Les exodes
91 pages
Français

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Les exodes

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Description

C'est histoire d'une rencontre. Un ainé en séniorie, une infirmière de nuit. Une rencontre qui n'est pas de l'ordre de l'accident ni d'une pure nécessité. Elle ne peut se comprendre sans l'intervention du désir, de la liberté. Une rencontre entre deux époques, deux générations. Entre deux désirs de vivre. Vivre au plus proche de ce que l'on est. Et transmettre la vie. Chacun à sa façon. Une rencontre qui chemine. Sur le mode de l'exode. Exodes de guerres et exodes intimes.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 08 septembre 2016
Nombre de lectures 0
EAN13 9782806121059
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Couverture
4e de couverture
Titre

Luc Bawin





Les Exodes
Copyright









D/2016/4910/39
EAN Epub : 978-2-8061-2105-9
© Academia – L’Harmattan s.a.
Grand’Place 29
B-1348 Louvain-la-Neuve
Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction, par quelque procédé que ce soit, réservés pour tous pays sans l’autorisation de l’auteur ou de ses ayants droit.
www.editions-academia.be
Dédicace








À Chevreuil Conciliant
À Marguerite
Exergues







« Sur son chemin, il boira à la source. C’est pourquoi il redressera la tête. »
(Psaume 109)
« Ce que tu as hérité de tes pères, acquiers-le afin de le posséder ! »
Goethe
Les Exodes
U n nouveau jour commence.
Les pas feutrés de l’infirmière dans le couloir, le roulement du chariot à médicaments qu’elle pousse de porte en porte… C’est mon réveille-matin.
C’est l’heure où je me pose la question : ai-je encore du désir aujourd’hui ? Mon envie de vivre est-elle encore au rendez-vous de cette nouvelle journée ?
Oh le désir n’est plus celui de ma jeunesse !
Il n’y a plus ces grands élans tempétueux, ce souffle décoiffant. Ni ces vagues déferlantes qui l’agitaient en tous sens.
On pourrait croire que c’est une mer d’encre. Un désir si calme qu’il est inutile de hisser la voile du moindre projet. Pas de vent pour le pousser au large.
Oui, c’est vrai…
Pourtant, il est bien là ce désir. Fidèle au rendez-vous.
Même s’il ne s’embarque plus dans la grisante incertitude des aventures océanes.
C’est un imperceptible mouvement de fond. Mais puissant. Une force qui génère les marées. Une poussée imperturbable, prévisible, minutée. Une routine en apparence, mais que j’attends, que j’espère. Comme on se réjouit de voir la mer montante. Et une fois qu’elle est haute, de la voir redescendre.
Parce que les petits plaisirs qu’elle nous donne sont toujours renouvelés. D’abord l’écume des vaguelettes qui s’engouffre dans les tranchées autour du château de sable. Et puis, l’assaut grondant des rouleaux qui l’engloutissent inévitablement. Les pliants qu’il faut sauver à la hâte.
Ensuite, quand la mer se retire, l’empreinte des pieds nus dans la fraîcheur du sable lisse, la récolte de coquillages, les caprices du cerf-volant…
Ça peut sembler minable, les jeunes ne peuvent pas le comprendre. Mais je l’avoue sans honte : je suis ravi de ce qui m’attend aujourd’hui. Mon café du matin en premier : c’est un bonheur incontournable. Je le prolonge avec la lecture du journal (mais je garde le sudoku et les mots croisés pour après la sieste). Et puis il y aura « Motus » à la télé. Je pourrais rivaliser avec certains candidats ! Il sera vite midi. Aujourd’hui, c’est le jour des frites. Et avant cela, nous aurons droit à l’apéritif car on fête les anniversaires du mois. De retour en chambre, je passerai un CD. Un recueil de chants grégoriens. C’est mieux comme inducteur de méridienne que la « messe en si » de Bach que j’écoutais hier : trop captivante ! Surtout la seconde partie. Pas de kiné cet après-midi : Fred ne vient que trois fois par semaine. Raison pour laquelle j’ai préservé le sudoku et les mots croisés… Ben oui ! Il faut s’organiser !
Pour ma soirée, j’ai repéré un Maigret sur Arte. J’adore. Pas tellement pour l’intrigue car je ne comprends pas toujours tout. C’est surtout pour l’ambiance : la lumière tamisée du commissariat, les gros plans sur les mains de Maigret qui bourre sa pipe. Les volutes de fumée à contre-jour. J’y retrouve aussi les intérieurs de ma jeunesse avec les taques rougeoyantes des poêles crapauds, les bassines en zinc, les rideaux en Vichy. J’essaie d’identifier les voitures du début du siècle (le précédent !) : Peugeot 203, Citroën traction, Dauphine, Simca Aronde.
