. Tout d’abord pour sa recherche d’appartement, mais pour aussi joindre Clément . Son premier baiser avec lui avait eu lieu, la semaine dernière, après un rendez-vous dans une petite crêperie à Nantes . Blanche avait eu l’impression d’être au paradis. Pourtant pour elle, rien ne fut facile. Durant le repas, elle sentit le rapprochement se faire. D’abord ce regard doux et attendrissant qu’il avait envers elle. Puis ensuite cette main qui s’était posée sur la sienne. La jeune femme n’en revenait pas que ce bel homme brun, d’un mètre quatre-vingt, aux yeux bleus avait des sentiments pour elle. Sa timidité et son manque d’expérience l’empêchaient de vraiment répondre à ses signaux. Elle décida alors de se laisser faire. La conversation fut faite, presque exclusivement par Clément . Il parlait beaucoup de son travail, mais peu de sa vie personnelle. Blanche était comme envoûtée et ne se posait pas de questions, elle écoutait son dieu verser ses paroles et elle acquiesçait. Le travail de conférencier l’amenait à se déplacer souvent, et cela faisait trois semaines qu’il ne s’était pas vu. Clément avait de nombreuses choses à raconter… Blanche pensait surtout à la conclusion de cette soirée. Quand ils sortirent de la crêperie. Clément informa Blanche que son travail de conférencier à la chambre de commerce et d’industrie allait se terminer. Mais ce n’est pas pour autant qu’il ne la reverrait plus, car il voulait la revoir et plus souvent encore… Blanche savait qu’il habitait aux alentours de Nantes . Clément expliqua alors que les rencontres qu’il organiserait ne se feraient plus à côté de la machine à café du travail de Blanche , mais que désormais, il allait devoir se contacter par téléphone. C’est à ce moment que Clément brandit une carte, et alors que Blanche s’approcha pour lui prendre, celui-ci recula sa main pour faire tomber dans ses bras la jeune femme et l’embrassa. Comme pour toute la soirée, Blanche se laissa faire… À ce moment, plus aucune pensée ne traversait l’esprit de la jeune femme, elle profitait du moment. Elle se sentait légère, elle avait l’impression qu’un poids avait disparu en elle. Le baiser fut long et langoureux. Son mètre soixante-huit l’obligeait à être sur la pointe de ses pieds. Clément retira ensuite délicatement ses lèvres de celle de la jeune femme et déclara :
« Dès que tu es prête, tu m’appelles ? »
Blanche avait du mal à redescendre de son nuage :
« Oui, bien sûr, je vais m’acheter un téléphone portable et je t’appellerai la semaine prochaine.
– Très bien, appelles-moi dans la semaine, car le weekend prochain, j’ai un truc de prévu avec des amis. »
Blanche aurait voulu que la soirée continue plus longuement. Mais Clément se justifia en expliquant qu’il devait partir pour Lyon tôt le lendemain.
Une pensée l’avait traversé : « et si son baiser n’avait pas la même signification pour lui que pour moi ? » « Un homme comme lui avait déjà, sans doute, eu d’autres relations amoureuses avant moi. »
Mais ses idées furent vite oubliées par l’envie d’appeler Clément immédiatement. Le bip d’appel s’engagea dans l’oreille de Blanche. Une sonnerie, puis deux, puis trois. L’excitation de la jeune secrétaire était à son paroxysme, mais quand elle tomba sur le répondeur, une petite déception saisit son cœur. Blanche se reprit, après tout, il n’avait peut-être pas fini de travailler… Elle laissa donc un message avec sa plus douce voix l’invitant à la rappeler avec son nouveau numéro de téléphone.
Les jours passèrent. Clément n’avait pas rappelé. La déception, la tristesse et le dégoût pour elle-même étaient de nouveau en Blanche . Pas un jour ne s’était écoulé sans qu’elle essaie de contacter l’homme. Mais elle entamait son quinzième jour sans avoir de nouvelles de lui. Blanche était certes naïve, mais pas idiote. Elle en concluait que pour Clément , ce baiser ne valait rien. Elle était installée sur son lit, dans sa chambre, allongée sur le ventre. Son téléphone portable était posé sur son oreiller. Blanche le regardait, espérant qu’un miracle se produise. À côté du moyen de communication était posé un courrier. C’était une réponse positive des HLM . Blanche allait, vraiment déménager, changer de vie, prendre un nouveau départ et rentrer définitivement dans le monde des adultes. D’un bond, Blanche se saisit de son téléphone et s’assit sur le bord de sa couchette. Elle se promit que cela serait la dernière fois. Elle composa le numéro de Clément :
« Allo ?
– Clément ?
– Oui. Qui est à l’appareil ?
– Tu m’as apparemment déjà oublié, mais c’est Blanche !
– Blanche ! Ah super ! Enfin. J’avais prévu de venir te voir demain, à la fin de travail pour t’expliquer…
– M’expliquer quoi ?
