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L'herbe folle de l'envie

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Description

Dix ans après, Julie revient sur son adolescence, une période incertaine de sa vie, jalonnée par la présence intermittente d'un poète dilettante, séducteur hésitant, et celle de ses textes. Malraux et Céline, l'Italie de Léopardi, le Père-Lachaise forment un arrière-plan bigarré à ce récit en forme de long préliminaire amoureux, un brin nostalgique d'un temps où les poèmes s'écrivaient encore sur des bristols.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 avril 2012
Nombre de lectures 49
EAN13 9782296487451
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

L’herbe folle de l’envie
Jean-Luc Ferrandi


L’herbe folle de l’envie

Roman
Du même auteur


Le sublime égaré , Editions Caractères, Paris, 1997


Que reste-t-il du big bang, Editions Caractères, Paris, 2001


© L’Harmattan, 2012
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-96699-4
EAN : 9782296966994

Fabrication numérique : Actissia Services, 2012
« Je n’ai jamais vraiment cru au coup de foudre. Le plus souvent on tombe amoureux comme on attrape un virus. Quand il existe une faiblesse de l’état sentimental. Une fissure. »
Il disait de belles choses, parsemait sa conversation de pépites délicates, émergeant çà et là d’un tamis balancé entre ses longues mains qui volaient dans l’espace. Précises et cadencées comme celles d’un chef d’orchestre. Ses propos ciselés, ses mots griffés, ses regards raffinés, il les offrait avec désinvolture et un humour aussi subtil que calculé pour envoûter son auditoire. Et toujours il avait ce sourire, mi-naïf, mi-ravageur des hommes sûrs de leur capacité à séduire.
Il venait se promener dans ma vie, chercheur d’or égaré, dandy halluciné, marchand de friandises oratoires emballées dans du papier doré. Il débarquait à l’improviste, jouait sa mélodie fugace, puis il disparaissait, me laissant seule, vaguement enivrée sous le charme. Et moi, je savourais ses phrases avec une gourmandise juvénile et émerveillée, sans prendre garde au pouvoir insidieux de sa petite musique. Une sérénade en équilibre constant entre la composition et l’improvisation, aux variations imprévisibles, mais toujours pénétrante.
C’est sans doute pour ça que j’aimais nos rencontres. Avec lui j’entrais dans un autre monde. Un ailleurs déconnecté du réel où chaque phrase était construite, pensée, pesée comme si elle était destinée à s’inscrire à jamais dans ma tête comme dans un livre.
Chapitre 1
I ls étaient tous là, les artistes. Dans des costumes sombres tout juste sortis des armoires où ils dormaient depuis des siècles dans l’attente de la grande occasion. Une vague odeur de naphtaline mêlée d’after-shave bon marché flottait parmi les rayonnages. Dans un coin, au bout de la salle de lecture dont l’accès avait été fermé au public par des plantes artificielles, on avait dressé une table nappée de blanc. Le micro était installé juste devant et les poètes se tenaient tout autour, d’âge canonique pour la plupart, émus et droits comme des écoliers à une distribution des prix. A dix-neuf heures pile, le maire flanqué de ses adjoints fit une entrée fracassante : crâne chauve, ventre en avant et sourire scotché sur les lèvres. De près, il avait l’air encore plus porcin que sur les affiches, ses petits yeux brillants se noyaient dans un visage rond aux joues démesurées. Un murmure a traversé la petite foule, suivi d’un silence martial, puis tout le monde s’est bousculé pour lui serrer la louche, le sourire ému et la tête baissée en signe d’allégeance. Il a savouré sa popularité avec l’air calme, paternel et un brin blasé du vieux professionnel rompu à l’exercice.
Cette année-là, le printemps avait le plus grand mal à s’émanciper des frimas de l’hiver. La pluie, tombée à seaux depuis le début de l’après-midi, venait juste de s’arrêter, mais le ciel était encore d’un noir pas très rassurant. A six heures il faisait presque nuit. Comme en décembre alors que mai commençait à peine. Entre les lunettes de soleil et le parapluie je n’avais donc pas hésité. Il n’était pas question que j’arrive au cocktail avec une tête de chien mouillé. Les frisures, c’est beau lorsque c’est sec. Mouillées, les boucles frisent le vulgaire. Et ça, il n’en était pas question. L’occasion était trop rare : une réception officielle et pas n’importe laquelle, une manifestation littéraire : la présentation d’un livre.
