Le Procès de l Europe
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Le Procès de l'Europe , livre ebook

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Description

L’Europe se trouve aujourd’hui en position d’accusée, souvent par les Européens eux-mêmes, du fait de sa prétention à l’universalité, de sa supériorité proclamée et de son arrogance intellectuelle. Qu’elle n’ait pas toujours été fidèle à ses principes, lors de la colonisation des autres peuples, ne met pourtant pas en cause sa légitimité. La critique de l’Europe n’est en effet possible qu’à l’aide des normes juridiques et des principes éthiques qu’elle a diffusés auprès de tous les peuples pour connaître le monde plutôt que pour le juger.
Levinas n’avait donc pas tort de louer «la générosité même de la pensée occidentale qui, apercevant l’homme abstrait dans les hommes, a proclamé la valeur absolue de la personne et a englobé dans le respect qu’elle lui porte jusqu’aux cultures où ces personnes se tiennent et où elles s’expriment.» Il faut en prendre son parti : il n’y a pas plus d’égalité des cultures que de relativisme des valeurs. On ne saurait faire le procès de l’universel sans faire appel à la culture qui a donné cet universel en partage aux autres cultures.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 28 septembre 2011
Nombre de lectures 8
EAN13 9782760319653
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0022€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Le proc s de l Europe
Jean-Fran ois Matt i
Le proc s de l Europe
Grandeur et mis re de la culture europ enne
PHILOSOPHICA Collection dirig e par Charles Le Blanc
Les Presses de l Universit d Ottawa 2011
Les Presses de l Universit d Ottawa, 2011
Les Presses de l Universit d Ottawa reconnaissent avec gratitude l appui accord leur programme d dition par le minist re du Patrimoine canadien en vertu de son programme d aide au d veloppement de l industrie de l dition, le Conseil des Arts du Canada, la F d ration canadienne des sciences humaines en vertu de son Programme d aide l dition savante, le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada et l Universit d Ottawa.

CATALOGAGE AVANT PUBLICATION DE BIBLIOTHÈQUE ET ARCHIVES CANADA
Matt i, Jean-Fran ois Le proc s de l Europe : grandeur et mis re de la culture europ enne / Jean-Fran ois Matt i.
(Philosophica, ISSN 1480-4670) Comprend des r f. bibliogr. ISBN 978-2-7603-0768-1
1. Europe--Civilisation. I. Titre. II. Collection: Collection Philosophica
CB203.M38 2011 940 C2011-905575-9
" Le secret de l Europe, c est qu elle n aime plus la vie.
Albert Camus
TABLE DES MATIÈRES
Introduction
La barre des accus s
I La civilisation europ enne
II L Id e de l Europe
III La culture et les cultures
IVLa colonisation et l histoire
VLa crise de la culture europ enne
Conclusion
Un faux proc s
Bibliographie
INTRODUCTION
La barre des accus s
L e titre de cet ouvrage est provocant, cela va de soi. Le lecteur voudra bien croire que je l ai choisi dessein. Il aurait t encore plus provocant si j avais intitul mon livre, la fa on du XVIII e si cle, De la sup riorit de la culture europ enne . Notre poque, qui est d autant plus lib r e des tabous qu elle reste enfonc e dans ses pr jug s, ne l aurait pas pardonn l auteur. Aurais-je seulement t dit ? Et pourtant ! La vocation de la philosophie ne tient-elle pas la pro-vocation ? Pro-vocare , en droit romain, c est " en appeler quelqu un , ici au lecteur, sinon au peuple, comme dans le provocare ad populum de Cic ron. C est branler les opinions re ues, inciter la r flexion en instaurant une rupture dans l ordre, ou le d sordre, des choses afin de r tablir un accord. Provoquer, c est voquer la v rit , plus encore l invoquer, ou, mieux, la convoquer la barre afin qu elle prenne la parole. Et c est pr cis ment ce qu a fait la conscience europ enne au long des si cles, tour tour parole, critique, d monstration, r futation, toujours dialogue et bient t dialectique sur ce champ o les duellistes viennent croiser le fer, le champ de l universel qui est notre partage commun.
Et ce partage a t , reste encore sans doute, celui de l Europe bien qu elle l ait propos , ou impos , l ensemble du monde. On le lui reproche aujourd hui, en un temps de mondialisation, comme si l Europe tait coupable d avoir t ce qu elle a t : la matrice de l humanit actuelle. J ai beau avoir ajout l adjectif " actuelle , on me fera grief d avoir limit l humanit la seule Europe. Je ne l ai pourtant pas crit et je suis loin de le penser. Mais Husserl, que personne n a vou aux g monies, oui : il n h sitait pas assigner l humanit europ enne, dans sa c l bre conf rence de Vienne, la t che philosophique d tre " la fonction archontique de l humanit enti re 1 . Pour le philosophe allemand, seule la figure spirituelle de l Europe a t porteuse d une fin infinie depuis la f condation grecque. Le temps d incubation de cette id e europ enne a t long, plus long encore que celui dont parlait Heidegger propos du principe de raison, c est- -dire de la prise de conscience de la rationalit l poque de Leibniz. Il a fallu en effet attendre le XVII e si cle pour que l humanit se trouve une premi re fois mondialis e, ce qui prendra plus tard le nom de mondialisation n tant que l europ anisation, ou l occidentalisation, de tous les peuples. J y reviendrai plus loisir.
Le pari de l Europe
Ce que j avance ici, en d pit d une prudence d criture qui ne m absoudra pas, est justement ce que personne ne veut entendre aujourd hui au proc s de l Europe. Pourtant des penseurs de haut rang ont t moign depuis une trentaine d ann es en faveur de sa culture. George Steiner, Massimo Cacciari, Czeslaw Milosz, Milan Kundera, ou Jacques Dewitte, pour ne citer qu eux, ont crit des pages admirables sur l Europe, dans la lign e de Stefan Zweig, de Julien Benda ou de Denis de Rougemont. Mais, en d pit de leur renom et de leurs analyses, ils n ont pas convaincu les accusateurs de renoncer leurs poursuites. On ne saurait, sans violer une loi non crite, prendre la d fense d une Europe priv e de toute humanit qui se retrouve seule la barre des accus s. Le plus trange, dans ce proc s d inquisition o le pr venu doit r pondre d une culture qu on lui impute crime, c est que l accusation elle-m me est europ enne, ainsi que le jury et les principaux t moins, une grande partie du public et, bien entendu la juridiction du tribunal. L Europe comparaît devant elle-m me et devant sa descendance occidentale, en premier lieu en Am rique, qui ne reconnaît sa filiation que pour accuser sa g nitrice de l avoir enfant e. Le proc s est d autant plus trange qu on ne sait pas comment il a commenc , m me si on pressent quels sont les crimes dont on charge le pr venu. Tout se passe comme dans le roman de Kafka : Joseph K. ne comprend pas ce que la justice lui reproche ; mais il finit insensiblement par accepter sa mise en examen, le d roulement de la proc dure, sa condamnation secr te, et, ultime point d orgue, son ex cution.
Singulier retournement ! Il suffit de lire les grands auteurs du XIX e si cle en Europe et en Am rique pour constater qu ils n avaient gu re de doute sur la grandeur de leur civilisation, Victor Hugo en t te, mais aussi Hegel, Guizot, Michelet, Baudelaire, Poe ou Auguste Comte. Il y avait bien, et l , quelques voix discordantes, Marx en t te, mais elles appartenaient, comme les voix approbatrices, cette Europe enserr e dans ses anciens parapets. Montaigne avait d j , trois si cles plus t t, condamn les exactions des Espagnols en Am rique et tabli que les barbares n taient pas uniquement ceux que l on massacrait. Il ne sera pas le seul provoquer l Europe en lui montrant ses crimes sans complaisance, et sans faiblesse. Mais sa provocation, apte r veiller les consciences engourdies, tait issue d un humanisme martial et joyeux, comme le sto cisme que lui reconnaissait Nietzsche, un humanisme qu il imputait la conscience europ enne. C est au nom des principes de l Europe que l auteur des Essais jugeait les Europ ens, comme Las Casas l avait fait, pour l honneur de l Église et de l Espagne, au nom de l humanit enti re. Et cette humanit tait issue d un enseignement diffus dans les salons, les cours et les universit s de l Europe.
Quand Montaigne reconnaissait que " chaque homme porte la forme enti re de l humaine condition en proposant son lecteur de partager son " tre universel 2 , il ne s inspirait pas de la morale inca ou de la religion azt que, moins encore de pr ceptes bouddhistes ou de sentences tao stes. Il se contentait d affirmer que l homme n tait peut- tre pas un " tre , mais seulement un " passage , un passage qui, cependant, lui permettait d acc der aux autres hommes. Point de nature humaine, certes, enferm e en soi comme en une capsule, ce que reprendra Sartre, mais une condition qui, pour soi et pour tous, se trouve universellement partag e. Un humanisme issu du monde antique et inspir de l enseignement chr tien, m me si Montaigne parle peu du Christ : telle tait la croyance de celui que l on tient toujours pour un sceptique. Sceptique , Montaigne ? Peut- tre dans le sens premier du grec skepsis , la " vue et l " observation , avec le sens de guetter et de chercher voir; non pas le doute, alors, mais l examen et la mise en question. Le sens dubitatif est second par rapport au sens scopique du terme qui implique un regard en direction de la chose examiner. " Que sais-je ? tait sa formule, comme on sait. Mais c tait d j l interrogation de Socrate, l heure de sa mort, quand il voquait l horizon de l ultime pari, celui d un beau risque courir, selon ses derniers mots. C est l le risque qu a pris l esprit europ en.
L Europe a t , et m rite encore d tre ce beau risque courir, et non ce beau crime punir. Qui dit risque dit danger, et le danger le plus grand, pour une civilisation comme pour un homme, c est de perdre son identit ou, plus justement dit, son me. Il est frappant de voir que, pour des penseurs comme Paul Val ry, Simone Weil, Edmund Husserl et Jan Pato č ka, ou des politiques comme Fran ois Mitterrand et Vaclav Havel 3 , l Europe a t identifi e une me. Qu entendre par ce vieux mot que l invention de la psychanalyse - Freud utilise bien le terme d me, Seele - n a pas tout fait sauv de l oubli ? Une me, qu on la ram ne son origine grecque, psuch , ou latine, anima , est le principe d animation d un tre qui lui donne le mouvement. On peut l interpr ter, comme le faisait Aristote, biologiquement, et l me sera le principe vital de l ensemble du monde animal. On peut l interpr ter encore, comme l a voulu Platon, cosmologiquement, et l me sera l nergie qui assure l quilibre du monde, le ciel profond comme les mes humaines qui sont des poussi res d toiles. On peut l interpr ter surtout moralement, et ce sera l enseignement de la pens e europ enne, chez Socrate, Platon, Marc Aur le, Plotin, plus tard chez Augustin, Descartes, Leibniz, Rousseau et toute la tradition philosophique, po tique et romanesque jusqu Proust. Jan Pato č ka, pour sa part, n h sitera pas centrer la pens e de l Europe, disons m me sa vie coeur battant, sur le th me du " soin de l me . Que signifie cette expression et comment anime-t-elle le

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