– J’ai fait tomber mon portable dans les toilettes le lendemain de notre diner ! Mon téléphone était mort ! J’ai attendu quinze jours pour pouvoir récupérer ma ligne par contre je n’ai pas récupérer mes messages de répondeur… »
À ce moment, une joie indescriptible envahit le cœur de Blanche . Ce n’était donc qu’un concours de circonstances, il ne l’avait pas oublié ! Des larmes de joie coulèrent sur les joues de la jeune femme émotive. Sans laisser paraître, elle expliqua à son ami, sa situation, qu’elle allait bientôt avoir son chez-soi. Clément la rassura, son baiser n’était pas obsolète, il comptait bien la revoir régulièrement…
Les Catherinettes
(Février 2002)
« Ne regarde pas le bazar »
Blanche disait cela à son amie et collègue Françoise. Celle-ci avait beaucoup insisté auprès de Blanche pour lui offrir un verre après le travail pour fêter son anniversaire. Blanche avait eu, en effet, la semaine dernière, vingt-cinq ans, mais elle ne l’avait pas fêté. La jeune secrétaire avait alors cédé assez facilement à la demande énergique de sa collègue de quinze ans son ainé. Elle aussi était secrétaire, mais dans un autre service. Elles avaient rapidement fait connaissance pendant une sortie organisée l’été dernier par leur employeur. Naturellement, ces deux célibataires réputées « endurcies » s’étaient trouvé des atomes crochus. Ainsi régulièrement, de temps en temps, Françoise et Blanche firent des sorties, entre filles…
Après le verre offert, la collègue de Blanche demanda à celle-ci de ne pas finir la soirée comme ça.
« Et si on sortait, on peut faire un ciné ou un autre truc si tu veux ?
– Pourquoi pas, mais il faut que je me change et j’ai envie de prendre une douche…
– C’est bien ce que je pensais… Allez ! Je te suis chez toi, tu m’offriras un verre à ton tour…
– Ok ! »
C’est pourquoi Blanche et Françoise étaient montées dans l’ascenseur menant à l’appartement de la jeune secrétaire. Blanche aimait passer du temps avec sa collègue. Elle avait une autre très bonne amie, Emma . Blanche était encore plus proche avec elle. Mais Emma était une femme mariée, elle avait un mari à s’occuper, les sorties entre filles étaient moins fréquentes pour elle. Blanche regardait le look de Françoise , pendant que l’ascenseur gravissait les quatre étages. La quadragénaire portait un pantalon en cuir noir comme son blouson. En dessous, elle avait son fameux polo à capuche « I love Metal ». Blanche pensait que cela allait comme un gant à cette femme, garçon manqué par excellence. Elle ne portait aucun maquillage, avait les cheveux courts très grisonnants et n’était pas pour un sou, féminine…
L’ascenseur s’arrêta et les portes s’ouvrirent sur un long couloir. Le sol et les peintures venaient d’être refaits, donnant l’impression que ce bâtiment des années soixante-dix était plus récent. Il y avait quatre portes. Deux à chaque extrémité et deux réparties sur la façade du mur faisant face à l’ascenseur et à la porte de service menant à l’escalier. Chacune de ces ouvertures correspondait à un appartement. Le logement de Blanche correspondait à la porte gauche faisant face à l’appareil de traction verticale.
Blanche passa devant Françoise pour ouvrir sa porte, ce n’était pas la première fois que son amie venait visiter cet endroit. Blanche pénétra la première dans l’appartement pour appuyer sur l’interrupteur allumant la lumière de son entrée.
« Surprise !!! »
Plusieurs sentiments envahirent à ce moment Blanche . Pendant quelques secondes, elle resta fixe comme un piquet dans le couloir de son deux pièces. Avant que le sentiment de surprise n’apparaisse, elle fut horrifiée de voir autant de monde qui s’était introduit dans son appartement. Puis , elle reconnut les visages, ici et là, la jeune femme comprit que ses amis et sa famille s’étaient donné du mal pour lui organiser une petite fête à son insu. Elle reconnut d’abord Emma qui était accompagnée de son mari, Franck . C’était un bel homme brun, informaticien de son état, il travaillait au même endroit que sa femme, mais dans un autre service, bien sûr. Puis , Blanche vit son plus grand frère, Lionel , présent avec aussi sa femme. Le frère ainé de Blanche ne lui ressemblait pas beaucoup. Il était brun grisonnant, de taille moyenne et svelte. Mais on voyait dans la forme de son visage, qu’il tenait plus de sa mère contrairement à Blanche qui était le portrait craché de son père en version féminine. La femme de Lionel était d’une beauté naturelle fascinante. Sans être maquillée, elle arborait une chevelure à la garçonne blanche. Cette personne avait une classe naturelle qu’elle-même ne soupçonnait pas. On voyait très clairement que les membres de ce couple quarantenaire étaient faits l’un pour l’autre.
Blanche voyait ce petit monde dans son petit salon attenant à sa cuisine séparée. Ils étaient tous placés dans le coin en face de la porte d’entrée. La jeune femme dut s’introduire dans sa pièce de vie pour identifier le reste des personnes présentes. Elle vit alors la personne dont elle se doutait qu’elle était l’investigatrice de cette réunion. Sa propre sœur, Emmanuelle. Cette femme d’humeur joviale, expansive, commenta dès que son regard croisa celui de Blanche :
« Tu ne t’attendais pas à celle-là ! Tu vois, c’était à tes risques et périls de me confier une de tes clefs d’appartement ! »
Blanche se retourna vers son amie, Françoise, clairement complice de cette entourloupe :
« Bien joué, je ne me suis douté de rien ! » Commenta-t-elle.