La bibliothèque municipale n’en croyait pas ses yeux : à la place des jeunes en jeans et baskets qui y zonaient d’ordinaire, des vieux, raides et endimanchés, suivaient sagement les flèches en papier vers la salle de lecture. Le bouquin en question était un recueil d’œuvres des poètes les plus talentueux de la ville, du moins ceux qui s’étaient fait connaître… Il avait été financé par les deniers municipaux : « cette initiative généreuse s’inscrivant dans la politique culturelle très ambitieuse de la ville », dirait l’article du lendemain. Initiative qu’il convenait de médiatiser pour assurer quelques voix supplémentaires aux prochaines élections plus que pour gonfler les ventes de l’opuscule, promis dès sa naissance à passer le reste de sa vie dans des cartons de greniers.
Dans ce groupe fleurant le troisième âge, un homme ne semblait pas à sa place. Polo à manches longues et pantalon à pinces, il était tout en noir lui aussi. La quarantaine décontractée, l’aisance naturelle de ceux qui ne se laissent impressionner en aucune circonstance, il regardait autour de lui avec une curiosité amusée le manège des mondanités. J’observai de loin cet extra-terrestre séduisant en me demandant ce qui l’avait fait atterrir là. Comme tous les martiens, il avait un sixième sens : il sentit que des yeux le scrutaient. Il se retourna et son regard croisa le mien. Un dixième de seconde. Vous ne me croirez pas mais je n’ai pas encore oublié cet instant furtif, infinitésimal, où je fus évaluée par ces yeux bleus, doux et chargés d’une détermination à toute épreuve. Je ne sais plus si j’en fus amusée, flattée ou troublée mais cette aimable réunion promise à l’ennui prit alors un tour imprévu.
Il fut le seul à ne pas prendre part à la lecture qui suivit. Ils déclamaient à tour de rôle leurs vers laborieux. Lui, regardait dans le vague, la tête ailleurs. Le maire assurait avec stoïcisme, il faisait semblant d’apprécier en connaisseur et, à la fin des tirades, baladant ses yeux dans l’assistance, hochant la tête en signe d’admiration, il applaudissait le premier entraînant en écho une petite salve de battements de mains qui résonnaient dans la petite salle. C’était aussi décoiffant qu’une réunion d’anciens combattants, mais émouvant aussi de voir ces écrivains d’appartement, ces solitaires de la rime, passer, à la fin d’une vie obscure d’anonymat littéraire, le bout du nez à la fenêtre de la reconnaissance avant qu’elle ne se referme à jamais.
Le type en noir était poli. Il applaudissait du bout des doigts sans que son visage traduise la moindre émotion. Il avait une certaine classe, une distinction naturelle qui répugnait au mélange des genres. Personne ne faisait attention à lui, debout près du coin de la table où étaient empilés les recueils flambant neufs, il attendait je-ne-sais-quoi. Lors de la séance de signature, il prit pourtant son stylo et paya enfin de sa personne. Pour la première fois je le vis sourire. Il apposa sa griffe, exécutée d’un geste précis et appliqué auprès de celle de ses camarades poètes, sur l’exemplaire remis solennellement au maire. Ce dernier promit très diplomatiquement qu’il occuperait une place de choix dans sa bibliothèque personnelle.
Moi, ce livre était le cadet de mes soucis. J’étais focalisée sur le poète en noir et je cherchais qui pourrait me renseigner sur l’identité du mystérieux inconnu. Je finis par tomber sur Lucette, une ancienne amie de maman, une pédante que je n’aimais guère. Elle avait apporté une pierre majeure à l’œuvre poétique qui nous valait cette soirée d’anthologie. Très entourée, virevoltante, elle recevait des compliments appuyés, des accolades et des poignées de mains de toutes parts. Quand elle me vit, elle vint vers moi, agaçante avec son « Ma chère » et demanda des nouvelles de mes parents. Je la rassurai sur leur santé et, pour faire bonne mesure, je balbutiai un compliment sur ses vers que j’avais pourtant trouvés du dernier ringard quand elle les avait déclamés, rouge de fierté. C’était tout de même à elle que je devais mon invitation… Après l’échange des politesses, je m’enquis, l’air de rien, de l’identité de l’inconnu. Elle ne savait rien de lui sinon qu’il avait expédié ses poèmes par courrier profitant in extremis de cette opportunité d’édition. Elle le situait bien au-dessous d’elle en termes de valeur littéraire « mais il pouvait encore progresser à son âge… ».
Je laissai Lucette à ses jugements lapidaires et continuai à suivre l’opportuniste du coin de l’œil : ce fut ma seule distraction de la soirée. Il fut bientôt abordé par une plantureuse rousse fagotée dans une robe d’un vert à faire rougir un perroquet. Un gros bonbon qui avait manqué les vingt dernières années d’évolution de la mode. J’étais près d’eux et je tendais l’oreille, curieuse comme un pou désœuvré. Elle lui disait d’une petite voix précieuse tout le bien qu’elle pensait de ce chef-d’œuvre de banlieue. Elle l’assommait de questions plus banales les unes que les autres, du genre de celles que posent les gens qui croient que tous ceux qui écrivent sont des poètes ou des écrivains. Il lui dédicaça un recueil avec patience, encaissant avec stoïcisme les compliments percutants qu’elle lui assénait. Elle s’appelait Elvire. Ça lui allait bien à cette demi-mondaine d’une autre époque, d’âge mou, à petits seins et grosses cuisses. J’aurais volontiers payé le prix du livre pour savoir ce qu’il avait écrit sur la page de garde. Mais je ne pus voir que les joues de la blondasse rosir au moment où elle lut la dédicace. Il aimait vivre dangereusement, c’était certain. Après je ne le vis plus. J’eus beau multiplier les travellings panoramiques à en avoir des crampes dans le cou, il s’était évaporé. Et la pimbêche en vert avec lui.
Je me retrouvai au milieu des septuagénaires nostalgiques évoquant, l’œil mouillé, les heures douces de la ville au temps perdu de leur jeunesse. Et là, seulement, je fus émue par ces papys et ces mamys aussi touchants qu’avaient été les miens.
Quand le maire s’éclipsa discrètement et sa basse-cour avec lui, l’ambiance tomba comme un soufflet et les caquètements se transformèrent en bourdonnement puis en murmures. La petite réunion tourna court dès que les petits-fours furent épuisés. En franchissant la porte de la bibliothèque vers huit heures, ce soir-là, ce n’était pas le grand vent de la littérature qui me faisait frissonner. C’était plutôt un courant d’air. Ce genre de petit coup de vent brusque et inattendu qui fait claquer les portes.
Et j’aurais bien entrebâillé celle derrière laquelle le mystérieux écrivain avait disparu sans même que je songe à lire un de ses poèmes.
Chapitre 2
C ette année-là, je n’étais pas partie en vacances. J’avais décidé de préparer l’année scolaire en visitant les grands musées parisiens. Dès juillet, j’avais écumé les galeries du Louvre avec mon carnet de croquis. Il m’avait bien fallu le mois entier pour prendre la mesure de ce gigantesque dépôt où s’accumulaient plusieurs siècles d’œuvres d’art. A chacune de mes visites je ressentais le même vertige, celui de l’écrivain tout petit au milieu des rayonnages d’une grande bibliothèque. Impossible de rester sereine devant ce déballage, cet hypermarché de la création plastique où les artistes les plus fameux perdaient leur identité en se diluant dans la masse. Masse dans laquelle se diluaient aussi mes ambitions artistiques. Au début de ce mois d’août, le Louvre m’apparaissait comme un univers cosmique en expansion dans lequel les quelques lueurs de création qui m’illuminaient par moments ne pourraient jamais postuler au statut d’étoile.
C’est un de ces soirs, en rentrant du musée le carnet plein de croquis vains, que le destin m’adressa un clin d’œil psychologiquement réparateur. Sur mon répondeur, la voix sèche d’une secrétaire de la mairie me demandait de passer au service culturel. Le lundi suivant, à dix-huit heures pétantes, j’étais au garde-à-vous devant le sous-chef de service. La quarantaine tristounette, le crâne dégarni et le visage mangé par une barbe vert-de-gris, il avait une proposition à me faire. J’avais déjà fait quelques photos pour le bulletin municipal et, à ce qu’il disait, mon travail avait été remarqué. Il me proposa de couvrir une rencontre littéraire programmée avec une ville jumelle d’Italie.
La fin septembre me convenait, la rentrée aux Beaux-Arts n’étant prévue que mi-octobre. Et, quatre jours en Italie, tous frais payés, ça se refuse difficilement… Cette proposition tombait du ciel comme un cadeau inespéré de fin de vacances. Je m’étais bien gardée de lui demander pourquoi il avait fait appel à moi. Papa avait été conseiller municipal et, même retiré en province, il gardait de solides amitiés dans la place. J’aimais mieux ne pas savoir si ça avait un rapport. Le piston c’est nul sauf quand on ne sait pas…
La perspective de ce voyage plaça le reste de la soirée sous l’empire d’une excitation jubilatoire, du genre de celle qu’éprouve la ménagère de province quand elle apprend qu’elle a gagné au Millionnaire. Et moi je n’avais même pas eu besoin de gratter ! Depuis un an j’avais acquis une indépendance à laquelle contribuaient discrètement papa et maman. Je préparais les Arts Déco dans une chambre avec kitchenette et salle de bain au dernier étage d’un vieil immeuble de la périphérie de Paris. La baignoire aux formes arrondies et aux pieds en col-de-cygne constituait le clou de ce petit pied-à-terre où je m’étais tout de suite sentie chez moi.
Je me souviens encore avec nostalgie de la tache noire dans le fond, à un endroit où l’émail s’était écaillé. Elle ressemblait à un œil de chat à la pupille dilatée, incrusté pour l’éternité dans le blanc immaculé, qui me regardait sans relâche, observait mon intimité sans jamais se lasser et je me plaisais à croire qu’il aimait mes petits seins, mes jambes fines et mes cheveux frisés. Mais il ne disait jamais rien, forcément. J’y restais des heures, dans une somnolence propice aux rêves les plus doux, flottant entre deux eaux, la porte ouverte pour entendre la musique.
A l’époque, je découvrais les vieilles mélodies des Beatles et je délirais sur les rifs psychédéliques de Dire Straits. John Lennon et Marc Knopfler étaient les compagnons les plus assidus de mes soirées de thalassothérapie à domicile. Ce soir-là, le bain était meilleur que jamais, l’eau brûlante jusqu’au menton, la mousse chatouillant mon nez, je n’avais pas allumé la chaîne hi-fi. La frénésie causée par la nouvelle et la petite musique des souvenirs suffisaient largement à m’occuper l’esprit. Je songeais aux quelques jours que j’avais passés à Florence deux ans auparavant. J’avais quitté le garçon qui m’accompagnait alors. La belle histoire avait tourné court. N’en restait que le souvenir des merveilleux moments à la terrasse des cafés, Place de la Signoria. Je portais encore la bague en or ornée d’une pierre rouge que l’imprudent m’avait achetée dans une bijouterie du Ponte Vecchio.
C’était un compliqué ce Raphaël, il s’introspectait en permanence. Sans arrêt à l’affût de notre amour comme devant une casserole de lait sur le feu. Jaloux au-delà du raisonnable, l’évocation d’un de mes ex le mettait au paroxysme de ses transes. Allergique à des tas de choses, il éternuait pour un oui pour un non et détestait la sauce tomate. Du coup, il ramait pas mal en Italie question bouffe. La découverte de l’existence de la pizza aux pommes de terre fut sa seule vraie joie ostensible du séjour. A Florence ou ailleurs, il restait silencieux des heures durant sans qu’on puisse savoir où il avait mal. Lui-même ne le savait pas. Il finissait par me coller le bourdon à moi aussi. On ne riait pas assez et on baisait trop à mon goût.
Il avait toujours envie. Même après une journée entière de mutisme total, il se métamorphosait en bête sexuelle redoutable dès qu’il se trouvait avec moi dans le voisinage d’un lit ou de quelque chose de ressemblant. Au début, je prenais ça pour des preuves d’amour, comme ses crises de jalousie, et je faisais quelques efforts pour accepter le rythme. Du coup, il avait fini par croire que moi aussi j’étais une obsédée sexuelle. A Florence, il aurait bien passé tous ses après-midis au plumard alors que la Renaissance italienne mourait d’envie de s’offrir à nos yeux.
Le deuxième jour j’avais mis les choses au point. Ça l’avait visiblement déstabilisé et sans la pizza alle patate le pauvre aurait vraiment passé les vacances les plus nulles de sa vie. J’avais rompu au retour, juste avant la psychothérapie, et mon existence était redevenue vivable. Sauf qu’il m’a appelée tous les jours pendant un mois pour que je lui dise ce qui n’allait pas entre nous. Lui dire ce qui allait aurait été plus rapide, mais je n’ai jamais pu être cruelle. Ni avec lui, ni avec personne d’ailleurs. J’avais donc accepté implicitement de rester son amie, chose que je ne tardai pas à regretter amèrement.
Il m’appelait chaque fois qu’il sortait avec une fille, il me demandait mon avis, il me la décrivait, me racontait des choses intimes. Est-ce normal qu’une fille ait des poils noirs sur les aréoles des seins ? Qu’en pensez-vous, vous ? Moi je disais que ce n’était pas grave, et qu’à notre époque on avait fait beaucoup de progrès dans les techniques d’épilation. Il était soulagé mais, quelques jours après, il me téléphonait à nouveau pour me parler d’une autre qui avait des poils frisés sur les fesses. Je lui conseillai de se focaliser sur l’autre face… Tu parles d’un boulet ! Un jour enfin il m’annonça qu’il allait se marier. Il avait trouvé une merveille au duvet de soie qui hurlait comme une folle dès qu’on l’embrassait dans le cou. Je lui ai recommandé de ne pas hésiter un instant. C’était le conseil d’une véritable amie et il eut le bon goût de le suivre. Et moi j’eus enfin la paix. Un faire-part des plus romantiques fut la dernière trace de son existence.
Après lui, j’avais mis mes amours en jachère pendant quelques semaines qui finalement ont duré presque un an. L’homme n’ayant jamais été pour moi une drogue irrépressible, je m’accommodai le mieux du monde de ce célibat librement consenti et évitai comme la peste les occasions non voulues de le rompre. Ainsi je déjouai les pièges grossiers de mes copines toujours prêtes à faire le bonheur des âmes désœuvrées en leur présentant leur petit frère, leur cousin de province ou leur voisin de pupitre. Dans les soirées, je dansais volontiers avec tout le monde mais je ne laissais à personne le soin de me raccompagner. Au cinéma, je prenais bien soin de me trouver entre deux filles, des fois qu’un téméraire ait l’idée de poser sa patte velue sur mon genou. J’eus plein de copains mais aucun n’eut l’audace inutile de vouloir changer de statut. On finit par me prêter un fiancé lointain et mystérieux dont j’attendais sagement le retour d’une guerre improbable. Et je ne fis rien, bien au contraire, pour aller à l’encontre de la rumeur qui me permit de traverser ces quelques mois dans la plus reposante des tranquillités.
Mais la Belle au Bois Dormant allait bientôt se réveiller de son sommeil trop confortable. Un prince charmant n’allait pas tarder à débarquer sur son cheval blanc…
Chapitre 3
C harmant, Bruno l’était au-delà du raisonnable : grand et costaud avec un visage fin et les cheveux blonds bouclés, genre Ken. Vous savez, le mari de Barbie… Il n’aurait pas dépareillé en lunettes noires et anorak fluo jaillissant d’une gerbe de poudreuse fraîche sur un poster à la gloire d’une station de ski ou courbé sur sa planche de surf, tous muscles tétanisés et éclaboussé de gouttelettes, dans le tube le plus terrible d’Hawaï. On ne dira jamais assez les ravages de la pub sur l’imaginaire des jeunes filles. La généralisation du stéréotype était déjà à cette époque la cause principale de la montée des frustrations. Et Bruno, question stéréotypes physiques, caracolait en tête du hit-parade.
Je partageais mes loisirs et quelques-unes de mes nuits avec lui depuis déjà presque un an. On s’était rencontré dans un stage de photographie où il m’avait impressionnée par l’étendue de ses connaissances avant même le commencement des cours. En deux jours, il était devenu la bête noire des instructeurs qui, la plupart du temps, ne savaient pas répondre à ses questions hyper pointues. Pourtant il ne le faisait pas pour se faire remarquer. Sur ce dernier point, son physique suffisait largement à le distinguer de la masse. Non, il voulait simplement tout savoir, progresser au plus vite et pour cela il pinaillait sans cesse.
Il m’avait prise sous son aile pendant le stage, flattant ainsi mon ego de séductrice au chômage technique. Bien que doté d’une plastique exceptionnelle en tous points conforme aux canons conjoncturels de l’éternel masculin, il n’en était pas moins doté d’intérêt, question intellect. Rien à voir avec ces bellâtres qui font gling-gling dès qu’on les secoue un peu. Il avait de la discussion, une certaine épaisseur et une vraie passion. Une passion dévorante qui faisait passer tout le reste au second plan dès qu’on le branchait sur son sujet de prédilection. Et moi, justement, je l’avais rencontré dans un endroit où on ne parlait que de ça d’un bout à l’autre de la journée. Parfois jusqu’à la nausée. On n’avait pas eu de problèmes pour trouver un sujet de conversation. J’étais là pour apprendre et tout le monde sait qu’on écoute plus attentivement quand on a le béguin du professeur.
A force de parler des mêmes choses, de fréquenter les mêmes expos, les mêmes gens et les mêmes bistrots, on avait fini par devenir un peu plus que copains. Beaucoup plus pour tout dire… Avec le recul, je ne pense pas que mon physique ou autre chose ait spontanément fait éclater en lui le fameux éclair du coup de foudre. Ses flashs, il les préparait avec application en fonction de la lumière ambiante, de la distance et de la mobilité du sujet. Quant à savoir s’il souffrait de cette fameuse faiblesse de l’état sentimental, il n’en laissait rien paraître. Mais il ne faut pas toujours chercher à comprendre et, à ce moment-là, ces questions ne m’effleuraient même pas. J’étais heureuse en attendant qu’il me parle d’amour mais, même s’il n’était pas avare en démonstrations de tendresse, il restait des plus prudents dans la déclaration de ses sentiments. Je me disais que l’époque n’était plus au romantisme, que ses chuchotements à mon oreille dans les moments les plus intimes étaient les petits signes d’un réel attachement. Je triais dans ses paroles pour y trouver quelques miettes d’amour ou quelque lueur d’espoir. Mais mon butin restait mince.
