La petite fille au ballon rouge
149 pages
Français

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La petite fille au ballon rouge , livre ebook

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Description

Devenue artiste-peintre, Marie a tout fait pour enterrer à jamais une enfance violée et truffée de mensonges. Jusqu'au jour où elle rencontre Godfrey. Elle croit au prince charmant. En réalité, c'est un imposteur de la pire espèce. Marie replonge dans le passé et ramène à la surface des fragments de vérité. De rebondissements en coups de théâtre, les pièces du puzzle petit à petit retrouvent leur place.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 28 septembre 2012
Nombre de lectures 2
EAN13 9782312004877
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0015€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

La petite fille au ballon rouge
Eveline Gaille
La petite fille
au ballon rouge











Les éditions du net 70, quai Dion Bouton 92800 Puteaux
Du même auteur

Une femme inventée
À tire d’elles
Au creux de la main (sur iBooks)














© Les Éditions du Net, 2012 ISBN : 978-2-312-00487-7
Chapitre N° 1
Le pire à venir ?
- Suivez-moi !
Au-dessus de ma tête, l’ordre a claqué.
Il ne faut pas que je bouge d’ici. Surtout pas. Je me visse encore plus serré à mon siège, l’agrippant des deux mains telle une noyée. Mon chemisier à fleurs bleues me colle à la peau. Mais je suis glacée. À bout. Pourvu que ça ne se voie pas.
J’ai pourtant passé la douane sans faute. Les contrôles de sécurité aussi. Puis je me suis, sur une petite chaise en plastique rouge, assise près de la porte d’embarquement qui donne sur le tarmac. Et j’ai, à travers la vitre, gardé les yeux rivés sur l’avion qui allait me ramener à mon existence d’avant. Quand je ne faisais encore que peindre les jolies choses de la vie, couleurs pastelles ou vives, sans trop m’impliquer…
Ça sent l’uniforme, là, à ma droite. Mon corps se met à trembler. Bêtement.
Je déglutis, pousse enfin d’une voix rauque :
- Pardon ?
Histoire de gagner du temps.
Au-dessus de ma tête, la voix répète, à la lettre :
- Suivez-moi !
Mon sixième sens tente de m’avertir de la gravité de la situation. Mais tout m’échappe. Depuis le départ. Depuis que j’ai atterri ici à Dakar dont je n’ai vu que les murs ocre de mon hôtel. Plongée en pleine confusion, je n’allais pas, de surcroît, piquer une tête dans la piscine. Mes journées, cinq en tout, je les ai passées roulée en pelote sur le lit à me retenir de hurler. La peur : sale, bestiale. Qui tord les tripes.
Impossible de m’éterniser ainsi sur pause dans un aéroport qui ne m’est pas familier.
Je me barde de courage. Me redresse. Je lève les yeux et juxtapose mon regard à celui du flic qui se tient là, à ma droite. Noir, imposant, immobile. Prêt à bondir et à m’embarquer. Dans un ultime élan de révolte, je m’affronte : « Et d’abord, suis-je obligée d’obéir ? Si je refuse de coopérer, va-t-il m’emmener de force ? … » Cramponnée à mon siège, la gorge sèche, je cherche une tirade pour ma parade. Désespérément. Ne pas me laisser impressionner. Sinon, je suis foutue. C’est vite vu.
- J’ai un vol à prendre si vous voulez me parler faites-le ici et maintenant je vous écoute, me suis-je entendue déclamer d’une traite, sans point ni virgule, ayant, à la dernière minute, décidé que le Boeing vis-à-vis ne décollerait pas sans moi à bord.
L’homme, impeccable dans son uniforme kaki, a subitement l’air décontenancé. Il doit même se pencher un peu, le visage froissé, pour mieux voir à quel drôle d’oiseau il a affaire. Le regard dur, il me scrute, me transperce. C’est son rôle. Je ne bronche pas. Droite, tête haute, bien que mon cœur saute comme un fou puis oublie de battre son coup. Ce qui, d’ailleurs, lui arrive de plus en plus souvent. Depuis que j’essaye de sauver ma peau. De survivre, je crois.
Puis, comme il craint ainsi penché d’attraper un tour de reins, le policier, avec précaution, se remet droit. Je jette en catimini un œil à la ronde, étonnée tout de même de ne pas apercevoir dans la cohue des voyageurs bariolés le type qui a juré de me talonner jusqu’au bout du monde. Bon sang, mais où se planque-t-il ? Sans prévenir, une vague de nausée m’assaille. Indigestion d’événements trop crus servis les uns sur les autres.
