Les bourriques
181 pages
Français

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Les bourriques , livre ebook

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Description

À l’aube de ses 40 ans, Jean Charançon, agriculteur récemment séparé, reçoit un mystérieux colis qui va bouleverser sa mélancolique dépression. Dans le paquet se trouve Dévora, un modèle de poupée sexuelle insolite et défectueux qui va marquer la vie de notre protagoniste, d’une façon inattendue et plutôt troublante.
Secrets de famille, complots, magie, produits locaux et pesticides composent cette comédie de mœurs vaudevillesque, bondée de personnages attachants qui nous embarquent dans un récit saugrenu de manipulation et d’héritage malhonnête, teinté d’amours déchus et véritables.
La touche fantastique et le caractère décalé de cette fable écoresponsable ponctuée de pastis, de pétanque et de cassoulet laisseront dans les esprits une tendre saveur de terroir, un doux vent d’autan, un fier relent de Lauragais.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 09 novembre 2020
Nombre de lectures 286
EAN13 9782370116925
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0000€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

LES BOURRIQUES

Frédéric Tort



© Éditions Hélène Jacob, 2020. Collection Humour . Tous droits réservés.
ISBN : 978-2-37011-692-5
« Aime ton voisin, mais ne supprime pas ta clôture. »
Proverbe européen {1}
Préface – Le Lauragais


Chère lectrice, cher lecteur,
Il est difficile de décrire avec objectivité la douce région qui m’a vu naître, grandir, vivre et qui me verra peut-être un jour mourir. Beaucoup de sentiments contraires, beaucoup de joies aux détours de ses nombreux chemins de campagnes, mais également de souffrances qui hantent des recoins de ma mémoire que je tente en vain d’enfouir sous l’épaisse couverture de l’oubli. Un territoire comme celui-ci, au caractère aussi marqué, est capable de prendre autant qu’il donne. Les esprits fragiles peuvent revenir blessés jusque dans l’âme d’un périple par nos terres.
Le petit voyage que je vous propose sur ces pages est un vaudeville familial qui a lieu dans le Lauragais, succession de bas vallons parsemés de grandes plaines battues par les vents et tapissées de cultures qui s’étendent à perte de vue au pied de la montagne Noire. L’accent du Sud-ouest chante dans presque toutes les bouches, procurant aux étrangers cette sensation agréable de bien-être, de vacances. « Tu as du soleil dans la voix » me suis-je entendu dire plus d’une fois par des touristes venant du Nord (c’est à dire, tout ce qui est localisé au-dessus de Toulouse).
Quelques anciens parlent encore un patois plein de douteuses sagesses, dont les mots ponctuent de caractère nos conversations quotidiennes, leur conférant une charmante authenticité.
« Écoute, pitchou {2} , dans le Lauragais nous n’avons pas la prétention d’être fiers, mais nous avons la fierté d’être prétentieux », me dit un jour l’un des patriarches du village, à grand renfort de roulements de « r ».
Il est vrai que nous avons cet esprit, propre à toute la France, d’ailleurs, de croire que tout est mieux chez nous. Nous sommes bien souvent insatisfaits de nos découvertes et aucune nourriture ne sera jamais à la hauteur de la nôtre. On ne touche pas à la nourriture !
Comme tout peuple venant de la terre, les gens du Lauragais agissent selon un code de valeurs très saines. Ici, nous aimons le contact et la chaleur humaine. Nous ne fuyons jamais l’occasion de partager les plaisirs de la chère avec nos semblables. Ce plaisir, nous l’absorbons tel un élixir grisant qui nous emplit l’âme de pures sensations du terroir. Car l’habitant du Lauragais y est attaché à son terroir. Il le protège férocement des invasions mondiales et de cette modernité qui envahit tout et semble réduire la planète entière à l’esclavage d’une consommation incontrôlée et sans limites. Bien sûr, nos autochtones sont les premières victimes de cette globalisation, mais ils ne le reconnaîtront jamais. Après tout, nous avons la fierté d’être prétentieux n’est-ce pas ?
Bref, trêve de galéjades {3} . Maintenant que le décor est planté, entrons au cœur de cette histoire où vous trouverez peut-être une partie de vous-même qui traîne au coin d’une page et vous fera vous sentir bien. Je vous souhaite un excellent voyage.
Frédéric Tort
À toutes les familles que j’ai pu croiser. Déchirées, ravagées par trop d’ego et d’héritages, elles furent une grande source d’inspiration et il y a un peu de chacune dans cette histoire.
À tous ceux qui sont touchés par ce fléau, sachez ceci : « Rien n’est permanent, sauf le changement. » (Héraclite d’Éphèse) . Les situations changent si les personnes en ont la volonté. Une famille brisée, c’est une société brisée, elles en sont le ciment et le reflet.
F.T.
1 – Fanny, Sylvain et Jean


30 juin 2017

En plein cœur du Lauragais, juste à la frontière entre le département de l’Aude et celui de la Haute-Garonne, trône un petit village qui répond au nom de Montferrand. Perché sur une colline verdoyante, il y érige avec fierté les restes d’un château médiéval où vivent maintenant une poignée de privilégiés qui peuvent profiter, par temps clair, d’une vue d’exception sur la chaîne des Pyrénées. Elle s’étend devant eux depuis la Méditerranée jusqu’à l’Atlantique, embouteillant l’horizon de sa majestueuse beauté. Au pied du village, le célèbre canal du Midi prend sa source au « Partage des eaux », dont la particularité attire plusieurs milliers de touristes par an qui viennent se gorger d’histoire et de splendeur lauragaise.
Aujourd’hui, cinq cent soixante-sept âmes peuplent le paisible petit patelin, mais seulement quelques-unes d’entre elles nous intéressent spécialement. Elles se situent non loin de là, dans le « Café-restaurant du Pas de Naurouze », unique commerce de la commune. C’est un samedi matin. À l’extérieur, le printemps et ses bourgeons viennent de laisser place à un été qui a fleuri la France entière. Les blés, presque secs, qui dansent sous les bourrasques font remonter cette odeur de la terre et du savoir-faire ancestral de nos bons paysans. Il est 11 heures, presque l’heure de l’apéritif, mais le bar est encore étrangement vide.
Fanny, le regard absent derrière son comptoir, essuie quelques verres avec un torchon. C’est une belle femme de 35 ans, plutôt mince. Ses avant-bras couverts de tatouages prêtent à penser que le reste de son corps l’est tout autant. Des cheveux blancs, coupés très courts, lui confèrent un caractère indéniablement spécial. Elle pose ses yeux fatigués sur son petit frère, Sylvain, qui siège dans un coin de la salle, entouré d’appareils de musique. C’est un jeune homme de 32 ans qui respire la sympathie. Il branche sa guitare électrique à un amplificateur et prend place derrière un micro qu’il ajuste à la bonne hauteur. Avec son instrument en bandoulière, il regarde un instant la pièce presque vide. Seul un habitué du bar est présent, plongé dans une conversation des plus profondes avec son ballon de vin rouge. En lançant un clin d’œil complice à sa sœur, Sylvain colle sa bouche sur le micro et parle d’une voix de crooner.
— Je voudrais dédier cette sympathique chansonnette aux dizaines d’habitants qui peuplent notre beau village… « Montferrand », dames et messieurs.
Après un petit raclement de gorge, les doigts de Sylvain commencent à se balader avec assurance sur sa guitare, faisant sonner les premières notes guillerettes de sa rengaine populaire. Un rythme rapide, deux ou trois accords bien trouvés qui présagent d’une ritournelle plutôt comique et parodique.
« Mont-fe ! Mont-fe-rrand !
Perdu au milieu des champs,
Connais-tu Montferrand ?
C’est un petit village
Peuplé de sauvages,
N’ayant pas de réseaux,
N’ayant que des chevaux,
Nous pour s’éclater,
On en fait du pâté ! »
Accoudée derrière le bar, Fanny le regarde en souriant et en secouant légèrement la tête. Elle a toujours été impressionnée par la quantité de ridicule que son petit frère est capable d’assumer. Il arrive souvent qu’elle ressente un peu de pitié, voire de tristesse à son égard. En effet, c’est le poète de la famille, la brebis galeuse, celui qu’on ne prend jamais au sérieux, qui est constamment dans la lune, qui ne parviendra jamais à rien. Il faut savoir que, parfois, être artiste dans le Lauragais c’est presque comme être homosexuel ou drogué. C’est mal vu, ou assez mal compris par les autochtones. Le terroir est plutôt adepte des choses qui poussent, des métiers où l’on construit, où l’on fabrique du concret avec ses petites mains, et, si ce « concret » se mange, c’est le « Jacques pote », mon gars ! Bien sûr, ne généralisons pas. Il y a effectivement une grande quantité de gens ouverts de par chez nous, même si la dissemblance de mœurs et de pensées est plus souvent dérangeante qu’accommodante.
Sylvain est l’artiste de la famille, donc, un humble musicien, compositeur et interprète de modestes chansons populaires qui vous arrachent un sourire au détour d’une rime et peuvent vous émouvoir, à la croisée d’un alexandrin. Il accorde et discorde, trimbale sa guitare de troquet en troquet, il a des rêves plein la tête et tous ses proches doutent de son aptitude à les réaliser.
Tout en l’écoutant chanter, Fan

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