Le Bal des Psychopathes
97 pages
Français

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Le Bal des Psychopathes , livre ebook

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Description

Chris, brillante chirurgienne, se retrouve perdue au beau milieu de nulle part lorsque son rendez-vous clandestin avec son amant tourne au cauchemar. Une rencontre malheureuse, au détour d’une route, va changer le cours de son existence à tout jamais.Séquestrée dans le sous-sol d’un chalet, elle subira les sévices physiques et psychologiques de ses bourreaux, trois êtres pervers échappés d’un asile qui n’auront de cesse de la tourmenter, se délectant des souffrances infligées à la jeune femme.Elle devra chercher au plus profond d’elle-même la force de lutter et de s’en sortir coûte que coûte. Alors s’engagera un combat inégal avec ses tortionnaires qui ne pourra avoir qu’une seule issue. Mais le chemin qu’elle empruntera vers la liberté sera-t-il le bon ? Ne se perdra-t-elle pas dans tous ces faux-semblants ?

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 10 mai 2021
Nombre de lectures 7
EAN13 9791093167930
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0345€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Le Bal des
psychopathes
 
 
 
Tous droits réservés
©Estelas Éditions
11590 Cuxac d’Aude France
 
estelas.editions@gmail.com
www.JaimeLaLecture.fr
www.estelaseditions.com
 
ISBN : 9791093167947
« Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon, aux termes des articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. »
 
 
Gabriel C.
 
 
 
 
 
 
 
 
Le Bal des
psychopathes
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 
 
 
Table des matières
Table des matières
Personnages
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21
Chapitre 22
Chapitre 23
Chapitre 24
Chapitre 25
Chapitre 26
Chapitre 27
Chapitre 28
Chapitre 29
Chapitre 30
Remerciements
NOS TITRES
NEWSLETTER

 
 
 
Personnages
 
Le personnage principal
Chris , brillante chirurgienne, égocentrique et égoïste.
 
Les psychopathes
Papa , obsédé sexuel, violeur, un peu simple d'esprit contrôlé par Maman.
Bébé Sam , retardé mental affublé d'une maladie dégénérative.
Maman , travesti et chef du trio. Psychopathe très intelligent, il aime voir souffrir les autres.
 
Autres personnages
David , amant actuel de Chris
Fred , époux dévoué qui ferme les yeux.
Mara , fille de Chris et de Fred.
Maureen , amie et collègue de Chris.
Docteur Henriet , collègue de Chris
Sonck et Sacré, inspecteurs de police
L'homme en voiture , propose son aide.
Et Maïa , le chat
 
 
 
À ma mère
 
 
 
 
 
Chapitre 1
 
 
 
La nuit était déjà bien avancée lorsque Chris se rendit compte qu’elle était complètement et irrémédiablement perdue. Autour d’elle, la brume et l’obscurité étendaient leurs tentacules funestes sur le sol en partie gelé. Elle se sentait piégée dans ce petit habitacle fait de tôles et de verre. Le fait de se dire qu’elle avait certainement emprunté un mauvais chemin lui serrait le cœur. Elle en aurait presque pleuré.
Mais elle refusait de céder à la panique. C’était une femme d’action et non de sentiments. Elle avait toujours avancé dans la vie sans écouter ses émotions. Se laisser envahir par la peur n’aurait en rien arrangé les choses, cela les aurait indubitablement aggravées et elle en était consciente. Il fallait qu’elle agisse méthodiquement, comme dans son boulot, comme dans sa vie tout court.
Elle se gara sur le bas-côté de la petite route bordée d’arbres sans feuilles. Ces mastodontes dépourvus de verdure ressemblaient à des colosses au garde à vous.
Elle prit le temps d’analyser la situation dans ses moindres détails.
Elle se retrouvait seule dans une région qu’elle ne connaissait absolument pas. Tout ce qu’elle voyait était une route sinueuse perdue au beau milieu de nulle part. Le crépuscule avait cédé la place aux ténèbres, et la seule chose qu’elle pouvait distinguer était ses phares qui éclairaient timidement la route. Il n’y avait pas de lune, cachée par les nuages, pour donner un contour même vague aux formes qui l’entouraient. Elle devait se l’avouer, elle avait réussi à se paumer et en beauté. Elle pesta contre elle-même. Comment avait-elle pu en arriver là ?
Elle n’avait aucun moyen de joindre qui que ce soit. Avant de partir, elle avait pris soin de ne pas prendre son portable. Si quelqu’un tentait de la joindre, la jeune femme pourrait se justifier en prétextant avoir oublié par inadvertance son téléphone. La situation de ces derniers temps l’avait obligée à prendre beaucoup plus de précautions. Chris n’avait dit à personne où elle se rendait.
Hormis David, son amant, la Terre entière ignorait où se trouvait la célèbre chirurgienne qu’elle était.
En repensant à l’homme qu’elle était censée retrouver, elle se demanda s’il allait s’inquiéter. Pourtant tout avait été prévu, en tout cas ce qui avait pu l’être. Il lui avait expliqué à maintes reprises où se trouvait le chalet au bord du lac. Il lui avait même indiqué des repères visuels pour s’orienter. Mais voilà, la pénombre était tombée bien plus vite qu’elle ne l’aurait cru. De plus, ils avaient tout organisé dans l’urgence, ce qui ne lui ressemblait absolument pas.
L’appartement en ville qu’ils utilisaient pour leurs rendez-vous clandestins était devenu beaucoup trop dangereux. Fred commençait à avoir des soupçons et il était hors de question de détruire son mariage juste pour une histoire de sexe.
La suspicion de son mari les avait obligés à être encore plus discrets. Les deux amants avaient dû limiter leurs rencontres. Il ne s’agissait pas d’amour entre eux, il fallait rester clair. C’était juste charnel. Elle avait toujours eu un appétit démesuré pour la baise et son époux ne lui suffisait pas. Elle avait pensé qu’à la naissance de sa fille, les choses se calmeraient un peu mais pas du tout. Au contraire, il lui avait fallu encore plus d’amants différents. Elle s’était souvent demandé si elle avait un problème psychologique ou si c’était la peur de ne plus plaire. Quoi qu’il en soit, elle avait rencontré David et depuis quelques mois, tout était parfait.
Des croassements, elle sursauta. En levant les yeux vers les arbres, elle crut deviner des formes encore plus sombres. Des corbeaux, probablement. Les oiseaux s’envolèrent dans le ciel aussi sinistre qu’eux, emplissant celui-ci d’un voile obscur.
 
 
 
Chapitre 2
 
 
 
Chris reprit le fil de ses pensées. Elle avait fait la connaissance de David dans un bar de la ville. La jeune femme ainsi que deux de ses collègues avaient décidé de prendre un verre pour fêter le succès d’une opération délicate.
En entrant dans l’établissement, elle avait vu les regards concupiscents des hommes attablés au comptoir, elle faisait toujours cet effet-là. Ce n’était pas un pur hasard si elle avait tant d’amants. Elle était indubitablement belle, même plus, elle était sublime. D’une beauté qui faisait perdre la tête à tous ces mâles gorgés de testostérone.
Elle leur avait jeté un regard dédaigneux jusqu’à ce qu’elle tombe sur le visage de David.
Pourtant, elle n’était pas en chasse. Elle avait une liaison avec un homme marié qui avait énormément de qualités dont celle de ne pas vouloir quitter son épouse. Ce qui lui convenait parfaitement. Et malgré cela, elle ne pouvait s’empêcher de regarder dans toutes les directions tel un chasseur.
Elle l’avait désiré immédiatement. Elle planta ses compagnons pour plonger directement sur sa proie. Elle l’avait accosté avec effronterie ce qui n’avait pas déplu à son interlocuteur. Elle s’était assise à côté de lui et avait entamé la conversation comme s’ils étaient de vieilles connaissances. Il ne leur avait pas fallu très longtemps pour se sentir à leur aise.
Il travaillait comme agent immobilier et gagnait très bien sa vie. Il habitait dans un immeuble chic de la ville où le prix du loyer était exorbitant pour la plupart du commun des mortels. Il n’était pas célibataire et cela tombait bien, elle ne l’était pas non plus. Ils avaient beaucoup de points communs, dont celui d’avoir un appétit sexuel insatiable. Il lui plaisait vraiment beaucoup, elle appréciait ses traits fins, son corps sculpté et son sens de l’humour décalé. De fil en aiguille, ils s’étaient retrouvés dans la chambre d’hôtel de David à faire l’amour comme des bêtes.
Dès cet instant, elle avait su qu’elle ferait un bout de chemin avec cet homme. Elle retrouvait l’insouciance de ses vingt ans dans les bras de son beau ténébreux. Et insouciante, elle l’avait été, en effet, sans se préoccuper de son mari.
Jusqu’au jour, où elle avait surpris Fred fouiller dans son téléphone, chercher dans son agenda, lui sonner à l’improviste et l’observer à la dérobée. En y réfléchissant bien, elle avait remarqué depuis un certain temps, un type la suivre lors de ses rendez-vous. Elle n’y avait pas prêté attention jusqu’au moment où l’attitude de son époux avait changé. Le doute n’était plus permis. Son conjoint avait des soupçons la concernant.
Il avait fallu aviser et dans l’urgence. Ils ne devaient plus se voir en ville. Les deux amants devaient être discrets, à la limite transparents.
C’était David qui avait trouvé l’endroit. Étant agent immobilier, il connaissait beaucoup de monde et surtout beaucoup de lieux où pouvoir s’ébattre en toute discrétion. Et pour le coup, il n’avait pas fait les choses à moitié. Il leur avait dégoté une petite maison au bord d’un lac. Vu la saison, ils ne seraient pas dérangés par le voisinage et très peu de chances que quelqu’un la suive aussi loin.
La petite voiture de son amie n’était pas équipée d’un GPS. Elle aurait pourtant dû y penser lorsqu’elle avait laissé son Audi hors de prix dans le garage de Maureen et qu’elle avait emprunté son vieux tacot. Au début, cela avait été une bonne idée. Elle passerait inaperçue et personne ne pourrait la suivre. Pourtant en y réfléchissant plus attentivement, il lui aurait suffi de prendre le vieux navigateur qu’ils avaient à la maison. Celui qu’elle avait offert à Fred des années plus tôt avant qu’il ne change de voiture et ne s’en serve plus. Mais elle avait été tellement pressée de partir qu’elle avait été distraite. Ce qui la mettait d’autant plus en colère.
Elle tenta de se rappeler le chemin que son amant lui avait expliqué à maintes reprises. À présent, elle se demandait si elle ne s’était pas trompée. Elle n’aurait pas dû prendre à gauche à la bifurcation mais plutôt à droite. Elle jeta un œil à l’heure, il était plus de vingt heures. Elle pesta contre elle-même. Cela faisait presque trois heures qu’elle roulait et tout ce qu’elle voyait autour d’elle, c’était une immensité vide, menaçante même.
La jeune femme pensa un instant rebrousser chemin mais lorsqu’elle regarda le réservoir d’essence, elle se rendit compte qu’il ne lui restait plus qu’un quart et encore. Mais comment avait-elle pu être aussi désinvolte ? Quelle imbécile, elle était ! Elle n’avait rien vérifié. Elle était partie à l’aventure comme une gamine de quinze ans.
Elle descendit de la voiture. Des volutes de fumée s’échappèrent de sa bouche, il faisait un froid glacial. Elle ne portait qu’une veste légère et frissonna à plusieurs reprises. Elle se dirigea vers le coffre et sortit, de sa petite valise, un gros pull en laine bien plus chaud que ce qu’elle portait.
Elle regarda encore une fois son sac de voyage avant de refermer le coffre et se remémora l’histoire qu’elle avait inventée pour pouvoir faire sa petite escapade.
Elle avait expliqué à Fred qu’un colloque se tenait dans une ville voisine. Il y serait présenté des exposés sur la médecine et les nouvelles avancées sur les opérations du cerveau, ce qui était sa spécialité. Devant son air dubitatif, elle lui avait proposé de prendre contact avec sa collègue Maureen, qui avait été mise dans la confidence, mais il s’abstint pour des raisons obscures que la jeune femme n’avait pas compris. Ensuite, il lui avait trouvé des excuses aussi futiles les unes que les autres. Tout un week-end sans elle, comment allait-il faire avec Mara ? Il devait absolument se rendre au boulot le samedi matin et leur fille était trop jeune pour rester seule. Il lui rappela que Mara avait besoin de sa mère, elle ne la voyait presque jamais. Et ainsi de suite. Il avait tenté de jouer sur la corde maternelle, sans y parvenir. Être mère n’avait jamais été une priorité pour la jeune femme et son mari le savait.
Et puis, il s’était ravisé. Il avait trouvé une solution pour la gamine. Il trouvait que ce serait bien pour elle de rencontrer d’autres confrères. Et lui, en profiterait pour se plonger dans ses dossiers qui attendaient depuis bien trop longtemps sur un coin de son bureau et passer du temps avec leur fille. Elle pourrait profiter de leur enfant lorsqu’elle serait de retour.
Tout allait pour le mieux. Son époux n’avait pas été trop curieux, ce qui l’avait un peu surprise. Elle savait qu’elle était en probation, comme un condamné qui évite la prison, un pas de travers et son mari déchaînerait son armada d’avocats pour la détruire.
En y repensant, elle se dit qu’il avait cédé très facilement. Peut-être un peu trop d’ailleurs.
Elle regarda la route dans tous les sens. L’aurait-il suivie ? Non, elle cédait à la paranoïa. Sans doute sa situation actuelle ne faisait qu’exacerber ses craintes.
Elle se dirigeait vers le côté conducteur lorsqu’elle entendit un bruit au loin. En tendant l’oreille, elle reconnut un moteur. Une voiture se rapprochait. Était-ce David qui était venu à sa rencontre ? Ou bien son mari qui l’avait traquée ?
 
 
 
 
 
Chapitre 3
 
 
 
Chris se rendit surtout compte qu’elle était vulnérable hors de l’auto sur une route déserte à mille lieues de toute civilisation.
Elle se précipita dans son véhicule et verrouilla les portes. Elle tenta de se calmer et de respirer plus doucement. Elle chercha un objet dans la boîte à gants susceptible de lui servir comme arme au cas où elle serait en mauvaise posture ou même quelque chose sur un des sièges. Mais il n’y avait rien dans l’habitacle qui pouvait faire l’affaire.
La voiture qui avançait sur la route sinueuse ralentit. En regardant dans son rétroviseur, elle vit qu’il s’agissait d’un petit modèle sport, pas le genre de David ni de son mari.
Lorsqu’elle se retrouva à son niveau, le conducteur stoppa le moteur et ouvrit sa vitre du côté passager pour entamer la conversation.
C’était un homme d’une quarantaine d’années assez distingué à première vue. Pourtant, quelque chose dans son visage dérangeait Chris. Ce devait être son regard, un regard fuyant, sournois même. Elle s’en méfia d’emblée. Il la dévisagea un bon moment et ensuite lui dit :
— Vous avez des problèmes, Madame ?
— Non, je crois que je me suis trompée de chemin. Je ne reconnais pas la route.
Elle n’osait lui dire qu’elle était complètement perdue. Elle préférait rester prudente.
— Vous allez où ?
La jeune femme se sentait de plus en plus mal à l’aise. Il était hors de question pour elle de donner l’adresse de la maison du lac. D’un autre côté, elle voulait se sortir de ce merdier.
— Écoutez, mon mari doit me rejoindre sur cette route. À mon avis, il ne doit pas être très loin. Auriez-vous l’amabilité de me prêter votre portable pour que je puisse l’appeler ?
— Désolé, mais je n’ai pas de téléphone sur moi. Je crois que je l’ai oublié.
Il était en train de se foutre d’elle. Qui n’avait pas son GSM sur lui de nos jours ? À cette question, une petite voix ironique lui répondit, toi par exemple .
Elle se mordit la lèvre inférieure pour ne pas hurler de rage.
Le type semblait s’impatienter. Il lui proposa de le suivre jusqu’en ville où elle pourrait contacter son mec. Elle n’aima pas son ton insistant ni son vocabulaire. Il ne s’agissait pas de son mec mais de son mari et elle le lui avait bien dit.
Elle déclina son offre. Le type ne lui inspirait aucune confiance.
Il haussa les épaules, la fixa de son regard dérangeant, remonta la vitre de sa voiture et partit en trombe. Chris souffla, il fallait qu’elle continue son chemin. Elle allait très certainement retrouver la route qui la mènerait à destination. Elle ne voulait surtout pas tomber de nouveau sur ce type ou un autre encore plus flippant.
Il ne lui restait plus beaucoup d’essence et elle était toujours sur cette maudite route qui semblait ne plus finir. Avec l’obscurité croissante, il était fort probable qu’elle ait loupé un panneau ou une indication.
Elle se décida enfin à tourner la clé de contact. Elle continua sa route. Le stress la gagnait de minute en minute. Mais où était ce fichu chemin ? Elle avait l’impression d’avoir franchi une limite et s’être retrouvée dans la quatrième dimension. Le paysage était immuable et elle aurait juré qu’elle tournait en rond depuis des heures. Ce qui était impossible bien évidemment.
La panique commençait à la gagner. Il était désormais presque vingt-trois heures, et elle ne savait toujours pas où elle se trouvait. Elle espérait vraiment rencontrer quelqu’un et pria même pour retrouver l’abruti de tout à l’heure. C’était dire à quel point elle était désespérée.
Une lueur d’espoir apparut sous la forme d’un petit chemin qui se trouvait sur sa droite.
Chris se dit qu’il devait bien mener quelque part et avec un peu de chance, elle tomberait sur un chalet habité même si elle n’avait pas beaucoup d’espoir. En cette période de l’année, les vacanciers ne se bousculaient pas, surtout dans ce genre d’endroit.
Elle ne doutait pas qu’en été, le lieu devait grouiller de citadins venus se dépayser, profiter du grand air et jouer au bord du lac. Mais en hiver, ce devait être une tout autre histoire.
Elle roula un bon moment sur le petit sentier et aperçut au loin une habitation. La lune était toujours cachée et on ne voyait pas à un mètre. Mais les contours du chalet se détachaient du décor assez nettement. Un espoir naquit en elle. Elle allait pouvoir se sortir de là.
La jeune femme se gara au bout de la petite allée chaotique. Dans la pénombre, il était difficile de distinguer correctement la demeure. En tout cas, à première vue, elle ne semblait pas habitée. Peut-être qu’en inspectant les alentours, elle allait trouver un véhicule ou une forme de vie. Elle descendit de la voiture et fit le tour de la maison.
Il s’agissait d’un vieux chalet pas très bien entretenu. Si elle n’avait pas été aux abois, elle ne se serait certainement pas arrêtée là. L’endroit dégageait une sensation malsaine, lugubre. Même si elle n’était pas facilement impressionnable, elle hésita une fraction de seconde, mais un coup d’œil à la jauge du réservoir la ramena à la réalité. Elle n’avait pas le choix, elle devait trouver de l’aide. Elle pria intérieurement pour qu’il y ait quelqu’un à l’intérieur. Elle faillit hurler de joie lorsqu’elle remarqua une faible lueur émanant d’une des fenêtres latérales. Elle s’approcha pour en être sûre. Les vitres étaient si sales qu’elle crut qu’elle avait rêvé. Personne ne pouvait se trouver dans cet endroit. Non, c’était son imagination qui lui jouait des tours. Pourtant, en frottant le carreau souillé, le doute ne fut plus permis. Il y avait de la lumière.
Elle se précipita à l’avant et frappa à la porte avec l’énergie du désespoir en demandant de l’aide. Elle attendit ce qu’il lui sembla une éternité. Elle était transit de froid et mourait de sommeil.
La porte s’ouvrit très lentement et que de quelques centimètres, elle ne put donc distinguer avec précision la personne qui était derrière celle-ci. Certainement quelqu’un de très méfiant. Quoi de plus normal après tout ? Elle débarquait à une heure incongrue chez de parfaits étrangers dans un coin oublié de tous.
— J’peux vous aider ma p’tite dame ?
— Oui, je crois que je me suis perdue. Auriez-vous un téléphone à me prêter pour que je puisse prévenir mon époux ? Il ne doit pas être loin.
— Bien sûr. Entrez pour vous réchauffer. Faudrait pas attraper la mort par ce temps-là, ma p’tite dame.
Chris sourit intérieurement. Qui utilisait encore cette vieille expression ? Ma p’tite dame ! Cela faisait très paternel, très vieille époque presque désuet. Mais étrangement, cette petite phrase la mettait à l’aise, lui inspirait confiance. Elle accepta l’invitation avec gratitude.
L’homme qui lui avait ouvert la porte était entre deux âges. Il n’était pas très grand, un peu plus petit qu’elle et pas très costaud. On pouvait même le qualifier de chétif. Il ne semblait pas non plus déborder d’intelligence mais Chris se reprit. Comment pouvait-elle juger un inconnu qui avait eu la bonté de lui venir en aide ? Elle rougit intérieurement.
Il était habillé de vêtements démodés, dépassés, d’un autre âge, comme son langage. Sa calvitie prononcée ainsi que sa posture voûtée lui donnaient l’air encore plus vieux.
Elle pénétra dans ce qui semblait être un petit salon tout de pourpre et de brun. Les lambris aux murs ainsi que sur le sol accentuaient l’effet chalet. Les vieux tableaux et les trophées de chasse suspendus aux murs donnaient un air vieillot presque vintage à la pièce. Elle était meublée néanmoins avec goût, même si les meubles semblaient avoir vécu plusieurs vies. Un peu à l’image de leur propriétaire.
L’ameublement faisait petit cocoon. La chaleur de la pièce invitait à la somnolence et la faible clarté intensifiait cet effet. Il émanait de cet endroit une idée de temps passé, d’une vie d’une autre époque.
La lueur qu’elle avait vue venait d’une vieille lampe à huile placée sur une table basse recouverte d’un napperon fait au crochet. Un peu plus loin, presque en retrait, Chris remarqua une femme assise sur une chaise à bascule en face d’une cheminée éteinte. Un instant, elle se demanda pourquoi ne pas avoir allumé un feu par ce froid. Quant à la personne qui se trouvait près de l’âtre, elle lui tournait le dos et ne fit aucun geste prouvant qu’elle l’avait entendue ou ne fusse que sentie.
Elle était sur le point d’engager la conversation avec elle lorsque l’homme revint avec un portable. Il avait remarqué le mouvement qu’elle avait fait vers la dame assise sur son rocking-chair.
— C’est mon épouse. Je crois qu’elle s’est assoupie.
— Oh, oui bien sûr. Il est très tard et je suis navrée des désagréments que cela vous occasionne.
Chris ne fut pas sûre que l’homme avait compris ses paroles car il ne sembla pas relever. Il se contenta de lui tendre le téléphone.
Elle était sur le point de le prendre lorsqu’elle entendit un bruit à l’étage. Ils relevèrent tous les deux la tête vers le plafond. Elle interrogea l’homme du regard et cette fois-ci, il sembla la comprendre.
— Ne vous inquiétez pas. Nous avons un fils. Il a du mal à s’endormir et comme il est très nerveux…
Il ne continua pas sa phrase mais la jeune femme comprenait. Ce n’était pas toujours facile les enfants.
Elle sourit à l’homme et attrapa l’objet qu’il lui tendait.
Chris était soulagée. C’était la première fois qu’elle avait eu autant besoin de ce satané téléphone et enfin, elle l’avait entre ses mains. Tout allait s’arranger. Elle avait de la chance d’être tombée sur une personne aussi serviable.
Lorsqu’elle voulut composer le numéro de David, elle fut surprise. Le téléphone était éteint. Elle était sur le point de rappeler le propriétaire qui s’éloignait en lui tournant le dos lorsqu’elle entendit la chaise à bascule grincer. Elle se retourna et eut le temps de se dire que la femme de la maison était vraiment très grande et très large.
Elle ne vit pas le coup arriver mais sentit une douleur vive et intense au niveau de la tempe droite. Elle s’écroula sur le sol et juste avant de sombrer dans l’inconscience, entendit l’épouse parler. Elle avait vraiment une voix très rauque presque masculine. Puis, ce fut le trou noir. Les ténèbres avaient englouti dans leur toile arachnéenne la jeune femme.
 
 
 
 
 
Chapitre 4
 
 
 
Elle avait froid, très froid. Elle frissonnait. Sans ouvrir les yeux, elle interpella David.
— Mon amour, je suis glacée. Pourrais-tu remettre une bûche dans l’âtre ?
Pas de réponse. Pourquoi son amant ne lui répondait-il pas ? Et pourquoi se sentait-elle si inconfortablement installée ?
La mémoire lui revint comme un boomerang arrivant à toute vitesse en pleine face. La route sombre, le chalet lugubre, le petit homme avenant et souriant, la femme retournée qui avait l’air immense. Le coup à la tempe. Le noir total.
Instinctivement, elle porta la main au côté droit de son visage. Une matière chaude et visqueuse entre ses doigts, du sang certainement. Elle avait dû se blesser en tombant sur le sol. À moins qu’on ne l’eût frappée avec un objet assez lourd.
Elle s’obligea à ouvrir les yeux. La pièce était plongée dans l’obscurité. La seule source de lumière, était le halo que faisaient les flammes dans la chaudière. Une vieille chaudière au bois, comme on n’en faisait plus. Les morceaux de bois se consumaient lentement. Ils distillaient une lueur faible et la chaleur qui s’en dégageait était encore plus infime.
Sous ses mains, le sol était froid et rugueux, certainement du ciment ou quelque chose dans ce style. Il était jonché de journaux dont la plupart étaient tellement mouillés qu’ils tombaient en lambeaux. Ils sentaient la décomposition et l’humidité.
La jeune femme attendit que sa vision fasse le point dans cette pénombre. Elle put ainsi distinguer les éléments qui composaient la lugubre salle. Outre la chaudière, Chris vit un matelas posé à même le sol, elle se tenait d’ailleurs à côté. En s’en rapprochant, elle remarqua qu’il empestait le renfermé et le moisi. Elle eut des haut-le-cœur en le soulevant légèrement et en y trouvant des centaines de blattes qui s’enfuirent dans tous les sens et qui la frôlèrent de très près. Sur ce lit de fortune, se trouvait une vieille couverture mitée, qui elle aussi, dégageait une odeur nauséabonde et qui accueillait certainement une multitude d’insectes. Elle la jeta le plus loin possible et s’essuya les mains sur son pantalon.
En tournant la tête, elle s’aperçut qu’elle était prise de vertiges. Ce salopard lui avait certainement causé une légère commotion. Elle devait se ménager un certain temps. Encore une chance que l’endroit n’était pas très éclairé, elle éviterait ainsi le mal de tête.
Un peu plus loin dans la pièce, elle remarqua un récipient bas. À quoi pouvait-il servir ?
Quelques caisses étaient éparpillées un peu partout. Des vieilles caisses, pour la plupart complètement éventrées, ce qui procurait une impression de déménagement précipité ou plutôt d’un sous-sol à l’abandon. Oui, elle devait être dans un sous-sol. Une cave, peut-être ? Une vieille cave dont on ne se servait plus depuis longtemps.
À part cela, elle ne vit rien d’autre. Son champ de vision était limité par l’obscurité ainsi que par la position dans laquelle elle se trouvait.
Mais son ouïe était encore excellente. Elle l’entendit et très distinctement. Elle avait perçu des petits bruits, qu’elle avait identifiés comme étant des miaulements.
Dans cet enfer où elle était prisonnière, elle avait un compagnon d’infortune. C’était un chat, elle en était certaine. Elle appela l’animal et regarda partout autour d’elle.
Elle le sentit plus qu’elle ne le vit. Il vint se lover entre ses jambes recroquevillées. Elle voulut le caresser et sentit le poids de quelque chose sur son poignet.
Un bracelet ? Non, en y regardant de plus près, ce n’était pas cela. Elle vit une menotte reliée à une grosse chaîne en métal rivée au mur du fond. Elle tira dessus mais son entrave était vraiment solide. Elle se leva et tenta de partir, malheureusement ses liens l’en empêchèrent. Ils l’avaient enchaînée comme un vulgaire animal. Elle était prise au piège, incapable de s’enfuir. Elle paniqua. Elle voulait absolument se sortir de cette situation.
Elle tenta d’éclaircir ses idées et de ne pas céder à la panique. Elle avait appris cette technique en exerçant son métier. Toujours avoir les idées claires et ne pas s’affoler. Elle devait faire le point sur sa situation et définir les moyens de s’en sortir.
La jeune femme resta assise par terre et se concentra. Le chat restait auprès d’elle et ronronnait de plaisir.
Elle se trouvait dans une situation difficile mais pas désespérée. En tout cas, elle tenta de s’en persuader.
Personne ne savait où elle se trouvait actuellement. Fred pensait qu’elle était à un colloque à plusieurs centaines de kilomètres et Maureen n’avait pas posé de questions sur son lieu de rendez-vous. Nous étions vendredi soir ou peut-être samedi matin et si son mari devait s’inquiéter de son absence, ce ne serait pas avant le dimanche soir. Même constat pour sa meilleure amie. Quant à David, il pourrait penser qu’elle avait changé d’avis au dernier moment et n’oserait pas l’appeler. De ce côté-là, c’était mort.
L’homme rencontré sur son chemin ? Il ne la connaissait absolument pas. Il ne se souviendrait probablement plus d’elle d’ici quelques heures. Elle ne pouvait pas non plus compter là-dessus.
Elle tenta de se souvenir si elle avait rencontré d’autres personnes durant son voyage. Mais non, elle avait emprunté une route déserte, dans un coin encore plus désolé. Et de toute façon, elle s’était arrangée pour passer inaperçue.
En fait, elle était livrée à elle-même et ne devait pas attendre de l’aide venant de l’extérieur.
À cette évidence, son cœur s’emballa, elle hyperventila. Elle allait s’évanouir ou céder à la panique. Elle tenta de maîtriser ses émotions. Mais elle était submergée par la peur, elle n’allait jamais pouvoir s’en sortir. Elle se mit à pleurer. Elle fut prise de soubresauts et un torrent se déversa sur son visage. Elle avait peur, très peur. Une frayeur qu’elle n’avait encore jamais connue. Elle voulut céder au désespoir, se coucher et attendre. Mais attendre quoi ?
Non, elle devait se reprendre. Elle pouvait trouver une solution, elle en était capable.
 
 
 
 
 
Chapitre 5
 
 
 
Chris entendit des pas. Une démarche lente presque nonchalante. Oui, quelqu’un descendait un escalier quelque part pas très loin. Le bruit se rapprocha et elle vit l’homme avec lequel elle avait parlé plus tôt dans la soirée.
Il tenait dans une main sa valise et de l’autre une lampe à huile. Était-ce la même que celle qu’elle avait aperçue sur la petite table du salon ? Elle n’en avait aucune idée.
Il resta planté devant elle sans un mot, le visage éclairé par la faible lumière que dégageait sa lampe. Elle put voir le regard vide, un peu stupide de celui qu’elle avait considéré comme son sauveur quelques heures plus tôt. Après quelques minutes qui semblèrent interminables pour la jeune femme, il dit de sa voix traînante :
— J’ai trouvé ça dans le coffre, ma p’tite dame.
Il lui mit pratiquement sous le nez son petit bagage et attendit.
Elle ne savait pas quoi répondre. Elle cherchait désespérément quelque chose à dire mais tout avait pris une tournure tellement démente qu’elle était bloquée, paralysée. La situation devenait surréaliste.
— Je vous en prie, détachez-moi, s’il vous plaît.
Aucune réaction.
— Je ne comprends pas ce que vous me voulez. Je voudrais simplement partir.
Toujours rien. Il semblait ne pas comprendre ce qu’elle lui disait. Il avait l’air éteint, déconnecté en quelque sorte.
Finalement, l’homme ouvrit la bouche pour dire quelque chose mais il n’en eut pas le temps. Une voix à l’étage se fit entendre.
— Papa, j’ai besoin de toi.
Chris reconnaissait cette voix. C’était celle qu’elle avait entendue avant de s’évanouir. La voix de la femme. Et le doute n’était plus permis, il s’agissait bien d’un homme. Elle en était persuadée.
Le dénommé Papa se détourna d’elle et s’éloigna lentement vers l’escalier qui restait invisible aux yeux de la jeune femme. Elle suivit du regard l’homme qui disparut dans un recoin sombre de la pièce et l’entendit gravir les marches.
Elle voulut le rappeler, lui parler, entamer la conversation mais elle revit ses yeux éteints, son regard perdu et la jeune femme y renonça.
Elle se rendit compte qu’il ne lui avait pas laissé sa valise. De toute façon, qu’aurait-elle pu en faire ?
Sa valise.
Elle se remémora les préparatifs avant le départ.
Pour être sûre que Fred n’ait aucun soupçon, elle avait fait son bagage devant lui intentionnellement. Elle y avait mis deux pulls, deux pantalons, un pyjama élimé ainsi que quelques sous-vêtements très simples. Son nécessaire de toilette complétait cette garde-robe sommaire.
Par contre, ce que son mari ne savait pas, c’était qu’elle avait auparavant retiré durant plusieurs jours une petite somme d’argent qui était devenue conséquente.
Durant des journées, elle avait arpenté les rues de la ville à la recherche de boutiques spécialisées pour être la plus désirable possible. Elle était rentrée dans chacune d’elles pour essayer les tenues les plus affriolantes qu’elle puisse trouver. Elle voulait être plus que désirable, elle voulait que David devienne fou en la voyant dans un déshabillé sexy. Elle avait réussi à en dégoter quelques-uns qui auraient pu faire fondre un iceberg.
Elle les avait cachés dans son coffre, sous le tapis. Lorsqu’elle s’était arrêtée sur une aire de repos, elle avait replacé ses dessous dans sa petite valise. Cela l’avait fait rire car elle en avait acheté une quantité énorme rien que pour deux jours. Il y avait trois nuisettes dont une complètement transparente, une guêpière, des strings, et bien d’autres choses.
La panoplie complète pour passer un week-end de fou.
Et à présent, à quoi lui servirait tout cela ? Elle avait gâché son énergie à faire les boutiques, à cacher tout à son époux, plutôt qu’à être prévoyante et anticiper ce maudit voyage.
Elle tira de rage sur ses liens en se maudissant. Le chat vint se frotter contre elle. Elle le prit dans ses bras et le serra. Le contact de l’animal chaud sur sa peau lui fit du bien. Tout compte fait, elle n’était pas seule dans cette situation. Elle tenta de le détailler un peu plus. Quitte à rester avec lui, autant qu’elle sache à quoi il ressemblait. Mais il faisait vraiment trop obscur. Tout ce qu’elle savait était qu’il s’agissait d’un gros chat, certainement d’une couleur foncée mais laquelle, elle n’aurait pu le dire. N’y avait-il pas un dicton qui disait que la nuit, tous les chats sont gris ? Eh bien, le sien serait gris, elle en avait décidé ainsi.
 
 
 
 
 
Chapitre 6
 
 
 
Elle dut s’endormir car lorsqu’elle émergea, elle vit qu’il faisait moins sombre dans la pièce. Il devait certainement y avoir une fenêtre ou une fente quelque part qui laissait passer les rayons du soleil. Elle se leva et fit le tour de la cave. Son champ d’action n’était pas très large, la chaîne qui la rattachait au mur devait faire un peu plus d’un mètre. Elle ne trouva rien d’intéressant.
Elle se dirigea vers le mur. Un crochet reliait ses liens à un bloc. Elle tira dessus mais il était bien scellé. Elle longea le mur pour trouver une aspérité ou un défaut mais il n’y avait rien.
Peut-être pouvait-elle dénicher une arme de fortune en fouillant un peu ? Mais elle n’en eut pas le temps. Quelqu’un descendait les escaliers. Elle reconnut le pas lent et traînant de Papa.
Elle s’assit par terre et croisa les jambes.

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