La princesse de Clèves
97 pages
Français

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La princesse de Clèves , livre ebook

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Description

La Princesse de Clèves est un roman publié anonymement par Marie-Madeleine de La Fayette en 1678. Cette oeuvre est considérée comme le premier roman moderne de la littérature française.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 30 août 2011
Nombre de lectures 1 149
EAN13 9782820606129
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0011€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

La princesse de Cl ves
Madame de La Fayette
1678
Collection « Les classiques YouScribe »
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ISBN 978-2-8206-0612-9
Le Libraire au Lecteur

Quelque approbation qu'ait eu cette Histoire dans les lecturesqu'on en a faites, l'Auteur n'a pû se resoudre à se déclarer, il acraint que son nom ne diminuât le succès de son Livre. Il sait parexpérience, que l'on condamne quelquefois les Ouvrages sur lamédiocre opinion qu'on a de l'Auteur, et il sait aussi que laréputation de l'Auteur donne souvent du prix aux Ouvrages. Ildemeure donc dans l'obscurité où il est, pour laisser les jugementsplus libres & plus équitables, & il se montrera néanmoinssi cette Histoire est aussi agréable au Public que je l'espère.
Partie 1
La magnificence et la galanterie n'ont jamais paru en Franceavec tant d'éclat que dans les dernières années du règne de Henrisecond. Ce prince était galant, bien fait et amoureux; quoique sapassion pour Diane de Poitiers, duchesse de Valentinois, eûtcommencé il y avait plus de vingt ans, elle n'en était pas moinsviolente, et il n'en donnait pas des témoignages moinséclatants.
Comme il réussissait admirablement dans tous les exercices ducorps, il en faisait une de ses plus grandes occupations. C'étaienttous les jours des parties de chasse et de paume, des ballets, descourses de bagues, ou de semblables divertissements; les couleurset les chiffres de madame de Valentinois paraissaient partout, etelle paraissait elle-même avec tous les ajustements que pouvaitavoir mademoiselle de La Marck, sa petite-fille, qui était alors àmarier. La présence de la reine autorisait la sienne. Cetteprincesse était belle, quoiqu'elle eût passé la première jeunesse;elle aimait la grandeur, la magnificence et les plaisirs. Le roil'avait épousée lorsqu'il était encore duc d'Orléans, et qu'ilavait pour aîné le dauphin, qui mourut à Tournon, prince que sanaissance et ses grandes qualités destinaient à remplir dignementla place du roi François premier, son père.
L'humeur ambitieuse de la reine lui faisait trouver une grandedouceur à régner; il semblait qu'elle souffrît sans peinel'attachement du roi pour la duchesse de Valentinois, et elle n'entémoignait aucune jalousie; mais elle avait une si profondedissimulation, qu'il était difficile de juger de ses sentiments, etla politique l'obligeait d'approcher cette duchesse de sa personne,afin d'en approcher aussi le roi. Ce prince aimait le commerce desfemmes, même de celles dont il n'était pas amoureux: il demeuraittous les jours chez la reine à l'heure du cercle, où tout ce qu'ily avait de plus beau et de mieux fait, de l'un et de l'autre sexe,ne manquait pas de se trouver. Jamais cour n'a eu tant de bellespersonnes et d'hommes admirablement bien faits; et il semblait quela nature eût pris plaisir à placer ce qu'elle donne de plus beau,dans les plus grandes princesses et dans les plus grands princes.Madame Élisabeth de France, qui fut depuis reine d'Espagne,commençait à faire paraître un esprit surprenant et cetteincomparable beauté qui lui a été si funeste. Marie Stuart, reined'Écosse, qui venait d'épouser monsieur le dauphin, et qu'onappelait la reine Dauphine, était une personne parfaite pourl'esprit et pour le corps: elle avait été élevée à la cour deFrance, elle en avait pris toute la politesse, et elle était néeavec tant de dispositions pour toutes les belles choses, que,malgré sa grande jeunesse, elle les aimait et s'y connaissait mieuxque personne. La reine, sa belle-mère, et Madame, sœur du roi,aimaient aussi les vers, la comédie et la musique. Le goût que leroi François premier avait eu pour la poésie et pour les lettresrégnait encore en France; et le roi son fils aimant les exercicesdu corps, tous les plaisirs étaient à la cour. Mais ce qui rendaitcette cour belle et majestueuse était le nombre infini de princeset de grands seigneurs d'un mérite extraordinaire. Ceux que je vaisnommer étaient, en des manières différentes, l'ornement etl'admiration de leur siècle.