La surprise passée, Blanche fut émue de voir toutes ces personnes réunies pour elle. La secrétaire n’avait pas voulu fêter son anniversaire, cette année, car elle avait la tête ailleurs et pas l’envie spécialement de se mettre en avant, mais cette attention la touchait beaucoup. Blanche allait de suite faire la bise à toutes les personnes présentes, c’est alors qu’Emmanuelle fit un commentaire :
« Tu sais pourquoi on est là, Blanche ?
– Pour mon anniversaire…
– Pas que… »
À ce moment, les pensées de Blanche se bousculèrent dans sa tête. Savaient-ils pour son secret ? C’était-il enfin décidé à faire ce qu’il avait promis ? L’imagination de Blanche fut interrompue par la voix de sa sœur :
« Tu as quel âge depuis une semaine ?
– Vingt-cinq ans, pourquoi, tu le sais, non ? »
À ce moment, Blanche vit le regard d’Emmanuelle changé. Elle savait ce que cela voulait dire. À chaque fois qu’elle avait ces yeux, c’était pour faire une blague, bonne ou mauvaise. Emmanuelle adorait sa sœur, mais elle aimait aussi s’amuser, faire des tours de cochon aux autres pour les faire tourner en bourrique. Blanche s’avait que sa sœur pouvait être une chieuse, rigolote certes, mais une chieuse quand même. Pourtant la petite sœur n’avait jamais eu à subir quoique ce soit d’Emmanuelle dans le passé. Cette femme à fort caractère avait plutôt joué un rôle très protecteur envers Blanche . Mais la locataire des lieux savait que cette fois-ci, elle allait être la proie de quelque chose qu’elle ne s’attendait pas… Blanche vit sa sœur partir dans la cuisine. « Mais que diable, allait-elle faire ? » se disait la jeune femme qui devenait préoccupée. Blanche fit le tour avec son regard de toutes les personnes présentes, elle y voyait des regards et des sourires amusés par la situation. Blanche n’aimait pas les surprises, car avec sa sœur, elle pouvait s’attendre à tout.
« Et voilà ! » S’exclama Emmanuelle.
Emmanuelle avait dans les mains, un grand chapeau de paille, qu’elle avait décoré elle-même. Ce chapeau avait des plumes, des fleurs, mais aussi cette affichette qui ne fit qu’un tour au sang de Blanche . Sur ce canotier, était inscrits les mots suivants en grosse lettre rouge : « 25 ans, toujours célibataire ! ». Blanche , comme à son habitude, ne montra rien. Elle copiait fidèlement la réaction des autres personnes de la scène, elle souriait, elle riait. Mais à l’intérieur, elle ne comprenait pas. Pourquoi sa sœur avec laquelle, elle avait tant de complicité, se moquait de sa situation. Elle comprit ensuite en écoutant sa sœur.
« Tu sais ce que l’on fête quand on a vingt-cinq ans et qu’on n’est toujours pas marié ?
– Non… Répondit Blanche.
– Les catherinettes ! Joyeuse catherinette ! »
Toute l’assemblée reprit en cœur la dernière phrase d’Emmanuelle. Blanche comprit alors la démarche de sa sœur. La meilleure amie d’Emmanuelle lui avait fait le même coup au même âge… Elle avait donc perpétué cette vieille tradition sur sa propre sœur. Blanche dut enfiler sur sa tête l’horrible chapeau pour toute la soirée. La petite fête fut, dans les faits, plutôt sympathique. L’occasion permit aux uns et aux autres qui ne se connaissaient pas de se présenter. Blanche fut heureuse de cela. Cependant, la jeune secrétaire avait un goût amer prononcé, dans la bouche. Elle n’en voulait pas à sa sœur ni à Françoise qui avait joué un grand rôle dans tout cela. La cause avait un tout autre prénom : Clément ! Blanche essayait d’analyser son ressenti secrètement. De façade, elle souriait, passant d’un invité à un autre pour les remercier d’être venus, de discuter de tout et de rien. Elle ne savait pas si cela venait de son éducation, ou tout simplement d’un atout venant de son ADN, mais envers et contre tout, Blanche était capable de cacher ce qu’elle ressentait vraiment pour faire toujours bonne figure. La jeune femme avait pourtant une colère et une tristesse vraiment prononcées.