Enfin debout très haut sans un pli, l’homme dans son uniforme me toise. Changeant de tactique, il ne m’ordonne plus de le suivre, mais il veut savoir.
- Connaissez-vous cette personne ?
Il me tend une photo. Regard qui propose et sourire exploité à fond, nez cassé, menton carré. J’ai un haut-le-corps. Le gars que je cherche, ne serait-ce que pour en avoir le cœur net, se trouve là, sous mes yeux.
- C’est mon mari !
Ma réponse cingle. Sans faire exprès. Le passé est encore trop neuf. Pas eu le temps de l’user. Tout est arrivé si vite, presque d’un seul déclic.
- Oui, mon mari, éprouvé-je le besoin de confirmer d’un ton amer.
M’en imprégner par tous les pores, jusqu’au plus profond de mon être. Me blesser. Me punir d’y avoir cru.
- Depuis le dix avril ! tonitrué-je.
Just married .
Et là, sans préavis, ça cale. Un amalgame de colère, dépit, peur, coincé salé dans la gorge. Ma poitrine brûle. Gémir, crier, cogner. Supplier.
À peine une semaine s’était écoulée depuis le jour où on avait écrit noir sur blanc : mari et femme …
Le mois n’était pas même terminé.
Et maintenant ?
Forcée de suivre pour le pire ?
Chapitre N° 2
Avant
Godfrey.
Une rencontre.
Par hasard.
Genève, place Cornavin. Debout sous la pluie l’un près de l’autre, sans rien savoir de nous. Juste un regard. Et son sourire, qui en disait long. Disons, il m’a longuement souri. Nous chassions chacun un taxi et moi, parfaite nunuche de dimanche assoiffée de romance à peine extirpée d’une séance de Pretty Woman au cinéma d’à côté, je me suis mise à prolonger le regard de cet inconnu, tandis qu’un chauffeur empestant l’ail et la transpiration me ramenait au bercail.
Sitôt grimpée chez moi, je me suis ruée dans mon atelier.
Jamais, je ne reverrai cet étranger.
Mais ses yeux m’avaient littéralement happée. À la fois sombres et dorés. Joueurs. Et cet éclat, inattendu, insolite. Aussi intense que fugitif. Il fallait m’en libérer. Je m’obstinais à vouloir transposer sur le papier cette brève lueur que j’avais eu le temps de capter mais pas d’interpréter, juste avant de m’engouffrer dans la voiture. J’espérais que ma mémoire allait me la restituer. M’expliquer aussi cette espèce de malaise que j’avais ressenti, comme avant de fondre, incapable de dire non. Enervée, je labourais de mon crayon les pages que j’arrachais au fur et à mesure de mon bloc. Plus je m’acharnais, moins je parvenais à décrypter cet instant sûrement saisi au flash de mon imagination.
J’ai finalement haussé les épaules, rassemblé les feuillets épars. Je les ai glissés dans le tiroir où je rangeais des ébauches de portraits. Je me suis étirée, j’ai bâillé, d’un coup de pied j’ai refermé le tiroir et je me suis levée.
Tout cela était d’une banalité. Après tout, les regards, c’est fait pour s’échanger. Inutile d’en rajouter. À trop vouloir accrocher l’âme à l’œil, je finissais par tout mélanger.
En passant dans le vestibule, le miroir en pied m’apprend que je suis toujours la même : pas très grande, presque un peu boulotte, vraie blonde tout en boucles et visage parfois angélique à force de naïveté.
Avec un soupir agacé, je m’extrais enfin de mon duffle coat humide et de mes bottes.

Trois jours plus tard, nos chemins à nouveau se sont croisés.
Par hasard ?
Je me promenais au bord de l’eau, il est arrivé comme surgi de nulle part.
- J’aime l’eau, a-t-il dit.
J’ai relevé la tête, je lui ai souri. Grand, large, noir de peau et de manteau. Carrément une minute trente d’éclipse du soleil. Avec intrigue muette subrepticement tissée entre quatre yeux.
Puis, d’un même mouvement, sans épiloguer, nous nous sommes assis sur la berge, près des vagues. Jusqu’à frôler l’écume.
C’était une magnifique après-midi d’hiver. Le soleil rutilait. Et on ne sentait presque pas le froid. J’espérais en douce qu’il entoure ma taille ou mes épaules d’un bras puissant…
Il s’est mis à raconter : là-bas, l’Afrique, Dakar. Son enfance. Ses racines. Un long monologue. Rien ne semblait pouvoir l’arrêter.
Besoin de tout de suite planter le décor ?
Je l’écoutais, l’oreille basse, les yeux au fond du lac.
Qu’est-ce que je foutais là avec ce bonhomme bien plus âgé que moi en train d’évoquer une tranche de sa vie franchement périmée ?
Il aurait pu s’

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