Bruno était ce qu’il est convenu d’appeler un fils de bourgeois. Ses parents essayaient désespérément de conserver une petite place dans une aristocratie en état de siège. Depuis mai 68, ils s’accrochaient comme des morpions pour ne pas perdre en quelques années une position que leurs parents et ancêtres avaient mis des siècles à conforter. Mais l’époque n’était pas facile, ils ramaient pas mal. Madame n’avait jamais travaillé par conviction personnelle et Monsieur avait embrassé une carrière militaire qui n’était plus ce qu’elle avait été aux temps glorieux et reculés où la noblesse offrait sans rechigner des héros à la France. Pour conserver leur rang, il leur avait fallu taper très largement dans le patrimoine familial. Ça les rendait nerveux. D’autant que le resserrement des classes et la montée de la société multiraciale et multiculturelle semaient d’autres vers affamés dans le fruit de leur différence. C’est pour que Bruno contribue au ralentissement de l’inexorable chute sociale de la famille qu’ils l’avaient persuadé de s’inscrire en fac de Droit à Assas. Au moins pour qu’il baigne dans un environnement convenable. Mais lui, ça le gonflait grave. Insensible à l’angoisse catégorielle de ses géniteurs, à la limite de l’ingratitude, il rêvait de devenir photographe.
Au premier abord, Bruno n’était pas du genre compliqué. Bien qu’habitant à Neuilly, il aimait le football, les hamburgers, la bière et Johnny Halliday. Evidemment à Assas ça faisait désordre. Dans sa famille aussi, d’ailleurs. Moi j’aimais bien ses goûts simples et sa grande carcasse bien carénée, mais évidemment je n’étais pas née dans le seizième. A Neuilly, ça grinçait des dents de plus en plus, l’héritier n’était pas dans la ligne du parti. On menaçait, on jouait l’intimidation, on parlait de couper les vivres. C’est fou comme les gens de droite sont matérialistes… Un jour, après une discussion violente avec ses parents, lassé de leurs reproches, Bruno avait envisagé la rupture familiale et m’avait demandé s’il pouvait s’installer chez moi. Je ne sais pas pourquoi, j’étais restée évasive. Peut-être aurais-je préféré que cette demande vienne plus du cœur que d’un besoin pratique, peut-être ne me sentais-je pas prête à faciliter une décision qui me semblait extrême… Il n’insista pas.
Parfois le cours de la vie tient à peu de choses, on craint de s’engager, on hésite, on a peur et ce qui pourrait être n’advient pas. Après, les urgences changent, de nouveaux rapports s’établissent et la vie prend une autre direction. On n’a pas vu le carrefour sur le moment et on se rend compte par la suite que toute marche arrière est impossible.
Chapitre 4
« Quel con c’était ce Malraux… ». Après avoir laissé pendant de longues minutes Lisa se pâmer d’admiration sur « l’écrivain engagé, témoin de son siècle », Martine était entrée dans une fureur blanche.
Vous savez ce qu’il a écrit, Malraux ?
Elle resta silencieuse pour nous laisser une chance de trouver la réponse mais, devant notre silence abasourdi, elle poursuivit.
Que « le 21 ème siècle sera religieux ou ne sera pas ». En toute simplicité… Comme si lui, Monsieur Malraux, avait quelque compétence de prophète. Et cette manie qu’il avait d’aller se montrer partout où il y avait la guerre. Comme si la guerre était le cadre idéal pour illustrer la grandeur de l’homme. Moi je pense plutôt que c’est le contraire, la guerre c’est la situation dans laquelle l’homme se montre le plus vil, le plus petit. La guerre rend l’homme dégueulasse et bestial, c’est le champ idéal où prospère la connerie humaine. C’est pour ça que Céline est infiniment supérieur à Malraux. Lui au moins il était réaliste : la guerre il l’a montrée telle qu’elle est !
La rentrée approchait et Lisa stressait comme une folle. Pour la première fois de sa vie elle allait se retrouver de l’autre côté de la barrière. Du côté des profs, avec le redoutable honneur de faire aimer la littérature à des têtes de moins en moins blondes. Elle bûchait dur sur le programme des premières.
Malraux avec l’inévitable Condition humaine était le gros morceau du premier trimestre. Les aventures de Chang et de May m’avaient jadis profondément barbée mais la joute mère fille qui se profilait autour de la table aiguisait diablement ma curiosité.
Lisa argua que Malraux avait contesté la paternité de cette citation, mais Martine n’en démordait pas : elle et Malraux ça ne pourrait jamais coller. Il représentait tout ce qu’elle détestait. Elle avait placé sa vie sous le signe de l’émancipation et avait milité très longtemps au Mouvement de Libération des Femmes. Mai 68 avait été l’apogée de sa vie d’étudiante, de militante, de femme. Les émotions qu’elle avait connues dans ce mois de folie dépassaient tout ce qu’elle avait pu vivre depuis et Malraux, qui sucrait pas mal les fraises à cette époque, en était l’épouvantail.