Elle se sentait même idiote et salie, dès qu’elle pensait à son petit copain. Voilà un an qu’il était ensemble, qu’il se voyait un week-end sur deux, qu’il venait dormir dans son appartement, il se voyait même des fois en semaine. Mais il fallait garder tout cela secret. Les premiers mois de la relation, Blanche ne se posait pas trop de questions, elle se disait qu’il fallait y aller doucement. Ne rien dire était pour elle aussi une façon de se protéger en cas de rupture… Mais il y a trois mois, alors qu’elle insistait pour être officiellement ensemble, Clément expliqua pourquoi il ne voulait pas ébruiter leur relation, Il était marié… À cette nouvelle, Blanche avait explosé de colère, elle se sentait trahie par cet homme qui était son premier amour. Cette personne qu’elle idéalisait s’était transformée en mufle en un centième de secondes . Il lui expliqua qu’il était en instance de divorce, qu’il fallait attendre de parler d’eux comme un couple pour éviter les soucis. Il précisa qu’il avait fait un arrangement avec sa future ex-femme, c’est pour cela qu’il pouvait venir dormir un weekend sur deux chez elle. Blanche mit un mois pour avaler la nouvelle, mais son amour pour Clément était trop grand. Petit à petit, elle accepta la chose. L’homme infidèle reprit ses séjours dans l’appartement de Blanche . Clément promit à Blanche que dans quatre mois, c’était une affaire réglée et qu’il pourrait même penser à habiter ensemble. Cela rassura la jeune femme aveuglée par l’amour.
Par ce fait, cette soirée avait un goût particulier pour Blanche, elle aurait voulu crier à sa sœur, à son assemblée qu’elle était avec quelqu’un, leur dire qui il était, depuis combien de temps ils étaient ensemble. Mais hélas, il fallait jouer la jeune femme célibataire, et pour cela Blanche savait bien le faire, car cela avait été son rôle pendant beaucoup trop d’années pour elle. Clément avait eu un effet bénéfique sur la secrétaire malgré son mensonge. Depuis qu’elle était avec lui, elle avait retrouvé un peu confiance en elle. Même si elle se trouvait toujours laide, il lui disait tellement qu’elle avait des atouts de séduction non négligeables, que Blanche s’était laissé convaincre. Elle qui portait auparavant des cols hauts, revêtaient désormais des décolletés pour mettre en avant sa poitrine. Elle avait refait sa garde-robe pour porter des vêtements plus féminins. Ses cheveux naturellement bouclés, qu’elle pensait être une autre tare de son corps, avaient poussés jusqu’au milieu du dos. Oui, Blanche s’était métamorphosée grâce à Clément. Elle avait vu le regard des hommes changé. Cependant, Blanche savait que ses collègues se doutaient de quelque chose. Emma avait remarqué le changement chez sa collègue et amie, elle posait régulièrement des questions dont Blanche y répondait malignement de façon à ne rien révéler, mais à laisser planer le doute. C’était devenu même un jeu pour Blanche, à son travail.
La jeune femme reprit ses esprits quand Emmanuelle prit à part sa sœur dans un coin du salon, un peu à l’écart des autres pour parler plus sérieusement. La petite réception avait l’air d’être agréable pour tout le monde. Tout le monde souriait et les discussions allaient bon train. Mais Emmanuelle connaissait sa sœur, elle voyait que quelque chose clochait.
« Ça ne va pas ?
– Si ! Pourquoi ?
– Non pour rien… Tu n’es pas vexé ? Le chapeau, s’était pour la blague, on l’a bien fait aussi pour moi…
– Non je suis contente que vous soyez tous là. Je te remercie pour tout. »
Immédiatement, Emmanuelle se retourna vers un autre invité pour faire une blague digne d’elle. Les effusions de sentiments n’étaient pas sa tasse de thé. Blanche savait que sa sœur avait essuyé pas mal de galère, et que sa façade joviale était sa façon cachée de ce qu’elle ressentait réellement. Ne pas montrer ses sentiments était vraiment de famille…
La soirée se finit relativement tôt, aucune des personnes présentes n’était des vraies fêtardes. Blanche fut heureuse de voir toutes ces marques d’amour durant cet évènement, elle sentait que malgré sa situation amoureuse compliquée, elle était devenue quelqu’un ayant des amis, elle se sentait, enfin, normale…
Le lendemain, Blanche se réveilla tôt, on était samedi, et habituellement, la jeune femme ne faisait rien de spécial le matin du premier jour du weekend end. Elle prenait son temps pour prendre son petit déjeuner et flâner devant la télévision. Mais aujourd’hui, elle allait s’acheter un vélo et faire quelques courses dans des magasins qu’elle n’avait pas l’habitude d’aller. Ces commerces ne se situaient pas dans son secteur géographique quotidien. Faire quelque chose qui sortait de son ordinaire excitait Blanche, mais la stressait aussi. C’était pour elle, une aventure d’aller dans des lieux, encore inexplorés.
Emma avait indiqué à Blanche qu’une entreprise de production de vélo vendait directement des bicyclettes ne pouvant pas passer par la chaine de distribution habituelle. La conversation avait été abordée quand la jeune femme indiqua vouloir se remettre un peu à l’exercice pour perdre du poids. Pour elle, faire du cyclisme était la seule activité qui l’attirait pour l’instant.
Blanche allait donc se rendre dans le « sud ». Par cela, elle voulait dire au sud de la Loire Atlantique. La jeune femme était originaire de nord du département, elle connaissait Nantes et ses alentours, et surtout les endroits qui longeaient le nord de la Loire. Traversé le fleuve pour aller au sud était pour elle très rare. À se remémorer, elle ne souvint pas d’avoir fait ce trajet d’elle-même auparavant. Elle ne l’avait fait que seulement en tant qu’accompagnatrice avec ses parents qui allaient voir des amis ou de la famille habitant dans ce secteur. Mais Blanche n’y avait jamais mis les pieds elle-même dans cette contrée.