Quel jour sommes-nous ? Le 10 mai…
C’est un anniversaire mémorable ! Aussi important pour moi que le jour de ma naissance.
Chaque année, à cette date, je me demande où j’ai rangé mon vieux carnet de notes.
Cette fois, Il serait peut-être temps que je m’y replonge… Si je le retrouve.
Ce soir, c’est Priscilla qui fait la veille. Elle en fait cinq d’affilée. Ensuite cinq jours de récupération.
Priscilla, c’est l’étoile de mes nuits. Avec le temps, je suis devenu son confident.
Après la tournée de mises au lit, quand il n’y a plus de sonnettes et que tout est calme, elle vient dans ma chambre faire papote. C’est très fort mon attachement à Priscilla ! Et complexe à la fois. Il n’y a pas d’âge pour apprécier la compagnie d’une femme charmante.
Elle s’assied toujours dans le même fauteuil. Son parfum, je le reconnaîtrais entre mille. Sa voix est posée, satinée. Elle me cajole le cœur.
Quand Priscilla se confie à moi, je sais que je suis important pour elle. Et ça attise le feu de la vie que d’être important pour quelqu’un. Si elle me divulgue ses secrets, elle sait que je les garderais. Elle se sent libre parce que je n’émets aucun jugement quand elle me raconte les aléas de son histoire. Et elle attend que demain ou plus tard je lui en reparle. Que je lui dise mes étonnements, mes questions, mes craintes, mes satisfactions. Et ça la fait grandir.
Certaines fois, c’est à mon tour de compter sur elle. Car la présence en moi d’un désir toujours vivant n’empêche pas les moments de nostalgie. Le temps propice de la nuit fait parfois ressurgir les souvenirs douloureux, les regrets. À qui d’autre pourrais-je en parler ?
S’il m’arrive aussi de me confier à Fred, le kiné, quand il me masse le dos et que je ne croise pas son regard, c’est pour évoquer des choses plus anodines, qui prêtent à sourire. Des confidences certes, mais dont on peut blaguer entre hommes.
On ne parle pas de la même façon à une femme et à un homme. On ne leur dit pas les mêmes choses. Les attentes sont différentes.
À minuit, Priscilla me quitte. Elle me fait un bisou sur le front puis elle part faire sa ronde. Mais il me reste son parfum. Ces nuits-là, je ne prends pas mon Lorazepam. Je suis comblé, serein.
Je sais que mon sommeil sera agréable.
A uguste Brassine n’oubliera jamais ce jour où il est entré à la maison de retraite.
Ce fut une décision difficile à prendre. Pas en raison de ses craintes car il n’en n’avait pas.
Il se définissait lui-même par un paradoxe : un solitaire incapable de vivre seul.
S’il aimait par-dessus tout les moments d’isolement, s’il en avait un besoin vital pour rêver, se souvenir, élaborer ses pensées, il lui était tout aussi indispensable de se savoir entouré. De pouvoir compter sur une présence. Il fallait qu’à d’autres moments il se sente attendu, qu’il soit accueilli. Que quelqu’un d’autre puisse partager ses idées, du moins celles qu’il était disposé à révéler. Ou réagir à ses hypothèses.
Mais il aspirait aussi, plus simplement, à engager la conversation sur les sujets les plus communs, curieux des dédales où elle pourrait l’emmener.
Bref, c’était un Ulysse du monde des pensées. Toujours avide d’explorer mais dans l’attente du retour à Ithaque.
Mais voilà : depuis le décès de Rose et de leur fils Louis, le port était aussi désert que le large. La solitude d’Auguste Brassine n’avait plus de contenant, elle se répandait en lui, engluait son esprit, le figeait de l’intérieur.
La solution de la maison de retraite s’était donc imposée à lui assez naturellement. C’était un lieu de vie où des rencontres étaient possibles.
La difficulté venait des autres. Plus précisément de ses proches défunts. Auguste s’était senti infidèle à d’implicites promesses, il contrevenait à leurs avis sur la question.
Rose avait subi de multiples hospitalisations. Au fil des ans, le diabète lui avait bouché des artères, asséché un rein, altéré la vision. Les ulcères des pieds ne se refermaient plus. Sa tension était incontrôlable. Il avait donc fallu poser des stents, traiter les rétines au laser. Des séances de dialyse s’étaient avérées nécessaires. Pour Rose, le fait de quitter sa maison pour se rendre à l’hôpital était à chaque fois un vrai déchirement. Une souffrance plus grande que la douleur physique. Elle passait ces séjours dans l’attente, non pas d’un traitement ou d’un soulagement, mais du retour. Elle avait ainsi érigé la demeure familiale en sanctuaire. Le seul lieu digne d’abriter les vicissitudes de l’âge et de la maladie. Du vivant de Rose, Auguste ne s’était jamais opposé à ses aspirations. Il les avait toujours respectées quitte à lui donner l’illusion qu’il les partageait.
Après le décès de Rose, Louis avait supplié son père de rester à la maison. Sa mère disparue, il voulait voir vivre ce lieu d’attache. Il fallait y entretenir la flamme. Ne pas laisser mourir ni céder à d’autres ces murs qui avaient abrité son enfance.
Il lui avait dit aussi qu’il ne supporterait pas voir son père dans une maison de repos, entouré de vieillards en chaises roulantes, de gâteux tremblotants et d’anciennes beautés en ruine. C’était l’antichambre de la mort. Il était exclu que son père y mette un jour les pieds.
Trois mois plus tard, Louis disparaissait à son tour. Il succombait aux complications d’une lourde chute à vélo.
Cela Auguste ne l’avait pas prévu. Perdre son fils, c’est contraire à toute logique. C’est la ligne du temps qui se rebiffe. C’est tout un avenir qui n’est plus qu’un passé. Est-ce que la rivière remonte vers sa source ? L’hiver succède-t-il au printemps ?
Le fil de la transmission était interrompu. Il manquait un élément dans la chaîne des générations. Entre Auguste et Gaëtan, son unique petit-fils, il y avait un vide.
Gaëtan vivait chez sa mère depuis la séparation de ses parents. Auguste ne le voyait qu’à de très rares occasions. Après le décès de Louis, Gaëtan s’était engagé à l’armée. Cela avait facilité le rapprochement avec son grand-père. Il prenait de ses nouvelles par téléphone ou il passait à l’improviste, avec une pâtisserie ou une bouteille de vin.
Auguste appréciait ces visites. Il découvrait la personnalité de Gaëtan et il en éprouvait de la fierté. Mais c’est aussi à ces moments qu’il souffrait le plus du manque. Ils étaient là tous deux, le vieux et le jeune, autour de l’absence du seul lien qui les réunissait : Louis.
Et le jour prévu pour le déménagement à la séniorie, Gaëtan avait tenu à accompagner son grand-père.
Ce fut pour Auguste une grande émotion mais cette présence l’avait aussi apaisé.
P riscilla prépare son sac pour partir au boulot. Une besace en grosse toile à motifs orientaux. Elle l’utilise depuis qu’elle travaille à la séniorie. Il y a deux poches. Une pour les inamovibles, l’autre pour les variables.
Dans la première, se trouvent les clés du vestiaire, la pochette de tampax et la trousse de maquillage. Elle y glisse aussi la boîte à tartine et son portefeuille. Elle se dit comme à chaque fois qu’elle devra un jour se décider à délester ce portefeuille de toutes les cartes de fidélité inusitées qui l’arrondissent comme un cochonnet… Mais ce sera pour plus tard.
Dans la seconde, cela dépend des jours et de l’humeur. Ça peut être un livre, quand elle en a un en cours de lecture. Le plus souvent des revues ou des catalogues. Ikéa, Les Trois Suisses… Quelques bricoles du supermarché que des résidents lui ont demandé d’acheter pour eux. Mais aussi, à l’occasion, le dernier petit chemisier qu’elle a trouvé pour pas cher et qu’elle montrera à Leila, l’infirmière du soir. Ou des articles de journaux relatifs au siècle passé, qui pourraient intéresser Auguste Brassine et dont elle aimera discuter avec lui.
Mais aujourd’hui, elle n’a rien à confier à la deuxième poche. C’est souvent mauvais signe. L’envie n’y est pas. Elle en connaît la cause.
Il faut dire qu’entre Martin et elle, c’est plutôt tendu ces derniers temps. Et elle déteste reprendre un cycle de cinq nuits de travail quand le malaise entre eux n’est pas dissipé. Ils vont juste se croiser, occuper le lit à tour de rôle, laisser flotter les rancœurs, accumuler les non-dits. Il y a bien le repas du soir, le seul qu’ils prennent ensemble, mais ce n’est jamais un bon moment.
Martin lui lance un au revoir du haut de l’escalier. Priscilla referme la porte derrière elle. C’est la saison où la clarté l’accompagne jusqu’à la séniorie. Le souffle tiède du jour finissant transporte des effluves suaves de seringas. Si elle avait un jardin, c’est sûr, elle y planterait un seringa. C’est l’arbuste qui offre le parfum du printemps. On l’appelle aussi le jasmin du poète. Ce serait sa façon à elle de cultiver la poésie.
Martin n’est pas un grand poète. Déjà, il ne veut pas de jardin. À cause de l’entretien.
Il peut aussi se braquer sur des détails et lui empoisonner la vie. Avec le temps, elle a renoncé à essayer de lui faire prendre distance, de relativiser. Il faut seulement attendre que ça lui passe.