Elle avait conçu Lisa un soir de manif après un affrontement violent avec les CRS. Pierre, son copain de fac, avait été blessé à la tête, il pissait le sang. Elle l’avait aidé à rentrer chez lui, puis l’avait soigné, puis réconforté, puis… La pilule n’existait pas encore et Pierre n’était pas très expérimenté dans le maniement et le contrôle de son organe reproducteur. Le moment très moyen qu’elle avait passé avec lui allait pourtant demeurer inoubliable. Cette histoire, elle la racontait comme un ancien combattant raconte sa guerre. Elle n’oubliait aucun détail, ni dans les descriptions des charges haineuses des forces de l’ordre, ni dans celles de ses frères de lutte dont la plupart étaient devenus depuis de fidèles serviteurs du système. Envers ceux-là, elle éprouvait un profond mépris. Elle, n’avait jamais renoncé à ses idées et, même si elle avait perdu par la suite pas mal de ses illusions, elle était toujours en lutte contre quelque chose et c’est ça qui la rendait si sympathique.
En février de l’année suivante, Lisa vint au monde. Martine avait entre-temps épousé Pierre à la hâte : l’époque n’était pas encore à l’union libre. Pierre ne fit pas la rentrée suivante. De toutes les façons, il n’avait jamais été très doué pour les études. Il avait trouvé un job pas terrible dans une boîte de pub. Martine jongla pour terminer l’année qui la séparait du CAPES. Dans le même temps elle continuait de militer au sein d’un groupuscule trotskiste, dans la cellule de réflexion sur la place des femmes dans le processus révolutionnaire. Elle y resta encore quelques mois après la naissance de Lisa mais claqua violemment la porte un soir où elle entendit le chef de cellule dire que « la camarade Martine n’était pas assez disponible pour la cause et qu’il fallait choisir entre l’action politique et le pouponnage ». Cet épisode allait accentuer le fossé entre elle et la gent masculine : trois ans plus tard elle prétextait d’une infidélité passagère de Pierre pour divorcer.
Lisa avait trois ans de plus que moi. On avait été voisine pendant une bonne partie de notre enfance et elle était restée ma « meilleure amie » officielle. La seule à qui je ne cachais rien de mes affaires de fille, de mes affaires tout court. On se voyait de temps en temps chez elle ou chez moi, on déjeunait parfois sur le pouce dans un MacDo ou une brasserie. On se racontait les derniers événements de nos vies, les petits détails ou les grands sentiments. On piquait des gros fous rires qui nous consolaient de nos petits problèmes. J’étais un peu sa petite sœur. Entre nous, il n’y avait jamais eu de lézard.
Ce jour-là, nous étions tranquillement attablées autour d’un croque-monsieur à la terrasse ensoleillée d’un café des Champs-Élysées. Lisa était venue avec Martine. Elle restait présente sur le front de la lutte féministe qui, selon elle, s’essoufflait et qu’il fallait sans cesse relancer. Elle ne paraissait pas ses quarante-cinq ans, ni dans son corps, ni dans sa tête. Elle restait complètement en prise avec la jeunesse et ce n’était pas, comme chez certaines femmes qui refusent de vieillir, une attitude calculée. Très nature, jamais maquillée, les cheveux poivre et sel et un habillement toujours très simple sans aucune concession à la mode, elle était encore très baba cool. Mais elle dégageait une beauté certaine, celle des êtres en accord avec eux-mêmes. Elle venait de s’acheter un ordinateur et était devenue une pionnière du web sur lequel elle animait des chats dithyrambiques sur ses thèmes de lutte favoris.
Même si l’oppression masculine restait son thème de prédilection, aucun de nos sujets de discussions ne la laissait indifférente. Les mœurs avaient pas mal évolué en une génération, mais elle restait dans le vent des idées, elle débattait avec nous d’égal à égal sans jamais nous donner de leçons. Parfois, elle était le catalyseur qui faisait exploser le débat sur les questions qui nous tourmentaient, d’autres fois l’élément régulateur qui nous aidait à en relativiser l’importance. Bref, avec Martine et Lisa, on était dans ces moments-là une petite bande de copines sans barrière d’âge.
Mais maman, Céline était antisémite, c’était un salaud…
Lisa, déconcertée par la réaction violente de sa mère, essayait de défendre André le magnifique en rabaissant Louis-Ferdinand le paria. Elle voulait au moins sauver la face et y mettait toute sa science de l’histoire de la littérature fraîchement étudiée.
Salaud peut-être, répliqua Martine toujours aussi remontée, encore qu’il n’ait tué personne, mais lui au moins il avait le courage de ses opinions et surtout il avait du talent. Il a décrit la réalité telle qu’elle est : pitoyable, sans l’habiller d’une grandeur artificielle spécifiquement masculine. La guerre c’est la grande affaire des mâles, leur grande honte, lisez Hannah Arendt vous comprendrez ce que je veux dire. « Le 21 ème siècle sera le siècle de la femme ou il sera comme les autres », voilà la vérité. Et vous, les jeunes femmes, ce siècle vous appartient, à vous d’en faire le siècle du renouveau, celui de la paix. Vous seule le pouvez.
Lisa n’insista pas, elle avait renoncé depuis longtemps à engager le fer avec sa mère, plus affûtée qu’elle dans n’importe quel débat d’idée (on ne passe pas quatre ans chez les cocos sans qu’il en reste une certaine maîtrise de la dialectique) et qui se léchait toujours les babines à l’affût du festin, dès qu’il s’agissait de pourfendre un mâle jugé « fémininement incorrect ». Malraux ennemi des féministes, c’était tout de même un peu fort et lui-même devait se retourner dans sa tombe panthéonesque.
Mais tout de même, il y avait une certaine pertinence dans ce que disait Martine. Un point de vue inédit qui nous laissait pensives. Lisa garda donc le peu d’arguments qui lui restaient au fond de sa gorge et, pour faire bonne mesure, m’adressa un petit clin d’œil discret du genre je laisse tomber mais je n’en pense pas moins. Elle avait toujours eu une sainte horreur du conflit.
Finalement, ce 21 ème siècle des femmes, ça me plaisait bien. Ça faisait résonner quelque chose : l’avenir pouvait aussi m’appartenir, je n’étais pas forcément destinée à connaître le sort de ma mère, restée dans l’ombre de papa, ou celui de Lucette, réduite à écrire des poèmes à l’eau de rose pour avoir l’impression d’exister après une vie exemplaire de mère de famille. Rentrée chez moi après ce morceau d’anthologie du conflit des générations, le téléphone sonna. Justement c’était Lucette, la poétesse. Elle m’annonçait qu’elle était du voyage. La jubilation douce qui avait marqué la fin de mon après-midi retomba d’un cran. Il ne manquait plus que ça. Lucette, cette chère Lucette avec ses petites manières à claques et sa poésie post-romantique tendance double-crème n’allait pas manquer de me coller aux basques pendant le séjour comme un Assurancetourix en tailleur de chez Daxon. Il me faudrait imaginer une stratégie pour sauvegarder un espace de liberté sinon ce serait rapidement un enfer. Bon, j’avais le temps d’y penser…
Elle me donna quelques informations complémentaires. La ville où nous allions était située près des bords de l’Adriatique, pas très loin d’Ancône.
Chapitre 5
M es aventures ferroviaires en Italie m’avaient laissé le souvenir de courses effrénées sur des quais de gare bondés. Attraper un train au pays de Dante nécessitait un niveau athlétique bien au-dessus de la moyenne. Il ne faudrait pas oublier les baskets en cas de changement de train. Mais, en définitive, cette précaution ne fut pas nécessaire. La présence du maire dans la délégation nous valut le privilège de prendre l’avion. Le départ fut fixé au 11 septembre : avion Paris-Bologne, puis deux heures de train pour rejoindre Ancône et ensuite un trajet en voiture.
Le soir, je retrouvai Bruno chez moi. Je lui annonçai mon départ pour l’Italie et il en fit à peine cas. Il se préparait mentalement pour le match de Paris-Saint-Germain du lendemain. Mais il y avait autre chose que mon intuition féminine subodorait. Il cherchait un travail autour de la photographie depuis plus d’un mois pour faire face aux mesures de rétorsion financière annoncées par ses parents pour la rentrée. Ils voulaient le mettre devant ses responsabilités. Il était jaloux, non seulement de me voir partir sans lui mais également de ma réussite à me faire engager, même sans être payée, pour faire des photos.
Parfois il était capricieux Bruno, pas encore adulte, il pouvait me faire la gueule des heures pour une futilité. Dans ces moments-là, il me rappelait Raphaël et je me dépêchais de penser à autre chose. J’aurais voulu qu’il soit plus fort, qu’il soit capable de partager mes succès et mes problèmes, qu’il me conseille et me console parfois. Qu’il me protège. Qu’il soit un homme quoi ! Un vrai. Mais il restait un enfant, un beau poupon qui me plaisait et m’agaçait à la fois. On ne parla donc pas d’Italie, ni de photographie ce soir-là. On alluma la télé, et on se vautra devant une série française à chier. Après on fit l’amour. Ses caresses glissaient sur moi comme dans un mauvais rêve, j’avais la tête ailleurs…
Le jour J arriva enfin. Mes appareils bien rangés dans la mallette spéciale, cadeau de mes parents pour ma réussite au bac ; vingt rouleaux de film de sensibilités diverses ; un flash à éclairage indirect dans l’achat duquel j’avais investi mes dernières économies : j’étais fin prête.

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