Comme toute expédition exceptionnelle, Blanche avait pris le temps pour tout planifier. Elle avait acheté des cartes routières pour l’occasion. Elle avait surligné avec un feutre, son parcours, avait annoté les arrêts magasins à faire après l’achat du vélo. Blanche n’aimait pas les imprévus, n’aimaient pas les ennuis, elle faisait tout pour les éviter, mais la plupart du temps, cela lui venait à elle sans le vouloir. L’exemple de Clément était là pour le prouver. Elle n’avait rien demandé, elle était tombée amoureuse d’un homme marié bien malgré elle. Maintenant , elle se disait qu’il fallait être patiente, dans quatre à six mois, tout au plus, le problème serait réglé avec le divorce. Pour l’instant, la jeune femme voulait une journée shopping qui se passe sans encombre. Blanche passa la porte de son appartement avec le sourire aux lèvres, avec à la main, les clefs de sa voiture neuve qu’elle avait achetée, il y a quelques mois.
L’achat de la bicyclette s’était fait sans problème. Blanche trouva facilement la commune et l’emplacement du magasin de l’entreprise. Rapidement , elle trouva le vélo qui lui correspondait. Comme prévu, elle fit ensuite plusieurs magasins, sans pour autant acheter, elle voulait flâner. Durant son exploration du « sud » de la Loire Atlantique , elle remarqua la différence notable des styles des maisons qui bordaient le décor. Les maisons du « Nord » avaient le toit en ardoises bleu marine très foncées, avec souvent un étage dans les combles, possibilité acquise par la pente des toits très prononcée de ce type de maison. « Au sud », c’était les tuiles orange qui dominaient les habitats, l’axe de la pente des toits était beaucoup moins important. Cela donnait un cachet différent à ces maisons, le style architectural était aussi différent. Blanche ne pensait pas qu’une cinquantaine de kilomètres d’éloignement pouvait faire changer le décor à ce point. Même la nature était différente par certains détails. Par exemple, la couleur du vert de l’herbe des terrains au « nord » était plus prononcée à cause de l’humidité, beaucoup plus présente dans cette partie du département. Blanche était conquise par cette nouvelle terre qu’elle découvrait avec ses yeux d’adulte. La jeune femme s’imaginait bien habiter dans le « sud » dans sa maison à la campagne…
La journée shopping allait bientôt se terminer. Pour finir, Blanche avait prévu d’aller faire ses courses de la semaine dans une grande surface qu’elle ne connaissait pas non plus. Peut-être pour trouver des promotions n’existant pas dans les commerces qu’elle fréquentait habituellement. Le tour du grand magasin fut relativement rapide par le formatage des lieux dû à l’enseigne. Aucune bonne affaire incroyable ne fut trouvée, et Blanche se mit à attendre dans la file avec son caddie devant la caisse. Devant elle, était présente une femme distinguée dans la fin de la vingtaine, brune, mince avec des vêtements montrant un haut niveau social. Devant elle, une femme, plus âgée avec son mari finissait de payer et de récupérer les articles sur le tapis de la caisse. La femme devant Blanche se mit à la regarder, ainsi que le contenu de son chariot qui l’accompagnait. La femme distinguée adressa ensuite la parole à Blanche :
« J’attends mon mari, il est parti chercher une bouteille, on fête nos trois ans de mariage ! Je vais l’attendre, passez devant ! »
Blanche remercia sa bienfaitrice et passa devant. Elle commença alors à installer ses articles sur le tapis. C’est alors qu’elle entendit une voix qu’elle connaissait bien :
« Désolé… j’ai mis du temps à choisir la bouteille adéquat qui valorise notre amour… »
Blanche se retourna immédiatement, la femme distinguée qui souriait de bonheur par cette déclaration, la vit se retourner. Elle se mit alors à parler à la jeune secrétaire :
« Quel charmeur ! J’ai bien fait de me marier avec lui ! »
La femme ne comprit pas trop, l’expression du visage de Blanche qui était en train de se déconfire, tout comme celui de son mari dont elle ne faisait pas attention. Blanche lâcha alors un seul mot de façon interrogatif mêlé par la surprise :
« Clément ?! »
Clément se reprit directement, passant d’un visage de peur à un visage de gaieté et de surprise.
« Tiens ! Blanche ! Karine, je te présente, Blanche. Ce fut une collègue éphémère durant mes conférences à la chambre des métiers… Blanche, je te présente ma femme, Karine. »
Blanche resta sur sa surprise, comme si son cerveau avait buggé. Puis, les gènes familiaux se remirent en route. Le visage de Blanche se mit à exprimer à son tour la même chose que son amant :
« Salut Clément ! Enchantée Karine… Alors comme ça, vous fêtez vos trois ans de mariage… félicitations… »
Blanche se pressa de passer à la caisse toujours revêtue de ce masque enjoué qu’elle connaissait si bien. Et alors que son amant s’était retourné vacant à ses occupations avec sa femme, la bouche de Blanche sortie une dernière phrase de politesse sans qu’elle le veuille vraiment :
« Eh bien, bonne fin de journée et bon anniversaire… »
Clément et sa femme se retournèrent. Elle décochant un sourire franc, tandis que lui souriait difficilement, la caissière vit alors le masque de cet homme se fissurer, laissant apparaitre son malaise.