Elle repense au dernier week-end : Martin et elle sont allés à la côte. C’est alors que les tensions ont ressurgi entre eux. Il n’a pas compris qu’elle s’allonge seins nus sur la plage. Il a dit qu’elle n’avait aucune pudeur. Il a affirmé aussi que c’est un manque de respect de leur intimité de couple que de s’exposer au regard avide de tous les hommes.
Le ton est rapidement monté. Il n’a rien voulu entendre. Il la soupçonne de chercher à séduire ailleurs.
Comment lui faire comprendre… ? Jamais Priscilla ne se dévoilerait dans d’autres circonstances, face à des gens qu’elle connaît, hommes ou femmes.
Simplement, ce jour-là, elle se sentait bien. En harmonie avec le vent, le sable et l’eau. Son corps avait si souvent été l’objet de contraintes. Quel mal y avait-il à trouver réconfort ? S’abandonner, certes, mais en ne renonçant à rien. Se dénuder mais sans rien concéder cette fois. Simplement, tout simplement, elle avait offert son corps meurtri aux bienfaits apaisants du soleil et des embruns.
Martin n’est pas un poète, mais c’est un bon gars, généreux. Tout son ressentiment, ses reproches, traduisaient peut-être son propre malaise. Il n’en parle jamais car c’est un brave petit soldat. Il marche sans se plaindre. Il se soumet à tous les examens.
Il exécute toutes les prescriptions des médecins, respecte les programmes scrupuleusement.
Lui aussi a dû consentir à dévoiler sa pudeur. Toute leur aventure doit sûrement lui poser question. Mais le sujet est tabou. Il garde tout pour lui. Alors, au bout d’un temps, il faut bien que ça sorte. On peut comprendre qu’il ait les nerfs à fleur de peau. Et que tout ce qui touche à l’intimité réveille les hantises qu’il a enfouies en lui.
Priscilla arrive devant la grande porte vitrée. Elle compose son code sur le cadran numérique. Un petit grésillement débloque la serrure. Dans le couloir une odeur d’éther mêlée de relents de soupe froide a remplacé la fragrance des seringuas.
J e ne compte plus les années. Tout cela est tellement loin maintenant !
Pourtant le simple fait de palper de mes vieux doigts déformés la spirale métallique de mon journal de guerre me téléporte instantanément au cœur de cette époque révolue. Les émotions sont toujours aussi vives, les détails aussi précis. Le temps n’a jamais effacé cette empreinte. C’est dire combien elle est profonde !
Aussi surprenant que cela puisse paraître, personne d’autre que moi n’a jamais lu ces notes. Lorsque je les ai rédigées en 1940 elles s’adressaient à mes parents et pourtant je ne les leur ai jamais remises. Je le regrette parfois, bien que par la suite je leur aie raconté quelques épisodes de vive voix. Les pauvres ! Ils pouvaient à peine lire…
Il était sans doute nécessaire que ce récit soit adressé à quelqu’un. Mais ce temps d’écriture quasi quotidienne était surtout une tentative de survie. Un travail de construction personnelle pour le gamin de seize ans que j’étais, jeune arbrisseau déraciné.
Vendredi 10 mai 1940 18 heures
Le train est à l’arrêt depuis une demi-heure. Personne ne sait pourquoi. C’est le moment de commencer ce carnet de route. Jusqu’ici, la journée a été éprouvante, sans répit.
C’est surtout pour vous, mes chers parents, que j’ai décidé de tenir ce journal. Car je voudrais qu’à mon retour, vous n’ignoriez rien de ce qui se passe pour moi. De plus, nous ne nous sommes presque pas parlé aujourd’hui. C’était sans doute plus facile. Il ne faudrait pas que vous pensiez que je n’ai pas perçu vos angoisses et votre émotion. Il ne faut pas croire non plus que je suis insouciant. Si vous m’avez trouvé joyeux au départ de la gare, c’est sans doute d’y avoir rejoint mes compagnons du collège et surtout Joseph ; vous savez combien il compte pour moi. Je sais que vous l’appréciez aussi. Sa présence à mes côtés devrait vous rassurer puisqu’il est de deux ans mon aîné.
Et si cette séparation m’est moins pénible qu’à vous, c’est aussi parce que je suis fier de pouvoir bientôt servir mon pays. Au centre de recrutement, dans l’attente de notre incorporation, nous allons sûrement recevoir une instruction, apprendre le maniement des armes, pour pouvoir, le moment venu, revenir défendre notre territoire.
Maman, lorsque tu es venue m’éveiller ce matin à 4 heures en me disant, « Auguste, c’est la guerre », tu ne m’as pas surpris. Était-ce à cause des sirènes qui donnaient l’alerte ? J’étais déjà au combat. En rêve, je me trouvais à la lisière du bois de la Vecquée, au lieu-dit « les six chênes », là où, en 1914, les Allemands ont surgi et où ce jeune soldat belge abattit leur chef, le Prince von Lippe, d’une seule balle en plein front. Tu m’as si souvent raconté cette histoire. Dans le rêve, j’étais dans la peau du jeune héros.
Quand nous sommes sortis à la rue, dans la pénombre, avec tous les voisins, j’ai senti ton frisson lorsque le vrombissement des escadrilles ennemies s’est fait entendre. J’ai perçu tes soubresauts aux premiers lointains impacts des bombes qui visaient, pensions-nous, l’aéroport de Bierset. Plus d’une fois aujourd’hui, j’ai croisé ton regard embué et j’ai saisi ta main qui cherchait la mienne.
Et toi Papa, je t’ai d’abord vu soulagé quand tu as appris sur les ondes de l’INR que tu n’étais plus mobilisable. Tu as cru un instant que nous pourrions rester à trois. Et puis, tante Armande est arrivée, en larmes, avec un exemplaire de l’avis à la population signé du ministre Denis. Je devais donc partir, sans délai. Tu n’avais pas imaginé cela. Je suis toujours un enfant à tes yeux, malgré mes 16 ans. Dans ton silence, j’ai perçu ta détresse. Mais tu n’as pas voulu me la communiquer. Tu as organisé les choses calmement. Tu as retiré de mon lit la couverture la plus chaude, rassemblé les vivres que j’allais emporter, rempli ma gourde de café, pendant que Maman triait mon linge de corps et préparait mon nécessaire de toilette. Tu as décidé que je prendrais le sac à dos que Maman avait cousu pour nos journées de pêche dans l’Ourthe. J’ai vu les deux taches sombres de tes larmes sur la toile grise quand tu as fermé le sac et roulé la couverture par-dessus.
J’ai bien conscience de votre chagrin, à tous les deux. J’espère être à la hauteur de la confiance que vous avez en moi.
Me voici donc en route pour Lobbes. Joseph pense que c’est du côté de Charleroi. Le train n’avance pas. Il s’est déjà arrêté longuement à plusieurs reprises. Beaucoup de mes compagnons profitent de ces haltes pour aller se dégourdir les jambes le long des voies. Certains vont même s’abreuver aux maisons voisines. J’estime que ce n’est pas très prudent. Mais ces instants de calme me viennent bien à propos pour écrire ces lignes. Les portes du wagon sont restées ouvertes. L’air est devenu plus respirable. Il fait chaud pour un mois de mai. Dehors, tout paraît si paisible. Aucun bruit inquiétant. Le ciel est parfaitement dégagé, sans le moindre sillage d’avion. J’ai peine à croire au spectacle de ce matin ; le déferlement incessant des bombardiers, les éclairs successifs des impacts au sol. Cela me semble déjà si loin. Que se passe-t-il vraiment ? Quelle est exactement la situation politique ? Notre DCA a-t-elle pu repousser l’aviation ennemie ? Nous nous posons tous les mêmes questions, mais il n’y a personne ici pour nous informer. On en saura sûrement davantage à notre arrivée à Lobbes.
Tante Armande est vraiment très généreuse. Elle m’a glissé un billet de 500 francs. L’aviez-vous remarqué ? C’est une somme importante qui me permettra de faire face à tous les imprévus. Je ne sais pas où cet argent sera le plus en sécurité. Jusqu’ici, j’ai plié le billet entre les deux volets de ma carte d’identité, mais en cas de contrôle, si on me demande mes papiers, je serai bien embêté !
J’ai un instant envisagé de vous envoyer ces pages, à mesure que je les écris, mais cela ne me semble pas très réaliste. Trouverai-je des timbres ? Des enveloppes ? Mes lettres arriveront-elles à destination ? J’ignore si la poste va continuer à fonctionner normalement et je me méfie de la censure. Je me suis donc résolu à tout garder dans ce carnet. J’ai inscrit votre nom et votre adresse en première page avec la demande explicite de vous le remettre s’il m’arrivait malheur.
*
Aucun détail de cette journée ne s’est effacé de ma mémoire. Pourtant, une chose de moi me surprend dans cette lecture : le style épistolaire. Un style d’autrefois… Il y avait un souffle, des accents mélodiques. Les mots étaient choisis, les sentiments perceptibles.
Je terminais alors ma « classe de poésie », l’avant-dernière année des humanités anciennes. Nous n’étions pas divertis par la télévision, ni assaillis par internet, les réseaux sociaux, les téléphones portables. Aujourd’hui les messages sont lapidaires, abrégés, phonétiques dans les textos.
Nous, nous étions les héritiers des grands auteurs français. Écrire était une chose importante : il fallait y mettre un peu de son âme, y consacrer du temps.
Et en période de guerre, c’était une œuvre vitale.
L’âge avançant, le moment est peut-être venu pour moi de faire sortir ces notes de la clandestinité. Gaëtan est le plus directement concerné, c’est clair ! J’ai surtout un devoir de transmission envers lui.
Cette question de la transmission me tarabuste depuis le décès de Louis. Il est parti. Et je ne sais pas ce que de moi il a emporté dans ses bagages. J’ai conscience de lui avoir transmis des valeurs morales, l’histoire familiale, la sienne en particulier, et les souvenirs de bouts de vie commune. Mais pour le reste… ?
Je me reproche de ne pas lui avoir raconté « ma » guerre. Car cette épreuve de quelques mois a orienté tout le reste de ma vie.
Mais ce n’était peut-être pas essentiel.
Car il y a toujours un autre lot dans la transmission dont nous ignorons la nature : j’ai acquis la conviction que Louis a puisé des choses chez moi, à mon insu, mais qui l’ont façonné. Un patrimoine impalpable qu’il a lui-même constitué et intégré sans pour autant m’en dépourvoir.
C’est un réconfort d’imaginer qu’une partie insoupçonnée de moi a vécu en lui, qu’elle a fructifié dans le concret de son existence.
Mais quel sentiment étrange, de se savoir ainsi déjà un peu mort…
P riscilla éclate de rire… Un crabe ? Monsieur Auguste ? Un crabe ? Elle lui avoue ne rien comprendre. Il est tellement gentil ! Elle ne peut imaginer qu’il ait été mêlé à une quelconque intrigue… Ou qu’on ait pu le mépriser quand il était jeune.
En lui annonçant que c’était un 10 mai qu’il était devenu un CRAB, Auguste n’a pas voulu provoquer l’hilarité de Priscilla. Il n’est pas d’humeur à rire. L’instant est important pour lui, chargé d’une certaine solennité.
C’est la première fois depuis la guerre qu’il évoque ces pages de son histoire. Il va lever le voile sur cette partie de lui trop longtemps occultée.
Et il a choisi Priscilla pour être sa première confidente. Gaëtan sera probablement le second… Mais chaque chose en son temps. Il pose son carnet sur la table et précise que l’on appelait CRAB les jeunes hommes de moins de dix-huit ans envoyés par le gouvernement belge dans les Centres de Recrutement de l’Armée Belge, C-R-A-B.
Priscilla comprend que l’heure n’est pas aux traits d’humour. Elle jette un coup d’œil à sa montre pour s’assurer qu’elle dispose d’un peu de temps avant sa ronde de nuit. Elle prend place dans le fauteuil Empire face à Auguste Brassine.
Auguste s’amuse secrètement du trouble que provoque en lui la présence de Priscilla. Il voit sous la tenue de toile bleue sa poitrine se soulever au rythme de sa respiration. Son parfum délicat s’installe avec elle dans la chambrette. Elle est si proche, rayonnante !
Il hésite. Va-t-il lui faire la lecture de ses notes ? Non. C’est bien trop emprunté. Il aura l’air ridicule. Il ne veut pas donner l’image du grand-père qui récite une fable avant la mise au lit… C’est d’autre chose qu’il s’agit !
L’exil qu’il a vécu pendant ces quelques mois de guerre fut un événement fondateur. Il a procuré à Auguste Brassine une nouvelle identité, il lui a donné consistance. Ses choix de vie ultérieurs, ses repères, ses engagements, c’est à cette source qu’il les a puisés.
Ce manuscrit au crayon noir est venu border cette période de sa vie. Il en a marqué pour toujours les contours, instituant le carnet à spirale en une sorte de livre saint.
Ce fut sa fonction première.
Mais de l’avoir rouvert après toutes ces années, il éprouve à présent, comme à chaque fois que son esprit s’attelle à des réflexions importantes, le besoin d’en faire part. De le mesurer à l’aune de l’autre… Reste à choisir la manière.
Il suffit de quelques secondes pour qu’Auguste prenne sa décision.
Du buffet, il sort deux verres et la boîte à biscuits. Il prend la bouteille de jus de pomme dans le mini-frigo.
Il propose à Priscilla de célébrer avec elle un anniversaire. Celui de son histoire de CRAB. Il l’a consignée dans ce carnet. Cha que soir, il le laissera sur la table. Il l’ouvrira à la page qu’il souhaitera lui faire découvrir. Une fois qu’il sera endormi, si elle en trouve le temps, elle pourra venir lire à la lumière de la veilleuse. Elle deviendra ainsi une personne unique pour lui : elle sera sa première lectrice.
P riscilla s’arrête à la fenêtre du bureau des infirmières. La pleine lune distille une lueur blafarde sur le jardin. Le spectre des arbres s’inscrit en grosses volutes noires sur le bleu-nuit du ciel. Tout est immobile. Pas un souffle de vent.
Elle ouvre l’oscillo-battant pour humer la tiédeur de cette nuit printanière.
