(Le) Passeur de rivages
70 pages
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(Le) Passeur de rivages , livre ebook

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Description

Saurez-vous saisir dans cette course au cœur battant, un instant de lecture ou de toute une vie le passeur de rivages...


Que reste-t-il des hommes quand le monde que vous connaissez a disparu ? En quelques secondes, tout avait été liquéfié. Aussi soudainement que l’eau était apparue, elle retourna s’infiltrer au tréfonds de la terre absorbant l’eau d’un bain tel un siphon, le monde connu n’existait plus, ils avaient été effacés. Plus aucune trace n’apparaissait, aucune empreinte de ce banquet, des jardins de ces gens, de ce lieu de la Belle Époque. Je regardai au loin et tout autour. Tout était calme et le vent faiblissait peu à peu, ralentissant le lieu. Mais tout paraissait au fond quelque peu différent...


Une épopée profondément humaine et initiatique sur l’adaptation au cœur de la nature. Comment survivre à la perte et l’effacement ? Comment la perte dans son processus de reconquête devient noblesse ; et quand la rencontre de l’autre devient un nouveau rivage à la découverte de son propre passeur.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 1
EAN13 9782381536996
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0052€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Le Passeur de Rivages La Montagne du Grand Changement

 
La SAS 2C4L — NOMBRE7, ainsi que tous les prestataires de production participant à la réalisation de cet ouvrage ne sauraient être tenus pour responsables de quelque manière que ce soit, du contenu en général, de la portée du contenu du texte, ni de la teneur de certains propos en particulier, contenus dans cet ouvrage ni dans quelque ouvrage qu’ils produisent à la demande et pour le compte d’un auteur ou d’un éditeur tiers, qui en endosse la pleine et entière responsabilité

Nicolas Bonnafous
Le Passeur de Rivages La Montagne du Grand Changement


 
À Marcelo Carpaneto, passeur de rivages…
Les livres disparaissent,
 
le monde dissout le papier
et avec eux la bibliothèque du monde.
 
Les œuvres restent logées au cœur de l’Homme. 
 
Et nous cherchons éperdument en elles
l’essence collective de nos civilisations.
 
 
1
« Il y a des lieux qui vous possèdent dès le premier contact, vous leur appartenez, et vous avez beau imaginer toutes sortes de fuites ou d’échappatoires, vous êtes déjà à la rue de votre propre demeure… »
 
 
 
Le sud-ouest de la France… OUI ! C’est une excellente idée, d’accord !
— Ravi que ça vous plaise ! Je m’occupe de la réservation. Nous logerons dans un village isolé, avec une piscine bleu végétal, une grande terrasse, entourés de verdure au cœur de la garrigue… Je vous envoie le lien et les photos à tous. Bises ! À plus !
— Ciao ! (Bip de déconnexion de Skype.)
La maison , c’est très important, c’est plus important que le pays, la situation géographique, ou les commodités. C’est le « lieu enveloppant », l’endroit protecteur idéal, le domaine familial rêvé, celui qui donne des espaces de vie commune et des refuges plus intimes, au retrait d’un kiosque de jardin où chacun peut se retrouver en solitude avec la nature à soi…
La porte en bois massif s’ouvrait sur un grand salon, le parquet foncé et l’odeur ambrée de la cire donnaient à ce lieu l’atmosphère sophistiquée de la Belle Époque ; la maison vous saisissait, vous lui apparteniez comme les habitants du passé y naquirent.
Il est des lieux plus forts que les âmes, des lieux qui élèvent la matière et l’esprit. Une immense bibliothèque aux tendres canapés logés dans le fond de la pièce, cachée à la vue première, offrait un cocon de savoir. Une « cabane » d’enfant condensant le meilleur que l’homme ait su assembler. L’endroit où les étoffes et les écrits vous portent la connaissance d’une esthète incarnée et d’une quiétude avec vue sur horizon : sur le jardin et ses nymphéas. Une humanité sans cesse relevée qui pense, transmet et passe, un Lascaux sous la voûte du chœur.
Cette année, notre maison se situait au milieu de la garrigue, dans un petit bourg isolé du sud de la France, aux multiples volets fermés les trois quarts de l’année, résidences secondaires ou locations Airbnb, fleurissent et s’ouvrent dès les beaux jours venus. Ce village en terrasses étagées à flanc de roche donnait l’impression d’un amas de boîtes collées les unes aux autres. De pierres blanches aux éclats ciselés, illuminées par quelques champs vert clair, aplats de couleurs triangulaires stylisés, par lesquels Nicolas de Staël serait venu en paysagiste sublimer l’espace de prismes purs. Ces quelques touches colorées offraient une légère respiration à cette massive composition.
La maison en pierre de taille rustique, élevée sur trois niveaux, s’ouvrait sur la rue, son entrée abritée par un porche de lauze affaissé où s’incline enlacée, une immense glycine, du pas de la porte aux fenêtres des étages . On l’atteignait à pied seulement, par un étroit chemin de gravier noir brillant, reflétant la lumière, une ligne légèrement montante aux éclats scintillants, de jour comme de nuit. Ce parement d’émeraudes vous guidait comme se déploie une voie lactée. La chaleur de la journée, s’évaporant la nuit, vous enveloppait d’une atmosphère épaisse et sécurisante qui vous portait au sommeil profond de la nature luxuriante.
Un grincement métallique me fit lever les yeux. Une ancienne poulie se balançait sous le toit du troisième niveau, de celles qu’on appelle chèvres, cabras , en occitan, qui permettaient de hisser à l’abri des intempéries bottes de foin, cabouls 11 , tresses d’ail et d’oignons. Ce dernier niveau était souvent nommé séchoir : la maturation du temps se concentrant offrait aux hommes le suc de l’été à la période hivernale.
Côté jardin, tournée vers l’intérieur de la campagne, s’étendait une immense terrasse couronnée d’une pergola en fer forgé déformée par les lourdes guirlandes mauves : la glycine entourait la totalité de la maison ; et de son tronc à la croissance noueuse, elle semblait la tenir dans ses bras. Q uelques légers rayons de soleil obliques la traversaient, rythmant le chant des cigales et le bourdonnement des abeilles. Ces notes venues d’un orgue céleste, où seuls la beauté, l’élévation, le rythme et l’équilibre viennent déployer la partition de la nature.
 
Les premiers dieux, là, dans ce lieu, soufflaient une perfection d’ordre anarchique, entre chocs et impulsion…
 
 
2
La nature est le premier nom de dieu,
et les mots suivants demeurent épuisés.
 
 
À l’aplomb de l’été chez nos voisins culminant à cinq cents mètres, une immense fête se déroule, un vrai banquet : de la musique, mêlée aux cris et aux éclats de rire, vient se répandre en échos jusqu’à notre terrasse, où nous prenons tranquillement notre repas dominical, le premier du séjour.
Flottant sur cette foule en mouvement telle une mer lourde et débordante, des plats gargantuesques circulent à bout de bras. Haut dans le ciel et dominant la foule, des boucliers de Brennus, ceux que soulève glorieusement la meilleure équipe de rugby française. Ludus pro patria , « Des jeux pour la patrie » ; un jour de gloire…
Des cochons à la broche, des cuisses de dindes énormes et huileuses à souhait scintillent comme un vernis. Plusieurs centaines de personnes en pleine lumière sous l’amplitude solaire, debout à sauter sur les remparts du jardin. À leurs pieds, les chiens rongeant les os.
Cela dépeignait une scène irréelle, il m’apparaissait Les Noces de Cana  ! Ce gigantesque tableau de Véronèse s’animait devant mes yeux. Commandé en 1562 par le couvent vénitien des bénédictins de San Giorgio Maggiore, grand de près de sept mètres sur dix. Une surface de quelque soixante-dix mètres carrés accrochée au mur du Louvre, face à La Joconde , dont je connais chaque détail : l’eau changée en vin, les deux chiens du premier plan, le premier rongeant un os, symbole de fidélité, le regard en chassé-croisé opposé du deuxième chien, comme pris de frivolité. Et, au centre du tableau, ancré, le regard du Christ, droit et lucide, associé à la douceur du regard d’une mère qui pressent l’imminent et inévitable péril de son fils.
Le voilà, le putain de réel ! Avec sa tragique beauté en pendentif.
Nous sommes des Gaulois, mais aussi des Romains, des Grecs, et toutes ces routes croisées d’échanges et de frictions qui fondent aussi une nation, des nations ; un peuple, des peuples, une civilisation, enivrants jusqu’à plus soif, un ADN sous-jacent d’ignorance, violent et d’instinct, un Dionysos 22 amnésique au lendemain de fête ; et c’est tant mieux.
Le ciel s’assombrit, de lourds nuages anthracite déclinaient leurs nuances, et une lenteur m’apparut retenir toute la scène, un silence décomposant chaque mouvement absorbait tout mon esprit…
Le monde réel basculait étrangement dans une lumière intense, de ces lumières teintées de bleu qui viennent avant l’orage prophétique foncer le ciel d’une présence mystique.

 
 
3
La Terre avalait la terre et toutes constructions, donnant un cycle aux civilisations
jusqu’à l’ignorance d’un lent mouvement du

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