Le masque de Blanche était, lui, très solide, il ne casserait pas avant de franchir le pas de la porte de l’appartement. La route du retour pour Blanche fut très longue. Malgré son attractivité, le secteur sud de la Loire-Atlantique était banni dans la tête de la jeune femme à ce moment-là. Elle sentait son cœur saigné en elle. La douleur de la trahison était intense, mais son instinct de ne rien laisser paraître préservait Blanche.
Arrivée à son logement, Blanche rentra chez elle tel un zombie. Elle ne pensait plus, elle se sentait vide, lasse, et en même temps anéantie. Son premier amour l’avait mise à terre. Quand enfin, elle s’allongea sur son lit, elle sentit, les larmes envahirent ses yeux, le masque était enfin retiré.
Rencontre sur Internet
(Octobre 2004)
Après une bonne journée de travail, Blanche arriva dans son appartement. Son chat, Grisou , l’accueillit comme il se doit, en se frottant contre elle et en ronronnant. Blanche appréciait cet accueil, depuis qu’elle l’avait adopté, elle se sentait moins seule. Françoise avait eu raison d’insister auprès d’elle pour prendre un animal de compagnie. Mais Blanche se rendait compte petit à petit avec le temps qu’elle n’était pas faite pour rester seule. Son amie, Françoise , s’en accommodait très bien, elle était célibataire depuis bien plus longtemps que sa jeune collègue, et elle y trouvait un certain confort… Mais ce n’était pas fait pour Blanche , animal de compagnie ou pas présent dans l’appartement, il lui fallait un homme, un compagnon, un meilleur ami, une âme sœur. Et à vingt-sept ans, un autre besoin supplémentaire pointait le bout de son nez. L’idée d’avoir un enfant commençait à séduire de plus en plus Blanche . C’était d’ailleurs pour cela qu’elle avait quitté définitivement, Clément , il y a neuf mois.
Il y a un peu plus de deux ans, après l’épisode de la grande surface où Blanche s’était aperçue du mensonge de Clément, la femme avait voulu rompre avec son amant. Mais l’homme avait été très doué dans ses discours et ses messages qu’il envoyait. Blanche, malgré sa colère et sa tristesse, était toujours amoureuse… Après tout, c’était son premier amour… « On n’oublie pas le premier homme qu’on a aimé. Et si celui-ci revient à la charge tous les jours en disant qu’il vous aime, qu’il a un problème avec ses sentiments, qu’il lui faut lui laisser du temps pour préparer la rupture avec sa femme… C’est encore plus difficile de l’oublier ! » S’était-elle dite alors à l’époque. Blanche avait donc cédé. Elle avait d’abord accepté d’avoir une explication en tête à tête, puis un diner pour revoir tout cela de nouveau, et elle avait replongé. Elle sortait avec un homme marié, espérant que celui-ci ferait ce qu’il lui avait promis dans quelque temps. La jeune femme avait su pourquoi elle était aussi faible face à cet homme, qui mentait pourtant comme il respirait. Elle pensait qu’elle avait eu de la chance qu’une personne du sexe opposé s’intéresse à elle, et que c’était sans doute sa seule chance de ne pas finir célibataire pour le restant de sa misérable vie. Blanche était comme cela, elle pensait qu’elle ne valait pas plus que cela.
Les semaines, les mois s’étaient ensuite écoulés. Les séjours de Clément chez Blanche avaient le même rythme qu’auparavant, un weekend sur deux. Ces moments passés ensemble avaient été pour Blanche un véritable bonheur, mais quand il était reparti, la jeune femme s’écrasait sur le sol de la réalité. Elle se rendait compte qu’il repartait chez lui, avec sa femme. Le dimanche soir se finissait par un torrent de larmes sur le lit et avec une image que Blanche avait d’elle-même comme méprisable. Au bout de quelque temps, Clément avait révélé à sa maitresse qu’il avait annoncé à sa femme leur relation. Sur le moment, un immense soulagement avait envahi Blanche , elle, qui doutait que Clément assume un jour sa relation avec elle. Mais la suite de son explication avait provoqué une vague de colère chez elle. Avec cet aveu, un accord était né entre lui et sa femme. Aucune procédure de divorce n’allait être démarrée. Clément voulut continuer ainsi leur relation du moment que cela n’interférait pas dans son mariage. Il avait annoncé le sourire aux lèvres, à Blanche que sa femme n’était pas finalement possessive. De plus, il avait précisé qu’il avait beaucoup plus à perdre que sa femme dans un divorce, étant donné qu’un contrat de mariage avait été signé et qu’elle était à l’origine plus riche que lui…
Clément ne comprit pas l’explosion de rage qui s’en suivit de la part de Blanche . Cette fois-ci, il était hors de question d’être la jeune fille sage, lisse en apparence. Les insultes étaient sorties de la bouche de la gentille maitresse comme jamais, elle s’était mise à le bousculer pour finir par le mettre à la porte de son appartement. Blanche pensa alors qu’elle aurait dû acter le point final de leur relation à ce moment-là, mais ce ne fut pas le cas. Quinze jours après, une fois la colère passée, Blanche avait accepté de continuer ce manège. Mais quelques choses s’étaient brisées en elle et en l’amour qu’elle avait envers lui. Les weekends ensemble commençaient bien, mais une fois, l’accouplement passé, la femme se sentait sale, honteuse et esclave de ses sentiments. Des disputes jaillissaient ensuite pour des détails et Clément partait souvent le dimanche matin au lieu du soir… Pour Blanche , la fin de semaine se finissait toujours de la même façon, elle était en pleurs sur le lit jusqu’à tant qu’elle s’endorme…
À force de saigner, le cœur de Blanche s’éteignait petit à petit pour Clément , la douleur était devenue vraiment insupportable au quotidien. Alors un jour, elle avait fini par dire stop définitivement à son premier amour. Elle avait communiqué le message très subtilement à son futur ex-amant, en le privant de sexe, les weekends où ils étaient ensemble. Les temps de visite s’étaient mis à s’amincir rapidement de la part de Clément sans que Blanche n’ait à demander quoi que ce soit. Puis un jour, c’est lui qui avait rompu par texto, Blanche avait compris à ce stade beaucoup de choses déjà. Son constat était qu’elle s’était amourachée d’un pauvre type. Pourtant , elle ne regretta pas cette relation, il y avait même des jours où cela lui manquait. Grâce à cet homme, elle avait découvert les plaisirs charnels, elle avait pris conscience que son corps n’était pas qu’un amas de graisse, et qu’elle avait des atouts féminins.
Blanche se ressaisit dans ses pensées, et entama sa chorégraphie quotidienne qu’elle donnait tous les soirs chez elle après le travail. D’abord, elle vérifia si son Grisou avait ce qu’il fallait en croquette, puis ensuite elle alla dans sa chambre, allumer son ordinateur acheté il y a six mois, pour après prendre sa douche. Blanche n’aimait pas attendre sans rien faire et son ordinateur demandait quelques minutes pour se mettre en fonction… Elle se rappela alors la raison de l’achat de cet objet qui devenait incontournable pour son époque… Cela faisait trois mois qu’elle n’était plus avec Clément, Blanche avait commencé tout juste à digérer la rupture. Même si la secrétaire n’avait rien dit à ses collègues, Françoise et Emma avaient compris qu’un homme était passé dans la vie de leur amie et que désormais elles devaient essuyer les plâtres… Françoise était à l’initiative de l’adoption de Grisou par Blanche. Mais les camarades de Blanche s’étaient vite aperçues que cela n’aurait pas suffi. Emma avait pris la détresse de Blanche sous un angle différent et s’était mise à la conseiller concernant l’achat d’un ordinateur. Internet avait pris son essor, et un des bénéfices qu’il apportait était de faire des rencontres beaucoup plus facilement qu’auparavant. Emma fut très convaincante, si bien que Blanche s’était mise à l’acheter le weekend suivant. La célibataire avait été séduite à l’idée de pouvoir faire de nouvelle rencontre grâce à cette nouvelle méthode de communication. Elle s’était remotivée depuis quelques semaines et avait même entamé, avec Emma, un régime. Blanche en avait marre de s’apitoyer sur elle-même, elle voulait devenir une femme forte qui ne se laisserait plus jamais piétiner par un homme, surtout s’il était marié.
Forte de pensée qu’elle pouvait plaire à certains hommes, même minime en nombre, Blanche avait utilisé son ordinateur fraichement acheté, pour provoquer des rencontres. Elle s’était inscrite sur plusieurs sites dédiés à cela, du plus connu au plus discret. Rapidement, Blanche fut surprise des messages des hommes qui étaient intéressés par son profil. Elle avait été pourtant très évasive dans sa description, ses goûts, pour éviter que l’on ne sache trop d’elle. Même sa photo de profil avait été prise de façon à voir le moins de choses d’elle. On pouvait voir son visage caché en partie par une main où son menton était appuyé. Elle avait caché la partie basse de son visage, la bouche comprise. Mais apparemment, cela n’avait pas fait fuir certains. Blanche était même étonnée de voir autant de prétendants lui envoyer des messages. Mais par la suite, la femme comprit qu’il y avait des règles à connaitre avant de s’émoustiller par ce harem virtuel, demandeur de discussion et plus si affinité… Au bout de quelques jours de discussions par messagerie instantanée, Blanche avait vu ses candidats à l’amour fondre rapidement. Pour les survivants, qui avaient l’air plus sérieux, la femme avait donné des rendez-vous dans un lieu public, de préférence dans un café. La grande galerie commerciale, se trouvant à quelques kilomètres de chez elle, était l’endroit idéal. Arrivée au stade de la rencontre physique, Blanche avait appris une nouvelle règle concernant ce genre de démarche sur internet, les hommes issus d’internet étaient des vrais goujats. La secrétaire s’était interrogée si poser un lapin n’était pas un sport issu de ces sites de rencontres… Mais la femme n’avait pas été dupe, bon nombre de fois, elle vit la description de son rencart passé discrètement près d’elle. Blanche avait vite compris que ce genre d’animal issu de la toile n’hésitait pas à faire le mort quand il voyait que le physique de la proie qu’il convoitait n’était pas à son goût. Ainsi la demoiselle allait dans un premier temps de déception en déception, mais cela n’avait pas, bizarrement, entamé son moral, du moins à long terme. Sur le coup, elle se sentait blessée, mais Blanche ne se faisait pas d’illusions. Elle savait désormais que les hommes pouvaient leurrer des espoirs qui ne les concernaient finalement pas.
Il a eu ensuite ce Fabrice … Lui était venu, avait vu et vaincu le moral de Blanche . Cet homme, châtain, aux yeux bleus, ayant un corps d’apollon, était venu au rendez-vous à la grande surprise de la demoiselle. La discussion au plus grand café de la grande surface avait été passionnante pour Blanche . Cet électricien avait envouté, au cours de l’entrevue, la femme. Pendant de longues minutes, ils avaient parlé de tout et de rien, de leur travail respectif… Les minutes se transformèrent en heures, les deux individus avaient migré vers la crêperie de la galerie. Les effleurements de mains, les regards doux et excités ne trompaient pas. Blanche avait vu l’attirance qu’elle provoquait chez Fabrice , et elle lui renvoyait bien la pareille. Naturellement , sans se poser de question, le couple fraichement formé s’était dirigé vers l’immeuble où logeait Blanche . La femme était alors, sur un petit nuage, tout y était, le romantisme, l’attirance réciproque, pas d’homme marié… ( Elle avait posé la question durant le repas). Mais tout bascula quand ils franchirent le pas de la porte du couloir d’entrée de l’appartement. L’homme s’était jeté sur l’objet de ses désirs, Fabrice s’était mis à l’embrasser brutalement, la tenant fermement. La femme fut surprise tout d’abord avec une once de peur, mais l’envie, le désir consumait autant la jeune amante. Même si elle ne voyait pas la chose se faire de cette façon, elle s’était laissée faire. Elle s’était mise à penser aux couples de ces films qui se mettaient à consommer brutalement leur désir comme si leur vie en dépendait. Blanche prit ces baisers fougueux comme cela. Elle savait qu’en matière de sexualité, elle avait encore beaucoup à découvrir… Après tout, Clément avait été le seul et le premier pour l’instant… Et le comportement de Fabrice était très différent de Clément . L’homme qui avait donné l’impression de s’être transformé en animal, avait demandé à Blanche où était sa chambre. Profitant de cette pause dans les embrassades incessantes de Fabrice , la femme s’était éloignée pour reprendre ses esprits et avait montré machinalement la porte d’entrée de sa chambre. Blanche avait voulu ensuite faire un point, elle pensait que les choses se faisaient un peu trop vite… Le côté romantique du début commençait à s’estomper et cela lui avait fait peur. Mais l’homme mi-bête n’avait pas laissé le temps à sa proie de s’exprimer, celui-ci s’était jeté de nouveau sur elle, l’embrassant tout en la poussant vers sa chambre. Blanche s’était sentie dépassée, elle aurait voulu s’arrêter, mais pour l’idée de devoir passer par là pour enfin être aimée par son prince charmant, elle s’était laissé faire… Après tout cet homme la désirait et semblait l’aimer. Une fois, que l’homme-animal eut été rassasié, Blanche s’était sentie comme salie, son image envers elle-même avait encore pris un coup. Voyant son corps en sueur, tandis que son partenaire semblait déjà endormi, Blanche avait décidé d’aller prendre une douche. La salle de bain était accolée à la chambre à coucher.
Alors qu’elle avait commencé à se laver, Blanche se remémorait ce qu’il venait de se passer. C’était comme si son esprit avait été en dehors de son corps durant l’ébat dont elle avait été l’esclave. Blanche se sentait mal, elle était venue à faire des choses qu’il l’avait dégoûté. Ses pensées furent alors interrompues par un claquage de porte, c’était la porte d’entrée. Blanche comprit de suite ce que cela voulait dire… Après être sortie vite de la douche, en passant son peignoir, elle alla vérifier la raison de ce bruit. Son regard avait été dirigé directement sur le lit de la chambre qui était désormais vide. La femme s’était alors dirigée immédiatement vers la fenêtre donnant sur la vue du parking où était garée la voiture de ce violeur déguisé. C’est alors qu’elle le vit, montant dans la voiture et partant en toute trombe. À ce moment, l’esprit de Blanche se brisa comme du verre, laissant place au néant et à une tristesse immense. Elle resta à genou, dans sa chambre, sur sa moquette bordeaux dont la couleur était passée par le temps… Blanche se prit alors une nouvelle fois en pleine figure sa naïveté, le fait de croire au prince charmant, l’amenait de déception en déception.

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents