Le vol des hirondelles
75 pages
Français

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Le vol des hirondelles , livre ebook

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Description

Quand il s’approche de nous, à quelques centimètres, on peut sentir son souffle chaud dans nos oreilles. On peut sentir d’invisibles ficelles entourer nos poignets, et le diable, un sourire aux lèvres, nous tirer vers lui.
Ce livre rend hommage et immortalise l’existence de quelques âmes anonymes, naviguant entre cauchemar et réalité sur une rivière de sentiments, pêchant, au hasard des virages de l’Histoire, les poissons de la vie. On vit, on aime, on se déchire, chahutés, secoués par des événements tantôt anodins, tantôt destructeurs, qui en un instant s’évaporent et nous laissent tomber dans le passé et l’oubli. Une vie sans gloire, sans intérêt, sans moyen de se défaire du joug de la destinée tragique des pauvres paysans.
Et au loin, assis sur la pierre humide de notre tombeau, le diable, impatient, qui attend notre rédemption.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 24 octobre 2020
Nombre de lectures 0
EAN13 9782312077260
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0012€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Le vol des hirondelles
Guillaume Monville
Le vol des hirondelles
LES ÉDITIONS DU NET
126, rue du Landy 93400 St Ouen
Roman inspiré d’une histoire vraie.
© Les Éditions du Net, 2020
ISBN : 978-2-312-07726-0
Avant -propos
Dans une caravane dissimulée sous une bâche de plastique, ils ont découvert le corps d’une femme âgée de 73 ans, Claudette Duvallet , morte depuis plusieurs jours. Comble de l’horreur : un chien et un chat, enfermés avec la défunte dans cet espace réduit et sans chauffage, avaient commencé à dévorer le cadavre comme en attestent les lésions constatées sur le corps de la malheureuse.
Bien que l’état de la dépouille n’ait pas permis au début de l’enquête de fixer avec certitude la date du décès, la mort devait remonter à plusieurs jours.
Claudette Duvallet , native du pays, habitait là depuis toujours, mais vivait dans une situation de grande précarité matérielle. Malgré cela, de l’avis commun, elle paraissait jouir d’une bonne santé mais souffrait depuis plusieurs années de troubles du comportement. Ses agissements excentriques l’avaient conduite à s’exiler dans une caravane, à côté de sa maison où les pompiers ont découvert le corps. Très marginalisée, vivant dans un environnement hétéroclite mais fleuri et n’ayant plus de lien apparent avec les membres de sa famille, elle ne faisait cependant jamais parler d’elle.
07 janvier 2004
Chapitre I – L’aube d’une vie nouvelle
09 octobre 1914
« Cinq centimes » lui lança le barman d’une voix grave, l’air renfrogné. Il semblait abattu par la guerre qui approchait. Quelques clients habitués étaient encore au fond du magasin, mais les visiteurs se faisaient rares. La grand-rue semblait déserte, ou peut-être était-ce simplement l’hiver qui arrivait. En tout cas, l’hiver serait long, froid et meurtrier, et le barman le savait. Émile jeta la pièce en cuivre dans la main du boutiquier et prit le journal pour sortir du tabac. Il réajusta son manteau gris, ferma quelques boutons rapidement et sortit de l’échoppe, faisant sonner les quelques clochettes sur le pas de la porte. Un vent sec lui glaçait la barbe.
« Saloperie de temps », se lança-t-il à lui-même, le regard errant sur les pavés mouillés de la rue. Il glissa une main dans la poche intérieure de son manteau et attrapa une cigarette du bout des doigts. Il la contempla quelques instants et la fit virevolter délicatement entre ses doigts boudinés. On aurait difficilement cru que de tels doigts bouffis, abîmés par le travail de la terre, eussent pu avoir un reliquat de dextérité. Il tira une allumette de sa boîte et l’alluma entre ses paumes, à l’abri du vent. L’allumette émit un petit crépitement incertain, hésita à s’allumer mais finît par brûler. Émile embrasa sa cigarette et inspira une grande bouffée, qu’il garda quelques secondes dans les poumons. Son regard se posa sur la couverture du journal, qu’il arrosa d’une vague de fumée blanche en expirant. Les titres du Petit Parisien ne trompaient pas. La bataille continue à l’aile gauche . Anvers bombardée par les allemands . La guerre était en Belgique , à la frontière avec la France , et les allemands ne sauraient tarder à arriver en Normandie .
Voilà deux jours qu’Émile s’était installé dans un petit village normand avec sa femme. Ils avaient quitté la tristesse et le froid de Cherbourg pour venir s’installer à l’intérieur des terres. Il avait beaucoup insisté pour venir, pensant qu’il pourrait exercer son métier et se créer une petite rente en quelques années. Malheureusement, la guerre fut déclarée quelques mois plus tôt et tous ses plans étaient tombés à l’eau. Le jour où il l’apprit, son corps s’emplit de peur et de désespoir. Il savait qu’il serait appelé d’ici peu. Il était jeune, vigoureux, tout ce que recherchaient les généraux. Lui ne voulait pas faire la guerre, il n’avait rien demandé à personne. A Cherbourg, il avait fait son bonhomme de chemin, il faisait un peu de tout et de rien, trouvant des petits boulots quand la fortune lui souriait, et s’occupant de son champ entre temps. Ce n’était pas très glorieux, mais ça lui avait permis de survivre pendant quelques années et d’économiser un peu. Il avait fini par trouver une femme, une fille de Paris qui s’était perdue dans le Cotentin. Il l’avait épousée et l’avait amenée dans ce coin tranquille, dans la campagne de Normandie. Ce qui devait être une vie paisible semblait se transformer en une longue peine. La guerre l’appellerait, il irait combattre en essayant de faire honneur à son pays et en essayant d’échapper à la mort, mais il n’en reviendrait certainement pas. Sa femme recevrait une lettre disant qu’il est mort de suite de ses blessures, qu’il est mort en héros et qu’elle peut être fière, mais que malheureusement on n’a pas retrouvé sa dépouille car il a reçu un obus sur la tête. Elle ne s’en remettrait pas, haïrait ce pays qui lui a pris son mari et qui lui demande d’en être honorée. Elle finirait recluse, triste, et mourrait dans l’oubli le plus total.
Émile secoua la tête pour reprendre ses idées et ses yeux parcoururent à nouveau le journal. Les titres ne parlaient que de la mort, de quelques jeunes héros qui n’en sont pas, qui sont morts malgré eux et que l’on décore à titre posthume pour donner un aspect positif à la guerre. Émile savait comment cela serait, il se l’imaginait suffisamment, chaque soir depuis plusieurs mois. La plupart des soldats appelés à la guerre n’en étaient pas. C’étaient des travailleurs, des jeunes hommes, des chômeurs, des mineurs, à qui on a donné une arme qu’ils n’avaient jamais portée jusque-là, et à qui on demandait d’aller sauver la nation de l’oppression allemande. Les soldats n’étaient que de simples ouvriers qui réfléchissaient en permanence comment esquiver les tirs ennemis, comment déjouer la mort et qui se racontaient, le soir, des histoires de leur vie d’avant. Les héros ne courent pas les rues, ils sont rares, et sont pour la plupart soit chanceux soit inconscients. Émile n’était pas un héros, c’était un forgeron et maréchal-ferrant. Il aimait s’occuper des chevaux et bricoler le fer pour ses voisins. En deuxième page, ses yeux s’attardèrent sur un hommage rendu au maire d’un petit village voisin. Il parcourut le petit paragraphe en diagonale. « 8 octobre… signalé au général… conduite admirable… a rendu les plus grands services en recueillant les blessés… enfouissement des chevaux morts… tombait mortellement frappé par un obus ». En terminant de parcourir ses quelques lignes, son visage devint subitement livide. Un brave homme, probablement un ami des chevaux, s’était pris un obus sur le coin de la tête. Son corps a probablement explosé avec l’obus, envoyant les différentes parties de son corps aux quatre coins du village. Son sang avait peut-être instantanément séché avec la chaleur de l’explosion. Ou bien l’obus l’avait-il tout simplement désintégré sur place. En tout cas, il a disparu de la surface de la terre sans même s’en rendre compte. « … ce brave gentleman français, qui a donné sa vie au service des alliés de son pays ». Il n’a pas donné sa vie, on lui a pris. Voilà toute la différence que Émile faisait de la guerre.
Il écrasa finalement son mégot par terre, replia le journal et releva les yeux vers la rue. Toujours personne. Toujours ce froid insoutenable. Il traversa la rue et commença à remonter vers sa nouvelle maison, à quelques centaines de mètres de là. Sur la gauche, il passa devant le presbytère du curé du village, qu’il avait eu l’occasion de rencontrer à quelques reprises pendant les messes. Émile le qualifiait généreusement de béat. Il baignait dans un mélange de bien-être dû à sa paix intérieure, et de niaiserie due à son abnégation religieuse. Quand il parlait aux fidèles de la paroisse, son contentement se gravait sur son visage en un sourire faussement miséricordieux, comme s’il compatissait de toute la souffrance de ses paroissiens, sans pour autant n’en avoir jamais ressenti lui-même, et ne pensant certainement qu’à l’argent de la quête. « Pour l’aumône » disait-il souvent, avant d’afficher son sourire forcé. N’en déplaise à sa femme, Émile boudait la messe, car cet air imbécile l’empêchait de se concentrer sur ses Je vous

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