Dans le couloir aussi tout est calme. Madame Adam a arrêté d’appeler sa mère. Comme chaque soir, le Dominal a fini par éteindre son délire sénile. On n’entend plus que le ronron des compresseurs des matelas anti-escarres.
C’est l’heure où Priscilla complète le cahier de rapports de nuits.
Elle inscrit ses remarques à côté du nom de chaque résident.
Madame Plumier : A refusé de prendre son Forlax.
Madame Di Mauro : Tension artérielle à 18/10. J’ai donné un Amlor en plus.
Monsieur Lambert : Selles liquides. Surveiller hydratation.
Monsieur Brassine :…
Le vieil homme a ému Priscilla. Elle prend bien la mesure de la confiance qu’Auguste Brassine a placée en elle. Cette importance qu’il lui donne dans ses vieux jours, elle en éprouve une certaine fierté.
Pour elle, il incarne la sagesse. Car l’âge n’a aucune emprise sur ses facultés mentales. Ses propos sont toujours mesurés, ses questions lourdes de sens.
Avec le temps, l’ancien professeur de français est devenu pour elle une personne-ressource. C’est avec lui qu’elle prend du temps pour penser. Il l’aide à démêler les nœuds, à suivre le fil de sa vie. C’est son regard bienveillant qui donne consistance à ses timides hypothèses. Quand elle se sent déstabilisée par les reproches de Martin, c’est encore auprès de lui qu’elle se sécurise. Aussi, le privilège, car c’en est un pour elle, d’avoir accès à ce récit consciencieusement rédigé dans la tourmente d’une guerre qui lui paraît si lointaine, elle ne va pas s’en priver.
Discrète comme une ombre, elle emprunte le couloir jusqu’à la chambrette d’Auguste Brassine. Il dort paisiblement. Son Lorazepam est pourtant resté sur la tablette de nuit… Il a installé le petit guéridon à côté du fauteuil Empire, avec la veilleuse allumée et le carnet ouvert.
Priscilla s’installe. Elle va commencer sa lecture. À moins d’un mètre d’elle, la respiration profonde et régulière d’Auguste scande son sommeil.
Elle hésite.
Elle doit s’accommoder de cette « présence-absence ». Quelle idée saugrenue d’avoir choisi ce rituel pour la lecture du manuscrit. Dans ce silence nocturne, elle se sent comme une nonne en méditation à l’office des matines.
Ce n’est pas la première fois qu’Auguste provoque chez elle la surprise… Il peut parfois être déroutant.
Samedi 11 mai 4 heures
Je suis à bout de force. Cela fait juste vingt-quatre heures que je suis debout ; je ne me souviens pas avoir déjà veillé aussi longtemps. Mais avant de dormir, je souhaite rester un moment en pensée avec vous, mes chers parents. J’aimerais tant pouvoir vous rassurer. Nous sommes enfin arrivés à Lobbes à 2 heures. Pourquoi ce voyage a-t-il duré si longtemps ? Vers 22 heures, le train a été mitraillé. Il roulait alors à vive allure et il ne s’est pas arrêté. Nous nous sommes tous jetés les uns sur les autres dans l’allée centrale et il n’y a eu aucun blessé dans notre wagon. Cela n’a duré qu’un court instant. C’était un avion isolé qui devait avoir un autre objectif, car il ne s’est pas acharné sur notre convoi.
J’ai trouvé refuge à l’école communale après avoir cherché en vain un abri à l’hôtel de ville et à la maison du peuple. Tout était complet. Joseph et moi avons pu rester ensemble. J’ignore ce qu’il en est de mes autres compagnons de Seraing. Depuis que nous sommes descendus sur le quai, nous sommes dans l’obscurité absolue et il y a du monde partout. Chacun se débrouille et cherche à se loger où il peut. Ce n’est pas simple dans une ville que l’on ne connaît pas, surtout quand la seule clarté est celle de la lune ! Ici, dans l’école, les fenêtres sont occultées et nous sommes autorisés à allumer nos lampes de poche. Dans la mêlée indescriptible que vous pouvez deviner, j’ai eu un peu de chance ; j’ai pu m’installer sur l’estrade de bois. C’est moins froid et moins dur que le pavé. Jusqu’ici, j’ai été économe ; vous me connaissez ! Je suis loin d’avoir épuisé toutes mes victuailles, contrairement à certains autres. Ma gourde est vide par contre, mais il y a l’eau courante au fond de la classe. Je tenterai d’y accéder après la nuit.
Mais s’il est un sentiment que je veux vous partager, c’est bien la déception. Nous espérions tous être attendus à la gare par la hiérarchie militaire. Mais à cette heure, nous n’avons pas vu le moindre uniforme. Il n’y avait personne pour organiser notre recensement, aucune autorité pour nous donner des ordres. Comment, dans cette débandade, allons-nous pouvoir nous retrouver au matin ? Où irons-nous prendre des instructions ? Certains cèdent déjà au découragement et envisagent de rentrer chez eux à pied. Ce n’est pas notre idée, à Joseph et à moi. Nous ferons le maximum pour faire ce que le pays attend de nous.
Cette journée a été pénible pour vous aussi, je le sais. Qu’avez-vous fait après mon départ ? Pensez-vous rester à la maison ? Le bassin industriel de la Meuse est une zone stratégique. Ne vaut-il pas mieux s’en écarter ? Que de questions qui demeurent pour moi sans réponse !
J’espère que, malgré toutes ces émotions et tous ces soucis, vous avez pu trouver le sommeil… Pour ma part, ce ne sera pas trop difficile !
19 heures
Je veux d’abord vous tranquilliser : Joseph et moi sommes en sécurité chez des gens charmants.
Mais je reprends le récit de ma journée depuis le début. Au réveil ce matin, à l’école des Bonniers (c’est le nom inscrit au-dessus de la porte), l’ambiance était très tendue. Nous avions tous très mal dormi en raison de la chaleur et de la crainte d’un bombardement. Les premiers se sont levés dès 6 heures. Il n’y avait que trois toilettes dans la cour et cela a provoqué bien des énervements et des disputes. On faisait aussi la file au robinet du fond de la classe. Mais nous y avons tous rempli nos gourdes dans le calme. Un officiel est venu avec une charrette à bras nous distribuer du pain pour la journée. Certains craignaient de ne pas être servis et les esprits se sont à nouveau échauffés.
Avec le jour, nous avons pu découvrir cette ville qui nous avait recueillis dans une complète obscurité. C’est une banlieue ouvrière un peu comme chez nous, avec des terrils à l’horizon. Ce qui m’étonne le plus, c’est le monde dans les rues. Des jeunes comme nous mais aussi beaucoup de personnes âgées. Je n’ai jamais vu autant d’autos qui essaient tant bien que mal de se frayer un chemin entre les piétons et les cyclistes. La confusion règne en maître. Tout le monde discute. Les avis sont partagés. Les aînés et les familles espèrent pour la plupart gagner la France alors que certains parmi les jeunes recrues envisagent de rentrer à la maison étant donné l’absence d’autorité militaire.
Vers 10 heures, le responsable civil qui nous avait distribué le pain est revenu avec un porte-voix. Il nous a fait part d’une liste d’habitants de Lobbes disposés à héberger les CRAB. (C’est le nom bizarre qu’on nous donne ici, formé des initiales de « Centre de Recrutement de l’Armée Belge »). La plupart des familles hôtes n’acceptait qu’un seul logeur. Comme Joseph et moi sommes décidés à ne pas nous séparer, nous avons été tout heureux à l’annonce de deux places disponibles chez Monsieur et Madame Charlier. Ils sont tous deux retraités et nous les considérons déjà un peu comme nos grands-parents. Nous avons été reçus chez eux comme des membres de la famille. Ils nous ont fait asseoir et nous leur avons raconté notre périple de ces deux derniers jours. Ensuite, Bonne Maman Charlier a fait chauffer de l’eau et Joseph et moi avons pu prendre un bain dans la bassine de l’arrière-cuisine pendant qu’elle préparait la soupe. Comme c’est revigorant de se sentir propre et d’avoir le ventre plein !
Après le repas de midi, Joseph était pressé de redescendre à l’école et je l’ai accompagné. Car c’est notre seul centre de ralliement. S’il y a un ordre de marche c’est probablement là que nous le recevrons. Le trafic en ville était toujours incessant ; des cohues en tous sens. Mais l’école était vide. Où étaient nos amis ? Profitaient-ils de leur nouvel hébergement ? Avaient-ils pris la route du retour ? Nous sommes allés jusqu’à la gare en quête d’informations. Mais aucun train ne roule plus depuis ce matin et les quais sont déserts. Nous avons suivi une équipe de cinq civils qui portaient un brassard aux couleurs nationales. Ils dépendaient les panneaux publicitaires pour la chicorée Pacha car, selon la rumeur, des espions allemands dissimulent des messages derrière ces panneaux. Mais ils n’ont rien trouvé ! À notre retour Monsieur Charlier nous a gentiment sermonnés car c’est bien imprudent de traîner inutilement du côté de la gare. Il paraît que les Allemands bombardent surtout les voies ferrées et les gares de formations.
C’est de la cour de la maison que je vous fais ce compte-rendu. Le soleil y est toujours bien généreux. Arriverai-je à vous traduire la complexité de mes sentiments ? Comment concilier la douce tiédeur du vent du printemps et l’annonce des bombes ? La panique des foules fuyant l’invasion ennemie et la sérénité chaleureuse de nos hôtes ? Notre enthousiasme de jeunes patriotes et l’absence de tout encadrement ?

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