Le journal de Georges
76 pages
Français
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Le journal de Georges

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
76 pages
Français

Description

Livre illustré sur "la différence"  Je m'appelle Georges. J'avais jamais écrit de journal avant. Je savais pas ce que c'était un journal qu'on écrit. C'est mon copain Franz qui a vu ça à la télé. Il m'a tout expliqué mon copain Franz. Je l'ai écrit dans ma petite chambre sous les toits, avec un joli stylo noir, parce que j'aime bien les stylos noirs avec leur encre toute noire comme la nuit. Je l'ai écrit que la nuit. Parce que la nuit, je dors pas.  Je regarde la lune, et j'écoute les histoires. Et puis les étoiles aussi, qui sont toutes seules comme moi dans le ciel. Elles savent bien , elles, tout ce que j'ai écrit, elles ont tout vu. Mon copain Franz, lui, il l'a pas encore lu mon journal. Peut-être qu'il le lira un jour. Comme Mlle Rose... L’auteur : Né à Paris en 1962. Enfance à Epinay sur Seine dans le 93. Après des études de géographie physique à Jussieu, devient insituteur en 1986 en s'installant en Touraine. Puis instituteur spécialisé auprès d'enfants en difficulté scolaire. Ecrit depuis l'adolescence, peint depuis 2001, et passe des heures en forêt, un appareil photo en bandoulière, depuis l'âge de 18 ans...

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 février 2013
Nombre de lectures 4
EAN13 9782359624090
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Le journal de Georges Pierre Cousin Le journal de Georges
Collection Hors cadre ISBN : 9782359624090 ISSN : 2106-4342 Dépôt légal mars 2013 ©Éditions Ex Aequo 2013. Toute reproduction même pa rtielle interdite. Éditions Ex Aequo 6 rue des Sybilles – 88370 Plombières les bains www.editions-exaequo.fr www.exaequoblog.
Merci à Babette, Caroline et Paul, pour avoir supporté mes « absences ». « Si tu estimes que je me conduis comme une folle, peut-être n’as-tu rien à m’envier sur l’article de la folie ! » Sophocle Antigone Avertissement: Chers lecteurs, vous comprendrez vite que malgré et grâce à la poésie qui s’épanouit dans la tête de Georges, Il est « différent ». Il ne dit ni n’écrit les choses comme vous et moi, son regard est autre ; il l’est aussi parfois dans son orthographe.
Je m’appelle Georges. Tous les matins je vais chercher mon pain chez ma boulangère. Je dis ma boulangère comme si je l’avais fabriquée de mes propres mains avec une bonne pâte. Mais je crois que je l’aurais pas faite aussi jolie avec ses grands yeux tout bleus qu’on dirait le ciel. Je lui dis : « Bonjour Madame la boulangère ! » Alors elle fait un grand sourire comme un enfant ma boulangère. Et puis je lui
dis : « Je voudrais un pain pas trop cuit et non moulé s’il vous plait. » Je dis toujours s’il vous plait, je trouve ça normal, j’aime pas les gens qui sont pas polis, c’est comme si leur bouche était qu’un égout plein de vilains mots sales. Des fois sa main touche ma main à moi quand elle me tend le pain pas trop cuit et non moulé et des petits frissons galopent tout le long de mon bras. Parfois même, je fais exprès de mettre mes doigts sur ses doigts à elle. Elle baisse ses paupières et elle me dit : « Oh pardon Monsieur Georges ! » J’aime bien quand elle m’appelle Monsieur Georges. Avant je savais pas son petit nom de boulangère, alors je disais : « C’est pas grave Madame la boulangère. » et je pensais « Madame la boulangère que je trouve si jolie! » Une fois je lui ai demandé son petit nom, j’ai osé tout rouge jusqu’aux oreilles je suis sûr. Elle m’a répondu : « Rose ». Rose. Je crois que je pouvais pas rêver mieux. Alors maintenant quand elle me dit : « Oh pardon Monsieur Georges ! », je lui réponds : « C’est pas grave Mademoiselle Rose ! » Et je prends ma monnaie, toujours de la main droite car mon pain pas trop cuit et non moulé est toujours dans ma main gauche et je sors en criant bien fort pour que tout le monde entende : « Bonne journée mesdames messieurs ! » même quand il n’y a pas de messieurs. De toute façon, la politesse n’a pas d’yeux, mais seulement des oreilles.  Tous les jeudis à 9h00 je vais à l’hôpital voir le docteur Mr Maurice. C’est lui le chef. On se connaît depuis longtemps. Je sais même plus, j’ai pas compté, toutes ces années qui filent comme les courants d’air à travers les longs couloirs. Je les connais bien ces longs couloirs, très longs, très très longs avec toutes ces portes à droite et à gauche. Moi c’était la troisième porte à gauche, juste en face de Grégoire, troisième porte à droite. Je l’aimais bien Grégoire, il était gentil, même s’il était triste.
« Qui avez-vous encore enterré aujourd’hui ? » lui disait Rodolphe l’infirmier pour le taquiner. Rodolphe on l’appelait l’Ours tellement il avait de poils de barbe noirs qui lui poussaient de partout, on voyait à peine la bouche perdue au milieu de tous ces poils. Il me faisait rire Rodolphe, toujours une blague à lancer comme une peau de banane au milieu du couloir. On rigolait bien avec lui. Ça
faisait passer le temps et quand on rentrait dans notre chambre on repensait à ses blagues et on rigolait encore. Lui, Grégoire, il rigolait jamais, juste parfois un petit sourire qui lui pinçait les lèvres comme s’il s’était mordu. Son cœur pouvait plus rire à Grégoire. Un chagrin d’amour. Il paraît que c’est terrible un chagrin d’amour, pire que la mort. Moi je sais pas j’ai jamais connu ça. Il était très amoureux Grégoire, faut croire, amoureux comme un fou. Il paraît qu’elle était aussi belle que le Soleil et que la Lune réunis. Ça devait être quelque chose quand même ! Et qu’il aimait tout chez elle, sa façon de parler, de marcher, de couper le pain, de mettre ses chaussures, il aimait tout, tout tout tout. Il paraît qu’il pouvait rester des heures à la regarder sans jamais s’ennuyer. Moi je sais pas si je pourrais. Des heures quand même ! Et puis un jour elle a plus voulu de lui. Comme ça, un matin, au petit déjeuner entre deux tartines de confiture, elle lui a dit c’est fini Grégoire je ne t’aime plus. Et il a dû partir avec ses deux valises, ses chaussons et son oreiller. Maintenant il est mort Grégoire. Peut-être que c’est mieux pour lui. « Il ne souffrira plus ! » a dit le docteur Mr Maurice. Quand je retourne à l’hôpital tous les jeudis à 9h00 en passant devant la gendarmerie, je pense à Grégoire et mon cœur se serre un peu, juste un petit peu comme s’il était pris dans un petit étau d’un établi. C’était un bon copain Grégoire. Quand je suis parti de l’hôpital, il m’a pris la main et il m’a dit : « Sois prudent Georges, bonne chance ! ». Je sais pas pourquoi il m’a dit ça. J’ai toujours été prudent moi. C’est pas comme certains qui traversent la rue n’importe où alors qu’il y a des voitures qui roulent dans les deux sens. Moi j’attends que le feu soit rouge et que le petit bonhomme soit vert. Je suis prudent moi. J’ai toujours été prudent. Je descends jamais les escaliers sans avoir bien serré mes lacets de chaussure. Mon voisin, lui, Louis, il met des bottes en cuir, c’est encore plus prudent. Mais moi j’aime pas les bottes en cuir. Je préfère mes chaussures à lacets. J’aime bien faire mes lacets. Quand j’achète
des chaussures neuves je passe des journées entières à refaire mes lacets. Des fois mon copain Franz me dit « Pourquoi tu refais encore ton lacet Georges, il était même pas défait ? » « Il me l’a demandé ! » que je lui dis. Alors il regarde mon lacet, et il me regarde comme si j’avais avalé une souris. « T’es vraiment fou ! » qu’il me dit. Ça me fait rire et rien que pour l’embêter et aussi parce que ça me fait plaisir, je refais encore mon lacet et l’autre aussi, y ‘a pas de raison ! Moi, à Grégoire, je lui ai pas souhaité bonne chance. Et il est parti dans la Mort avec son chagrin d’amour sur le cœur. « Qu’est-ce que ça devient un chagrin d’amour quand on est mort ? » j’ai demandé au docteur Mr Maurice. « C’est une drôle de question ça Georges ! qu’il m’a répondu. Je n’en sais fichtrement rien ! » Alors si le docteur Mr Maurice sait pas, comment je pourrais savoir moi Georges ? Peut-être que les anges le prennent entre leurs ailes et le consolent. Peut-être… Le mercredi je vais à la grande bibliothèque de mon quartier. J’y reste tout l’après-midi. C’est celle que je préfère, à cause de l’odeur. Une odeur de vieilles choses qu’on frotte avec de la pommade exprès qui fait briller, une pommade rien que pour les vieux bois qu’on trouve dans les vieilles bibliothèques. Moi quand je rentre dans la grande bibliothèque je respire un grand coup en fermant les yeux, et quand je sors je respire encore un grand coup pour emporter cette bonne odeur avec moi. Je demande toujours le même livre, un grand livre sur la forêt avec des grands dessins d’arbres avec toutes leurs écorces et toutes leurs feuilles. Je caresse doucement leurs troncs à tous ces arbres du grand livre. Ils sont comme les arbres de la forêt de mon oncle et ma tante. J’aime bien aussi faire tout le tour des feuilles, suivre leurs longs chemins aux feuilles. Il y en a parfois de très compliqués, ça monte ça descend ça tournicote on dirait des grands huits, j’en ai