Le roi de Navarre attirait le respect de tout le monde par lagrandeur de son rang et par celle qui paraissait en sa personne. Ilexcellait dans la guerre, et le duc de Guise lui donnait uneémulation qui l'avait porté plusieurs fois à quitter sa place degénéral, pour aller combattre auprès de lui comme un simple soldat,dans les lieux les plus périlleux. Il est vrai aussi que ce ducavait donné des marques d'une valeur si admirable et avait eu de siheureux succès, qu'il n'y avait point de grand capitaine qui ne dûtle regarder avec envie. Sa valeur était soutenue de toutes lesautres grandes qualités: il avait un esprit vaste et profond, uneâme noble et élevée, et une égale capacité pour la guerre et pourles affaires. Le cardinal de Lorraine, son frère, était né avec uneambition démesurée, avec un esprit vif et une éloquence admirable,et il avait acquis une science profonde, dont il se servait pour serendre considérable en défendant la religion catholique quicommençait d'être attaquée. Le chevalier de Guise, que l'on appeladepuis le grand prieur, était un prince aimé de tout le monde, bienfait, plein d'esprit, plein d'adresse, et d'une valeur célèbre partoute l'Europe. Le prince de Condé, dans un petit corps peufavorisé de la nature, avait une âme grande et hautaine, et unesprit qui le rendait aimable aux yeux même des plus belles femmes.Le duc de Nevers, dont la vie était glorieuse par la guerre et parles grands emplois qu'il avait eus, quoique dans un âge un peuavancé, faisait les délices de la cour. Il avait trois filsparfaitement bien faits: le second, qu'on appelait le prince deClèves, était digne de soutenir la gloire de son nom; il étaitbrave et magnifique, et il avait une prudence qui ne se trouveguère avec la jeunesse. Le vidame de Chartres, descendu de cetteancienne maison de Vendôme, dont les princes du sang n'ont pointdédaigné de porter le nom, était également distingué dans la guerreet dans la galanterie. Il était beau, de bonne mine, vaillant,hardi, libéral; toutes ces bonnes qualités étaient vives etéclatantes; enfin, il était seul digne d'être comparé au duc deNemours, si quelqu'un lui eût pu être comparable. Mais ce princeétait un chef-d'œuvre de la nature; ce qu'il avait de moinsadmirable était d'être l'homme du monde le mieux fait et le plusbeau. Ce qui le mettait au-dessus des autres était une valeurincomparable, et un agrément dans son esprit, dans son visage etdans ses actions, que l'on n'a jamais vu qu'à lui seul; il avait unenjouement qui plaisait également aux hommes et aux femmes, uneadresse extraordinaire dans tous ses exercices, une manière des'habiller qui était toujours suivie de tout le monde, sans pouvoirêtre imitée, et enfin, un air dans toute sa personne, qui faisaitqu'on ne pouvait regarder que lui dans tous les lieux où ilparaissait. Il n'y avait aucune dame dans la cour, dont la gloiren'eût été flattée de le voir attaché à elle; peu de celles à qui ils'était attaché se pouvaient vanter de lui avoir résisté, et mêmeplusieurs à qui il n'avait point témoigné de passion n'avaient paslaissé d'en avoir pour lui. Il avait tant de douceur et tant dedisposition à la galanterie, qu'il ne pouvait refuser quelquessoins à celles qui tâchaient de lui plaire: ainsi il avaitplusieurs maîtresses, mais il était difficile de deviner cellequ'il aimait véritablement. Il allait souvent chez la reinedauphine; la beauté de cette princesse, sa douceur, le soin qu'elleavait de plaire à tout le monde, et l'estime particulière qu'elletémoignait à ce prince, avaient souvent donné lieu de croire qu'illevait les yeux jusqu'à elle. Messieurs de Guise, dont elle étaitnièce, avaient beaucoup augmenté leur crédit et leur considérationpar son mariage; leur ambition les faisait aspirer à s'égaler auxprinces du sang, et à partager le pouvoir du connétable deMontmorency. Le roi se reposait sur lui de la plus grande partie dugouvernement des affaires, et traitait le duc de Guise et lemaréchal de Saint-André comme ses favoris. Mais ceux que la faveurou les affaires approchaient de sa personne ne s'y pouvaientmaintenir qu'en se soumettant à la duchesse de Valentinois; etquoiqu'elle n'eût plus de jeunesse ni de beauté, elle le gouvernaitavec un empire si absolu, que l'on peut dire qu'elle étaitmaîtresse de sa personne et de l'État.
Le roi avait toujours

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