presque mal au cœur, mais je recommence quand même. A la fin de l’après-midi je suis très fatigué d’avoir tant marché avec mes doigts, que ça doit leur user un petit peu la semelle. Heureusement ils ont une semaine toute entière pour que ça repousse. Parce que la semelle des doigts, ça repousse, c’est pas comme les semelles des chaussures. Pour pas les user il faudrait marcher sur les mains. Mais moi j’ai jamais réussi. Je suis pas un acrobate de cirque. Les acrobates de cirque, c’est sûr, ils ont pas besoin de se racheter des chaussures ou d’aller chez le cordonnier, peut-être même qu’ils mettent que des chaussettes, quand il fait froid ? Moi je mets toujours des chaussettes, même quand il fait chaud. J’aime pas marcher les pieds tout nus dans mes chaussures, j’ai peur qu’elles me mangent les pieds. Quand j’ai dit ça à mon copain Franz il m’a dit que j’étais vraiment bête, qu’on n’avait jamais vu une chaussure manger un pied, et que de toute façon elles ne pourraient pas, elles n’avaient pas de dents ! C’est vrai qu’elles ont pas de dents. J’ai regardé. Mais quand même, je préfère mettre des chaussettes, on sait jamais. Les poules ça n’a pas de dents non plus, et pourtant ça mange bien les feuilles de salade ! Tous les jours j’attends l’arrivée du soir avec impatience, c’est pas que j’ai sommeil, je dors très peu, j’aime pas dormir. Non, c’est à cause de la musique de mon petit voisin d’en face, il joue du saxophone. Alors j’ouvre ma petite fenêtre, j’approche ma chaise en bois de pin vernis près de la fenêtre, et je m’assois sur ma chaise en bois de pin vernis. Et j’écoute. C’est très beau. Les notes montent vers les toits, par deux, par trois, par colliers entiers, parfois une seule note reste longtemps dans les airs comme une bulle de savon avant d’éclater. Mon voisin Louis m’a dit que mon petit voisin d’en face jouait du jazz. Moi je sais pas reconnaître la musique mais je me rappelle des morceaux. Je me dis tiens ça il l’a déjà joué hier ou la semaine dernière, ah ça c’est un nouveau morceau je l’ai jamais entendu. Mes préférés c’est les morceaux lents et doux comme des larmes qui couleraient tout doucement à l’intérieur du cœur. Ça me fait drôle dans la poitrine,
ça me serre un peu. Je me sens triste et heureux à la fois, parfois même j’ai presque envie de pleurer, pourtant je suis content d’écouter sa musique. « C’est une musique mélancolique ! » m’a dit mon copain Franz. Peut-être. Moi je sais pas ce que ça veut dire mélancolique. C’est pas grave, je l’aime bien en tout cas cette musique mélancolique, elle me fait du bien à l’intérieur de mon corps, peut-être même qu’elle berce mon cœur. Je sais pas c’est difficile de savoir ce qui se passe derrière notre peau, toute cette vie qu’on voit pas et qu’on comprend pas, c’est comme un autre monde et pourtant c’est nous. Des fois ça me fait drôle j’imagine qu’il y a des monstres qui vivent à l’intérieur de moi, des tas de bêtes étranges et plein de petits bonhommes et je me dis que quand j’ai mal c’est peut-être qu’ils se font la guerre là dedans. Des fois je me réveille en sursaut tout mouillé parce que j’ai rêvé qu’une nouvelle bête était entrée dans mon corps et commençait à manger tout ce qu’elle trouvait. C’est pour ça que j’aime pas dormir, il peut se passer tellement de choses quand on dort, on peut pas surveiller, on dort. Je préférerais dormir éveillé et j’essaie bien mais à chaque fois mes paupières tombent comme des couvercles de casseroles , et ça rate pas, je m’endors. J’ai même essayé de dormir éveillé sur ma chaise en bois de pin vernis, mais je me suis endormi aussi, et je suis tombé sur le parquet ciré. Après j’avais une bosse sur le front. On aurait dit un œuf de pigeon. « Ben qu’est-ce qui t’ai arrivé ? » m’a demandé mon copain Franz le lendemain. « J ‘ai dormi ! » je lui ai répondu. « Tu dors trop ! » qu’il m’a dit. « Je sais ! » je lui ai répondu. J’aime la Nuit. Toutes ses lumières comme des petits yeux de chat. La Nuit me fait pas peu , elle. Je la regarde, je l’écoute, tous ses bruits qui se répondent de rue en rue. C’est chaque nuit une nouvelle histoire, un nouveau mystère qu’il faut essayer de comprendre. Un chien qui aboie, une voiture de pompier qui fait
  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents